‹ Les maladies microbiennes des animaux (volume 2)Chapitre 136 sur 156 · AGE · texte numérisé non relu

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particulière. Lors de rage mue, la mâchoire inférieure reste pendante, la langue sort de la bouche, une bave abondante s’écoule de la cavité. Ces signes et l’expression égarée du regard donnent à 1 animal un aspect tout spécial. La préhension des aliments est rendue impossible; la muqueuse buccale se dessèche, se couvre de poussière et revêt une teinte sombre. L’animal reste calme; il ne répond pas aux provocations ; il semble qu’il ait conscience de son impuissance. « Il ne peut pas et ne veut pas mordre, écrit Henri Bouley. Impuissance physique de mordre et involonté de le faire, voilà les deux caractères qui différencient l’une de l’autre les deux formes de la rage canine. » Alors même que l’impotence fonctionnelle est localisée ailleurs qu’aux mâchoires, la tendance à mordre est peu marquée ; après des menaces ou des coups, l’animal consent bien à saisir l’objet présenté; mais toujours avec une certaine prudence et jamais avec cette violence qui est observée dans l’autre forme de la rage. Si la rage mue succède à une phase primitive de rage furieuse, la tendance à mordre pourra persister au contraire jusqu’à ce que la paralysie soit complète. L’évolution est toujours rapide; la paralysie s’étend à tous les nerfs d’origine bulbaire et la mort arrive en deux ou trois jours le plus souvent.

La rage mue, primitive ou secondaire, est de beaucoup la plus ordinaire de toutes les formes paralytiques et elle a été seule décrite jusqu’en ces derniers temps. Exceptionnellement, la paralysie débute dans un membre, se traduisant par de la faiblesse, suivie par une abolition complète de la motilité. En d’autres cas, ce sont les muscles des régions dorsale, abdominale, ou encore le diaphragme qui sont les premiers affectés; parfois enfin on observe, dès le début, de la paraplégie ou de l’hémiplégie. Ces paralysies erratiques se montrent rapidement envahissantes et les animaux succombent en peu de jours, par asphyxie le plus souvent.

§ *1. — liage du cheval.

La rage débute par des signes de tristesse, d’inquiétude et d’agitation. La sensibilité générale et les sensibilités spéciales sont exaltées ; les attouchements, l’impression de la lumière, celle du bruit, provoquent des défenses et des mouvements désordonnés. L'œil exprime l’anxiété; la pupille est dilatée; le regard, fixe, devient par moments féroce et menaçant. Souvent on observe une excitation génésique marquée; l’étalon hennit d’une voix rauque;

SYMPTÔMES

il a des érections fréquentes; la jument se campe et prend les attitudes des bêtes nymphomanes. Des tremblements, des grincements de dents, des contractions spasmodiques des muscles de l’abdomen, des coliques, des claudications passagères peuvent être constatés. Parfois, il existe du prurit au niveau de la morsure; si l’animal peut atteindre la cicatrice avec ses dents, il la mord et cherche à arracher la peau de la région. L’appétit est capricieux et le goût se montre perverti ; le malade laisse 1 avoine ou les fourrages pour ingérer la litière et le fumier; il lèche les murs et déglutit de la terre et des corps étrangers. Dès celte première période, on remarque une difficulté croissante de la déglutition ; bientôt les aliments et surtout les boissons ne peuvent plus franchir le pharynx et sont rejetés par les naseaux. La gorge est douloureuse à la pression; la salive, qui ne peut être déglutie, s’échappe en filets par la commissure des lèvres.

Ces symptômes s’aggravent rapidement et de véritables accès de fureur se manifestent, provoqués par une excitation quelconque. Les coups, les menaces, la vue d’une personne étrangère, l’impression brusque de la lumière, un simple bruit provoquent des mouvements désordonnés; l’animal se précipite pour mordre et, s’il ne peut atteindre l’objet de sa colère, il se jette sur les corps qui l’entourent, les mordant avec une fureur telle qu’il se brise parfois les mâchoires. La vue d’un chien provoque souvent les accès. Certains animaux tournent leur fureur contre eux-mêmes; ils s'infligent des morsures profondes dans la région de la morsure d’inoculation, arrachant par lambeaux la peau, les tendons et les muscles. Les paroxysmes se renouvellent d’autant plus fréquemment que le malade est plus excité; pendant les rémissions, il reste calme, docile et il tolère la présence des personnes qui l’approchent habituellement. La respiration est pénible; les muqueuses sont fortement injectées et de teinte bleuâtre; on compte cSO-100 pulsations par minute; la température s’élève au-dessus de 40 degrés.

Ces crises épuisent rapidement l’animal; la faiblesse devient extrême; la démarche est titubante; des sueurs continuelles inondent le corps. Des paralysies apparaissent, localisées en quelques cas au niveau de la région inoculée ou, plus ordinairement, étendues d’emblée à tout le train postérieur; toujours, elles progressent

lait ue vains

rapidement, le malade tombe pendant une crise et

efforts pour se relever; la respiration, déjà très pénible, est bientôt dyspnéique et la mort arrive après quelques accès convulsifs.

RAGE

La durée de l’évolution totale est de trois à six jours en moyenne.

§ 3. — Rage des ruminants.

La rage se traduit chez le bœuf, le mouton et la chèvre par des signes analogues à ceux qui sont observés chez les espèces précédentes, mais les types évolutifs sont plus variés que chez le cheval et l’on retrouve chez eux les deux formes, furieuse et paralytique, observées chez le chien.

a. Rage furieuse. — Le début est marqué, comme chez le chien, par des phénomènes cérébraux; les animaux sont irritables, les émotions sensorielles provoquent des réactions violentes; certaines régions, les lombes notamment, sont hyperesthésiées. Il se produit une accélération de la respiration et de la circulation ; la température s’élève jusqu’à 40°. Parfois, et plus souvent que chez le cheval, on observe du prurit au niveau du point de l’inoculation. On constate des tremblements généraux et une excitation génésique violente; le taureau mugit, entre en érection, se dresse sur les membres postérieurs; la vache llaire ses voisines et présente les signes habituels des « chaleurs ». La rumination s’opère irrégulièrement et pendant quelques instants seulement ; les aliments sont à peine acceptés, l’animal paraissant distrait à chaque instant par une préoccupation dominante. Les boissons seules sont recherchées.

Ces premiers signes s’accentuent en douze à vingt-quatre heures ; il se produit des hallucinations; les mâles surtout se précipitent en avant, frappant de la corne un ennemi imaginaire; ils poussent des beuglements fréquents, à la fois rauques et sonores. En même temps, des symptômes d’un autre ordre se manifestent; la déglutition est devenue à peu près impossible; des coliques apparaissent, pendant lesquelles les animaux se couchent et se relèvent fréquemment. On remarque des bâillements, du mâchonnement, des mouvements fréquents de la langue et des lèvres, avec écoulement d’une bave abondante et mousseuse. Des efforts de défécation se produisent qui aboutissent au rejet de matières excrémentitiellcs durcies, suivi d’épreintes et de ténesme rectal.

La vue d’un chien presque toujours, quelquefois celle de l’homme, ou même une impression sensorielle quelconque, provoquent un accès de fureur. Attaché à l’étable, l’animal se précipite sur l’objet qui l’irrite, cherchant à frapper de la corne et à mordre; retenu par les liens, il frappe le mur de la tête ou grimpe dans l’auge

SYMPTÔMES

comme s'il était atteint de vertige. Au pâturage, le malade s'isole d’abord, puis il se jette sur les autres animaux et sur l’homme, frappant du pied et de la corne. Des périodes de rémission succèdent à ces crises; l’animal paraît somnolent, hébété, jusqu’à ce qu’une cause occasionnelle quelconque provoque un nouveau paroxysme. En quelques cas, la mort survient brusquement, pendant un des premiers accès.

Peu à peu, les sensibilités s'émoussent; les accès sont plus rares et moins violents et la paralysie débute, soit au niveau du point d’inoculation, soit à la fois en plusieurs régions, soit encore par le train postérieur. Dans tous les cas, les paralysies progressent très vite; le malade tombe, des accidents convulsifs se produisent de temps à autre; on perçoit des grincements de dents; le globe oculaire pivote dans l’orbite et la mort survient, par asphyxie le plus ordinairement.

b. Rage paralytique. — La forme paralytique est marquée à son début par de la tristesse, de l’inquiétude, de l’agitation et par des signes de coliques légères. La paralysie se montre dès les premiers instants; elle débute souvent par une boiterie suivie d’une akinésie complète, étendue rapidement à toute une région. Un retrouve les troubles digestifs observés dans la rage furieuse; bientôt la station est impossible; l’animal tombe et il succombe rapidement à l’extension de la paralysie.

La durée moyenne de l’évolution est de quatre à six jours.

Chez les petits ruminants, les symptômes observés ne diffèrent des précédents que par les attitudes pendant les périodes d’excitation.

Chez le mouton , il se produit des ébrouements fréquents, des grincements de dents; les sujets flairent et lèchent leurs compagnons; puis, subitement, ils deviennent agressifs, frappent du pied avec colère et se précipitent, tête baissée, sur les animaux ou les objets qui les entourent.

Les symptômes sont les mêmes chez la chèvre ; chez le bouc, le sens génésique, déjà très développé chez l’animal sain, est soumis à une extrême surexcitation.

La rage a été étudiée chez le claim dans les récentes épizooties anglaises (1). « Au début de la maladie, les animaux portent la

(1) Cope et IIorsley. — Rapports sur une épidémie de râpe parmi les daims du parc de Richmond. Londres, 1888. — Adami. — Une épidémie de râpe sur un troupeau de daims. Annales de l'Institut Pasteur, t. III. 1889, p. 658.

RAGE

lèle en arrière, sur les épaules, le museau en l’air ; ils ont des tressaillements subits et partent au galop, droit devant eux. Bientôt ils s’élancent contre leurs compagnons, se jetant tète baissée sur les poteaux, les arbres et avec tant de violence qu’ils brisent leurs cornes et s’arrachent des lambeaux de peau. De timides qu’ils sont d’ordinaire, ils deviennent agressifs et mettent le désordre dans le troupeau. A cette période de la maladie, on voit des faons poursuivre audacieusement et mordre de vieux daims. Séparés et enfermés dans un endroit clos, ils se précipitent sur les objets et sur les personnes qui se présentent.

» Après quelques jours, les animaux meurent, dans une crise, ou à la suite de la paralysie envahissante. »

§ 4. — Iîagc du porc.

Dès le début, l’animal paraît inquiet; il grogne fréquemment, s’agite, flaire dans tous les coins et retourne sa litière en tous sens. Au niveau du point mordu existe un prurit violent qui porte l’animal à mordre la cicatrice ou à la déchirer au contact des objets voisins. La voix, altérée, devient rauque et plaintive. L’animal déglutit le fumier et les corps étrangers de toute espèce. Le bruit, la lumière, les attouchements, provoquent des mouvements désordonnés et des cris. Les boissons sont encore recherchées, mais la déglutition estrde plus en plus difficile.

A certains moments, de véritables accès de fureur se produisent; le porc se précipite en avant comme pour attaquer un ennemi; il mord les auges ou les corps qui l'environnent et cherche à atteindre les personnes ou les animaux qui l’approchent.

L’épuisement et la paralysie arrivent bientôt et le malade succombe en deux à quatre jours.

§ U. — Iîagc du lapin (1).

La rage du lapin, presque toujours expérimentale, est connue depuis peu. C’est à M. Galtier, de l’École vétérinaire de Lyon, que revient le mérite d’avoir démontré l’inoculabilité de la rage au lapin et d’avoir fait connaître, le premier et de la façon la plus complète, les symptômes tout à fait spéciaux de l'affection.

(1) Galtieh. — Sur lu raye du lapin. G. H. Acad, des sciences, 25 août 1870. — lldg yes . — Le virus rabique dans ses passages de lapin à lapin. Annales de l'Institut Pasteur, t II, 1888, p. 133.

SYMPTÔMES

Celle découverte devait avoir les conséquences les plus heureuses; elle rendait plus faciles et moins dangereuses les recherches sur la maladie et elle permettait h Pasteur et à ses élèves d’entreprendre l'étude de la rage et d’aboutir en quelques années aux merveilleux résultats que l’on sait.

La rage du lapin présente cette particularité que la forme paralytique d’emblée, qui est l’exception dans les autres espèces, est chez lui la règle.

Le début est marqué par de la somnolence et par de la laiblessc croissante de l’arrière-train ou d’un membre postérieur ; la santé générale ne paraît d’ailleurs nullement altérée. Les mouvements sont rendus plus difficiles, saccadés, puis cet état fait place a une parésie du train postérieur; les membres abdominaux, traînés sur le sol, ne sont soulevés qu’avec peine et cet état s’aggrave jusqu’à la paralysie complète. Quelquefois, la paralysie débute par les parties antérieures, ou encore par de l’hémiplégie ; dans tous les cas, la généralisation est rapide. On observe, dès les premiers instants, des contractures brusques, convulsives, des muscles des membres, du tronc et des mâchoires; plus tard, du mâchonnement, des grincements de dents, de l’hyperesthésie cutanée, de la perversion du goût. La paralysie s’étend graduellement ; la déglutition devient impossible ; certaines zones cutanées sont entièrement anesthésiées ; l’œil est à peine sensible à l’action de la lumière ; la cornée se trouble et les malades succombent dans le coma.

La rage furieuse, caractérisée par la tendance à mordre, est rarement observée chez le lapin et, dans ce cas, la paralysie succède rapidement aux premières manifestations.

Chez le lapin, comme chez le chien, Pasteur a observé des intermittences dans l’évolution de la maladie ; dans un cas, les premiers signes disparurent et la paralysie ne se manifesta à nouveau que quarante-trois jours plus tard.

La température s’élève pendant les quelques jours qui précèdent l’apparition des symptômes, pour tomber au-dessous de la normale dans les dernières périodes (1). Le poids des animaux diminue de 25 p. 100. D’après Lote, la polyurie est constante ; elle apparaît dès les premières périodes et c’est à elle qu’est due en partie la diminution rapide du poids.

(1) U’après Babes, l’hyperthermie prémonitoire est observée exclusivement lors tic l’inoculation de la rage des rues; elle manque totalement si l’on inocule la rage de passage

RAGE

§ <>. — Rage <lcs oiseaux.

On a signalé chez les oiseaux, à la suite de la morsure d'animaux enragés, des signes d’excitation comparables à ceux qui sont constatés chez les mammifères.

Dans la rage obtenue expérimentalement, ces symptômes n’ont jamais été relevés. Chez la poule , « la rage se manifeste par de la somnolence, de l’inappétence, de la paralysie des membres et souvent une grande anémie qui se traduit par la décoloration de la crête. » (Pasteur.)

D’ap rès Gibier, les oiseaux guériraient le plus souvent et ils auraient acquis dès lors une immunité complète.

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