CHAPITRE II
Avant de considérer la transmission des germes de l’air, de l’eau, du sol, des aliments à l'organisme, et de chercher les mesures sanitaires qui peuvent empêcher cette contamination, il faut étudier le terrain, examiner comment il résiste à la virulence des bacilles qu'il renferme normalement à l’état sain, comment il peut devenir favorable à la culture des bacilles, et indiquer les mesures prophylactiques destinées à lui permettre de lutter contre l’envahissement microbien, en un mot, à le rendre stérile.
1° Rôle du terrain. — Il faut entendre par terrain l’état des circonstances, des conditions dans lesquelles se trouve l'organisme.
Un bon terrain, c’est-à-dire un terrain stérile à toutes cultures, est l’état de l’organisme robuste et sain, dont toutes les cellules fonctionnent avec une activité normale ;
Un mauvais terrain, c’est-à-dire un terrain favorable à toutes les cultures, un terrain prédisposé à
l’envahissement des germes, est l’état de l'organisme affaibli et déprimé, dont les cellules ont une activité ralentie et dont les fonctions de nutrition s’accomplissent incomplètement ; c’est ce que le Professeur Bouchard a exprimé en disant : « On ne devient malade que lorsqu'on n’est déjà plus bien portant. » C'est encore ce que le Professeur Jaccoud formule ainsi : « Les bactéries ne se développent que chez les individus ayant une opportunité morbide. » Ce qui rend possible le développement de la maladie, ce n’est pas la rencontre fortuite d’un homme et d’un microbe ; l’homme sain n’est pas hospitalier pour le microbe; il réagit contre lui et, dans cette lutte, garde généralement le dessus. IL n’en est pas de même quand la vitalité de l'organisme est affaiblie ; car ses moyens de résistance diminuent aussi (1). Témoin le cas de fièvre typhoïde observé en mai 1896, dans le service de M. Charrin. Un homme fatigué, soumis à des privations de toutes sortes, en état de misère physiologique, ayant un organisme qui fonctionne mal (il avait de la difficulté pour uriner), présentait, au bout d’un mois qu'il était couché à l'hôpital, les symptômesde la fièvre typhoïde,le diagnostic est confirmé. Ce malade n'a pas attrapé la fièvre typhoïde par l’eau, puisqu'il buvait la même eau que ses, voisins de salle, qui n’ont rien eu; le lait était le
(1) Bouchard, Thérapeutique des maladies infectieuses, 1885.
même quejcelui des autres malades; l'air ne renfermait pas plus'de bacilles d'Eberth pour lui que pour les autres; seulement, ce malade présentait des conditions favorables au développement du germe, c'était un prédisposé; il n’a eu la fièvre typhoïde que lorsque déjà il n’était plus bien portant.
Un de mes amis, interne des hôpitaux, a été en contact pendant plusieurs mois de suite avec des scarlatineux; il soigna ensuite assidûment un scarlatimeux en ville ; la scarlatine ne se développa pas chez lui. Deux ans après, dans un service de chirurgie, il fut pris de la scarlatine. C’est sans doute qu’à ce moment ‘il se trouvait dans un état de moindre résistance, la vitalité de son organisme était momentanément “affaiblie.
Le jeune soldat, non encore rompu à la vie nouvelle, subissant les effets du dépaysement, de l’acclimatement, supportant des fatigues exagérées auxquelles il n'avait jamais été entraîné, est un terrain excessivement favorable au développement des maladies microbiennes; aussi, dans la plupart des épidémies de rougeole, scarlatine, oreillons, fièvre typhoïde, le jeune soldat paie un plus large tribut à la maladie que l’ancien soldat.
L'expérimentation a en outre démontré que les microorganismes ne se développent pas également dans tous Les milieux : « L'organisme d’un enfant ou d’un vieillard, d'un scrofuleux, d’un homme vigou-
reux, d’un pléthorique, d’un diabétique, d’un homme amaigri par les privations, voilà toute une gamme de variantes chimiques. » (Bouchard.)
Ce sont ces dissemblances de milieu organique qui font des espèces et des individus des terrains favorables ou défavorables à la multiplication et à l’activité des bactéries; c'est par elles qu'il faut comprendre la prédisposition aux maladies infectieuses.
Certains microorganismes se propageront plus facilement dans un milieu acide; les autres trouveront les conditions favorables à leur virulence dans un milieu alcalin;, or, l'organisme peut, selon les circonstances, devenir plus acide ou plus alcalin, il sera donc apte à recevoir tantôt le microbe du milieu acide, tantôt le microbe du milieu alcalin ; d’autres fois encore, il ne sera ni acide ni alcalin, il n’offrira donc aucune chance de développement ni à l’un ni à l’autre.
Si l’expérimentation a montré l’action du milieu acide ou du milieu alcalin, il est permis de supposer que bien d’autres éléments peuvent modifier le terrain et faire varier ses chances d'infection, dans un sens ou dans l’autre.
A côté des terrains prédisposés, il y a des terrains réfractaires : ainsi, les arthritiques, de par leurs composants fonctionnels et organiques, sont à peu près réfractaires à la tuberculose.
Une simple expérience de laboratoire prouve qu’un microorganisme, placé dans un liquide où il pullule d'habitude avec énergie, peut être annihilé, sous l'influence d’une substance chimique ; le microorganisme n'est pas détruit, mais il ne peut se développer.
En laissant à l’air libre le liquide de Raulin, on voit, en quelques heures, la surface de ce liquide recouverte par l'épais feutrage de mycélium d’un ascomycète, l’asperqillus niger.
Si l’on modifie la composition du liquide, le développement de l’aspergillus est modifié.
Si enfin on introduit des substances nouvelles, le liquide peut devenir stérile, l'aspergillus ne se développe pas (Pouchet).
La santé et la maladie sont donc des questions de nutrition, étroitement liées à la disparition d'un élément utile ou à l'apparition d'un élément nuisible. |
Un bon terrain pourra donc contenir des bacilles, mais il leur résistera; il empêchera leur développement, et le bacille ne pourra créer, dans ce milieu réfractaire, aucune lésion pathologique ; au contraire, le mauvais terrain, placé dans les mêmes conditions bactériologiques que le précédent, ne résistera pas, il sera envahi par l'infection.
De même que, dans telle ou telle contrée, on trouve tel ou tel gibier, suivant que celui-ci y rencontre les
conditions les plus conformes à son mn0odus vivendi; de même que les terres sèches sont nécessaires à la vie de certaines plantes, et que les terres humides sont recherchées par d’autres; de même certains terrains physiologiques et anatomiques sont un excellent lieu de culture pour les bacilles, tandis que d’autres ne leur offrent aucun des éléments indispensables à leur existence et surtout à leur développement.
Mais la théorie ne suffit pas, il faut des preuves et des faits.
2° Preuves du rôle du terrain. — Tout en reconnaissant que les virus présentent dansle mode de contamination des différences, dépendantes de la diversité de leur nature, on ne peut nier qu'ils sont également sous l'influence de variations provenant des milieux environnants.
« Supposons que la petite vérole sévisse dans un village où il y ait cent personnes qui ne l’aient pas eue et que toutes aient également été exposées à la contagion; il pourra arriver que plusieurs n’en seront pas atteintes, d’où cela pourra-t-il venir? Ce ne sera pas du virus, car c’est dans sa nature de toujours attaquer et agir. L'âge, le sexe des sujets épargnés ne l’auront pas empêché d'exercer son action, puisque rien de cela n’en a préservé les autres. Il y a donc lieu de penser que les individus qui en ont été garantis se trouvaient dans des dispositions telles que
le virus était repoussé, qu’il y avait antipathie (1). »
L'antipathie ne pouvant venir d'aucune cause extérieure, commune à tous les habitants du village, provient évidemment d’une cause intérieure, propre à chaque individu épargné : l’état de son organisme.
Les microorganismes pénètrent dans tous les organismes; ils se développent et provoquent des lésions pathologiques dans les terrains favorables à leur culture, les mauvais terrains ; ils sont impuissants el restent neutres dans les terrains réfractaires à leur envahissement, les bons terrains.
P. Canalis etB. Morpurgo ont pu, en soumettant des animaux au jeûne, les rendre aptes à contracter une maladie à laquelle ils sont réfractaires à l'état normal A ainsi les pigeons et les poules, privés de nourriture, perdent leurimmunité habituelle pour le charbon (2). - MM. Charrin et Roger ont placé des animaux dans les meilleures conditions hygiéniques possibles, sous tous les rapports, et ils ont reconnu qu'ils avaient ainsi toute chance de résister aux inoculations du virus charbonneux. Si, au contraire, ils leur donnaient une alimentation défectueuse, s'ils leur faisaient exécuter un travail excessif, s'ils les abreuvaient d’une eau sale, immédiatement le virus charbonneux se développait et tuait les animaux (3).
(1) Jean Hameau, Étude sur Les virus, 18417.
(2) P. Canalis et B. Morpurgo, Fortschr. der Med., 1890. (3) Charrin et Roger, Semaine médicale, 1890.
Or le bacille du charbon ne change pas, il a tou- Jours la même tendance à se développer, mais ilse trouve en présence d'organismes placés dans des conditions différentes : dans le premier cas, il est mis en contact avec des organismes fonctionnant normalement, avec de bons terrains ; dans le second cas, au contraire, ces organismes sont affaiblis et déprimés et n’offrent plus la même résistance aux attaques du bacille; ils ont été transformés en mauvais terrains, dans lesquels les germes agiront librement.
Certaines maladies, pendant le cours même de leur évolution, affaiblissent l'organisme, le rendent moins résistant et augmentent sa réceptivité microbienne ; les conditions de fatigues.excessives et prolongées, d'alimentation mauvaise, insuffisante, d’encombrement, ne sont point sans action. Elles constituent un milieu tout préparé pour l'extension et la propagation des infections.
Un jeune garçon de quinze à seize ans, de taille trop élevée, disproportionnée, est un terrain prédisposé, que la phtisie atteint facilement.
Une jeune femme, mariée trop tôt, à seize ou dix-sept ans, alors que sa croissance n'est pas finie, alors qu’elle a encore à grandir elle-même, ayant des grossesses successives, et devant fournir à son propre développement en même temps qu’à l'accroissement de l'enfant qu'elle portait,
est apte à devenir rapidement tuberculeuse (1).
Au mois de février 1897, pendant que j'étais soldat au 124° régiment d'infanterie à Laval, je fus témoin d'une épidémie de fièvre typhoïde à peu près circonscrite à la garnison ; cela me permit debienremarquer le rôle du terrain dans la culture des bacilles.
La cause de Ja maladie existait depuis longtemps déjà, mais l'épidémie se développa à cette époque précise où le régiment était surmené physiquement et moralement. Les hommes étaient soumis à des exercices longs et fatigants, à des marches pénibles sous la pluie. Le microbe se trouva donc en présence d'organismes affaiblis.
Il est à remarquer en outre que la fièvre typhoide se développa uniquement dans une catégorie de soldats. Les soldats dispensés ne faisant quan an, c’està-dire les étudiants en droit, en médecine, en lettres, et en général tous ceux qui appartiennent à la elasse aisée, ne furent pas atteints. Ces soldats en effet prenaient à la cantine ou en ville une nourriture saine et plus réconfortante que la simple gamelle, ils savaient esquiver les corvées ennuyeuses et fatigantes. Ils avaient pour la plupart une chambre en ville, où le soir ils se reposaient et prenaient les soins de propreté, auxquels ils étaient habitués dans la vie civile.
(1) Landouzy, Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de médecine de Paris en 1896-97.
Les malheureux jeunes gens condamnés à faire trois ans de service payèrent au contraire un large tribut à l'épidémie. Ceux-ci, en effet, de cinq heures et demie du matin à sept heures du soir, n'avaient pas un instant de repos. Tandis que les dispensés n'avaient qu'à supporter les fatigues de l'exercice, c'est-à-dire environ six heures par jour, ces soldats avaient en outre des corvées multiples au quartier, ce qui portait la durée de leur travail journalier à neuf ou dix heures.
La gamelle était pour eux la seule nourriture, bourrante, mais peu réconfortante. Enfin les soins de propreté leur faisaient bien souvent défaut, puisque j'ai pu constater par moi-même que, plusieurs fois par semaine, l’eau manquait dans les lavabos.
Parmi les typhiques les premiers atteints et les premiers morts, se trouvaient deux pauvres jeunes gens, malingres, qui avaient passé leurs premiers mois de service à l’infirmerie pour bronchite, courbature, embarras gastrique.
La déchéance physiologique qui succède aux maladies de longue durée ou à des affections plus courtes mais non moins graves, telles que les fièvres éruptives, favorise aussi l’état de moindre résistance du terrain. Les pleurétiques, les ex-variolisés et en général ceux qui ont été atteints de maladies infectieuses, sont des prédisposés à la tuberculose. Aïnsi le scarla-
tineux est un terrain tout préparé à la culture de la diphtérie.
De toutes ces considérations, il résulte que, avec un bon terrain, l'infection est difficile sinon impossible, tandis qu'avec un mauvais terrain, elle a toutes chances de se produire. « La force du microbe ne vient pas de sa virulence, mais de la faiblesse du terrain. » (Charrin.)
L'amélioration du terrain est donc la première mesure prophylactique pour éviter les maladies microbiennes.
3° Mode d'action du terrain pour annihiler la virulence des bacilles et processus par lequel il peut devenir un terrain de culture. — Puisque l’organisme est en lutte continuelle avec les microbes, et que, comme l’a dit le Professeur Bouchard : « réagir et lutter pour la santé est le propre de l'organisme vivant », les mesures prophylactiques capables de rendre l'organisme un terrain stérile à toute culture se déduiront de l'étude des différents moyens qu'emploie l’organisme pour cette réaction et de l'examen des différentes causes qui peuvent nuire à leur fonctionnement et empêcher ainsi toute intervention efficace de la part de l’organisme.
La défense de l'organisme contre l'invasion microbienne a été décrite sous le nom de phagocytose : elle a été particulièrement étudiée par MM. Charrin et Metchnikoff.
Le grand ennemi des microbes est le globule blanc qui lutte contre eux, en les enveloppant et en les dissolvant; la résistance ou la non-résistance de l’organisme est donc en raison directe du bon ou du mauvais fonctionnement du globule blanc.
Dès qu’il se forme un foyer microbien dans l’organisme, immédiatement il se forme autour de ce foyer une accumulation de globules blancs, nommée inflammation, et destinée à détruire le germe sur place et à l'empêcher de se répandre dans l’organisme et de l’infecter; c’est un acte défensif. Cette accumulation de globules blancs est due à la mise en jeu de l'irritabilité des leucocytes par les matières que sécrètent les bactéries, c’est le phénomène décrit sous le nom de chiëmiotaxie (1).
D'ailleurs le globule blanc n'est pas Le seul défenseur de l'organisme, l’activité nutritive de toutes les cellules est encore un obstacle à l'évolution des bacilles, et tant que l’activité n’est pas ralentie, le microbe n’arrive pas à pénétrer l'organisme et à se répandre.
Pour représenter par une image ce phénomène, on pourrait comparer l’activité cellulaire normale à une roue tournant très rapidement et le microbe à un bâton qu'on lancerait entre les rayons de cette roue pour l'arrêter. Tant que la roue tourne avec
(1) Massart et Bordet, Annales de l’Institut Pasteur, 1891.
la même vitesse, il est très difficile de l’arrêter : le bâton n’entrave pas les barreaux, il Les heurte, sans arrêter le mouvement d'ensemble de la roue; mais dès que la roue tourne moins vite, le bâton arrête instantanément la rotation. |
De même, tant que l’activité cellulaire est normale, les éléments nutritifs se répandent dans l’organisme, sans que le microbe puisse les utiliser pour se développer, car le courant les entraîne trop rapidement; mais dès que l’activité diminue, le microbe évolue promptement.
Enfin, dans l'organisme, un certain nombre de milieux semblent être, d'après les expériences récentes, des centres de destruction des microbes : le foie, le pancréas, la rate, le corps thyroïde; ainsi le foie et le corps thyroïde semblent sécréter une antitoxine destinée à annihiler les toxines de l’organisme; on a souvent constaté l’augmentation de volume de la rate, dans le cours des maladies infectieuses; on en à conclu qu'il s’y passe un travail spécial, une destruction des bacilles infectieux.
L'organisme sécrète à tout moment des diastases toxiques, produits de désassimilation sur lesquels les antiseptiques ont en général une action faible. Ces sécrétions sont des substances très altérables, si altérables même que le libre jeu des forces vitales suffit à les éliminer. Il faudra par suite augmenter le plus possible les oxydations intraorganiques, la
sécrétion urinaire, les sécrétions de la peau, le pouvoir antitoxique du foie.
Le bon fonctionnement des reins, de la peau, du foie est donc encore une condition favorable à la résistance du terrain.
Étant établi que l’activité normale des cellules est nécessaire à l’organisme pour lui permettre de résister aux agents infectieux, producteurs des maladies microbiennes, toutes les causes pouvant diminuer et entraver cette activité transformeront un bon terrain en un mauvais terrain; en un mot, la qualité du terrain dépend de la plus ou moins grande activité nutritive des cellules.
Comme le dit Richardin : « Avant de recevoir l'impression morbifique, l'organisme a subi .une dépression dans sa vitalité; cette dépression ouvre la porte à la contagion et à l'infection. L'homme qui a une vie normale, outre qu'il est moins dis-
‘posé à subir les influences délétères, y résiste bien plus quand elles l'ont atteint (1). »
Pour trouver les moyens propres à maintenir à l'organisme son activité normale constante, il est nécessaire de rechercher auparavant les causes qui peuvent l’affaiblir; c'est de l'étude des causes qu’il sera possible de déduire les procédés à mettre en œuvre pour les empêcher de nuire.
(1) Richardin, Étude sur le milieu nosocomial. Thèse de Paris, 1875.
G. Barzzière. — Mal. évitables. 3
I. Héréniré, — Parmi les causes qui peuvent placer l'organisme dans un état de moindre résistance, l’hérédité, telle qu’on la comprend actuellement, occupe la première place.
Tout en admettant la possibilité de l’'hérédocontagion, l’hérédité directe par passage du germe de la mère à l'enfant, à travers le placenta, on tend à accorder une plus large part à l’hérédité indirecte, à l’hérédité du terrain. « L'hérédité n’est alors qu’une prédisposition, qu'une tendance de l'organisme à réaliser, suivant l'opportunité de l’âge et avec le concours de causes occasionnelles, l’affection morbide dont le principe ou la virtualité lui a été communiqué dans l’acte même de la fécondation. »
L'hérédité n'est donc pas toujours une fatalité ; Le fils d’un tuberculeux ne naît pas par cela même tuberculeux, il est « tuberculisable » (Peter), il est plus disposé qu'un autre à la tuberculose. L'organisme procréé par des organismes malades n’est généralement qu'un terrain en puissance de morbidité. Koch a remarqué que les mères (cobayes) tuberculeuses n’engendraient que très rarement des petits tuberculeux; on n’hérite donc pas précisément du bacille tuberculeux, mais d’un ensemble de qualités qui constituent la « disposition » favorisant l'envahissement de l'organisme par le bacille.
L'enfant né de parents tuberculeux est d’ordi-
naire faible, délicat, peu vivace; dès qu'il sera en contact avec le bacille, celui-ci, trouvant un milieu de culture favorable, se développera et envahira l'organisme de l'enfant, incapable de résister.
On constate, dans les Maternités, que les enfants nés de parents atteints de maladies microbiennes se développent plus lentement que les autres; ils ont donc une activité moindre, et par suite ils offrent un terrain favorable à la contagion.
Tandis que les enfants nés de parents bien portants augmentent de 20, 25, 30 grammes, les autres ne gagnent que 1, 7, 15 grammes ; les premiers n'éliminent que 2, 3 grammes d’urée, les seconds, au contraire, rejettent 5, 10, 45 grammes; l’assimilation et la désassimilation se font donc incomplètement, la nutrition générale est ralentie (1).
D'ailleurs, des parents bien portants peuvent, dans certains cas, donner naissance à des enfants délicats et malingres; l'organisme sera un mauvais terrain, bien que l’hérédité n’y soit pour rien; il ne naîtra pas malade, mais il sera tout aussi facilement infecté qu’un autre enfant né de parents malades, parce que, chez lun comme chez l’autre, l’organisme est affaibli, l’activité cellulaire est diminuée et la nutrition ralentie.