‹ Les Maladies infectieuses, causes et traitementChapitre 14 sur 32 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Nous avons exposé dans cette première part sous la rubrique ; Caus«s des maladies infectieasi la façon dont on peut comprendre 1e maladies infectieuses. Deux facteurs sont en p sence, avons-nous yu : le microbe et l'organisi suivant la très ingénieuse comparaison du prol^ seur Bouchard, le prenaier est l'assaillant, le s se défend comme il peut.

Nous avons examiné les circonstances qui prêt dent la lutte, nous avons vu les éléments maltîplj que les deux combattants mettent en jeu, at»' avons assisté aux préparatifs qui se font sotived de part et d'autre, longtemps d'avance et bi«| avant le combat. Nos observations nous ont moati^ comment, avant même qu'éclate la maladie iofefl tieuse, elle est préparée par une série d'influeiu innombrables, agissant soit sur le microbe, soUbi l'organisme luî-mÊme. A ce moment déjà, le i decin peutfaire œuvre utile : la prophylaxie, l'A tisepsie préventive, lui permettent souvent i détruire par avance ou d'éloigner le microbe d gereux ou, au contraire, de secourir l'orgs non préparé, de le fortifier, de le disposer i^ | lutte.

Lorsque cette lutte commence, s! l'organismâ i pas immédiatement le dessus, et ne peut chasser o

COMCLUSIO?(S

{Détruire aussitôt renaemi, le microbe, celui-ci pé-

tètre dans la place. Les réactions organiques en-

K,trent alors eu jeu avec une extrême inleusité : la

naladie infectieuse est dès lors constituée.

C'est là où nous nous sommes arrêté, parce que

Fl'osuvre du thérapeute proprement dit commence

Lalors. A lui incombe eu efTet à ce moment la lourde

X tAclie de prendre la défense de l'organisme, de le

soutenir, de l'aider à lutter contre mille dangers

venant du dehors comme aussi de l'intérieur. En

même temps, le thérapeute doit attaquer vivement

l'ennemi, le microbe, chercher à l'atteindre dans ses

retranchements souvent bien cachés, en même

temps qu'il doit aider l'organisme à détruire ou â.

éliminer les plus puissants moyens d'attaque du

microbe, ses toxines sans cesse sécrétées.

C'est à l'élude de cette œuvre difficile et com-' plexe, à son interprétation, aux moyens de la mener a bonne (in, que nous consacrerons la seconde partie de ce livre.

DEUXIEME PAIITIE ..TgAITEMEHT DES MALADIES INFECTIEUSES

liNTRODUCTION

Nous avons étudié lon(j;uement la pathogénie dos maladies infectieuses, montrant ce qu'il fallait entendre par là. Nous avons purésumeren quelques mots ieurmécanisme que nous avons vu être si complexe : la maladie infectieuse est constituée par la lutte, dans l'intérieur des tissus, de deux éléments: l'agent infectieux qui a réussi à pénétrer dans l'organisme, et cet organisme qui réagit de façons multiples sous l'influence de cet agent infectieux.

De cette définition découleront donc tout d'abord deux grandes divisions dans l'étude de la thérapeutique des maladies infectieuses. Nous examinerons d'abord comment l'organisme 'peut empêcher cette pénétration du microbe et'^n second lieu par quels procédés multiples il entre en lutte avec le microbe et comment le thérapeute peut l'aider dans celte lutte. Pour résumer en un mot, nous étudierons d'abord la prophylaxie des maladies infectieuses, puis, ensuite, leur traitement proprementdit lorsqu'elles ont éclaté.

MALADIES INPECTIEITSES

Nous pourrions d'abord disserter sur la métho^ij que nous emploierons dans cette étude. Pour nom bre de gens, il est fort important de savoir suivai quelles données philosophiques on doit se dirigi

Dans l'êlat actuel de la science, la discussion (j ce point particulier dous paraît absolument t aeuse. La seule méthode possible, c'est ta métha analytique et expérimentale, ayant pour point c départ la clinique, se servant comirie appoint de j physiologie et de la chimie et ayant enfin comm point d'arrivée encore la clinique. Celle-ci doit, (, effet, toujours donner le critérium de l'applicatia thérapeutique comme elle on fournit l'indicalioi Le critérium d'ailleurs ne peut être légitim appliqué que grâce à la méthode d'observation ii^ partiale et éclairée, modalité nouvelle" du grossid empirisme dfi jadis qui observait et enregistrait Iflj feits sans chercher à en pénétrer les causes et reM chainemenl logique.

C'est donc une méthode mixte, complexe ci les indications que la thérapeutique doit rempU) comprenant à la fois les méthodes clinique, expi' rimentale, physiologique, palhogénique et t rique. C'est, en un mot, l'utilisation de toutes 1 méthodes suivant les cas, tout procédé abM étant en médecine fatalement mauvais.

Cette méthode ne ressemble en rien aux a nés ; c'est qu'en effet jadis ces indications, surtfl dans les maladies infectieuses, semblaient i simples. La pathogénie étant inconnue, l'a pathologique n'existant pas, l'étiologie seule, ■ nairement toute banale, et la symptomatolc^ nulle bien souvent sur une foule de points, ;

mTfiODlICTIDR

ISS

vaientseules éclairer le clinicien, e[ de quelles pâles lueurs ! Lorsque c'était un homme de premier ordre comme Laënnec, Andral, Louis, etc., il inler- I prêtait par une sorte de prescience la maladie chez I le malade; mais c'était néanmoins forcément une I conc^tion confuse, d'où naturellement découlaient I des indications vagues, et d'ailleurs de réalisation i(»uvent fort difficile, La. thérapeutique, en effet, [ elle aussi, livrée à l'empirisme, manquant du cri- I lerium chimique et expérimental positif, fort pau- L Tre en médicaments, en était réduite à ne remplir ;omplêtement, de façon tout empirique, des > indications incertaines et vagues. Bien plus, une ' foule d'indicalionsdontl'expérience nous démontre l'existence et l'importance ne se traduisent souvent par aucune manifestation symptomatique très évidente, mais doivent être recherchées au moyen de méthodes modernes précises. Tel est le cas pour les indications tirées de l'état du foie, des reins, du tube digestif, du système nerveux. Comment alors aurait-on pu appliquer une thérapeutique appropriée à une série de phénomènes qu'on ne pouvait percevoir jadis !

Mais, si les indications sont devenues plus précises, tout naturellement elles sont devenues bien plus nombreuses ; si l'on prend en effet la maladie infectieuse la plus simple, elle présente une série d'indications qu'il faut déterminer avec sotn et déduire de l'examen -clinique, aidé souvent des méthodes annexes de la bactériologie, de la physiologie, de la chimie, parfois même de la physique. Ces indications seront Urées de bien des points ; elles seront fournies entre autres par le microbe

HALAMes HFFccrreusEs

infectieux, ses qualités, les portes d'entrée, etc. i paT l'or^ne aflfecté le premier ; par ceux qui pourront ou devront le suppléer ; par le système nerveux dont le rille régulateur est altéré ; par le cœur et la eirculatinn qui se trouvent plus ou moins profondément troublés ; par les reins altérés directement et, dans leur rflle de grands éliminateurs, par le tube digestif, voie de pénétration, souvent de l'infection, et ultérieurement des bien des médicaments, et centre de production des poisons organiques, comme aussi émonctoire fortimporlant ; par le foie dont le riMe de rétention et de destruclion des poisons de tout ordre est de connaissance toute récente ; enfin par les réactions des éléments organiques de tout le corps et surtout de ceux particulièrement toucliés par la détermination de l'agent infectieux.

On voit quelle est la complexité des indications thérapeutiques, leur variabilité et l'importance qu'il y a à bien les saisir d'abord, à savoir ensuite y appliquer le mode de traitement approprié. Nous croyons en avoir assez dit pour avoir montré l'importance et la nécessité de celte conception toute moderne de la thérapeutique qui ne se réclame d'aucune étiquette, prenant dans toutes les méthodes ce qui parait bon et rationnel, et marchant toujours d'après une idée directrice déduite de l'observation, de la comparaison et de l'expérimentation. Celte idée directrice, ce sera, si on veut, l'hypothèse préalable de Cl. Bernard, plus ou moins nettement déterminée suivant les cas : le déterminisme scientiUque absolu n'existant pas en clinique. Telle doit être la règle de conduite primor-

rSTRODCCTrOK

diale du lliérapeule ; il ne doit jamais faire de l'empirisme pur, pas plus d'ailleurs qu'il ne lui esl. permis de se payer de motsTains, ne correspondant h amcntie réalité objective seieDtifiqaement démontrée.

Plein de prudence, il doit suns cesse observer, puis perfectionner ses méthodes, toujours prêt à modifier ses opinions, lorsque des faits nouveaux, des observations contradictoires lui démontrentque sa façon do voir n'est pas absolument exacte.

En somme, la thérapeutique ainsi comprise esl one sorte de synthèse de toutes les données médicstes aujourd'hui acquises et que l'on applique '* la curstion des maladies.

Nous n'insisterons pas sur ce thème ; il pourrait donner lieu à de longs développements qui ne seraient pas à leur place dans ce petit volume que BOUS voulons rendre aussi pratique que possible.

Nous dirons donc, pour terminer cet exposé théorique, qu'en présence de tout phénomène morbide }e médecin devra d'abord l'étudier, l'analyser, en ssisir le mécanisme,, les relations avec la maladie i^nctpale, puis en rechercher les causes immé- ><liate8 et la cause génératrice. Dans cette analyse, ît devra mettre en jeu les données fournies par l'observalion clinique, en rapprocher' les cas' similaires qu'il aura pu observer déjà, les interpréter au moyen des données scientifiques actuelles. De cette étude complexe, le médecin devra déduire une interprétation dn phénomène qu'il constate et se formuler à lui-m*ime à la fois et t'éliologie et la pathogénie du fait, de l'acte morbide qu'il observe.

jugement devra être sincère, émis par le mé-

HALADIES INFECTIEUSES

decin dans aoo for intérieur, avec toutes réservôBjJ bien entendu.

Ayant ainsi, suivant cette sage et prudente n thode, analysé chaque phénomène morbide qu^ est appelé à combattre, le médecin devra réuaf cet ensemble de données dans une conceptiM synthétique générale. Alors, et seulement alors^d pourra tenter d'appliquer soit à chaque phénomài morbide séparément, soit, à un ensemble de ph^ noménes groupés dans une conception commui une méthode, un procédé thérapeutique dédoî^ d'une' part, de l'analyse particulière de chaque É ' morbide et, d'autre part, des données fournies p l'étude scientifique des divers moyens thérapf tiques. Chaque état ou acte morbide devra doncétli l'objet d'une application thérapeutique approprif^ à sa cause et A ses maaifostations. Enfin, dans u dernière opération psychique, le médecin fera ( synthèse de cette analyse thérapeutique, comme il avait synthétisé l'analyse clinique. C'<y JL ce moment seulement qu'ayant discuté à part £ les diverses méthodes thérapeutiques, qu'il crC pouvoir être utilement appliquées aux divers pt» noménes morbides, il les réunira pour les codifiii en une prescription, qui autant que possible dain être simple, pratique, tout en répondant ktout^ les indications cliniques fournies par l'observatioi et le travail analytique et synthétique que n nons d'exposer.

Lorsque lo médecin aura ainsi agi, ilaur^fi réellement œuvre de tSiérapeute, il n'aura ri^aJ se reprocher. Mais il devra encore suivre attenu vement l'effet de la médication et l'évolution de^

ISTRODHCtlCW'

maladie, recoramençanl, chaque fois qu'il verra le malade, la série d'opérations psychiques que nous venons d'iodiquer, en s'éclairant des observations nouvelles qu'il aura pu faire, et toujours tout prêt à modifier ses conclusions cliniques ou thérapeutiques, si l'observation lui démontrfi qu'elles ne sont pas ou qu^elles ne sont plus exactes.

Cette méthode générale, qui semble fort compliquée, est en réalité fort simple ; rependant elle nécessite de la part du médecin un effort intellectuel, une somme de connaissances qui manquent trop souvent l'un et l'autre. Il faut pourtant bien savoir ce qu'on doit faire pour pouvoir s'efforcer d'en approcher le plus possible. Nous serions heureux si nous pouvions convaincre quelques médecins, leur faire prendre l'habitude de raisonner leur thérapeutique, et abandonner absolument ce détestable mais facile procédé qui a nom l'empirisme.

Qu'on n'objecte pas que la thérapeutique actuelle ne saurait pas encore fournir au thérapeute des substances capables de remplir les indicalions complexes qu'il peut tirer de l'analyse clinique et pathogénique du cas qu'il a à traiter, et que, par suite, l'abstention est plus prudente. Il est bien évident que la thérapeutique, elle aussi, est en pleine évolution, qu'elle se transforme et se modifia tous les jours. Si, aujourd'hui, elle ne peut remplir qu'imparfaitement certaines indications, demain de nouvelles acquisitions lui permettront de réaliser ces desiderata. Ce n'est donc pas une raison de s'abstenir sous prétexte que l'outillage thérapeutique ne répond pas encore absolument à tous les desiderala de la médecine actuelle. C'est déjà

lULABIES INFECTIEUSES

beaucoup que de savoir ce qu'il faut faire; quant .a savoir comment le faire, c'est précisément en cTia chant prudemment qu'on pourra réaliser les p grès qui s'imposent en l'espèce. C'est là le râle 4 médecin conscieacienic; de cetl« façon, il reu bien autrement de services à ses malades qu'a faisant une thérapeutique empirique ou puremet symptomatique ou bien encore simplement exjM tante.

On voit pourquoi, comprenant ainsi la lhérap« tique, nous ne pouvions nous dispenser, a traiter la thérapeutique des maladies infectieusai de donner une large place à leur pathogénie, à ï quelle nous avons consacré la première partie d ce volume. En effet, la connaissance des ^ts mu] liples, bien souvent fort complexes, qui r BCQt à son étude, est indispensable pour poavfl instituer une thérapeutique rationnelle. Nous i nous de le démontrer. Au reste, nous nous ii roDS b. chaque instant sur la pathogénie pour tt tirer des indications thérapeutiques. La Ihérapi tique pathogénique, telle que l'entend le proEs seur Bouchard, est une méthode idéale toutes 1 fois qu'elle peut être appliquée.

C'est aussi l'étude pathogénique des infectieuses qui nous servira de base pour éta les principaux groupements de phénomènes n bides constituant les indications principales d les maladies infectieuses. Nous ne négligeroiu pal bien entendu, les phénomènes les plus saillaxkS. ceux que l'observation la plus simple permet^ constater- Sous étudierons donc successivem les méthodes thérapeutiques applicables kchacui

I5TRODCCTÎ0K

de ces indications primordiales, les mêmes daos toutes les maladies infectieuses, ayant t^eulement une importance plus ou moins prépondérante suivant les cas.

C'est ainsi que, dans un premier chapitre, nous considérerons les moyens qui permettent à l'organisme d'éviter les infections diverses dont il est sans cesse menacé : c'est l'hygiène et la prophylaxie.

Une fois l'organisme envahi, on peut observer, dans toutes les maladies infectieuses, des phénomènes que nous avons étudiés dans la première partie de ce livre, phénomènes mixtes tenant au microbe pathogène, aux produits qu'il sécrète et, d'autre part, à la réaction des cellules organiques- Tels sont la fièvre, le complexus varié constituant l'infection qui comprend les lésions viscérales multiples et les sympti^mes qui les traduisent. Ces lésions sont d'ailleurs générales et frappent plus ou moins tous les syslfsraes. Elles comportent des indications multiples et variées. Les principales sont donc réalisées par les an ti thermiques, les antiseptiques généraux et locaux, les substances toniques, éliminalrices, trophiques, etc.

Enfin, lorsque la maladie est terminée, les éléments des tissus débarrassés des agents pathogènes sontencore encombrés par leurs produits ; toxines, albumoses,ptomaïne8, etc., capables d'exercer une action nocive à longue échéance. Une médication éllminalrice et trophique s'impose encore.

Nous ferons remarquerquenous nousoccuperons seulement des maladies infectieuses, conçues d'une façon très générale. Nous n'étudierons donc au point de vue thérapeutique que les maladies inl'ec-

ree

lieuses s'accompagoanl de Qévre, do sympLi^mes généraux et dans lesquelles l'agent infectieux porte son action sur tout l'organisme. Si, en effet, nous nous en tenions à la signification étroite du terme, comprenant sous la dénomination de maladie infectieuse toute maladie de nature microbienne, nous devrions écrire un traité de thérapeutique à peu près complet dont seules seraient absentes les maladies dystrophiques : rhumatisme, goutte et diabéle, etc., et les intoxications. Ce serait aussi faire une incursion sur le terrain de nombreuses maladies spéciales qui, pour le plus grandnombre. sont d'origine microbienne : tel est le cas pour les affections cutanées, pour les affections génito-urînaires, pour nombre d'affections nerveuses, etc- Nous ne pouvons empiéter sur ces territoires spéciaux. Nous traiterons exclusivement de la thérapeutique générale des maladies infeclteuses.

CHA.P1TR1-: i'IlEMlER

BTGIËNE ET PBaPKYLAXIi:

Pour qu'une maladie infectieuse éeîate, il faul que l'agent infectieux ait pu pénétrer dans lorganisuie, et il faut d'autre part que cet organisme ne puisse pas résister à l'attaque du microbe. Lorsqu'on devient malade, a coutume de dire le professeur Bouchard, c'est qu'on n'est déjà plus bien portant. Cette règle n'est pourtant pas sans exception, au moins en apparence. On cite en effet souvent la syphilis, dont la virulence est telle qu'elle prend fatalement sur un sujet, quelque bien portant qu'il 9oil. Il est vrai que, pour l'infection ordinaire tout au moins, il faut une solution de continuité des tissus, ce qui constitue ea somme nue altération organique préalable ; d'autro part, certains sujets présentent une résistance très grande à toutes ou ^certaines maladies infectieuses. D'une façon générale, il faut pour ie plus grand nombre des maladies infectieuses, avant qu'elles ne soient constituées, qu'il y ait eu lutte entre le microbe et l'organisme et que celui-ci, en état de nutrition altérée, insuffisamment préparé pour cette lutte, ait succombé.

Nous n'insistons pas sur ces faits que nous avons déjà étudiés. La conclusion thérapeutique k ea déduire, c'est que l'organisme doit Être toujours en bon état de fonctionnement normal pour pouvoir

i82 MAUDIES INPECTIEnSES

résister à t'assaiit de Tageul infeclieux, que celui-ci vienne du dehors ou bien, qu'hâte normal des cavités viscérales, il ait subitement pris une virulence inaccoutumée (voir encore surce point l'élude de la pathogénie des maladies infectieuses). L'hygiène individuelle constitue donc la meilleure méthode de prophylaxie intrinsèque, à condition que l'hygiène se complète de l'asepsie. Enlin l'hygiène générale réalisant la prophylaxie extrinsèque diminuera les chances extérieures d'infection en supprimant ou en détruisant les microbes pathogènes avant qu'ils puissent pénétrer dans l'organisme.

Mais l'hygiène et la prophylaxie ne peuvent constituer une vraie méthode thérapeutique ; cependant, vu leur importance, on comprendra que nous y insistions un peu.

L'hygiène agit de deux façons au point do vue pathologique : elle éloigne de l'individu ou tout au moins elle atténue autant que possible les causes multiples qui, débilitant le sujet, troublant sa nutrition, le rendent plus apte à contracter les maladies infectieuses. D'autre part, l'hygiène réalise autant que possible l'asepsie qui éloigne du sujet tous les microbes et entre autres les microbes pathogènes. L'antisepsie, qui peut aussi être considérée comme une méthode hygiénique, détruit les microbes et les empoche d'attaquer l'individu. On comprend que nous ne puissions pas insister sur ces divers points que l'on trouvera tout au long exposés dans les traités d'hygiène.

On a pu voir, dans la première partie de ce livre, les origines multiples des microbes. Les microbes

HYGIÈNE ET PHOPITÏLAIIE !63

pathogènes proviennent toujours d'un sujet malade, mais la contagion immédiate, avons-nous dit, est retalivement rare. C'estpar l'air, l'eau, et très souvent par les solides (surface du corps, mains, vâtemenls, ustensiles) que les microbes sont transportés et que la contagion se réalise. Les indications à tirer de ces notions sont donc nettes, il faut avoir de l'air pur dans la mesure du possible, de l'eau propre, il faut éliminer les résidus organiques et abmentaires.

Ces indications ressorlissent à l'hygiène alimentaire générale : régime des aliments, des boissons; leur choix, leur emploi. Elles peuvent être également rempbes par une surveillance soigneuse du fonctionnement urinaire et intestinal. Certaines substances alimentaires légèrement diurétiques, les lavements, les purgatifs légers permettant généralement de maintenir ce double fonctionnement dans une normale physiologique.

Asepsie des Icguments à rêlal normal. — L'individu, d'autre part, doitétrepropre et enlever par des lavages fréquents les microbes qui recouvrent ses téguments, comme aussi et surtout ceux qui encombrent les cavités naturelles, bouche, oreilles, voies génitales. Nous avons, en elTet,- insisté longuement dans la première partie sur Texis tence de nombreux microbes sur tous ces points, microbes dont les uns sont sans importance,tandis que les autres sont des pathogènes en état de vie tatente qui, lorsque certaines conditions extrinsèques exaltent leur virulence ou bien lorsque la barrière èpithéliale est rompue ou la défense pbagocytaire suspendue, deviennent capables d'envahir l'organisme et de créer

elles méritèo^H ils au poiol dfl >■

164 MALADIES INPECTIECSES

la maladie. Ces notions assez Douvel

d'être étudiées avec quelques détails au poiot dfl ■

vue des moyens ppophylaeliques à leur appliquer.

Lavagi^s. — Quels sont les moyous à. employer pour se débarrasser de ces microbes dans la mesure du possible î C'est tout d'abord de nettoyer les légumeuts fréquemment au moyen de lavages savonneux qui suffisent dans la plupart des cas sans qu'il soit besoin de recourir aux antiseptiques. Ce lavage est facile pour les gens de la classe aisée, il doit sa faire dans des bains généraux assez fréquents. Pour les agglomérations : pensions, casernes, etc.. il peut être réalisé au moyen de douches chaudes avec savonnage, ainsi que cela se pratique dans bien des régiments. Pour les pauvres, la chose est plus difficile, il faut recommander les lavages généraux à l'eau do savon liëdequi peuvent être pratiqués de temps h autre au moyen d'un simple baquet. Il y a aussi urgence à augmenter le nombre des piscines gratuites, qui devraient être aussi répandues qu'en Angleterre par exemple.

Extrémités. — Le lavage minutieux des extrémités devrait en tout cas être pratiqué fréquemment avec bien plus de soins qu'on ne le fait souvent. Pour la tête, on devrait employer le savon et comprendre dans le savonnage le cuirclievelu lorsque la chose est possible. Quant aux pieds, ils devraient être souvent savonnés ; les mains devraient être lavées avec beaucoup plus de soin, et les ongles, leurs bords et leurs espaces sous-unguéaux frottés avec une brosse dure. On sait que c'est là souvent un réceptacle de germes pathogènes faciles ainsi à transporter.

UYCISNE m PROPHÏtASiE 16!l

I - Oreilles. — ^ Pour lesoreilles.on devraiLpratiquer nettoyage profond en se servant d'un petit tampnn de colon enroulé sur une courte tige et iniliibtJ d'une solution alcoolique ou boriquée ou plus simplemeal de savon, 11 faut dans celle petite opération recommander de ne pas éeorcher les parois, ainsi qu'il est l'acile de le faire en se servant d'un instrument non recouvert d'ouate. On crée ainsi de petites éraillures qui peuvent constituer autant de portes d'entrée pour les microbes qui vivent dansie conduit auditif et qui, une fois inoculés, donnent très facilement naissance à de petits furoncles, parfois à férysipèle.

Jeiw. — Pour l'œil, les lavages de lîi figure suffisent généralement pour le nettoyer, mais il est loin d'élre ainsi aseptisé. En effet, lorsqu'il est irrité par un coup d'air ou par un corps étranger, les microbes qu'il contient se multiplient et enflamment l'œil, suivant l'expression populaire. On obtient pratiquement et simplement une asepsie relative et ordinairement suffisante en se servant d'eau boriquée saturée, coupée de moitié eau propre, cela va de soi, c'est-ji-dire autant que possible bouillie.

Bouche et nez. — L'eau boriquée doit, d'ailleurs, servir pour le lavage de la bouche et du nez, pour les lavages génitaux. On peut donc recommander aux familles d'avoir toujours dans les cabinets de toilelte et d'employer 1res fréquemment une solution boriquée salurée, préparée en mettant un excès d'acide dans le fond d'une bouteille et en rempla(,-ant par de l'eau propre l'eau qu'on en enlève chaque fois que l'on s'en sert. C'est, en effet, celte solution suffisamment antiseplique pour les

UALADIES INFECTIEUSES

usages courants, qui doit *;tre employée pour les lavages du nez, qu'il est sage de faire chaque malin tout simplement en aspirant fortement, successivement dans chaque narine en bouchant l'autre, un peu de solution placée dans le creux de la main. n faut que la solution retombe dans la gorge.

Le lavage de la bouche a une importance encore plus grande, aussi bien au point de vue des microbes pathogènes pour le poumon que pour ceux qui sont capables de créer les diverses angines, sans oublier les innombrables saprogènes dont l'actiou sur les dents est si nuisible. Il est important de pratiquer ce lavage qui doit comporter : 1" rinçage de la bouche en faisant passer le liquide autant que possible entre les dents de façon à faire circulerle liquide antiseptique dans toutes les parties de la bouche ; 2° gargarisme de façon à baigner toute r arrière -gorge. Ce lavage de la bouche doit être pratiqué surtout après les repas, de façon à enlever les débris d'aliments qui fermentent si fa4;ilement dans la bouche , il doit, si possible, être précédé d'un nettoyage soigneux des espaces interdentaires au moyen d'un cure-dents ou mieux d'un fll. Le matin au lever, après s'être brossé les dents, ainsi que le soir au moment du coucher, il est important de pratiquer le lavage de la bouche, comme nous venons de l'indiquer plus haut.

Au lieu d'employer de l'eau boriquée simple, on peut y ajouter quelques gouttes de ces innombrables dentifrices ou bien mieux de ces mélanges composés qui réunissent divers antiseptiques. En voici par exemple un qui est d'un emploi facile, agréable et d'une puissance antiseptique assez appréciable.

HYGIÈNE ET PROPHYLAÏIE 167

Alcool 100 gr.

Acide Ihymique Û gr. 25

Aciilc bcnzolque ou salicylique 3

Tainture d'iMiCBlyptus 15

Essence de menlhe poivrée 1

On en verse quelques gouttes dans un demi-verre d'eau boriquée, plus oumi)ins,bien entendu, suivant le goût, et suivant les cas. Il va de soi que tous autres antiseptiques pourraient être employés. Les solutions phéniquées sont plus antiseptiques que les solutions hortquêes, mais leur odeur est généralement mal tolérée et, de plus, il n'est pas sans inconvénient de laisser des solutions phéniquées aux mains de tous.

Organes génitaux. — L'asepsie des organes génitaux est également importante, particulièrement chez la femme. Si les infections utérines et salpingées sont, à, bien peu d'exceptions près, consécutives à des infections vaginales propagées [infection puerpérale, blennorragie), il va de soi que l'asepsie des voies génitales externes et du vagin a une importance considérable à La fois curatrice et prophylactique. Al'état pathologique ou dans certains états physiologiques tels que la grossesse, la chose est de telle évidence qu'il n'y a plus lieu de la discuter, mais, môme en l'état ordinaire, physiologique, on ne saurait trop recommander les lavages vaginaux quotidiens & l'eau boriquée par exemple, tiède ou môme chaude (40' environ) et, lorsque la chose est possible, la femme étant fortement inclinée en arrière ou même couchée.

Tube digestif. — L'asepsie du tube digestif ne saurait être réalisée à. l'état physiologique,

hâudies infectieuses

comme d'ailleurs vraisemblablement en aucune cipcoustance. Cependant, on peut éviter bien souvent les causes principales qui favorisent son ÏDrection, c'est-à-dire lesfennentationsconsécutives aux troubles des fonctions digestives ou hépatiques et la constipation qui détermine la stagnation fécale et la putréfaction des matières. Pour cela, l'hygiène alimentaire joue le principal rfjle. Il est bon aussi de recourir de temps à autre à l'emploi de laxatifs, surtout salins, qui débarrassent Tinteslin ; il est également utile de temps en temps aussi de prendre de grands lavements avec de l'eau absolument propre, bouillie, pure ou mieux additionnée d'acide borique.

Telles sont les rapides indications essentiellement pratiques qui peu vent permettre de réaliser à l'état physiologique l'asepsie plus ou moins complète des téguments et cavités du corps ouvertes JL l'extérieur.

Asepsie des téguments à Vêlât pathologique. — Lorsque survient un état pathologique quelconque, l'indication de l'asepsie des téguments est encore plus nette, plus précise ; quelque banale que paraisse cette proposition, il est ji remarquer que bien rarement elle est réalisée sur le malade, au moins d'une façon complète. Quel est le malade qui est tenuaseptiquement ou, pour parler plus crûment mais d'une façon plus conforme à la vérité, qui est tenu proprement ? Sous prétexte de ne pas le fatiguer, de crainte de le refroidir, on le laisse fermenter dans ses excréta de tout genre. A peine sa face est-elle nettoyée, sa bouche un peu rincée, son rectum un peu débarrasse par tes purgatifs. Mais

HÏGIÈNE ET PKOFHYLAIIE

le reste, le n«z, la gorge, les Légumenls, sonl dans un élal de saleté lamentable. Ce sont là des condi- Liuns absolument mauvaises pour le malade, qui lui font courir un danger véritable et onlsûuvent pour résultatia production des plus graves complications broncho-pulmonaires.

11 est donc absolument indispensable de tenir les malades d'une façon aussi aseptique que pos.sihle et surtout s'il s'agit de malades atteints de maladies infectieuses. 11 faudra donc considérer comme première indication tbêrapeutique dans les maladies infectieuses les lavages du ne/., de la bouche, des oreilles, les lavages vaginaux chez la femme et enfin les lavages généraux pratiqués soit au moyen de bains, soit, lorsque la chose n'est pas possible, au moyen de lotions fréquentes avec de l'eau chargée de substances antiseptiques. Nous ne parlons pas ici, bien entendu, des bains considérés comme méthode thérapeutique sur laquelle nous reviendrons.

Bouche el nez du malade. — L'asepsie de la bouche et du nez s'impose d'une fa»;on toute spéciale el doit être pratiquée avec la plus grande rigueur lorsque le sujet a une affection pulmonaire et surtout lorsque la maladie infectieuse dontilest atteint prédispose son poumon à l'envahissement microbien. Un sait, en effet, que le groupe immense des broncho-pneumonies secondaires reconnaît comme cause la multiplication dans un poumon préparé de divers microbes provenant de la bouche du sujet ou introduits par l'air qu'il respire. Tel est le cas, par exemple, dans la fièvre typhoïde, ta rougeoie, pour prendre deux types très nets. On con-

çoitdoDC que dans ces cas l'asepsie de la bouche j

et du nez s'impose et doit être pratiquée avec ]aiM plus extrême rigueur.

Duresle.l'el'ficacité de ce procédé saute auxyeui pour la rougeoie, par exemple, oii l'on peut évite ainsi presque toujours les complications bronchw pulmonaires même les plus légères. Ëvidemmei ' l'antisepsie, car ici c'est plus de l'aulisepsie qo) de l'asepsie, de la bouche d'un Lyphique n'est put commode & faire ;elle est pourtant nécessaire. E^fl peut d'ailleurs âtre réalisée avec n'importe qi« mélange antiseptique pourvu que les nettoya^ soient fréquents et aussi complets que possible. La vieille médecine l'avait, du reste, bien observé et ou sait combien les vieux praticiens recommandaieutde nettoyer souvent la bouche des typhiques avec du citron, ce qui en somme n'est pas une mauvaise méthode antiseptique. 11 ne faut pas craindre d'employer soit les hadigeonnages avec des tampons de coton hydrophile imbibés de diverses solutions antiseptiques, boriquées surtout, ou de collutoires variés, soit même des irrigations assez abondantes avec l'eau boriquée ; c'est presque le seul procédé chez les typhiques qui sont plus ou moins dans la stupeur. Chez les enfants, les lavages et irrigations finissent par pouvoir être pratiqués assez facilement. Souvent même, quand l'enfant n'est pas tout petit, il arrive à se gargariser seul.

Quant aux antiseptiques à employer, nous dirons, comme plus haut, que nous ne pouvons entrer dans le détail des diverses substances antiseptiques qui peuvent être employées. Notre rôle en effet doit

■[ÏGIËNE ET niOl'llYL&XlE

se borner k donoer les iadicalions générales de la thérapeutique des maladies infectieuses et èi indiquer les méthodes à employer,

"Tube digeitifdu malade. — Nous n'aurions qu'à répéter ici ce que nous disions plus haut pour le luhe digestif de rhomme normal. Les grands lavements, les purgations répétées ou tout au moins les laxatifs constituent les méthodes les meilleures et les plus classiques. Nous y reviendrons d'ailleurs plus loin.

Nous venons d'examiner sommairement les données générales de la prophylaxie qui se rattachent plus spécialement à notre sujet. Nous avons vu comment l'hygiène générale, dont nous n'avons pas ici à étudier les procédés, peut permettre d'échapper à hien des maladies.

Nous avons examiné aussi par quels moyens l'asepsie ou l'antisepsie des téguments pouvait contrihuer il éviter bien des maladies infectieuses, comment aussi, une fois la maladie en évolution, elle permettait de parer ài bien des accidents. C'est làuneindicalionimportan te et absolument générale; nous devions l'examiner avec quelque détail pour

ne plus avoir à y revenir.

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