‹ Les maladies microbiennes des animaux (volume 2)Chapitre 132 sur 156 · I. — Symptômes · texte numérisé non relu

I. — Symptômes

La marche ordinairement lente de la maladie et la succession à peu près régulière des divers symptômes qui l’accompagnent permettent de reconnaître trois périodes dans son évolution. Une première phase est caractérisée par l’existence d’altérations limitées aux organes génitaux ; une seconde, par la coexistence d’accidents cutanés et ganglionnaires ; une troisième, par la présence de lésions du système nerveux central.

ci. Première période. — - Les signes qui marquent le début de l’infection doivent être étudiés successivement chez le mâle et chez la femelle.

I. Male. — Les premiers troubles n’apparaissent que quinze à vingt jours après le coït infectant; ils consistent en un engorgement oedémateux, tantôt localisé à la partie déclive du fourreau, tantôt étendu aux testicules et à la paroi abdominale inférieure. Les caractères de l’engorgement sont également variables ; souvent l’œdème est purement passif, froid, indolore; parfois, au contraire, il est nettement inflammatoire, chaud et douloureux. L’évolution de ces accidents n’est pas plus constante; les œdèmes, permanents ou intermittents, persistent en différents points ou bien ils disparaissent complètement.

L’examen du pénis, pendant les premières périodes de la maladie, montre un certain degré d’infiltration, appréciable notamment vers l’extrémité libre. Pendant l’érection, le champignon paraît plus volumineux. La muqueuse uréthrale se montre enflammée vers l’orifice du tube; elle a une teinte foncée; le tissu sousmuqueux est infiltré; parfois, la muqueuse est renversée à l’extérieur, sous la forme d’une saillie polypeuse. La surface du pénis

(1) Lafosse. — Maladies vénériennes des solip'edes. Journ. des vét. du Midi, 1860, p. 606. — Laquerrière, Salnt-Cyr, Trasbot, Braise (loc. cil.).

SYMPTÔMES

présente en quelques cas des taches rouges, des érosions ou des éruptions diverses ; mais ces lésions ne sont ni constantes, ni essentielles et leurs caractères sont extrêmement variables (1).

Les testicules et le cordon, plus ou moins engorgés, sont fréquemment douloureux à la pression. Les ganglions inguinaux sont légèrement infiltrés.

A une période plus avancée, les symptômes se modifient, les engorgements se densifient et deviennent indolores; souvent, il persiste un bourrelet circulaire volumineux, dur, tendu, à 1 endroit où le fourreau se continue avec la muqueuse; la constriction exercée est telle, dans quelques cas, qu’elle détermine la mortification de l’extrémité libre du pénis. La miction est douloureuse; l’animal se campe fréquemment; il trépigne et rejette une faible quantité d’urine. L’ardeur génésique persiste, mais le coït est rendu difficile par le volume anormal du champignon et par la douleur que l’animal ressent au moment de la pénétration dans le vagin.

En dehors de ces altérations locales, on n’observe, pendant tout ce temps, que des symptômes généraux sans signification précise. L’appétit est habituellement conservé et l’on constate cependant un amaigrissement progressif et une émaciation des muscles portant principalement sur le train postérieur; la croupe devient anguleuse; la corde du liane se dessine, ainsi que la « raie de misère ». En même temps la colonne vertébrale est voussée en contre-haut (dos de mulet). Les reins sont très sensibles; sous la pression ou le pincement, l’animal s’affaisse brusquement, ou bien il réagit et « fait le gros dos comme un chat en colère » (Trélut).

IL — Femelle. — Les premiers accidents se montrent chez la femelle cinq ou six jours après le coït; les lèvres de la vulve, — ou plus souvent l’une d’entre elles seulement — sont tuméfiées, œdé-

(1) La non spécificité des éruptions est démontrée à la fois par leur inconstance et par la variabilité de leurs caractères.

Jusqu’en 1847, la dourine reste confondue avec l’exanthème coïtai et des éruptions sont attribuées à la dourine qui n’ont rien de commun avec la maladie. Depuis, les auteurs qui ont observé la dourine insistent pour la plupart sur le peu de valeur diagnostique des altérations locales, chez l’étalon et chez la jument. Rodloff observe seulement des taches rouges sur le pénis, rarement des vésicules et des ulcérations superficielles ; sur le vagin, les vésicules sont rares et jamais on ne voit d’ulcérations. Maresch, en Bohême, a rencontré plusieurs fois des ulcérations sur la muqueuse du vagin et von Thanhotfer signale la présence, en de nombreux cas, d’ulcérations ou de plaques colorées sur la même muqueuse. Trasbot signale, sur le pénis, des papules hémisphériques suivies d’ulcérations confluentes. Laquerrière trouve, sur la muqueuse vaginale, des ulcérations à bords tailles à pic, « ne paraissant intéresser que l’épiderme ».

Par contre, Yvart et Lafosse signalent l’absence fréquente de toute lésion dans la dourine ; ils insistent sur la banalité des éruptions chez les reproducteurs à l'époque de la monte. Signol et Biaise n'ont jamais rencontré d'altérations locales.

DOURINE.

mateuses ; la muqueuse revêt une teinte rouge-vif. L’œdème gagne le périnée et les parties déclives. Par la commissure inférieure de la vulve s’écoule un mucus clair, qui devient, après quelques jours, très abondant, filant, gluant et jaunâtre (1); la muqueuse, recouverte de taches rouges, est épaissie en certains points; elle peut être aussi le siège d’éruptions diverses qui, non plus que chez le mâle, ne présentent rien de caractéristique. Ces lésions sont accompagnées d’une sensation de prurit intense; la jument prend les allures des bêtes nymphomanes ; elle agite constamment la queue, se campe fréquemment et rejette quelques gouttes d'urine, tandis que des contractions longtemps répétées font saillir le clitoris.

Après quelque temps, l'aspect des lésions se modifie. L’œdème, qui a envahi parfois les mamelles et la face interne des cuisses, est froid et indolore. Au niveau des taches rouges primitivement observées sur la muqueuse, il se produit une exfoliation épidermique qui laisse à nu des plaques cicatricielles blanchâtres, peu étendues, à contours irréguliers (taches de crapaud).

Gomme chez le mâle, il existe de l’amaigrissement et les reins sont voussés en contre-haut.

b. Deuxième période. — Cette phase est marquée par une aggravation des symptômes généraux et par l'apparition de quelques accidents particuliers.

En outre d’un état permanent de faiblesse, on note divers troubles de l’innervation, tels que des paralysies, momentanées ou persistantes, des muscles de l’oreille, des lèvres, de l’œil..., une sensibilité anormale de la région lombaire, des frémissements cutanés... Un signe assez constant consiste en un affaissement spasmodique du train postérieur; avec flexion subite de l’articulation du boulet ; observé d’abord à l’allure du trot (faux-pas), l’accident se produit plus tard au pas et pendant le repos.

Un autre symptôme, d’une haute valeur diagnostique, consiste en l’apparition de plaques cutanées saillantes, arrondies, du diamètre d’une pièce de deux francs à celui de la paume de la main. A leur niveau, la peau n’a contracté aucune adhérence profonde ; elle n’est ni chaude, ni douloureuse à l'exploration ; la seule modification subie consiste en un épaississement, avec hérissement des poils de la région. Les plaques peuvent se montrer en toutes les régions du tronc, mais elles évoluent le plus souvent en arrière

(1) Ce symptôme, très généralement signalé par les auteurs, n’est pas constant. Maresch n’a rencontré le catarrhe de la muqueuse que dix-sept lois, sur cent quatre-vingtdix-sept juments observées.

des épaules, sur la croupe, aux flancs — Leur mode d apparition est fort irrégulier: tantôt elles se montrent successivement, à des intervalles variant de un à plusieurs jours ; tantôt elles apparaissent simultanément en tous les points. L’évolution est rapide; développées en 24-36 heures, les plaques persistent pendant 5-8 jours, avec les mêmes caractères, pour disparaître en quelques heures. Aucune altération ne persiste; toutefois la peau reste sèche à leur niveau si l’on provoque la sudation. Ces plaques cutanées arrondies constituent le seul symptôme pathognomonique de la dourine.

A cette période surviennent constamment des engorgements des ganglions lymphatiques; en tous les points explorables, à 1 aine, dans l’auge, à l’entrée de la poitrine..., ils se montrent volumineux, indolores, ramollis, infiltrés; ces caractères persistent sans aboutir à l’induration.

Des signes accessoires sont observés en certains cas. On constate du catarrhe bronchique, permanent ou intermittent; parfois, on perçoit une toux sèche, quinteuse, due sans doute à une compression des pneumo-gastriques par les ganglions engorgés; elle persiste pendant dix à trente jours, pour disparaître momentanément ou définitivement. On observe assez souvent chez les étalons un prurit cutané, généralisé ou limité à quelques régions (1). Il survient des engorgements inflammatoires des synoviales articulaires ou tendineuses, des boiteries, localisées de préférence aux membres postérieurs et dues, semble-t-il, à des douleurs musculaires.

La faiblesse des malades va toujours croissant; l’amaigrissement progresse sans cesse; les muscles de l’arrière-train sont émaciés; les animaux restent longtemps couchés ; ils se relèvent difficilement et la station prolongée paraît pénible. La démarche est mal assurée; la croupe oscille sous une légère pression; les membres rasent le sol pendant la marche. Le trot est pénible, l’animal butte à chaque instant et, de temps à autre, un membre fléchit brusquement au moment de l’appui. Le cabrer est difficilement obtenu. Chez l’étalon, les érections sont lentes, courtes et incomplètes ; souvent le coït ne peut être effectué. Les juments avortent fréquemment.

c. Troisième période. — Dans cette période ultime les accidents d’origine médullaire prédominent. La faiblesse musculaire est de-

(1) Le vétérinaire autrichien Strauss proposait pour la dourine la dénomination de “ maladie du prurit » (Juckkrankheit). D'après Riithe, le prurit se produirait aussi chez les juments et il serait localisé principalement en arriéré des épaules.

Nocard et Leclainche.

DOURINE.

venue plus évidente; la marche est hésitante, pénible; les membres traînent sur le sol; le cabrer est impossible. L’appétit est presque nul; les muqueuses ont une teinte rose-pâle; des œdèmes envahissent les parties déclives. L’urine est épaisse; la quantité d’urée, qui oscille normalement entre 12-15 grammes par litre, atteint jusqu à 34-39 grammes; la proportion des sels de chaux est également augmentée; dans quelques cas, le liquide est très riche en albumine (Saint-Cyr). 11 est à remarquer que, pendant toute l’évolution de la maladie, la température reste normale.

Bientôt la parésie musculaire est telle que le malade ne peut se relever sans aide; des paralysies locales persistent en quelques régions. Enfin la paraplégie s’établit complètement et l’animal tombe pour ne plus se relever. Il peut rester ainsi une quinzaine de jours en position décubitale, la sensibilité et la contractilité musculaire persistant encore, mais considérablement affaiblies. La mort arrive vingt à trente jours en moyenne après le début de la paralysie.

L'évolution est ordinairement lente; elle s’opère en huit à dix mois environ ; souvent la maladie persiste pendant une ou deux années ; par contre, certaines formes, à marche rapide, se terminent par la mort en deux à trois mois, à la suite d’accès de vertige (Biaise). Parfois aussi des complications, dues au décubitus prolongé, ou des fractures des os des membres, abrègent la durée de l'affection.

La guérison est rarement obtenue ; chez quelques animaux, l’évolution paraît momentanément enrayée pendant un certain temps ; puis, après un à trois ans, les malades présentent des accidents médullaires et ils succombent en quelques semaines.

Les observations de Biaise tendent à démontrer que, contrairement à l’opinion généralement accréditée, la marche est plus rapide chez la jument que chez l'étalon. Chez l’âne et chez l’ânesse, l’évolution de la dourine est lente; les accidents restent toujours discrets et il est rare que les animaux succombent.

IL — Lésions.

En outre des accidents spécifiques observés sur les organes génitaux et sur le système nerveux central, il existe des altérations secondaires ou accessoires de beaucoup plus étendues.

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