III. — Diagnostic
Le diagnostic clinique est basé à la fois sur 1 évolution et sur l’aspect des lésions.
Généralement, la corde primitive débute, au niveau dune plaie accidentelle, par un bouton et un engorgement diffus. L’ulcère de la lymphangite est souvent typique; ses bords exubérants, renversés, d’un rouge-vif, l’issue d’un pus bien lié, crémeux, sont caractéristiques; l’aspect est tout différent de celui du chancre farcineux, taillé à pic et sécrétant un pus liquide et huileux.
Le diagnostic différentiel de la lymphangite épizootique et de la morve peut présenter cependant de réelles difficultés en quelques cas. Au niveau des fistules anciennes, les ulcères de la lymphangite sont moins caractéristiques; le pus est parfois jaunâtre et filant comme celui du farcin. Toutes les fois qu’un doute subsiste, il convient de recourir à d’autres moyens de diagnostic. Les accidents qui appartiennent à la gourme (lymphangite gourmeuse) et au horse-pox sont facilement différenciés ; en aucun cas, les abcès ne donnent lieu à des ulcérations et il existe presque toujours des signes diagnostiques dont la signification est précise.
L 'examen direct du pus de la lymphangite permet un diagnostic certain et immédiat. A un grossissement de 400 à 500 diamètres et sans coloration, le cryptocoque est très nettement visible; il se différencie par sa forme et par sa coque réfringente des éléments qui l’entourent. Dans les produits obtenus par grattage, sur les muqueuses ou dans les tissus envahis, les parasites sont encore immédiatement retrouvés.
Étiologie. — Étude expérimentale.
La lymphangite est essentiellement une maladie locale ; le virus ne cultive que rarement en dehors des milieux lymphatiques de la région affectée.
LYMPHANGITE ÉPIZOOTIQUE.
La réceptivité est limitée au cheval, au mulet et à l’âne. Le mulet paraît offrir un terrain des plus favorables; il est frappé de préférence en Algérie et à la Guadeloupe. Les conditions qui augmentent l'aptitude individuelle sont insuffisamment déterminées et elles n’agissent probablement qu’en favorisant l’inoculation.
La lymphangite procède exclusivement d’une contagion immédiate, par inoculation intra-dermique. La transmission est facilitée par l’agglomération et la cohabitation des animaux; on s’explique que la maladie soit particulièrement fréquente dans les régiments. D’autre part, les traumatismes cutanés constituent une porte d’entrée pour le virus.
Les modes de l’infection sont facilement prévus. Le pus virulent, répandu sur les litières, est porté au contact d'une plaie (trauma accidentel ou opératoire), ou bien la transmission s’effectue par l’intermédiaire des corps vulnérants eux-mêmes. Les harnais ou les couvertures souillés produisent des inoculations au niveau du garrot, du dos, de la tête...; les étrilles, également souillées, sont des agents très efficients de l’inoculation; tandis que les brosses, les éponges, les objets de pansement ensemencent les plaies. La transmission s’effectue encore par l’intermédiaire des auges, des râteliers, des bat-flancs contre lesquels les animaux se grattent et se blessent. Enfin, les instruments de chirurgie, les matelas d'abatage ou le lit de paille qui a servi aux malades sont des intermédiaires possibles.
La transmission expérimentale a été plusieurs fois réalisée, par l’inoculation sous-cutanée et intra-cutanée, chez le cheval, l'âne et le mulet. Les résultats négatifs de certaines tentatives (Jaubart, Debrade, Wiart) ne sauraient infirmer les résultats positifs obtenus dans d’autres; sous certaines conditions, la lymphangite est inoculable. L’inoculation du pus au mulet (Tixier et Delamotte, Chauvrat), par piqûres ou scarifications, aboutit, après un temps variable (vingt à soixante -six jours), à l’évolution de boutons suivis d’ulcérations et de cordes plus ou moins envahissantes. Chez l’âne, les inoculations (Delamotte, Peuch) restent stériles pendant un mois et plus, puis des boutons apparaissent dans le voisinage qui se transforment en abcès et en plaies ulcéreuses et qui provoquent l’apparition des cordes lymphatiques.
L’inoculation sous-cutanée (Rivolta et Micellone) produit, chez le cheval, de petits nodules au lieu de pénétration; après un mois environ, les tumeurs augmentent de volume et elles s’abcèdent.
Bassi et Venuta ont cherché à réaliser la pénétration au niveau
TRAITEMENT
de plaies artificielles, obtenues par le grattage de la peau, sur deux ânes, un cheval et une chèvre. Seul, le cheval présenta quelques accidents spécifiques, limités au voisinage du point d’inoculation (abcès, plaie et infiltration persistante du tissu conjonctif).
Chez le lapin et chez le cobaye les inoculations paraissent provoquer seulement des suppurations locales, sans généralisation.
Deux points ressortent de ces quelques résultats expérimentaux : l’infection s’opère assez difficilement; elle n’est exprimée parfois qu’après un long temps par des lésions évidentes. Au niveau d une plaie préexistante, la lymphangite symptomatique se développe après un temps qui varie de huit jours à cinq ou six mois (Wiart); Quiclet l’a vue apparaître après quatre-vingt-neul jours. La culture du virus au point de pénétration est donc soumise à des conditions diverses que l’expérimentation pourrait déterminer sans doute. C’est seulement alors que les microbes ont pénétré dans le tissu conjonctif et dans les vaisseaux lymphatiques qu’ils provoquent des accidents appréciables.
La résistance opposée par les tissus est considérable et la phagocytose s'exerce avec une extrême intensité. Les cryptocoques qui pénètrent au delà des ganglions sont ingérés parles leucocytes et détruits presque toujours; c’est seulement au niveau des foyers et par une reptation lente que la diffusion s’opère. Exceptionnellement, les microbes emportés par la voie sanguine déterminent dans le poumon des lésions spécifiques.
Résistance du virus. — Le virus est détruit dans le pus, en quelques minutes, à une température de 80°; il résiste à l’action d’une solution d’acide phénique à 5 p. 100. (Uivolta et Micellone.)
Traitement.
Le traitement a pour objet la destruction sur place du virus.
Au début, il est facile d’extirper complètement les tissus envahis; la plaie d’inoculation est curettée à fond, cautérisée avec le fer rouge et recouverte d’un pansement antiseptique.
Alors que la corde est apparue, l’intervention est déjà plus complexe. Si la tuméfaction, restreinte aux parois du canal, est bien délimitée, on aura recours à l’extirpation totale; on sectionne le lymphatique avec le cautère cultellaire, à quelques centimètres audessus de la terminaison de la corde, puis l’on ouvre le vaisseau sur la partie atteinte et l’on enlève toute l’épaisseur des parois.
lymphangite épizootique.
Un pansement antiseptique et cicatrisant est appliqué. Dans les cas où la tuméfaction diffuse rend l’intervention chirurgicale difficile, « on peut essayer l'application d’un fort vésicatoire, qui détermine quelquefois l’enkystement de la corde, ou, ce qui est plus rare, sa résolution; sinon, il a toujours l’avantage de délimiter le cordon lymphatique et d’enrayer pour quelque temps sa marche progressive. » (Quiclet.)
Lors de lésions étendues en surface, il convient d’attaquer le foyer à la périphérie en détruisant aussitôt les cordes qui tendent à gagner en dehors ; on agira en même temps sur les lésions développées en ponctionnant les abcès, en ouvrant largement avec le cautère les lymphatiques en voie de suppuration. Les parois des cavités mises à découvert sont remplies d’éléments virulents qu’il est indiqué d’atteindre autant que possible; on a préconisé dans ce but la teinture d’iode, les acides, le chlorure de zinc, les préparations mercurielles. L’irrigation avec l’eau très chaude (90-95°) pourrait être essayée avec avantages.
Tous les praticiens sont d’accord sur ce point qu’il convient d’intervenir largement avec le fer et le feu ; l’expérience montre que la cicatrisation s’opère rapidement si l’on a détruit complètement les tissus envahis et ce mode d’intervention abrège de beaucoup la durée du traitement (1).
Prophylaxie.
Les mesures prophylactiques sont destinées à éviter les modes habituels de la contagion. Les prescriptions contenues dans l'Instruction du ministre de la guerre, en date du 11 février 1887, donnent des indications précises à cet égard.
1° Dans les corps où la lymphangite épizootique ou farcineuse viendra à apparaître, des visites de santé seront passées au moins deux lois par semaine.
Elles porteront sur les diverses parties du corps et spécialement sur les régions exposées aux blessures par le harnachement, aux coups de pied, aux embarrures.
(1) Contre le « farcin de l’œil », Caparini recommande le curettage des nodules ou leur excision totale, suivis d’une cautérisation au nitrate d'argent. Dans un cas d’ulcère de la sclérotique, situé en un point inaccessible à l’intervention directe, on obtint une guérison rapide par l’emploi de la pommade suivante :
Précipité rouge 2 grammes.
Vaseline 10 —
Appliquer matin et soir dans le sac conjonctival.
PROPHYLAXIE
2° L’éponge sera supprimée pour le pansage des chevaux, ainsi que dans le service de l'infirmerie.
3° Les cavaliers devront signaler tout cheval atteint d’engorgements, de boutons, de blessures ou de plaies, quels qu’en soient d’ailleurs l’aspect et l'étendue.
4° Dans h* traitement des accidents traumatiques, on ne perdra pas de vue que la lésion par laquelle débute, fréquemment, la lymphangite farcineuse, a des caractères semblables à ceux d’une plaie simple. Si on est obligé de faire usage de topiques liquides, on ne versera dans une sébile que la quantité nécessaire; le pansement terminé, ce vase sera nettoyé à fond. On évitera, autant que possible, de se servir de substances spongieuses, susceptibles de s’imprégner de matières virulentes. On évitera surtout, et en toutes circonstances, d’imprégner des étoupes de liquide médicamenteux, en les appliquant sur le goulot du flacon servant de récipient. Celles qui auront servi au pansement des plaies, soit comme objet de pansement, soit pour l’application de topiques liquides, seront détruites, meme lorsqu'il s'agira de plaies paraissant de bonne nature.
5° Les animaux reconnus atteints, ainsi que ceux qui seraient déclarés douteux, seront isolés des autres- catégories de malades, et, si le casernement le permet, séquestrés dans des cellules individuelles.
6° Pour les chevaux malades, les effets de pansage devront être individ uels.
7° Toutes les fois que les lésions seront limitées à une région, on instituera un traitement chirurgical. On recommande de traiter les abcès par la cautérisation actuelle et les cordes par l’extirpation.
8° Les plaies faisant suite à l'intervention chirurgicale seront traitées comme des plaies ordinaires, mais en prenant, comme il est dit plus liant, les précautions les plus minutieuses pour éviter le transport du virus d’un malade à un autre, par les instruments et les matières à pansement.
9° Lorsque les accidents spécifiques offriront une trop grande ténacité, et surtout lorsque, par leur extension, ils auront tendance à se généraliser, les animaux seront abattus.
10° La désinfection du harnachement, deseffets de pansage et des places occupées par les malades, etc., se fera d'après les règles applicables à la morve.