ESPÈCES AFFECTÉES
exclusivement, une réaction qui permet de déceler à coup sûr l’infection la plus limitée. Les éludes de Preusse, Schuetz, Kitt, Foth... en Allemagne, celles de Iloux et de Nocard en France, de Schindelka en Autriche confirmentles propriétés révélatrices de la malléine, en même temps qu’elles précisent les conditions de son emploi.
Pendant ces dernières années, d’importants travaux ont été consacrés à l’étude expérimentale etanatom o-pathologique de la morve. Néanmoins de nombreuses questions restent encore à résoudre; les connaissances acquises récemment ont montré combien la morve était peu connue en réalité et quelle est l'insuffisance des méthodes de l’observation pure quant à l’analyse des phénomènes.
Bactériologie. — Le microbe de la morve est un fin bacille, mesurant de 2 à 5 \j. de longueur sur 0,5 à 1 [j, d’épaisseur. Après coloration, il se montre souvent constitué par une série de grains colorés, placés bout à bout et séparés par des zones incolores.
Le bacille se colore assez mal par les couleurs d’aniline ; les méthodes de choix sont celles de Lœffler et de Kühne ; il ne conserve ni le Gram, ni le Weigert.
Surtout aérobie, le microbe cultive dans presque tous les milieux, à des températures comprises entre 25° et 42°.
Les bouillons sont uniformément troublés en 24-48 heures ; un dépôt blanchâtre s’opère après quelques jours. Sur gélose, en surface, il se produit une mince couche blanche, semi-transparente, qui s’épaissit peu à peu et devient opaque. Sur sérum gélatinisé, on voit se développer des colonies d’un blanc-opalin, qui s’épaississent et prennent une teinte fauve peu foncée. Sur la pomme de terre, la culture dorme un enduit épais, humide, luisant, visqueux, réllétant après quelques jours une couleur fauve, qui se fonce de plus en plus et qui arrive bientôt à la teinte chocolat-clair.
Le bacille est pathogène pour les solipèdes, le cobaye, le lapin, le chien...
Espèces affectées. — C est presque exclusivement chez les solipèdes domestiques que la morve contractée naturellement est observée ; c’est chez eux.qu’elle s’entretient et se perpétue. Alors que la maladie se présente presque toujours sous une forme aigue chez 1 âne, particulièrement apte à l’infection, elle affecte ordinairement chez le cheval le type chronique; chez le mulet, les formes aiguës,
MORVE
moins fréquentes que chez l’àne, s’observent beaucoup plus souvent que chez le cheval.
Les bovidés sont complètement à l’abri cle la morve; les petits ruminants ne la contractent que très rarement.
Le porc peut être considéré comme complètement réfractaire à la contagion naturelle.
Par contre, les carnassiers n’opposent à l’infection qu’une résistance insuffisante. Le chien et le chat peuvent être contaminés à la suite de l’ingestion de produits virulents. Les carnassiers sauvages entretenus dans les ménageries s’infectent plus facilement encore, à la suite d’une alimentation par des débris d’animaux morveux.
Enfin, Yliomme est exposé à contracter la morve par l’inoculation accidentelle de produits virulents.
Distribution géographique. — Statistique. — La morve est signalée dans tous les pays qui fournissent des renseignements sanitaires. Sa fréquence relative dans les diverses régions dépend uniquement de l’efficacité de l’intervention sanitaire (1).
En France, la maladie est aujourd’hui relativement rare et des progrès considérables ont été réalisés; cependant la contagion est encore disséminée sur tous les points. On compte, en 1887, 1233 chevaux morveux; en 1891, 1146; en 1892, 1035.
En Belgique la maladie est assez fréquente :
Années . 1890 1891 1892 1893
Morveux abattus. 213 154 106 107
La Suisse signale chaque année 25 à 40 cas de morve.
En Allemagne , le total des malades s’abaisse lentement, mais régulièrement. De 1876 à 1886, le nombre des animaux abattus, en Prusse seulement, tombe de 2740 à 1 176. Depuis, la situation n’a cessé de s’améliorer et l’on signale dans tout l’Empire allemand :
Années. 1886 1887 1888 1889 1890 1891 1892
Cas de morve. 1220 1228 1 182 1337 8G6 981 823
Toutes les régions sont envahies; la maladie est surtout fréquente dans les provinces orientales, exposées au dangereux voisinage de la Pologne russe.
L'Autriche accuse annuellement 300 à 400 cas de morve.
(1) L’assertion de Krabbe, qui admet un accroissement dans la fréquence de la morve du pôle à l’équateur, est entièrement erronée.
STATISTIQUE
En Hongrie les chiffres officiels sont les suivants :
Années. 1886 1887 1888 1889 1890 1891 1892 1893
Cas de morve. 893 429 609 787 610 978 683 763
Parmi les principautés danubiennes, la Roumanie signale, en 1892, 149 cas de morve.
La Grande-Bretagne est envahie à un haut degré et la situation est loin de s’améliorer :
Années. 1883 1884 1885 1886 1887 1888 1889 1890 1891 1892 1893
■Cas de morve 1244 1123 946 1114 1482 1581 2246 1808 2435 3001 2133
Les statistiques sont fort incomplètes ; les huit-dixièmes des morveux sont rencontrés à Londres même (2526 cas en 1892; 1619 •en 1893). Le pays de Galles seul serait à peu près indemne.
La Hollande , le Danemark, la Suède, la Norvège sont peu gravement atteints.
En Russie ( 1), la morve est extrêmement répandue. Les statistiques officielles donnent les chiffres suivants pour la Russie d’Europe.
Années. 1881 1882 1883 1884 1885 1886 1887 1888 1889 1890
(6 mois. )
•Cas de morve. 1200 1053 1009 1070 1314 1600 1249 1786 2143 1089
Ces documents insuffisants ne donnent qu’une idée imparfaite •de la gravité de l’infection. En 1891, on trouve dans le gouvernement de Cherson 1283 chevaux morveux et plus de 1000
dans le gouvernement de Saratoff (Berezoff). La Commission ■officielle instituée pour l’étude de la morve estime à 4 p. 1000 la proportion globale des morveux, soit plus de 90 000 malades pour la Russie d Europe se'ulement.
En Afrique, la maladie sévit sur tout le littoral méditerranéen. L Algérie signale, en 1887, 182 morveux et ce chiffre ne représente peut-être pas le quart des cas constatés en réalité.
En Asie, la morve est signalée au Japon, où elle existe de temps immémorial. (Janson.)
L’Amérique ne fournit pas de documents sanitaires précis; il semble que la maladie existe sur tous les points. A Cuba, la morve, importée des États-Unis lors de l'insurrection de 1868, est aujourd’hui très répandue.
En Australie la morve est totalement inconnue. (Loir.)
(1) Woronzoff. — Sur la fréquence de. la morve en Russie. Journ. de méd. vét. de Pétersbourg, 1891. — C. Maehe. — Snivens Udbredelse og For/ioldsreglerne mod samme i Rusland. Tidjs. for Veter. 1894, p. 89.
MORVE
Étude clinique.