‹ Les maladies mentales dans l'Armée françaiseChapitre 16 sur 31 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

La démence épileptique. — La démence précoce (Observations 17, 18 et 19). — L affaiblissement psychique post-toxique et postinfectieux (Observation 20).

Démence épileptique

l.a démence consécutive ti l’épilepsie essentielle n n pas lieu de nous arrêter, car elle ne s’observe pas chez les militaires. Certes, les épileptiques sont nombreux dans l’armée, mais on les réforme quand la maladie est grave, et l'on sait que la démence épileptique n’apparaît que lentement et après une longue évolution.

Démence précoce

Un auteur italien a pu écrire que tous les militaires internés dans son service étaient atteints de démence précoce. Sous une forme exagérée, c’est I* une formule qui montre assez exactement, la fréquence de la démence précoce chez les jeunes sol-

dais. Hâlons-nous d’ajouter que cette fréquence résulte uniquement de ce que la vingtième année est à la fois l’époque du service militaire et celle où éclôt le plus souvent la maladie en question.

Nous avons, en quatre ans, observé ù Cliarenlon la démence précoce 13 fois sur 34 soldaFS aliénés et 10 fois chez 47 officiers aliénés, ce qui donnerait les proportions de 38 p. 100 chez les soldats et 21 p. 100 chez les officiers. Ces pourcentages n’ont qu’une valeur très relative, car tandis que les officiers aliénés restent pour la plupart à Charenton, les soldats sont, après quelques mois de séjour, transférés dans l’asile de leur département. En réalité donc, la fréquence de la démence précoce est moins considérable chez les officiers que ne l’indique la statistique ci-dessus ; cette maladie chez les gradés ne représente guère que 7 à 10 p. 100 des cas d’aliénation mentale. La rareté relative de la démence précoce chez les officiers tient simplement d'ailleurs aux conditions d’âge qui déterminent l’affection ; aussi la forme paranoïde est-elle la plus habituellement observée, tandis que chez les soldats ce sont les formes hébéphréniques et catatoniques les plus fréquentes.

Au point de vue militaire, la démence précoce tire son intérêt de questions médico-légales qui s’v rattachent, et celles-ci sont fort nombreuses.

D’une manière générale, en pathologie mentale, les troubles intellectuels précèdent les troubles drs facultés morales et l’internement a en partie pour

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but de prévenir les conséquences antisociales du déficit moral qui, dès le début de l’amoindrissement intellectuel, existe, mais à l’état latent. Il faut admettre que celte formule est renversée dans un grand nombre de cas.

Dans un travail paru en 1907 dans YEncéphale i, nous avons montré par 3 observations que la démence précoce peut, d’une manière prodromique, se manifester pendant plusieurs années par les perturbations les plus graves du sens moral, alors que les perturbations intellectuelles sont nulles ou du moins restent inaperçues.

Celle constatation n’est pas pour faciliter la tâche des magistrats et des experts, mais elle devrait amener à multiplier les moyens de contrôle judiciaire. Il faudrait, ainsi qu’on l’a déjà si souvent demandé, organiser un' service d’examen préalable de tous les prévenus et d’inspection des prisons, par des médecins aliénistes, à l’exemple de pays étrangers. Il n’est pas douteux, en effet, qu’un grand nombre de cas de folie pénitentiaire puisse rentrer dans le cadre nosographique de la démence précoce précédée d’une période prodromique médicolégale.

Voici l’une des observations de notre travail qui a trait à un militaire ; nous lui adjoindrons un nouveau cas analogue observé depuis.

Antheaume et Mignot. La Période médico-légale de la démence précoce. ( L’Encéphale , 1907, n° 2.)

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