ALIMENTS INFECTES
Allaitement maternel.
Une infection intestinale par le lait maternel s’observe très rarement chez l’enfant au sein, et cela pour plusieurs raisons.
ENTÉRITE
Le lait de femme est en effet stérile dans la glande mammaire, car seules les extrémités des canaux excréteurs contiennent des microbes ; mais surtout ce genre d’allaitement, supprimant le contact de l’air avec le lait toutes les causes d’infection du lait par l’air, si sérieuses pour le lait de vache, sont supprimées avec le lait de femme, en sorte que les chances d’infection sont excessivement minimes.
Staphylocolitis. — Le Prof. Moro cependant attribue les désordres intestinaux que présentent parfois les nourrissons aux staphylocoques^ que l’on trouve si fréquemment dans es premières gouttes de lait qui sortent du sein de la nourrice : aussi Moro conseille-t-il d’exprimer ces gouttes avant de mettre l’enfant au sein.
Mais dans les conditions ordinaires, ces staphylocoques ne paraissent guère être pathogènes.
Par contre lorsqu’il y a des fissures du mamelon infectées avec production de pus, ou lorsqu’il y a des abcès du sein causés par les staphylocoques pyogènes^ le danger d’infection se manifeste, et il est alors certain que l’enfant peut s’infecter et infecter son intestin s’il avale avec ce lait le pus et les microbes qu’il contient.
ÉTIOLOGIE
Nous avons observé un cas qui illustre fort bien cette manière de voir. Une maman atteinte de fissure du mamelon, avec ahcès du sein à staphylocoques, de lymphangite avec infection générale et d’érythème desquamatif est amenée dans un état très sérieux à l’hôpital avec son bébé qu’elle nourrit encore. Ce bébé était atteint lui-même des mêmes symptômes : de fièore, d entérite glaireuse à staphylocoques avec érythème desquamatif, et ne guérit qu’avec un sevrage immédiat et un traitement énergique.
Allaitement artificiel.
Dès que l’enfant est nourri à la bouteille les conditions d’infection sont beaucoup plus nombreuses et beaucoup plus sérieuses.
L’examen bactériologique du lait de vache, bien loin de le montrer stérile, démontre une infection considérable qui commence au moment de la traite et qui s’accentue d’heure en heure sur le long chemin qui conduit le lait du pis de la vache à la bouche de l’enfant.
Même la stérilisation n’en garantit pas le bébé à moins qu’elle ne soit faite très peu de temps après la traite et que le lait, immédiatement refroidi, ne soit maintenu à basse tempé-
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rature jusqu’au moment de la consommation.
Ajoutons à ces causes banales d’infection du lait produites par le contact -de l’air, les infections du lait provenant de vaches malades et atteintes de maladies infectieuses : Surlangue, péripneumonie, etc., ou de mastites plus ou moins graves.
Ajoutons enfin les causes d’infection du lait provenant de Veau souillée qui sert à son coupage, celles produites par le sucre, ou occasionnées par les soupes qui servent à l’enrichir et nous verrons que nombreuses sont les possibilités d’infection du lait qui forme la principale nourriture du nourrisson.
Le lait de vache infecté.
Entérites spécifiées.
Streptocolitis. — Parmi les microbes que l’on trouve constamment dans le lait de vache, il en est un qui a suscité de violentes discussions, c’est le streptocoque.
Petruschky, qui en a fait une étude approfondie, attribue sa présence d’une part aux poussières provenant des fèces de vaches, d’autre part aux mastites aiguës et chroniques si fréquentes chez les femelles laitières, enfin
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aux vaches porteuses de streptocoques pendant de longs mois encore après leur guérison.
Dès que la température d’un lait ainsi infecté dépasse 20° pendant le transport, les streptocoques pullulent rapidement et arrivent au bout de peu d’heures à former 90 p. 100 et même 99 p. 100 de toutes les bactéries.
Sans doute, la stérilisation du lait les tue, mais ils exercent alors leur action nocive par leurs endotoxines.
Aussi Petruschky attribue-t-il aux streptocoques une influence pathogénique considérable sur l’étiologie des gastro-entérites infantiles.
Kruse par contre distingue, à ce même Congrès de Kœnigsberg en 1910, dans le lait deux streptocoques presque constants : le Streptococcus lacticus^ qui est le bacille ordinaire de la fermentation lactique du lait, et le Streptococcus mastidis^ qui cause les mastites des vaches.
Mais, pour lui, ni l’un ni l’autre de ces streptocoques ne sont virulents pour l’enfant, car ils ne produisent pas de toxines.
Il en est de même des streptocoques que l’on trouve constamment dans les selles des nour-
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rissons nourris avec du lait de vache. Ce sont les mêmes, streptocoques du lait, sans virulence aucune et qui ne peuvent jouer que le rôle de saprophytes.
11 ne suffît pas en effet, ajoute avec raison Kruse, de trouver dans la selle d’un enfant des microbes même pathogènes pour être certain qu’ils sont la cause de la maladie.
Il paraît plus probable, par contre, comme l’ont démontré Escherich, Finkelstein et d’autres, que les streptocoques pyogènes d'origine humaine , lorsqu’ils tombent dans le lait, l’eau ou le sirop que boivent les nourrissons, peuvent causer des entérites graves qui apparaissent tantôt sous forme sporadique, tantôt sous forme épidémique. C’est cette forme de colite qu’Escherich appelle la Streptocolite.
CoLicoLiTis. — C’est encore à Escherich que nous devons la connaissance d’une autre espèce d’entérite du nourrisson, la colicolite^ qui paraît être causée par des colibacilles d’une espèce voisine ou identique au bacille de Shiga- Kruse. Cette entérite serait donc une variété de la dysenterie bacillaire.
Colite a Blaue bacillose. — Moro et Escherich ont ensuite décrit une troisième
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espèce d’entérite infantile ; la Blaue bacillose^ l’entérite à bacilles bleus due au bacillus acidophilus Moro, qui se colore ' en bleu par le Weigert-Escherich.
Cette même entérite a été observée, et même sous forme épidémique, dans le service de Finkelstein et dans celui de Salge.
Colite a staphylocoque. — Citons encore les entérites plus rares dans lesquelles c’est le staphylocoque pyogène ou le Proteus, celles plus rares ‘ encore où c’est le Putrificus coli de Bienstock qui prédomine et qui cause l’entérite.
Colite a perfringens. — Citons enfin les entérites dans lesquelles c’est le Bacillus perfringens de Tissier, appellé en Allemagne le Gazphlegmonebazillus, qui doit être envisagé comme étant l’agent pathogène de cette forme d’entérite du bébé.
Nous en avons observé un cas fort grave à Thoune, où nous avions été appelé en consultation, mais qui s’est heureusement terminé par la guérison.
Tous ces microbes ont des provenances diverses : les colibacilles proviennent des fèces
de vache ou de 'celles de l’homme, les bacilles Combe. — Mal. gastro-intestinales- 41
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peptogènes proviennent du foin, les strepto et les staphylocoques se trouvent dans le lait de vaches atteintes de mastites ou qui en ont eu autrefois (porteuses de bacilles). Ils proviennent aussi des fèces humaines ou animales.
Les bacilles putrificus et perfringens enfin proviennent des poussières de l’étable et du sol.
Ces microbes pénètrent dans l’intestin du bébé :
1® Par V intermédiaire des aliments : lait, eau, sucre et soupes ;
2® Par V intermédiaire d^ objets souillés par les selles d’autres nourrissons déjà atteints de la même maladie.
Entérites spécifiques.
A côté de ces entérites spécifiées, mentionnons en second lieu les entérites spécifiques dues, les unes au Bacillus enteridis sporogenes de Klein, au bacille de Gærtner ou au bacille de Shiga- Kruse, les autres aux bacilles paratyphiques, bacilles qui ont été observés aussi bien dans le lait, que dans les selles des enfants atteints d’entérites glaireuses ou dysentériformes.
Nous aurons ainsi terminé Pénumération des
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entérites dues à l’intervention prédominante d’une espèce bactérienne particulière.
Entérites banales.
Mais, à côté de ces entérites spécifiées et spécifiques^ il en existe un nombre plus considérable encore qui ne rentrent dans aucune de ces catégories. Aussi beaucoup d’auteurs en arriventils à mettre en doute l’existence des entérites spécifiées qu’ils n’ont jamais eu l’occasion d’observer dans leur pratique.
Tel est le cas de Brooker (1) d’abord partisan convaincu des entérites spécifiées, mais qui en est peu à peu arrivé à les mettre en doute.-
En poursuivant en effet ses études bactério- . logiques sur les selles entéritiques, il constate que, suivant les épidémies, les bactéries prédominantes varient et surtout que, dans certaines entérites, il est impossible de trouver une espèce prédominante quelconque. Aussi en arrive-t-il à la conclusion qu’il n’y a pas lieu d’envisager des espèces bactériennes spécifiées comme cause des entérites, mais qu’il faut admettre la présence d’espèces nombreuses, qui
(1) Brooker. Hopkins Hosp.. VI
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toutes en symbiose concourent à provoquer l’infection dé l’intestin. ,
Cette opinion nous paraît trop absolue et il nous paraît impossible de nier l’existence d’entérites spécifiées, mais il faut ajouter qu’elles sont rares et exceptionnelles.
En résumé l’opinion la plus généralement adoptée actuellement peut se formuler comme suit :
Il existe des entérites spécifiées, causées par la prédominance manifeste d’une seule espèce Uiicrobienne, entérites rares, donnant lieu le plus souvent à de véritables épidémies. Ces formes sont exceptionnelles.
De beaucoup plus fréquentes sont les entérites ordinaires causées par une infection banale delà nourriture du nourrisson ^ou par une infection de sa bouche ou de son anus par des bacilles protéolytiques putridogènes vivant en symbiose.
Mais cette opinion, pour généralement admise qu’elle soit, n’est pas partagée par tous les auteurs.
Quelques médecins en effet se déclarent très loin d’être convaincus par les faits si nombreux que nous avons énumérés, ils affirment que la prédominance de certaines espèces mi-
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crobiennes dans les fèces de nourrissons atteints d’entérite ne prouve nullement leur rôle pathogénique, ce qui est parfaitement exact.
On ne doit, selon ces auteurs, considérer ces microbes que comme des -témoins de la modification du milieu intestinal et nullement comme les auteurs responsables de la diarrhée glaireuse et des symptômes qui accompagnent les troubles gastro-intestinaux des nourrissons.
Nobécourt et Rivet (1), qui ont étudié cette question dans un travail fort intéressant, en arrivent à cette même conclusion : « La modification de la flore intestinale démontrée par les états bactériens des selles est la conséquence et non la cause des facteurs qui règlent la composition du milieu intestinal. »
Constater cette modification de la flore peut donc, suivant ces auteurs, servir au diagnostic de l’entérite, mais ne peut en expliquer la cause. Cette dernière affirmation n’est pas non plus démontrée. Car si nous ne pouvons considérer la présence d’une flore prédominante dans les selles du nourrisson entéritique comme la preuve indéniable de son rôle pathogénique, rien ne
(1) Nobécourt et Rivet. Sem. met/., 1907, p. 517.
nous prouve non plus que cette flore n’en soit que la conséquence.
Des deux côtés, nous avons des aflirmations intéressantes, mais aucune preuve capable d’entraîner la conviction.
Entérite épidémique et contagieuse.
Il nous faut arriver à la notion de la contagiosité des entérites infantiles pour pouvoir démontrer que l’entérite est bien de nature infectieuse et qu’elle est bien causée par les microbes qui prédominent dans les selles du nourrisson qui en est atteint.
Nous connaissons, en effet, un certain nombre d’épidémies d’entérites observées dans des hôpitaux, dans des services de nourrissons, dans des crèches, et quelques-unes d’entre elles ont été exposées et étudiées d’une manière si minutieuse qu’elles démontrent l’influence pathogénique indubitable de l’infection et de la contagion microbienne sur- la genèse de l’entérite.
Escherich (1), Heubner (2), Finkelstein (3),
(1) Eschebich. Jhrb.f. Kind., LIX, p. 170.
(2) Heubner. Saüglingskrankh., 1897.
(3) Finkelsteun., Zuîïs. f. Hyg., XXVIII, p. 125.
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et nous-mêine (1) avons décrit de ces épidémies qui toutes montrent qu’après l’entrée dans le service hospitalier d’un nourrisson atteint d’entérite grave, un certain nombre d’autres nourrissons, d’enfants plus âgés et même de sœurs et de gardes-malades, tombent malades, atteints non seulement d’entérite, mais de la même entérite^ car dans les selles de tous on retrouve le même microbe prédominant qui spécifiait la selle du premier enfant.
Dans la première épidémie d’Eschericb, c’était le co/i, dans la seconde le streptocoque ; dans celle de Finkelstein, c’était le coli, dans la mienne, le streptocoque, et c’était le thermomètre anal qui en avait été le véhicule.
Ici, le malheur arrivé dans le service hospitalier prend la valeur d’une expérience et démontre que non seulement l’entérite est de nature infectieuse, mais qu’elle est contagieuse.
Mais pourquoi, dans ce cas, ces épidémies ne s’observent-elles plus?, nous objectera-t-on.
Il est certain qu’avec les installations modernes de nos hôpitaux, avec la propreté minutieuse des lits, avec la désinfection soignée des langes, des mains et de tout ce qui touche le (1) Combe. Traitement de l’entérite, p. 32.
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malade, avec l’asepsie de la nourriture, ces épidémies ne s’observent plus à l’heure actuelle et qu’elles forment ainsi un contraste frappant avec d’autres épidémies, comme ces épidémies si graves de grippe gastro-intestinale qu’aucune mesure prophylactique n’est encore parvenue à enrayer dans les services de nourrissons.
Mais cette absence de contagion avec les installations modernes et leur présence dans les conditions antihygiéniques antérieures est une preuve de plus de la contagiosité des entérites du nourrisson et du rôle important que joue dans l’espèce l’asepsie hospitalière et ceci nous amène à parler de la seconde cause d’infection : l’infection par les instruments et les objets souillées.