‹ Les maladies microbiennes des animaux (volume 2)Chapitre 118 sur 156 · I. — Symptômes · texte numérisé non relu

I. — Symptômes

§ 1. — lîolryomycose chez le cheval.

Les lésions affectent des localisations très diverses, elles siègent à la fois sur les téguments et dans certains parenchymes.

a. — C’est dans les inflammations du cordon testiculaire consécutives à la castration que le botryomyces a été le plus fréquemment rencontré (Rivolta, Rabe, Johne...). Rien ne prouve, toutefois, qu’il

(î) Kitt. — Das Auseinanderkennen von Rotz und Botnjomykose. Monatsh. f. prakt. Thierh., t. VIII, 1889.

SYMPTÔMES. 615

soit la cause essentielle ou même ordinaire de ces lésions et de nouvelles études sont nécessaires sur ce point (1).

Les caractères cliniques de la tumeur développée sont bien connus. Les néoplasies sont envahissantes ; elles gagnent peu a peu toute l’étendue du cordon dans son trajet abdominal. Certains mycofîbromes du cordon acquièrent un volume considérable. Ils sont constitués par du tissu fibreux, lardacé, résistant, creusé de logettes ou de larges foyers renfermant du pus ou des matières ramollies. Souvent le botryomyces est associé aux microbes ordinaires de la suppuration.

b. — Le parasite a été rencontré encore dans des tumeurs superficielles fibreuses, décrites sont les noms de my codermoïdes (Joline) ou de mycofîbromes. Les néoformations alïectent des localisations variables : Johne a rencontré une tumeur du volume de la tête d un homme au niveau de la pointe du sternum; Soula et Bayer ont enlevé des mycofîbromes volumineux développés dans la région du coude. D’autres localisations sont observées par Bayer au niveau de la pointe de l’épaule, par Ilarms, et Siedamgrotzky sur le garrot, par Rabe, sur le prépuce, par Eber, au niveau du larynx (2), par Storch dans les poches gutturales... Parfois enfin des tumeurs multiples sont rencontrées en divers points. (Siedamgrotzky.)

Les tumeurs sont dures, fibreuses, indolores; leur surface, mamelonnée, présente des foyers superficiels peu étendus de ramollissement, ou encore des orifices fistuleux qui donnent un pus blanc, jaunâtre et grumeleux.

c. — Rabe rapporte un exemple d’infection consécutive à un traumatisme de la région lombaire. Il existe une plaie persistante, de mauvais aspect, à bords épaissis, recouverts de bourgeons charnus grisâtres donnant un pus liquide. Le tissu conjonctif inter-musculaire est extrêmement épaissi, lardacé; le tissu musculaire se montre atrophié, de couleur pâle. Dans l’épaisseur du tissu induré, on troûve des foyers caséeux, de la grosseur d’un pois à celle d’un œuf d’oie; le pus renferme de petits corps jaune-pâle ressemblant h de tins crains de sable.

Dans une seconde observation, Rabe rencontre dans la cavité abdominale une tumeur du poids de quinze kilogrammes, étendue

(U Le Botryomyces ne saurait être considéré comme la cause exclusive des tumeurs du cordon. 11 existe des altérations purement intlammatoires ou dues à des parasites ditlérents : l’actinomyces joue parfois le même rôle que le botryomyces; Kitt et Ilôflich ont rencontré dans des foyers ramollis la bactérie de la septicémie des lapins.

(2) Eber. — Ein Beitrag zur Casuistik der Mi/co fib rom. Deutsche Zeitsclir. fiir Thiormed., t. X VIII, 1892, p. 313.

BOTRYOMYCOSE.

sur la paroi inférieure, depuis la courbure gastrique du gros côlon jusqu’au niveau de la vessie. D’autres tumeurs, de la grosseur d’un '£uf, sont situées dans le voisinage. La masse principale communique avec le dehors par une fistule qui s’ouvre à la face interne de la cuisse, au voisinage du scrotum, et qui donne du pus épais et jaunâtre.

d. — En 1869, Bollinger rencontrait, dans le poumon du cheval, des tubercules fibreux, atteignant jusqu’au volume d’une noix, et renfermant des parasites qu’il désignait provisoirement sous le nom de Zooglea pulmonis equi. Une étude ultérieure montra qu’ils étaient identiques au botryomyces.

Thomassen (1) a constaté également l’envahissement du poumon chez un cheval affecté d’une funiculite mycosique. On observa des symptômes de pneumonie aiguë, suivis de la mort après deux jours. Il existait des lésions de pneumonie lobaire fibrineuse, avec infiltration du tissu par des amas de botryomyces. Les lésions du cordon avaient gagné par reptation le péritoine, les épiploons, le foie, le diaphragme et le poumon. Steiner (1891) a signalé un cas analogue.

e. — Un premier cas de botryomycose de la mamelle est rapporté par Nielsen et Sand en 1890. Dans une observation de Sand (2), il existe une tumeur du volume de la tête d'un homme, dure, mobile, indolore, pénétrée par une douzaine d’orifices fistuleux; le pus qui s’écoule des abcès superficiels renferme des grainsjaunes caractéristiques. L’auteur rapporte cinq autres observations; il pense que cette localisation n’est pas très rare.

f. — Rieck (3) a observé, sur une jument, une généralisation de l’infection sur différents viscères. Le poumon est envahi par de petites masses fibreuses, de la grosseur d’une tête d’épingle à celle d’un pois, renfermant une petite quantité de pus jaunâtre. Le diaphragme est couvert, sur la face péritonéale, de néoformations d’un gris-blanc, rappelant l’aspect de la tuberculose récente des séreuses. A la surface du foie et de la rate existent des conglomérats du volume d’un œuf de poule; les ganglions mésentériques sont aussi envahis. Les lésions de l’utérus sont surtout remarquables ; la paroi considérablement épaissie (5 â 10 cm.), est trans-

tl) Thomassen. — La botryomycose. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét. 1893,

^ (2) Sand. Ueber Bolryomykose im Enter bei der State. Archiv fur Thierheilk., t. XIX,"

(3) Rieck. — Ausyedchnte Bolryomykose bei einer Stute. Archiv fur Thierheilk., t. XX,

LÉSIONS

formée en un tissu fibreux parsemé de nombreux foyers purulents, d’étendue très variable. Les ovaires, qui ont la grosseur d’une grosse pomme, sont remplis par des foyers purulents à parois fibreuses très épaisses.

L’auteur tend à admettre une infection directe de l’utérus, à la suite du coït avec un étalon affecté d’un botryomycome du pénis.

§ 2. — Botryomycose chez les bovidés.

Czokor (1) a rencontré le botryomyces dans la mamelle d une vache. Le parasite avait déterminé des foyers disséminés de sclérose de la glande. Immelmann (2) trouve également la moitié de la mamelle envahie par une tumeur dure renfermant les parasites.

§ 3. — Botryomycosé chez le porc.

Wilbrandt (3) rapporte une observation consécutive à la castration. Il existe une tumeur fluctuante de l’extrémité du cordon et une tuméfaction dure et indolore des muscles de la cuisse.

On trouve, dans le cordon, une collection d’un liquide brun, renfermant de petits corps solides en suspension. Les muscles de la cuisse sont transformés en une masse fibreuse, parsemée de nombreuses cavités du diamètre d’un pois à celui d’une noisette. Les logettes renferment une matière granuleuse, de couleur grise, associée dans certaines à un liquide de couleur brune. Dans le tissu conjonctif enflammé, on trouve les amas du botryomyces.

IL — Lésions.

Les lésions sont analogues à celles qui sont produites par l’actinomyces. Les tumeurs récentes sont constituées par un tissu de granulations et entourées par une zone vascularisée. Plustard, elles sont constituées par un amas de tubercules fibreux, arrondis, présentant un centre ramolli du diamètre d’une tête d’épingle à celui d’un pois. Dans les tumeurs volumineuses, on rencontre des foyers de ramollissement plus étendus, disséminés et

(1) Czokor. — Un cas de botryomycose chez le bœuf. Semaine médicale, 1890, p. 43G.

(2) Immelmann. — Botryomyces im Euter einer Kuh. Archiv fur Thierlieilk., t. XIX, 1893, p. 103.

(3) Wilbrandt. — EinFall von hochgradiger Botryomykose beim Scliwein. Zeitschr. f. Fleisch-und Milchhyg., t. IV, 1894, p.' ni. '

BOTRYOMYGOSE.

contenant un putrilage caséeux ou liquide. La peau et le tissu conjonctif sous-jacent sont transformés en une masse fibreuse recouverte par une croûte d’un gris-rouge.

Les logettes creusées dans les tumeurs et les masses ramollies renferment des grains jaune-pâle, ressemblant à du sable fin, constitués par des masses de botryomyces.

Étiologie. — Étude expérimentale.

La présence du botryomyces au sein de tumeurs indurées ne laisse aucun doute sur son rôle pathogène, liabe a obtenu, par l’inoculation intra-cutanée des cultures, chez le cheval, le développement d’une petite tumeur fibreuse locale et il a retrouvé dans celle-ci les parasites. L’inoculation au mouton et à la chèvre ne produit généralement qu’un œdème inflammatoire passager.

L'infection semble s'opérer par effraction cutanée, soit à la suite d’un traumatisme, soit encore par des frottements réitérés. Dabe pense que l'infection est produite, chez le cheval, par le frottement des harnais qui détermine des érosions et des plaies superficielles. Ainsi s’expliquerait la localisation habituelle dans les points exposés.

Il serait intéressant de rechercher systématiquement les parasites dans les tumeurs développées à la pointe de l’épaule (abcès froids), au passage des sangles,... et aussi dans les fibromes de l'extrémité des membres.

Traitement.

L’extirpation des tumeurs était considérée jusqu’en ces dernières années comme la seule intervention possible.

Des observations de Thomassen (1) établissent que l'iodure de potassium a sur les lésions une action comparable à celle qui est exercée dans l’actinomycose. Des « champignons » volumineux ont été complètement guéris après un mois de traitement. Si l’on ne peut affirmer encore l’efficacité constante de la médication, il convient au moins de l'essayer avant que de recourir aux moyens chirurgicaux. On donne l’iodure, à la dose de dix grammes par jour, pendant quinze jours environ; la dose est abaissée ensuite à six grammes si des signes d’iodisme intense sont constatés.

fl) Thomassen. — Traitement de la funiculite chronique du cheval. Bulletin de la Soc. •centr. de inéd. vét., 189-1, p. 323 et 513.

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