Lésions
S 1. — liovidén.
fous les organes sont susceptibles d’être envahis parles tubercules. Dans la plupart des cas, les lésions restent limitées soit à un seul organe (poumon, foie...), soit à une même région (cavité thoracique...); dans d’autres, elles sont étendues en divers points, dans un même tissu (séreuses, ganglions...) ou dans des milieux différents (poumon et mamelle...).
Tous les modes de l’envahissement se trouvent associés suivant les types les plus divers et il est difficile d’établir une distinction anatomique valable entre les tuberculoses locales et la tuberculose généralisée. D’autre part, le mécanisme de l’infection est trop peu connu pour qu’une classification basée sur la pathogénie soit actuellement possible. La division la plus rationnelle est celle qui a été proposée par Ostertag (1); nous la retenons ici, dans le seul but de faciliter l’étude de la répartition des lésions.
« La tuberculose est dite locale : 1° lorsque le péritoine ou la plèvre avec les ganglions correspondants sont seuls atteints; 2° quand un ou plusieurs organes d’une même cavité et la séreuse qui les revêt sont envahis (ainsi le poumon et la plèvre, l’intestin ou l’utérus et le péritoine, 1 intestin, le foie et l’utérus avec le péritoine...); 3° quand * un ou plusieurs viscères abdominaux sont atteints en même temps que la plèvre.
» La tuberculose est généralisée : 1° lorsqu’en outre des lésions de la plèvre ou du péritoine, ou des deux séreuses à la fois, il existe des tubercules miliaires dans un organe, le poumon par exemple;
2° lorsqu’en outre de l’envahissement des deux séreuses il existe
(1) Osteutag; — OertUche und a/lgemeine Tuberculose. Archiv fur Thierheilk., t. XIV, 1888, p. 257.
LÉSIONS
<les foyers emboliques dans plus d’un organe, par exemple dans Te poumon et le foie, le poumon et 1 utérus, etc... »
11 résulte de statistiques portant sur plus de 43000 cas de tuberculose bovine que la fréquence relative des diverses i ormes est la suivante :
Tuberculose généralisée. 10," p. lOOdescas. Dans une cavité * ~ P- 100 descas.
Dans un organe 50 p. 100 — Dans plusieurs cavités . . 19, 5p. 100
Le poumon esl envahi dans les trois quarts des cas; la plèvre, dans plus de la moitié ; le péritoine, dans la moitié environ ; les ganglions bronchiques, dans les trois cinquièmes et la rate dans les deux cinquièmes.
Lors de tuberculose généralisée, les altérations sont réparties ainsi qu’il suit (Ostertag) :
Poumon 100 p. 100
Séreuses 90 p. 100
Foie 85 p. 100
Tube digestif 00 p. 100
Rate 50 p. 100
Reins 80 p. 100
Os 5 p. 100
Liiez la vache :
Utérus. .
Mamelle Ovaire. .
Encore que constituées essentiellement par un même processus, le tubercule, les lésions affectent de multiples aspects et elles doivent être succcssivemcntétudiées dans les divers milieux envahis.
a. Poumon. — L’aspect du poumon tuberculeux varie suivant le den ré d’étendue et d’ancienneté des lésions.
En règle générale, le poumon tuberculeux est volumineux et lourd ; il ne s’affaisse qu 'incomplètement ; son poids peut atteindre vingt, trente kilos et plus: sa surface est bosselée; au niveau des saillies, la plèvre est épaissie, parfois recouverte de végétations fibrineuses ou de néoformations fibreuses. Les bosselures, irrégulières, arrondies, de dimensions très variables, sont des agglomérations de lésions tuberculeuses. Elles sont parfois dures, résistantes, criant sous l’instrument tranchant; sur la coupe, leur tissu, de couleur jaune, est rugueux au toucher, ramolli çà et là. avec des grains durs dans la substance caséeuse qui s’écrase entre les doigts; parfois, au contraire, elles sont plus ou moins obscurément fluctuantes ; leur incision donne issue à une matière épaisse, jaune, grumeleuse, semblable à du mortier; ce sont des
TUBERCULOSE
amas de tubercules qui ont subi, à des degrés divers, les dégéné-> rescences caséeuse et calcaire.
Le plus souvent, ces productions sont entourées d’un tissu pulmonaire sain, qui a conservé sa coloration rosée, sa souplesse, son élasticité et sa ténacité normales ; parfois, elles ont provoqué autour d’elles une véritable hépatisation ; parfois enlin. elles sont comme séquestrées au centre d'une zone plus ou moins épaisse de tissu sclérosé, libreux, blanc, très résistant; dans ce dernier cas, la lésion tuberculeuse proprement dite, dure ou ramollie, est toujours peu étendue.
Entre les grosses tumeurs, sous la plèvre ou dans l’épaisseur du parenchyme hépatisé ou perméable, on trouve ordinairement des tubercules miliaires, qui constituent la lésion la plus caractéristique de la maladie. Même à l’œil nu, l’aspect du tubercule permet de juger approximativement de son âge; tout récent, c’est une petite nodosité arrondie, à demi transparente, grisâtre, homogène dans toute son étendue, du volume d’un grain de mil. avec une légère aréole inflammatoire à la périphérie; c’est la granulation grise de Laënnec; on ne la voit guère que chez les animaux sacrifiés au cours de la généralisation du mal. Un peu plus tard, on distingue au centre de la petite masse grise et translucide, encore aréolée de rouge, un point opaque, de couleur blanc-jaunâtre; peu à peu, ce point augmente d’étendue, à mesure que le tubercule augmente de volume, et que ses parties périphériques, se densifiant graduellement, constituent une sorte de membrane fibreuse, plus ou moins épaisse et résistante ; c’est le tubercule cru de Laënnec. Chez les bovidés, la matière centrale opaque, jaunâtre, caséeuse, s’infiltre toujours très rapidement de sels calcaires. Rarement les tubercules demeurent isolés ; le plus souvent, au voisinage immédiat du nodule primitif, il s’en développe bientôt d’autres, qui peuvent être englobés avec le premier dans une coque fibreuse unique, empruntée au tissu conjonctif du parenchyme.
On trouve ainsi des agglomérats de tubercules de toutes dimensions ; lorsque la maladie est ancienne, beaucoup sont ramollis et transformés en de véritables abcès tuberculeux â paroi fibreuse, épaisse, à pus grumeleux, jaunâtre ou verdâtre, parfois très visqueux. Tant que ces abcès sont clos, leur contenu échappe à la fermentation et reste inodore ; mais ils peuvent ulcérer la paroi d’une grosse bronche, s’y vider en partie et constituer ainsi une caverne, dont le contenu exhale une odeur fétide.
La paroi des abcès ou des cavernes tuberculeuses est anfrac-
LESIONS. .
tueuse et bourgeonnante ; la cavité est souvent traversée par des brides plus ou moins épaisses et résistanles, toujours revêtues de bourgeons charnus. Ces travées ne sont autre chose que des rameaux artériels ou veineux, ou encore les grosses bronches du territoire pulmonaire envahi par la lésion tuberculeuse.
Il n’est pas absolument rare de trouver le poumon farci de nodules arrondis, du volume d’une noisette à celui d une noix, de couleur blanc sale, de consistance ferme et homogène dans toute leur épaisseur, sans ramollissement central; ce sont les tubercules fibreux des vieux auteurs, observés plus fréquemment chez le cheval.
On peut aussi rencontrer des foyers de pneumonie caséeuse r de dimensions variables, de teinte gris-ardoisé ou jaunâtre, qui se développent de préférence dans le lobe antérieur du poumon et qui subissent très rapidement la fonte purulente ou caséeuse; parfois le lobe est comme solidifié en bloc; il présente, sur la coupe, l’aspect et la consistance du fromage de Roquefort. La masse compacte,, grise, est parsemée de cavités irrégulières, anfractueuses, plus ou moins remplies de muco-pus ordinairement fétide; ces cavités résultent de la dilatation des petites bronches ou des bronchioles terminales.
Parfois, au contraire, ce lobe antérieur du poumon apparaît en tout ou partie affaissé, de couleur rouge-violacé; ce n’est pas de l’hépatisation, pas même de la splénisation, c’est simplement de l’engouement; le tissu, gorgé de sang, est devenu inaccessible à l’air inspiré, par suite de l’obstruction de son rameau bronchique principal. On peut aussi, grâce à la transparence de la séreuse, constater que tel ou tel lobule de la région engouée est envahi par de petites nodosités arrondies, de couleur blanc-jaunâtre, de consistance molle, disposées en forme de grappe le long de la bronchiole qui dessertie lobule; ces nodules fluctuants sont en réalité de petites dilatations bronchiques, pleines d’un muco-pus jaunâtre extrêmement visqueux.
L’étude histologique montre que le foyer tuberculeux primitif (; granulation grise) est constitué par une accumulation de cellules lymphatiques dans le tissu conjonctif inter-alvéolaire. Très généralement, plusieurs foyers évoluent dans un même point, pour se confondre à une période plus ou moins avancée de leur évolution.
Chez le bœuf, la dégénérescence des follicules tuberculeux s opère rapidement; les cellules comprises dans les parties centrales se rapetissent, leur noyau se fragmente et elles sont