I. — Symptômes
La morve se présente chez les solipèdes sous des formes cliniques très diverses et l’on conçoit la répugnance des anciens observateurs à admettre l’identité de lésions aussi dissemblables en apparence. L’analyse exacte des altérations essentielles et l’observation des transformations possibles des types évolutifs avaient cependant permis à quelques-uns d’affirmer la parenté de toutes les formes, puis de les grouper sous la dénomination de diathèse moruo-farcihease. L’expérimentation montre qu’il s’agit d’une seule et même affection, fonction d’un même élément virulent.
Si les vieilles distinctions ont définitivement disparu de la nomenclature, il est néanmoins indispensable d’adopter une division qui permette d’étudier successivement les diverses expressions cliniques de la maladie.
Un premier groupement, universellement adopté, permet de reconnaître, d’après la rapidité de l’évolution, un type aiçju et un type chronique. Ouant aux multiples manifestations de ce dernier, elles sont naturellement différenciées par leurs diverses localisations anatomiques.
§ 1 . — Morve aiguë.
Le début de la morve aiguë est marqué par un état fébrile intense,, précédant toute manifestation locale. En quelques heures, la température atteint 41° et 42°; le malade tombe dans un état de prostration extrême; il est insensible aux excitations; la locomotion est pénible; les poils sont hérissés; on constate des frissons; des tremblements secouent les masses musculaires de la cuisse et de l’épaule. Les muqueuses, injectées, prennent une teinte rouge-foncé et un peu ictérique. Le pouls est faible, filant, à peine perceptible, alors que les battements du cœur sont violents et tumultueux ; on compte 60-80 pulsations par minute; la respiration est accélérée et souvent entrecoupée. L’appétit a disparu à peu près complètement; les barbotages et les liquides froids sont seuls acceptés. L’amaigrissement est extrêmement rapide ; le malade « fond » à vue d’œil, perdant parfois plus de vingt kilos de son poids en vingt-quatre heures.
Ces signes, qui caractérisent la période d’invasion de la morve,
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augmentent graduellement d’intensité, puis apparaissent, après 1-3 jours, des symptômes locaux spécifiques.
Les altérations de la morve aiguë siègent, comme dans la forme chronique, sur les muqueuses et sur la peau ; mais la coexistence des deux ordres de lésions est ici très fréquente.
La pituitaire est le siège d’une congestion intense; la muqueuse d’une teinte rouge vif, est bientôt ponctuée de taches ecchymotiques plus foncées. Au niveau de celles-ci se montrent des élevures ou vésico-pustules arrondies, du diamètre d’une lentille à celui d’un pois, remplies d’un liquide séro-purulent, limitées par une mince pellicule épidermique dont la coloration jaunâtre tranche sur la teinte foncée des parties voisines. Ces vésicules, plus ou moins confluentes, s’ouvrent après quelques heures, laissant à découvert une surface ulcéreuse, tapissée de fines granulations d’un rouge vif; ces surfaces prennent très vite l’aspect d’un chancre cupuliforme, limité par un bourrelet infiltré, de coloration plus pâle. Dès le début des altérations de la muqueuse, il s’établit un jetage, ordinairement bilatéral, d’abord séreux et citrin, puismucopurulent,de teinte safranée et môlé de stries sanguines; l’écoulement devient abondant; les matières rejetées adhèrent au pourtour des naseaux et souillent la lèvre supérieure.
Les ulcérations primitives progressent dans tous les sens avec une extrême rapidité; elles dessinent, par leur confluence, des surfaces irrégulières, recouvertes de muco-pus, limitées comme le chancre isolé par un bourrelet infiltré de teinte pâle, bordé luimême par une zone congestive. On rencontre parfois des plaques oedémateuses, au niveau desquelles la destruction des éléments anatomiques semble s'opérer sans réaction immédiate, les couches superficielles étant transformées en une matière pulpeuse dont l’élimination laisse à nu une plaie ulcéreuse d’emblée. En d’autres points, l’oblitération des vaisseaux détermine l’escarification du territoire irrigué et la muqueuse s’élimine sous la forme de lambeaux noirs, ramollis et entraînés par le jetage. A cette période, l’écoulement nasal est très abondant; les matières rejetées renferment des coagula fibrineux et des débris de tissus mortifiés; de teinte safranée, souvent striées de sang, toujours visqueuses, elles adhèrent aux ailes du nez et déterminent le rétrécissement des orifices.
En même temps qu’évoluent les lésions de la pituitaire, d’autres manifestations sont observées le plus souvent. Des engorgements volumineux, œdémateux, chauds, douloureux, apparaissent simul-
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tanément en divers points, notamment aux membres, au niveau des lianes, des épaules, à l’extrémité inférieure de la tête... En 12-24 heures, l’œdème sc résorbe en partie et des boutons se développent qui, très rapidement, se ramollissent et s’ulcèrent, laissant après eux une plaie profonde, d’un rouge sombre, dont les bords sont infiltrés et taillés à pic. Ordinairement confluents, ces chancres se réunissent et forment des plaies irrégulières, envahissantes, qui donnent un pus abondant, sanieux, de couleur lie-de-vin ou safranée.
Les lymphatiques de la région, d’abord noyés dans un œdème chaud diffus, se dessinent bientôt, en même temps que l’engorgement diminue, sous la forme d’un relief dur se prolongeant jusqu’aux ganglions voisins. Sur le trajet se montrent des nodosités qui se ramollissent et s’ulcèrent comme les boutons; les plaies voisines se réunissent par extension périphérique et la corde se trouve transformée, en différents points de son parcours, en une tranchée ulcéreuse qui fournit une abondante suppuration.
Les ganglions explorables (sous-glossiens, inguinaux...) sont hypertrophiés, douloureux, entourés d’un œdème persistant ; la suppuration s’établit assez souvent et l’ouverture de l’abcès donne un pus mal lié, visqueux, de teinte lie-de-vin ou safranée.
Des symptômes généraux de la plus haute gravité accompagnent l'évolution des accidents spécifiques. La température atteint 42° ; l’état d’abattement est extrême et l’inappétence complète ; les boissons froides sont seules acceptées en petites quantités; les muqueuses ont une teinte rouge-brique ou violacée; le pouls est faible et vite; la respiration, courte et précipitée; on perçoit un bruit de cornage ou de sifflement, dû à l’obstruction partielle des voies supérieures ou des naseaux (croûtes, œdème...). Le malade maigrit avec une rapidité surprenante; il fond à vue d’œil, perdant par jour jusqu’à 40 kilos de son poids.
La morve aiguë se termine presque toujours par la mort en 8-30 jours; les exemples de passage à l’état chronique sont observés surtout lors de simples poussées subaiguës, développées pendant le cours de la morve chronique. Des signes de congestion pulmonaire ou de pneumonie lobulaire à foyers multiples apparaissent dans les dernières périodes et la mort survient, par asphyxie le plus souvent.
En outre des manifestations essentielles de la morve aiguë, d’autres accidents compliquent en certains cas l’évolution. On observe ainsi des synovites ou des arthrites, d’apparence rhuma-
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tismale, qui débutent soudainement sous la forme la plus grave. Des inflammations testiculaires se montrent également, limitées •à la séreuse ou étendues en même temps au parenchyme du testicule. (V. Morve chronique.)
§ 2. — Morve chronique.
Sous le type chronique, la morve se présente sous les deux formes classiques de morve cutanée ou farcin et de morve proprement dite, étendue aux muqueuses et aux parenchymes. Cette dernière est localisée à peu près exclusivement sur 1 appareil respiratoire et l’on reconnaît diverses formes cliniques, suivant la localisation des lésions dans les cavités nasales, sur le larynx ou la trachée et dans le poumon.
On étudiera successivement les symptômes essentiels de la morve cutanée ou farcin, de la morve nasale , de la morve laryngo-trachéale et de la morve pulmonaire. Dans un autre paragraphe seront indiqués les signes contingents communs aux différentes localisations.
a. Morve cutanée ou farcin. — Les symptômes du farcin chronique évoluent seuls ou en même temps que ceux de la morve chronique. Ils consistent essentiellement en l’apparition de tumeurs cutanées, aboutissant à l’ulcération et suivies de l’engorgement des ganglions et des vaisseaux lymphatiques afférents.
On peut considérer successivement le boulon , ou lésion cutanée initiale, l’inflammation du vaisseau lymphatique ou la corde et la tuméfaction ganglionnaire ou la glande. Dans un dernier paragraphe seront signalés les symptômes accessoires, généraux ou locaux.
I. Bouton farcineux. — Le bouton débute par l’apparition d'une tuméfaction inflammatoire mal délimitée, du volume d’une noisette à celui d’un œuf, intéressant les couches profondes du derme ou le tissu conjonctif sous-cutané. Les tumeurs sont œdémateuses, chaudes, douloureuses à la pression, isolées ou confluentes; clics se montrent de préférence dans les endroits où la peau est fine et le tissu conjonctif abondant, à la face interne des cuisses, sur les faces latérales de l’encolure, aux flancs... En quelques jours, les caractères primitifs de la tumeur se modifient ; la région est moins douloureuse, l’œdème se résorbe en partie et la partie centrale, densifiée, apparaît nettement sous la forme d’un nodule régulièrement arrondi, à peu près indolore. Après un temps variable suivant l’épaisseur du derme et la situation initiale
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du foyer, on perçoit au centre un point de fluctuation qui s’étend peu à peu. La peau qui recouvre le foyer s’amincit graduellement, les poils tombent à la surface et la membrane nécrosée se fend ou s’élimine en des lambeaux irréguliers. En de nombreux points, les foyers sont ouverts prématurément, par l’action de traumatismes de tout ordre.
Le contenu du bouton farcineux est un liquide visqueux, oléiforme, jaune, parfois strié de sang (huile defarciri) ; très pauvre en éléments ligurés, il renferme quelques globules de pus, des gouttelettes graisseuses et de nombreuses granulations.
La plaie qui résulte de l’ouverture spontanée ou artificielle du bouton farcineux est rebelle à la cicatrisation et elle affecte le caractère ulcéreux. Ses bords, taillés à pic, sont formés par un amas de bourgeons charnus de couleur rouge-foncé ou jaunâtre; le fond de la cicatrice est tapissé par un tissu granuleux de teinte livide ou violacée. Le chancre farcineux ainsi formé s’étend ordinairement en profondeur et en surface, conservant toujours les mêmes caractères; au voisinage, la peau est épaissie et indurée; un pus huileux continue à s’écouler de la plaie et se concrète en croûtes grisâtres ou dorées, adhérentes aux poils.
Lors d’éruption confluente, les ulcérations, qui ont évolué isolément, se réunissent pour constituer des surfaces ulcéreuses irrégulières, sillonnées d’élevures fongueuses représentant les parois des chancres primitifs et limitées par une bordure de bourgeons charnus de couleur terne.
Tous les modes d’apparition et de répartition des boutons farcineux sont observés. L’éruption est confluente ou discrète, localisée ou généralisée; tantôt elle se produit en une seule fois, tantôt elle procède par poussées successives. Souvent l’on ne constate pendant un long temps que quelques plaies, ou même une seule, situées de préférence sur les membres postérieurs, à un niveau variable. Chez les animaux en bon état, bien nourris, et dans certaines formes à marche lente, les plaies se cicatrisent peu à peu ; d’autre part, dans les points où la peau est peu vivante, à l’extrémité des membres notamment, des plaies simples persistent indéfiniment et il est souvent impossible de les différencier d’un ulcère farcineux.
IL Lymphangite farcineuse. — L’évolution des boutons et des chancres farcineux s’accompagne toujours d’un engorgement des vaisseaux lymphatiques voisins. En rapport, d’une façon générale, avec l’étendue de l’éruption, la lymphangite farcineuse
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sera d’autant plus marquée que les lymphatiques de la région sont plus abondants et plus superficiels. Très nette par exemple au niveau des lymphatiques satellites de la saphène, de la veine de l’éperon ou de la radiale, elle sera à peine perceptible là où les lymphatiques pénètrent profondément.
Le processus évolutif de la corde correspond de tous points à celui du bouton. Elle débute par un engorgement chaud, douloureux, œdémateux, situé sur le trajet du vaisseau lymphatique compris entre le siège de l’éruption et le ganglion afférent. En quelques jours, les caractères inflammatoires s atténuent et 1 on perçoit, au centre de la masse œdématiée, un cordon volumineux, constitué par les parois épaissies du lymphatique. Plus tard encore, l’œdème a complètement disparu et il reste une tumeur cylindrique, de diamètre variable suivant le calibre primitif du vaisseau, ordinairement peu douloureuse.
La corde peut conserver indéfiniment ces caractères, mais souvent apparaissent, en différents points de son trajet, des renflements arrondis ou ovalaires de la grosseur d’une noisette environ, inégalement distants les uns des autres (chapelet). Chacune de ces tumeurs évolue comme un bouton farcineux; la partie centrale se ramollit, la peau amincie se déchire et laisse échapper un liquide lie-de-vin ou huileux, identique à celui qui s’écoule du boulon primitif. Les mêmes modifications se produisant en divers points sur le trajet de la corde, celle-ci présente une série d’ulcérations, communiquant entre elles par le canal enflammé et fournissant une abondante sécrétion. Les ulcères progressent dans tous les sens; les plus voisins se réunissent pour constituer des tranchées ulcéreuses, suivant exactement le trajet du vaisseau lymphatique, tapissées d’une couche irrégulière de bourgeons charnus livides et friables.
III. Adénite farcineuse. — Les ganglions qui collectent la lymphe des régions envahies subissent des modifications analogues à celles qu’éprouvent les vaisseaux. En même temps que la corde se dessine, un engorgement, œdémateux, chaud, douloureux, apparaît à leur niveau. Après quelques jours, l’œdème disparaît et le paquet ganglionnaire densifié forme une masse unique, indolore, dure et bosselée. Ces caractères persistent indéfiniment; l’on ne constate que rarement des foyers de ramollissement et encore ceux-ci n’aboutissent-ils presque jamais à l’abcédation. L’ouverture artificielle du ganglion détermine une fistule persistante et l'orifice affecte le caractère ulcéreux.
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En outre de ces signes essentiels, on voit parfois survenir au cours de la maladie des accidents cutanés connus sous le nom de kystes farcineux. Observés chez quelques animaux seulement, ils se rencontrent sur les parois costales ou encore sur les faces latérales de l’encolure. Ils débutent soudainement, sous la forme de tumeurs dures, sans caractères inflammatoires, qui se ramollissent en quelques heures pour constituer une collection liquide. Le volume des kystes farcineux varie entre celui d’un œuf et celui du poing; ils sont froids, insensibles, également fluctuants dans toute leur étendue ; la peau, distendue à leur surface, n’a subi aucune altération. Les tumeurs restent ordinairement stationnaires; elles n’ont aucune tendance à l’ulcération. Si l'on ouvre le kyste, il s’en échappe un liquide huileux, filant, de couleur jaune ; les bords de la plaie s’agglutinent, se soudent, et la collection se produit à nouveau ; en d’autres cas, l’ouverture reste béante, la sécrétion continue et l’occlusion ne s’opère que lentement, par l’accollement des parois du kyste.
b. Morve nasale. — L’évolution des altérations spécifiques sur la muqueuse des cavités nasales aboutit à la formation d’ulcérations ou chancres , en même temps qu’elle provoque une sécrétion pathologique, le jetage . et la tuméfaction des ganglions sous-glossiens ou la glande. Cette « trinité symptomatique » constitue le syndrome univoque de la morve nasale.
I. Chancre. — Le chancre débute, sur la pituitaire, soit par une vésicule, soit par un bouton. La vésicule évolue rapidement ; au centre d’une ecchymose de la muqueuse apparaît une élevure grise ou jaunâtre, due au soulèvement de l’épiderme par une gouttelette liquide; la membrane se rompt et il reste une petite plaie superficielle, entourée d’une zone congestionnée. Au lieu de se cicatriser, cette plaie se creuse, s’étend, et prend les caractères de l’ulcère. L’évolution du boutone st analogue à celle du bouton farcineux : l’éruption, localisée de préférence sur le repli de l’aile interne du nez, est précédée d’une ecchymose et parfois d’œdème sous-muqueux; puis un épaississement se produit qui constitue bientôt une nodosité arrondie, dure, grise ou jaunâtre, de la grosseur d’une tête d’épingle à celle d’une lentille. Un peu plus tard, la partie centrale se ramollit, la membrane de revêtement, amincie et soulevée par l’exsudât, laisse échapper le contenu. Il reste un bourrelet saillant, limitant une dépression centrale qui devient ulcéreuse. Quelle que soit son origine, le chancre de morve se présente sous la forme d’une plaie arrondie, creusée régulièrement aux dépens de
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la muqueuse ; ses bords, indurés, taillés à pic et un peu saillants, donnent au doigt la sensation d’un tissu cartilagineux ; le fond, gris ou jaunâtre, semé d’un fin piqueté rouge, est recouvert d’un enduit muco-purulent.
La destruction moléculaire continuant au niveau des ulcères, les chancres s’élargissent peu à peu ; les plus voisins se réunissent pour former des plaques à contours découpés, en même temps que sont détruites les parties profondes de la muqueuse et parfois les tissus sous-jacents. Chez certains animaux, au contraire, l’organisme se défend efficacement ; la plaie superficielle qui suit l’éruption vésiculeuse conserve ses caractères ; son fond est rose, finement granuleux et la cicatrisation s’opère lentement. Chez d’autres, la réparation s’effectue après l’évolution complète des chancres; il se forme alors des plaques cicatricielles, d’apparence fibreuse, affectant souvent une disposition rayonnée. Ces cicatrices siègent presque toujours dans les régions profondes des cavités nasales; rarement elles constituent un symptôme de la maladie.
L’évolution des chancres sur la pituitaire a pour conséquence la dilatation puis la thrombose des vaisseaux veineux ; souvent ceuxci se rupturent en produisant des épistaxis dont la constatation présente une haute importance diagnostique.
IL Jetage. — Les qualités et la quantité du jetage varient à la fois en raison de l’intensité et de l’étendue des lésions. Les caractères qui lui sont assignés ne sauraient donc être considérés que comme des indications générales, soumises à de nombreuses exceptions.
L’écoulement est le plus souvent unilatéral (1) ; il est continu, mais plus abondant pendant le travail; la matière rejetée est visqueuse, poisseuse ; elle adhère au pourtour des naseaux, où elle se dessèche en croûtes d’un gris-foncé. Pendant la période d’éruption des chancres, le jetage est muqueux ; il devient ensuite muco-purulent, jaunâtre, parfois mêlé de grumeaux d’aspect caséeux comme dans la collection des poches gutturales. A certains moments, le jetage est strié de sang ou accompagné, au début surtout, de véritables épistaxis.
IIL Glande. — L ulcération de la pituitaire est toujours accompagnée d’une tuméfaction ganglionnaire déformé particulière, unila-
(1) C’est l’opinion très générale des auteurs français, de II. Bouley en particulier. D’après les statistiques de Bagge, l’écoulement est double dans la moitié des cas et l écoulement unilatéral se produit aussi souvent à droite qu'à gauche. DieckerhofT confirme ces indications et il déclare tout à fait erronée l’opinion qui admet une prédominance du jetage unilatéral.
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térale ou bilatérale suivant l’extension des lésions, désignée depuis longtemps sous le nom de « glande ».
Les ganglions sous-glossiens ont augmenté de volume ; ils forment une masse unique, arrondie, indolore, uniformément dure en tous les points, mamelonnée à sa surface, rarement adhérente à la peau, fixée profondément dans l’auge et comme attachée à la base de la langue.
Ces caractères classiques de la glande de morve ne sont rencontrés qu’à une période avancée et lors de lésions étendues. Au début et dans le cas d’altérations limitées, quelques lobules glandulaires sont seuls atteints; ils constituent de petites masses dures, arrondies, comme isolées des autres lobides, restés normaux ou légèrement infiltrés.
La suppuration est extrêmement rare; dans ce cas, le pus liquide, sanieux, filant, rappelle l’huile de farcin. La plaie résultant de l’abcédation ou de la ponction se cicatrice lentement en affectant les caractères des orifices fistuleux. En même temps que les accidents spécifiques évoluent, des symptômes divers sont observés qui varient suivant l’àge, les localisations et l’étendue des lésions.
Dès le début, on observe ainsi des épistaxis plus ou moins abondantes, dues à la distension et à la rupture des vaisseaux de la pituitaire au niveau de l’éruption. Dans quelques cas, il se produit du larmoiement, dû vraisemblablement à l’oblitération du canal lacrymal. Parfois enfin il existe une collection des cornets, des sinus ou des poches gutturales de même origine.
c. Morve laryngo-trachéale. — Morve cl A baclie. — La localisation exclusive des chancres morveux sur la muqueuse du larynx ou de la trachée constitue une forme clinique particulière, étudiée pour la première fois par Abadie.
On constate dans ce cas une vive sensibilité du larynx et de la
trachée; la plus légère compression exercée à leur niveau provoque de la toux et l’expectoration de mucosités purulentes, fortement striées de sang. Lorsque l’animal est laissé libre, ces mucosités, projetées dans la bouche, sont dégluties après quelques mouvements de mâchonnement; pour apprécier leurs caractères, on doit maintenir la langue au dehors de la bouche et provoquer en même temps la toux.
cl Morve pulmonaire. — Morve interne. — La présence de lésions morveuses dans le poumon n’est décelée par aucun signe spécial et les symptômes indiqués expriment seulement des complica-
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tions qui peuvent ne se produire qu’après un long temps ou faire complètement défaut.
La toux sèche, profonde, avortée, l’essoufflement, le soubresaut du liane appartiennent à la bronchite chronique et à l’emphysème consécutif. La sensibilité des côtes, l’exsudât pleural sont la conséquence de pleurésies locales dues à l’évolution de foyers superficiels.
e. Symptômes contingents. — En outre des signes essentiels et constants propres à chacune des localisations delà morve chronique, d’autres accidents, à la fois accessoires et contingents, peuvent être rencontrés dans toutes les formes. Les principaux sont : la lymphangite réticulaire, les inflammations testiculaires et les arthrites ou synovites. Enfin, quelques symptômes généraux accompagnent l’évolution de la maladie.
I. Lymphangite réticulaire. — Elle constitue parfois le premier symptôme du farcin, ou bien elle apparaît au cours de la morve et à une période quelconque. En quelques heures, sans cause appréciable, il se produit un engorgement diffus, chaud et douloureux. Le plus souvent localisé à un membre postérieur, il se présente aussi sur les membres thoraciques et, plus rarement, sous la poitrine ou l'abdomen. Lors de localisation sur les membres, la claudication est intense; la tuméfaction est étendue d’emblée à toutes les régions, ou bien elle est localisée d’abord au niveau d’une articulation et elle n’envahit que plus tard les parties voisines.
Les signes inflammatoires ne persistent que pendant quelques jours; l’engorgement devient plus dense, froid, peu douloureux; il conserve ses dimensions primitives. La lymphangite ainsi développée persiste avec ses caractères d'inflammation obscure; le membre atteint est définitivement déformé ; son volume diminue quelque peu sous l’influence de l’exercice modéré pour augmenter après le repos.
Souvent des boutons apparaissent dans la région affectée; si l'éruption est confluente, les ulcérations s’étendent rapidement dans le tissu peu vivant de l’induration; elles se réunissent et délimitent de vastes escarres cutanées. Parfois il se produit dans la masse indurée des foyers de ramollissement qui renferment un pus huileux caractéristique. Le foyer ouvert ne tend pas à 1 ulcération comme le bouton; il se comble peu à peu ou une nouvelle collection se produit, après soudure rapide des parois.