B. Ball : Leçons sur les maladies mentales
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J'aurais deux observations de délire traumatique à présenter, Mais comme l'un des malades présente, à la suite de son traumatisme, une démence à forme Catatonique, nous le verrons plus loin, et je me contenterai pour le moment, d'étudier un cas de délire traumatique aigu, répondant, en grande partie, à la description restée classique qu'en fit Dupuvtren, en 1819. dans un mémoire sur les fractures du péroné. Voici ce que dit Düupuvtren: “ Si le soir, le lendemain ou le surlendemain d'une fracture, d'une luxation ou d'une opération quelconque, le malade parait dans un accés de gaieté surnaturelle, s'il parle beaucoup, s'il a l'œil vif et la parole brève, les Mouvements brusques et involontaires, s'il affecte un courage et une résolution désormais inutiles : Tenez- VOUS Sur Vos gardes! Bientôt il se manifestera une singulière confusion d'idées sur les lieux. les personnes et les choses. Le malade en proie à l'nsomnie, est ordinairement dominé par une idée plus où moins fixe, mais presque toujours en rapport avec sa profession, ses passions, ses gouts, son âge, son sexe: il se livre à une jactation continuelle.
L'observation que j'ai à vous présenter est celle d'un rentier de province !*, vivant retiré avec sa femme, dans une vieille maison que. “ depuis des temps immémoriaux, une génération repassait à l'autre. Successivement, chacun des Propriétaires l'avait remise au gout du jour, en rajeunissant la toiture ou le pied, mais toujours elle était restée une jambe en l'air, avec une moitié d'ellemême en retard sur l'autre moitié d'un demi-siècle. L'oncle était une vieille bête. Soguenard, dédaigneux, fort pour les haussements d'épaules et les silences insultants : elle, une vieille r 1sse, agressive, âpre, hargneuse . Le bruit de leurs incessantes querelles emplissaient, du matin au soir, leur vieux musée, relique des temps anciens, Cette demeure laissait autant à désirer sur le
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IS G, Co:rteline : L'Escalier (Notvelle Collection illustrée.)
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rapport de la commodité que sur celui de l'apparence extérieure. Par exemple, la chambre à coucher, située au second étage, com- Muniquait avec la salle à manger, située à l'étage inférieur et exactement au-dessous, ‘jar un absurde corridor, large à peu prés comme une brouette et long comme un Jour sans pain, que continuait un non moins absurde escalier, plus noir et tortueux cent fois que l'âme d'un prèteur à la petite semaine: un coup à se casser Îles reins gentiment et neuf fois sur dix ”.
Or un bon jour, la vieille parla de la nécessité qui s'imposait de remédier à cet état de choses en reliant par un escalier en pasde-vis, les deux pièces superposées. Si cette idée eût germé dans la cervelle du vieux, il l'eût trouvée splendide, mais venant d'elle il trouva que c'était inepte. C'en fut assez pour qu'elle fit venir de suite un ménuisier et fit faire l'escalier. Mais le vieux déclara péremptoirement qu'il n'y passerait jamais et la vicille jura qu'il ÿ passerait. La situation se compliqua, ils ne se parlaient plus, ne se regardaient pas, chacun restant sur ses position; et mettant son point d'honneur à ne pas céder à l'autre. Mai, un jour, le vieux, en descendant l'escalier, le sien, posa le pied à faux, dégringola bruyamment et se fractura une jambe. La vieille accourut, suffoquant, râlant littéralement de joie, étranglée par l'allégresse... Tout de même elle se décida à faire venir un médecin, qui posa le premier appareil, et recommanda, pour le blessé, une tranquillité absolue. C'était demander l'impossible.
La jambe cassée n'était rien, la plaie était au cœur, et la conduite de la vieille ne pouvait qu'empirer la situation déjà sérieuse du malade. Elle ne cria pas victoire, elle ne fit pas de bruit, * dédaïgnant l'insolence dans le succès, sachant fort bien qu'il est tel cas où l'humilité savante du vainqueur est un c up de fer rougi à blanc sur la blessure du vaincu. Pas une fois elle ne s'oublia, ne souilla d'un mot équivoque, d'une allusion aigre-dlouce, l'état im-
maculé de son triomphe. Simplement, elle gardait une face rayon-
nante, un énigmatique Sourire dont l'atroce ironie poursuivait le Mari jusqu'en sa ruelle, le pénétrait jusqu'en ses moëlles d'une innumérabilité de pointes de feu... Dans ces Conditions, autant eüt valu au malade cracher sur sa Jambe mauvaise, en priant le Bon Dieu Pour qu'il gelât dessus. Un beau matin, la fière s'en méla, le délire, tout le diable et son train; l'oncle COMmença à dis- Courir à la façon d'une femme soûle, disant que sa femme s'amusait à le faire cuire à petit feu après l'avoir lardé tout vif, qu'elle avait suspendu des lampions allumés aUX Quatre coins de sa table de nuit, et qu'en signe de réjouissance, elle tirait des feux d'artifice à travers l'appartement : des bétises, enfin, des giries, tout un 14 juillet en chambre, éclos en un cerveau malade de Prudhomme déshonoré ”,.. « Tenez-vous sur VOS gardes à ce moment " dit Dupuytren. En effet, ça ne tarda Pas. * Ayant ainsi, trente-six heures, donné Ja comédie aux gens, le moribond tourna de l'œil,”
Ce délire présente bien les symptômes fondanentaux de la description que nous avons donnée : Obtusion de l'esprit, délire onirique et agitation physique. Nous avons dit que ce délire se rapprochait du délire alcoolique, et Courteline, dans une phrase, fait ce rapprochement : “ I] commença à discourir à Ja façon d'une femme soûle.”
[IT Troubles Mentaux dans les névroses.
Les névroses offrent Souvent des symptômes de troubles mentaux qui les rapprochent des maladies mentales. La neurasthénie est de cet ordre et nous puisons dans l'œuvre de Courteline, deux Observations de neurasthéniques: Alceste et M. Badin.
Le premier ! est l'Alceste de Molière, que l'auteur nous mon-
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19. G. Courteline : La Conversion 'Alceste Comédie en un acte en vers.
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tre converti, contrit, plein de remords et de bonnes dispositions. Mais comme la misanthropie n'est pas un état passager, accidentel, mais bien un état d'esprit permanent, la conversion, les bons propos et les fortes résolutions ne durent pas.
Alceste est un misanth. pe moral: jaloux, envieux de son semblable, quoiqu'il le juge son inférieur, il ne trouve, dans cette vie, qu'amertume et tristesse: satisfait que de ce qu'il fait luiméme, ne voyant autour de lui que vice, méchanceté, fourberie, il finit, après de nombreux déboires et, petit-à-petit, par retomber dans son état primitif :
Certes, en m'engageant sur la nouvelle route
Où m'obligea mon cœur hanté d'un dernier doute,
Je ne savais que trop où me portaient mes pas,
Et le fossé promis au chemin de Damas ;
Mais je n'aurais pas cru, quand j'ai risqué l'épreuve, Que les pleurs de mes veux me fourniraient ma preuve, Et que le crime au seuil de ma propre maison,
Me viendrait démontrer combien j'avais raison! ... N'importe, tout est bien, puisque je puis en somme, Avant fait jusqu'au bout mon devoir d'honnète homme N'ayant rien obtenu, mais ayant tout tenté,
De mon stérile effort invoquer la fierté!
Las de l'humain commerce et de sa turpitude
Dont j'avais le soupçon, dont j'ai la certitude! Dépouillé du bonheur qui fut un temps le mien,
Maitre de l'affreux droit de n'espérer plus rien, [m'est permis d'aller... —Qu'on m'y vienne poursuivre !— Trainer au fond d'un bois la tristesse de vivre,
En tâchant à savoir, dans leur rivalité,
Qui, de l'homme ou du loup, l'emporte en cruauté...
Le second neurasthénique que j'ai à vous présenter est M. Badin *, M. Badin est un employé administratif, qui comme tel ne
20. G. Courteline : 47. 3adin {Modern-Théâtre) ; L'Employé (Facéties de Jean de la Butte).
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Présente rien de Particulier à moins que l'on ne fasse entrer sa Profession dans l'étiologie de ta NEVTOSE Qui Dos occupe en ce Moment, Mais qui, en retour nous offre es principaux SYMptoines de la neurasthénic: énoitÉ, aboulie, pessinisme, dépression, pré CCupation outrée de si santé ele COPIES expéditionnuire dans un Ministere, mais depuis quinze Le urs on ne l'a pas vu dans sen bureau, On sai it Qu'il n'a pas été mala ae, parce que cinq fois le chef du bureau à envoyé le médecin du ministère prendre de ses nouvelles et Cinq fois on li a répondu qu'il était à Ia brasserie, [] CXplique à son chef Qu'il à Été retenu par des affaires de famille, qu'il a perdu so beau-frère. Mai le chef n'y coupe pas : "A cette heure, lui til, vous avez perdu votre beau-frère, Comme déjà il v a trois SCAINCS VOUS aviez perlu votre tante, comme Vous aviez perdu votre éncle le mois dernier, votre père à la Trinité, votre mère à Pâques! ... Sans préjudice, naturelle- Ment, de tous les cousins, con sines et autres parents éloignés que vous n'avez cessé de niettre en terre à Te d'un au moins la SeMaine. Quel massacre! -- NON, Mais quel massacre! A-t-on idée d'une boucherie pareile? et je ne parle ici, notez bien, ni de la petite sœur qui se marie deux fois l'an, ni de la grande qui accouche tous les trois mois ri
M. Badin est très peiné de cette sortie et des menaces de renvoi de son chef de bureau: il est très ému, et pour un peu, il pleurerait. * Je vois bien, monsieur, que vous n'êtes zas content, mais vous me faites de la peine! Vous vous Moquez ue moi, vous me raillez. ,., si, si, vous m € raillez, Vous êtes COMME tous ces imbéciles qui trouvent plaisant de me taper sur le ventre et de m' appeler employé pour rire et il commence la longue litanie de ses doléances et donne les raisons de son absence qui peuvent se réduire à l'aboulie, au pessimisme, à l'hypochondrie, “ Avez-vous Jamais réfléchi, monsieur le Directeur, au sort du pauvre fonctionnaire qui, systématiquement, Opiniâtrement, ne veut pas aller