‹ Les maladies gastro-intestinales aigues des nourrissonsChapitre 79 sur 228 · B. - EXAMEN DES SELLES · texte numérisé non relu

B. - EXAMEN DES SELLES

Nous savons fort bien qu’il ne faut pas demander à l’examen de la selle plus qu’il ne peut donner.

Examen de la selle et diagnostic. — Vouloir baser son diagnostic uniquement sur l’examen de la selle sans examiner le malade serait indigne d’un clinicien, mais de là à repousser cet examen comme inutile et trompeur, comme le fait Finkelstein et surtout son école, il y a loin.

L’examen de la selle n’est qu’un complément, mais un complément des plus^ utile et à mon sens indispensable, de l’examen clinique du nourrisson et je ne voudrais pour rien au monde m’en passer : car si l’examen microscopique de la selle ne peut nous donner aucun renseignement exact ni sur la localisation anatomique^ ni sur la lésion anatomo-pathologique

d’une alïection intestinale comme quelques auteurs l’ont faussement prétendu, cet examen nous donne des renseignements extrêmement précieuxsur le jonctionnement anormal de Vintestin.

Examen de la selle et pronostic. — Nous ne pouvons pas non plus mesurer par le seul examende la selle Vintensité dhine maladie intestinale, car nous pouvons trouver des selles absolument normales dans l’athrepsie rapidement mortelle et des selles très anormales et fortement dyspeptiques dans la dyspepsie simple rapidement curable.

Nous ne pouvons pas non plus diagnostiquer ainsi le degré de la lésion, car nous trouvons des selles contenant des quantités de glaires énormes dans la dyspepsie des liydrocarbones qui irrite simplement le côlon sans l’enflammer, alors que nous en trouvons peu dans certains cas graA^es d’entérite dysentériforme.

Il faut donc que le résultat de l’examen de la selle soit rapproché de la cause étiologique et complété et même quelquefois corrigé par les autres symptômes généraux et locaux pour que l’on puisse s’en servir pour apprécier l’intensité de la maladie gastro-intestinale et le degré de sa lésion.

DYSPEPSIES

Examen de la selle et insuffisance intestinale. — Mais il en est tout autrement lorsqu’il s’agit de déterminer le de^ré de V insuffisance intestinale par l’examen des résidus indigérés.

Là V examen de la selle est d^une utilité incontestable.

On ne manquera pas de nous objecter, il est vrai, que les résidus trouvés dans l’intestin ne proviennent pas tous de l’insuffisance digestive, que les résidus albumineux, par exemple, proviennent surtout des sucs intestinaux, que les résidus de graisse et d’hydrocarbones sont dus plus souvent à un péristaltisme exagéré qu’à une insuffisance des graisses et des hydrocarliones.

Examen de la selle et traitement. — Cela est très exact, mais nous répondrons que d’une part, s’il y a beaucoup de graisse ou d’amidon dans une selle diarrhéique produite par un péristaltisme exagéré, qui est du reste facile à reconnaître cliniquement, c’est qu’il y a ou trop de graisse ou trop d’amidon dans la nourriture puisque ces corps ne sont pas utilisés. Or cette notion est précieuse à connaître pour fixer le traitement diététique.

D’autre part, si ces résidus indigérés devien-

lient la proie des microbes, s’ils donnent lien à des corps irritants {acide gras)^ ou toxiques {ptomdines), c’est qu’ils sont nuisibles et qu’il faut les enlever ou les diminuer dans l’alimentation au prorata de leur apparition dans les selles.

Or, seul V examen des selles nous permettra de proportionner exactement la diminution des éléments indigérés à V insuffisance digestioe ; seul il flous permettra d’éliminer tout ce qui nuit, tout en conservant tout ce qui est utile et tout ce qui sert à la nutrition.

Voilà la vraie utilité de l’examen de la selle et à ce titre seul il mériterait déjà d’être utilisé.

Sans doute et là encore l’examen de la selle ne suffît pas et ne peut pas prétendre suffire à tout.

Car on ne trouve dans la selle ni les sucres indigérés qui jouent actuellement dans la pédiatrie allemande le rôle principal dans les troubles nutritifs d’origine gastro-intestinale comme primum movens de toutes les autres fermentations, ni les sels dont le rôle pathogénique s’étend de plus en plus.

Pourquoi utiliser une méthode, nous objectet-on, qui laisse de côté les corps les plus importants de toute la pathologie intestinale.

DYSPEPSIES

C’est exact, mais cela prouve une fois de plus que le clinicien ne peut et ne doit pas s’appuyer sur une seule méthode de diagnostic et qu’il faut qu’il sache les utiliser et les interpréter toutes.

Car ce n’est pas dans la selle que nous diagnostiquons la diminution de la tolérance pour les sucres et les sels et leur nocivité, c’est l’examen de la courbe thermique qui nous démontrera l’intolérance des sucres ; c’est l’examen de la courbe pondérale qui nous rendra attentif à l’intolérance des sels.

Ces corps sont-ils, du reste, les plus importants? (( Voyez-vous, me disait avec son fin sourire Escherich, avec lequel je m’entretenais à Salzbourg en 1809, des expériences que je voulais entreprendre avec les caséino-précipitines pour démontrer la réalité de la dyspepsie de caséine, « voyez-vous, mon cher ami, dans ma vie de « pédiatre j’ai déjà vu changer quatre fois « le rôle de la matière pécante principale dans les « affections gastro-intestinales du nourrisson. « D’abord, c’était la caséine avec Biedert, « ensuite la graisse avec Czerny, puis le sucre « avec Finkelstein, maintenant nous commen- « çons le sel avec L. Meyer, mais je ne déses- « père pas de voir revenir votre caséine ».

Ceci prouve tout au moins que le clinicien digne de ce nom ne doit négliger aucun des éléments qui lui permettent d’asseoir son diagnostic et de baser son traitement sur une notion

pathogénique aussi exacte que possible.

Voilà pourquoi nous allons essayer de définir aussi fidèlement que possible les caractères de chaque selle.

Selles de caséine.

Les caractères de la selle de caséine sont un peu incertains, car les résidus de caséine sont toujours mélangés avec des proportions variables, mais toujours importantes de résidus gras indigérés, sous forme de savons alcalino-terreux. Ce mélange variable donne aussi à la selle un aspect flou qui trouble même un œil exercé.

EXAMEN MACROSCOPIQUE

La selle de caséine est une selle blanche ou grise, quelquefois gris-verdâtre, très sèche et ne collant pas au lange et s’émiettant très facilement.

; Souvent elle est de couleur brun-jaune grâce au mucus qui l’entoure ou qui la pénètre et qui est coloré par la bile. Mais dans ce cas la couleur

DYSPEPSIES

n’est pas uniforme, elle est panachée grâce à la présence de grumeaux blancs ou gris, de forme, de grandeur et de consistance différentes.

Ces selles ont toutes une réaction alcaline. Leur odeur est désagréable et ressemble à celle du fromage avancé.

Petits flocons. — Les flocons sont tantôt petits, de la grosseur d’un pois, de couleur blanche, grise ou légèrement verdâtre ; ils sont poreux, légers, nagent sur l’eau et s’écrasent facilement.

Examinés au microscope^ on voit qu’ils sont surtout composés de mucus, de microbes, de savons gras alcalino-terreux en forte proportion et d’acide gras en moindre proportion.

Talbot y constate chimiquement :

Savons gras l>- 100

Acides gras 18 —

Gros flocons. — Tantôt ce sont de gros morceaux blancs ou gris, compacts et durs,

lourds et tombant au fond de l’eau et beaucoup plus résistants. Ils ressemblent beaucoup à des grumeaux de lait coagulés. De là le nom de flocons laiteux qu’on leur donne.

Examinés au microscope et traités par l’acide acétique, on voit que ces grumeaux sont coin-

posés d’un réticule contenant des globules de graisse neutre, mais on y trouve peu de bactéries et presque pas de savons ^de chaux.

Talbot qui les a analysés leur trouve la composition suivante :

Graisse 7,0 à 46,8 p. 100,

Azote 7,2 à 12,0 —

Pour Talbot, cet azote est de la caséine.

Il faut encore le démontrer, car la pédiatrie allemande presque unanime repousse cette manière de voir et déclare que les selles que nous venons de décrire ne sont qu’une variété des selles de graisse : les selles de savons gras : Fettseifenstühle.

EXAMEN MICROSCOPIQUE

L’examen microscopique démontre en effet que ces selles contiennent de la graisse et même beaucoup de graisse.

Personne ne le met en doute.

N’avons-nous pas vu que la dyspepsie de caséine s’accompagne d’une insufRsance de tolérance pour les graisses, qui entraîne à son tour une insuffisance de tolérance pour les sels alcalino-terreux, surtout de chaux et de magnésie.

Ces selles sont donc en majeure partie formées

DYSPEPSIES

de savons gras. Mais cela ne prouve pas, comme le soutient l’école allemande, qu’elles ne contiennent que des savons gras et pas de caséine.

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