THÉORIE DE LA RÉTENTION CALORIQUE DE HEIIH
Un de mes anciens assistants, le Heim (1), privat-docent à Budapest, vient de proposer pour expliquer la fièvre saline et l’intoxication du catarrhe une théorie très différente, très plausible et qui a le grand mérite de rapprocher en les réunissant : V insolation par rétention calorifique et le catarrhe gastro-intestinal du nourrisson^ qui sont déjà si semblables cliniquement.
Cette théorie, basée sur Vaction hydropigène du sel, amène dans le débat un point de vue tout nouveau et explique plusieurs autres anomalies observées chez le nourrisson. Aussi vautil la peine de l’examiner de près.
La physiologie nous apprend, dit Heim, que l’organisme constitue dans sa musculature une réserve puissante d’eau et de sels destinée à permettre au sang de conserver sa composition iso le nique.
Hyperchloruration expérimentale. — Les expériences de Magnus et Engel nous ont en effet démontré que, si l’on introduit
(1) Heim. Zeils. f. Kiiid., 1911, p. 418.
CATARRHE GASTRO-INTESTINAL
dans l’organisme une forte proportion d’eau salée en injection intraveineuse, l’eau et le sel supplémentaires sortent du sang et quelques minutes après l’injection se déposent ensemble et en solution isotonique d’abord dans les muscles où ils constituent l’oedème invisible ou préœdème, ensuite sous la peau où ils forment l’oedème visible ou œdème ; enfin dans les organes où ils constituent 1’%dropisie.
Si nous n’introduisons par contre qu’une quantité modérée de solution saline dans l’organisme, une partie est éliminée, l’autre est retenue.
Dès que la quantité introduite est supérieure à celle que le corps peut éliminer, le sel retenu circule dans l’organisme en produisant, comme dans le premier cas, d’abord du préoedème, ensuite de l’oedème véritable; mais cette eau de rétention n’est pas fixée, car elle quitte l’organisme dès que le sel est luimême éliminé.
Hyperchloruration du nourrisson sain.
— Si nous donnons, à un nourrisson sain une quantité modérée de sel diluée avec suffisamment d’eau, l’enfant augmentera de
PATHOGÉNIE
poids, n ais on ne remarque aucune action pyrétogène ou toxique, l’eau introduite étant en quantité suffisante pour maintenir l’isotonie.
C’est ce qu’ont remarqué tous les expérimentateurs. Aussi n’observant Veffet pyrétogène du sel qu’avec une solution concentrée ont-ils été obligés de recourir à l’explication d’une lésion de l’épithélium indispensable pour observer l’effet pyrétogène du sel.
Heim en donne une autre explication. Si nous donnons, comme l’ont fait tous les expérimentateurs à ce même nourrisson cette même quantité de sel, mais dans moins d’eau en lui faisant boire une solution saline à 3 p. 100, la quantité d’eau n’étant pas suffisante et le nourrisson ne pouvant boire à sa soif et n’ayant pas dans ses muscles une réserve d’eau aussi grande que l’adulte, son organisme SS voit obligé après avoir emprunté toute l’eau disponible à sa petite réserve, de diminuer, si cela ne suffit pas, ses éliminations aqueuses par Furine: et surtout par le poumon et la peau qui, d’après. Büchner, éliminent 73 p. 100 de l’eau chez le nourrisson.
Mais, en le faisant, l’organisme du héhédiminue
CATARRHE GASTRO-INTESTINAL
sa déperdition calorifique aussi se produit-il une rétention de calories visible au thermomètre.
ne exp. Nourrisson au sein, 7 semaines, prend 770 lait de remine, on ajoute avec la sonde stomacale à 1 heure :
1 gramme de sel dans 200 grammes d’eau : Monothermie.. 2® exp. Nourrisson au sein, 8 semaines, prend 770 lait de femme auquel on ajoute avec la sonde à 1 heure :
1 gramme de sel dissous dans 25 grammes d’eau : Hyperthermie de 2 à 5 heures, 38®, 2.
3® exp. Nourrisson au soin, 6 semaines, prend 770 lait de femme auquel on ajoute avec la sonde stomacale :
1 gramme de sel dissous dans 20 grammes d’eau : Hyperthermie à G heures, 38®, 1.
Le sel n’a donc, d’après Heim, qu’un seul effet, il n’est pas toxique, il n’est (\\x‘hydropigène; mais de cette action découle secondairement r effet pyrétogène.
Hyperchloruration du dyspeptique. —
Examinons ce qui se passe en pathologie.
La fièvre de soif. — Nous avons déjà mentionné la fièvre de soif si soigneusement étudiée par Erich Muller (1).
Chez le nourrisson^ en état de santé : vingtquatre heures d’abstention de liquide font monter la température à 39 et 40®, comme le vit Muller.
Le manque de liquide amène donc une dimi-
(1) Riuch Muller. Berl. kl. Woch., 1910, p. G73.
PATHOGÉNIE
nution de perspiration suffisante pour déterminer la rétention calorifique.
Sans doute si le nourrisson est normal, il cherche à se refroidir en augmentant son évaporation aqueuse par la peau et les poumons et encore faut-il pour cela qu’il ne soit pas trop couvert et qu’il ne soit pas placé dans une chambre trop chaude dont la température dépasse 28 à 30^^.
Dans ces conditions favorables sa température ne monte pas.
Chez Venfant dyspeptique : il n’en est pas de même si l’enfant est dyspeptique ; alors sa température, comme Ritschel (1) l’a démontré, monte dans ces mêmes conditions jusqu’à 40°7 et même plus.
Pourquoi cette différence? Elle provient du fait que le nourrisson sain a encore suffisamment de liquide en réserve pour pouvoir augmenter, en cas de besoin, sa perspiration et se refroidir.
Le dyspeptique, par contre, a perdu du liquide par ses selles fréquentes, il est donc obligé de ménager sa réserve aqueuse fortement diminuée. Son sang est plus épais, et Reuss, Heim et John (1) ont en effet trouvé dans ces
(1) Heim et John. Arch. f. Kind., LIV, p. 65.
CATARRHE GASTRO-INTESTINAL
cas une concentration de ralbumine sanguine de 7 p. 100 à 9 p. 100, et Salge (1) a démontré au réfractomètre une élévation de sa concentration moléculaire y de 0,61 à 0,65.
Si le sang est concentré dans la dyspepsie, combien plus l’eau périphérique ; aussi la diminution de la perspiration explique- 1- elle fort bien la rétention calorifique et la légère hyperpyrexie des dyspepsies.
Pour peu que la température extérieure soit élevée, la dessication augmentera encore et si la chaleur humide empêche la perspiration, l’insolation se déclare.
Exemple : enfant nourj i au sein, a 4 mauvaisesselles le 30.
Le 31, on le place dans une véranda à 33° : après vingt minutes, Tenfant a ^38°, 7 ; après deux heures, 40°, 1 et 8 selles.
Bains frais, chambre fraîche, la température tombe de suite à 36“,9.
Le 2, on répète la même expérience, l’enfant a 37° et monte dans ces memes conditions à 40°.
Cette dessiccation de l’organisme suffit-elle avec l’hyperpyrexie qu’elle déclanche pour expliquer les symptômes toxiques ? C’est probable, car l’on sait quel rôle l’eau joue dans le métabolisme. Si les oxydations deviennent incomplètes sous l’influence de la dessiccation,
(1) Sai.ge. Zc<7.9. /'. KimL, I, ji. 5.
PRONOSTIC
les produits du métabolisme seront toxiques.
Cette théorie de Heim a le grand mérite à mes yeux d’expliquer clairement et par le même mécanisme de la rétention calorifique : le
CATARRHE PAR IRRITATION INTESTINALE ENDO- GÈNE ET EXOGÈNE, et LE CHOLERA INFANTILE PAR INSOLATION DES ETES CHAUDS ET HUMIDES,
affections qui sont si semblables cliniquement que tous les pédiatres les réunissent dans le même tableau symptomatique du catarrhe intestinal infantile.
PRONOSTIC
Enfant sain. — Le pronostic du catarrhe dépend non pas de la violence ces manifestations gastro-intestinales, mais de Vintensité et surtout de la durée des phénomènes toxiques.
Le second élément du pronostic dépend de Veÿet de la diète hydrique^ car dans les cas favorables, c’est le plus souvent après vingt-quatre, quelquefois après quarante-huit heures que tout phénomène toxique a disparu.
Si tel n’est pas le cas et si une infection surajoutée n’explique pas la persistance de la fièvre, le pronostic est très grave.
CATARRHE GASTRO-INTESTINAL
Enfant dysthrepsique. — Lorsqu’un catarrhe avec intoxication atteint un dysthrepsique ou un athrepsique, même si le cas paraît léger au début, le pronostic doit être considéré comme sérieux.
Diathèse lymphatique. —Lorsque enfin le catarrhe atteint un enfant pâteux atteint de diathèse lymphatique, le pronostic est toujours grave, car l’on se souvient combien peu ces enfants résistent aux intoxications.
DIAGNOSTIC
Le catarrhe intestinal se caractérise par la triade symptomatique suivante : diarrhées^ symptômes d'intoxication fébrile et perte rapide de poids.
Or cette triade peut se retrouver dans plusieurs autres maladies.
Infections parentérales.
La tuberculose larvée, les formes gastrointestinales de la grippe, les fièvres des muqueuses si fréquentes chez les enfants : rhinites, adénoidites^ pharyngites^ les otites ; la furonculose généralisée, les méningites, les états
DIAGNOSTIC
typhoïdes, les septicémies cryptogéniques, les péritonites aiguës et les pyélo-néphrites : toutes ces infections peuvent se manifester sous la forme de catarrhe ou peuvent engendrer des catarrhes en diminuant la limite de tolérance.