‹ Les maladies gastro-intestinales aigues des nourrissonsChapitre 50 sur 228 · B. — LAITS ALTÉRÉS · texte numérisé non relu

B. — LAITS ALTÉRÉS

Lait intoxiqué. — Le lait peut être altéré par la nourriture et par les poisons ingérés par la femelle laitière.

Lait intoxiné. — Le lait peut être altéré par les toxines des maladies infectieuses des vaches.

Allaitement naturel.

L’énumération des causes qui conduisent à

l’altération du lait montre qu’elles sont bien

peu importantes dans l’allaitement naturel.

1° Laits intoxiqués.

Influence psychique de la nourrice. — On sait que les auteurs anciens ont décrit un grand nombre de cas qui semblent au premier abord démontrer l’influence directe de l’état psychique d’une mère ou d’une nourrice sur le lait qu’elle sécrète.

Ils décrivent l’influence nocive, toxique même, du lait d’une mère nerveuse, d’une nourrice coléreuse ou effrayée, ou profondément émue. Ces laits pouvant provoquer des phénomènes

DYSPEPSIES

toxiques et des indigestions aiguës chez le nourrisson.

Nous avons observé nous-même un certain nombre de cas dans lesquels des dyspepsies aiguës se sont produites chez des nourrissons, jusque-là en parfait état de santé, immédiatement après une nouvelle ayant émotionné profondément, la nourrice (mort de son enfant). Très souvent, nous avons vu non seulement le lait diminuer, mais donner lieu, et cela pendant une période prolongée, à des phénomènes dyspeptiques qui ne pouvaient s’expliquer que par la tristesse et l’inquiétude morale de la mère ou de la nourrice.

Ces cas peuvent s’expliquer d’une part par la diminution de l’appétit, d’autre part par la dyspepsie, d’origine nerveuse, de la mère ou de la nourrice et parles phénomènes d’auto-intoxication qui l’accompagnent et qui peuvent rendre toxique un lait jusque-là sain.

Depuis que nous avons imposé aux familles, qui voulaient une nourrice, l’obligation morale de prendre dans leur maison la nourrice avec son nourrisson, que l’on sèvre lentement et progressivement, ce genre de dyspepsie a presque disparu dans notre clientèle.

Alimentation de la nourrice. — Contrairement à ce que l’on pourrait supposer, l’alimentation de la nourrice n’exerce qu’une influence peu considérable sur le lait.

Sans doute l’inanition diminue la quantité du lait. Les excès de table par contre et les indigestions qui en résultent et qui proviennent le plus souvent de la' gourmandise des nourrices exercent une influence des plus nocive sur la quantité et la qualité du lait. Aussi faut-il que la nourrice modifie le moins possible le genre de nourriture auquel elle était habituée. Il faut qu’elle évite les excès de viande, de boisson, de pâtisserie, de crudités qu’elle n’avait pas l’habitude de prendre à la maison.

Il faut en un mot qu’elle évite tous les aliments indigestes; mais à part cela, son alimentation sera variée et nourrissante, et la boisson dont elle a grand besoin lui sera donnée surtout en dehors des repas, sous forme de lait, de laitage, ou d’infusions variées.

Boissons alcooliques. — • On recommande volontiers aux nourrices, comme lactagogues, la bière et le vin et cette recommandation un peu inconsidérée a bien souvent été nuisible

aux nourrissons.

DYSPEPSIES

D’abord, comme Rosemann (1) l’a prouvé, l’alcool n’a aucune action lactagogue, et les boissons alcooliques n’agissent que comme liquide.

Ensuite Nicloux(2) a pu démontrer le passage de l’alcool dans le lait. Aussi les nourrices doivent-elles, si elles n’en ont pas l’habitude, s’abstenir de boissons alcooliques (vin et bière), et si elles y sont habituées en prendre avec modération, car le lait alcoolisé excite l’enfant, empêche son sommeil, trouble sa digestion et amène très facilement des dyspepsies, comme j’ai eu souvent l’occasion de le vérifier : dyspepsies qui cessent presque immédiatement avec l’interdiction de l’alcool.

Médicaments. — Les médicaments solubles dans la graisse (Engel) apparaissent seuls dans le lait, ainsi l’iode, le mercure, etc., mais ils ne paraissent pas avoir d’influence sur la digestion du nourrisson, les quantités éliminées étant trop faibles pour pouvoir exercer une action nocive.

2° Laits intoxinés.

Maladies de la nourrice. — La glande mammaire n’est pas seulement une glande de

(1) Rosemann. Ai'ch. de Pfluger, 19Ü0, p. 460.

(2) Nicloux. Comptes vendus, 1899, p. 983.

sécrétion lactée, c’est aussi une glande d’excrétion; aussi n’est-il pas étonnant de voir les toxines s’éliminer avec le lait.

Les maladies infectieuses de la mère, en modifiant la composition biologique du lait, troublent la digestion de l’enfant qui réagit rapidement par des phénomènes de dyspepsie.

Maladie infectieuse aiguë. — Lorsqu’il s’agit d’une maladie aiguë de peu de durée (angine, rougeole, etc.), il n’est pas nécessaire de sevrer, car on peut suppléer par un allaitement mixte.

Mais s’il s’agit d’une maladie aiguë de longue durée (fièvre typhoïde, rhumatisme aigu, etc.), le sevrage s’impose.

Maladie infectieuse chronique. • — S il s’agit d’une maladie chronique comme la tuberculose^ il est préférable et à tous les points de vue : contagion, fatigue de la nourrice et troubles intestinaux du bébé, de conseiller le sevrage.

On le voit, les causes d’altération par intoxication ou intoxination du lait maternel et mercenaire sont exceptionnelles et peu importantes.

DYSPEPSIES

Allaitement artificiel Laits intoxiqués.

Nourriture de la vache. — Le fourrage peut influencer le lait de trois manières : ou bien c’est sa composition défectueuse qui modifie la composition chimique du lait et qui diminue ses sels, ou bien ce sont les acides et les essences volatiles ou non qu’il contient qui passent dans le lait, ou bien enfin ce sont les microbes et les moisissures contenus dans le fourrage qui se répandent dans l’air de l’étable et tombent dans Je lait au moment de la traite, ou qui, pénétrant dans l’intestin de la vache, amènent une modification de sa flore, telle qu’il se produit des fèces molles plus dangereuses encore pour l’adultération du lait.

Fourrage sec. —‘Toutes ces causes sont réduites au minimum avec le fourrage sec (foin, regain, orge, etc.) : aussi ce fourrage donne-t-il un lait de composition égale et riche, de réaction le plus souvent amphotère, de digestion facile même pour des estomacs délicats.

C’est donc le fourrage sec qui doit être

recommandé pour les laits hygiéniques dit laits d'enfants; mais c’est un lait plus coûteux, ce fourrage produisant une quantité de lait moindre et obligeant le producteur à changer plus souvent ses vaches.

Fourrage vert frais. — Le fourrage vert frais, surtout celui qui provient de prairies irriguées, est un fourrage aqueux ne contenant que peu de substances nutritives, et qui donne, surtout au début, du météorisme et des fèces molles aux vaches. Ce fourrage frais, surtout le trèfle (1), est encore plus nuisible s’il est mouillé par la pluie et donné mouillé. Sans doute le lait qu’il fournit est abondant, mais il est pauvre en sels, surtout en sels de chaux et en résidu sec; il a une réaction acide et contient souvent des essences volatiles.

Aussi produit-il facilement des troubles de digestion chez les nourrissons. La plupart s’y habituent, mais les plus délicats ne parviennent pas à surmonter ces troubles intestinaux même par l’accoutumance.

Betteraves et carottes. — On peut en dire autant des betteraves et des carottes qui , exercent une action très analogup. '

(1) Alts. Deuts. Med, VV., 1896, p. 5. - "

DYSPEPSIES

Feuilles et pousses de vigne. — Fréquemment données aux vaches dans notre pays, elles contiennent des essences i’olatiles très irritantes, qui passent dans le lait : aussi pouvons-nous assister chaque année à la subite apparition, chez la plupart des nourrissons du vignoble, d’une véritable épidémie de vomissements et de diarrhées, le lendemain du jour où ce fourrage a été commencé.

Tourteaux et drèches. — Il en est de même de certains tourteaux (résidus d’huileries), qui contiennent aussi des essences irritantes (tourteau de colza, de palmiste, de coprah), et des drèches (résidus de brasseries) qui contiennent des alcools de mauvaise nature fusel et de Vacide acétique.

Les tourteaux et surtout les drèches donnent un lait nuisible et irritant qui amène extrêmement facilement des mastites chez les vaches, et des troubles digestifs chez les nourrissons, ' comme l’a démontré Ohlsen (1).

La plupart de ces fourrages sont en outre nuisibles, comme l’a montré Schlossmann, par le fait qu’ils produisent chez la vache du météorisme et des diarrhées, qui font pénétrer

(1) Ohlsen. /‘. Kind., XXXIV, p. 5.

dans le lait des poussières bactériennes provenant des selles desséchées. Ces microbes décomposent si rapidement le lait, que même sa stérilisation, qui ne détruit que les bactéries, mais pas les toxines qu’elles ont sécrétées, ne peut en empêcher Faction toxique.

Plantes toxiques. — Ce serait surtout la colchique, plus rarement le pavot et l’euphorbe qui d’après Sonnenberger (1) et Baumgart (2) joueraient un rôle important dans la pathogénie des maladies gastro-intestinales des nourrissons ; mais la vache ne mange pas ces plantes et seule la chèvre pourrait causer un empoisonnement, comme celui de Rione-Borgo près Rome.

En tout cas ces empoisonnements doivent être extrêmement rares dans notre pays, car je n’en ai jamais observé.

20 Laits intoxinés.

Maladies de la vache. — Il existe un assez grand nombre de maladies infectieuses des vaches qui s’accompagnent de diarrhées et qui peuvent ainsi favoriser la pénétration indirecte

(1) SoNNENBERGEa. Thevap. Monats/i., 1901, p. 1.

(2) Baumgart, Deuls. med. Woch XVI, p. 1127.

Combe. Mal. gastro-intestinales. 10

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des microbes dans le lait par l’intermédiaire des poussières de selles desséchées qui flottent dans l’étable. Ces microbes se trouvant dans un milieu favorable sécrètent leurs toxines et, pour peu que le lait ne soit pas immédiatement refroidi après la traite, pour peu qu’il ne soit pas stérilisé de suite au sortir de l’étable, ces toxines qui ont eu le temps d’être produites en abondance et qui ne sont pas détruites par une stérilisation ultérieure peuvent causer des symptômes morbides sérieux chez le nourrisson qui boit un lait aussi intoxiné.

C’est donc surtout indirectement, comme l’admet Schlossmann, que la femelle laitière peut altérer le lait par ses maladies.

Infection du lait. — Mais la maladie infectieuse de la vache ne peut-elle pas infecter directement le lait en laissant filtrer les microbes qui circulent dans son sang, ou tout au moins leurs toxines à travers la glande mammaire ? Nous savons aujourd’hui sûrement que les antitoxines et les anticorps maternels passent non seulement dans le lait, mais qu’ils traversent l’intestin du nourrisson porté par Valhumine homogène jusque dans le sang du nourrisson, en y conservant leurs propriétés

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biologiques, comme l’ont démontré les belles recherches de Ehrlich, Roemer et Hamburger.

Pfaundler (1), il est vrai, affirme qu’avec un lait hétérogène, ce passage n’est pas démontré.

Qu’en est-il des toxines? Les toxines d’une vache infectée d’une maladie aiguë ou chronique passent-elles dans le lait et si elles passent traversent-elles l’intestin de l’enfant ?

Chez l’adulte, les toxines les plus virulentes, la botulotoxine exceptée, sont détruites par l’épithélium intestinal et peuvent être ingérées sans danger.

Mais il n’en serait pas de même chez le nourrisson d’après Uffenheimer (2); aussi ne peut-on nier absolument et d’emblée l’influence des toxines contenues dans le lait maternel ou dans le lait de vache; mais il faudrait encore démontrer que ces toxines sont éliminées par la glande mammaire. Or cette démonstration n’est pas faite et ce passage est même mis en doute par de nombreux observateurs, entre autres par Roemer (3).

Nous pouvons donc en conclure que c’est sur-

(1) Pfaundler. Arch. f. Kind., 47.

(2) Uffenheimer. Arch. f. Hyg., 59.

(3) Roemer. Handbuch der Milchkunde, p. 476.

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tout indirectement que les maladies de la vache produisent un effet nuisible sur le lait, en provoquant son altération.

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