III. — Diagnostic
§ I. — Diagnostic sur l’animal vivant.
ci. Bovidés. — L’étude des symptômes de la tuberculose bovine permet de prévoir toutes les difficultés du diagnostic clinique. Si certaines formes peuvent être reconnues sûrement, beaucoup d’autres seront au contraire soupçonnées seulement ou resteront complètement méconnues. Par contre, d’autres méthodes de diagnostic sont actuellement connues qui permettront de suppléer aux incertitudes des données cliniques; l’examen histologique et l’inoculation des produits pathologiques, f utilisation des propriétés révélatrices de la tuberculine constituent des modes à la fois pratiques et sûrs du diagnostic expérimental.
I. — Diagnostic clinique. — Dans les nombreuses régions où la tuberculose est enzootique, et surtout dans les étables infectées, la maladie devra être systématiquement recherchée alors que des accidents chroniques sont observés dont la nature n’apparaît pas évidente. Même en l’absence de troubles nettement définis, la suspicion seralégitimeà l’égard des adultes qui maigrissent sans cause appréciable ou qui se montrent « durs à l’engraissement » ; l’infection sera plus probable encore chez les jeunes animaux qui restent maigres, avec « un mauvais poil », et dont la croissance est retardée.
Dans les mêmes conditions, les premiers signes seront facilement interprétés; la toux, la nymphomanie chez les vaches, le mauvais état des poils, l'essoufflement pendant le travail... sont autant d’indications précieuses. La présence de tuméfactions des ganglions rétro-pharyngiens, sous-glossiens, parotidiens.., possède une signification plus précise encore, qui devient presque absolue alors qu elle coïncide avec un mauvais état vénérai.
TUBERCULOSE
Le diagnostic des diverses localisations comporte d’ailleurs des indications spéciales à chacune d’elles.
1. Tuberculose thoracique. — La toux persistante, quinteuse, sifflante, constitue l’un des premiers signes. Dès que les lésions pulmonaires et pleurales sont étendues, l’auscultation donne quelques indications; la constatation du frottement pleural, la rudesse du murmure respiratoire, la présence de râles sibilants tendent à préciser le diagnostic. A une période plus avancée encore, les signes locaux deviennent plus évidents : la toux, le jetage, la sub-matité à la percussion, les râles bronchiques à l’auscultation fournissent des indications suffisantes.
Il n’est cependant aucun de ces symptômes qui possède une valeur diagnostique absolue et le diagnostic différentiel présente de réelles difficultés. Parmi les altérations qui simulent de plus près la tuberculose thoracique figurent la péripneumonie, la bronchite vermineuse, l’échinococcose pulmonaire, les tumeurs du médiastin ou du poumon.
La péripneumonie est différenciée suffisamment, dans les formes aiguë ou subaiguë, par l’hyperthermie' constante, la faiblesse de la toux, retenue et douloureuse, la sensibilité des parois costales, enfin par la répartition ordinairement régulière de la zone de matité. La différenciation sera plus difficile ou impossible lors de la présence de séquestres dans la péripneumonie chronique, et l’on retrouvera dans ce cas tous les signes stéthoscopiques de la tuberculose. Alors que les renseignements obtenus légitiment la suspicion de péripneumonie ancienne, il importe de réserver le diagnostic et de recourir à l’expérimentation. Encore convient-il de rappeler que les deux affections peuvent coexister et que la constatation certaine de l’une n’implique nullement l’absence de l’autre.
La bronchite vermineuse, fréquente en certains pays, frappe surtout les veaux tandis qu’elle n’atteint qu’exceptionnellement les adultes; de plus, elle apparaît toujours sous une forme nettement épizootique. La toux est forte, sonore, quinteuse, avec, parfois, des accès passagers de suffocation ; elle est accompagnée d’expectoration, suivie de la déglutition des crachats arrivés dans l’arrière-bouche et aussi d’un jetage muco-purulent qui renferme des strongles adultes et des embryons. L’état général n’est pas altéré et il n’y a pas de réaction fébrile.
La- présence d ' èchinocoques dans le poumon (1) provoque des
(I) Hartenstein. — La tuberculose bovine et la pseudo-tuberculose. Bulletin de la Soc.
DIAGNOSTIC
troubles alarmants; la respiration est pénible, accélérée; il existe une toux, faible au début, puis forte, quinteuse et très fréquente. A l’auscultation, on perçoit des râles bronchiques et, à certains moments, un bruit de gargouillement intense. Le diagnostic différentiel est facile presque toujours ; l’échinococcose est spéciale a certaines régions; elle sévit sur tous les animaux placés dans certains herbages (toux de pâture) et exclusivement sur ceux-ci, quelque temps après la mise en pâture; les symptômes apparaissent vers le mois de juin, ils s’aggravent pendant un ou deux mois, pour s’atténuer ensuite pendant les mois d’hiver et disparaître au printemps.
Le diagnostic de la tuberculose thoracique est impossible cliniquement en nombre de circonstances. Des lésions étendues de la plèvre, du péricarde, du médiastin, des ganglions, restent absolument muettes ; dans le poumon, les foyers peu étendus, les localisations dans les rénions antérieures... demeureront méconnus
ou seront soupçonnés seulement.
2. Tuberculose abdominale — Les troubles constatés n’ont pas de signification précise; on ne peut avoir que des probabilités quant à l’existence de la tuberculose. Le météorisme fréquent, alors qu’il n’est pas provoqué par une altération évidente des organes digestifs, est lié presque toujours à la présence des masses tuberculeuses. Alors que la tuberculose du médiastin détermine à la fois un météorisme intense et un retard de la rumination, la tuberculose abdominale ne produit qu’un météorisme peu accusé et elle n’empêche pas la rumination. (Guittard.)
La palpation de l’abdomen, au niveau du bord libre des fausses côtes permet, en quelques cas, de percevoir les végétations péritonéales; l’exploration rectale rend appréciables les altérations des ganglions sous-lombaires, du péritoine et de toute la région abdominale postérieure.
3. Tuberculose ganglionnaire (1). — L’extension des lésions aux ganglions périphériques est reconnue par l’exploration directe. La lymphadènie vraie est tout exceptionnelle; dans ce cas, les ganglions restent mous et ne s’abcèdent jamais alors que les ganglions tuberculeux deviennent durs, fibreux et qu’ils renferment des foyers suppurés ou caséeux. L’envahissement des ganglions intracavitaires est indiqué par des troubles fonctionnels; les arrêts fré-
centr. de tnéd. vêt., 1888, p. 323. — Carsten IIarms. — Erfahrunqen über Rinderkrankheiten, p. 129.
(1) Cag.na. Sur le diagnostic de la tuberculose chez les animaux. 1er Congrès pour l étude de la tuberculose, 1888, p. 463.
TUBERCULOSE
quenls de la rumination, accompagnés de météorisme, le gonflement des jugulaires feront soupçonner une compression de l’œsophage ou des oreillettes par les ganglions médiastinaux et bronchiques; les indigestions intermittentes, accompagnées de diarrhée et d’amaigrissement, portent à rechercher la tuberculose des ganglions mésentériques. Le diagnostic sera rendu plus probable si les ganglions superficiels sont eux-mêmes envahis; d’autre part, le toucher rectal permettra d’explorer la voûte sous-lombaire.
L’extirpation d’un ganglion superficiel hypertrophié peut assurer le diagnostic; on trouve, sur la coupe, de petits foyers caséeux renfermant les bacilles; d’autre part, le suc recueilli par grattage servira à des inoculations intra-péritonéales au cobaye.
4. Tuberculose génitale. — La tuberculose de l 'utérus sera recherchée lors de catarrhe persistant. L’exploration vaginale permettra de constater souvent l’induration des parois du col; l’exploration rectale renseignera sur l’état des cornes, des trompes et de l’ovaire.
L’examen bactériologique du pus sécrété est toujours indiqué.
5. Tuberculose de la mamelle. — La tuberculose de la mamelle est probable alors que l’inflammation débute par des foyers multiples ou encore, et quelle que soit la répartition des lésions, alors que le lait du quartier atteint reste incoagulé et d’apparence normale (1). Alors que la sécrétion cesse, on devra considérer comme très suspectes toutes les indurations hypertrophiques d’un ou de plusieurs quartiers.
6. Tuberculose des centres nerveux. — La présence de foyers tuberculeux dans les méninges sera soupçonnée lors d’accidents impliquant la compression ou l’inflammation chronique du cerveau ou de la moelle. Les abcès ou les tumeurs, capables de provoquer les mêmes phénomènes, sont de beaucoup plus rares que la tuberculose.
7. Tuberculose aiguë. — La tuberculose aiguë est reconnue d’après la coexistence de symptômes généraux graves et de lésions pulmonaires évidentes. La congestion pulmonaire a une évolution plus rapide ; de plus, l’hyperthermie est à peine marquée. La péripneumonie à évolution rapide simule de plus près l’affection, alors qu’il n’existe qu’un épanchement peu abondant; toutefois, l’hépatisation péripneumonique est rapidement complète, tandis que le poumon tuberculeux reste en partie perméable jusque dans les derniers instants.
(]) Dans les diverses formes de mammite, les microbes qui ont pénétré par le canal excréteur provoquent, dès le début, la coagulation du lait dans le quartier enflammé.
DIAGNOSTIC
II. — Recherche du bacille et inoculation. — La tuberculose est décelée à la fois par la constatation directe du bacille de Koch et par les résultats de l’inoculation expérimentale. Les matières d’épreuve varient suivant la forme clinique observée ; on utilise principalement le jetage, les produits des suppurations diverses (abcès, catarrhe vaginal...), les pulpes ganglionnaires, le lait —
Le jelage nasal est constaté exceptionnellement et seulement dans les dernières phases de l’évolution; pendant les premières périodes, les mucosités bronchiques sont projetées dans 1 arrièrebouche, lors des efforts de toux, et aussitôt dégluties. La récolte de ces mucosités comporte divers procédés. On peut tenter d’immobiliser la langue en la maintenant en dehors de la cavité buccale, en môme temps que l’on provoque la toux par la pression du larynx. En quelques cas, on obtient la projection des crachats hors de la bouche; souvent, par contre, la toux ne peut-être provoquée, ou bien encore l’accès est trop faible pour déterminer le rejet des mucosités. Une seconde méthode, conseillée par Poels, consiste à pratiquer, à la partie inférieure de la trachée, une légère incision permettant l introduction d’un fragment d’éponge solidement fixé à l’extrémité d’un long fil d’archal ; l’éponge est dirigée vers l’origine des bronches; elle s’imprègne de mucosités qui sont recueillies par un lavage de l’éponge dans l’eau bouillie. L’opération est simple et sans danger; toutefois il est difficile de faire admettre aux propriétaires la nécessité d’une intervention chirurgicale, grave en apparence, dans le seul but d’assurer un diagnostic.
Le procédé suivant, employé par Greffier (1), est presque aussi sûr dans ses résultats et beaucoup plus simple dans son emploi. A l’aide d’une éponge fixée à l’extrémité d’une baguette flexible ou d’une longue pince, on recueille les mucosités adhérentes aux parois du pharynx ; l’éponge est ensuite comprimée dans un peu d’eau et le liquide obtenu est soumis à l’examen ou inoculé. Sur douze bovidés tuberculeux soumis à cette épreuve, on obtint huit fois un résultat positif.
Dans tous les cas, on peut recourir, au préalable, à l’injection sous-cutanée de 25 à 30 centigrammes d’un sel de pilocarpine, dans le but de provoquer l’exagération des sécrétions.
Pour l’épreuve de la virulence du lait, on emploie la méthode suivante : Le liquide est recueilli dans un grand verre à réactif de iorme conique ; on couvre et on laisse reposer, dans un endroit
(1) Greffier. — Diagnostic de la tuberculose bovine par l’inoculation du mucus pliai yngien. Bulletin delà Soc. centr. de méd. vêt., 1.S90, p. 4 iô.
TUBERCULOSE
frais, pendant vingt-quatre heures. Les bacilles se déposent avec les éléments figurés dans la partie rétrécie inférieure ; à l’aide d’une pipette, on aspire quelques centimètres cubes pour l’examen direct ou pour l’inoculation.
Lors de tuméfaction suspecte des ganglions superficiels, on peut recourir à l’extirpation de l’organe. La pulpe, recueillie par le grattage de la surface de coupe ou par le hacbage et la trituration du tissu, sera soumise aux diverses épreuves.
La recherche du bacille de Koch par l’examen direct a cet avantage de permettre, en quelques minutes, un diagnostic certain lors de la constatation du microbe; il est presque toujours indiqué de le tenter. Par contre, l’absence du bacille dans des produits suspects ne permet aucune conclusion, soit que les microbes fassent totalement défaut, soit qu’ils se trouvent à un état de dilution tel qu’ils ne peuvent être rencontrés.
L’inoculation constitue une méthode d’épreuve plus parfaite en ce qu’elle permet de déceler la présence d’un petit nombre de bacilles qui auraient échappé à l’examen. Le cobaye est le réactit de choix, il est à la tuberculose ce que l’âne est à la morve.
Le procédé de l’inoculation est déterminé par l'origine des produits à éprouver. Si la matière à inoculer est impure, comme le jetage ou le pus, on aura recours à l’inoculation sous-cutanée; si la matière est pure ou à peu près pure, comme le suc ganglionnaire ou le lait, on emploiera de préférence l’injection intra-péritonéale. Dans tous les cas, on doit inoculer en même temps plusieurs animaux, en raison d’une infection accidentelle possible ; le nombre sera de deux au moins pour l’épreuve des produits purs ; de trois ou quatre au moins s’il s’agit de produits souillés.
L 'inoculation sous-cutanée est pratiquée avec la seringue de Pravaz, avec un ou deux centimètres cubes de liquide. L'évolution de l’infection est très régulière ; ordinairement, un abcès s’ouvre rapidement au point d’inoculation, laissant une plaie ulcéreuse, absolument réfractaire à la cicatrisation ; en même temps, il survient un engorgement des ganglions de l’aine et du pli du liane, suivi de la suppuration dans les parties centrales. Vers le dixième ou le douzième jour qui suit l’inoculation, la fluctuation est perçue; l’on obtient par la ponction un pus caséeux qui renferme les bacilles spécifiques ; alors que la suppuration des ganglions est peu abondante, on a recours à l’extirpation (ganglion du pli du flanc), suivie de l’examen de la pulpe obtenue par le râclage d’une coupe. Par cette méthode mixte de l’inoculation et de l’examen bactériolo-
DIAGNOSTIC
gique, on assure le diagnostic en moins de deux semaines dans nombre de cas. Si l’examen direct n’est pas pratiqué ou s’il reste négatif, on sacrifiera les animaux inoculés après vingt-cinq à trente jours. La tuberculose sera alors décelée par la présence de nodules tuberculeux confluents dans les ganglions, l’épiploon, le poumon, le foie et surtout dans la rate, toujours volumineuse et envahie en totalité.
L 'injection inlra-péritonèale est surtout précieuse alors qu’il s'agit d’éprouver des produits d’une virulence très faible. En outre de l’exquise sensibilité du péritoine à l’infection, la méthode permet d’utiliser des quantités relativement considérables de liquide. On peut inoculer ainsi cinq et même dix centimètres cubes de lait suspect. L’inoculation est encore pratiquée avec la seringue de Pravaz ; tandis que la paroi abdominale inférieure est soulevée par le pincement, on enfonce l’aiguille obliquement à la base du pli formé. Les animaux inoculés succombent en 25-40 jours; ils présentent une tuberculose évidente, étendue à tous les viscères ; sacrifiés après 15-20 jours, les sujets montrent déjà des lésions de la rate, des ganglions et de l’épiploon.
L’inoculation constitue une méthode beaucoup plus sûre que l’examen direct ; mais ses résultats sont encore loin d’être assurés. La pénétration sous la peau d’un produit peu riche en bacilles pourra ne déterminer que des accidents locaux sans signification ; d’autre part, les résultats négatifs n’impliqueront que la non virulence de la matière inoculée et ils ne permettront jamais d’affirmer que l'animal n’est pas affecté. Enfin, certaines localisations seulement sont justiciables de cette épreuve et encore ne sera-t-elle possible, le plus souvent, qu’à une période avancée de l’évolution.
III. — Emploi de la tuberculine (1). — La tuberculine de Kocli est un extrait stérile des cultures du bacille tuberculeux en milieux glycérinés. D’abord tenu secret, le procédé de préparation de la tuberculine fut bientôt deviné ; Budjwid, à Varsovie, Roux et Metchnikoff à l’Institut Pasteur, Hueppe à Prague, arrivèrent isolément à cette même conclusion, qu’il s’agissait à coup sûr d’un extrait de cultures glycérinées et, très vite, Roux prépara, avec
(1) Cette question a fait, en quelques années, l'objet de très nombreux travaux. On trouvera un résumé des principaux documents dans les « revues » suivantes : Nocard. — Application de ta tuberculine au diagnostic de la tuberculose bovine. Annales de l’Institut Pasteur, t. M, 1892, p. 44. — Eber. — Zusammenstellung der mit Tuberculinum Kochii bei Rindern zu diagnostichen Zweclten anqcstellten Impf'versuche. Deutsche Zeitschr. fur Thierm., t. XVUI, 1892, p. 321.
TUBERCULOSE
les divers spécimens de bacilles que l’on possède (homme, cheval, porc, faisan, poule, pigeon), des tuberculines d'une activité au moins égale à celle de la « lymphe de Koch » (1).
La tuberculine est un liquide brun, sirupeux, limpide, qui possède, mais très affaiblie, l’odeur de fleurs particulière aux cultures du bacille de Koch. Administrée par les voies digestives, elle reste sans effet ; injectée dans les veines et sous la peau, son action est des plus remarquables. Chez le cobaye sain, on peut en injecter jusqu’à deux centimètres cubes et plus sans inconvénients ; chez le cobaye tuberculeux, au contraire, un demi-centimètre cube suffit pour amener la mort; mais, si l’on n’injecte que de petites doses, graduellement croissantes, on peut obtenir la cicatrisation de l'ulcère tuberculeux du point d’inoculation et un retard assez notable dans l’évolution des lésions viscérales; c’est ce qui avait fait croire à la possibilité de la guérison.
En somme, le cobaye, dont l’organisme est si favorable à la culture du bacille tuberculeux, supporte bien des doses considérables des produits que ce bacille sécrète. Il en est de même pour les bovidés tuberculeux; il est extrêmement rare d’observer chez eux, à la suite d’injections réitérées de hautes doses de tuberculine, une aggravation notable des lésions dont ils étaient porteurs. Au contraire l’homme, qui constitue un assez mauvais milieu de culture pour le bacille, présente une extrême sensibilité à ses produits de sécrétion. Tandis que le cobaye sain résiste bien à la dose de deux centimètres cubes, chez l’homme sain, 1/20 de centimètre cube provoque déjà des troubles sérieux ; chez l'homme tuberculeux, il suffit de quelques milligrammes pour donner naissance à une hyperthermie constante accompagnée d’accidents inquiétants et parfois mortels.
L’action de la tuberculine sur les lésions tuberculeuses est des plus remarquables; il survient, au voisinage immédiat de la lésion, une inflammation intense, avec exsudation, puis infiltration leucocytique abondante; le foyer tuberculeux peut-être ainsi isolé, délimité, et comme expulsé du tissu où il s’était développé. Poulies lésions externes, pour celles de la peau, cette action est parfois
(1) Le mode de préparation est le suivant : Une culture en bouillon glycérine, laissée six semaines à l’étuve à 37-38°, est stérilisée à l’autoclave à 110°; on la concentre ensuite dans le vide, en présence de l’acide sulfurique, ou plus simplement au bain-marie, jusqu’à ce que le volume de la culture soit réduit au dixième de son volume primitif; on filtre et l’on conserve en vase clos, à l’abri de la chaleur et de la lumière. Comme le bouillon de culture renfermait 5 p. 100 de glycérine, le produit évaporé en conserve 50 p. 100 environ, ce qui explique pourquoi il se conserve si longtemps avec toute son activité.
DIAGNOSTIC
avantageuse; elle peut être extrêmement fâcheuse pour les lésions viscérales, dont l’élimination n’est pas possible et qui deviennent le centre de nouvelles productions tuberculeuses ou le point de départ d’une généralisation promptement mortelle.
Les nombreuses recherches faites par Nocard en vue d’appliquer les injections de tuberculine au diagnostic de la tuberculose des bovidés; celles qui ont été faites à l’étranger par Bang, Lydtin, Schuetz, Johne et Siedamgrotzky , etc., permettent de formuler les propositions ci-après :
La tuberculine possède, à l’égard des bovidés tuberculeux, une action spécifique incontestable, se traduisant surtout par une notable élévation de la température ;
L’injection d’une forte dose (30 h 40 centigrammes, suivant la taille des sujets), provoque ordinairement, chez les tuberculeux, une élévation de température comprise entre 1°,5 et 3 degrés;
La même dose, injectée à des bovidés non tuberculeux, ne provoque aucune réaction fébrile appréciable ;
La réaction fébrile apparaît le plus souvent entre la douzième et la quinzième heure après l’injection, quelquefois dès la neuvième heure, très rarement après la dix-huitième; elle dure toujours plusieurs heures;
La durée et l'intensité de la réaction ne sont nullement en rapport avec le nombre et la gravité des lésions; il semble même que la réaction soit le plus nette dans le cas où, la lésion étant très limitée, l’animal a conservé les apparences de la santé;
Chez les sujets très tuberculeux, phtisiques au sens propre du mot, chez ceux surtout qui sont fiévreux, la réaction peut être peu accusée ou même absolument nulle ;
Il est prudent de prendre la température des animaux, matin et soir, pendant plusieurs jours avant l’injection; il peut s’en trouver en effet qui, sous l’influence d’un malaise passager, d’un état pathologique peu grave (troubles delà digestion ou delà gestation, chaleurs, etc.), présentent de grandes oscillations de la température exposant à une erreur grave. Pour ces animaux, il convient d’ajourner l’opération ;
Chez certains animaux tuberculeux, non fiévreux, la réaction consécutive à l’injection de la tuberculine ne dépasse guère un degré; néanmoins, l’expérience démontrant que, chez les animaux parfaitement sains, la température peut subir des variations atteignant un degré et plus, on devra ne considérer comme ayant une valeur diagnostique réelle que les réactions supérieures à 1°,4;
TUBERCULOSE
1 élévation (le température inférieure à 8 dixièmes de degré n'a aucune signification ; toute bête dont la température subit une élévation comprise entre 0°, 8 et 1°, 4 sera considérée comme suspecte et devra être soumise, après un délai d’un mois environ, à une nouvelle injection d’une dose plus forte de tuberculine.
Les injections successives, répétées chaque jour ou à quelques jours d’intervalle, donnent des réactions graduellement moins intenses. Cependant cette accoutumance est très passagère; chez plusieurs vaches tuberculeuses soumises aux injections tous les quinze jours, tous les douze jours ou tous les huit jours, Nocard a enregistré huit ou dix fois de suite des hyperthermies sensiblement égales ;
La technique de l’inoculation est des plus simples : On inocule chez les bovidés adultes trois à cinq centimètres cubes de la dilution au dixième; pour les veaux, la dose varie entre un et deux centimètres cubes. L’injection est faite avec la seringue de Pravaz, dans le tissu conjonctif sous-cutané, au niveau de la partie moyenne de l’encolure ou en arrière de l’épaule. En règle générale, il convient de pratiquer l’inoculation le soir, vers neuf ou dix heures; on dispose ainsi de toute la journée du lendemain, pour relever les températures; celles-ci sont prises régulièrement, à partir de la neuvième jusqu’à la vingtième heure, à des intervalles de deux ou trois heures au plus.
Les injections de tuberculine n’ont aucune influence fâcheuse sur la quantité ou sur la qualité du lait ou sur l’issue de la gestation. Gela résulte d’un nombre considérable d’expériences faites sur des vaches en pleine lactation et à toutes les périodes de la gestation.
b. Mouton et chèvre. — En raison de son extrême rareté, la tuberculose n’est jamais soupçonnée. Les accidents dominants, toux et cachexie, sont rapportés systématiquement à la bronchopneumonie vermineuse.
L'examen microbiologique du jetage permettrait souvent un diagnostic précis. La tuberculine peut être employée, à la dose de 5-10 centigrammes (1/2 à 1 c.c. de la dilution au dixième).
c. Cheval. — I. Diagnostic clinique. — La tuberculose sera soupçonnée toujours lors d’un état d’affaiblissement persistant et progressif coïncidant avec la polyurie. Le diagnostic clinique sera précisé parla constatation de troubles d’origine respiratoire, comme l’essoufflement, la toux, le jetage,... et par les résultats de l’exploration du poumon. Lors de tuberculose abdominale, l’exploration rectale donnera d’utiles indications; la constatation d’une tumeur
DIAGNOSTIC
ganglionnaire sous-lombaire limite étroitement le diagnostic.
Quelques affections seulement simulent la tuberculose. La polyurie simple est accompagnée d’anémie, d’amaigrissement et d’essoufflement ; mais ces symptômes persistent pendant quinze jours ou un mois au plus et la guérison est complète en quelques semaines. La morve est reconnue d’après la coexistence habituelle d’altérations spécifiques sur les muqueuses et sur la peau ; la morve chronique localisée sur le poumon ne détermine que des lésions disséminées, muettes ou tout à fait différentes dans leur expression des altérations étendues de la tuberculose. La pneumonie interstitielle, accompagnée de bronchite chronique et d emphysème, a une évolution très lente; les symptômes généraux sont peu marqués ou nuis. Les tumeurs malignes simulent de plus près la tuberculose; lors d’évolution rapide, la différenciation clinique est à peu près impossible.
IL Diagnostic expérimental. — La récolte de produits virulents pour Y examen direct ou Y inoculation est rarement possible ; le jetage notamment est souvent nul ou très peu abondant et il ne se montre virulent que par intermittences. L’extirpation des ganglions superüciels est parfois possible ; lors d’épanchement pleurétique, la thoracentèse fournit un liquide dont la virulence est décelée par l’inoculation dans le péritoine du cobaye (4-6 centim. cubes).
La tuberculine donne des indications précises et constantes. On injecte, sous la peau de l’encolure, trente à quarante centigrammes (3 à 4 centimètres cubes de la dilution phéniquée au dixième).
d. Porc. — La tuberculose du porc est exceptionnellement soupçonnée ; les accidents constatés sont rapportés au rachitisme ou à des formes chroniques du rouget et de la pneumo-enlèrile . Dans les élevages industriels, plus particulièrement exposés, la maladie serait plus facilement reconnue. La tuberculose ganglionnaire seule est exprimée par des signes diagnostiques évidents.
Dans presque tous les cas, l’une des méthodes du diagnostic expérimental permettra d’assurer le diagnostic ; l’examen direct de certains produits (jetage, pulpe d’un ganglion extirpé, suppurations diverses) donne des indications immédiates ; l’inoculation des mêmes produits au cobaye est encore utilisable en diverses circonstances. Enfin, l’injection de 10-20 centigrammes de tuberculine (1-2 c.c. de la dilution) provoquera, comme chez les autres espèces, une réaction caractéristique.
e. Chien et chat. — I. Diagnostic clinique. — L’état cachectique et 1 émaciation musculaire donnent au malade un aspect misérable
Nocard et Leclainche. 35
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et un faciès tout spécial qui fait soupçonner aussitôt, chez les adultes, la présence de tumeurs malignes. Certaines tumeurs généralisées (carcinome, sarcome, épithéliome...) simulent complètement les formes habituelles de la tuberculose. Chez les jeunes animaux, les broncho-pneumonies consécutives à la maladie du jeune âge provoquent des symptômes analogues à ceux de la localisation pulmonaire.
La tuberculose cérébrale au début peut faire soupçonner la rage ou, chez les jeunes sujets, une localisation cérébrale de la maladie. La différenciation est assurée, en ce qui concerne la rage, après quelques jours d’observation.
IL Diagnostic expérimental. — On aura recours à l’examen direct du jetage ou de certains produits (pus, exsudais de séreuses) ou à l’inoculation des mêmes matières.
La tuberculine, sans donner des indications certaines, fournira souvent des renseignements suffisants pour confirmer la suspicion. On injectera, suivant la taille des sujets 1 demi à 1 centimètre cube de la dilution au 1/10°. La réaction obtenue est de 1-2°.
f. Oiseaux. — Dans les basses-cours infectées, le diagnostic est facilité par le caractère épizootique des accidents. L’amaigrissement, la pâleur des muqueuses, la diarrhée permettent de reconnaître à peu près sûrement l’infection. La boiterie, qui survient assez souvent dès les premières périodes de l’infection, facilite encore le diagnostic.
La tuberculose sera différenciée des formes abdominales de la diphtérie par la présence, dans cette dernière affection, d’altérations spécifiques des muqueuses apparentes. Les formes chroniques du choléra des poules provoquent encore des symptômes comparables et la différenciation clinique est difficile ou impossible (V. Choléra des poules). Les entérites, diarrhéiques ont une évolution habituellement plus rapide que la tuberculose; l'autopsie de quelques animaux permet de préciser la nature des accidents. (V. Dysenterie épizootique des poules.)
• § 2. — Diagnostic sur le cadavre.
a. Bovidés. — I. Diagnostic clinique. — Dans la plupart des cas, la nature des lésions est reconnue avec certitude après un rapide examen. Il en est ainsi notamment lors de tuberculose pulmonaire avancée ou de tuberculose étendue des séreuses. La coexistence fréquente des altérations sur les parenchymes et sur
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les séreuses facilite encore le diagnostic. En d’autres circonstances, l’infection sera plus ou moins difficilement reconnue et les difficultés rencontrées sont inhérentes soit à une localisation très limitée des foyers, soit à la présence de lésions similaires.
Habituellement très lente dans son évolution, l’infection tuberculeuse ne sera indiquée chez nombre de sujets, pendant ses premières périodes, que par des accidents difficiles à déceler. Des animaux de boucherie, sacrifiés en bon état d’engraissement, ne présenteront que quelques petits foyers caséeux, du diamètre d une tête d’épingle ou d’une lentille, dans les ganglions bronchiques ou mésentériques. Ostcrtag a montré combien ces tuberculoses muettes étaient fréquentes. En d’autres cas, les lésions ganglionnaires initiales seront cicatrisées ou méconnaissables et quelque localisation erratique sera seule appréciable, enfouie profondément dans une région éloignée. La moelle des os, le canal rachidien, les ganglions périphériques, les centres nerveux..., sont le siège possible de localisations insoupçonnées.
Il est donc difficile, d’une façon générale, d’affirmer l’inexistence de la tuberculose sur un cadavre; en tous cas, cette affirmation ne serait possible qu’après une dissection minutieuse de toutes * les régions. Le simple examen des viscères et des surfaces explorables, tel qu’il est possible sur les animaux « habillés » pour la boucherie, môme alors que des coupes supplémentaires ont été pratiquées, ne donne jamais que des probabilités.
Les indications du diagnostic différentiel varient suivant les tissus considérés. Un caractère commun à presque toutes les localisations consiste en une infiltration rapide de sels calcaires.
Poumon. — La tuberculose du poumon n’est simulée que d’assez loin par quelques afîeclions. Les èchinocoques anciens se présentent sous la forme de masses arrondies, d’apparence kystique, renfermant une matière épaisse, jaunâtre, dans laquelle on distingue, pendant quelque temps, des débris membraneux que l’on met en évidence en délayant le contenu du kyste dans un peu d’eau. L’absence de tubercules vrais dans le voisinage et de lésions ganglionnaires, la présence d’hydatides ayant conservé leurs caractères, assurent aussi la distinction. Les kystes à distomes sont facilement reconnus; toujours en petit nombre (un à dix), ils renferment un liquide sirupeux, de teinte foncée, ou une substance caséeuse de couleur jaunâtre. L 'actinomycose du poumon se présente parfois sous une forme miliaire nettement distincte ; alors qu il existe des tumeurs délimitées, celles-ci sont constituées par
TUBERCULOSE
une néoformation fibreuse abondante, au sein de laquelle existent de petits foyers renfermant une matière épaisse, mêlée de grains jaunâtres. La pneumonie aspergillaire est reconnue sûrement, sur les coupes, par la présence de cavités tapissées d’un gazon mycélien de teinte verdâtre.
Ln la plupart des cas, on rencontrera en quelques points de l’organe une éruption de tubercules jeunes, avec leurs caractères classiques; sous cette forme, la lésion ne peut être confondue avec aucune autre.
Séreuses. — La tuberculose des séreuses ne peut être confondue qu’avec des tumeurs, notamment avec les épithéliomes (1); il est à noter que ceux-ci restent toujours aplatis et adhérents par toute leur surface, au contraire des masses tuberculeuses qui se pédiculisent; d’autre part, les tumeurs ne subissent jamais la calcification.
Viscères abdominaux. — Les ulcérations intestinales, coïncidant avec la tuberculisation des ganglions du bord concave ou mésentériques, sont pathognomoniques. Dans le foie, les èchinocoques sont reconnus parleur aspect kystique ou, plus tard, par la persistance de débris membraneux provenant des hydatides. Les tubercules de la rate sont toujours reconnus sans difficulté.
L’envahissement de la cavité abdominale par certaines tumeurs • (carcinome, sarcome, épithéliome) est différencié de l’infection tuberculeuse par l’aspect homogène des surfaces de coupe et par l’absence de calcification.
Mamelle. — Lors d’envahissement récent, la présence des granulations miliaires, appréciable sur la coupe de l’organe, assure un diagnostic immédiat. Dans les vieilles lésions, la constatation de foyers caséeux ou calcaires, au sein de tissu fibreux néoformé, ne peut être rapportée qu’à la tuberculose ou à l'actinomycose. La coexistence de localisations viscérales, habituelle lors de tuberculose, facilite la distinction.
IL Diagnostic bactériologique. — En nombre de circonstances,
(1) Courmont (*) a trouvé « dans des masses tuberculeuses caractéristiques de la pommelière » un petit bacille court, à pôles colorés, qui tue le cobaye en 4-8 jours et qui produit, chez le lapin, une évolution tuberculeuse et la mort en 18-80 jours. Les cultures vieilles produisent également, chez le cobaye, des lésions tuberculeuses.
L’auteur a fait une étude très intéressante de cette tuberculose expérimentale ; toutefois l’on ne saurait admettre la première de ses conclusions : « La tuberculose bovine peut être causée par d’autres microbes que le bacille de Koch. » Une affirmation aussi t'rave ne saurait être basée sur une seule observation et les faits constatés peuvent recevoir une tout autre interprétation.
(*) Courmont. — Sur une nouvelle tuberculose bacillaire d’origine bovine. Éludes sur la tuberculose, t. II, 1890, p. 477.
DIAGNOSTIC
le diagnostic clinique est facilement contrôlé par un examen bactériologique extemporané. On doit être prévenu cependant qu’au niveau des lésions anciennes, dans les foyers caséeux notamment, les bacilles sont rares et très difficiles à mettre en évidence. Si l’on examine des produits de raclage, ceux-ci doivent être triturés longuement avant que d’être examinés.
L’inoculation donnera des indications précises en presque tous les cas. 11 est possible de recueillir des produits purs qui seront inoculés au cobaye par la voie intra-péritonéale.
b. Mouton et chèvre. — La tuberculose est souvent méconnue chez les petits ruminants. Les lésions du poumon sont rattachées, après un examen sommaire, à la broncho-pneumonie vermineuse ; les œufs du strongylus rufescens provoquent notamment des néolormations d’apparence tuberculeuse (1). Le diagnostic serait assuré facilement par l’examen du produit de raclage à un faible grossissement. Certaines tumeurs, développées dans le poumon et dans les viscères abdominaux, ressemblent encore à la tuberculose ; toutefois la dégénérescence caséeuse fait ici défaut et la forme des foyers est irrégulière (2).
Le diagnostic doit être nécessairement contrôlé par l’examen bactériologique; les bacilles sont faciles à mettre en évidence.
c. Cheval. — Les altérations pulmonaires sont parfois difficiles à classer sûrement. On trouve ainsi de petits nodules disséminés qui ressemblent beaucoup au tubercule de la morve ; cependant, la coupe est généralement homogène et l’on ne constate pas le détritus caséeux peu adhérent, spécial à celui-ci. Sous la forme de noyaux volumineux (tubercules fibreux) ou d’infiltration diffuse, la tuberculose rappelle l’aspect de certaines tumeurs (fibromes, sarcomes). L’envahissement des organes abdominaux (ganglions, rate, intestin...) ne peut être confondu qu’avec la lymphadènie ; la constatation de foyers caséeux sur les coupes suffit pour éliminer celle-ci.
Le diagnostic bactériologique est difficilement assuré, certaines lésions se montrant pauvres en bacilles. L’inoculation des produits de raclage dans le péritoine du cobaye donne des résultats plus certains.
(1) Laulanié. — Sur quelques affections parasitaires du poumon. Archives de physiol., t. IV, 1884, p. 519.
(ï) Preisz et Guinard ont trouvé dans des lésions d’apparence tuberculeuse, localisées ou généralisées, un bacille capable de provoquer une évolution pseudo-tuberculeuse chez le lapin et chez le cobaye.
I’reisz et Guinard. — Pseudo-tuberculose chez le mouton. Journal de méd. vétér., 1891, p. 5G3. Guinard et Morby. — Id., Société de Biologie, 1893, p. 893.
TUBERCULOSE
d. Porc. — Les lésions tuberculeuses doivent être différenciées surtout des accidents chroniques de la. pneumonie contagieuse et de la pneumo-entèrite. Lors d’éruption aiguë ou subaiguë sur le poumon, les tubercules sont reconnus d’emblée; il existe d’ailleurs des altérations de même ordre en d’autres régions. Les accidents chroniques du poumon diffèrent par quelques points de ceux de la pneumonie contagieuse (1); dans celle-ci, les foyers restent caséeux et ils sont entourés d’une capsule résistante, formée de tissu fibreux; généralement, il existe en même temps de l’épaississement de la plèvre; de plus, on ne trouve pas de foyers caséeux dans les ganglions bronchiques. Les conglomérats tuberculeux subissent assez vite la calcification et l’on voit presque toujours des tubercules jeunes dans le voisinage. Les altérations de l’intestin ont un aspect différent de celles de la pneumo-entérite ; elles coexistent toujours avec des localisations sur d’autres viscères.
L’épreuve bactériologique ou l’inoculation assurent le diagnostic dans les cas douteux.
e. Chien et chat. — Les altérations étendues ne pourront être confondues qu’avec les tumeurs généralisées; la différenciation est possible déjà d’après le degré d’extension des formations tuberculeuses à des tissus très différents et aussi d’après l’aspect des lésions. La localisation pulmonaire diffère de la broncho-pneumonie par la présence ordinaire de tubercules isolés ou de conglomérats peu étendus en divers points, aussi par la présence de nodosités sur les plèvres. La strongglose du poumon simule de plus près la tuberculose ; néanmoins les tubercules évoluent isolément ; l’on ne constate pas de foyers de dégénérescence étendus et les ganglions restent indemnes.
Dans presque tous les cas, il est facile de retrouver le bacille de Koch dans les produits obtenus par raclage au niveau des lésions.
Au niveau seulement des accidents chroniques et très limités, il pourra être difficile de rencontrer les rares microbes autrement que sur les coupes des tissus.
f. Oiseaux. — Les lésions viscérales ont été longtemps confondues avec celles de la diphtérie ; l’envahissement du foie et de la rate est dû le plus souvent à la tuberculose ; les accidents diphtéritiques de l’intestin, constitués par des fausses membranes stratifiées, diffèrent complètement des ulcérations dues au bacille de Koch. Dans le foie, des foyers caséeux sont rencontrés dans le choléra des
(I) OstertaG. — Handbuchder FleisclUeschau , p. 458. — Olt. — Tuberkulosc and Schweineseuche. Zeitschr. fur Fleisch. und JVlilchhyg., t. V, 1894, p. G.
ÉTIOLOGIE.
poules à évolution subaiguë ou chronique; le diagnostic, soupçonné d’après la localisation exclusive, n’est assuré que par la recherche des microbes.
Les néoformations tégumentaires étaient attribuées jusqu’en ces derniers temps à la diphtérie; la différenciation clinique est encore imprécise et l’on doit recourir à l’examen bactériologique.
Étiologie et Pathogénie.
Matières virulentes. — Dans la très grande majorité des cas, la tuberculose reste, jusque dans ses dernières périodes, une maladie locale.
La virulence du sang des tuberculeux est constatée à certains moments et chez quelques malades seulement; il est certain que le virus ne cultive pas dans ce milieu et que la voie sanguine ne sert qu’à transporter momentanément les bacilles (V. Pathogénie). Lors de tuberculose généralisée, alors qu’il existe des foyers ramollis en divers points, l’infection du sang est rendue facile. On s’explique ainsi que la virulence soit plutôt constatée chez certaines espèces que chez d’autres, en raison de la constitution anatomique différente des lésions. Chez les bovidés, le sang renferme exceptionnellement les bacilles (1) ; Galtier a obtenu deux résultats positifs et neuf négatifs par l’inoculation. Bang a expérimenté avec le sang de vingt vaches « extrêmement tuberculeuses », dont plusieurs affectées de tuberculose miliaire aiguë ; deux fois seulement le résultat fut positif; dans un cas, l’animal était affecté de tuberculose aiguë; dans les deux, la virulence était peu marquée, car l’un seulement des deux lapins inoculés était contaminé. Mac Fadyean n’a pu réaliser l’infection dans deux cas de tuberculose généralisée. Bollinger et Ilagemann ont un résultat positif sur dix tentatives. Nocard n’a eu que des résultats négatifs. Chez le lapin, affecté de tuberculose expérimentale généralisée, Leclainche n’a jamais pu constater la virulence en injectant, dans le péritoine du cobaye, la presque totalité du sang; le liquide était recueilli purement, dans le cœur, sur l’animal encore vivant. Chez l’homme, la virulence paraît être plus fréquente; cependant nombre d’expérimentateurs n ont jamais eu que des résultats négatifs.
La virulence du sang est donc exceptionnelle ; on ne saurait défi) E. Leclainche. — La virulence des viandes tuberculeuses. Revue de la tuberculose, 1890, p. 133 (avec bibliographie).
TUBERCULOSE
terminer exactement la fréquence, non plus que les conditions de cette infection.
Toutes les lésions spécifiques renferment le bacille de Koch; toutes sont virulentes pendant un temps plus ou moins long. En nombre de foyers enkystés et dégénérés, les bacilles perdent peu à peu leur virulence ; ils deviennent granuleux, prennent difficilement les colorants et leur inoculation reste parfois stérile.
Les produits souillés par l’ouverture des foyers tuberculeux ou par le simple contact de surfaces infectées sont plus ou moins virulents, suivant le nombre des bacilles déversés et le degré de la dilution. Les suppurations tuberculeuses (catarrhe de l’utérus, fistules, abcès...) sont ordinairement riches en microbes. Le jetage est fréquemment souillé par l’ouverture de cavernes dans les bronches, par la communication des canaux avec des foyers de suppuration, par les exsudats des ulcérations de la trachée et du larynx; toutefois la virulence est loin d’être constante, même à une période avancée. Le mucus pharyngien est virulent dans les deux tiers des cas (Greffier), chez les bovidés affectés de tuberculose du poumon. La salive n’est rendue virulente que par son mélange, dans l’arrière-bouche, avec des mucosités provenant du larynx ou du pharynx. Le contenu intestinal des bovidés renferme presque toujours des bacilles, que l’on retrouverait assez facilement dans les déjections, d’après Gafîky. L 'urine peut être trouvée virulente dans toutes les espèces, notamment à la suite de lésions tuberculeuses ramollies dans le rein.
Le lait des vaches tuberculeuses est parfois virulent et de nombreux résultats expérimentaux établissent sa nocuité (1). Gerlach (1869), Ivlebs (1873), Bollinger (1879) démontrent les premiers l'infectiosité du lait, à la suite de l’ingestion ou de l’inoculation. Les récentes recherches de Peuch, Bang, Nocard, Galtier, Hirschberger, Ernst... permettent de préciser les conditions de la virulence; c’est seulement alors qu’il existe des lésions spécifiques de la mamelle que le lait renferme des bacilles; toutefois, lors d’envahissement rapide de la glande, le lait pourra renfermer des bacilles, alors qu’il n’existe encore que des altérations limitées, difficilement appréciables par l’examen direct. Heureusement, dans ce cas, les bacilles sont très peu nombreux et nous verrons plus loin que l’ingestion du lait n’est réellement dangereuse qu’au tant que ce lait est très riche en bacilles. (V. Transmission à l'homme.)
(1) Moreau. — Prophylaxie de la tuberculose d'origine alimentaire. Thèse de Paris, 1894, j). 36 (avec bibliographie).
Le sperme est contaminé, en quelques cas, par des foyers ramollis du testicule, par des ulcérations de la prostate ou des vésicules séminales. Chez le cobaye inoculé dans le testicule, Gaertner trouve le sperme virulent dans la moitié des cas; la présence des bacilles est constatée dans cinq cas sur trente-deux observations, chez des cobayes affectés de tuberculose généralisée.
Les divers parenchymes ne possèdent que momentanément la virulence, alors que des bacilles ont été déversés dans la grande circulation; dans les points où ils ne provoquent pas une édification tuberculeuse, ils sont détruits plus ou moins rapidement, au niveau des endothéliums capillaires. (V. Pathogénie.)
Les muscles ne sont presque jamais trouvés virulents; quelle que soit la forme de l’évolution, les bacilles sont toujours assez rares pour que leur présence ne puisse être décelée par les modes les plus sévères de l’inoculation aux réactifs animaux les plus sensibles. (V. Transmission à l'homme.)
Réceptivité. — Il existe, quanta la susceptibilité des organismes, des différences considérables suivant les espèces et les individus considérés, et la notion de la réceptivité domine toute l’étiologie de la tuberculose.
Parmi les mammifères domestiques, le porc vient en première ligne quant à son aptitude spécifique ; il est de beaucoup plus facilement infecté que les herbivores par les divers modes de la transmission naturelle ou expérimentale; chez lui, les lésions sont plus fréquemment généralisées que chez les bovidés.
La réceptivité des bovidés est encore considérable ; si l’évolution est lente généralement, la contamination naturelle s’exerce avec une certitude presque absolue lors de cohabitation prolongée ; d’autre part, l’infection expérimentale est sûrement réalisée par divers procédés.
Le cheval est beaucoup moins apte à l’évolution tuberculeuse; la contagion naturelle est exceptionnelle ; l’animal résiste à divers modes de l'inoculation et il cicatrise parfois des lésions étendues. La tuberculose n’est pas signalée chez Varie et le mulet ; toutefois ces animaux ne possèdent nullement l’immunité et la contamination expérimentale est réalisée sûrement. (Chauveau).
Le chien et le chat viennent à peu près sur la même ligne que le cheval, quant à leur réceptivité. L infection n’est observée qu exceptionnellement chez eux, à la suite d’une inoculation à dose massive ou sous 1 influence de causes prédisposantes individuelles.
TUBERCULOSE
Le mouton et la chèvre sont sur la limite delà réceptivité; ils ne contractent que très rarement la maladie et l'infection expérimentale est difficilement obtenue.
La considération de la race des animaux, qui semble importante à première vue, est difficile à discerner en raison des conditions diverses qui interviennent simultanément. Pour les bovidés, les conditions d’entretien des sujets et le croisement avec des races améliorées a surtout pour effet de multiplier les chances de la contagion. (V. Modes cle la contagion.)
Parmi les circonstances individuelles qui influent sur la réceptivité, celle de Y âge est très nette. D’une façon générale, les animaux jeunes sont plus sensibles que les adultes à l’action d’un même virus. Toutes les causes capables de diminuer la résistance de l’organisme favorisent encore l’implantation du bacille et sa pullulation; tels le travail excessif, une alimentation insuffisante, la lactation prolongée Une maladie coexistante agit dans le même
sens, soit en permettant l’infection d’espèces très résistantes, soit en déterminant la généralisation de lésions discrètes et en voie de cicatrisation. Nocard a rapporté l’histoire d’une chèvre inoculée dans les veines sans présenter aucun symptôme ultérieur pendant deux années; elle est atteinte alors d’une gale généralisée qui cause une débilitation profonde ; la tuberculose se réveille sous cette influence et des lésions viscérales formidables évoluent.
Des conditions tout accidentelles et passagères facilitent la contamination. Les catarrhes des voies respiratoires, peut-être aussi les inflammations chroniques de l’intestin, favorisent la pénétration des bacilles. Johne, Pfeifer,... ont montré que les bovidés entretenus dans le voisinage des hauts fourneaux, exposés à l’inhalation de fumées et de particules minérales qui irritent la muqueuse respiratoire, sont fréquemment infectés par la tuberculose.
L hérédité ne joue qu’un rôle assez restreint dans l’étiologie des tuberculoses animales. Le passage du bacille de la mère au fœtus est tout à fait exceptionnel (V. Pathogénie). Ce que la mère transmet à ses produits, ce n'est pas la maladie elle-même, c est la prédisposition, l’aptitude plus grande à la contracter. « La tuberculose héréditaire, dit R. Koch, trouve son explication la plus naturelle si l’on admet que ce n’est pas le germe infectieux qui se transmet, mais certaines particularités qui favorisent le développement du (rerme mis plus tard au contact du corps. » Des observations nombreuses de Nocard etde Bang montrent que les veaux nés de parents tuberculeux sont reconnus sains presque toujours par l'épreuve de
ETIOLOGIE.