‹ Les maladies mentales dans l'Armée françaiseChapitre 23 sur 31 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

La prophylaxie des maladies mentales dans l’armée française. — Comment la pratiquer ? — Moyens prophylactiques directs et notamment nécessité d’une expertise psychiatrique obligatoire des militaires en instance de conseil de discipline ou de conseil de guerre. — Moyens prophylactiques indirects de divers ordres.

Au point où nous sommes parvenus de notre travail, nous pouvons, jetant un coup d’œil en arrière, résumer en quelques mots les idées principales qui s’en dégagent.

L’aliénation, sous des formes cliniques diverses, est frequente dans l’armée ; elle l’est surtout dans certains corps spéciaux (corps d’épreuves, légion étrangère, prisons et pénitenciers) en- raison de leur mode particulier de recrutement qui aboutit à une véritable sélection des dégénérés. L’aliénation, en second lieu, est trop souvent méconnue dans l’armée ; cette méconnaissance, qui n’est pas spéciale au milieu militaire, comporte, par contre, là plus que partout ailleurs, des inconvénients et des

DANS l’armée française 203

dangers, aussi bien vis-à-vis des intérêts particuliers que des intérêts généraux.

L’armée ayant pour raison d’être la défense du pays, doit être constituée d’éléments bien portants afin de remplir son but avec succès ; or, l’aliéné, non seulement comme tout autre malade est une non-valeur militaire, mais en plus, du fait de ses aberrations, il est un agent de troubles et de désorganisation. Il importe donc d’éliminer de l’armée tous les sujets atteints de maladies mentales et nous prenons cette expression avec son acception la plus large : les débiles, les déséquilibrés étant souvent plus nocifs que les aliénés délirants.

Pour remplir cette mesure prophylactique, il faut mettre en œuvre des moyens d’ordres divers, les uns directs, les autres indirects, mais tous aboutissant au même résultat.

Moyens prophylactiques directs. — Vis-à-vis des aliénés, l’armée doit se comporter comme un organisme vis-à-vis des microbes : tout d’abord, elle ne se laissera pas envahir, et si l’invasion a eu lieu, elle cherchera à en provoquer l’élimination.

Pour que les aliénés ne pénètrent pas dans l’armée, il faut surveiller d’une manière toute particulière les modes de recrutement des militaires. Relativement à cet objet, nous n’avons pas à nous inquiéter des officiers : les examens et le passage

dans les écoles forment des barrières suffisantes pour fermer l’entrée de la carrière à la plupart des sujets atteints de tares psychopathiques en activité.

En ce qui concerne les soldats, il faut distinguer ceux qui sont admis par voie d’appel régulier et les engagés volontaires.

Les appelés sont une première fois examinés au conseil de révision. Dans les conditions où se fait cet examen, il ne peut guère porter que sur les aptitudes physiques des futurs soldats. Ce n’est que dans les cas extrêmes et alors qu’il existe un aspect morphologique spécial ou des stigmates nombreux qu’un médecin, même spécialisé, pourra soupçonner l’existence d’anomalies mentales ; un examen ultérieur serait nécessaire pour confirmer l’hypothèse diagnostique. Au moment du conseil de révision, il faudrait que l’attention soit attirée par les renseignements contenus dans le dossier sanitaire (loi de 1905) ; mais on sait (jue le but du législateur n’a pas été atteint sur ce point. Les intéressés et leurs familles répugnent à avouer des troubles mentaux, alors même qu’ils en ont conscience, ce qui n’est pas constant. Quand le dossier contient un certificat médical, on peut, avec Chavigny, se demander si celui-ci présente toutes les garanties suffisantes, car la majorité des médecins connaissent mal les maladies mentales ; l’existence d’un tel certificat devrait en tout cas motiver une expertise par un spécialiste.

Les maires, qui, conformément à l’article 18 de

DANS L’ARMÉE FRANÇAISE

la loi de 1889 et 1892 sur le recrutement, doivent être présents aux conseils de révision, faciliteraient singulièrement la tâche des médecins et rendraient possibles des mesures prophylactiques utiles s’ils tenaient compte des instructions ministérielles (circulaire du 31 mars 1890), indiquant qu’ils doivent signaler les inlirmilés de notoriété publique.

Catrin dit à ce sujet très justement que le maire, qui aurait dû mettre en garde le conseil de révision contre l’incorporation d’un homme qu’il savait notoirement atteint de troubles cérébraux, est parfois ensuite le premier, à l’occasion d’enquête, à s’étonner que ce sujet ait été admis : « Peu s’en faudrait même qu’il ne blâmât ceux qui ont introduit son administré dans le régiment, alors qu’il est le seul coupable de par son ignorance et qu’il aurait suffi d’un mot de lui au conseil de révision pour empêcher celte incorporation inutile et scélérate en certaines circonstances. »

Au moment de l’incorporation, il est une catégorie de soldats que le médecin doit particulièrement examiner au point de vue mental, nous voulons parler des bons-absents.

La loi décrète que les conscrits qui ne se sont pas présentés au conseil de révision sont, par cela même, considérés comme aptes au service et dès lors on ne les réforme que s’il est impossible d’agir autrement. Or, l’expérience a montré que la plupart des bons-absents sont impropres à une service utile; il s’agit ou bien de débiles physiques dont nous

n’avons pas à nous occuper ici, ou bien et plus souvent encore, de débiles intellectuels, de déséquilibrés, de pervers qui donnent déjà ainsi la mesure de leur incapacité à admettre ou à comprendre les nécessités légales. Il est parmi les bons-absents de simples dégénérés, mais il est aussi des aliénés véritables tout à fait incapables de s’adapter au milieu militaire. Il conviendrait donc de les soumettre tous à une expertise mentale sérieuse et de réformer ceux qui sont trop profondément tarés.

Ce que nous venons de dire à propos des bonsabsents s’applique d’une manière complète aux insoumis. Comme nous l’avons vu ailleurs, il est parmi ces délinquants des pervers responsables, mais il y a aussi un grand nombre de dégénérés ou d’aliénés véritables qui ne peuvent trouver avec profit leur place dans l’armée. Chez les 34 simples soldats de notre statistique, 6 avaient été inculpés d’insoumission.

On voit donc que les insoumis devraient être par cela môme suspects de troubles cérébraux et soigneusement examinés à ce point de vue.

Les conscrits qui ont subi des peines infamantes sont dirigés sur des corps spéciaux, les bataillons d’Afrique. Cette institution répond à une utilité réelle en isolant., des éléments sains, des sujets ayant donné déjà des preuves manifestes de leur insociabilité. Mais il faut reconnaître que parmi les loyeux il en est dont la place est plutôt marquée à l’asile qu’à la prison, soit que leur état d’aliénation

dans l’armée française 207

mentale ait échappé à la justice civile, soit que depuis qu’ils ont subi leur peine, leur déséquilibration ait fait des progrès et ait pris nettement des caractères pathologiques. Il conviendrait donc d’examiner ces sujets d’une manière toute spéciale au point de vue mental, comme on devrait le faire pour les bons-absents et les insoumis.

Les engagements volontaires forment le second mode de recrutement des soldats. Sauf de nombreuses et très honorables exceptions, il faut bien dire que beaucoup d’engagés constituent des nonvaleurs militaires. Jourdin a bien montré leur infériorité physique et morale et la plus grande fréquence chez eux de la délinquance militaire.

Beaucoup d’engagés et de rengagés sont des débiles ou des déséquilibrés, parfois même de vrais aliénés, comme celui qui fait l’objet de notre observation 31. Si, indiscutablement, certains troubles mentaux sont la conséquence de la vie militaire, on peut tout aussi justement dire que la profession militaire est parfois la conséquence d’anomalies cérébrales. Sept de nos malades se sont engagés dans la légion étrangère ou dans des corps coloniaux, soit sous l’influence d’un délire véritable, soit espérant ainsi donner satisfaction à leur besoin morbide de changement, de voyage et d’aventures.

Les engagés volontaires se recrutent encore parmi les débiles que leur famille espère par ce moyen « débrouiller ». Nous avons donné un exemple

(observation I) qui montre les résultats déplorables auxquels parfois aboutit cette pratique trop répandue.

Moins intéressants, mais aussi peu profitables, en général, sont les engagements motivés par l’idée théorique et fausse du relèvement moral par le métier des armes. Il est bien exceptionnel que les débauchés, les alcooliques, les joueurs, les délinquants ou les criminels trouvent dans l’armée un milieu favorable à leur réhabilitation : ou bien on les voit, comme le sujet de notre observation 18, verser dans la folie, ou bien et plus souvent leurs tendances malfaisantes continuent de se manifester en exerçant sur leur entourage une influence suggestive déplorable et ils finissent par tomber sous le coup de la justice militaire.

Connaissant la fréquence des tares dégénératives chez les engagés volontaires, il serait aisé de tarir une des sources qui introduisent dans l’armée des éléments nuisibles. Il suffirait, avant d’autoriser un engagement, d’exiger du candidat non seulement des preuves de son aptitude physique, mais aussi de son intégrité mentale. Ici, le médecin militaire dispose d’un temps d’examen plus long qu’au moment du conseil de révision, il devrait en consacrer une partie à l’étude de l’état mental, se renseigner sur les antécédents héréditaires et person> ncls, s’enquérir des motifs de l’engagement, faire causer le futur soldat, bref se former une opinion sur sa mentalité. Un observateur exercé ù ce genre

dans l’armée française 209

de recherches se rend bien vite compte de la valeur intellectuelle et morale du sujet examiné, et, malgré des erreurs toujours possibles, on arriverait ainsi à exercer une sélection utile.

Pour lacililer la tâche de l’expert on pourrait, comme le demande Catrin, « obliger les parents cjui donnent leur consentement pour l’engagement, à fournir par écrit au commandement de recrutement le motif pour lequel ils font engager leur fils et leur pupille ». Il faudrait également que le maire de la commune où réside l’intéressé donne un certificat constatant « qu’il n’a pas été interné et que la notoriété publique ne lui attribue aucune maladie ou infirmité mentale ». (Simonin.)

Moi’9 même que vis-à-vis des appelés et des engagés volontaires seraient mis en œuvre tous les moyens que nous venons d’indiquer, un certain nombre d’individus, inaptes au service militaire, échapperaient aux filtres ainsi établis et seraient incorporés. Les occasions de poursuivre l’œuvre de sélection ne vont pas manquer. Il y a tout d’abord la visite d'incorporation ; l’examen des hommes peut s’y faire dans des conditions meilleures qu’au conseil de révision, le médecin a devant lui le temps nécessaire pour poursuivre à loisir l’observation de ceux qui lui ont paru suspects.

On ne peut toutefois demander aux médecins régimentaires, déjà si occupés, de se livrer à un examen psychologique de toutes les recrues, alors même qu'ils seraient préparés à le faire ; la vie

militaire ne va pas tarder à mettre en évidence les dispositions morbides latentes de la plupart des dégénérés et leur inaptitude à l’adaptation.

C’est ici que devrait intervenir la collaboration nécessaire des officiers avec les médecins. Dans leurs rapports directs avec les hommes, les officiers ne peuvent manquer de remarquer rapidement ceux qui sont inaptes à comprendre ou à exécuter les ordres, ceux qui sont irritables, impulsifs, indisciplinés, « mauvaises têtes », récidivistes, ceux qui restent insensibles à tous les sentiments et sur lesquels on ne peut agir ni par la douceur, ni par l’intimidation. Quand les officiers ont remarqué ces individus anormaux, ils devraient les signaler aux médecins. Par un examen, on s’assurerait qu’ils sont justiciables des mesures de rigueur ou qu’ils sont au contraire de véritables malades dont la place, où qu’elle soit, n’est certainement pas dans l’armée et dont il faut provoquer la réforme.

Ün ne peut espérer que de longtemps une telle collaboration entre officiers et médecins soit générale et qu’elle donne des résultats suffisants pour éliminer de l’armée tous les anormaux. En attendant, il faudrait, avant de prendre certaines sanctions particulièrement graves, s’assurer qu’elles sont justifiées c’est-à-dire que l’insuffisance mentale des sujets auxquels elles vont s’appliquer ne les rend pas inutiles et iniques. Il faudrait, en somme, qu’au dossier de tous les militaires qui. vont être traduits en conseil de discipline ou en

DANS L’ARMÉE FRANÇAISE 211

conseil de guerre, soit jointe une expertise médicolégale.

Cette mesure n’est qu’une application particulière à l’armée, d’une mesure générale que réclament, depuis longtemps, tous les criminalistes, c’est-àdire l’examen mental préalable de tous les prévenus.

L’argument principal opposé à ce desideratum iéside dans la crainte d énerver la répression, d’ouviir la porte à tous les abus. Nous reconnaissons la valeur de cet argument ; ce serait en effet créer une véritable prime à la délinquance que de se contenter de la réforme comme sanction vis-à-vis des débiles, des déséquilibrés et des pervers à responsabilité atténuée. La foule des amoraux, que tient seule en respect la peur de la répression, ne manquerait certes pas d abuser d’une mesure qui, en permettant la satisfaction de leurs instincts, entraînerait en même temps l’avantage de la réforme.

Pour éviter cet écueil, les sujets qu’on réformerait à la suite d’actes délictueux et dont la responsabilité serait reconnue comme partielle, devraient être placés dans des établissements spéciaux. Là ils seraient surveillés, mis dans l’impossibilité de nuire et soumis au travail obligatoire, et l’on pourrait tenter le relèvement de ceux qui sont encore éducablcs.

Ces établissements spéciaux, dont la création ne peut être régie que par une loi, sont réclamés tous les jours par les aliénistes et les experts appelés « se prononcer sur la responsabilité des prévenus

ou la légitimité d’un internement. Les délinquants dont l’irresponsabilité n’est pas absolue sont légion. Actuellement on est dans l’alternative ou bien d’envoyer ces sujets à l’asile d’aliénés où 1 on ne pourra les conserver, car légalement ils n y sont pas a leur place, ou bien de les acquitter, auquel cas ils donnent un exemple déplorable et ne manquent pas de récidiver. Aussi, en pratique, on se contente d’une côte mal taillée en leur infligeant une peine mitigée par des circonstances atténuantes.

Qu’on 11e vienne pas dire que les compagnies de discipline remplissent un office analogue à celui des établissements spéciaux pour délinquants à responsabilité partielle, lout d abord on remarquera qu’il ne devrait pas entrer dans les attributions militaires de s’occuper de la garde et de tenter le relèvement de délinquants ou de criminels ; nous douions ensuite que les officiers et sous-officiers soient préparés à remplir une telle tâche et nous pensons qu’ils s’en déchargeraient volontiers.

Mais en se plaçant à un point de vue plus élevé, il faut bien reconnaître que la société ne remplit pas son rôle d’assistance vis-à-vis de ces demimalades ; clic les place dans de mauvaises conditions pour les amender, puisqu’elle les met en commun avec les délinquants et criminels à responsabilité complète. A ce contact, en général, ceux qui étaient susceptibles de rééducation achèvent de se pervertir, et il en résulte que non seulement l’assistaucc, considérée comme un devoir social, n est pas

DANS L’ARMÉE FRANÇAISE

réalisée, mais que la protection, qui est un droit, D'est pas davantage obtenue d’une manière convenable,-cette méthode aboutissant à l’aggravation des tendances criminelles.

Pour résumer les mesures prophylactiques directes qui devraient être employées afin d’éliminer de l’armée les sujets mentalement inaptes au service, il faut :

1° Au moment du conseil de révision, examiner spécialement au point de vue mental les conscrits signalés par les maires ou par les pièces jointes au dossier sanitaire.

2° Au moment de l’entrée au régiment, examiner de très près les bons-absents, les insoumis et les soldats incorporés aux bataillons d’Afrique.

3° Soumettre à un examen mental, avant leur admission, les sujets qui désirent contracter un engagement volontaire ou un rengagement.

4° Soumettre au môme examen les soldats qui se font remarquer par des anomalies dans leurs propos, leurs actes et leurs réactions vis-à-vis de leurs camarades, de leurs supérieurs et à l’occasion du service.

5° Considérer comme une règle absolue l’expertise médico-légale préalable de tous les soldats en instance de conseil de discipline ou de conseil de guerre : les individus reconnus responsables de leurs actes seraient punis suivant les lois : les irresponsables seraient internés dans les asiles d’aliénés ;

IÆS MALADIES MENTALES

enfin les sujets dont l’irresponsabilité est partielle devraient être réformés et placés, en vertu d’un jugement, dans des établissements spéciaux.

Moyens prophylactiques indirects. — Ces moyens ne sont autres que ceux qui faciliteraient l’application des mesures directes actuellement réalisables et qui rendraient possibles dans l’avenir les mesures nécessitant de nouvelles réglementations administratives ou légales. Ils se résument dans l’éducation psychiatrique des médecins de l’armée.

M. le professeur Simonin nous renseigne comment se fait actuellement renseignement psychiatrique de l’étudiant militaire : « Depuis la fondation de l’Ecole du service de santé militaire à Lyon, un des répétiteurs chargé de la médecine légale et d’expertise assure un enseignement clinique spécial à l’hôpital militaire d’instruction Desgenettes, avec les ressources fournies par les nombreuses troupes de la garnison, les prisons militaires et le conseil de guerre de la XVIe région. Cet enseignement se trouve complété de la façon la plus heureuse, depuis 1905, par un stage obligatoire à l’asile départemental d’aliénés de Bron.

« Arrivés au Val-de-Grâce, les jeunes aides-majors élèves y trouvent un matériel clinique médico-légal des plus variés, provenant de la garnison de Paris, des deux conseils de guerre du gouvernement mili-

DANS L’ARMÉE FRANÇAISE

taire, des prisons et des établissements pénitentiaires du département de la Seine, et aussi les importantes ressources fournies par les évacuations de la province et réparties dans les deux services hospitaliers afférents à la chaire de médecine légale.

« L’enseignement théorique du professeur et de l’agrégé trouve au lit du malade des applications pratiques d’autant plus instructives que les jeunes aides-majors élèves sont tenus de rédiger par écrit l’examen méthodique des malades qui leur sont confiés. En outre, toutes facilités leur sont données pour se rendre, en fin de matinée, dans les divers hôpitaux parisiens et y recueillir la parole hautement autorisée des maîtres de la psychiatrie française. »

D’après les lignes ci-dessus, l’enseignement des maladies mentales est parfaitement organisé depuis quelques années dans les écoles du service de santé et elles possèdent les ressources cliniques suffisantes pour permettre l’instruction du futur médecin de l’armée. Avec le professeur Simonin nous dirons, puisqu’il en est ainsi, « que l’étudiant en médecine militaire est mieux documenté à ce point de vue que la masse de ses camarades civils ».

On est donc en droit d’espérer que rapidement les bénéfices de cette organisation se feront sentir et, peut-être, en voyons-nous déjù la marque dans l’augmentation progressivement croissante des radiations et réformes pour aliénation mentale.

Le professeur Simonin, dans le travail dont nous avons déjà cité plusieurs passages, demande que chaque corps d’armée soit doté d’un médecin-expert « auquel serait confié le service médico-légal de l’hôpital militaire ou des salles militaires de l’hospice mixte du chef-lieu, destiné à recevoir tous les sujets à examiner, quelle que soit leur provenance : bureau de recrutement, corps, prévenus envoyés par le conseil de guerre. Il serait tout naturel d’attribuer à ce même médecin le service médical de la prison militaire. » (Nous ajouterons que le service médical des corps d’épreuve et de la légion étrangère devrait être réservé à ces médecinsexperts.)

Nous ne pouvons que souscrire à ce vœu qui constituerait un progrès capital et définitif dans la prophylaxie de l’aliénation dans l’armée, à la condition toutefois que ce corps d’aliénistes militaires soit recruté d’une manière convenable et après des études psychiatriques sérieuses.

En attendant la réalisation de cette organisation, qu’il nous soit permis de constater que les aliénistes de carrière sont bien rarement appelés en expertise par les tribunaux militaires. Nous nous sommes également toujours étonnés que les élèves du Val-de-Gràce semblent ignorer l’existence de Charenlon, qui représente pourtant à Paris l’asile mixte où sont reçus les aliénés militaires de la garnison.

Comme nous venons de le voir, il est nécessaire

dans l’armée française 217

que les médecins de l’armée reçoivent une instruction psychiatrique élémentaire et que quelques-uns d’entre eux, appelés à devenir médecins-experts, se spécialisent dans les études de psychiatrie. Mais, pour que ces mesures, en partie déjà réalisées, fournissent le maximum d’effets utiles, il faudrait que les officiers collaborent avec les médecins dans l’œuvre d’élimination des anormaux de l’armée.

Cette collaboration se fera tout naturellement quand les officiers seront mis au courant des idées générales directrices de la psychiatrie et surtout quand, faisant abstraction de toute idée théorique et philosophique, ils admettront simplement que certains sujets, de par leur constitution psychique, sont tout à fait inaptes à s’adapter à certains milieux sociaux et qu’il y a intérêt pour ces milieux à s’en débarrasser.

Le rôle des officiers se limite à remarquer les anormaux, les indisciplinés, les irréductibles, les récidivistes et à les signaler aux médecins qui, après expertise, apprécieront s’ils ont ou non les aptitudes mentales nécessaires pour être militaires.

En demandant au service de santé ces renseignements techniques, les officiers ne feront que se documenter, vis-à-vis des fonctions cérébrales de leurs hommes, de la même manière qu’ils trouvent tout naturel de le faire vis-à-vis de leurs fonctions organiques banales.

Pour donner aux officiers les idées Générales qui

E|i>l !rkT,f i L t j i

Al £ tj

WV#i<

leur sont indispensables pour jouer leur rôle de collaborateur des médecins, il ne s’agit pas, évidemment, de leur enseigner les maladies mentales. Il suffira par quelques articles de vulgarisation ou par des conférences, comme l’a fait le professeur Régis, à Saint-Maixent, de présenter les principaux types d’aliénés militaires et de montrer l’utilité qu’il y a pour l’armée à éliminer de son sein tous ceux que leur constitution psychique rend inaptes à l’adaptation, à comprendre la grandeur de la tâche qui est dévolue aux soldats ou simplement à savoir se soumettre aux nécessités d’ordre supérieur.

Page 1