ANALYSE CHIMIQUE, COLORIMETRIQUE ET BIOLOGIQUE DES FLOCONS
On a dès lors cherché à démontrer l’existence de la dyspepsie de caséine par l’analyse chimique et les méthodes de coloration des flocons laiteux.
Analyse chimique des flocons. — 11 n’a pas été difficile à Talbot (2) de démontrer chimiquement que ces flocons contenaient de 1 albumine, mais rien ne prouve que cette albu-
(1) Ury, Arch. f. Verdaiiungskr., IX, p, 506.
(2) Talbot. Boston med. Journ., 7 janv. 1900.
Combe. — Mal. gastro-intcslinales. 21
DYSPEPSIES
mine soit de la caséine^ aussi les auteurs affirment-ils que cette albumine est de la nucléo- albumine provenant des sucs intestinaux.
Analyse colorimétrique des flocons. — Nombreuses sont les recherches faites à l’aide de cette méthode.
1° Réactif de Millon. — Selter (1) a pu facilement démontrer que ces flocons se coloraient en rouge par le réactif de Millon^ mais le Millon n’étant qu^un réactif du noyau tyrosinique de V albumine n’est nullement spécifique pour la caséine.
2° Réactif de Liner. — ■ Nous avons depuis plusieurs années expérimenté une méthode colorimétrique donnée comme spécifique de la caséine, c’est la méthode de Liner (2).
Réactif de Liner.
Solut. aq. à 0,75 p. 100 de fuchsine acide 1
Solut. aie. à 0,50 p. 100 de vert de méthyle 1
Eau distillée
Technique. — On étale sur une lame un des petits llocons de la selle, délayé au préalable dans un peu d eau On laisse sécher spontanément, puis on agite la préparation pour activer la dessiccation.
On fixe par la chaleur et on colore avec le réactif de Liner. Laisser en contact 15 minutes, puis placer la préparation dans l’eau distdlée pendant une heure sans laver.
La caséine apparaît sur la préparation sèche, colorée en
violet ou bleu pâle.
(1) Selter. Jahrbuch f. Kind., LXII, p. 101.
(2) Liner. Jahrb. f. Kind., L, p. 321.
Ce réactif est-il spécifique de la caséine ? Nous n’oserions l’affirmer, car nous n’en avons pas la preuve scientifique.
Fig. 22. — Caséine colorée au réactif de Liner.
{Nulrose.)
Mais ce que nous pouvons dire, c’est qu’il colore toutes les caséines que nous avons expérimentées : la caséine naturelle du lait, la nutrose^
DYSPEPSIES
le plasmon, etc.; mais de là à affirmer qu’il ne colore que la caséine et aucune autre substance albumineuse provenant des sucs intestinaux, il y a loin.
Aussi continuons-nous à expérimenter le Liner parallèlement avec la méthode de la caséino-précipitine en espérant que cette méthode nous permettra, grâce à sa spécificité qui est indéniable, de trancher définitivement la question de la spécificité du réactif de Liner.
Jusqu^à présent dans tous les cas oà nous aidons eu avec les flocons la réaction positive au Liner, nous avons eu la réaction positive à la caséino-précipitine.
Mais nos expériences sont encore trop peu nombreuses pour conclure à la spécificité de Liner
HÉACTION A LA C ASÉINÜ-PRÉCIPITINE
Les recherches sur les précipitines contenues dans le sérum d’animaux injectés avec des dosés minimes d’albumine, recherches qui ont conduit aux méthodes spécifiques permettant de déceler une quantité même infinitésimale d’a^humine de même nature contenues dans des taches de sang, dans le miel, etc., nous avaient
depuis plusieurs années amené à la conviction que la méthode de la caséino-précipitine devait nous permettre, grâce à sa spécificité, de tran-
Fig. 23. — Flocons laiteux provenant de la selle du bébé S, atteint de dyspepsie de caséine.
cher définitivement la question de la présence de caséine indigérée dans les selles de la dyspepsie simple.
M. le Pr Galli avait bien voulu se charger des essais ; mais avant même que nous puissions commencer, la question qui était évidemment dans l’air fut tranchée de deux côtés à la fois par Talbot (1) et par Ufenheimer (2) qui tous deux arrivent à démontrer d^une manière irréfutable par cette même méthode la présence de la caséine indigérée dans les grumeaux laiteux de la dyspepsie simple.
M. le Galli qui a préparé, par des injections de caséine de vache, un sérum de lapin caséinoprécipitant extrêmement sensible a pu constater une précipitation très abondante chaque fois que nous lui avons envoyé des grumeaux provenant d’enfants atteints de dyspepsie de caséine
et nourris au lait de vache, précipitation qui ne s’est jamais produite chaque fois que nous lui avons envoyé des grumeaux provenant d’enfant atteints de la même dyspepsie, mais nourris au sein.
La méthode permettant de démontrer scientifiquement la dyspepsie de caséine est donc trouvée.
Il s’agit seulement de la rendre suffisamment
(1) Talbot. Jhrb. f. Kind., LXX, p. 211.
(2) Uffenheimer. Zeits. f. Kind., III, p. 28.
pratique pour permettre de doser cette dyspepsie.
C’est à quoi vont tendre nos études prochaines.
Selles d’hydpocarbones.
EXAMEN MACROSCOPIQUE
La selle de la dyspepsie hydrocarbonée est brune, fortement colorée par la bile ; elle est molle, spongieuse, couverte de bulles de gaz ou de trous par où les gaz se sont échappés.
Sa réaction est très acide et l’odeur qu’elle exhale est très fortement acide et vinaigrée. Ces selles contiennent toujours beaucoup de glaires; parfois ces glaires se putréfient et l’odeur de la selle devient alors franchement fétide et putride.
EXAMEN MICROSCOPIQUE
Examinées au microscope, ces selles contiennent toujours des résidus d’amidon.
On les trouve soit sous forme de grains à structure concentrique, ce qui est exceptionnel chez le bébé, soit sous forme d’amas amorphes, gonflés et sans structure.
DYSPEPSIES
EXAMEN COLORIMÉTRIQUE
Réactif de Lugol. — Dans tous les cas, il est facile de caractériser colorimétriquement les grains, les amas et les débris que Ton a sous les yeux, grâce au réactif de Lugol :
Le réactif de Lugol.
Iode pur 1,0
lodure de potassium 2,0
Eau distillée 60,0
Réaction de Lugol. — On étale sur un porte-objet un fragment de selle, on laisse tomber une goutte de la solution de Lugol sur la préparation.
Couvrir et examiner au microscope.
Dyspepsie des hydrocarbones confirmée.
Le Lugol colore l’amidon indigéré en bleu.
Si la farine est absolument indigérée, on trouve des grains colorés en bleu noir ou en bleu violet (fig. 24).
Si la farine n’est qu’en partie digérée, on trouve la coloration bleue sous forme amorphe (fig. 25, a).
Si l’amidon est à moitié digéré, on trouve une coloration rouge sous forme (ïérytliro-dextrine{ï\^.^'o, c).
Si l’amidon est presque saccharifié, on trouve une coloration jaune, qui redevient bleue si on ajoute un peu d’acide chlorhydrique.
Dyspepsie des hydrocarbones imminente.
Avant même que la réaction bleue au Lugol ne devienne positive, on sera averti de son apparition imminente par la coloration bleue des chaînettes du Closlrydium butyricum et plus rarement bacilles iodophiles: microbes amylolytes qui sont aussi colorés en bleu par le Lugol (lig. 26).
Réactif de Lugol au zinc. — Plus sensible encore est le réactif de Lugol au chlorure
Fig. 24, Dyspepsie des hydrocarbones.
[Selle colorée au Lugol).
a, a', grains d’amidon colorés en bleu ; b, Clostrydium
butyricum.
de zinc, car il permet à la solution iodée de pénétrer à travers la paroi cellulosique qui sou-
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vent entoure et protège l’amidon et empêche la réaction de se produire.
Mais cette réaction presque trop sensible
Fig. 25. — Dyspepsie des hydrocarbones confirmée.
(Selle colorée au Lugol.)
a, farine colorée en bleu; b, Closlrydium butyricum : c, érythro dextrine.
n’est employée à notre clinique que dans des cas exceptionnels.