CONSTATÉS
Bacilles non constatés.
Observateurs.
Sujets.
Age.
Observateurs.
Sujets.
Age.
Johne.
Fœtus.
8 mois.
Grothaus
Fœtus.
9 mois.
Malvoz et Brouwier.
Fœtus.
8 mois.
Kôhler.
Fœtus.
Czokor.
Fœtus.
Misselwitz.
2 fœtus.
M’ Fadyean.
Veau.
5 jours.
Falk.
Veau.
5 jours.
Bang.
Fœtus.
0 mois.
Bayersdôrfer.
Veau.
14 jours.
Veau.
mort-né.
Lucas.
Fœtus.
6 mois.
2 veaux.
1 jour.
Kohl.
Veau.
2 jours.
2 veaux.
2 jours.
Sahner.
Veau.
8 jours.
1 veau.
14 jours.
Bftrlund.
2 veaux.
7 jours.
Ruser.
2 veaux.
1 jour.
Beckers.
1 veau.
14 jours.
Siegen.
6 fœtus.
32 veaux.
14 jours.
Lungwitz.
Fœtus.
G mois.
Fœtus.
Un premier
cas de
tuberculose placentaire est
mentionné par
Siegen (1) : La surface du placenta était farcie de granulations, qui, examinées sous le microscope, révélaient la présence de cellules géantes typiques et d’un grand nombre de bacilles. » Kockel et Lungwitz rapportent deux autres observations et ils font une minutieuse étude des altérations rencontrées (2).
Les lésions observées chez les fœtus ou les nouveau-nés tuberculeux sont très généralement localisées au foie et aux ganglions de la cavité abdominale ; elles sont le résultat évident d’une infection par la circulation placentaire.
Les résultats expérimentaux acquis confirment la possibilité d’une infection fœtale, mais ils ne permettent pas d’en préciser la fréquence. Landouzy et Martin auraient réussi à rendre tuberculeux des cobayes par l’inoculation intra-péritonéale de fragments d’organes, sains en apparence, prélevés sur deux fœtus humains et sur un fœtus de cobaye, nés de mères tuberculeuses. Par contre Koch, Leyden, Grancher, Nocard, Straus, Sanchez-Toledo, Vignal,... n’ont obtenu que des résultats négatifs. Galtier n’a réussi que « dans un très petit nombre de cas » à déceler la virulence dans les fœtus issus de tuberculeux. Gaertner (3) a entrepris sur le môme sujet de nombreuses expériences; à la suite de l’inoculation
(1) Siegen. — Tuberculose congénitale , Troisième Congrès de la tuberculose, 1893, Comptes rendus, p. 131.
(2) Kockel et Lunc.'witz. — Ueber Placentartuberculose beim Rind und ihre Beziehung sur fotalen Tuberculose des Kalbes. Beitr. zur pathol. Anat. und ail «g. Pathol., t. XVI, 1894, p. 294.
(3) Gaertner. — Ueber die Erblichkeit der Tuberculose. Zeitschrift für Ilvgicne, t. XIII. 1892, p. 101.
tuberculose.
intra-péritonéale à la souris, l’infection du fœtus a été observée dans deux portées sur dix-huit; après l’injection intra-veineuse à la lapine, l’infection est obtenue chez 5 à 10 p. 100 des jeunes; dans une portée, on ne trouve jamais qu un ou deux tuberculeux ; chez des souris infectées par la voie trachéale et affectées secondairement de tuberculose généralisée, l’infection d’un ou plusieurs fœtus a été reconnue dans neuf portées sur dix-huit. Des expériences entreprises sur des canaris ont donné des résultats analogues. L’infection par le mâle n’a été constatée en aucun cas; alors que les bacilles sont nombreux dans le sperme, l’infection de la mère est possible, mais celle du fœtus ne se produit pas. L’auteur conclut, tout à fait à priori, que, chez l’homme, le bacille tuberculeux passe souvent de la mère au fœtus.
En réalité, les résultats obtenus par Gaertner, chez certaines espèces et par certains modes de l’inoculation, ne sauraient rien préjuger quant à l’imminence de l’infection fœtale en d’autres conditions. Tels qu’ils peuvent être recueillis par centaines, chez les bovidés seulement, les faits d’observation montrent que, dans la presque totalité des cas d’infection naturelle, le placenta est un filtre parfait.
Les recherches histologiques de Ivockel et Lungwitz précisent la forme des lésions placentaires rencontrées. L’altération procède de la muqueuse utérine, farcie de foyers tuberculeux; elle gagne les cotylédons dans le voisinage des membranes. En ce point, les bacilles infiltrent et détruisent le placenta maternel pour atteindre les villosités fœtales envahies à leur tour. Les grosses cellules qui revêtent les villosités constituent pour les bacilles une barrière difficile à franchir; on les trouve remplies de microbes alors que les villosités n’en renferment que quelques-uns ou qu elles sont complètement libres. Chez les ruminants, le placenta maternel et le placenta fœtal sont unis par un tissu lâche, peu perméable, et le passage est rendu diflicile; aussi la tuberculose placentaire n’implique-t-elle nullement l’infection du fœtus (1).
En résumé : on peut admettre que le passage des bacilles ne s’opère que dans les cas tout exceptionnels d’une tuberculisation placentaire ou d’altérations mécaniques locales, telles que la déchirure des villosités du chorion ou les ruptures vasculaires du placenta maternel (2).
(I) Voir la « Revue » de Hahn. — Tuberculose congénitale et tuberculose héréditaire. Revue de la Tuberculose, 1895, p. 41.
(•>) Bibch-Hirschfeld. — Ueber die Pforlen der placentaren Infection des Fotus. Ziegler’s Bcitragen zur pathol. Anat. uiul allgciu. Palli., t. IX, 1891, p. 383.
PATHOGÉNIE
La présence du bacille de Koch dans un tissu ne constitue pas une condition suffisante de l’évolution tuberculeuse ; en nombre de cas, les microbes seront détruits sur place avant qu’ils aient provoqué des troubles appréciables ou des modilications durables. En la plupart des tissus, la résistance est telle que 1 irruplion d’une faible quantité de bacilles est insuffisante pour déterminer l’infection, et l’on s’explique la rareté relative des lésions généralisées chez certaines espèces. L’envahissement des réseaux capillaires par une quantité considérable de bacilles ne provoquera meme pas des lésions véritablement généralisées ; certains tissus résisteront toujours à 1 infection, d’autres ne seront qu exceptionnellement atteints; pour une même espèce, tous les milieux organiques pourraient être classés quant à leur degré de résistance. Les recherches de Nocard (1) montrent que, chez le lapin, la virulence des muscles a disparu en moins de six jours après l’inoculation intra-veineuse d’un centimètre cube d’une culture virulente; celles de Mac Fadyean établissent que, dans les mêmes conditions, les muscles du cheval sont débarrassés du virus en moins de dix jours. D’autres parenchymes se laissent pénétrer par les bacilles et ils offrent un terrain favorable à sa culture; mais la résistance des milieux est encore très nette chez certains animaux; le cheval inoculé dans les veines montre souvent une éruption limitée au poumon, tous les autres organes restant indemnes, bien qu’évidemment infectés lors de la pénétration. Chez des réactifs plus sensibles, comme le cobaye et le lapin, l’infection est extrêmement étendue; cependant encore quelques tissus comme les muscles, les testicules, le cerveau et la moelle,... restent presque constamment indemnes.
Des milieux habituellement réfractaires deviennent le siège de localisations tuberculeuses sous certaines conditions. Courmont et Dor ont obtenu, chez le lapin, des arthrites tuberculeuses primitives, sans tuberculose viscérale, par l'injection intra-veineuse de bacilles aviaires fortement atténués. D’autre part, Max Schüller a provoqué une détermination articulaire tuberculeuse, chez le lapin affecté, en pratiquant un traumatisme local; Cornil et Babès ont obtenu le même résultat parla section du scialique.
Les seuls faits d’observation démontrent clairement le rôle de la résistance variable des milieux dans l’imminence de l’infection ou dans la rapidité de l’extension des lésions. Chez des animaux inoculés avec un même virus et par un même mode, on constate des
(1) Nocard. — Danrjers provenant des animaux tuberculeux. 1er Congrès do la Tuberculose, 1888. Comptes rendus, p. 55.
TUBERCULOSE
différences parfois considérables dans l'évolution. Chez les animaux affectés accidentellement, les variations évolutives sont plus marquées encore; certains présentent des lésions très limitées, qui se cicatriseront peu à peu ou qui ne s’étendront que très peu, dans un voisinage immédiat; chez d’autres, l’envahissement s’opère encore lentement, par une diffusion continue et régulière ou par des poussées irrégulières; chez d’autres enfin, une évolution aiguë éclate et la plupart des parenchymes sont atteints.
Le bacille de Koch exerce sur les tissus une action spéciale qui aboutit à l’édification du tubercule (1). Entraînés dans un milieu favorable par les cellules migratiles, les bacilles vont provoquer des accidents quelque peu variables suivant le mode de la pénétration et suivant le tissu considéré.
Borrel a étudié la genèse du tubercule pulmonaire. Chez le lapin inoculé dans les veines, on constate quelques minutes seulement après la pénétration une leucocytose polynucléaire intense, au niveau des capillaires et des vaisseaux du poumon. Les bacilles sont inclus pour la plupart dans les leucocytes; ceux-ci sont libres dans les capillaires ou accumulés en foyers. Les leucocytes polynucléaires restent en partie contenus dans les vaisseaux, tandis que d’autres passent dans les alvéoles. En tous les points, ils sont tués par les bacilles qu’ils renferment et ils subissent une dégénérescence rapide; à partir du cinquième jour, ils ont totalement disparu. Les bacilles libres vont provoquer l’édification tuberculeuse, à la fois dans les vaisseaux et dans les alvéoles. Dans les vaisseaux, on constate, quarante-huit heures après l’inoculation, l’arrivée de grands leucocytes mononucléaires ; ceux-ci entourent les bacilles et les leucocytes polynucléaires en voie de désintégration ; certains se fusionnent pour constituer des cellules géantes qui englobent à leur tour les bacilles. La granulation tuberculeuse est alors constituée au sein d’un capillaire dilaté ; elle comprend dans son centre une ou plusieurs cellules géantes et, à la périphérie, une accumulation de leucocytes mononucléaires qui se transformeront en cellules épithélioïdes. Dans les alvéoles, le processus est comparable ; mais ce sont les cellules à poussière (Staubzellen) qui jouent le rôle dévolu dans les capillaires aux leucocytes mono-
(1) Metchnikoff. — Leçons sur la pathologie comparée de l’inflammation, 1892. — Sthaus. — Sur l’histogenèse du tubercule. Revue de la Tuberculose, t. 1, 1893, p. 1 (avec bibliog.). — Coknil. — Sur les phénomènes de karyokinèse observés dans la tuberculose. Études sur la tuberculose, t. 1, 1877, p. 1. — Yersin. — Étude sur le développement du tubercule expérimental, Annales de l’Institut Pasteur, t. Il, 1888, p. 245. — Borrel. — Tuberculose pulmonaire expérimentale. ld., t. "VII, 1893, p. 593.
PATHOGÉNIE
nucléaires. Dès le cinquième jour, les tubercules embryonnaires sont visibles dans le poumon; ils forment un semis très fin de granulations, qui s’étendent progressivement en restant isolées. Peu à peu, les contours des capillaires compris dans les tubercules s’atténuent et disparaissent, tandis que le nombre des cellules épithélioïdes s’accroît. Du douzième au vingtième jour, les granulations s’étendent, puis apparaît la caséification des parties centrales qui marque le début de la généralisation des lésions.
Dans le foie ou dans la rate, l’évolution est analogue (Yersin). Les bacilles inoculés s’arrêtent dans les capillaires; ils se multiplient sur place, déterminant un afflux de leucocytes qui dilatent les vaisseaux. A aucun moment, on ne reconnaît une multiplication karyokinétique ou une dégénérescence des cellules hépatiques. Vers la fin de la deuxième semaine, on observe la formation des cellules géantes et la formation d’une ceinture épithélioïde. Les animaux succombent avant que la caséification ait pu être observée.
D’après ces constatations, les cellules fixes des tissus ne jouent qu'un rôle de support passif, sans participer en rien à la néoformation; suivant l’expression de Metchnikoff, « le tubercule est composé d'une réunion de phagocytes d’origine mésodermique, qui affluent vers les endroits où se trouvent les bacilles, et les englobent » (1).
L'extension des lésions tuberculeuses s’opère principalement par la voie lymphatique. Dans le poumon envahi (Borrel), la réaction secondaire est indiquée, dès que commence la caséification des granulations primitives, par un énorme développement des voies lymphatiques péri-bronchiques, péri-vasculaires et sous-pleurales. Sur le trajet des vaisseaux, on rencontre des granulations tuberculeuses greffées sur la paroi et développées dans les espaces lymphatiques. Les mêmes accidents sont constatés autour des bronches. De plus, les alvéoles participent au processus ; les cellules lymphatiques épanchées dans les cavités deviennent l’origine des pneumonies alvéolaires tuberculeuses.
Le bacille exerce son action sur les tissus par l’intermédiaire de poisons très résistants et intimement liés à leur propre substance.
(1) Cette théorie phagocytaire du tubercule est repoussée encore par un grand nombre d’histologistes. Ceux-ci admettent, avec Baumgarten, que l'édification première du tubercule s’eü'ectue aux dépens et par la prolifération des éléments fixes des tissus. Les lymphocytes mobiles n’infiltrent le nodule tuberculeux que tardivement, et leur immigration ne constitue qu’un phénomène d’importance secondaire. Dans le poumon et dans le rein, ce sont les épithéliums et les endothéliums qui prolifèrent, par voie de karyokinèse ; dans la rate et dans les ganglions, ce sont les cellules aplaties des cloisons qui se multiplient, dans le foie, ce sont les cellules hépatiques et, accessoirement, celles de l’endothélium des capillaires.
TUBERCULOSE
L’injection de bacilles tuberculeux tués par un chauffage prolongé à 130°, dans les veines du lapin, provoque des lésions identiques à celles qui sont déterminées par les cultures vivantes, la dégénérescence caséeuse y comprise; injectés dans le péritoine du lapin, du cobaye, du chien, les bacilles morts déterminent une péritonite tuberculeuse typique (1).
Certaines matières sont encore produites qui sont diffusées dans les organismes infectés ; la nature de ces toxines et leur rôle dans la pathogénie sont à peine connus.
Résistance du virus (2). — Le bacille de Koch résiste énergiquement à la plupart des causes de destruction ; toutefois cette résistance varie suivant l’origine des microbes et suivant les matières auxquelles ils sont associés.
La dessiccation ne détruit que lentement la virulence ; des produits tuberculeux desséchés ou pulvérisés ont été trouvés virulents pendant cent deux (Cadéac et Malet) et cent quatre-vingt jours (Schill et Fischer). Les crachats desséchés conservent leurs propriétés pendant neuf à dix mois à 25°, pendant deux mois à 30-35° (Pietro). La lumière solaire a une action beaucoup plus marquée ; exposé en couche mince, le virus est rapidement détruit. (Koch.)
Dans les sols, le bacille persiste pendant un long temps dans les matières en putréfaction ; Cadéac et Malet ont constaté la virulence dans des poumons enfouis depuis cent soixante-sept jours. Dans l 'eau, le virus n’est détruit que très lentement; des cultures de tuberculose aviaire, mélangées à de l’eau de Seine stérilisée, sont encore virulentes après cinquante-deux jours à 8-12° et après soixante-dix jours à 15-20° Chantemesse et (Widal) ; de petits fragments de rate, immergés dans un bocal à une température de 3-8° conservent leurs propriétés pendant dix- sept jours (Galtier) ; des fragments de poumon, également immergés, sont encore virulents après cent vingt jours (Cadéac et Malet).
La résistance à la chaleur est moins considérable. Dans les cultures, le bacille aviaire est tué en dix minutes à 70°, qu’il soit sporulé
(1) Straus et Gamaleia. — Contribution à L'étude du poison tuberculeux. Archives de raéd. expérim., 1891, p. 705.
(2) Yersin. — Action de quelques antiseptiques et de la chaleur sur le bacille de la tuberculose. Annales de l’Institut Pasteur, t. Il, 1888, p. GO. — Cadéac et Malet. — Recherches expérimentales sur la virulence des matières tuberculeuses desséchées, putréfiées et congelées. Revue vét., 1889, p. L — Recherches de Koch, Korster, Galtier, Vallin, Grancher et Ledoux-Lebard, Tiioinot, Arloing, Bonhoff, Pietro....
RÉSISTANCE DU VIRUS
ou non. Bonhoff a obtenu des résultats semblables; les bacilles sont tués en vingt minutes à 60°, en cinq à dix minutes à 70° ; ils ne sont pas modifiés après douze heures de chauffage à 50°.
Les recherches de Grancher et Ledoux-Lebard montrent que la chaleur humide détruit assez facilement la virulence du bacille d’origine humaine; celui-ci est tué à 100° en une demi-minute; la virulence est atténuée déjà après un chauffage à 60° pendant cinq minutes. Les cultures desséchées soumises à la chaleur sèche sont de beaucoup plus résistantes ; leurs propriétés persistent, bien qu’affaiblies, après un chauffage à 100° pendant deux et trois heures.
Dans les matières animales virulentes, fragments d organes ou crachats, la destruction est facilitée ou retardée par diverses conditions, notamment par le degré d’acidité ou d’alcalinité des produits, et les résultats sont moins précis. Les expériences de Forster et de Man montrent que dans les pulpes d’organes, les crachats, le lait, la virulence est détruite :
A 55° en 4 heures.
— 65“ — 20 minutes.
Le froid n’a aucune action ; des fragments de tissus congelés à 2-12° pendant vingt à trente jours sont encore virulents (Galtier); dans l’eau à 1-8° le virus résiste à cent vingt jours de congélation. (Cadéac et Malet.)
Les antiseptiques ont des effets différents suivant qu'ils agissent sur le bacille isolé ou sur diverses substances virulentes.
Dans les expériences de Yersin, l'antiseptique agit directement sur le bacille aviaire; les résultats sont les suivants :
A 80“ — 5 minutes
Antiseptiques.
Bacilles encore vivants après :
Bacilles tués après :
Acide phonique à 5 p. 100
30 secondes.
1 minute.
Alcool absolu
5 minutes.
Éther iodoformé à 1 p. 100
Éther
5 minutes.
Bichlorure de mercure à 1 p. 1000.
Thymol à 3 p. 1000
2 heures.
Eau saturée de créosote
1 heure.
— de naphtol p
Acide salicylique à 2,5 p. 1000. ..
6 heures.
Acide borique à 4 p. 100
Dans les matières virulentes, la destruction du bacille est plus difficilement obtenue. Àrloing n’a pas obtenu la stérilisation du « suc tuberculeux humain » après vingt heures de mélange (à par-
TUBERCULOSE
ties égales) avec les solutions suivantes : sublimé corrosif à 1 p. 10000; chlorure de sodium à saturation, acide phéniqueà 1 p. 10; acide salicylique à 1 p. 1000; iodure de potassium à 1 : 4; permanganate de potasse à 1 : 50.
Les cultures et les crachats sont stérilisés après vingt-quatre heures d’exposition à l’acide sulfureux produit par la combustion de 60 grammes de soufre par mètre cube (Thoinot.)
Modifications de la virulence. Immunisation. — Une atténuation dans la virulence du bacille est observée dans diverses conditions; elle se produit par le simple vieillissement des cultures. Grancher et II. Martin ont obtenu, chez le lapin, une immunité partielle par des inoculations successives de virus d’énergie croissante. Héricourt et Richet ont réalisé l’immunisation du chien par l’inoculation de cultures du bacille aviaire.
Des tentatives plus nombreuses ont été faites dans le but de produire l’immunisation par l’inoculation des produits solubles fournis par le bacille. Héricourt et Richet confèrent une certaine résistance au lapin par les injections intra-veineuses de cultures stérilisées par des chauffages successifs à 80° ; Gourmont et Dor obtiennent un résultat analogue par les inoculations au lapin de cultures dans l’eau glycérinée filtrées sur Chamberland.
Par contre, Maffuci et Hammerschlag n’ont produit chez le cobaye aucun effet vaccinal avec les cultures stérilisées par le chauffage ou par le vieillissement. Enfin la tuberculine est également impuissante à procurer l’immunisation des organismes dans quelque condition que ce soit.
Les essais d’immunisation par les injections de sérum provenant de chiens vaccinés contre la tuberculose aviaire (Héricourt et Richet) n’ont donné que des résultats insuffisants.
La prétendue immunité naturelle de certaines espèces (chèvre, mouton, âne) a donné l’idée de recourir aux inoculations préventives ou curatives du sang ou du sérum sanguin de ces animaux. Toutes ces tentatives sont restées infructueuses.
Traitement.
La tuberculose des animaux a été considérée jusqu’ici comme une maladie incurable, et, en fait, les nombreuses médications préconisées se sont toujours montrées impuissantes. On peut prévoir cependant que des lésions récentes, telles qu’elles peuvent être
PROPHYLAXIE
décelées par la tuberculine, pourraient être guéries ou enrayées dans leur marche par un traitement approprié.
Chez les bovidés, Nocard a obtenu des résultats encourageants par l’emploi des injections sous-cutanées d’huile créosotée :
Créosote pure /
Huile stérilisée )
En injections sous-cutanées tous les 3 ou 4 jours
aa 10 à 25 grammes.
La médication doit être prolongée pendant de longs mois, les animaux étant éprouvés de temps à autre par la tuberculine.
D’autre part, les inoculations de tuberculine entreront probablement un jour dans la thérapeutique. Cette substance pourra être utilisée sans doute sous certaines conditions (tuberculose récente, tuberculoses locales), alors que ses effets sur 1 organisme infecté seront plus complètement connus. L’action si remarquable qu’elle détermine au niveau des lésions spécifiques permet de prévoir sa puissante efficacité contre certaines d’entre elles.
Prophylaxie.
Les règles d’une prophylaxie certainement efficace des tuberculoses animales sont faciles à préciser à l’heure actuelle. Chez toutes les espèces, la maladie peut être prévenue par l’emploi de mesures sanitaires extrêmement simples.
I. Bovidés. — La prévention de la tuberculose est basée essentiellement sur l’utilisation des propriétés révélatrices de la tuberculine. Chez les animaux sains, les inoculations ne déterminent aucun trouble fonctionnel immédiat ou éloigné ; les nombreuses observations de Nocard et de Bang démontrent qu’elles ne gênent en rien la lactation, la gestation ou l’engraissement. Les expériences précises de James Law (1) établissent en outre que l’inoculation ne modifie pas l'accroissement, non plus que la quantité et la composition chimique du lait.
Dans toutes les étables, quels que soient le nombre et le mode d’utilisation des animaux, on doit s’assurer de leur état de santé par les inoculations. Des faits nombreux pourraient être cités montrant que, même dans les étables les mieux tenues, des bovidés qui paraissent en excellente condition, sont néanmoins affectés. Si la tuberculine dénonce des malades et des suspects, ceux-ci seront rigoureusement isolés des animaux sains ; il n’est pas nécessaire de les
(I) James Law. — Experiments with tuberculin on non-tuberculous coics. '1 lie veterinary Magazine, t. 11, 1895, p. 67.
Nocard et Leclaiînche.
TUBERCULOSE
faire abattre sur-le-champ. Ceux chez lesquels l’examen clinique a révélé 1 existence de quelque symptôme de la maladie, — toux fréquente, expectoration, engorgement ganglionnaire, induration de la mamelle, — devront être mis à l’engrais et livrés à la boucherie aussitôt que possible ; ceux-là sont en effet les plus dangereux au point de vue de la contagion; les autres n’ayant, pour la plupart, que des lésions peu accusées, parfois insignifiantes, pourront continuer à être utilisés, sans gros danger, pour la production du travail ou du lait; on pourra même conserver les vaches pleines et garder leurs veaux en toute sécurité, à la condition de les isoler des mères dès leur naissance, de leur donner une nourrice saine ou de les nourrir au biberon, avec du lait bouilli.
Il est superflu de dire que si l’on peut utiliser les animaux que la tuberculine a dénoncés, il est interdit de les vendre pour une destination autre que la boucherie.
Dès que les malades ont quitté l’étable, on procède à une désinfection complète. Celle-ci comprend le nettoyage des sols et des parois, complété par un lavage à l’eau bouillante, à la brosse et au balai dur, de toutes les surfaces accessibles, puis l'irrigation avec des solutions antiseptiques. L’acide phénique, la créoline et le lysol en solutions à 4 p. 100 sont de bons désinfectants ; leur action est considérablement accrue si l'on chauffe les solutions au moment de leur emploi. La désinfection est complétée par le dégagement de vapeurs sulfureuses dans les locaux hermétiquement clos (40 à 60 grammes de soufre par mètre cube). Alors que les sols sont en terre battue, il est bon de procéder à leur réfection ; les anfractuosités des parois, des murs de face ou de soutènement, seront comblées avec le ciment.
La tuberculose étant chassée de l’étable on devra l’empêcher d’y rentrer et la tuberculine permettra d’éviter une infection nouvelle. Ici encore il faut considérer systématiquement comme suspect tout animal nouveau qui doit être introduit dans l’élevage, en dépit de sa provenance et de son apparence. La porte de l’étable ne doit lui être ouverte que lorsqu’il a subi l’épreuve critère de la tuberculine.
Les autres modes d’introduction de la tuberculose dans l’étable seront facilement prévenus; ils sont spéciaux pour la plupart à certaines conditions de l’exploitation. La contagion d’une étable à une autre, voisine ou attenante, est empêchée par des mesures sanitaires fort simples (apport du virus par les eaux, les personnes...). Le séjour des animaux dans des cours contaminées ou renfermant des fumiers infectés, 1 usage d abreuvoirs communs
PROPHYLAXIE
seront interdits. Le séjour prolongé des animaux dans les troupeaux renfermant des malades (troupeaux communaux) est encore une cause possible mais peu fréquente de la contagion. Enfin l’accès habituel des étables sera défendu aux personnes tuberculeuses, capables de répandre des crachats virulents.
L’épreuve par la tuberculine devra être renouvelée de temps à autre dans les étables. Alors que l’effectif est nombreux, il est prudent de pratiquer chaque année les inoculations; une nouvelle épreuve s’imposera si les conditions de l’exploitation sont telles que des modes de contagion indirecte puissent être soupçonnés (pâturages communs, etc...).
Ces règles prophylactiques si simples suffiraient, si elles pouvaient être partout appliquées, pour faire disparaître en quelques années la tuberculose des bovidés.
L’on ne peut malheureusement espérer un pareil résultat. Il faut compter sur l’ignorance du plus grand nombre, sur l’indifférence de beaucoup et sur la résistance de quelques-uns. I ne intervention des pouvoirs publics est nécessaire et urgente ; elle doit tendre dès maintenant à enrayer la marche librement envahissante de la maladie et à préparer l’application de mesures sanitaires capables de détruire les foyers de la contagion.
11 importe avant tout de combler les lacunes de la législation qui concerne la tuberculose et d’appliquer aux « suspects » un régime spécial. Devraient être considérés comme tèls, tous les bovidés qui ont cohabité habituellement avec un animal reconnu atteint, la suspicion pouvant être levée si l’animal résiste à l’épreuve de la tuberculine. De même que les malades, les suspects devraient être placés sous la surveillance sanitaire, pour être livrés à la boucherie au moment jugé favorable parle propriétaire; l’utilisation de leur lait ne devrait être permise qu’après constatation de la complète intégrité de la glande mammaire.
L’application de ces mesures serait efficacement assurée, d’une part par l’inspection sanitaire effective des abattoirs, des tueries particulières et des clos d’équarissage, de l’autre par l’interdiction de la vente des bovidés suspects. Devrait être considéré comme légalement suspect et donner lieu à l'annulation de la vente, tout bovidé qui présenterait, à l’expertise, une hyperthermie égale ou supérieure à 1°,5, après l’injection de la tuberculine. On éviterait du même coup ces procès continuels qui achèvent de ruiner les éleveurs en certaines régions et qui ne démontrent que trop clairement 1 insuffisance des prescriptions actuelles.
TUBERCULOSE
Quelques mesures spéciales sont encore d’une application immédiatement possible. Dans les vacheries destinées à la production du lait consommé en nature, situées dans les villes ou dans les banlieues, les inoculations révélatrices peuvent être imposées par les maires. De même, dans les campagnes, l’accès des pâturages communaux et l’admission dans le troupeau commun pourront être interdits au bétail provenant d’étables contaminées.
Une intervention sanitaire plus complète deviendra nécessaire dès que l’on entreprendra une lutte offensive contre la contagion. Elle comprendra sans doute l’emploi systématique de la tuberculine dans tous les milieux infectés, l’abatage des malades cliniquement tuberculeux et l’indemnisation sous certaines conditions. Déjà cette lutte est entreprise en Danemark et dans plusieurs gouvernements des États-Unis ; d’autres États, comme la Grande- Bretagne, se préparent à une action vigoureuse. La France pourra profiter de l’expérience acquise, alors qu’elle devra entreprendre à son tour cette lourde tâche. Mais, dès à présent, la tuberculose a cessé d’être un inévitable fléau ; on peut attaquer et vaincre à coup sûr la plus redoutable des contagions animales.
II. Porc. — La tuberculose procède à peu près exclusivement de l’ingestion ; toute la prophylaxie consiste dans l’élimination d’aliments suspects ou dangereux. Il est indiqué de stériliser par la chaleur le lait, la viande ou les débris animaux employés. Dans une porcherie infectée, l’abatage des sujets exposés et la désinfection des locaux sont indispensables. Les reproducteurs pourront être conservés s’ils résistent à l’épreuve de la tuberculine.
III. Cheval. Mouton. Chèvre. — L’infection résulte d’un séjour prolongé à proximité de bovidés atteints ou d’une alimentation habituelle par des matières souillées. La transmission est prévenue par des mesures élémentaires d’isolement.
IV. Carnassiers. — Chez le chien et chez le chat, la tuberculose procède d’une infection par les aliments ou par l’homme. On évitera de donner aux animaux du lait cru et surtout des viscères provenant de bovidés (poumon, foie, rate). La contamination par l’homme se produit ordinairement . dans des conditions telles qu’elle ne comporte aucune indication préventive.
V. Oiseaux. — La maladie est importée dans l’élevage par un sujet affecté ; il est donc indiqué de faire subir toujours aux animaux introduits une quarantaine d’observation de un mois au moins. En dépit des résultats expérimentaux acquis, il est prudent de considérer comme possible l’infection par les crachats ou les
déjections de personnes tuberculeuses; on étendra la môme suspicion aux débris animaux qui entrent dans l’alimentation.
Dès que la maladie apparaît dans une basse-cour, il convient de sacrifier tous les animaux et de désinfecter les locaux. 11 est dangereux de conserver les animaux contaminés; sains en apparence, ils présentent en réalité des lésions limitées qui suffisent pour entretenir la contagion.
Transmission à l'homme.
La transmissibilité de la tuberculose des animaux à 1 homme est surabondamment démontrée par les faits d’observation ; mais 1 importance des rapports étiogéniques qui existent entre la tuberculose humaine et les tuberculoses des mammifères est difficile à préciser. Il résulte de quelques études statistiques que, en diverses régions, il existe une relation très nette entre la fréquence de la tuberculose humaine et celle de la tuberculose des bovidés. Bayard (1), qui a réuni sur ce sujet de nombreux documents, a montré que, dans le duché de Bade et en Bavière, les courbes qui expriment la fréquence des tuberculoses humaine et bovine dans les divers cantons se superposent exactement. Alors même qu’elle serait constante, cette relation est loin d’être univoque ; elle peut être interprétée dans le sens d’une transmission de l’homme aux animaux ou des animaux à l’homme; elle peut être aussi rapportée à l’influence de causes locales favorisant à la fois l’infection chez toutes les espèces.
L’analyse des divers modes de la transmission des animaux h l’homme permettra de préciser mieux l’importance de leur rôle. La contagion à l'homme résulte soit d’une inoculation accidentelle de matières virulentes, soit de la cohabilalion avec des animaux malades, soit de Y ingestion de produits animaux virulents, comme le lait ou la viande.
a. Inoculation. — Quelques faits précis sont rapportés qui démontrent l’inoculabilité de la tuberculose des bovidés par effraction tégumentaire. Pfeiffer, puis Tscherning ont constaté, chez des vétérinaires, une évolution tuberculeuse locale, consécutive à une inoculation accidentelle pendant l’autopsie de bovidés tuberculeux (2). Il est certain que de nombreux exemples d’une trans-
(1) Bayard. Ueber die localen Beziehunc/en zwischen der Perlsucht und des Tuberculose des Menschen. Archiv fur Thierheilk., t. XV, 1889, p. 1.
(2) Nocard. — Les tuberculoses animales, p. 121.
TUBERCULOSE
mission par ce mode restent méconnus ; les bouchers, les équarrisseurs sont exposés fréquemment à des inoculations semblables. Il faut remarquer cependant que le virus tuberculeux se développe difficilement dans Je tégument cutané et que les blessures superficielles resteront sans danger. Les inoculations profondes (piqûres, coupures graves) seront seules efficaces; elles aboutiront à une évolution localisée (obs. de Tscherning) ou à la généralisation des lésions (obs. de Pfeiffer).
b. Cohabitation. — Tout ce que l'on sait quant à l’étiologie de la tuberculose montre que la cohabitation habituelle et prolongée avec des malades constitue le mode ordinaire de la contagion. La transmission s’effectue entre animaux de même espèce ou d'espèces différentes (bovidés au cheval, au mouton,...); elle s’effectue aussi de l’homme aux animaux (homme aux bovidés, au chien...). La possibilité d’une contamination de l’homme par les animaux est rendue par là même évidente, mais l’étendue de son rôle est indéterminée.
Une contagion des bovidés à l’homme est à craindre dans les étables gravement envahies, abondamment souillées de virus; elle est d’autant plus imminente que les individus passent un plus long temps dans les locaux infectés et que ceux-ci sont mal entretenus, obscurs et insuffisamment aérés. C’est donc seulement dans certaines conditions d’entretien des animaux que la transmission est à redouter. Dans les régions où le bétail vit pendant presque toute l’année dans les pâturages, dans celles où les habitudes sont telles que les personnes ne séjournent pas dans les étables, une infection est peu à craindre. On s’explique que Bollinger n’ait pas constaté une fréquence anormale de la tuberculose dans les familles des herbagers bavarois qui entretiennent un bétail contaminé. En d’autres pays, au contraire, la stabulation est permanente, certaines personnes restent constamment dans l’étable et elles y couchent souvent; les individus sont exposés dans ces milieux à l’ingestion et à l’inhalation fréquentes de parcelles virulentes ; ils se trouvent placés dans les mêmes conditions que s’ils cohabitaient avec des tuberculeux à une période avancée. Bigotcau a montré que, dans certains villages de la Beauce, où les familles passent dans l’étable toute la saison d’hiver, la tuberculose humaine est exceptionnellement fréquente. La tuberculose des animaux commensaux (chien et chat) est dangereuse encore; les malades répandent des produits virulents (jetage, crachats, urine...) qui infectent les habitations.
c. Ingestion. — L'ingestion des aliments fournis par les animaux
TRANSMISSION A l’iIOMME.
tuberculeux est pour l’homme une source possible de l’infection ; le rôle du lait et de la viande dans la contagion à l’homme a été longuement et bruyamment discuté en ces dernières années.
I. Contagion par le lait(1). — Le lait des vaches tuberculeuses peut renfermer des bacilles et transmettre la maladie par ingestion. Gerlach (1869) a réalisé pour la première fois l’infection expérimentale chez le veau, le porc et le lapin alimentés avec du lait virulent. Zürn, Klebs, Bollinger, Peuch,... obtiennent également des résultats positifs. May, Bang, II. Martin, Galtier, Hirschberger, Ernst,... démontrent la virulence par l’inoculation au lapin ou au cobaye.
En dehors d’une inoculation primitive de la mamelle, très rarement observée, la présence du bacille dans le lait implique la généralisation des lésions. Chez des vaches affectées de tuberculoses locales étendues, la glande restera complètement saine et elle donnera un lait sans bacilles ; il en sera de même encore alors que les lésions, bien que généralisées, auront respecté la mamelle. Beaucoup d’expérimentateurs n’ont eu que des résultats négatifs dans l’épreuve de la virulence; les plus favorisés n’ont obtenu des résultats positifs que dans la minorité des cas. Nocard n’a décelé que trois fois la virulence, par l'inoculation intra-péritonéale au cobaye du lait recueilli purement dans les mamelles de cinquante-quatre vaches affectées de tuberculose généralisée. Il est évident que le lait ne pourra être virulent à un haut degré sans qu’il existe quelque lésion appréciable par l’exploration extérieure de la glande. Au début de l’invasion microbienne, les bacilles qui envahissent les voies lymphatiques et les canaux glandulaires ne provoquent que des altérations discrètes, reconnues seulement par l’examen histologique (2); mais, en ce cas, le lait ne contient qu’un très petit nombre de bacilles et il est par suite peu dangereux.
La fréquence de l’infection des laits du commerce ne peut être exactement prévue. On sait que l’envahissement de la mamelle n’est guère constaté que lors de tuberculose généralisée; mais le liquide est exposé à des souillures diverses pendant et après la mulsia. Gaffky croit à une contamination fréquente par les déjections virulentes desséchées qui souillent la mamelle ou les parties voisines.
(1) Moreau. — Prophylaxie de la tuberculose d'oriyitie alimentaire . Thèse, Paris, 1894. — Nocard. — Les tuberculoses animales. 1 vol., 1895.
(2) Les discussions qui se sont élevées sur ce point reposent sur de simples malentendus. L'on ne saurait prétendre que les bacilles traversent la glande sans provoquer la réaction des tissus; d’autre part il n’est pas douteux que les lésions sont telles parfois quelles échapperont à l’examen direct le plus minutieux.
TUBERCULOSE
Enfin le lait virulent fourni par un animal, mélangé avec des laits d autre provenance, peut suffire à infecter toute la masse.
D’après quelques observateurs, la proportion des laits virulents serait considérable. A Paris, II. Martin (1) éprouve le lait vendu dans les rues; il trouve virulents trois échantillons sur neuf (?). Friis (2), à Copenhague, expérimente avec vingt-huit laits différents; quatre fois le liquide se montre virulent, à l’inoculation. Ernst, à Boston, trouve virulents trois échantillons sur trente-trois. Par contre, Cadiot a éprouvé le lait provenant de quarante-cinq vacheries de Paris ou de la banlieue, sans qu’aucun des cobayes inoculés soit devenu tuberculeux ( Communication inédite).
La virulence du lait est conservée, mais très affaiblie, dans les produits qui en dérivent (3). La présence des bacilles est dénoncée, par l’inoculation ou par la culture, dans le lait caillé et acide pendant dix jours (Ileim), dans le petit-lait pendant seize jours (Galtier), dans les fromages frais ou salés pendant quatorze jours (Ileim) à onze mois (Galtier), dans le beurre pendant cent vingt jours (Gasperini). Roth qui recherche la virulence dans vingt échantillons de beurre du commerce obtient avec deux l’infection des cobayes inoculés (?).
La réalité d'une infection accidentelle de l’homme par le lait des bovidés est hors de doute. Stang, Demme, Gosse,... ont publié des observations dont la signification est absolue.
Le danger qui résulte de l’ingestion des laits riches en bacilles est considérable; heureusement, la dilution du lait virulent avec des laits non infectés a pour effet une atténuation très marquée de la virulence (Gebhart); mais elle a aussi pour conséquence d’augmenter en raison directe le nombre des contaminés. Si dans l’immense majorité des cas une ou plusieurs ingestions n’ont aucun effet fâcheux, le danger de l’infection s’accroît avec le nombre des repas virulents. Souvent les consommateurs insistent pour avoir un lait toujours semblable, provenant d’un même animal ; si ce lait est virulent, la contagion est presque fatale chez les enfants
(1) H. Martin. — Recherches sur la fréquence de la tuberculose. Revue de Méd., 1884,
(2) Fhiis. — Beitrag zur Beleuc/itung der Frage liber die Ansleckungsgefahr der Ban de/smilch mit Dezug auf die Tuberculose. Deutsche Zeitschrift lur Thierm., t. XIX, 1803, p. 115.
(3) Galtier. — Virulence du lait des vaches tuberculeuses., ., 1er Congrès de la tuberculose, 1888, Comptes-rendus, p. 81. — Heim. — Ueber das Verhalten der Krankheitserreger... der Tuberculose in Milch, Butter, Molken und Kiise. Arb. aus dem Gesundheits. 1889. — Gasperini. — Il burro naturale corne mezzo di transmissione délia tubercolosi. Giorn. délia R. Soc. d’Igiene. Milano, 1890. — Roth. — Ueber das Vorkommen von Tuberkelbacillen in der Butter. Corresp. Bl. fur Schweiz.-Aerzte, 1894.
TRANSMISSION A LÏlOMME.
ou chez les malades. Dans quelques cas aussi, le laii tuberculeux « fourmille » de bacilles virulents ; il est admissible que dans ces conditions un seul repas puisse déterminer l’infection chez un sujet peu résistant. Même en se gardant de toute exagération, il est permis de penser, avec nombre d’observateurs, que l’infection par le lait joue un certain rôle dans l’étiologie des tuberculoses du premier âge et notamment dans celle des infections scrofuleuses.
II. — Contagion par les viandes. — La recherche de la virulence dans les viandes provenant de bovidés tuberculeux a fait 1 objet de nombreux travaux (1) et l’interprétation des résultats obtenus a été l’origine de longues controverses.
Gerlach, dès 1875, obtient par une ingestion prolongée des viandes la tuberculisation de trois porcelets sur sept; quatre chiens et neuf lapins restent indemnes. Peuch a, par le même mode, deux résultats positifs chez le porc. Dans des expériences faites en Angleterre, en 1890, Brown obtient l’infection dans la moitié des cas environ, chez le lapin et chez le cobaye. Par contre, Nocard, Mac Fadyean, Perroncito, Galtier, Leclainche ne constatent jamais la transmission, chez le veau, le porc, le chat, le lapin et le cobaye.
L’épreuve de la virulence par Y inoculation, de beaucoup plus sévère, donne un certain nombre de résultats positifs. Galtier obtient la contamination du lapin dans deux séries sur quinze; dans une autre série, seize cobayes et deux lapins inoculés donnent seulement quatre tuberculeux. Yeyssière et Humbert (deux fois), Stubbe (deux fois sur trois), Peuch (une fois) et Moreau réalisent l’infection. Chauveau et Arloing infectent une première fois, avec le suc musculaire, deux cobayes sur vingt inoculés ; dans une seconde épreuve, six cobayes restent indemnes. Kastner, qui ne constate jamais la virulence dans une première série d’expériences, portant sur douze bovidés, obtient, dans une seconde, dix résultats positifs sur douze inoculations.
Nocard inocule au cobaye, dans le péritoine, du jus de viande provenant de vingt et une vaches, présentant presque toutes des lésions généralisées; dans une série seulement, on trouve un cobaye infecté sur quatre inoculés. Mac Fadyean éprouve avec le même insuccès la viande de quatorze bovidés affectés de tuberculose généralisée. Perroncito tente en vain l’inoculation à plus de deux cents lapins et à autant de cobayes.
(1) E. Leclainche. — Lu virulence des viandes tuberculeuses . Revue de la tuberculose, 1894, p. 133 (avec bibliogr.).
TUBERCULOSE
Pris en bloc, et en dehors de toute critique, les résultats précédents montrent que l’infectiosité des viandes provenant de bovidés tuberculeux est tout exceptionnelle; ils montrent aussi que l’infectiosité très exceptionnelle des muscles n’est qu’exceptionnellement appréciable par l’inoculation au cobaye, c’est-à-dire par le procédé le plus certain quant à l’épreuve de la virulence. Si l’on considère seulement les effets de l'ingestion, on voit que l’infection n’est presquejamais réalisée et que les quelques résultatspositifs signalés ont été obtenus dans des conditions telles que leur signification reste au moins douteuse. Toutes les recherches dans lesquelles des précautions ont été prises pour éviter la présence de « lésions tuberculeuses » ou les souillures graves de la viande ingérée ont des résultats entièrement négatifs (1). Il n’est pas une bonne expérience prouvant que l’ingestion des viandes provenant de bovidés tuberculeux est capable d’infecter des réactifs aussi sensibles que le porc ou le cobaye.
Cependant la question ne se trouve pas entièrement résolue par ces constatations. Si le tissu musculaire n’est pas virulent les morceaux mis en vente peuvent être souillés par des matières virulentes ; d’autre part, ils pourront renfermer des masses tuberculeuses disséminées. Les souillures superficielles des morceaux s’opèrent, il est vrai, avec une extrême facilité ; mais la stérilisation est assurée par le flambage le plus sommaire ou la cuisson la plus simple ; les bacilles déposés sont d’ailleurs si peu nombreux que l’on n’obtient pas ainsi la transmission expérimentale par ingestion. Par contre, la présence de petites masses tuberculeuses, adhérentes aux séreuses ou disséminées dans le système lymphatique intermusculaire. constitue une source de réels dangers qui nécessiteraient, à eux seuls, l’inspection sanitaire de tous les animaux destinés à la consommation.
En résumé : la viande des animaux tuberculeux n’est dangereuse que très exceptionnellement; elle l’est toujours à un faible degré. L’ingestion par l’homme d’une viande crue ou insuffisamment cuite renfermant. quelques bacilles serait certainement impuissante à provoquer l’affection. 11 est essentiel de remarquer qu’une circonstance étiogénique dominante, la répétition des infections, qui rend si redoutable la contagion par le lait, fait ici généralement défaut.
L’ingestion de viscères envahis, poumon, foie, rate, serait des
fl) Voyez : Nocard. — Art. Tuberculose. Diction, de Méd. vét., t. XXI, 1892, p. 478. — Report of t/ie Royal C oiïiaiiss io il of tuberculose. London, 1895, §§ 4G, 49 et 09.
plus dangereuses ; si nos habitudes culinaires nous préservent contre une infection semblable, il n’en est plus ainsi en divers pays où certains organes sont consommés crus sous forme de hachis.
Les conclusions applicables à la viandedes bovidés, peuvent-elles être étendues aux autres espèces? A cet égard les données expérimentales sont peu nombreuses et imprécises. Avec la viande du mouton, Gerlach aurait obtenu l’infection du porc, par ingestion, dans deux tentatives; la viande d’un bouc tuberculeux a été ingérée sans résultats par deux lapins. Avec les muscles du porc, loussaint a obtenu une fois l’infection du lapin, par 1 inoculation, tandis que Leclainche a vu les cobayes inoculés dans le péritoine rester indemnes dans deux séries d’expériences ; l’ingestion a donné un résultat positif à Guntber et Harms et un négatif à Gerlach. Enfin, Peuch a réalisé l’infection du lapin par l’inoculation du jus de viande provenant d’un chapon mort tuberculeux.
Il serait intéressant de. compléter ces recherches, surtout en ce qui concerne le porc. La viande du porc est souvent consommée à l’état cru; de plus, les chairs du même animal peuvent être ingérées pendant un long temps par les mêmes personnes (saucissons, salaisons,...) et l’infection serait rendue plus imminente par ce fait. On peut craindre que la virulence soit plus étendue chez le porc que chez les bovidés, en raison de la forme anatomique 'différente des lésions et peut être d’une résistance moindre du tissu musculaire (1). En ce qui concerne les viscères tuberculeux, le danger de contagion est évident. Il est regrettable, pour toutes ces raisons, que la loi française laisse le porc en dehors des mesures sanitaires qu’elle prescrit.
On ne saurait apprécier exactement le rôle des viandes tuberculeuses dans l’infection de l’homme ; mais on peut prévoir que le danger est peu grave. La virulence très faible des muscles, la cuisson au moins partielle qu’ils subissent, et, d’autre part, la discontinuité des ingestions virulentes sont autant de conditions défavorables à la contamination. Le danger théorique qui résulte de cette ingestion n’est guère plus considérable que celui auquel s’exposent chaque jour des milliers d’individus en séjournant dans des locaux infectés par des phtisiques. Il est ù remarquer qu’aucun fait
(1) Chez l’homme, la virulence des muscles serait la règle. Steinheil n'a eu que des résultats positifs dans neuf tentatives ; Gratia et Liénaux signalent deux faits analogues. ■Cependant Leclainche n’a eu qu'un résultat positif sur quatre expériences, en opérant avec les muscles du mollet recueillis purement.
TUBERCULOSE
d observation n’a été cité dans lequel ce mode de l'infection ait été seulement soupçonné. Bollinger a constaté que des familles nourries avec des viandes d’équarrissage ne renfermaient aucun tuberculeux (1).
d. Prophylaxie. — Les règles de la prophylaxie seront facilement déduites de l’exposé qui précède.
Les personnes devront éviter de séjourner longuement dans les étables infectées ; on signalera aux intéressés le réel danger auquel sont exposés les individus qui vivent et couchent dans les étables.
La contagion par le lait, la plus redoutable de toutes, serait évitée sûrement par une mesure d’élémentaire précaution ; ne jamais consommer que du lait préalablement bouilli. Mais il faut compter avec la résistance ou l’ignorance des populations et des mesures protectrices s’imposent. La surveillance des vacheries qui fournissent un lait consommé en nature peut être pratiquement exigée; elle entraînerait l’épreuve par la tuberculine de toutes les bêtes exploitées : celles qui, ayant réagi à la tuberculose, présenteraient une altération quelconque de la mamelle devraient être livrées immédiatement à la boucherie; les autres pourraient continuer à fournir du lait; mais elles devraient être sacrifiées dans le délai d’un an. En Danemark, où certaines associations laitières ont déjà pourvu à ce contrôle, des étables infectées depuis plusieurs dizaines d’années ont été définitivement assainies.
En ce qui concerne le fromage et le beurre, les dangers sont insignifiants, en dépit des résultats expérimentaux signalés. En aucun cas les bacilles ne sont ingérés en quantité suffisante pour faire craindre l’infection. La pasteurisation des laits destinés à l’utilisa tion industrielle n’en est pas moins recommandable, en raison du très grand nombre de germes de toute espèce que renferme le liquide.
Les dangers éventuels des viandes provenant d’animaux tuberculeux sont évités par une surveillance sanitaire des animaux de boucherie. D'une façon générale, il convient de ne saisir la viande des bovidés, si elle est de belle qualité apparente, que si la tuberculose
(1) Bollinger a montré récemment que la diminution dans la fréquence de la tuberculose humaine dans les grandes villes coïncide précisément avec un accroissement du nombre des bovidés tuberculeux qui y sont sacrifiés. Ces données statistiques n'ont évidemment qu’une signification toute relative; elles montrent au moins que l’iniluence de l’alimentation carnée dans l’étiologie de la tuberculose n’est pas telle qu’on avait pu le craindre.
Bollinger. — Ueber Schwindsucht-Sterblichkeit in verschiedenen SUidten Deulschlands nebst Bemerkungen über Hâufigkeit der Rindertuberculose. Münch. medicin. Wochenschrift, 1895, p. 1 et 31.
LÉGISLATION
est généralisée au sens propre du terme. C’est ce principe qui, à l’heure actuelle, domine les réglementations adoptées dans toute l’Europe; on ne saurait légitimer de plus lourdes exigences. La loi française, qui ordonne la saisie dans tous les cas de tuberculose très étendue ou généralisée, donnerait une satisfaction complète si son application était assurée. En fait, les animaux les plus dangereux échappent facilement au contrôle des quelques abattoirs surveillés et tous sont consommés.
Les viandes suspectes seront utilisées sans aucun inconvénient si leur stérilisation est assurée. La salaison , conseillée dans ce but, se montre insuffisante. Galtier, Forster ont établi que la virulence persiste pendant plusieurs mois dans des viscères tuberculeux salés à fond. L’avantage attribué au procédé d’obliger le consommateur à faire bouillir la viande avant que de l’ingérer est illusoire; en nombre de pays, ce sont précisément les viandes salées et les hachis salés qui sont consommés crus. La stérilisation par la chaleur est seule efficace et elle doit être partout recommandée ; des appareils très simples (étuves à vapeur sous pression) permettent d’obtenir dans le centre des masses musculaires exposées une température supérieure à cent degrés. La méthode est employée en Allemagne, dans un grand nombre d’abattoirs où elle donne d’excellents résultats ; elle sauvegarde en partie les intérêts des éleveurs et les populations pauvres se procurent, à un faible prix, une excellente alimentation.
Législation. — France. — La tuberculose est visée par le décret et l'arrêté du 28 juillet 1888.
Art. 9. — Lorsque la tuberculose est constatée sur des animaux de l’espèce bovine, le Préfet prend un arrêté pour mettre ces animaux sous la surveillance du vétérinaire sanitaire.
Art. 10. — Tout animal reconnu tuberculeux est isolé et séquestré. L'animal ne peut être déplacé, si ce n’est pour être abattu. L’abatage a lieu sous la surveillance du vétérinaire sanitaire, qui fait l'autopsie de l'animal et envoie an Préfet le procès-verbal de cette opération dans les cinq jours qui suivent l'abatage.
Art. IL — Les viandes provenant d’animaux tuberculeux sont exclues de la consommation :
1° Si les lésions sont généralisées, c’est-à-dire non confinées exclusivement dans les organes viscéraux et leurs ganglions lymphatiques ;
2° Si les lésions, bien que localisées, ont envahi la plus grande partie <1 un viscère, ou se traduisent par une éruption sur les parois de la poitrine ou de la cavité abdominale. Ces viandes exclues de la consommation, ainsi que les viscères tuberculeux, ne peuvent servira l’alimentation des animaux et doivent être détruites.
TUBERCULOSE
Arl. 12. — L'utilisation des peaux n’est permise qu’après désinfection. Art. 13. — La vente et l'usage du lait provenant de vaches tuberculeuses sont interdits. Toutefois le lait pourra être utilisé sur place pour l’alimentation des animaux, après avoir été bouilli.
Danemark. — En ce qui concerne la tuberculose du bétail (y compris la tuberculose mammaire) cl celle des porcs, le propriétaire ou celui qui a la surveillance des animaux sera tenu :
a. A ne pas conduire des animaux atteints de tuberculose manifeste à des foires, à des expositions d’animaux, dans des pâturages étrangers ou possédés en commun, dans des étables étrangères ou dans d’autres lieux de rassemblement de bestiaux, soit pour l’exportation, soit dans n’importe quel but, et à ne pas vendre ces animaux malades, si ce n’est pour la boucherie;
b. A ne pas vendre et à ne pas employer pour la nourriture des hommes la viande des animaux atteints d’une tuberculose manifeste, à moins que les animaux abattus et leurs viscères n’aient été examinés par un vétérinaire et que celui-ci n’ait donné un certificat permettant l’usage alimentaire;
c. A ne pas vendre le lait des vaches atteintes de la tuberculose mammaire ; à ne pas l’employer à la nourriture des hommes ou à la fabrication du beurre et du fromage et à ne l’employer qu’à l’état cuit pour la nourriture des bestiaux. (Loi du 14 avril 1893, art. 1 1.)