‹ Les Maladies ÉvitablesChapitre 6 sur 41 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Il faut entendre par maladies évitables toutes les maladies que nous pouvons, sinon supprimer complètement, du moins rendre plus rares et plus bénignes, soit en ayant recours à des mesures hygiéniques, qui empêchent le microbe d’arriver dans l’organisme, ou qui donnent à l'organisme une force de résistance suffisante pour lutter contre les attaques des germes ; soit en prescrivant et en faisant respecter des ordonnances de police sanitaire, propres à préserver l’homme des maladies (rage).

Dès à présent, le nombre des maladies évitables est plus considérable qu'on ne serait tenté de le croire. |

En effet, toutes les maladies microbiennes sont des maladies évitables ; comme Ja liste des maladies microbiennes s’allonge sans cesse, la liste des maladies évitables suit la'même progression.

Quand on dit que la tuberculose, la fièvre typhoïde, le choléra, la diphtérie, le charbon, la rage, les septi-

cémies, la scarlatine, la rougeole, le typhus, la fièvre jaune, la peste, la morve, le paludisme, etc., sont des maladies évitables, cela ne veut pas dire qu'il y a un moyen infaillible de s’en préserver ; il faut entendre simplement par ce mot « éuitables » que l'on peut empêcher un certain nombre de circonstances favorables à la morbidité, de causes de contagion de se produire; en évitant ces circonstances, en détruisant ces causes, on peut donner à l'organisme.un minimum de chances de contamination.

La prophylaxie des maladies évitables n’est donc pas la destruction absolue des germes contagieux, ni la suppression complète de la morbidité par les microbes ; elle crée simplement une prédisposition favorable à la résistance contre l'infection, elle atténue la virulence du germe, lui enlève la force nécessaire à son développement et l'empêche ainsi de nuire à l'organisme.

Il serait trop long de passer en revue toutes les maladies évitables et d'examiner pour chacune d'elles les conditions hygiéniques qui donnent à l'organisme des chances moindres de contagion; cela exposerait à des répétitions, les mêmes mesures hygiéniques pouvant être utiles dans différents cas ; c’est pourquoi, au lieu de faire l'étude des maladies, j'examinerai les uns après les autres les milieux qui peuvent renfermer les germes des maladies évitables.

Laissant de côté à dessein les maladies que l'on

GERME. I Me.

peut combattre par l’immunisation, par l’administration préventive de certains médicaments comme le sulfate de quinine, je n’aurai ici en vue que la prophylaxie que l’on peut obtenir par des mesures hygiéniques, sans aucun médicament, sans aucun sérum; c'est là en somme de l'hygiène appliquée. Deux conditions sont nécessaires et suffisantes pour qu'une infection se développe : le terrain, le germe; sans un terrain favorable à la culture, legerme ne se développera pas; sans un germe, le terrain prédisposé à la contagion restera stérile; la lutte contre l'infection se résume à modifier le terrain, à modifier le germe et à empêcher son accès dans l'organisme. 1° Germe.— Les travaux de Pasteur et de ses élèves ont établi que de nombreuses maladies, et en particulier les maladies qui causent la plus importante morbidité et la mortalité la plus élevée: la tuberculose, la fièvre typhoïde, la diphtérie, sont produites par des microorganismes qui se développent et se multiplient avec une grande rapidité dans l’organisme.

Les microorganismes sont des poisons particuliers, différents des poisons ordinaires en ce que, placés dans des conditions favorables, ils peuvent se multiplier ; ils se trouvent dans l’air, dans l’eau, dans ke sol, dans les milieux ambiants, et même dans l’organisme sain et bien portant.

Il existe presque constamment chez les sujets

sains des agents infectieux qui, d'ordinaire hôtes inoffensifs, peuvent se multiplier et infecter l’organisme, lorsque l'état du sujet vient à se modifier et à favoriser leur développement.

C’est ainsi que l’on rencontre des pneumocoques dans la cavité buccale, à l’état normal, sans qu'il y ait pour cela des lésions produites par ces bacilles.

Si une contusion évolue pour se transformer en ostéomyélite, c'est que le bacille de Koch se trouvait dans l'organisme; il ne s'était pas révélé par des lésions pathologiques parce que le terrain était bon, qu'il lui résistait, mais une fois l'organisme affaibli, présentant en un point une moins grande activité des cellules, immédiatement le bacille, ne trouvant plus de résistance, se développe et acquiert de la virulence.

La rougeole est souvent suivie de tuberculose; cela tient non pas à une affinité entre la rougeole et la tuberculose, s’attirant l’une l’autre, mais à un affaiblissement de l'organisme, causé par la rougeole, affaiblissement qui permet aux bacilles de Koch, renfermés à l’état latent dans cet organisme, de se développer et d'évoluer librement.

En un mot, les bacilles, germes des maladies microbiennes, se rencontrent partout, ils vivent partout à l'état latent, n’attendant que l’occasion pour acquérir de la virulence et se développer dans les organismes avec lesquels ils sont en contact.

Page 1