‹ Les maladies mentales dans l'Armée françaiseChapitre 25 sur 31 · CONCLUSIONS DU RAPPORT GRANJUX · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS DU RAPPORT GRANJUX

Cette étude de l’aliénation mentale dans l’armée, faite exclusivement au point de vue pratique, peut se résumer dans les conclusions suivantes :

D’après la statistique médicale de l’armée, les aliénés y figurent dans la proportion de 0,6 p. 1 000 — chiffre inférieur à la réalité, car il y a encore un certain nombre d’aliénés méconnus.

I. Considérant que cette introduction des aliénés dans l’armée tient, d’une part, à l’impossibilité de faire un examen psychiatrique au conseil de révision tel qu’il fonctionne actuellement et, d’autre part, à

1. Ce travail était terminé et imprimé quand nous avons tu connaissance des rapports des docteurs Granjux et Rayneau au Congrès de Nantes, sur l’aliénation mentale dans l’armée.

l’acceptation d’engagés volontaires composés en grande partie d’anormaux psychiques, il y a lieu de demander :

1°) Que l’instruction ministérielle, publiée chaque année à l’occasion des conseils de révision, oblige l'administration à faire connaître au conseil les conscrits qui auraient été l’objet de placements, même volontaires, dans les asiles, et les maires à signaler les individus notoirement déséquilibrés.

(Ces derniers renseignements devraient être fournis dès la formation des tableaux de recensement, de façon à permettre de faire, avant la réunion du conseil de révision, les enquêtes nécessaires.)

2°) La suppression de la restriction apportée à la réforme des « bons absents », quand celle-ci est motivée par des troubles mentaux.

3°) L’examen psychiatrique, lors de la visite d’incorporation des « bons absents », des porteurs de stigmates physiques de dégénérescence, des tatoués, des illettrés ;

4°) La production, par tout individu voulant contracter un engagement volontaire, d’un certificat médical constatant qu’il ne présente pas de troubles cérébraux caractérisés, établi, de préférence, par le médecin de la famille.

5°) L’examen psychiatrique par le médecin du bureau de recrutement, de tout individu voulant contracter un engagement volontaire.

IL Considérant que dans les Compagnies de discipline l’aliénation mentale entraîne 3 à 6 fois plus de réformes que dans le reste de l'armée, ce qui tient à ce que ces militaires ne sont pas examinés au point de vue mental, il y a lieu de demander :

1°) L’adjonction, au dossier de tout individu en pré-

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vention de conseil de discipline, d’un certificat médicolégal établi par le médecin du corps ;

2°) L’examen psychiatrique des « candidats aux compagnies de discipline » fait dans les corps de troupe par une commission composée de médecins de réserve aliénistes et des médecins du corps, avant que ces candidats aient atteint le nombre de jours de punition nécessaires pour motiver leur comparution devant le conseil de discipline.

III. Considérant que dans les établissements pénitentiaires militaires la proportion des aliénés est trois fois plus commune dans l’armée en raison de ce que, souvent, les juges ne se sont pas doutés que les actes commis par ces délinquants étaient le résultat de leur mentalité maladive, il y a lieu de demander :

1°) Que tout homme en prévention de conseil de guerre soit l’objet d’un examen médico-légal ;

2°) Que l’enseignement psychiatrique inauguré par Régis, à Saint-Maixent, soit étendu à toutes les Ecoles d’officiers.

IV. Les données des guerres les plus récentes ayant montré dans les armées en campagne l’éclosion de psychoses beaucoup plus nombreuses qu’en temps de paix (2 p. 100 chez les Russes, en Mandchourie) et les dangers qui en résultent, la nécessité s’impose, pour les armées européennes, de prévoir une assistance psychiatrique de campagne.

D’après l’expérience de la guerre russo-japonaise, cette assistance psychiatrique de campagne doit être ainsi comprise : au front des hôpitaux de campagne psychiatriques ; dans la zone des étapes, un hôpital d’évacuation psychiatrique et, à ses côtés, un asile pour les non-transportables. Sur la route d’étapes, des hôpitaux auxiliaires psychiatriques pour recevoir temporairement les aliénés ne pouvant plus continuer leur

route. Les asiles du territoire comme terminus. Les évacuations demandent un personnel et un matériel spéciaux.

Dans ces conditions, l’exécution de l’assistance psychiatrique en campagne ne peut être assurée que par le concours des aliénistes et des médecins militaires, ceux-ci ayant l’obligation de posséder des connaissances suffisantes en psychiatrie et ceux-là de se « militariser ».

V. Considérant : que dans différentes armées européennes, Russie, Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie, des efforts ont été faits en vue d’élever le niveau des connaissances psychiatriques et de faciliter la spécialisation de quelques médecins militaires, de façon à avoir au moins un psychiatre dans chaque corps d'armée ;

Que, en France, les élèves militaires des Ecoles de Lyon et de Bordeaux reçoivent, depuis quelque temps, un enseignement psychiatrique continué pendant leur séjour au Val-de-Grâce, et qu’un certain nombre d’entre eux voudraient se perfectionner dans cette voie par des stages dans les asiles ;

Il y a lieu de demander :

1°) Que l’enseignement psychiatrique organisé à Lyon et à Bordeaux par les professeurs Pierret et Régis soit encouragé et développé ;

2°) Que cet enseignement figure dans le programme non seulement du Val-de-Gràce, mais des autres écoles d’application (Toulon et Marseille) et y prenne une place importante ;

3°) Que toutes facilités soient accordées aux médecins militaires ayant montré du goût et de l’aptitude pour la psychiatrie, en vue de se perfectionner dans cette science par des stages dans les asiles ou cliniques ;

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4°) Que l’on profite des appels des psychiatres professionnels pour organiser les commissions mixtes de dépistage des aliénés dans les corps de troupe, et faciliter l’instruction psychiatrique des médecins militaires.

VI. La solution de cette troublante question « l’aliénation mentale dans l’armée » est donc tout entière dans la collaboration intime dès le temps de paix des aliénistes et des médecins militaires, qui seule permet d’assurer l'assistance médicale psychiatrique dans les conditions de justice et de bonté qui honorent un pays

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