I. — Symptômes
Les accidents qui traduisent l'infection gourmeuse sont tellement différents, dans leur évolution et dans leur expression clinique, qu ils échappent à toute synthèse descriptive.
Alors que, sous certaines formes, la gourme est exprimée seulement par une éruption cutanée des plus bénignes, elle se traduit dans d'autres par des catarrhes diffus des muqueuses, par des suppurations dans les parenchymes, ou encore par une Septicémie à évolution plus ou moins rapide. Ces modes évolutifs, déjà difficiles à grouper, se trouveront associés suivant les modes les plus complexes; ils se grefferont les uns sur les autres; ils seront accompagnés ou suivis par les complications les plus diverses.
L’étude des nombreuses déterminations gourmeuses montre que la maladie évolue suivant deux types assez nettement différenciés ; sous une première forme, l’infection est exprimée par des suppurations, superficielles ou profondes; sous une seconde, elle est traduite par des congestions, localisées ou disséminées. On peut ainsi distinguer : une gourme purulente, correspondant aux anciennes formes décrites, et une gourme septicémique embrassant à la fois les formes congestives récemment étudiées (gourme hémorragique de Wiart) et les formes hématiques à évolution rapide.
Ce groupement ne correspond pas sans doute à toutes les modalités évolutives, et l’on verra des accidents appartenant à chacun des deux groupes se succéder ou coïncider sur un même individu; mais cet inconvénient est commun à toutes les classifications proposées. D’ailleurs, en outre de sa simplicité, celte division a 1 avantage d’être basée sur des caractères anatomopathologiques précis, et il semble qu’elle corresponde à deux modes distincts de l’infection.
Nocard et Leclai.xche.
GOURME
§ I. — Gourme purulente.
La gourme purulente comprend deux formes cliniques différentes suivant que les localisations portent sur les muqueuses (gourme catarrhale ) ou sur les parenchymes (suppurations gourmeuses).
Cette distinction, moins encore que les précédentes, n’a rien d’absolu ; la gourme catarrhale s’accompagnera très ordinairement de suppuration dans différents tissus. Cependant la multiplicité même des localisations gourmeuses, comme aussi l’extrême variété de leurs associations, rendent impossible toute description schématique unique. On doit seulement se souvenir que si chacune des expressions locales de l’infection peut être observée isolément elles peuvent aussi coïncider ou se succéder chez un même malade, modifiant ainsi, presque à l’infini, les aspects cliniques de la maladie.
Un premier paragraphe est consacré à l'étude des symptômes de la gourme catarrhale; dans un second, sont indiqués les caractères des diverses suppurations gourmeuses.
a. Gourme catarrhale. — La gourme catarrhale correspond à la localisation des lésions sur la muqueuse des voies respiratoires. Cette forme est de beaucoup la plus ordinaire; elle revêt des expressions différentes suivant le siège, l’étendue et le mode d’évolution des accidents.
Le début est marqué par de la tristesse, de la somnolence, une diminution de l’appétit. Sorti de l’écurie, le cheval a perdu sa gaîté et sa vigueur; les mouvements sont lents, pénibles; dans les formes graves, on constate de la faiblesse de l’arrière-main et la marche est titubante. Les muqueuses sont infiltrées ; elles revêtent une teinte rouge-brique ; les yeux sont larmoyants ; la bouche est chaude et sèche; la langue se recouvre d’un enduit grisâtre. Souvent il se produit, au moment où les animaux sortent de l’écurie, une toux sèche et quinteuse. La respiration est encore normale, mais le nombre des pulsations a augmenté; il existe du pouls veineux dans les formes graves. La température oscille autour de 40°.
Bientôt des symptômes locaux sont appréciables ; on constate de l’empâtement des régions de la parotide et de l’auge; la gorge est douloureuse à l’exploration ; les pressions exercées sur le larynx provoquent facilement la toux. Alors que la muqueuse des premières voies digestives (arrière-bouche et pharynx) est envahie
SYMPTÔMES
d'emblée, on note la lenteur de la mastication et une difficulté croissante de la déglutition. Lors de l’extension à la pituitaire (coryza gourmeax), l’ébrouement se produit à chaque instant.
A ces symptômes s’ajoutent des manifestations d’un autre ordre. La toux apparaît dès que l’inflammation gagne la muqueuse laryngienne; d’abord sèche, retenue, quinteuse, elle se modifie lorsque l’exsudation s’établit, pour devenir plus grasse et plus forte. Les accès sont provoqués par l’impression de l’air froid, par les mouvements brusques de la tète sur l’encolure, ou encore par le passage d’un bol alimentaire. Un jetage se montre ensuite, dont les caractères varient suivant le siège et l’intensité des lésions. Alors c[ue l’inflammation est encore localisée à la pituitaire, le jetage est limpide et aqueux; il prend une teinte citrine si 1 irritation est très intense. La dysphagie, simplement décelée en certains cas par une extension de la tète sur l’encolure au moment de la déglutition, est exprimée, dans d’autres, par du ptyalisme permanent et par le rejet des aliments liquides par les cavités nasales. Les signes généraux du début sont peu modifiés ; la température reste stationnaire.
Les troubles sont plus marqués dès que la suppuration s’établit. Au niveau de la gorge, l’empâtement du début a fait place à une tuméfaction inflammatoire, douloureuse, d étendue variable. Les ganglions de l'auge sont volumineux, infiltrés, noyés dans une zone de tissu œdématié. La région parotidienne est parfois tuméfiée, convexe, par suite de l’engorgement des ganglions pha ryngiens; la tension peut être suffisante pour causer des troubles mécaniques de la respiration et de la circulation. La tète est étendue sur l’encolure; les naseaux restent dilatés ; la respiration devient bruyante, puis ronllante, et, en quarante-huit ou soixante heures, le bruit de cornage s’établit, pour rester ordinairement stationnaire pendant plusieurs jours. La déglutition est également pénible ; la salive, difficilement déglutie, s’échappe par la commissure des lèvres ; les bols alimentaires ne franchissent le pharynx qu’après plusieurs tentatives; souvent un accès de toux survient à ce moment, qui provoque le rejet violent des aliments, à la lois par la bouche et par les naseaux. Parfois enfin, l’appréhension de la douleur provoquée par la déglutition est telle que lanimal lejette les fourrages après les avoir mâchés longuemenl. La déglutition des liquides, plus pénible toujours, est complètement impossible à certains moments.
Dans les formes graves, « le malade n'essaie même pas de
GOURME
manger; il reste immobile, hébété, les yeux à demi fermés; la bouche entrouverte laisse échapper des mucosités gluantes. Parfois il y a de la sialorrhée et de la pharyngorrhée, si la congestiona atteint directement les glandes salivaires ou mucipares, ou bien les nerfs qui s’y distribuent. Les naseaux sont barbouillés de jetage grisâtre, muqueux, et une salive écumeuse, sécrétée en abondance et sans cesse remuée par les mouvements de la langue dans labouche, salit tout ce qui est à portée du malade ». (Wiart.)
La toux est fréquente, grasse, quinteuse. Le jetage est abondant, bilatéral, purulent; scs caractères varient suivant le siège ou la prédominance des localisations inflammatoires. D’abord grisâtre et plus ou moins mousseux si le larynx est affecté, il prend un aspect plus nettement purulent; sa teinte est jaune ou blanc sale; tantôt épais, bien lié, crémeux, homogène, il se montre aussi liquide, mêlé de caillots fibrineux ou souillé par des matières alimentaires.
Pendant toute cette période, le malade reste abattu, somnolent; l’appétit est capricieux ; les fourrages et les barbotages sont préférés à l’avoine. La conjonctive, infiltrée, conserve une teinte rouge vif ou légèrement safranée. La respiration est lente, souvent entrecoupée; le pouls est un peu accéléré. Dès que s’est établie la suppuration, la température a commencé à baisser légèrement et, lors d évolution régulière, la descente se continue lentement jusqu’au retour à la normale.
La suppuration des muqueuses est fréquemment accompagnée du développement de foyers purulents dans les ganglions de l’auge. Les abcès se montrent d’un seul côté ou des deux côtés à la fois; ordinairement, plusieurs foyers évoluent en même temps. Dans le tissu œdématié qui remplit la cavité de l’auge, on perçoit une ou plusieurs masses densifiées, différemment réparties suivant la situation des ganglions enflammés. « Tantôt ils sont accolés aux branches du maxillaire; tantôt ils sont placés en arrière du bord refoulé de cet os; tantôt ils sont situés sous la langue et occupent la partie médiane de l’espace intra-maxillaire. Dans ce dernier cas, les tumeurs sont souvent dissimulées dans le fond de l’auge, et, lorsque l'abcès est formé, la fluctuation est moins facile à percevoir que dans les autres localisations. » (Wiart.) Au niveau des points fluctuants, le tégument se couvre d’un suintement séreux; les poils tombent ; la peau, refoulée et amincie, s’escarrifie vers la partie centrale et livre passage au contenu. Le pus qui s’écoule des abcès est blancjaunâtre, épais, crémeux, bien lié.
SYMPTÔMES
Lors d’évolution suraiguë, ces caractères de l’abcès gourmeux sont quelque peu modifiés; l’engorgement périphérique, très étendu, gagne la région des joues; les yeux sont gonflés et chassieux. « Si, âi ce moment, on fait une ponction exploratrice dans les nodosités les plus saillantes, on fait sortir une petite quantité de pus jaunâtre, parfois safrané, épais et assez analogue, comme consistance, à celle de l’huile d’olives figée. 11 arrive aussi que le pus est tellement épais qu’il reste emprisonné dans la trame des tissus où il s’est formé. Plus tard, la fluctuation devient apparente et la peau s’amincit sur les nodosités en relief ; si on les ponctionne, on n’en fait sortir qu’un peu de pus ; le reste, à l’état concret, est rassemblé dans de petites logettes, indépendantes les unes des autres, à évacuation lente et difficile. » En certains cas, les lymphatiques s’enflamment à leur tour. « De l’auge partent des cordes, qui se dirigent vers la face, longent le bord du maxillaire inférieur et gagnent les lèvres et les joues; de nombreux abcès se forment sur leur trajet. Le pus qui s’en écoule est grisâtre, graisseux et fréquemment mélangé à une petite quantité de sang. » (Wiart.)
Dans une dernière phase évolutive, tous les signes précédents s’amendent graduellement. L’engorgement des régions de la gorge et de l’auge diminue rapidement dès que les abcès se sont ouverts; en même temps disparaissent les troubles mécaniques de la respiration et de la déglutition. La toux est plus rare; elle ne se produit qu’au début de l’exercice, ou pendant la marche aux allures vives. Le jetage est peu abondant, épais, composé de petits grumeaux blancs, qui s’attachent au pourtour des naseaux et que l’animal projette en s’ébrouant; plus tard encore, il redevient muqueux et forme des croûtes grises, à l’orifice des cavités nasales. La température est revenue à la normale.
Sous ce type très simple, l’évolution est complète en 15-30 jours; mais, bien souvent, l’expression est modifiée par l’extension de l’inflammation à différentes muqueuses ou par la coexistence de localisations diverses dans les parenchymes. Parmi les complications résultant d’une simple extension du catarrhe gourmeux figurent la trachèo-bronchite et la broncho-pneumonie , les collections des poches gutturales et des sinus.
raAcuÉo-BRONCHiTE. — L inflammation de la muqueuse de la trachée et des bronches est primitive, et contemporaine de celle des voies supérieures, ou secondaire et consécutive à l’angine gourmeuse.
L envahissement des grosses bronches est annoncée par une
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élévation thermique étendue vers 41°; le malade est abattu, somnolent, indifférent; l’appétit a disparu complètement. La respiration se précipite (20-25 mouvements par minute). « De temps à autre, l’animal fait entendre une toux sèche et profonde; la percussion du thorax provoque parfois une expiration plaintive, bien que la sonorité soit restée intacte. A l’auscultation, on constate quelques crépitations, disséminées dans toute l’étendue des lobes pulmonaires, et un peu d’exagération du murmure respiratoire dans les régions supérieures et vers la racine des bronches. Les symptômes du catarrhe laryngo-pharyngé n’ont pas entièrement disparu, mais ils sont un peu atténués; l’écoulement nasal est devenu grisâtre et visqueux. »
Ces symptômes du début se modifient en 12-24 heures. La température descend vers 40°; la respiration est courte, fréquente (24 par minute); le pouls est accéléré (78 par minute). « Au jetage ancien, plus ou moins abondant, quelquefois desséché et croûteux, s’est mélangée un peu de sérosité claire, limpide, teintée de jaune ou roussâtre. La toux est fréquente, sèche, profonde, douloureuse et môme quinteuse. Du côté de la poitrine, l’exploration ne fait pas découvrir autre chose qu’un bruit bronchique sonore, très accentué à l’entrée de la poitrine et au niveau des grosses divisions des bronches.
» Celte période est de courte durée, trois jours au plus; dans celle qui lui succède, l'inflammation catarrhale est devenue exsudative ; l’hypersécrétion de la muqueuse se traduit par des râles muqueux; les bruits normaux des poumons sont un peu voilés par l’engorgement des canaux bronchiques. La toux est plus facile, moins fréquente et le jetage un peu plus abondant; mais la marche de l’affection n’est pas aussi régulière que dans la bronchite essentielle. » (Wiart.)
Alors que l’inflammation ne s’étend pas au delà des grosses bronches, la fièvre diminue peu à peu d’intensité; « mais si quelque mouvemejnt congestif se produit, du côté de la peau ou des ganglions, immédiatement le thermomètre reprend sa marche ascendante. Quant à la matière de l’écoulement nasal, toujours moins abondante que dans le catarrhe des voies respiratoires supérieures, elle est plus homogène, plus épaisse, plus consistante, d'un gris bleuâtre, ou simplement grisâtre au commencement, et jaunâtre, purulente, à la fin de cette période. Les mouvements respiratoires sont lents et presque toujours entrecoupés par un soubresaut; dans quelques cas, la percussion des parois thoraciques provoque de la
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toux ou une expiration plaintive. A l’auscultation, les bruits pulmonaires, masqués par les rôles muqueux ou les crépitations qui résultent du déplacement des mucosités, sont peu distincts et même difficiles à percevoir.
» Dans la dernière période, les phénomènes inflammatoires sont encore atténués et la fièvre moins vive. La température descend, pour osciller autour de 38°; l’animal est plus gai, a meilleur appétit, respire plus librement et plus régulièrement; la toux ne se manifeste que lorsqu’il est mis en mouvement, à une allure un peu vive. Les râles muqueux sont moins bruyants et le murmure respiratoire plus étendu et plus net. Le jetage a sensiblement diminué, ainsi que l’expectoration; les naseaux ne sont plus souillés que par quelques croûtes grisâtres. Ces divers symptômes disparaissent graduellement, et, avec eux, l’irritation des voies respiratoires supérieures. La convalescence commence du quinzième au vingtièmejour. » (Wiart.)
Broncho-pneumonie. — L’extension de l’inflammation auxpetites bronches et au parenchyme pulmonaire, se produit d’emblée ou dans le cours de la bronchite simple. Elle est annoncée par l’aggravation de tous les symptômes généraux; les muqueuses sont injectées; les boissons froides sont seules acceptées ; la bouche est sèche, pâteuse. La respiration est entrecoupée et accélérée (20-30 par minute). Il se produit une toux rare, courte et sèche. Parfois, on observe un jetage séreux, jaunâtre, semblable au jetage rouillé de la pneumonie franche, ou bien encore du sang mousseux, presque pur, est rejeté par les naseaux. Si l’on déplace brusquement le malade ou que l’on frappe violemment le thorax, on perçoit une plainte. Il existe des zones de submatité dans les parties inférieures du poumon, et l’on entend, au niveau de ces points, des râles sibilants humides et de la crépitation. La répartition des foyers est irrégulière; généralement, un seul lobe est atteint; des noyaux de congestion sont disséminés en divers points, dans les deux tiers inférieurs de l’organe ( pneumonie lobulaire ), ou bien toute une région est envahie en même temps ( pneumonie lobaire).
Dès que l’hépatisation est complète, on constate de la matité et parfois du bruit tubaire. L extension des foyers primitifs s’opère par des poussées successives de congestion suivies de l’hépatisation. L on ne retrouve plus la progression régulièrement ascendante, non plus que la délimitation horizontale de la pneumonie franche.
L évolution de ces premières périodes est complète en cinq ou
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six jours environ. Dans la majorité des cas, la résolution commence aussitôt ; l’état général s’améliore; la température baisse régulièrement ; le nombre des respirations et celui des pulsations diminue; le souffle tubaire disparaît; tandis que reparaissent successivement le râle crépitant et le murmure respiratoire. Lors de la coexistence de bronchite, la toux et le jetage pourront persister encore pendant quelque temps, et aussi l’irrégularité des mouvements respiratoires.
« La durée moyenne delà broncho-pneumonie est d’environ trois semaines, lorsque celle-ci suit une marche régulière; mais lorsque les poussées congestives sur le poumon sont répétées, et pour ainsi dire imbriquées, comme chacune d’elles passe par les mêmes phases, la maladie se prolonge bien au delà de ces limites. »
Chez quelques malades, des abcès se développent dans le parenchyme enflammé ; chez d’autres, des foyers de ^am/ré/zeapparaissent. Enfin la broncho-pneumonie gourmeuse passe parfois à Yétat chronique. Le jetage persiste; des accès de toux sont provoqués par l’impression de l’air froid et par le travail. Les mouvements respiratoires sont irréguliers; l’expiration s’opère en deux temps. L’état général reste mauvais; l’appétit est irrégulier; l’animal maigrit; le poil est terne et piqué; la peau reste sèche et se couvre de pellicules; plus tard apparaissent les signes de l’emphysème pulmonaire.
Collection des sinus. — Cette complication est assez rare; les symptômes qui l’expriment n’ont rien de spécial.
Collection des poches gutturales. — La suppuration de la muqueuse des poches gutturales s’établit dès le début, dans certaines formes à évolution rapide; elle survient, dans d’autres, par extension de l'inflammation de la muqueuse respiratoire... Les symptômes qui l’expriment n’ont rien de particulier. Wiart rattache à cette localisation des accidents nerveux, consistant en des accès de vertige, accompagnés d’amaurose et de troubles respiratoires et circulatoires.
La collection persiste presque indéfiniment avec les mêmes caractères ; dans quelques cas seulement, la suppuration détruit la muqueuse et creuse un trajet vers les parties superficielles. L’issue se produit vers la partie inférieure de la poche ou encore, à travers la parotide, dans les régions moyenne ou supérieure; cette terminaison aboutit à la guérison complète en un temps assez court.
b. Suppurations gourmeuses. — Les suppurations des divers tissus se présentent sous la forme de foyers limités (abcès), ou
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sous celle d’infiltrations diffuses. Ces accidents accompagnent parfois la gourme catarrhale, mais ils évoluent aussi isolément.
Peau et tissu sous-cutané. — Des abcès se développent fréquemment dans le tissu cellulaire sous-cutané pendant le cours de la gourme. Ils siègent dans les points les plus exposés aux traumatismes, au garrot (1), au bord dorsal de l’encolure, au niveau des articulations des membres...
Ces suppurations locales peuvent être l’origine d accidents divers. En certaines régions, l’abcédation aboutit à la macération et à la nécrose des tissus (maux de garrot, d’encolure) ; en d autres, la tuméfaction détermine des accidents divers, dus àl occlusion des voies respiratoires (région parotidienne) ou à la compression des vaisseaux et des nerfs (encolure).
Une forme particulière, d’origine nettement traumatique, est décrite sous le nom de gourme de castration (2).
Les premiers symptômes se montrent quinze à trente jours après l’opération. L’animal est triste; l’appétit est diminué; la colonne vertébrale est voussée en contre-haut; les mouvements sont devenus pénibles. Dans la région du fourreau, apparaît un engorgement œdémateux, unilatéral ou bilatéral, qui augmente pendant les jours suivants. Au sein de l’œdème, se développent un ou plusieurs foyers purulents, constitués par une masse dure qui se ramollit rapidement. « La fluctuation se manifeste ordinairement dans l’aine, entre la face interne de la cuisse et la région testiculaire ; toujours le pus est de bonne nature et très abondant (cinq litres et plus). Ap rès l’ouverture de la poche, l’animal se trouve mieux pendant quelques jours, mais bientôt un nouvel engorgement apparaît qui aboutit à l’ouverture d’un nouvel abcès. » (Jouquan.) Ces abcès, développés dans le tissu cellulaire qui entoure le cordon, se succèdent ainsi plusieurs fois et l’évolution peut n’être complète qu'en quatre ou cinq semaines.
En outre de cette localisation, la suppuration s’établit encore dans l’épaisseur du cordon testiculaire. « L’engorgement du fourreau persiste alors pendant un long temps, sans que l'on puisse observer la fluctuation... Le malade s’émacie de plus en plus; il ne peut plus lever les membres postérieurs; l’appétit devient nul et la mort peut survenir... On est obligé de recourir aux ponctions
(1) Tukllt. — Du mal de garrot symptomatique. Revue vét., 1883, p. 553.
(2) Anginiard fils. — ])c la gourme se manifestant dans la région du fourreau après castration. Recueil de méd. vét., 1855, p. 899. — Jouquan. — La gourme de castration . Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1888, p. 485. — Reynal, en 1849, signale déjà la castration comme l’origine d’accidents traumatiques gourmeux.
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exploratrices pour être certain delà présence du pus, qui se trouve souvent à huit ou dix centimètres de profondeur, jusque dans la partie supérieure du canal inguinal. » (Jouquan.)
Les suppurations développées dans le bassin, notamment dans le tissu conjonctif péri-rectal, se traduisent par un ensemble de signes particuliers (1).
Les symptômesapparaissent subitement, pendant la convalescence de la gourme ; l’animal est triste ; il cesse de manger et souffre de coliques intermittentes. Après quelques jours, la défécation s’opère difficilement; le malade fait de fréquents efforts, accompagnés de plaintes; il ne rejette que quelques crottins petits et durs. A l’exploration rectale, on trouve, plus ou moins en avant, sous le sacrum, un tuméfaction globuleuse, rénitcntc, douloureuse, dans laquelle on perçoit bientôt de la fluctuation ; il existe en même temps de l’œdème péri-anal (Lardet, Le Berre). Ces signes se montrent seuls, ou en même temps que d’autres manifestations gourmeuses.
Des suppurations diffuses, développées dans la peau et dans le tissu conjonctif sous-cutané, sont observées en certains points, notamment au niveau de la tête et de l’encolure. Il existe, dès le début, une tuméfaction œdémateuse étendue à toute une région, suivie de l’évolution de nombreux foyers purulents, disséminés à la fois dans le derme cutané et dans le tissu conjonctif sous-jacent. Ces accidents se présentent, le plus souvent, au cours de la gourme catarrhale. Ils se terminent par la résolution ou par l’infection purulente.
Une forme différente consiste dans l’évolution rapide d’une inflammation érysipélateuse de la peau et du tissu sous-cutané, envahissant une partie ou la totalité de la tête et les régions de la parotide et du larynx. La peau, chaude au début, est considérablement épaissie et œdémateuse ; les saillies osseuses disparaissent; les yeux restent clos ; les naseaux sont en partie obstrués. L’animal prend un aspect monstrueux, analogue à ce que l’on observe dans certaines formes d’anasarque. Alors que l'infiltration est étendue, les animaux présentent des signes d’intoxication aiguë et ils succombent rapidement; en d’autres cas, il se produit des escarrifications cutanées (gourme charbonneuse); parfois enfin, les engorgements disparaissent graduellement.
Des lymphangites purulentes sont observées au cours de la
(1) Lardet. — Abcès du bassin. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1889, p. GO. — Le Berre. — Abcès de la région rectale, ld., 1889, p. 258.
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gourme, au niveau de la tête ou, plus exceptionnellement, sur les membres. Elles coïncident généralement avec l’abcédation des ganglions voisins. Des engorgements œdémateux, chauds, apparaissent au niveau du nez, des lèvres, des paupières ; la peau est tendue et infiltrée. En quelques jours, depetits abcès évoluent sur le trajet deslymphatiques; ils s’ouvrent en donnant un pus liquide, mal lié, mêlé de caillots fibrineux.
Appareil digestif. — En outre des inflammations fréquentes de la muqueuse de l’arrière-bouche et du pharynx, on rencontre des localisations multiples sur différents points de 1 appareil digestif.
Des abcès se développent dans le voile du palais, déterminant, dès le début, une tuméfaction considérable de la région, le rétrécissement de l’orifice et la difficulté de la déglutition. En certains cas, de petits abcès se forment isolément dans la membrane; en d’autres, il n’existe qu’un seul foyer, qui atteint jusqu’au volume d’un œuf de pigeon. Les lésions discrètes aboutissent à la résolution; les troubles de la déglutition peuvent persister pendant deux à trois semaines. Lors d’altérations graves, nécroses et suppurations persistantes, il arrive fréquemment que du pus et des parcelles alimentaires sont entraînés dans les bronches et déterminent une pneumonie par corps étrangers, toujours mortelle.
D’autres accidents siègent dans la même région, qui constituent des complications de lésions voisines. Pendant l’évolution des abcès de l’auge, et alors que la tuméfaction inflammatoire est considérable, il se produit un œdème de la langue parfois considérable. L'organe remplit complètement la cavité ; il déborde à la fois latéralement et entre les arcades incisives. Tout mouvement de déglutition est rendu impossible ; la salive s’écoule continuellement au dehors. Ces phénomènes alarmants disparaissent rapidement dès que les abcès de l’auge ont été ouverts. Les abcès profonds de l’auge peuvent encore s’ouvrir dans la bouche; il persiste alors une plaie fistuleuse qui, toujours souillée par des parcelles alimentaires, se cicatrise avec une extrême lenteur.
Dans les parois du pharynx (1), des suppurations sont observées sous différents types. Tantôt existent de nombreux petits foyers, disséminés dans la couche sous-muqueuse, tantôt un ou deux abcès volumineux se développent. Il existe dans tous les cas des signes de pharyngite intense, avec difficulté extrême ou impossibi-
(1) Thasbot. La gourme ou variole du cheval. Archives vêt., 1 8 7 U , P- 8G8. Dieckeiuioff. — Lehrbucli der Pathologie, t. I, 1888, p. 3G4.
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lité absolue de la déglutition. Dans les formes graves, l’inflammation s étend à la muqueuse du larynx et l’animal meurt asphyxié dès les premiers jours. Alors que les abcès sont peu nombreux et de laibles dimensions, la guérison est obtenue; dans le cas contraire, la mort arrive généralement, par asphyxie ou par infection purulente.
Les localisations abdominales de la gourme consistent en l’évolution de foyers de suppuration dans les parois de l’intestin, dans les mésentères, dans les ganglions, ou dans les parois de l’abdomen.
Les suppurations dans les parois de l'intestin sont relativement rares (1). Dieckerhoff a rencontré trois fois de petits abcès, du volume d’une fève ou d’une noix, dans la couche sous -muqueuse de l’iléum ou du jéjunum; Rohr signale la présence d’un foyer unique et volumineux du côlon flottant. L’évolution de ces accidents est généralement lente. Les premiers symptômes consistent en une diminution de l’appétit, devenu capricieux, irrégulier, et en un amaigrissement progressif, coïncidant avec une faiblesse croissante du malade. En même temps surviennent des coliques, d’abord légères et intermittentes, puis plus intenses et de plus en plus fréquentes. Dans une seconde période, on constate les signes de l’obstruction intestinale, principalement les coliques et le ballonnement.
Des abcès peu volumineux développés dans l’épaisseur de l’intestin ne provoquent que des accidents peu graves, et, s’ils s’ouvrent dans l’intérieur du canal, la guérison s’opère d’elle-même. Les foyers étendus provoquent l’obstruction de l’intestin et la mort, ou encore une péritonite purulente qui, d’abord localisée, se généralise rapidement. Enfin les collections purulentes s’ouvrent parfois dans le péritoine et la mort survient en quelques heures, par péritonisme. L’évolution est complète en deux semaines à trois mois.
En dehors de ces lésions propres de l’intestin, des abcès se développent dans la cavité abdominale, au niveau des (jonglions, des mésentères (2), ou dans le lissa conjonctif de certaines régions.
Les symptômes qui expriment ces localisations sont très vagues; on constate de l’amaigrissement ; l'appétit est faible et capricieux ; l'animal est faible, incapabled’un travail prolongé; les muqueuses pâlissent; la température subit des oscillations étendues (39-40,5). Les excréments rejetés sont petits, durs, coiffés par une couche épaisse de riiucus concrété ; le ventre est rétracté, douloureux ; la
(1) Dieckerhoff. — Lehrbuch der Pathologie , t. 1, 1888, p.3G7.— Rohr. — Complications abdotninales de la gourme. Recueil de méd. vét., 1892, p. 487.
(2) Verlinde. — Abcès gourmeux mésentériques. Annales de méd. vét., 1895, p. 84.
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percussion et la succussion du liane gauche provoquent la plainte. L’exploration rectale donne des indications utiles et très précises, en permettant de constater nettement la présence des abcès dans les régions accessibles. La terminaison est presque toujours fatale. Les petits abcès seuls sont capables de s’enkyster et deviennent inoffensifs ; très généralement, le foyer s’ouvre dans le péritoine et la mort s’ensuit. L’évolution s’opère ordinairement en deux et quatre semaines; dans quelques cas exceptionnels, la survie est de deux mois et plus.
Appareil respiratoire. — En outre des accidents signalés déjà au niveau du larynx, des suppurations s’établissent en divers points dans le voisinage de la trachée. Les abcès se développent sur le trajet cervical, dans le tissu conjonctif péri-trachéal, ou encore à l’entrée de la poitrine et au-dessus du canal. Rendus appréciables par la tuméfaction des régions, les foyers déterminent une compression et un écrasement de la trachée, décelés par un souffle inspiratoire et expiratoire. Si le pus ne peut être évacué prématurément par une intervention chirurgicale, des complications irrémédiables se produisent ; la suppuration s’étend facilement dans les plans cellulaires, pour atteindre la cavité thoracique; parfois aussi des accidents mortels sont provoqués par la compression et la macération des vaisseaux et des nerfs.
Les ganglions de la cavité thoracique sont envahis d’emblée ou secondairement, isolément ou en môme temps que les ganglions pharyngiens, pré-scapulaires et trachéaux. Le cornage est l’un des signes les plus constants; l’altération des ganglions bronchiques entraîne aussi, par compression de la base du cœur, du pouls veineux et de la réplétion des jugulaires. La mort est inévitable ; elle est le résultat de la compression des nerfs, de l’ulcération des parois d’un vaisseau ou de l’issue du pus dans les plèvres.
Dans le poumon , les suppurations évoluent sous la forme de foyers de broncho-pneumonie, du volume d’un pois à celui d’un œuf de poule; elles coïncident fréquemment avec la bronchite. Si les loyers sont nombreux et confluents, la gangrène du poumon ou la généralisation de l’infection sont également à craindre. En quelques cas, des foyers périphériques s’ouvrent dans la plèvre, provoquant une pleurésie purulente rapidement mortelle.
Système nerveux. — Les localisations de l’infection o-ourmeuse sur le système nerveux central sont très rares. Les suppurations se présentent sous la forme de foyers limités, développés dans les
GOURME
ventricules ou dans les méninges, aussi sous celle d’inflammations diffuses des méninges.
Les abcès siègent presque exclusivement au niveau des hémisphères cérébraux; la plupart des observations se rapportent à un foyer unique, exceptionnellement il existe des abcès disséminés dans les méninges (Siecheneder, Delamotte). Les symptômes, quelque peu différents. suivant la localisation et l’étendue du foyer, permettront le diagnostic, alors que les animaux présentent ou ont présenté antérieurement des accidents gourmeux.
Des suppurations diffuses des méninges rachidiennes ont été observées; elles sont exprimées par des paraplégies passagères, suivies de parésie persistante du train postérieur. La suppuration s’établit primitivement dans les méninges, ou bien elle est consécutive à la pénétration, dans le canal rachidien, de pus provenant de foyers développés dans le voisinage des corps vertébraux (Chauvrat, Perrey et Deysine).
Appareil locomoteur. — Les accidents sont signalés à la fois sur le système lymphatique, sur les séreuses synoviales et sur les os.
En outre des lymphangites et des adénites consécutives aux altérations des muqueuses, des suppurations s’établissent d’emblée dans le système lymphatique de certaines régions. Les adénites les plus fréquentes sont celles des ganglions sous-glossiens, pharyngiens, trachéaux, pré-scapulaires ; les lymphangites sont
observées de préférence sur la tète et sur les membres. Les symptômes présentés n'ont rien de particulier; la suppuration s’établit très vite; le pus, lors d’évolution régulière est jaunâtre, épais et crémeux. La cicatrisation des plaies consécutives à l’ouverture chirurgicale des abcès s’opère rapidement et, si l’orifice n’est pas maintenu béant, un second abcès se développe, dans la cavité déjà formée ou dans le voisinage.
Les séreuses articulaires ou tendineuses sont quelquefois affectées, au cours de la gourme catarrhale. En outre des synovites simples, d’apparence rhumatismale, qui constituent plutôt des complications delà maladie (V. Complications), on constate aussi des localisations articulaires de la plus haute gravité. Celles-ci sont précédées par des symptômes généraux graves; la fièvre est intense; la respiration est courte et fréquente; l’animal reste presque constamment couché; si on le force à se relever, il conserve une attitude qui se rapproche de celle qui est prise dans la fourbure aiguë. Les signes locaux qui apparaissent ensuite rendent le diagnostic facile.
SYMPTÔMES
La suppuration s’établit dans les synoviales ou dans le tissu conjonctif péri-articulaire et le malade succombe à la suite d’un décubitus prolongé ou à des complications viscérales.
Du côté des os, on observe quelques cas de périostite pendant la convalescence des catarrhes des muqueuses, notamment « au niveau du genou, du jarret et à la partie supérieure des canons; l'inllammation détermine une tuméfaction des extrémités articulaires, une infiltration sous-cutanée et un peu de gêne dans le jeu des articulations, mais pas de boiterie. » (Wiart.) Mauri a rencontré un cas de carie du maxillaire inférieur, due à l’envahissement du tissu spongieux par le streptocoque gourmeux.
§ 2. — Gourme septicémique.
Sous cette forme, la gourme présente des types évolutifs variés, qui peuvent être différenciés suivant qu’il existe ou non des localisations cliniquement appréciables. La présence ou l’absence de celles-ci étant évidemment liée à la rapidité de l’évolution, on peut distinguer un type sub-aigu et un type aigu.
a. Type sub-aigu. — ( Gourme hémorragique de Wiart.) — 11 est caractérisé par des accidents congestifs siégeant sur les téguments ou dans les parenchymes et aboutissant à la nécrose ou à l’hémorragie.
La gourme peut se manifester d’emblée sous cet aspect, mais, le plus souvent, elle revêt brusquement cette forme pendant le cours de la gourme catarrhale et vers le troisième septénaire. Les localisations les plus ordinaires portent sur la peau, les muqueuses, le poumon; d’autres sont observées aussi, sur l’intestin, dans les muscles ou dans les centres nerveux. En dehors des accidents cutanés, qui sont fréquemment associés à d’autres manifestations, les lésions sont ordinairement localisées sur un même appareil et elles peuvent être étudiées successivement.
Les caractères généraux de l’évolution sont identiques à ceux de la gourme purulente; « souvent les processus congestifs se manifestent par des poussées plus ou moins éloignées les unes des autres et annoncées par des exacerbations fébriles ». (Wiart.)
Accidents cutanés. — Sous une première forme, l’infection gourmeuse se traduit par un simple exanthème. La présence de ces altérations est depuis longtemps signalée; certains observateurs,
comme Gilbert, Dieterichs, Robinson, Traeger regardent même
1 éruption comme essentielle et ils font de la gourme une ma-
GOURME
ladie exanthémateuse. En ces dernières années, les caractères cliniques de cette forme ont été très complètement étudiés (Mégnin, Wiart, Joly...) (1).
Alors qu’il évolue isolément, l’exanthème gourmeux ne provoque que des symptômes généraux peu graves. Le début est marqué par une élévation thermique constante, étendue vers 39°-40°; il existe en même temps de la tristesse et de l’inappétence. L’éruption apparaît 24-48 heures après ces phénomènes initiaux ; elle est tantôt généralisée, tantôt localisée en divers points, à la face, aux épaules, aux flancs, à l’extrémité des membres. Sous la forme eczémateuse, elle consiste dans une éruption vésiculeuse, discrète ou confluente, étendue i\ certaines régions. Les dimensions des vésicules varient du diamètre d’un grain de mil à celui d’un grain de maïs; elles sont d’autant plus petites qu’elles sont plus nombreuses... Le plus souvent, il y a simple soulèvement épidermique, sans qu’il y ait formation d'un nodus inflammatoire. Dans d’autres cas, la vésicule est remplacée par une bulle, de la largeur moyenne d’une pièce de un franc, sorte de phlyctène qui se dessèche au bout de quelques jours en prenant une teinte grisâtre. L’éruption bulleuse est plus rare que la vésiculeuse et elle est presque toujours cantonnée sur une région très limitée. » (Wiart.) Au niveau des lésions se produit une exsudation, qui forme un enduit épais, poisseux, agglutinant les poils et donnant aux régions envahies un aspect caractéristique. Souvent aussi les poils tombent et laissent à nu de petites plaies superficielles.
Sur les muqueuses extérieures, les accidents analogues sont moins fréquents. Sur la pituitaire, on rencontre des plaques finement bourgeonneuses, recouvertes d’un enduit gris-jaunâtre adhérent. Une forme particulière estdécrite sous le nom d e, gourme coït ale (2). Les accidents apparaissent, chez la jument, quatre à sept jours après le coït infectant ; ils débutent par de la fièvre, de la tristesse et une diminution notable de l’appétit. Peu après, les lèvres de la vulve sont œdématiées ; par la commissure inférieure, s’échappe une sérosité jaunâtre, puis du muco-pus. « La muqueuse du vagin, de couleur rouge-sombre, est parsemée de petites plaques œdémateuses rapprochées les unes des autres. » (Lelard.)
(1) Wiart. — Affections gourme uses. Recueil sur l’hygiène et la méd. vêt. militaires, t. XIV, 1890, p. 883. — Humbert et Periiot. — Eczéma de nature gourmeuse. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1892, p. 199. — Ciiampetier. — Les maladies du jeune cheval, I vol., 1892, p. 56.
(2) Letard. — De la gourme coïlale. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1892, p. 420. — Jouquan. — Gourme coi taie et exanthème coïlal. I d. , id., p. 430.
SYMPTÔMES
Souvent, l’éruption cutanée est la seule manifestation qui exprime l’infection gourmeuse ; en d’autres cas, elle succède à d’autres localisations de la gourme purulente ou elle coïncide avec elles.
Des troubles cutanés, différents quant à leur expression clinique, sont encore observés, « principalement sur les sujets chez lesquels l’inflammation catarrhale des voies respiratoires se prolonge au delà des limites ordinaires, avec des alternatives d’amélioration et d’aggravation, quelquefois, mais plus rarement, dans la période de convalescence » (Wiart). Ils consistent en une éruption de tumeurs œdémateuses (èchauboulure gourmeuse de W iart), disséminées sur tout le tronc ou confluentes en certaines régions. Leur apparition est précédée d’une légère élévation de la température; après quelques heures, l’animal parait inquiet et l’on constate des tremblements partiels ; localement, la peauestsensible et un peu chaude. Les tumeurs se développent, en quelques heures, sur les épaules, les côtes, les cuisses, à la partie inférieure de la tète ; du diamètre d’une pièce de deux francs environ, elles sont œdémateuses, nettement circonscrites et aplaties ; exceptionnellement, elles se montrent sous la forme de boutons cordluents, hémisphériques, du volume d’une petite noisette. Presque toujours, il se produit plusieurs éruptions successives ; des tumeurs nouvelles apparaissent dans les régions primitivement envahies. Peu à peu, les élevures cutanées s’affaissent et disparaissent ; à leur niveau, persiste une légère exsudation séreuse sous-épidermique, qui se concrète en une croule superficielle. L’évolution est complète en 6-10 jours.
D’autres accidents sont observés, soit à la suite des précédents, soit d’emblée, au cours de l’infection ; il constituent ïanasarque gourmeuse (1). Le début est marqué par une hyperthermie de 1 à 2° et par «les engorgements, permanents ou intermittents, au niveau des articulations des membres. Les œdèmes
s’étendent rapidement; ils gagnent les lèvres et les ailes du nez, tandis que des pétéchies apparaissent sur la pituitaire. Les parties tuméfiées sont chaudes et douloureuses à l’exploration. Les symptômes du début s’aggravent par poussées successives; les battements du cœur sont violents et précipités; les œdèmes volumineux des membres rendent les mouvements impossibles ; ceux de la lace mettent obstacle à la préhension des aliments. La peau, distendue a 1 excès, est le siège d’un suintement séreux. Des crevasses apparaissent dans les plis articulaires du genou, du jarret et du
1 b Charon. De l annsarque sur les jeunes chevaux. Mémoires sur l’hygiène et la médecine vétérinaire militaires, t. VII, 1881, p. 848.
Nocard et Leclainche.
GOURME
paturon ; on voit se former des plaies bourgeonneuses et saignantes tandis que s’établissent des foyers de suppuration diffuse et des escarres gangreneuses. Sur la pituitaire, les pétéchies procèdent aussi par poussées successives; l’évolution est d’ailleurs la même que dans l’anasarque dite « essentielle » et les mêmes complications d’infection purulente et septique sont observées.
Pendant l’évolution de ces accidents cutanés des troubles viscéraux gourmeux peuvent survenir. La température remonte brusquement, vers 42°, et l’on constate bientôt les signes d’une localisation sur le poumon ou sur l’intestin.
Appareil digestif. — En dehors des altérations de la muqueuse du pharynx, qui coïncident avec celles des régions voisines, les déterminations gourmeuses cliniquement différenciées siègent à peu près exclusivement sur l’intestin. Elles se montrent au cours ou pendant la convalescence de la gourme purulente, associées ou non aux altérations cutanées.
Les lésions consistent en des foyers plus ou moins étendus de congestion, portant sur l’intestin grêle et compliqués assez fréquemment d’invagination. Les symptômes qui les expriment sont peu marqués ; il n’existe pas de réaction fébrile ; l'animal est triste, sans appétit; les muqueuses sont injectées ; la peau et les extrémités paraissent froides; on constate des coliques sourdes. Plus tard le corps se couvre d’une sueur froide et la mort survient, dans un état de prostration complète.
Appareil respiratoire. — En outre des accidents provoqués indirectement par l’œdème des premières voies, d’autres sont dus à des lésions primitives du poumon et des plèvres.
La congestion pulmonaire s’établit dès le début de la gourme ou à une période quelconque de la maladie. Lorsqu’elle se manifeste d’emblée, l’animal se montre soudainement inquiet, abattu ; il se tient a bout de longe; le corpsest agité par des tremblements partiels ou généraux. Les symptômes locaux sont identiques à ceux de la congestion à frigore. La marche est toujours rapide; lors d’une intervention prompte et énergique, la guérison est possible; mais, le plus souvent, on n'observe qu'une rémission passagère; de nouvelles poussées de congestion surviennent et le malade succombe à l’asphyxie.
La pneumonie lobaire succède à la congestion pulmonaire ou à la broncho-pneumonie purulente ; elle évolue isolément ou en même temps que la pleurésie et la péricardite. J antôt le malade succombe dès le début de l’hépatisation, tantôt il résiste plus longtemps elles
SYMPTÔMES
symptômes observés se rapprochent de ceux de la broncho-pneumonie déjà décrite. La terminaison par la suppuration ou par la gangrène est la plus ordinaire. Alors que la résolution est obtenue, certaines lésions persistent sous une forme atténuée; la guérison, toujours lente, est rarement complète.
Séreuses. — Des accidents, primitifs ou consécutifs, portent sur les séreuses splanchniques ou sur les synoviales.
Pleurésie. — L’inflammation de la plèvre est la plus fréquente ; elle accompagne souvent la pneumonie ; en d’autres cas, elle coexiste avec la péricardite; enfin elle se manifeste aussi isolément.
La période initiale de la pleurésie gourmeuse est décelée par « la sensibilité de la paroi thoracique, la plainte, la raideur du corps, la résistance opposée aux déplacements latéraux, la brièveté et la rapidité du rythme respiratoire » (Wiart) et par des frémissements despeauciers thoraciques; les muqueuses sont plus injectées et la température plus élevée que dans la pleurésie franche. La localisation des lésions apporte encore certaines modifications dans l’expression; lorsque la pleurésie est diaphragmatique, la respiration est exclusivement costale et les mouvements du liane sont presque imperceptibles. Dans une seconde période, « le bruit tubaire apparaît, succédant au frottement pleurétique. Ce bruit n’existe d’abord que d’un seul côté, aussi croit-on avoir affaire à une pneumonie, mais plus tard, lorsque les points de matité et le souffle bronchique se trouvent sur le même niveau, il n’y a plus de doute possible et l’on suit l’évolution jour par jour.
« La pleurésie gourmeuse primitive a une marche lente et insidieuse. Lorsque, après une poussée congestive sur la muqueuse des voies respiratoires, l’écoulement nasal, sans être abondant, continue pendant des semaines et même des mois, quand la fièvre persiste et avec elle l’inappétence, la tristesse, la sécheresse de la peau et le redressement des poils, le refroidissement des extrémités, la petitesse et la fréquence du pouls, on doit craindre la pleurésie, même en l’absence de signes particuliers du côté de la poitrine. Dans bien des cas, l’inflammation de la plèvre reste sourde et localisée sur la région diaphragmatique; puis, sous l’influence d’une cause occasionnelle quelconque, une nouvelle poussée se manifeste, plus violente que la première, et l’animal est emporté en quelques jours par un épanchement considérable. » (Wiart.)
La pleurésie qui accompagne la congestion pulmonaire est plus nettement hémorragique et ses manifestations sont différentes. La douleur des parois thoraciques est peu marquée; l’exsudation, abon-
GOURME
dante et rapide, provoque de l’oppression, de l’anxiété et de la discordance des mouvements du liane. Les épanchements abondants coïncident avec des lésions de même ordre sur le péricarde et parlois sur le péritoine. La résorption est possible alors seulement que l’épanchement est modéré. Lors d’inllammation intense, la mort survient en 24-48 heures, par gangrène, ou encore, en quelques heures, par hémorragie.
Péricardite. — La péricardite gourmeuse exsudative est une localisation rare (4 cas sur 1000 observations ; Wiart); elle accompagne généralement la pleurésie aiguë ou la pleuro-pneumonie. Les symptômes sont ceux de la péricardite aiguë simple.
La péricardite hémorragique accompagne la pleurésie de même type. Aux symptômes de celle-ci s’ajoute l’extrême difficulté de la circulation. L’évolution est toujours rapide.
Péritonite. — Elle coïncide avec les altérations des viscères abdominaux (péritonites viscérales) ou avec d’autres localisations sur les séreuses. Les troubles qui l’expriment sont analogues à ceux des péritonites aiguës d’origine différente.
Synovites et arthrites. — Les séreuses articulaires et tendineuses sont quelquefois affectées, soit au cours de la gourme catarrhale, soit encore pendant la convalescence des accidents thoraciques. Les accidents consistent en une inflammation exsudative, sans suppuration. Les synoviales le plus ordinairement atteintes sont les gaînes grande et petite sésamoïdienne, les gaines articulaires du jarret, du grasset, de l’épaule, du boulet, les gaines carpienne et tarsienne, aussi, mais plus rarement, les synoviales des extenseurs antérieur et latéral des phalanges et celle du coracoradial.
Les séreuses sont frappées simultanément ou successivement et sans ordre déterminé. Le début, toujours brusque, est accompagné d’un état fébrile. L’évolution est variable à la fois suivant le siège et l’intensité du processus; les rechutes sont à craindre et, pour une même synoviale, la résolution n’est souvent définitive qu’en cinq ou six semaines.
Des engorgements persistent en quelques cas, notamment au niveau de la gaine articulaire du jarret.
b. Type aigu (1). — Les accidents éclatent au cours de la gourme purulente, souvent pendant la période de convalescence. L’évolution est identique à celle des septicémies à marche rapide.
(1) Bigoteau. — Notes sur l'élude clinique de la gourme. — Revue vétérinaire, 1893, p. 513.
SYMPTÔMES
« Le début est brusque; l’animal tombe en quelques heures dans un état de prostration complète; il reste debout, immobile, les yeux fixes et hagards et refuse toute nourriture. La marche est mal assurée, titubante. Les muqueuses ont une teinte cyanosée; il existe parfois des ecchymoses sur la conjonctive. Les mouvements du cœur sont précipités et violents ; le pouls est petit et vite. La respiration est accélérée (jusqu’à 45 respirations par minute). La température oscille entre 39°, 5 et 41°.
« La guérison est exceptionnelle; les malades succombent en deux à cinq jours, par asphyxie semble-t-il. » (Bigoteau.)
Marche. — Complications. — Pronostic. — La diversité des aspects cliniques de l’infection ne donne qu une idée insuffisante des variations observées dans la marche de la maladie. Non seulement les multiples localisations se trouvent associées suivant tous les modes, mais les divers types évolutifs se succèdent sur un môme malade et des accidents persistants sont rencontrés chez certains.
La gourme purulente est exprimée, habituellement, par l’inflammation catarrhale de la muqueuse des premières voies respiratoires et digestives ; elle se termine, après deux ou trois semaines, par la formation d’abcès dans les ganglions de l'auge ou dans des régions plus ou moins éloignées. Sous cette forme, la maladie est ordinairement bénigne et la guérison est assurée en 20-30 jours; parfois aussi, des poussées successives sont observées et la résolution n’est complète qu’après deux mois et plus. Des complications résultent des troubles provoqués par certaines localisations des suppurations; la compression du larynx, de la trachée ou des nerfs entraîne l’asphyxie; la gêne de la déglutition aboutit à la chute de parcelles alimentaires dans la trachée, suivie d’une pneumonie par corps étrangers rapidement mortelle.
L’envahissement des bronches et du poumon, primitif ou secondaire, est toujours alarmant; l’évolution d’abcès dans les ganglions de la cavité thoracique ou dans le poumon, les poussées de congestion sur le poumon ou sur la plèvre, les complications de gangrène ou d’infection purulente sont également redoutables.
Dès que les accidents tendent à persister pendant deux ou trois mois, une autrecomplication grave est à craindre. 11 résulte des statistiques de Charon que les chevaux affectés de bronchite chronique gourmeuse deviennent corneurs dans la proportion de 23 : 100;
1 angine chronique fournit 15 : 100 de corneurs. Dans les mômes conditions, Wiart trouve une proportion de 25 : 100 des malades.
GOURME
La gourme septicémique est plus grave, quant à ses conséquences immédiates, que la gourme purulente. Les accidents congestifs viscéraux tuent souvent les malades dès les premières périodes et la tendance aux récidives successives est encore plus marquée que dans la forme précédente. Alors que les animaux survivent, ces atteintes les laissent dans un état de faiblesse qui les rend inutilisables pendant plusieurs mois.
Rien ne peut faire prévoir la marche de l’infection. Un animal affecté d’un catarrhe respiratoire d’apparence bénigne, présentera, au cours de l’évolution, des suppurations cavitaires fatalement mortelles, ou bien il succombera à des poussées congestives sur les viscères. Tel autre, qui n’aura montré que des accidents éruptifs insignifiants ou un catarrhe sans gravité, succombera, plusieurs semaines après le début de l’infection, à une atteinte foudroyante de gourme septicémique.
Certaines formes laissent après elles des lésions persistantes. Le catarrhe respiratoire est entretenu, chez quelques malades, pendant plusieurs mois, avec des alternatives d’aggravation et d’amélioration ( gourme chronique). Tantôt la guérison est obtenue, tantôt des complications diverses surviennent (abcès périphériques, exanthème, synovites, gangrène du poumon). Les lésions du poumon, des plèvres et plus souvent les altérations de l’intestin tendent aussi à persister en certains cas. Pendant l’évolution de ces accidents chroniques, il se produit des hémorragies passives sur les muqueuses (épistaxis), dans les cavités (péritoine, plèvres, méninges) ou dans les parenchymes.
Chez quelques animaux, on constate, des troubles consécutifs exprimés par un état d’anémie progressive, aboutissant à la cachexie et à la mort. Il existe parfois de la leucocylhémie, avec tuméfaction de tous les organes lymphoïdes; en d’autres cas, on note seulement delà faiblesse générale, de la polyurie, des œdèmes dans les parties déclives et des hydropisies passives dans les séreuses. La mort survient à la suite de troubles cardiaques, d hémorragie interne, ou par épuisement organique. Des lésions sont observées dans divers parenchymes ; on rencontre des dégénérescences amyloïdes du foie et des reins, de la dégénérescence cireuse étendue à certains groupes musculaires et, presque constamment, des myocardites parenchymateuses ou interstitielles.
La gourme est une affection des plus redoutables. Si le taux de la mortalité générale est peu élevé (1-5 p. 100), la maladie laisse souvent les animaux amoindris pour longtemps ou tarés définiti-
LÉSIONS
vement par quelque lésion persistante. La complication possible de cornage, la présence de lésions articulaires ou osseuses aggravent encore le pronostic général.
Chez un animal affecté, il convient de réserver tout jugement sur révolution probable de la maladie; il faut aussi prévoir la possibilité de rechutes successives, jusque dans les dernières périodes de la convalescence. La marche de la température (1) donne des indications pronostiques assez précises ; une élévation rapide, avec maintien à 41° pendant plusieurs jours, traduit un état très grave; si l’ascension continue, môme lentement, vers 42°, la mort est imminente : une chute rapide de la température, au-dessous de la normale, présage également une mort prochaine. S il existe une discordance marquée entre les indications du thermomètre et 1 état du pouls, des complications sont à redouter.
La signification des manifestations thermiques n’est évidemment pas absolue; on devra tenir compte, par exemple, de l’hyperthcrmie provoquée par le simple développement d’un abcès en des régions où elle provoque une douleur vive. L’état général des malades est aussi profondément modifié par certaines localisations peu graves en réalité.
IL — Lésions.
La gourme évolue anatomiquement sous deux formes distinctes; dansl'une (gourme purulente), il s’opère, dans les milieux lymphatiques, des cultures locales exprimées par des suppurations ; dans la seconde (gourme septicémique), le streptocoque semble cultiver à peu près exclusivement dans le sang et produire des accidents d’intoxication, locale (congestions...) ou générale (toxicohémie), à évolution rapide.
§ 1. — Gourme purulente.
a. Gourme catarrhale. — Les muqueuses enflammées, recouvertes par un exsudât catarrhal, présentent une congestion d'intensité variable, accompagnée d’un œdème lymphatique sous-muqueux; toutes les parties sont infiltrées par de nombreuses cellules migratilcs et par de courts streptocoques. Au niveau des sinus et des poches gutturales la muqueuse, fortement vascularisée, prend un
(1; Humbert. Essai sur la marche de la température dans les principales manifestations de la gourme. Mémoires de la Soc. centr. de méd. vét., t. IX, p. 227.
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aspect tomenteux; le contenu est formé, lors de lésions récentes, d’un liquide trouble, de couleur safranée, renfermant des caillots fibrineux; à une période plus avancée, l’exsudât est épais, grumeleux et nettement purulent. La muqueuse des bronches est épaissie, recouverte de muco-pus et les petits canaux sont entièrement obstrués.
Lors de broncho-pneumonie , le poumon, congestionné, présente des foyers d’hépatisation lobaire ou lobulaire; parfois on trouve, dans les masses hépatisées, un ou plusieurs foyers renfermant un pus grumeleux jaune ou rougeâtre. En outre on rencontre, surajoutées, des lésions de congestion généralisée, de gangrène ou de suppuration étendue. Chez les animaux qui ont succombé à des manifestations chroniques, il existe de la pneumonie interstitielle, accompagnée de bronchiectasie et d’emphysème.
b. Suppurations gourmeuses. — Dans le tissu conjonctif souscutané, les lésions se présentent sous forme d’abcès ou de suppurations diffuses qui gagnent les interstices musculaires et provoquent la nécrose des tissus.
Au niveau de la tète et du cou, on constate la présence de très nombreux foyers purulents, disséminés dans le tissu conjonctif œdématié. Ces abcès n’ont que peu de tendance à s’ouvrir au dehors et ils sont parfois l’origine de l’infection purulente.
Des accidents de même ordre sont rencontrés dans le tissu conjonctif péri-rectal et autour du cordon testiculaire (gourme de castration).
Des lymphangites purulentes s’étendent à diverses régions; en outre des altérations inflammatoires communes aux diverses formes, des abcès évoluent dans les vaisseaux etdans les ganglions voisins.
Sur l’appareil digestif des localisations gourmeuses sont rencontrées en tous les points. Des abcès multiples envahissent la couche sous-muqueuse du pharynx ; du volume d’un pois à celui d’une noisette, ils renferment un pus épais, crémeux ou caséeux. Des foyers plus volumineux se développent dans le tissu conjonctif rétro-pharyngien et dans les ganglions de la même région.
Dans la cavité abdominale, les altérations les plus ordinaires consistent en la présence d’abcès dans les ganglions de l’intestin ou mésentériques. Le volume des tumeurs est parfois considérable; certaines renferment plus d’un litre de pus. Des collections purulentes se rencontrent encore dans les parois de Yestomac ou de l'intestin, entre les lames des mésentères et dans le tissu cellir
laire sous-péritonéal. Lors d’évolution lente, il se produit, au voisinage des foyers, du tissu cicatriciel, qui enkyste profondément les abcès, ou des néo-membranes qui soudent entre eux les territoires correspondants de la séreuse.
Des abcès se développent encore dans le foie, dans la rate, dans les reins.
Les localisations sur l’appareil respiratoire portent principalement sur les organes thoraciques. Les suppurations s’établissent de préférence dans les ganglions du médiastin ou dans les ganglions bronchiques; ceux-ci atteignent jusqu’au volume de la tête d’un homme. Les ganglions pré-scapulaires et trachéaux, le tissu conjonctif péri-trachéal sont le siège d’abcès ou de suppurations diffuses. Dans le poumon, on rencontre des loyers disséminés, entourés d’une zone d’hépatisation (pneumonie lobulaire purulente). Avec ces lésions coexistent des pleurésies locales, ou des inflammations diffuses consécutives à l’issue du pus dans les plèvres. Souvent aussi l’on rencontre des lésions superposées de congestion ou de gangrène du poumon.
Le myocarde est quelquefois envahi par les suppurations ; des abcès siègent dans les parois ventriculaires et dans la cloison interventriculaire.
Dans le cerveau et la moelle on note des abcès ou des suppurations diffuses des méninges.
Les localisations articulaires sont exprimées par des arthrites ou, plus ordinairement, par des péri-arthrifes suppurées.
Dans les os, les lésions sont identiques à celles de la carie.
§ 2. — Gourme septicémique.
a. Type sub-aigu. — Les altérations portent sur toutes les parties de l’organisme; elle affectent partout le même caractère de congestions actives qui aboutissent, suivant le siège et l’intensité du processus, à Y exsudation séreuse, à Y hémorragie et à la gangrène.
Les lésions cutanées ne sont que très incomplètement connues dans leur forme anatomique. Sous un premier type, on observe des accidents dus à une exsudation dans les parties superficielles du derme. Il se produit des plaques de desquamation épidermique (eczéma gourmeux) ou des soulèvements épidermiques sous la forme de papules et de vésicules. Sur les muqueuses, des accidents de même ordre sont rencontrés; ils se traduisent par des
GOURME
pétéchies, des desquamations épithéliales et des hémorragies superficielles.
Un second mode d’évolution consiste en la présence de tumeurs cutanées, disséminées ou confluentes. Les altérations sont nettement hémorragiques ; au niveau des foyers, le tissu cellulaire sous-cutané est distendu par du sang épanché, coagulé, et par le sérum qui infiltre la trame celluleuse. En certaines régions, alors que les accidents sont étendus, des hémorragies siègent encore dans les interstices musculaires et dans les gaines vasculaires. Sur les muqueuses, ces hémorragies se rencontrent principalement au niveau de l’arrière-bouche, sur le larynx et le pharynx; la muqueuse, épaissie, a une couleur rouge-brun ; sur une coupe, le tissu cellulaire sous-muqueux se montre distendu par un exsudât hémorragique qui infiltre les tissus voisins.
Sous une troisième forme, les altérations aboutissent d’emblée à la formation d’escarres sur la peau ou sur les muqueuses. « Sur le tégument externe, on rencontre, en divers points, des plaques gangreneuses qui, sur les membres, dépassent parfois en étendue la largeur de la main ; en d’autres points, les lésions sont disposées en traînées allongées, sinueuses et plus ou moins larges. Parfois, on trouve, au milieu d’une région envahie par la gangrène, des îlots de peau conservée intacte... Si l’on pratique une incision dans l’épaisseur des plaques gangreneuses, on constate que la peau et le tissu cellulaire sous-cutané ont une teinte violacée, brunâtre ou livide et sont imprégnés de sang ou de sérosité sanguinolente. » (Wiart.) Des lésions identiques existent sur les muqueuses. La pituitaire montre des pétéchies ou des nappes hémorragiques, qui s’éliminent en mettant à nu une surface couverte de fines granulations de teinte rouge-vif.
Sur l’appareil digestif, les lésions portent sur Y estomac et sur Y intestin. Rarement les autres viscères de la cavité abdominale et le péritoine pariétal sont affectés. « Les accidents se présentent sous forme d’ecchymoses, de suffusions sanguines, d’extravasats sanguins plus ou moins étendus et de plaies ulcéreuses. Sur certains sujets, ces altérations sont réunies sur l’un ou l’autre intestin, à l’exclusion des autres parties, et alors elles ont des caractères assez analogues à ceux de l’entérite hémorragique. Plus circonscrites, elles forment des plaques à contours irréguliers, sur lesquelles la muqueuse, noirâtre ou brun chocolat, est en voie de mortification. Après l’élimination des escarres, on trouve des plaies à bords taillés à pic et à fond bourgeonneux et rouge-foncé. » (Wiart.)
LÉSIONS
Avec ces altérations coexistent fréquemment des invaginations, dues à la pénétration d'une portion hémorragique et paralysée de l’intestin dans la partie voisine.
Sur le poumon , les localisations hémorragiques gourmeuses sont exprimées par des congestions lobaires d’étendue variable. Les parties atteintes sont nettement hépatisées ; le sang épanché remplit les cavités alvéolaires ; il dissèque le tissu interlobulaire et les gaines conjonctives qui entourent les vaisseaux et les bronches. Si les malades résistent, il se produit des nécroses lobulaires ou lobaires, dues aux oblitérations vasculaires. L’évolution est toujours compliquée delà suppuration etdela gangrène, consécutives a la culture dans le tissu anémié de germes accidentellement introduits.
Les séreuses sont assez fréquemment altérées. La plèvre est le siège de congestions qui accompagnent les localisations pulmonaires de même type. La séreuse est couverte d’ecchymoses, ses vaisseaux sont distendus. Il existe un épanchement, constitué par une sérosité sanguinolente ou par une véritable hémorragie. Le sang coagulé remplit une partie des cavités et il distend les mailles du médiastin. Sur le péricarde , on rencontre des accidents de même ordre; l’exsudât est généralement constitué par une sérosité rosée, en partie coagulée. Le péiûloine montre des altérations limitées au niveau des parties congestionnées de l’intestin; rarement le feuillet pariétal est atteint. Il existe encore un exsudât séro-hémorragique ou une masse de sang épanché et coagulé.
Les séreuses articulaires renferment une sérosité sanguinolente, liquide ou coagulée. Les synoviales tendineuses sont aussi le siège d’altérations persistantes. Un tissu de bourgeons charnus recouvre la membrane et une soudure complète s’établit entre les feuillets, qui accole les tendons entre eux et avec les parois de la gaine.
Des lésions musculaires sont constatées dans la gourme hémorragique. Le plus souvent, elles se présentent en foyers limités, noyés dans la profondeur des muscles et inappréciables pendant la vie. L’épanchement dissèque les faisceaux musculaires et la région prend, sur la coupe, un aspect « truffé » caractéristique. Les fibres musculaires emprisonnées dans l’exsudât sont décolorées, friables et en voie de dégénérescence. Ces accidents sont observés dans toutes les régions. Dans la langue , les hémorragies se traduisent par une augmentation considérable dans le volume de l’organe qui a perdu sa mobilité.
Dans les centres nerveux , on rencontre des épanchements sé-
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reux dans les ventricules et dans l’arachnoïde, ainsi que des hémorragies dans les méninges et dans les ventricules cérébraux. (Wiart.)
b. Type aigu. — Les lésions, à peine étudiées, semblent être analogues à celles des septicémies à évolution rapide ; elles ressemblent beaucoup à celles de la fièvre charbonneuse.
On ne trouve dans les parenchymes que des congestions disséminées. Le sang est noir, poisseux, incoagulé; il renferme le streptocoque spécifique.