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CHA.PITRE IV

CAUSES FHËDISPOSANT L'ORGAinSME A L'INTECTION

miJ^re, AUiliiHe. Régime, Jeûne. FaLiRue. Cauaex i (ions. Misère. Traumatisme. Troubles de la autrl DïaLtiËSGS. Inloiicstians. Auto- intoxication s. S}stèin<

On ne devient malade que lorsqu'on n'est déjà plus bien portant. Cette formule du professeur Bouchard est vraie dans le plus grand nombre des cas.

Pour que le micro-organisme pathogène pénètre dans l'organisme et y suscite l'ensemble des réactions qui constitueront la maladie infectieuse, il faut qu'il ait pu entrer dans la place, qu'il ait été capable de franchir les barrières qui l'empêchent normalement d'y pénétrer. Il faut qu'une fois entré il ait entamé une lutte locale avec les éléments des tissus, et enfin qu'ayant eu le dessus dans cette lutte, il ait pu s'installer, se multiplier el envahir plus ou moins complètement l'organisme, soit en personne, ou l'infecter par les. toxines qu'il sécrète.

Il y a donc lieu d'étudier les causes diverses qui, affaiblissant l'organisme, rendront toutd'ahord ses moyens de protection extérieurs plus fragiles, puis sa réaction intérieure insuffisante.

Ces causes sont extrêmement nombreuses ; nous les indiquerons brièvement, ne pouvant bien en-

CàUSES PBÉDISi'OSàin' L'ORGANISME k L'INFECTION 71

tendu entrer dans les développements coDsidérables que comporte leur élude.

Hérédité. — Au moment où un individu entre dansla vie, il adéjâ, subi les iaduences multiples qui conslilueat rhëréditê, inOuences qui vont encore se Taire sentir de diverses manières. On peut concevoir que l'hérédité pourra agir de laçons -variables sur l'individu en évolution. Elle pourra être directe, c'est-à-dire qu'il y aura transmission de Tagenl infectieux de la mère au fœtus ; ou bien encore elle sera indirecte, les procréateurs transjnettanl au fœtus une constitution cellulaire et une façon d'évoluer et de réagir analogue i la leur propre. De même qu'un père ou une mère transmetlent tel ou tel caractère physique à leur enfant, de même ils impriment à ses éléments anatomi-

-ques une constitution et une biologie analogues à celles qu'eux-mêmes ont reçues de leurs ancélresou ont pu créer dans le cours de leur existence.

Nous ne pouvons pas insister sur ce point, objet d'innombrables travaux, ni même indiquor les recherches expérimentales multiples auxquelles il a donné lieu depuis les expériences sur le charbon (Brauell. Arloing, Straus.Chamberland, Malvoz,elc, ) jusqu'à celles sur la tuberculose (Landouzy, Queyrat, Bang, Sabouraud, etc.). Retenons seulement cette donnée banale, tant l'expérience ordinaire l'a constatée de fois, c'est que très souvent

-l'enfant apporte en naissant une moindre résistance à l'égard de telle ou telle cause morbide, qu'elle soit physique, chimique ou vivante.

Iliigifi.ne ijéHérnle. — Dès l'entrée de l'enfantdansla

.vie,riiygiène générale à, laquelle il est soumis a une

Tf HAUDIES INFECTIEUSES

action active snr sa puissance de réaction à l'égard de l'infection quelle qu'elle soit. Il y a là un facteur fort important dont les éléments multiples sont trèscomplexes. Alimentation, aéra lion, soins de propreté, antisepsie du tube digestif, de la peau, etc., tout cela constitue autant de points dont l'interprélation correcte ou mal comprise peut avoir dans l'applieation la plus extrême importance au point de vue de la résislance ou au contraire de la prédisposition future de l'enfant à contracter lelie ou telle maladie infectieuse.

Eu effet, bien que les inconnues soient, il est vrai, innombrables sur ce point, nous devons chercher à interpréter les données anciennes delà vieille observation médicale et, comprenant mieux le pourquoi de ses prescriptions hygiéniques, nous devons les appliquer plus exactement encore, sans avoir la prétention d'en avoir pénétré encore le comment. Ainsi, pour le point spécial dont nous nous occupons ici. n'est-ce pas la tradition de tous les temps qu'il faut donner à l'enfant une bonne hygiène, une éducation robuste, l'habituer à résister aux intempéries, le laisser au grand air, etc. ? Les Grecs n'agissaient pas autrement. Aujourd'hui, nous précisons et nous interprétons ces données que nos successeurs éclairciront encore, et dont ils perfectionneront la connaissance et les applications. En somme, retenons de tout ceci que le vice biologique héréditaire que l'on constate chez l'enfant persistera d'autant plus tard que l'éducation l'aura moins modiflé par une boune hygiène.

Croissance ,iige. — ^ La croissance, l'âge, constituent des facteurs importants dans l'étiologie des mala-

■ CAUSES PHÉDISPOSANT L'OBGANISME A L'ISPECTION 73

dies infectieuses. On connaît la fréquence de telle ou telle maladie suivant les divers âges. Chez les jeunes enfants, l'entérite, la tuberculose. Plus tard, l'ostéomyélite, les tièvres éruptives. Plus tard encore, la fièvre typlioïde. A l'âge adulte, les affections stomacales, hépatiques, rénales. Au déclin de la vie, le cancer, la série des troubles dystrophiques qui facilitent la pénétratiou des agents infectieux et s'opposent mat à leur pullulalion, puis souvent aussi la tuberculo.se.

Race. — La race joue un rôle très net ; indépendamment des caractères extérieurs, les races se caractérisent par des réactions vitales spéciales; certaines maladies frappent certaines races, en épargnent d'autres, tel est le cas pour la lièvre jaune qui épargne le nègre. En pathologie animale, môme particularité: le mouton d'Algérie est réfractaire au charbon qui lue celui de France. Nous ne pouvons insister, notons seulement le principe.

Sexe. — Le sexe se caractérise en pathologie infectieuse par une prédisposition parliculiÈre à. teUe ou telle maladie infectieuse. Les troubles divers de la fonction menstruelle, la grossesse, l'allaitement, sont autant d'actes importants de la vie féminine qui exposent la femme à des infections redoutables et spéciales, septicémies, pyohémies, érysipèle, néphrites, tuberculoses diverses, etc. De même l'homme, par son genre de vie plus actif, ses habitudes plus fréquemment alcooliques, est plus mal préparé pour résister aux diverses infections hépatiques, rénates, cérébrales surtout.

Conditiom sociales. — Les conditions sociales de la vie jouent un rôle considérable dans la prédis-

positionaux diverses maladies ; elles peuvent m& exposer l'Iadividu k des inFections variées. Ce n complexe est plus important encore que les conâl lions physiques ou météorologiques, contre le< quelles l'homme peut se défendre lorsqu'elles s fâcheuses, mais seulenieut encore dans les cas ( son état social le lui permet. Ce point particulier mériterait de longs développements que nous lui avons consacrés ailleurs {Les maladies dans les diverses conditions sociales. Cours à, l'Ecole d'anthropologie, 1892-1893-1894).

Influences météorologiques. — Ces influences sont multiples : variations thermométriques et barométriques, étal électrique ou hygrométrique, altitude, olimats, etc. Ces facteurs multiples ont une action évidente. II suffit d'avoir vécu au milieu des malades pour avoir pu constater neltemeul l'induence que jouent ces diverses causes sur le développement et surtout l'aggravation de bien des maladies infectieuses. L'augmentation de la tension électrique, l'état hygrométrique marqué, l'abaissement de la pression barométrique, déterminent souvent de vraies crises parfois ultimes chez les phtisiques et l'on comprend facilement .que ces influences, agissant vivement sur le sys- .tème nerveus, puissent se répercuter sur les vasomoteurs, modifier ainsi la circulation dans les parties malades ou menacées, diminuer la phagocytose et faciliter ainsi la pénétration ou la pullulation des microbes pathogènes. ■

Pour les petits enfants au sein, on a observé que, sous l'influence des orages, ils semblent subir une vraie fermentation, tout comme celas'observe dans

CAUSES PRÉDISPOSANT L'ORGAïïISME A L'INFECTION 15 Je lait maintenu en vases ouverts : très facilement, ils présentent alors des troubles gastriques mar- (piés[Hutinelj. Dans les variations météorologiques, les facteurs les plus importants sont : le froid, la chaleur, la lumière. Nous avons vu l'action puissante qu'ils ont sur les microbes. Elle n'est pas moindre sur les tissus vivants.

Froid. — Le froid fait contracter les vaisseaux périphériques, le sang est donc chassé dans les organes internes et. suivant la loi de balancement, iavaso-constriction périphérique s'accompagne de vaso-dilatation dans les organes profonds. Rapidement aussi, les globules s'altèrent et enfin, donnée récente dont la constatation expérimentale est due à Bouchard età. Holm, les réactions cellulaires sont entravées, la phagocytose est considérablement -diminuée, l'apport même des leucocytes très restreint aux points oii cet apport est rendu nécessaire par la pénétration d'agentg infectieux. Le froid a aussi une action nécrobiotique très active sur les tissus. Sur les téguments, il produit des érythèmes, de la vésication, des gangrènes suivant son intensité. Aux températures excessivement basses des régions polaires, — 30" et plus, le froid produit sur la peau des destructions aussi immédiates et aussi profondes que la grande chaleur (froidures à tous les degrés, en tous points analogues aux brûlures).

Ces considérations permettent de comprendre aisément le mécanisme pathogène de l'action du froid dans la production des maladies infectieuses. On peut ainsi interpréter et expliquer les données de l'ancienne médecine. Nous savons en efl'et, en

HAUDtES iliFECTIEUSES

nous basant sur les données précédentes, que Itt froid produit des aclioos vaao-motricea conslrictives à la surface, vaso-dilalatrices dans la profondeur, qu'il diminue la leucocytose pliagocytaire, qu'il altère les actions cellulaires, enfin qu'il peut détruire très facilement les revêtements épiderraiques externes et, « /bwion, les surfaces épithéliales internes, bien plus fragiles. Ce sont en somme là des conditions presque idéales pour le développement des microbes, les principaux modes de réaction de l'organisme contre l'infection se trouvant de co fait supprimés. Si le microbe est présent, prêt à pénétrer (nous avons vu quels hôtes dangereux habitent en permanence nos surfaces épithéliales), les barrières qui lui ferment l'entrée de l'organisme n'existant plus, tout naturellement il pénétrera et dès lors pourra constituer la maladie. Wurtz refroidissant les animaux a pu déterminer chez eux le passage des microbes de l'intestin à travers les parois intestinales et par suite leur pénétration dans l'intimité des tissus. La réalisation expérimentale de ces données, aujourd'hui classiques, est aussi la fameuse expérience de Pasteur qui réussit à inoculer le charbon k la poule, toujours réfractaire k l'état normal, en la refroidissant de quelques degrés.

Chaleur. — Inversement, Gibier, réchauffant une grenouille et parvenant à la faire vivre à 37°, put lui inoculer avec succès le charbon, auquel les grenouilles ordinaires sont absolument ré frac ta ires. Lachaleur, en effet, a une action analogue mais naturellement inverse de celle du froid Elle agit de même et plu'i vivement encore sur les surfaces

CAUSKS PRÉDISPOSANT L'ORCiîlISME A L'iNFEr.TIOS 77

épîUiéliales, mais elle s'aecompa«ne de vaso-dilalation périphérique, probablement d'une loucocy loge exagéi'(3e, ce qui fait que son action pathogène est tout antre que celle du froid. Mais la chaleur agit très violemment sur les éléments anatomiques et les modifie, les altère et les détruit très racilement. La chaleur a d'ailleurs de très singulières actions sur le système nerveux ; il suffit de citer les mulU* pies formes du coup de chaleur et du coup de soleil.

Si nous avons insisté un peu sur ces divers points, c'est que, pour le froid surtout, son action pathogène était tellement importunte dans la vieille médecine, qu'il y avait lieu de l'analyser d'après les données récentes.

Lumière. — L'influence de la lumière est extrêmement active. Les traditions médicales de tout temps ont montré l'action néfaste de l'obscupilé sur la santé. Nous n'insisterons pas sur ce sujet, riche en faits de tout genre mais de connaissance vulgaire. L'obscurité a une action dépressive marquée et peut prédisposer l'organisme i l'action des germes pathogènes qui, ainsi que nous l'avons vu, s'accommodent bien de l'obscurité et craignent la lumière.

, D'autre part, la trop grande lumière agit en iillérant surtout les organes visuels. C'est la lumière solaire extrêmement intense qui prépare certainement renvahisBcmenl des conjonctives par les infections multiples qui, en Orient, réalisent cette série de conjonctivites diverses, souvent si compliquées et si graves.

, La lumière artificielle trop forle a une action

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similaire el les conjonctivites consficutives à l'aclion de la lumière électrique trop intense ont un mécanisme analogue. La trop grande lumière a une action excitante, puis déprimante sur le système nerveux elpeut agir aussi parce mécanisme comme prédisposant aux infections. Nous avons jadis fait des recherches qui nous ont montré que de fortes excitations lumineuses peuvent déterminer chez le lapin une albuminurie transitoire.

Altitude. — De l'altilude, nous ne dirons pas grand'chose, Jourdanet a montré l'influence déprimante, anoxhémianle des grandes altitudes ; le mécanisme de leur action pathogène n'a pas été bien neLtemeuL élucidé, mais peut se déduire de ce fait, d'une part, e t, d'autre part, aussi des congestions intenses cutanées et broncho-pulmonaires, pouvant aller jusqu'à rhémoiragie, qu'on observe parfois aux très hautes altitudes, surtout chez les prédisposés.

Régime. — Le régime joue un rftle extrêmement actif dans la prédisposition de l'organisme aux diverses infections. Zasiadko l'a étudié expérimentalement. En effet, il peut préparer la voie par suite des altérations qui résultent dans les viscères de la consommation de substances alimentaires plus ou moins toxiques. L'alcool, les essences qui entrent pour une si grande part dans rallmenlation actuelle, réalisent ces accidents. Ils altèrent tous les viscères, le foie et les reins surtout, d'où production d'altérations cellulaires, puis de lésions interstitielles de sclérose généralisée, d'où altération des émonctoires, diminution de l'action d'arrêt de ces divers viscères contre les microbes el leurs

CAUSES PnÉniSPOSAHT L'ORGANISME A L'INFECTION 79 produits, affaiblissement de la puissance réactioDnellede l'organisme, etc., toutes circonstances qui facilitent grandemeat l'infection. Nous ne pouvons qu'indiquer ces facteurs si importants.

Le régime peut aussi, chez des prédisposés, contribuer grandement à créer de vraies dialhèses ; la goutte, certaines formes de diabète, en sont un exemple frappant et point n'est besoin d'insister sur rinfluence que Jouent ces dialliéses dans la préparation de l'organisme aux diverses infections.

A un autre point de vue, l'alimentation introduit constamment dans le tube digestif des masses considérables de microbes dont le rôle est généralement plutôt utile que nuisible, mais qui ont parfois aussi une action plus ou moins toxique, et peuvent irriter le tube digestif et venir ainsi en aide aux vrais microbes pathogènes présents ou à venir, auxquels ils contribuent à ouvrir les portes qui doivent leur donner accès au sein de l'organisme. Sans compter que, parfois, il se trouve, contenus dans les substances alimentaires ou transportés accidentellement par elles, de vrais microbes pathogènes tout prêts à jouer leur pûle s'ils peuvent prendre l'organisme en défaut (microbes de la tuberculose, quelquefois dii charbon, pyogènes divers, bacilles du tétanos, de nombreux saprophytes des aliments altérés, etc., etc.).

Jeûne. — A l'inverse de l'alimentation excessive, le régime insuffisant, le jeûne, a une action très nette sur le développement des maladies infectieuses ; il ralentit l'activité cellulaire, diminue considérablement la teneur en glycogêne du foie. L'action favorisante du jeûne pour l'infection a pu être

MALADIES ITIFECTfECSES

nettement démontrée par l'expérimentation. Canalis et Morpurgo ont longuement étudié, sur des pigeons et des poules, l'action produite par le Jeâne, dans diverses circoustances, sur ta réceptivité de ces animaux à l'égard de la bactéridie charbonneuse. Le résultat général de ces recherches c'est qu'on peut, par le jeûne, mettre des poules ou des pigeons en état de réceptivité pour le virus charbouneux, alors qu'à l'état ordinaire ils y sont réfractaires, et ceci ne tient pas à l'abaissement delà température produit par le jeûne. Ces faits expérimentaux sont à rapprocher des observations nombreuses faites sur des populations durant de grandes disettes. De tout temps on a constaté que les sujets en état d'inanition étaient bien plus facilement envahispar les maladies infectieuses. Les exemples abondent et sont dans l'esprit de tout le monde.

Fatigue. — La fatigue est aussi un des facteurs qui, avec le froid, l'inanition, constituent cet ensemble complexe qui prédispose si fortement les troupes en campagne aux infections diverses. A elle seule, d'ailleurs, la fatigue joue un rôle très important dans le développement des infections les plus diverses. On abien des fois essayé d'expliquer par quel mécanisme la fatigue produit cet effet, Le plus vraisemblable est le suivant.

Arloing, Cornevin et Thomas, Nocard et Roux ont montré qu'une injection préalable d'acide lactique favorise l'éclosîon du virus charbonneux. Or, on sait que le travail musculaire donne naissance à une quantité notable d'acide lactique qui peut agir alors comme l'acide lactique introduit artiQcîellement et favoriser ainsi l'infection (Herzen).

CiUSES PRÉDISPOSANT L'OflGASlSME A L'INFECTION 8C Quoi qu'il eu soit, CharrJn et Roger, dans de très nombreuses expériences, ont produit une fatigue extrfime en faisiiat marcher des chiens, chats, rais dans un tambour tournant en sens inverse. Ils ont pu constater d'abord que la latigue générale, imposée à des animaux inoculésavec le charbon bactérien ou le charbon symptomatique, favorise considérablement le développement et la généralisation des infections. Ils ont aussi observé un autre fait plus curieux encore, c'est celui de l'envahissement par des microbes variés des tissus d'animaux simplement surmenés sans avoir reyu au préalable d'inoculation de substances virulentes. Cheit quelquesuns de ces animaux,il y avait des plaies extérieures ayant pu servirde portes d'entrée aux agents infectieux, chez d'autres on n'en constatait pas ; l'infection alors avait dfl vraisemblablement se faire par l'intestin. En tout cas, l'organisme avait été mis dans un état de réceptivité telle, qu'il était devenu incapable de s'opposer à la pénétration d'agents infectieux mÉme vulgaires. Dans tous les cas, ces animaux se putréfièrent rapidement, comme cela arrive au gibier tué après avoir été longtemps poursuivi. Ces faits sont fort importants et éclairent la pathogénie de nombre de cas morbides bien difQciles à comprendre jusqu'alors.

Causes variées. — Bien d'autres causes peuvent faciliter l'envahissement de l'organisme; tel est l'encombrement qui comporte lui-même une foule d'influences mauvaises pour l'organisme : défaut d'oxygénation, intoxication par les substances volatiles expirées (Brown-Sequard et d'Arsonval), malpropreté, obscurité, froid ou chaleur, etc. Tels>

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MALAoreS ISFECTTEOSES

sont aussi les troubles psychiques, le chagrin, la peur, la douleur, etc., et, parmi les modificateurs du gystème nerveux, le son, l'électricité, etc. On conçoit qu'il y a là une série d'influences extrinsèques sur lesquelles nous ne pouvons nous appesantir.

EmolUnix. — Les très ingénieuses et récentes recherches de Péré méritent une mentinti. Ayant observé que les énnotions ont souvent été regardées comme pouvant déterminer l'éclosion subite d'une maladie infectieuse, Féré a cherché à démontrer expérimentalement l'action physiologique de l'émolion sur l'être vivant. 11 a vu que les émotions modiliaienl profondément la contractilité vascnlaire, produisaut tanli'it de la vaso-constriction, tantôt de la vaso-dilatalion; en même temps il y a modification marquée du rAle phagocylaire et altération de la chimiotaxie des leucocytes {propriété d'êtres attirés ou repoussés par les microbes ou leurs produits de sécrétion).

11 a vérilié ces données sur les animaux (pigeons, lapins et souris), dont les uns étaient effrayés pendant plusieurs heures par des bruits, des mouvements de menace, tandis que les autres étaient laissés au repos. Or, môme en l'absence de toute inoculation, le sang des premiers donnai! des cultures une fois sur deux, celui des seconds était toujours stérile. Après inoculation de divers microbes, les animaux effrayés succombaient seuls, tandis que les témoins ne mouraient pas, ou bien ils succombaient beaucoup plus trjt que les fuiîmaux laissés au repos. Enlin, des tubes capillaires pleins de cultures diverses, ouverts à une extrémité, ayant été introduits sous la peau de deux

WOSES PRÉDISrOSANT L'OUGANISME A L'IWFECTIOS 83

groupes d'animaux, chez les animaux effrayés ces tubes étaient intacts au bout de 34 Iieures, ne renfermant aucun glubule blanc, tandis que, chez les animaux tiSmoins, ils étaient biturrés à leur extrémité libre et un peu dans leur intérieur de nombreux globules blancs. Dans le premier cas, les leucocytes avaient donc perdu leur pouvoir chimiotsctique qui les fait se précipiter à la rencontre de tout microbe introduit dans l'organisme {à condition que ce microbe ne sécrète pas de produits doués de chimiotaxie négalive), action qu'ils mani- Testaient, au contraire, très intense chez les animaux laissés en repos. Il y a donc là un ensemble de preuves expérimentales qui démontrent physiologiquement l'inlluence mécanique et biologique des émotions. Cette influence est, en somme, h rapprocher de celle de la fatigue, du surmenage, du froid.

Nous en rapprocherions aussi volontiers l'expérience que nous avons répétée bien des fois jadis et qui consiste à tirer des coup's de revolver aux oreilles d'un lapin. L animal manife^ite une peur violente, et peu après son urine e^t albumineuse, souvent un peu sangumolente, puis tout rentre dans l'ordre après quelques heures II s est dont, produit chez lui des aciions vaso-motrices extrême ment marquées.

Misère. — La misère réalise un certain nombre de conditions préparant l'infection et que nous avons énumérées plus haut, telles qu'hygiène déplorable, saleté, conlinement, froid ou chaleur, inanition, émotions morales, etc. On conçoit donc qu'elle peut avoir une très grande influence sur le développement de bien des maladies infectieuses.

. Traumatisme. — Le traumatisme joue un r6\c. très actif, tout au moins dans la délermination el la localisation de l'infection. Nous ne pouvons que rappeler les faits de connaissance ancienne et vulgaire de l'éclosion de la phtisie ou même de la pneumonie à la suite d'un traumatisme à la poitrine, la production d'un abcès froid consécutiveinent â une contusion et au point contus, une méniagile survenant après une ou plusieurs chuteB sur la tète, etc.

L'expérimentation a réalisé ce mécanisme de bien des façons. Gamaleia, par exemple, introduit une culture de pneumocoque dans la trachée d'un mouton, l'animal n'éprouve rien ; vient-il à faire un traumatisme des voies respiratoires, la pneumonie éclate. L'exemple des endocardites est plus ancien el plus général encore. Nombre de microbes introduits dans l'organisme d'un animal restent inertes, ou bien font une infection générale. Si l'on vient alors à faire un traumatisme sur l'endocarde, ils s'y localisent et créent une endocardite. Par le même procédé de la lésion locale on peut factlemeut reproduire des tumeurs blanches (Max Schuller et bien des auteurs après lui). On peut de même créer un phlegmon en irritant de façon quelconque le tiïisu conjonctif d'un animal après lui avoir inoculé dans la circulation générale un microbe pyogéoe quelconque, qui sans cela serait resté sans effet (Hermann, Bouchard). Le rôle dtt tcaumalisme, comme cause capable de préptirer et de déterminer l'infeclion, est donc considérable.

Troubles de la nutrition acquis. — Les- troubles; de la nutrition génér9.k, qu'ils soient acquis ou exis-

CAUSES PRÉDISPOSANT 1,'OBCANISME A t'iHFECTION 85

tant chez le sujet du fait de riiérêdilé, peuvent de façons difTérenles préparer ou favoriser l'inlection. D'une façon générale, les écarts d'hygiène, quels qu'ils soient, créent des conditions très favorables au développemeol tout fortuit des microbes pathogênes. Que ces erreurs d'hygiène portent sur l'alimentation, sur la façon de vivre, de se vêtir, etc., elles débilitent toujours l'iudividu, altèrent de diverses façons ses revêtements épithéliaux et épidermiques, diminuent sa puissance de réaction, snrchargent ses cellules de produits incomplètement élaborés, altèrent son sérum, atténuent la vitalité de ses éléments anatomiques tïxes et surtout mobiles, etc. Toutes ces conditions, ainsi que nous l'avons vu maintes fois, sont des plus défavorables pour l'organisme dans sa lutte contre le microbe, puisqu'elles lui enlèvent la plupart des moyens par lesquels il peut lutter et triompher de l'infection.

Il nous est impossible de développer ce point, mais on comprend facilement l'enchaineraent des troubles, puis des lésions que peuvent amener Tusage immodéré des aliments, des boissons, l'intosication lente, mais sûre, paj- l'alcool sous ses diverses formes, l'exposition au froid, l'anoxhémie, etc. Nous ne pouvons étudier eu détail le rûle prépathogène, pourrait-on dire, de l'alcoolisme, des états dyseptiques, des entérites, des anémies, etc. Qu'il nous sui'Ose de le signaler en passant.

Diathèses. — Non moins importants sont les troubles de la nutrition, le plus souvent d'origine héréditaire, au moins dans leur éliologie. Le diabète est certes celui dont l'action est le plus néfaste pour

MALADIES IHFECTIEUSES

rorganisme exposé à être envahi par un microbe. La goulLeJa scrofule, sont aussi des facteurs graves dans l'étiologie des maladies infectieuses. Ces troubles morbides agissent surtout de deux façons: ils troublent d'abord la nutrition cellulaire tout en altérant la constitution de la cellule elle-même, et la chose est surtout marq^uée dans la goutte ; d'autre part, ils donnent naissance à des produits anormaux comme nature ou comme quantité qui jouent le rôle de substances favorisantes pour les microbes.

Le sucre tient le premier rang en l'espèce. Cette constatation est bien vieille, Ferraro et Bujwîd en ont donné une démonstration expérimentale. Et non seulement le glycose est dangereux par laîméme, mais aussi par les multiples produits qui l'accompagnent souvent ou peuvent se former à ses dépens, tels les acides lactique, acétique, diacétique, l'acétone, etc.

A ciité du diabète, il y a lieu de ranger la goutte, qui est surtout dangereuse par les altérations cellulaires graves qu'elle détermine. Elle peut agir aussi par les déchets de combustion organique incomplète qui infectent l'organisme.

Intoxications. — Les intoxications accompagnent souvent ces troubles de la nutrition. L'alcoolisme vient en tète, l'alcool est à la fois un dystrophique et un toxique. Les lésions si variées qu'il détermine peuvent procéder de ces deux modes. De façon ou d'autre, c'est un excellent moyen de préparer l'infection suivant les divers mécanismes que nous venons d'indiquer.

Le plomb peut agir d'une façon analogue. Il en

aUSES PnÉDlSPOSAST L'URGANISME A L'ISFKCTIOS 87

est de môme pour les diverses intoxications professionnelles dues aumercure, au sulTure decarbooe, au tabac, etc. Pourle cuivre, la cbose est douteuse, ce n'est pas un métal dangereux; bien plus, Burcq le considérait comme un excellent préventif contre le choléra- Ce qui d'ailleurs est fort douteux.

Les intoxications jouent un riMe préparant et favorisant très net dans Tenvahissement et le développement des agents infectieux, que ceux-ci proviennent de l'extérieur ou, au contraire, qu'ils évoluent normalement dans quelques-unes des cavités de notre organisme. Dans ce cas, Tintoxication favorise r auto-infect ion individuelle, comme nous l'avons déjà vu.

Auto-inloxications. — \ côté des Intoxicalions venues de l'extérieur comme pouvant favoriser l'infection, il faut signaler les auto-intoxications capables d'agir dans le même sens. C'est là un fait très remarquable dont M. Bouchard le premier et ses élèves ont donné la démonstration expérimentale,! Les auto-inloxica lions gastriques, intestinales, favorisent le développement et l'évolution des staphylocoques (Bouchard),

C'est, en somme, la démonstration expérimentale de ce fait d'observation vulgaire que l'iode, le brome, pour ne prendre que les plus nels d'entre les médicaments produisant des altérations cutanées variées, déterminent l'acné, voire même l'anthrax. Toutes ces lésions ainsi produites renferment, ainsi que j'ai pu m'en assurer maintes fois, des microbes de la suppuration (staphylococcus aureus) le plus souvent. D'autre part, on sait que, si l'on fait une antisepsie intestinale rigou-

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S8 ' HiUDIES INFECTIEUSES •

reuse,Ies accidents cutanés disparaissent (Pérél.

Il y a donc, dans ces observations si nettes, la démoDstrationdurûle de l'auto-intoxication et peulôtre même de l'auto-infection dans le développement de l'infection. Si bien que certains faits atlri- Irnés jadis à cette cause mythique, la spontanéité morbide, pourraient probablement s'expliquer par l'influence de l'auto-intoxication préparant le terrain à l'auto-infection. Ce serait une bien curieuse démonstration du vieux fait d'observation de la spontanéité morbide. Nous n'Insisterons pas sur ces derniers points, les preuves expérimentales n'étant pas encore assez nettes pour constituer une démonstration absolue.

Système nerveux. — Le système nerveux a un rôle actif dans la prédisposition et la préparation h l'infection. C'est en agissant sur ia nutrition par son action tropbique, c'est surtout en modifiant la circulation par les nerfs vaso-moteurs et c'est enfin en modifiant certaines sécrétions (sucre, albumine, par exemple) que le système nerveux joue un rôle important dans le mécanisme pathogénique de l'infection. Charrin, Rufl'er, Roger, Giey, ontdémontré l'action très nette qu'avaient sur le développement des diverses infections, des sections portant sur les troncs nerveux renfermant des vaso-moteurs.

Telles sont en sommo, succinctement indiquées, les principales réactions vitales qui, se passant dans l'organisme, peuvent le préparer à recevoir l'infection et le mettent en état de moindre i tance vis-à-vis de l'agent infeclieu)

indre ré sis- j

CAUSES PBÉDlSrOSAKT L'ORGANISME A L'INFECTION 89

Nous devrions maintfinant examiner rapidement par quels moyens l'organisme peut au contraire être mis dans un état tel qu'il est capable de résister à l'infection ; ce serait là faire l'étude de l'immunité et de la vaccination. Mais, pour pouvoir pénétrer dans le mécanisme de la production de l'état réfraclaire, il est nécessaire d'étudier l'organisme immunisé en lutte contre l'infection. En effet, nos moyens d'investigation ne nous permettent malheureusement pas de saisir les différences chimiques ou fonctionnelles qui existent entre un organisme rendu réfractaire contre telle ou telle infection et un organisme sensible à cette infection. L'immunité est actuellement pour nous un état particulier de l'organisme que nous ne pouvons constater que par ses réactions contre l'infection et qui jusque-là n'est pas perceptible pour nous. On conçoit donc qu'il est naturel de renvoyer l'étude de l'immunisation et de l'immunité un peu plus loin, alors que nous examinerons les réactions que détermine dans l'organisme l'envahissement de l'agent infectieux, réactions qui seront absolument différentes chez le vacciné et chez, le non-vacciné. C'est donc l'examen du mécanisme par lequel le microbe pénètre dans l'organisme et des conditions de celte invasion que nous devons actuellement étudier.

PËtCfilRATION DES MICROBES DANS £.'ORaUnSiB

I' Facteubs de la nnuLENCE. PuisKiDCO des microbes. Nombre.

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i' DËrEKSE rs L'oHCANisui^. Seruro baotËriclde. Pbigvcylosi iiae. AcIionB vaBo-motrlces.

!■ TltÙrOLES AtUTOHlUDES KT PBTSIDLOaiUUES B

Multiples sont les conditions qui peuvent favoriser ou empâcher la pénétration des microbes dans l'organisme. 11 s'agît d'une bataille. Le microbe fait le siège de la place forte qu'est l'organisme. Celui-ci se défend. Quelles sont les conditions et les péripéties delà lutte 7 Quels moyens mettent en jeu les deux adversaires î etc. Toutes ces questions et bien d'autres doivent se poser en abordant ce sujet. Nous allons examiner rapidement les principales.

Après avoir étudié le microbe en lui-même, sa biologie, ses habitats, montré ensuite les causes qui J'avorisent sa pénétration dans l'organisme et enfîn examiné les troubles nutritifs qui peuvent préparer l'organisme îi cette invasion, nous sommes amené à étudier comment se fait cette invasion, , comment se produit l'infection.

PÉ^ÉTRITI'W KS «ICiOBES UkK L'OHCISISJIE 91 1* Facteurs de la virulence.

Aa iDoin«nt oà l'agent inreclienx attaque l'organisme, il peut se présenter avec une puissance toxique Tort Tariable el qui dépend de coodîtîoas diverses. Sa virulence peut ^tre grande ou bible, le Doinbre des éléments infectieux peut ^Ire minime ou élevé, enfin la porte d'entrée p«u( être favorable au microbe ou au erra traire lui èlre défavorable. Examinons rapidement chacun de ces points.

Puiftartce da imitrobet. — Lavîrulenred'un agent infeclieax est sonmise à des inOuences fort var^tes.

Le plus souvent l'agent înrectieas «-et d'autant plus virulent qu'il vient de quitter l'organisme du malade ou il s'est multiplié, parfois sa virulence varie suivant l'organe d'ob il provient. C'est ainsi par exemple que, dans la morve, l'nlcére renferme les microbes les pliu virulf^nts. ttaos la lièvre lypboide, ce seront ancofliraîre ceux (|uî proviennent de la rate, eic. Si l'uriçanisnie.foy^r primitif d'o(i vient le microbe. est en pleine évolution morbide. la virulence de ce micr'jbe seraplus grande:eUe pourra être très variable smvanl l'ecpéce d'ob provient le microbe.

Parfois, au contraire, l'af^nt îafecti^i s doit subir une sorte cl'évolutûtn m dehors de l'organisme avant de passer de l'<»rçaui«me infecté dans l'organisme non enore alietnt ', au contraire, pour d'autres microbes cette ëvolutioa exJra^-ofgamqa^ les atténue consîdérabl«iDeot 'voir plut! baut : Influence des agents atmospbériqu«s eur les mierobes).

Quelquefois, dans ceUe wie intenoédiaire qui peut être fort U " ■------•^ ■

92 MALA'BIES IRriîCT!EDSES

tanément ses propriétés d'une fai^on complète. Enlin l'association de divers microbes peut ou bien atténuer les organismes pathogènes, ou an contraire exalter leur virulence. L'association du niicrococcus prodigiosus au microbe du charbon symptomatique réalise par exemple celte dernière condilion(Roger;i.

Nombre. — Le nombre des agents infectieux comme facteurs de la virulence a été longtemps méconnu. Jadis Pasteur et ses élèves n'y attachaient qu'une minime importance Cependant, il y a plus de 20 ans, Chauveau, étudiant la vaccine, avait constaté qu'à une plus grande quantité de vaccin inoculé succédait une plus belle pustule. En 1879, il eu fit une démonstration complète, en montrant que l'injection d'une grande quantité de bactéries charbonneuses forçait l'immunité naturelle des moutons algériens. Pour le charbon symptomatique, Arloing et Cornevin ont pu presque à volonté faire varier Pintensité de l'infection en faisant varier les doses de substances injectées. Walson Cheyne, par de minutieusesexpériences, a pu compter dans diverses maladies le nombre de microbes qui est nécessaire pour produire l'infection, impossible avec un chiffre moindre.

Porte d'entrée. — La ported'entrée joue aussi un rôle trèsnet sur laproduction et l'intensité de l'infection. Parfois l'éraillure épidermique la plus légère suffit; c'est le cas du charbon bactéridien, de la syphilis,de la vaccine,e te. D'autresfois, l'agent infectieux doit être nécessairement introduit profondément dans le tissu cellulaire sous-cutané ; tel est l e ' cas de la septicémie gangreneuse.

Ve>ÉTRAT10»( DES «ICBOliES DANS L'OJlGAMSMi; 93

Dans d-aotres cas, il n'agit qute s'il est introduit Sous la .peau, mais prend une virulence atténuée si on l'injecte dans le sang; tel est le cas pour la péripneumonie contagieuse (Chauveau). D'autres agents infectieux doivent pénétrer par le tube digestif, tel est le cas pour la fièvre typhoïde, le choléra ; d'autres pénètrent par les voies respiratoires (pneumonie, broncho-pneumonie, etc. ). La rage évolue bien plus rapidement lorsque l'inoculatiou se fait par une voie nerveuse [Daboué, Pasteurj, Souvent aussi la porte d'entrée joue un rôle important sur la forme que revêt la maladie. Une inoculation sous-cutanée de bacille tuberculeux pourra faire une gomme locale, tandis que, dans le poumon, elle aurait pu produire une hrocho-pneumonie tulierculeuse, etc. Suivant la porte d'entrée, le microbe peutrester localisé en un point, ouau contraire se généraliser rapidement. La nature du tissu où l'inoculation se fait joue également un rùle sur la virulence. Il va de soi qu'à cette notion delà porte d'entrée s'en surajoutent nombre d'autres que nous examinerons en étudiant les facteurs de l'immunité.

2° Mode d'enva hisse ment.

Les barrières sont forcées, les micro-organismes ont pu pénétrer dans l'organisme en traversant les revêtements épithéliaus ou épidermiques, ils ont pudéterminer eux-mêmes l'eflfraction nécessaire ou, plus souvent, ils ont passé à travers une érosion existant déjà; les cellules épithêlialesi les éléments lymphatiques sous-jacents, n'ont pu s'opposer &■

«ALiBIES IHFBCTIEDSES

cette pénétration. Voila IVnnemidaDs la place ; microbes ont pénétré daos l'organisme. Ils voal suivre plusieurs voies, soit la voie conjonctive ou lymphatique, enit la voie sanguine. Dans le premier cas, l'effort de l'organisme pourra repousser l'agent inrectieux ; la lutte qu'il a â soutenir contre lui commencera avec plus de chance de succès. L'envahissement nu peut en effet se faire que de proche en proche et l'organisme peut défendre le terrain pour ainsi dire pied à pied. D'où la série des réactions locales si diverses, qui ne sont que la manifestation autour du point envahi de l'eCTort curateur de l'organisme.

Ce peut être d'abord i'œdème, ordinairement inflammatoire, résultantdelaproduction d'un exsudât fibrineux avec multiplication des cellules fises du tissu conjoncLif, diapédëse des leucocytes, etc., tous phénomènes préalables de la phagocytose. D'autres fois, on peut avoir une pustule, des infarctus, delà nécrobiose,elc., comme phénomènes locaux de l'infection.

Lorsque l'infection se propage, les ganglions de la région sont alors atteints ; ce sont eux, en effet, qui servent de barrière. Ils peuvent retenir parfois l'agent infectieux pendant un certain temps, concourir même quelquefois k le détruire.

En effet, les recherches de Colin, de Toussaint, ont démontré que, dans le charbon, les ganglions sont virulents avant tout autre organe. Nombre d'infections, qui se font par exemple par la voie pulmonaire, se propagent par la voie lymphatique, ainsi que Muskatbluth a pu s'enassureren injectant dans les bronches du lapin des cultures de bactéri-

NÉTRATION DES MICROBES DANS L'OBGAUrSME 95

die charbonneuse sans avoir produit la moindre érosion des parois trachéales. Cet auteur a pu ainsi voir que ce sont les lymphatiques et les ganglions qui renferment exclusivement d'abord leshactéridies, qui ne se répandent que plus tard dans le sang.

D'autres virus peuvent pénétrer directement par la voie sanguine ; il est vrai que ce processus n'est guère réalisé qu'expérimentalement. On peut constater dans ce cas que les microbes sont portés rapidement dans nu grand nombre d'organes, qu'ils s'y accumulent en quantité très variable suivant les organes. Le foie, la rate, la moelle des os, les reins les retiennent surtout. Lorsqu'il s'agit de microbes non pathogènes, ils sont rapidement détruits, ainsi que la démontré Wyssokowitsch ; il eu est de même lorsqu'il s'agit de microbes pathogènes en petite quantité ou peu virulents.

Certains virus enfin peuvent pénétrer à la fois parla voie lymphatique ou par la voie sanguine. Tel est le cas de la tuberculose. Dans ces cas d'ailleurs, la symplomatologie peut varier, ainsi que les nombreuses expériences sur le virus tuberculeux l'ont démontré, produisant tantôt une forme infeclante générale sans localisation, tantiH au contraire des lésions ulcératives en foyers diffus.

3° Défense de l'organisme.

C'est qu'en effet, dans le sang, les microbes sont détruits avec une grande énergie par deux éléments de l'organisme. C'est d'abord le sérum sanguin, dont les propriétés bactéricides normales, surtout lors-

90 MAIADIES ISFECTIEUSES

qu'elles sont exagérées par l'immunisation, a que nous le verrons plus loiu.semaDifestenlsurlei microbes, en empêchant leur multiplication et en atténuant rapidement leurviruleoceetleur vitalité. Ce sont en second lieu les leucocytes, qui jouissent pour la plupart d'une puissance bactéricide très grande; ils agissent sur lus microbes en les englobant, en les digérant ou en les rejetant.

Phagacijtose. — Cette puissance des leucocytes, connue depuis longtemps pour les débris de tous genres, a été démontrée générale pour tous les microbes par MetchnikotF surtout, qui a basé sur ce fait sa théorie du phagocytisme. Celte puissance d'absorption et de destruction des microbes, ce rôle de phagocyte n'est pas seulement rempli d'ailleurs par certains globules blancs ; les cellules migratrices etles cellules flxes du tissu conjonctif, les cellules nerveuses et les cellules endothéliales, les ftbres musculaires, en somme te plus grand nombre des cellules de l'organisme ont cette puissance phagocytaire, c'est-à-dire peuvent absorber et détruire les microbes.

- On comprend que ces cellules, dont beaucoup sont fort mobiles, peuvent aider puissamment à la destruction des microbes, mais peuvent aussi contribuer à leur dissémination, si elles les transportent en diverses parties de l'organisme, loin de leur point de départ, etles laissent échapper avant de les avoir complètement détruits. On coin;oLt également que les diverses circonstances qui favorisent la di3pédése,en agissant par exemple sur les vasoi moteurs, peuvent avoir de ce fait une action irè» aeUv'e sur. les; ipicrobes, puisque, du même coup, la

*fiKÉTRATIOf( DES MICROBES DANS L'OBGANISME 97

Sortie des globules hors des vaisseaux se trouve ou facililée ou au contraire gênée. D'ailleurs, cette aclion vaso-motrice est, ainsi que nous l'avons vu (recherches de Bouchard, Charrin, Gley), exercée par les produits solubles d'origine microbienne qui peuvent ainsi d'une fa<;on indirecte modifier, à leur avantage toujours, l'action phagocy taire contre laquelle ils peuvent aussi lutter par certaines de leurs sécrétions qui repoussent les globules blancs (chîraiotasie négative).

4» Troubles anatomiques et physiologiques résultant de l'invasion microbienne dans l'organisme.

Les divers troubles que la pénétralion du microbe dans l'organisme réalise sont Tort complexes: les uns sont d'ordre fonctionnel ou dynamique, les autres sont d'ordre analomique. On comprendra que nous ne puissions pas faire l'exposé détaillé de ces faits extrêmement nombreux qui sont la résultante fort complexe de l'action du microbe, de l'action de ses toxines et des réactions qu'ils suscitentdans l'organisme. En effet, la connaissance de lésions anatomiques, contre lesquelles nous ne pouvons rien, ne saurait fournir d'indications thérapeutiques. Lorsqu'un viscère est altéré, nous ne pouvons le savoir que par les troubles foncliounels qu'il manifeste. Ce sont donc seulement ces réactions fonctionnelles qui nous importent en l'espèce. De plus, il faut bien savoir interpréter ces divers troubles fonctionnels, car s'il en est qu'il faut essayer de modifier, il en est qu'il faut au coniraire

^S ~ ÛLAOIES raFECTIECSa*

favoriser parce qu'ils sont l'indice d'une réaction pouvant être utile. Il est en effet important de ne pas empêcher certains actes curateurs de l'organisme envahi par l'agent pathogène.

Lésions anatomiques. — Les lésions anatomiques peuvent se rencontrer partout, elles se présentent sous divers types. Ce sont tanli^t une simple Tonte ëpithéliate (choléra), tantût un processus ulcëratir qui s'avance en profondeur et dêterminedes escarres, tantût même une infiltration des masses musculaires sous-jacentes. Le processus peut être dégénératiret les modes de dégénérescence variables aussi : dégénérescence vitreuse, amylolde. graisseuse,scléreuse,caséeusesuccédanlsoit à l'in- Qanimation avec son mécanisme d'envahissement par les éléments embryonnaires, prolifération de& cellules conjonctives, etc., soit encore è. ia suppuration. Les dégénérescences peuvent môme survenir d'emblée sans avoir passé par une nérjo de aiguë préalable.

Les lésions anatomiques peuvent être fort i riées, depuis la tuméfaction trouble et toutes^ altérations cellulaires diverses jusqu'aux proUfa tions cellulaires les plus variées, depuis la ce^^ géante jusqu'aux productions scléreuses. IVousa pouvons insister sur ces altérations analomîqi " d'ailleurs bien exposées dans les traités récents pathologie générale infectieuse.

Réariioiis fonctionnelles. — Les réactions fol tionnelles que suscitent les microbes dans l'ori nisme sont fort variées; quelques-unes sont i phénomènes uniquement nocifs, phénomènes d'âi poisonnoment par les toxines microbiennes, d'autw

PÈNÉTRATIOW BES MICROBES BANS L'ORGAMSME 99 sont au contraire des phénomènes réactionnels, traduisant un des modes de défense de Torga' uitiine dans sa lutte contre l'agent inrectieux. Il y a donc intérêt pour le thérapeute à pouvoir, dans la mesure du possible, distinguer ces diverses manifestations morbides. Parfois, en effet, il pourra lutter contre le phénomène dangereux, le modifier, l'atténuer, quelquefois le supprimer par son intervention thérapeutique. Au contraire, il devra savoir respecter certaines réactions curatrices de l'organisme, ne pas les troubler et même, s'il le peut, les aider par sa médication.

Telle est la théorie : malheureusement, en pratique, les difficultés sont estrômes. Les phénomènes morbides s'enchevêtrent, passent insensiblement de l'un à l'autre et, bien plus, changent même de signification suivant leur intensité. L'exemple de la fièvre est bien typique : une lièvre modérée dans une maladie infectieuse est parfois l'indice d'une réaction organique curatrice ; lorsqu'elle est très élevée, c'est au contraire un phénomène dangereux qu'on ne saurait combattre trop activement.

Les principaux phénomènes fonctionnels que l'on peut observer dans le cours des maladies infectieuses sont : la fièvre ou l'hypothermie, l'hyperexcitabiiité ou au contraire l'atonie du système nerveux, l'accélération ou, inversement, le ralentissement de la respiration ou de la circulation, la dilatation ou le resserrement vasculaire {congestions, œdèmes], les hémorragies, l'albuminurie, l'ictère, les localisations sur les séreuses ou le tube digestif, la diarrhée, divers phénomènes psychique»

XJXADIES CTFeCrtETISES

(dépression, délire, coma), les altérations fonctionnelles viscérales diverses (foie, rate, rein), etc.. elc.

D'nne façon générale on peut dire que ces divers phénomènes sont causés par faction des produits solubles microbiens agissant sur divers points de rorganisme. ""

Le microbe ne semble guère intervenir dirt ment par lui-même, il se multiplie et sécrète produits toxiques. Son riMe personnel et fonctionnel n'est guère autre. 11 est vrai qu'il peut contenir en lui-même une partie de ses toxines (nucléo-albumines], mais il ne semble pas avoir de fonctit nocive directement par lui-même. En somme, n'est qu'exceptionnellement que le microbe biologiquement, le plus souvent c'est chîmîi ment qu'il agit sur l'organisme.

Ces troubles variés ont donc une double origii tautat en effet ils sont la manifestation spéciale empoisonnement particulier, tantôt ils traduisent trouble produit dans le fonctionnement de tel ou tel organe par l'action toxique du microbe, cette action toxique pouvant produire soit des lésio: anatomiques, soit seulement des troubles fondit nels de l'organe attaqué.

L'interprétation complète et absolue du canisme de ces divers phénomènes est entoi encore d'une bien grande obscurité. On a pu e rimentalement reproduire quelques-uns de phénomènes. De ces recherches, il est rési quelques notions précisées davantage.

Les plus importantes sont celles qui ont ti aux modifications vaso-motrices produites certaines toxines et celles qui se rapportent à ce!

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onnel ir en ailbu-

PÉHÉTRATION DES MICBOBES DAWS L'ORGAKISME 101

propriété spéciale du sérum sanguin qu'on a dénommée l'état bactéricide.

L'actioD vaso-motrice de certains produits de sêcrélion microbiens a été démontrée espérimentalemeatpar M. Bouchard, puis par Charrin et Gley. D'une façon générale, la vaso-dilatalion favorise ta diapédèse, celle-ci est un des modes de production delà phagocytose. L'enchainement est le suivant. Il se produit, sous diverses inDuences agissant sur le système nerveux, une vaso-dilatation, d'oii possibilité de la diapédèee des globules blancs du sang; ceux-ci étant sortis des vaisseaux vont à la recherche des agents infectieux suivant une irritabilité qui leur est spéciale (chimiotaxisme de Massart et Bordet\ enfin ils les atteignent, les englobent et les digèrent, ce qui constitue le phagocylisme de Metchnikoff.

Le phagocytisme est un des modes de réaction les plus actifs de l'organisme contre les microbes. Or, dans la plupart des maladies infectieuses, iL existe des toxines qui précisément agissent sur les centres vaso-dilatateurs dont ils suspendent l'action. Par là même ils entravent donc la diapédèse, la chimiotaxie et le phagocytisme. On conçoit donc que celte notion est fort importante au point de vue pratique, puisqu'elle démontre que, dans le traitement de la plupart des maladies infectieuses, il faut en général éviter de diminuer l'action vasodilatatrice et même la favoriser. Dans d'autres circonstances, c'est un effet inverse qu'on devra chercher ù, réaliser ; tel est le cas dans les essais thérapeutiques assez récemment tentés dans cette voie par le professeur Bouchard. 11 a injecté à des

SALAOIES ISPECTIEOgES'

malades dans certains cas spéciaux (hémorragies par exemple) une substance suspendant la vasodilatation, extraite des cultures pyocyaniques et qu'il a dénommée Vanectasine.

- Quant au pouvoir bactéricide du sérum, c'est une propriété qui existe chez tous les animaux el cher rhomme â Tétat aormal : elle est exagérée dans nombre de cas et constitue un Facteur important de l'atténuation, celle-ci étant un des moyens qui permettent de réaliser l'immunité par la vaccination. Ces notions trouvent aussi leur application dans la thérapeutique des maladies infectieuses. Les si éclatants résultats de la sérothérapie donoent un intérêt particulier à ces questions.

Examinons-les rapidement.

3° Vaccination. — Immunisation.

Vaccination. — La vaccination, méthode due tout entière fi Pasteur, consiste essentiellement et au moins dans sa forme primitive & inoculer des microbes pathogènes vivants atténués par divers procédés. Cette méthode a eu pour point de départ les recherches de Pasteur sur le microbe du choléra des poules (18SU). Un peu plus tard, Toussaint montra que, de même, la bacléridie charbonneuse atténuée pouvait conférer l'immunité contre le charbon. En 1881, Pasteur avec Roux et Chamberlaud, en faisant agir sur les cultures bactéridiennes l'air el une température dysgénésique, arrivait à créer des variétés de bactéridies charbonneuses inégalement alténnées et à reproduire chacune de ces variélés avec ses nouvelles propriétés. Il créa ainsi des

rÉNÉTBATIOT! DES MICROBES DANS L'OJir.ABISME 103

cultures à virulence moyenne, puis faible et, les inoculant successivemeul. il pulréaliser la vaccination charbonneuse, entrée depuis ce moment dans la pratique courante de l'agriculture. Tel est le principe de la vaccination pasteurienne qui dérive de ratlénuation.

Atlcnualion. — Cette alténiialîon de l'agent pathogène peut d'ailleurs élre réalisée de bien des façons diverses. On peut agir sur les cultures microbiennes au moyen de la température, de la pression, de la lumière, elc. On peut aussi ajouter aux cultures des substances chimiques (antiseptiques) ou encore les laisser vieillir, ce qui équivaut à laisser au contact du microbe des substances empêchantes résultant de sa multiplication et sécrétées par lui ou fabriquées au moyen des éléments contenus dans la culture. Entin, comme Ta fait Pasteur pour le rouget des porcs, on peut faire passer le microbe pathogène dans l'organisme d'un autre animal oii il s'atténue.

On peut aussi introduire le microbe en un autre point que celui où il pénètre ordinairement ; tel est le cas pour le charbon symptomatique.

En général, les propriétés nouvelles conférées aux microbes sont passagères el ne peuvent se transmettre aux générations suivantes. Cependant il y a des faits où le microbe atténué conserve ses propriétés nouvelles dans les cultures successives (bactéridie charbonneuse el récemment bacille pyocyanique) (Charrin et Phisalix.)

La durée de Tétat réfractaire obtenu ainsi par la vaccination au moyen de microbes atténués est variable. Dans quelques cas, elle est d'assez courte

HALADIES ITIFECTIEUSES

durée, tiuns d'autres beaucoup plus longue, comme ir'esl le cas pour le cliarboa. Le plus souvent la vaccination met le sujet à l'aliri de l'infection par le même microbe, mais non à l'abri de l'iDloxication par les produits de ce microbe; c'est en cela qu'elle difTère de l'immunisation.

Nous n<! pouvons pas insister sur cette vaste et complexe question qui sort d'ailleurs un peu, de notre sujet. Nous pouvons renvoyer le lecteur à l'excellent volume de M. Arloing : les Virus et aux innombrables publications et communications les plus récentes [Annales de ["Jmilitut Pasteur, Congrès de Londres, CongrÈs de Budapest, elc).

La vaccinalioQ détermine l'immunité chez le vacciné. Cette immunité peut être également obtenue par d'autres procédés.

Immunisation. — La question de l'immunisation, terme nouveau que l'on a dû créer, présente une uxcessive complexité. Les résultats en sont encore plus étonnants que ceux de la vaccination etsurtout susceptibles d'extension bien plus grande au point de vue thérapeutique. Il est vrai que, s'ils sont plus puÎBsanlaet bien plus rapides, ilsn'ont pas la durée ordinairement plus longue des effets de la vaccination.

En elTel, l'immunisation non seulement rend le Bujel réfractaire Ji l'infection, mais aussi à l'intoxicalion, elle le rend capable de résister au microbe ainsi qu'i!b ses toxines. Elle parvient souven t aussi à le guérir, lorsqu'il est déjà sous le coup de l'infection. C'est là unedilTérence assez nette entre la vaccination et l'immunisation ; d'ailleurs le procédé est différent dans les deux cas. En effet, la vaccination est obtenue par riuûculation d'un microbe atténué ou en

PÉSêTRATlOB DES MICROBES DAHS L'ORGAIÎISHE ItH

eulturûtrè5diluéeoueDmiDimeqiiaDtilê;rimmuQisatînn résulle de l'inoculation de substances organîqoes provenant du microbe pathogène et différentes vraisemblablement des matières vaccinaut^s, ou bien eucore de substaoces contenues dans les tissus et dans le sang d'animaux rendus réfraelaires à la maladie soit par vaccination, soit par immunisation préalable.

Ces deux procédés: vacciDationetimmunisation, différents au premier aspect, reconnaissent pourtant, suivant toute vraisemblance, le même mécanisme. Il est fort probable que, dans la vaccination, l'introduction du microbe atténue détermine dan» l'organisme du vacciné la formation de substances empêchantes pour le microbe pathogène, desprotéidesdéfensives, comme on Les appelle aujourd'hui. Dans l'immunisation la production de ces protëides défensives est déterminée par l'injection des produits microbiens sol ubles ou lorsqu'on emploie des maliëros provenant d'animaux rendus au préalable réiractaires,ces proléidessont injectées, toutes préparées pour ainsi dire, à l'animal en expérience eL peuvent agir immédiatement, produisant très vite un état réfractaire capable même d'arrêter le développement d'un microbe, s'il est déjà en évolution dans l'organisme du vacciné.

On voit l'importance et les conséquences de ce fait. Mais il faut bien remarquer que l'immunisation n'est que transitoire ; les substances injectées s'éliminent assez rapidement; dans quelques cas, après 20 jours il n'y en a plus trace. Elles se détruisent sans s'éliminer par les urines; chez le vacciné, au contraire, l'organisme subit une modi-

tos

MALADIES IHFECTIETSES

[Icatinn spéciale; il élimiDe rapidement parles urines les produits qui lui sodI inoculés et Déanmoias il continue h fabriquer des produits vaccinants el persiste ainsi pendant foi-l longtemps. L'immunisalion serait surtout une infusion de substances anti- Beptiques spéciales, ne déterminant que secondairement la production de proléides défensives, tandis que la vaccination produit une modification dans les réactions chimiques de l'organisme, réactions d'ordre biologique désormais fixées dans cette modalité. Un membre isolé d'un animal \'acciné est aussi réfraclaire que l'animal tout entier (Roger).

Sérvihérapie avec le sérum des animaux nnlurellemenl réfraclav-ei. — L'immunisation peut être réalisée soi tau moyen du sang et du sérum des animaus naturelleraeut réfraclaires, soit au moyen des humeurs des animaux vaccinés ou immunisés au préalable par un procédé quelconque. Examinons le premier point.

L'idée d'injecter à un animal, sensible à une infection donnée, le sang d'un animal naturellement réfractaire àcette même infection, — afin de transmettre au vacciné la puissance réfractaire du premier animal, — cette idée, émise par Bouchard, a été mise en pratique par Rondeau, en 1884.

En l888,Héricourt et Ch. RicheL remarquèrent que l'inoculation du staphyloc. pyosepticus ne produit sur le chien qu'un abcès volumineux qui guérit. Chez le lapin, au contraire, il produit un œdème énorme, une fièvre intense et la mort en 24 heures.' Or, si on injecte dansle péritoine du lapin 30 à 3j gr^ du sang d'un chien ordinaire, puis que, 36 heures

KnËTIUTION des microbes DAI«S L'ORCUJISME 107

après, on l'inocule avec le microbe, l'œdème est peu marqué, la fièvre modérée, et la morl eat retardée d'un à trois jours. Si le sang provient d'un chien inoculé, ayant eu un abcès et guéri, tous les lapins survivent. Il y a là L'application des deux méthodes, ne retenons ici que l'inoculation du sang du chien non inoculé.

En avril 1890, Bouchard obtint sur le lapin une augmentation de la résistance au bacille pyocyaoique par l'injection de sang et de sérum de chien; Berlin et Picq lirent de nombreuses inoculations de sang de chèvre, considérée comme rérractaire, pour combattre la tuberculose.

Behring vit quelesérumde rat, moins sensible au charbon que la souris, inoculé à celle-ci, augmente sa résistance. Ogata et Jasuhara la rendirent absolument réfractaire en lui inoculant du sérum de chien et de grenouille, animaux réfraclaires au charbon. Hankin arriva au même résultat.

Behring constata également que le sérum de rat protège les cobayes contre l'intoxication diphtéridque et même les guérit après inoculation. D'ailleurs ces expériences cadraient bien avec les réactions observées in vilro.

En eflfet le sérum des animaux réfractaires exerce dans les cultures une action antiseptique sur les microbes : pouvantlesdétruire ouïes atténuer, tel est 4e cas pour les sérums de grenouille et de pigeon bactéricides pour la bactéridie charbonneuse, le sérum de rat agissant de même sur le bacille diphtéritique.

. li y a pourtant des exceptions à cette règle. C'est ■ainsi que le chien étant très peu sensible à labacté-

ridie charbonneuse, son sûrum n'a aucun pouvoir bactéricide sur cette bactéridie.

Sérothérapie par le térum des animaux imviunUés. — Nous devons maintenant examiner le second point. L'immunisation peut être réalisée par l'inoculation du sérum d'animaux non plus réfractaires naturellement, mais rendus tels par une vaccination pratiquée suivant divers procédés (inoculation de microbes atténués, de cultures diluées, de très petites quantités de microbes ou même de cultures stérilisées ou de produits sotubles microbiens). La démonstration du pouvoir bactéricide du sérum des animaux ainsi préparés a été faite in vitro.

Si, en effet, on cultive un même microbe dans le sérum d'un animal normal et dans le sérum d'un animal vacciné contre ce microbe, on voit après quelques jours que, dans le sérum de l'animal normal, le microbe s'est développé, le tube est rempli de colonies ; au contraire, dans le tube provenant du vacciné, le développement ne s'est pas fait, le tube est resté clair. Bien plus, celte expérience type a été récemment réalisée par Roger sur l'animal vivant.

Ce n'est pourtant pas lu une règle sans exception; d'ailleurs, ce pouvoir bactéricide ou atténuant ainsi donné à l'organisme d'un animal ne se manifeste qu'après plusieurs heures, ou plutrtt quelquefois seulement après plusieurs jours, et ne dure ordinairement que peu de jours (iO jours seulement dans certains cas où on a pu s'en assurer).

Les premières applications expérimentales el thérapeutiques de cette méthode de la sérothérapie avec le sérum des animaux immunisés contre la ma^

PfiNÉTRATIOH DES «ICBOHES DASS L'ORGANISME 109

4adie dont on veut prémunir ou guérir les animaux en expérience, ont été faites, en 1890, par Bebring et Kitasato. Les premiers, ayant pu vacciner des lapins contre le tétanos, ils constatèrent que le sérum de ces lapins possédait la propriété de détruire le poison tétanique auquel il était mêlé in vitro. Ce sérum anlitoxique ayant été injecté aux souris, celles-ci devinrent de ce fait réfractaires au tétanos alors que normalement elles y sont fort sensibles. Bien plus, ils ont pu guérir ainsi des souris infectées présentant déjà des convulsions.

Tizzoni et Catani confirmèrent ces résultats. Ils purent même extraire de ce sérum une protéide précipilable par l'alcool et le sulfate de magnésie qui possède le pouvoir antitoxique et immunisant. Cette curieuse propriété est pourtant variable suivant les cas, ainsi que Vaillardra fait remarquer,

Behring et Kitasato ayant répété les mêmes expériences avec les animaux vaccinés contre la diphtérie purent constater que, dans ce cas, le pouvoir antitoxique du sérum était d'autant plus fort que l'immunité du cobaye était plus parfaite. Ils remarquèrent aussi un failfort important, c'est que l'introduction de fortes doses de poison diphtéritique dans l'organisme des cobayes ayant reçu le sérum antitoxique neutralise ce pouvoir.

D'autre part, lorsque, l'immunisation produite par l'inoculation du sérum antitoxique est très forte, le sérum de l'animal ainsi immunisé peut h son tour jouer immédiatement nu rrtle immunisant tout semblable, lorsqu'on l'inocule ii un animal ordinaire. Ces deux faits semblent bien indiquer que, conformément à l'opinion déjà ancienne d'Eni-

KAUWES ISFECTIEOSBS

merich, il s'agit dans ces faits àe proléidcs antheptique,.

Les recherches de Behring et de Kilasato ont porté aussi danscet ordre d'idées sur le rouget et la pneumonie. Ainsi que Klemperer, ils ont pu, ayant vacciné des animaux, se servir du suc extrait de leurs organes pour Tinjecter à d'autres animaux qu'ils rendirent ainsi rëfractaires uu même guérirent de la même maladie.

Mais il y a plus ; Ehriich a pu réaliser par la même méthode une immunisation contre des poisons chimiques : la ricine de l'huile de ricin et Tabrine du jequirity. Nouvelle preuve, d'après cet auteur, que l'action bactéricide du sérum qui réalise l'immunisation est une action chimique, indépendante de l'état réfractaire naturel d'un animal et qui môme ne se rencontrerait pas parfois chex des animaux soumis aux vaccinations pasturiennes. Tel est le cas dans le rouget, d'après Emmerich.

Le professeur Bouchard a insisté sur ces faits, il pense que cette action si spéciale du sérum diffère radicalement du mécanisme de la vaccination ; que ce n'est qu'un mode nouveau de l'antisepsie générale. Cette méthode devrait s'appeler l'hémothérapie. 11 a proposé aussi le nom de sérothérapie pour les cas où on emploie le sérum, qui a toutes les propriétés du sang sans en. avoir les inconvénients. Vérifiée exacte sur les animaux pour le tétanos, la diphtérie, le rouget du porc, le bacille pyocyanique, la pneumonie, etc., elle avait également été appliquée avec succès chez, l'homme dans quelques cas de tétanos, de choléra, de pneumonie et de diphtérie.

PËNËTnATlON DES MICROBES DANS L'ORGANISUE 111

Enlin les éclatants résultats obtenus tout récemment par Roux dans l'application de la sérothérapie au traitement de la diphtérie ont attiré très vivement l'attention sur cette méthode qui, de ce fait, est passé du domaine expérimenta! dans le domaiue de la thérapeutique où elle tient maintenant une place des plus importantes. Nous pourrions donc renvoyer l'élude (iétailiée de cette méthode à la seconde partie de ce livre. Cependant nous croyons que Tenchainement logique des faits que nous avons étudiés dans cette première partie, et surtout ceux que nous venons d'examiner, exige que nous nous en occupions maintenant.

On ne saurait guère, en effet, séparer l'étude dela sérothérapie thérapeutique de la sérothérapie prophylactique et expérimentale. Or celle-ci est tout naturellement à sa place ici.

6° La sérothérapie préventive et curatrice.

La conception générale de la sérothérapie la plus récente est celle qui a été formulée par Roux au Congrès de Budapest (octobre 1894). Nous tenons à la résumer ici, parce qu'elle diffère en plusieurs points de celles adoptées par divers auteurs et que nous avons indiquées plus haut. Voici comment Roux comprend la sérothérapie.

Le sérum des animaux immunisés contre certaines maladies contagieuses est préventif et thérapeutique (tétanos, diphtérie]. Cette action se manifeste même in viti-o. Les toxines diphtériques ou tétaniques, mélangées avec un peu de sérum des animauxvaccinéscontreces maladies, cessent d'être

IIS MAUDIESÏMrËCTÏËÛàËS

toxiques. Ce n'est pas d'ailleurs une propriété commune à tous les animaux immunisés. Le sérum ■de ceux qui sont vaccinés contre les microbes pneumoniques (Issaeeff), cholériques (Pfeiffer), typliiques (Sanarelli) , ne protège pas contre la toxine mais contre le microbe seulement. Dans ces cas, Metchnikoff pense que ces sérums sont des stimulants des cellules phagocytaires qui peuvent alors englober les microbes introduits et les détruire.

Le pouvoir préventif de ces sérums contre les virus vivants n'est pas toujours spécifique ; c'est «insi que le sérum des animaux inoculés contre le charbon symptomatique agit sur le bacille de la septicémie aiguë (Duntschman).

En somme, dans tous ces cas, il ne peut s'agir de la présence dans le sang d'antitoxines mais bien de stimulines, suivant l'expression de M. Metchnikoff.

Le pouvoir anlitoxique du sérum n'existe en somme d'une façon évidente que chez les animaux vaccinés contre le tétanos, la diphtérie, l'abrine, la ricine et le venin des serpents. Mais, dans ces cas, il se manifeste avec une puissance extrême.

Gomment se forment ces toxines ? Elles sont d'autant plus abondantes dans le sang des animaux que ceux-ci ont reçu plus de toxines, d'oii l'idée que les unes pouvaient provenir des autres par une transformation intra-organique. D'autant plus que, si on cesse d'injecter la toxine, on voit l'antitoxine disparaître rapidement du sang. Il semblerait donc qu'il dût y avoir proportionnalité dans le sang entre la toxine et l'antitoxine, Ûr,iln'en est rien. Roux a démontré avec Vaillard que, par exemple, l'on peut retirer en très peu de temps à un lapin vacciné

^ÉTBATION DES MICROBES DANS L'ORGANISME H3 Jsontpe 1p liilanos un vriliime de sang ligal à celui ni circule dans son corps sans qne le pouvoir ^titoxique de sou sérum baisse sensiblement.

IPantitoxine se reproduit donc au fureta mesure ^u'on l'enlève k l'animal.

Les mêmes auteurs ont également démontré que l'injection à deux animaux d'une même quantité de toxine détermine chez chacun d'eux la production d'antitoxines en quantités trèsdilTérentea. suivant la façon dont la toxine a été injectée. Ainsi le sérum de l'animal ayant rei^u la toxine à doses massives, peu espacées, a un pouvoir préventif de cinq cent mille, tandis que celui de Tanimal qui a reçu une même quantité de toxine, mais par petites do.ses espacées, a un pouvoir préventif de cent milliards. D'où la conclusion que la toxine est un excitant d'un travail cellulaire spécial de l'organisme qui donne naissance à l'antitoxine.

Cette idée que l'antitoxine est un produit cellulaire trouve un appui dans ce fait curieux démontré par Klemperer que le jaune de l'œuf d'une poule immunisée est antitoxique, tandis que le blanc ne l'est pas.

Quelles sont les cellules du corps qui préparent les antitoxines ? C'est là une question jusqu'ici non élucidée.

Le mécanisme suivant lequel l'anliloxine agit sur la toxine est l'oi-t complexe. Certains faits pourraient faire supposer qu'il se passe là une simple réaction chimique amenant la neutralisation de la toxine.

C'est ainsi, par exemple, qu'on peut mélanger dans un verre 91)0 parties d'une toxine tétanique

très active et une partie du sérum de raDlma muniaé par de petites doses répétées de to jusqu'à ce que son sérum ail une puissance trillion. Un demi-centimètre cube du mélange peut être injecté impunément au cobaye, tandis que la toxine pure tue une souris k la dose d'un millième de centimètre cube.

Dans ces cas pourtant, la toxine semble coexister à côté de l'antitoxine. En effet, l'expérience ci- •-dessus ne réussit que 8 fois sur iO. Donc, il n'y a pas eu neutralisation chimique de la toxine par l'antitoxine. Et c'est ici que le facteur organisme intervient. Si, en effet, l'inoculation est faite à des animaux bien portants, le plus souvent ils résisteront. Mais s'ils sont déjà affaiblis, par exemple par des inoculations antérieures d'autres virus ou d'autres microbes (même à doses capables de les immuniser et non de les tuer), ils succombent parfaileuient après l'inoculation du mélange de toxiac et d'antitoxine à la même dose que celle qui ne tue pas les autres animaux normaux.

Bien plus, si, par exemple, des cobayes ont reçu antérieurement des injections de produits diphtéritiques, s'ils sont même bien guéris de ces inoculations, ils succombent lorsqu'on leur iujecte avec une dose mortelle de toxine diphtéritique une quantité de sérum antidiphtéri tique amplement suflisante pour préserver des cobayes neufs.

On voit donc l'influence que peut avoir une maladie infectieuse antérieure, même bien guérie, sur ia réceptivité de l'organisme à l'égard des virus el sur sa sensibilité vis-à-vis des substances toxiques- Nouvelle preuve que le sérum antitoxique agit

TÉMÊTIUTIOK DES MICH&BES DAHS L'OflGASISME 115 bien plus sur les cellules de l'organisme que sur la toxine et d'autant plus eilicacemenl que les cellules ont éiê moins impressionnées par une infection antérieure.

Le sérum préventif contre une toxine met en

"jeu des actions cellulaires, tout comme le sérum préventif contre un \irus vivant. Peut-être môme les cellules qui détruisent les microbes sont-elles aussi celles qui élaborent les antitoxines ?

Le plus souvent les antitoxines ne peuvent être que diflicilement séparées des toxines. Cependant pour les venins la chose est possible. On sait, en effet, que MM. Calmelte, Phisalix et Bertrand ont montré que le sérum des animaux immunisés contre le venin des serpents est antivenimeux. (Dans ces expériences l'immunisation a été obtenue, comme avec les virus, par l'inoculation de très petites doses répétées de venin pur extrêmement dilué ou au moyen de venins modifiés chimiquement ou par la chaleur.) Le 'mélange de sérum antivenimeux et du venin est inofiTensif quand il est fait en proportions convenables. Si on ie chauffe à. "0° OH lui rend toute sa toxicité. En efi'el, à cette température l'antitoxine est altérée, le venin ne l'est pas. Il semble donc là encore que le venin était resté intact à cdlé de l'antitoxine, ou tout au moins qu'il était uni à elle de façon bien instable. Les sérums antitoxiques ne sont pas toujours rigoureusement spécifiques. Si l'antitoxine tétanique n'a aucune iniluence sur le poison diphtérique et réciproquement, le sérum antitétanique a au contraire une action très nette sur le venin de serpent. Mélangé in vitiv au venin de cobra, il peut le

116 HALâNES IHPECTIEnSËS

neuLraliser. Injecté à Tanima,! avant le venin, il retarde beaucoup la mort et peut même, à doses répétées, l'empôcher. Et pourtant il y a bien peu de ressemblance entre le yenin de serpent et le poison tétanique. Au contraire, le sérum antivenimeux n'est pas antitoxique k l'égard de la toxine' tétanique.

Le sérum des lapins neufs n'a aucune action sur le venin, celui des lapins vaccinés contre la rage est antivenimeux à un haut degré. Chose bien étrange, si on rend un lapin réi'ractaire à la rage, on peut lui faire supporter impunément des doses 4 à 5 fois mortelles de venin.

Mais voici encore d'autres faits, indiqués également par Roux. Le sérum antivenimeux rend également les lapins plus résistants à l'abrine et le sérum anti-abrique a aussi une action sur les venins. Si l'on mélange du sérum antidiphtérique à i'abriiie et qu'on l'inocule aux lapins, ils ne succombent plus que très lentement.

Tous ces exemples prouvent en somme que des sérums de nature et d'origine diverses exercent aur le venin de cobra un efl'et très net. Il est donc peu vraisemblable qu'il s'agisse d'une action chimique ; on peut admettre, au contraire, que tous ces sérums agissent par leur antitoxine sur les cellules de l'organisme en les rendant insensibles, pour un temps, à i'envenimation.

Telles sont les données les plus récentes sur cette complexe question des sérums antitoxiques. On voit comment elle est formulée par un des représentants les plus autorisés de l'Institut Pasteur, le créateur de la sérothérapie actuelle de 1;

t Pasteur, la ■

a diphtéri^^H

PÉSÉTRATIOS DES MICROBES BA5S L'0IICA^S3»E H7" NuusavoDS lenn à les reproduire ici après avoir indique les diverses opinions qui ont eu et ont ; encore également tours sur ce sujet.

Mécanisme.

Avant d'aborder l'élude des principales applications de ta sérothérapie, nous pensons que l'analyse des effets de la sérothérapie dans la septicémie ' des souris pourra fournir encore quelques éclaircissements expérimentaux sur le mécanisme de ce difficile et encore obscur processus.

La souris blanche est extrêmement sensible aa bacille de la septicémie des souris. Le lapin, au contraire, y est partiellement réfractaire. Klemperer a donc constaté d'abord que le sérum de ces animaux a une action faible, retardante sur l'évolution de la septicémie chez la souris. Mais si on injecte dans la veine de Toreille du lapin une certaine quantité de culture de ce bacille, il se produit une inflammation érysîpélateuse et, lorsque le lapin est guéri, il est absolument immunisé. De plus, son sérum est anliloxique et curalifpour la souris. Si on l'injecte à cet animal en miJme temps que la culture virulente, la maladie est enrayée. On peut même ne pratiquer l'injection de sérum que 24, «18 heures après que la souris a été infectée. Elle guérit néanmoins et, de plus, est immunisée contre une inoculation ultérieure du même bacille. Cette immunisation existe encore 14 jours après l'injection.

Ce sérum n'a d'action que sur cette septicémie et non sur toute autre infediou. Il ne détruit pas lu

MAtADIES INFECTIEUSES

bacille. Celui-ci peut vivre dans le sérum de lapïa'l immunisé. Il peut reprendre sa virulence lorsqu'on"! le transporte ensuite dans un milieu de culturel^ favorable. Par conséquent, ceci prouva que si, aprèaj l'inoculation du sérum anlitoxique, Tanimal guérit^ J ce n'est pas parce que ce sérum tue les bacilles q l'onteovahi,mais bien parce qu'il rend l'organism&l réfpactaire à Taclion de ces bacilles.

L'inoculation de sérum a bâlé révolution s\ maladie ; l'animal s'est trouvé en quelques heure»] dans l'état où se trouve un sujet au moment oii ill va entrer en convalescence, alors que tinit sa ma* ladie infectieuse. Si, en eflfet, il a pu supporter l'évo- 1 lulion de celte maladie, il se trouve à la fin dans I un état d'immunisation qui s'est produit dans ÎS:J cours de la maladie.

Ainsi que l'a fait remarquer Triwousse, dai toute maladie infectieuse, le sujet, usé par la lodf gue lutte que représente toute maladie infectî6Uf entre le microbe et l'organisme, serait incapaJ du grand effort nécessaire pour revenir à la santé S'il guérit, c'est que, durant la maladie, le micr(^ a sécrété ses toxines qui ont suscité dans l'orgi nisme la formation d'antitoxines. Si celles-ci « pu Être produites en quantité suftlsante, elles oïd déterminéun état réfractairede l'organisme qui s'es trouvé dès lors immunisé et est devenu insensibH à l'infection et à l'intoxication : c'est là la guérisoQS

On peut admettre aussi, et c'est l'opinion de4)lH sieurs auteurs, qu'à crtté de ses toxines le bamlf sécrète la bactêriolox'me. Tout en étant nuisible, ^ bacille se nuitàlui-mémeet, finalement, cette actioi peut devenir prépondérante et déterminer l'an

iÉTRATION DES MICROBES DANS L'OBOANISME H9 (la maladie. On pourrait dire que le microbe est victime dans ce cas de son auto-inloxication iju'il réaliserait tout comme le font les êtres compliques. Cette ronception cadre bien, en somme, avec les données de la pathologie générale, qui sont les mêmes pour tous les êtres vivants.

Ëtudions maiateuant quelques-unes des applications de la sérolbérapie au traitement de certaines maladies infectieuses.

Sérothérapie du tétanos.

C'est incontestablement à Behring qu'il faut allribuer l'honneur d'avoir créé la mêlhude générale de la sérothérapie. Ses recherches avec Kitasato datent de 1890. Elles ont porté sur la sérothérapie du tétanos, puis de la diphtérie. Ils ont dès ce moment établi nettement « que le sang d'un lapin réfraclaire au tétanos est capable de détruire les toxines du tétanos et que cette propriété peut se démontrer pour le sang extrait des vaisseaux et pour le sérum débarrassé de toute cellule qui en provient. Celte propriété est si durable qu'elle persiste même après iatransfusiondansTorganisme d'autres animaux ; elle permet ainsi un traitement de l'affection. Cette propriété manque dans le sang d'animaux non réfractaires et le poison tétanique peut se retrouver après leur mort dans le sang et les autres humeurs, a Le sang, dans leurs expériences, faites sur les souris, provenait de lapins réfractaires rendus tels par l'inoculation progressive de petites doses de toxine tétanique mélangées au

MALADIES INFECTIECSES

trichlorure d'iode, au moins pour les premières inoculations. Ils étaient arrivi^s à pouvoir guérir par la transfusion de sang de lapin des souris pré-^ sentant déjà des accidents tétaniques.

En mars 189J , Tizzoni et Cattani confirmëreatjl ces résultats, mais ils mirent en doute la puissanct thérapeutique du sérum antitétanique dans Ib&3 cas de tétanos confirmé. La même année, Vaillar43 confirmait ces faits à la Société de biologie saaj avoir pu établir non plus l'action thérapeutique dm sérum antitétanique.

Au mois d'août 1891^ au Congrès d'hygiène daJ Londres, Kitasato affirma de nouveau la puissance thérapeutique de ce sérum, mCme dans les cas o les souris ont déjà des accidents tétaniques mai qués. L'essai de cette méthode sur l'homme pttl Kitasato ne donna pas d'abord de bons résultats.

En Italie, quelques résultats favorables furea«| obtenus au moyen du sérum de chien immunisfl contre le tétanos suivant le procédé de TIzzohï c Cattani (par exemple, fait de Pinotti àla fin de 1891)^ Au mois de juillet 1892, Casali rapporte !e septièis ' cas de tétanos traumatigue traité et guéri par l'ioi jection sous-cutanée du même sérum antitoxique i la dose de 23 c. cubes malin et soir pendant trois jours.

En France, la même année, Renon traite i succès deux tétaniques par des injections de séruoj de lapins immunisés à la dose de 57 à. 80 c. cube: doses supérieures à celles données aux j italiens.

Au mois d'août 1892, Kitasato publie un nouvel travail oii il indique que, pour obtenir la guérisoi

PfiSÊTRATIOM DES MICROBES BASS L'onCAMISME 191 d'un tétanos expérimental, il ne faut pas altendre plus de 12 â 24 lieures avant de faire l'injection de sérum. En somme, le sérum n'est et'fiiace que s'il est très actif {600.000 environ), si le tétanos a. une marche lente et si le traitement est appliqué dès l'apparition des premiers accidents.

Behring, étudiant de nouveau la question. dans une importante monop;raphie (1892),pappel!epourtant qu'il a pu guérir des souris atteintes de tétanos avancé. Il dit avoir guéri des moutons, un cheval et un homme atteints de tétanos. Ce dernier cas est celui observé par Botter (publié par lui dans la Deui.. Med. IVoch. de février 1893:. Le sujet fut traité le 14° jour de la maladie; le tétanos était donc de forme lente ; il reçut 230 grammes en cinq jours d'un sérum dont l'activité était d'un million. La question en était là, un peu obscure encore, vu l'irrégularité des résultats obtenus, lorsque Boux et Vaillard la reprirent de fond en eomtile avec cette méthode rigoureuse etprécise qui caractérise les travaux sortant de l'Institut Pasteur (Annales de l'Institut Pasteut% février 1893).

Dans ce remarquable travail, les auteurs ont indiqué d'abord le mode de préparation du sérum par inoculation do poison tétanique â la poule, animal naturellement rél'ractaire, qui peut ensuite fournir, 14 jours après l'inoculation, un sérum antitoxique puissant, lisse sontaussi adressés au lapin, au cobaye, au cheval, à la brebis, en leur injectant sous la peau des doses progressives de Inxine tétanique additionnées de quelques cent, cubes de solution de Gram, et ceci à trois reprises en neuf jours. Huit jours après, ou peut commencer à injecter la

toxine pure à dose progressivement croissante, espaçant les inoculations de huit jours. En opérât ainsi, on arrive â pouvoir injector à des lapiafl presque sans rien déterminer chez eux, une doi de 100 centimètres cubes en une fois d'une cultsî filtrée dont ce. 00025 suffisent pour tuer t souris.

Dans leur important travail, les auteurs éludiel les propriétés du sérum antitoxique, les procédÔi? ■de prévention du tétanos. Ils donnent les résultats de très nombreuses expériences. L'application à l'homme dans! cas ne leur a donnéque^succès.Its pensent donc que, malgré ces résultats, l'emploi du sérum antitoxique constitue le seul traitement rationnel du tétanos. Il est d'ailleurs inoffensif.

MM. Houx et Vaillard recommandent donc, ea présence d'un cas de tétanos, d'injecter aussitôt et ■d'emblée unecenlaine de centimètres cubes d'un sérum Irèsactif et d'exciser le loyer d'infection. Administrer encore le lendemain et le surlendemain lOOcentimètrescubesdesérumparjour.Sile tétanos est enrayé, après une dizaine de jours donner encore du sérum pour prévenir les retours du tétanos. D'aîUeurs, ils sont d'avis que préventivement les médecins devraient injecter de petites doses de sérum antitétanique à tout sujet ayant une plate contuse et souillée de terre.

On peut utiliser le sérum desséché comme lesauteurs en avaient donné au D'Rouch,afin qu'il l'employât préventivement durant la guerre du Dahomey. Cette expérience ne put d'ailleurs être faite, M. Rouch ayant élé mortellement blessé avaol d'avoir pu se servir de ce sérum.

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