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Diagnostic

Le diagnostic d’une affection aussi protéiforme que la rage présente parfois de sérieuses difficultés. L’absence des symptômes cardinaux de la maladie pendant tout ou partie de son évolution, l’analogie des manifestations observées avec celles d’états mor-

(!) Elsenberg. — Die analomischen Verândcrungen der Speic/icldrüsen bei Wuthkrankheit der Hunde uml Menschen. Centralbl. fur die medic. .Woclicnschr., 1881, p. 225.

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bides d origine très différente, le peu de précision des signes recueillis à l’autopsie rendent souvent une confusion possible.

Ces considérations sont particulièrement applicables à la rage des carnassiers, et cependant c’est dans ce cas surtout qu’il importe de prévenir les dangers, toujours imminents, d’une contagion à 1 homme ou aux animaux. C’est en même temps à l’étude diagnostique de la rage et à la solution des difficultés qu’elle soulève que doit être consacré ce chapitre.

§ I. — liage du chien.

La rage doit être recherchée soit sur l’animal vivant, soit sur le cadavre, et il convient d’examiner successivement ces deux modes.

a. Diagnostic sur l’animal vivant. — Les signes qui traduisent la rage à sa période initiale sont généralement trop vagues pour faire reconnaître la maladie; mais on peut formuler une indication très générale : tout chien dont les habitudes et le caractère paraissent brusquement modifiés doit être considéré comme suspect et aussitôt séquestré. Toujours l’évolution de la rage est rapide; après deux ou trois jours d’observation, on sera exactement fixé sur son existence.

A la période d’état, la rage est affirmée, dans bien des cas, après un simple examen; mais dans d’autres, nombreux aussi, le diagnostic n’est possible qu’après une observation prolongée. Non seulement au début de la rage et pour les formes paralytiques, mais dans la période la plus dangereuse de la forme furieuse, on voit des chiens, conduits par leurs propriétaires avec une simple ficelle, circuler dans les rues, voyager dans les voitures publiques, sans chercher à attaquer et à mordre s’ils ne sont pas provoqués, et sans que leur aspect permette de soupçonner la maladie. Que si ces animaux, tranquilles en apparence, sont irrités, laissés au contact d’autres chiens, et surtout s’ils sont mis en cage et abandonnés par leur maître, ils sont pris aussitôt d’un accès de fureur. On peut poser comme un principe absolu qu’il est impossible d’affirmer à simple vue la non-existence de la rage chez le chien ; toutes les fois qu’un animal est soupçonné, il est indispensable de le séquestrer et de l’observer pendant un certain temps, cette règle de conduite étant indispensable lorsqu’une personne a été mordue. Ce n’est qu’après quarante-huit heures au moins d’une observation rigoureuse, et si aucun fait anormal ne s’est produit, que l’on pourra certifier que l’animal n’est pas enragé.

DIAGNOSTIC

Il est évident que, en dehors des cas où leur capture et leur séquestration présentent de réels dangers, les chiens suspects ne doivent être abattus que lorsque le diagnostic est établi avec certitude. L'autopsie, alors surtout qu’il s’agit d’animaux prématurément sacrifiés, ne donne que des indications insuffisantes ou nulles, tandis qu’une surveillance du malade évite facilement une fâcheuse incertitude (1).

Des états pathologiques nombreux se traduisent, chez le chien, par des symptômes simulant plus ou moins ceux de la rage.

Les douleurs intestinales provoquent une modification profonde dans l’état des animaux, de la tristesse, du coma et parfois une irritabilité qui se traduit par des défenses et des morsures si les malades sont tourmentés par des personnes étrangères. La coexistence de certains symptômes (vomissements, diarrhée, ictère...) et l’étude de l’évolution de la maladie permettent le diagnostic différentiel. Le séjour dans l’intestin de corps étrangers ou de vers intestinaux , avec ou sans perforation des parois, occasionne une série de manifestations analogues à celles de la rage; dans quelques cas seulement, des signes suffisamment précis d’obstruction intestinale ou de péritonite aident au diagnostic. La présence de Y Eustronfjylus gigas dans le rein pourrait déterminer des accidents analogues (2 obs. de Lisi). Le développement de cysticerques dans le cerveau du chien peut provoquer des symptômes rabiformes (Noack). L’ épilepsie ne présente avec la rage qu’une ressemblance éloignée; seules, les crises presque continuelles déterminées chez les jeunes chiens par l’helminthiase rappellent les troubles de la rage. Dans ce cas, comme dans le précédent, l’observation des sujets entre les accès permettra facilement d’éviter une erreur. Les accidents épileptiformes déterminés par Yacariase auriculaire ont donné lieu plusieurs fois à de regrettables confusions. Les accès se produisent au début de la chasse; le chien jette un cri aigu; il bondit, affolé, l’œil hagard, l’écume à la gueule, hurlant chaque fois qu’il se heurte contre un obstacle ; puis il tombe en proie à une véritable attaque d’épilepsie. La soudaineté des accidents, les conditions spéciales dans lesquelles ils se produisent aideront au diagnostic ; celui-ci est assuré par l’observation des animaux après les accès et par la constatation d’un exsudât abondant et des acares dans le conduit auditif. L 'empoisonnement par

(1) L’obligation de l’abatage immédiat des suspects, telle qu’elle résulte du second paragraphe de l’article 10 de la loi sanitaire, s’applique aux animaux suspects d’être contaminés et non à ceux qui sont soupçonnés d’être atteints.

Nocaho et Leclainche,

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la strychnine, fréquent en certaines régions où ce poison est employé à la destruction des « bétes puantes », donne lieu à des crises convulsives inquiétantes, alors qu’en raison de la faible dose ingérée l'intoxication est lente. La présence des contractions musculaires cloniques et les renseignements recueillis sur la manifestation subite de la maladie assurent facilement le diagnostic. Certains irritants cutanés produisent des excitations passagères simulant la rage ; telles, les frictions d'essence de térébenthine, d’essence de moutarde... Les mêmes symptômes ont été observés sur des chiens à la suite de piqûres de guêpes au niveau des lèvres et de la bouche ; les animaux succombèrent et l’on rencontra des corps étrangers dans l’estomac (1). Le rhumatisme aigu occasionne des douleurs vives lors de l’exploration des régions atteintes; le malade surexcité cherche volontiers à mordre sous le moindre contact. (Sarrazin.)

Pendant l’évolution de la maladie des jeunes chiens, on constate des accidents nerveux qui simulent la rage de très près et qui, comme elle, se terminent par des paralysies envahissantes. La coexistence d’autres symptômes propres à la maladie des chiens, ainsi que l’évolution ordinairement lente de ces troubles, mettront sur la voie du diagnostic. Enfin l 'excitation génésique prolongée pourrait s’accompagner, chez les mâles, de manifestations ressemblant à celles de la rage.

Parmi les diverses formes de rage paralytique, la rage mue est la plus facilement reconnue. L’écartement permanent des mâchoires et l’impossibilité de la déglutition appellent l'attention et le diagnostic est précisé facilement, après quelque temps d'observation, par l’apparition des autres symptômes.

La rage mue peut être cependant confondue avec quelques troubles fonctionnels localisés dans les premières voies digestives. La présence de corps étrangers, séjournant dans la bouche ou l’arrière-bouche, détermine l’immobilisation de la mâchoire inférieure et l'impossibilité de la déglutition. Le plus souvent ce sont des fragments osseux qui s’arrêtent dans le pharynx, à l'entrée de l’œsophage, ou qui s’implantent dans les joues, dans le palais, entre les molaires; parfois ce sont des morceaux de bois, des arêtes de poisson, des aiguilles... ou encore une molaire partiellement arrachée et interposée entre les tables dentaires (Bourrel). La paralgsie de la mâchoire inférieure est plusieurs fois signalée

(1) Observation de Kegelaar, rapportée par Hertwig, in Étiologie de la rage. Recueil de méd. vét., 1849, p. 951.

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comme simulant la rage mue ; cependant il semble que la plupart des cas signalés doivent être rapportés plutôt à une distension de l’articulation temporo-maxillaire, causée par une contraction violente des mâchoires sur un os ou autre corps résistant. La douleur ressentie à la suite du moindre mouvement explique l’immobilisation complète de la région (1). L’observation attentive et prolongée des malades montre qu’ils conservent toute leur gaieté; d’autre part, l’immobilisation est absolue dès le début, alors que, dans la rage, des mouvements limités restent possibles pendant presque toute la durée de l’évolution. Presque toujours les animaux guérissent en six à dix jours. Dans quelques cas, la paralysie est liée à des altérations des centres nerveux (Kôrber, Lydtin), mais elle est alors étendue en même temps à d’autres groupes musculaires et l'évolution est généralement progressive (tumeurs). Le tétanos ne simule que d’assez loin la rage ; les mâchoires immobilisées sont fortement rapprochées, les oreilles sont relevées; la contracture habituelle des muscles de la nuque entraîne l’immobilisation de la tête.

L’examen direct de la bouche ne devra être pratiqué qu’avec les plus grandes précautions, quelles que soient les assurances données par les propriétaires qui toujours affirment la présence de tel ou tel corps étranger. Un chien ou un chat qui présente des troubles croissants de la déglutition est toujours suspect; c’est commettre une faute lourde que de s’exposer ou d’exposer les autres à des morsures pour pratiquer une exploration le plus souvent inutile. Il est beaucoup plus sage de séquestrer et d’observer les animaux; lors de la présence d’un corps étranger, le malade fait des tentatives pour s’en débarrasser, soit qu’il porte les pattes dans la région, soit qu’il se livre à des efforts de régurgitation ou de vomissement; dans la rage, au contraire, ces signes font défaut, le malade reste calme et la paralysie se montre bientôt en d’autres points. .

b. Diagnostic sur le cadavre. — En de nombreuses circonstances,

(I) Cet accident fort peu connu est déjà signalé par Caüssê fils sous le titre de Névrose simulant line angine pharyngée, accompagnée de convulsions Ioniques des muscles écarteurs de la mâchoire diacrânienne (Journ. des vêt. du Midi, 1860, p. 146). A la suite de cette observation, Lafosse dit avoir observé deux cas semblables ; il croit à une sub-luxation de la mâchoire. — Nous avons pu recueillir plusieurs observations analogues; dans un cas le diagnostic différentiel put être porté dès le début; l'exploration de l'articulation temporo-maxillaire, et surtout les tentatives de rapprochement de la mâchoire inférieure provoquaient une vive douleur et des cris.

Voy. Cadéac. — Paralysie de la mâchoire inférieure chez un chien. Journal de méd. vêt., 1893," P- 641.

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la rage doit être reconnue sur le cadavre d’un animal mort ou abattu. Le diagnostic sera porté dans ce cas par l’appréciation des lésions trouvées à l’autopsie, ou encore par l’inoculation à certains animaux de produits virulents. On distingue ainsi un diagnostic clinique et un diagnostic expérimental.

I. Diagnostic clinique. — Parmi les lésions ordinaires delà rage, il n’en est aucune qui soit constante ou univoque et, théoriquement, I on ne peut recueillir à l’autopsie que des probabilités, quant à l’existence de la maladie. Les signes fournis par l’examen du tube digestif et de son contenu, seuls immédiatement appréciables, n’ont qu’une valeur toute relative. Si la présence des corps étrangers dans l’estomac et dans l’intestin constitue une forte présomption, elle ne permet aucune affirmation. Lors de douleurs abdominales violentes ou d’empoisonnement, les chiens sont portés à ingérer les matières les plus diverses; d’autre part, de l’herbe, de la corne, de la paille... sont dégluties par certains animaux en dehors de toute maladie grave. La vacuité du tube digestif est moins significative encore et elle peut accompagner des états très nombreux.

Les renseignements obtenus facilitent souvent le diagnostic, mais ils doivent être acceptés avec la plus grande réserve. S’il s’agit d’animaux morts naturellement, chez leur maître, on obtient des indications précises; par contre, en de nombreuses circonstances, les faits observés sont dénaturés, cachés ou amplifiés selon les intérêts des témoins. En l’absence d’indications certaines, on conclura à l’existence de la rage alors que l’on rencontrera des corps étrangers dans l’estomac ou dans l’intestin, ou encore que l’on trouvera le tube digestif vide sans qu’une lésion évidente explique cette vacuité. Dans ce dernier cas, il conviendra d’être très prudent dans l’interprétation des altérations observées; l’obstruction intestinale ou la perforation de l’estomac et de l'intestin par des corps étrangers, loin de suffire à éloigner l’idée de la rage, tendent plutôt à confirmer la suspicion; de même, l’inflammation intense de la muqueuse digestive, la présence, d’ailleurs ordinaire, de vers intestinaux, en quelque quantité que ce soit, n’excluent nullement la possibilité de la rage.

Les difficultés du diagnostic sont plus considérables encore lorsqu’il s’agit d’animaux abattus comme suspects. Ici les renseignements, vagues ou intéressés, n’ont qu’une valeur restreinte et les résultats de l’autopsie constituent le seul ordre d’indications. La présence de corps étrangers, la vacuité du tube digestif, la sé-

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cheresse et les souillures de la muqueuse buccale... confirment, la suspicion. La constatation de la glycosurie, sans avoir une valeur diagnostique absolue, augmente la somme des probabilités.

Par contre, l'absence de ces lésions, la présence de matières exclusivement alimentaires dans l’estomac et dans l’intestin. .. n’impliquent nullement l’absence de la rage, l’animal ayant pu être sacrifié au début de la maladie, alors que 1 appétit était encore conservé. Dans ces conditions, les incertitudes du diagnostic clinique rendent des erreurs inévitables, mais il est au moins possible de déterminer leur sens. Les inconvénients réels d’une suspicion de rage injustifiée sont insignifiants si on les compare aux conséquences d’une méprise qui fait méconnaître la rage existante. Pratiquement, et alors surtout que des personnes ou des animaux ont été mordus, la question doit être ainsi posée: L’autopsie permet-elle d’affirmer que le chien n’est pas enragé ? Et toutes les fois que l’affirmative n’est pas certainement acquise — c’est-à-dire dans la quasi totalité des cas — on doit assurer immédiatement l’application aux personnes et aux herbivores mordus des traitements prophylactiques indiqués. L’oubli de cette règle peut avoir les conséquences les plus graves ; l’on pourrait citer plusieurs cas de mort survenus chez des individus rassurés avec une impardonnable légèreté par les vétérinaires consultés.

Il est essentiel aussi de formuler une opinion nette et immédiate. Dans l’intérêt même des personnes mordues, le vétérinaire ne doit rien laisser soupçonner de son incertitude réelle : si le traitement pasteurien est aujourd’hui populaire, si l’on ne rencontre plus les quelques résistances qu’il fallait vaincre autrefois, il importe de ne point légitimer des hésitations basées sur de simples considérations économiques.

Enfin l’application du traitement doit être aussi rapide que possible; c’est commettre une faute lourde et faire preuve d’une ignorance grossière que d’attendre le résultat éloigné d’une preuve expérimentale pour décider de l’opportunité de l’intervention.

IL Diagnostic expérimental. — Le diagnostic expérimental de la rage est basé sur la virulence constante de certains organes à l’égard de divers animaux et à la suite de modes d’inoculation déterminés. Les centres nerveux fournissent une source abondanleet sûre de matière virulente, dont les propriétés persistent même un long temps après la mort de l'animal (V. Résistance du viras) ; d’autre part, l’inoculation intra-crânienne ou intra-oculaire, auebien

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ou au lapin, constitue un procédé d’épreuve presque infaillible.

La technique très simple de l’inoculation intra-oculaire justifie la préférence qui lui est accordée dans la pratique; d’ailleurs, l’on ne pourrait inoculer dans les centres nerveux que des produits recueillis purement, alors que les souillures ont des conséquences beaucoup moins graves lors d’inoculation intra-oculaire. Il est quelques raisons qui, en dehors des laboratoires, doivent faire préférer le chien au lapin comme réactif. L’évolution de la rage chez le lapin est parfois très rapide ; les symptômes sont peu propres à frapper les personnes et à entraîner la conviction ; au contraire, la rage du chien, à évolution relativement lente, est facilement reconnue sous toutes ses formes. Enfin les accidents de suppuration de l’œil, compliqués parfois de méningite, sont beaucoup plus à craindre chez le lapin que chez le chien. Il est évident que l’on devra s'adresser à des animaux de provenance connue, qui n’ont pu être exposés à la contagion naturelle.

Quel que soit le réactif choisi, la technique de l’opération est simple. Le cerveau et les premières portions de la moelleétant mis à découvert, on prélève, avec des instruments passés dans la flamme, un fragment du bulbe de un centimètre cube environ que l’on dépose dans un mortier préalablement passé dans de l'eau bouillante. On broie la substance nerveuse et l'on ajoute, goutte à goutte, une petite quantité d’eau bouillie, tout en continuant la trituration. L'émulsion bien homogène ainsi obtenue est passée au travers d'un linge fin, puis recueillie dans une seringue de Pravaz, stérilisée à l’eau bouillante comme tous les autres objets et munie d’une aiguille courte et fine. Pendant ce temps, l’animal à inoculer est fixé sur une table et l’on instille, entre les paupières, quelques gouttes d’une solution à 1 p. 20 de chlorhydrate de cocaïne, destinée à insensibiliser la cornée. L'aiguille étant enfoncée obliquement, à la périphérie de la cornée, l’on injecte trois ou quatre gouttes de l’émulsion ; dès que l'on est assuré de la pénétration du liquide dans la chambre antérieure, par la tension oculaire et par le trouble de l’humeur aqueuse, on retire la canule en rapprochant les paupières avec les doigts pour éviter la projection lors de tension excessive. Si l’aiguille employée est trop grosse, il arrive que l’humeur aqueuse s’échappe en partie; mais, si l’injection a été bien faite, ses effets ne sont pas compromis et il reste une quantité suffisante de matière virulente. Autant que possible, on inoculera plusieurs animaux; en quelques cas, d’ailleurs exceptionnels, l’inoculation virulente peut rester’ sans effet, alors surtout que la suppuration

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s’établit hâtivement dans l’œil. Chez le lapin, il est à craindre que, dans les mêmes circonstances, une méningite évolue qui tue rapidement les animaux ou qui s’accompagne d’accidents masquant l’évolution de la rage.

Les signes de l’infection consécutive à l'inoculation apparaissent généralement du douzième au dix-huitième jour, parfois dès le neuvième jour, chez le chien ou chez le lapin. Souvent aussi l’incubation est plus longue et les accidents ne se montrent qu’après trente et quarante jours. Enfin les indications n’ont une valeur absolue que si un assez grand nombre d’animaux ont été inoculés.

Les indications du diagnostic expérimental sont restreintes dans la pratique; il convient presque toujours de formuler un diagnostic immédiat et de ne point attendre les tardives indications fournies par l’inoculation.

§2. — Rage «lu chat.

Les conditions du diagnostic de la rage chez le chat sont à peu près identiques à celles de la rage du chien. Sur l’animal vivant, le diagnostic est rendu difficile par les habitudes sournoises des malades, cachés dans quelque coin obscur, et ne montrant, en dehors des accès, que des symptômes peu précis.

Certains empoisonnements , Y obstruction intestinale, la présence de vers intestinaux... simulent la maladie. La paralysie de la mâchoire inférieure (Vermast) peut faire soupçonner l'existence de la rage mue.

§ 3. — Rage du cheval.

La rage du cheval peut être confondue, dans les premiers instants, avec diverses formes de coliques, notamment avec le vertige abdominal , exprimé par la succession d’accidents digestifs et cérébraux.

Les diverses formes de méningite, parfois les abcè's du cerveau, s’accompagnent encore de périodes d’excitation simulant les accès de rage. La colère, l’excitation produite chez un animal brusquement séparé de ses compagnons (H. Bouley, Peuch) déterminent des phénomènes analogues. Des accidents nerveux, caractérisés par la perversion de 1 instinct et de 1 intelligence, avec hallucinations, ont été observés sur des juments, indépendamment de toute lésion appréciable du cerveau (1).

(1) La bat . — Deux cas de délire aigu sur deux juments. Revue vétérinaire, 1893 p. 13.

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Le diagnostic différentiel, facilité le plus souvent par les renseignements obtenus, est basé sur l’observation des paroxysmes, provoqués par la vue d’une personne étrangère ou par celle d’un chien et differents des crises qui accompagnent les affections cérébrales. A une période plus avancée, la constatation des paralysies envahissantes confirme le diagnostic.

§4. — liage des ruminants.

Il est peu d’affections qui simulent de près la rage chez les ruminants. La maladie est différenciée des accidents nerveux observés dans le cours de la méningite, de la congestion cérébrale, delà fièvre vitulaire... parles signes d’agitation du début, les troubles digestifs, l’altération de la voix... Les accidents causés par certaines intoxications, notamment ceux qui sont consécutifs à l’ingestion des marcs de raisin, du coquelicot (Dieckerhoff), de l'ail sauvage (Pascault). .. sont encore plus facilement différenciés par la coexistence de troubles digestifs divers (salivation, météorisme) et par leur apparition simultanée sur plusieurs animaux. L’empoisonnement, par les sels de plomb provoque des contractures musculaires, de l’hyperesthésie générale, de la salivation, du ténesme et de la paraplégie ; les accès de fureur manquent complètement. La pénétration d'acariens dans l'oreille interne (dermanyssus avium), après perforation de la membrane du tympan, provoque une série de manifestations qui simulent l’accès rabique (Stadler, Schuemacher).

. Étiologie. — Étude expérimentale.

Matières virulentes. — L’épreuve expérimentale de la virulence de la salive, chez le chien et chez l’homme, donne jusqu’en ces derniers temps des résultats incertains. Les uns obtiennent la mort des animaux d’expérience, lapins ou cobayes, en vingtquatre à quarante-huit heures, avec des symptômes équivoques, les autres n’observent aucun accident. Renault ne réussit à transmettre ainsi la rage qu’une fois sur quatre; P. Bert trouve, chez le chien, les salives des glandes parotides et maxillaires privées de toute action nocive; il pense que la virulence résulte du mélange des salives de diverses origines et de leur séjour dans la bouche. Galtier dit avoir inoculé plusieurs fois le produit de deux glandes et des fragments de celles-ci sans obtenir aucun résultat.

ETIOLOGIE.

En 1881, Pasteur observe ehez le lapin, à la suite de l’inoculation de la salive d’un enfant mort enragé, l’évolution d’une maladie nouvelle, transmissible par inoculations successives de la salive ou du sang au lapin ou au chien, mais ne présentant chez ces espèces ni le mode d’évolution, ni les symptômes de la rage vraie. En continuant les études sur l’agent de cette contagion, isolé et cultivé, on acquit cette certitude qu’il n’est qu’un microbe banal (reconnu depuis pour être l’agent essentiel delà pneumonie fibrineuse), assez commun dans la salive des individus sains ou malades; la maladie expérimentale qu’il détermine n'a donc rien de commun avec la rage, mais, en tuant les animaux à bref délai, elle ne donne pas à celle-ci le temps d’évoluer. Ainsi les contradictions apparentes se trouvent expliquées ; si l’inoculation de la salive mixte des chiens ou de l’homme enragé reste sans effet dans la moitié des cas, cela tient à ce que ce liquide renferme toujours un nombre considérable de germes de toute espèce et que ceux-ci, inoculés en même temps que le virus de la rage, pullulent rapidement et le détruisent sur place par un mécanisme quelconque, ou encore qu’ils tuent, les malades en quelques jours, bien avant que la rage ait pu se manifester.

On conçoit combien devient complexe le déterminisme des effets de l’inoculation de la salive impure, variables à la fois suivant la nature des microbes étrangers inoculés et suivant le degré de résistance des sujets d’expérience à l’égard de ceux-ci; on s’explique ce paradoxe, que l’inoculation de la salive mixte des rabiques, toujours virulente , puisse ne transmettre qu’exceptionnellement la maladie.

La contagion de la rage s’effectuant toujours par l’inoculation de la salive, il était de la plus haute importance de déterminer à quel moment de l’évolution la salive recueillie dans la bouche se montre virulente. Les recherches de Nocard et Roux (1) établissent que « la salive peut être déjà virulente trois jours avant l’apparition de tout changement dans les allures du chien. Un animal peut donc présenter tous les signes extérieurs de la santé, manger, être gai et caressant comme à l’ordinaire et porter dans sa gueule le virus de la rage. »

La virulence du tissu des glandes salivaires est moins absolue ; telle ou telle glande peut n’être point virulente alors que les autres le sont déjà, sans que rien puisse faire prévoir l’ordre ou le moment de l’envahissement (2).

fl) Nocard et Roux. — A quel moment le virus rabique apparuil-il dans la bave des animaux enragés? Annales de l’Institut Pasteur, t. IV, 1890, p. 163.

(2) Dans toutes les expériences faites jusqu’ici sur ce sujet, la virulence des produits

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La virulence de la salive, le rôle de celle-ci dans la contamination, avaient fixé l’attention de tous les expérimentateurs, et la localisation exclusive du contage dans ce liquide était admise par tous, lorsqu’en 1881 on constatait, au laboratoire de M. Pasteur, que le virus siège constamment aussi dans le cerveau et dans la moelle. Toutes les parties sont virulentes alors que les animaux ont succombé à la paralysie, au contraire, la virulence est plus ou moins limitée si les malades sont sacrifiés ou s’ils succombent prématurément. Le bulbe est toujours virulent; le liquide céphalo-rachidien l’est aussi presque toujours. Dans les nerfs, la virulence est moins constante et moins marquée que dans les centres ; inégalement répartie, elle siège principalement dans les portions voisines du cerveau ou de la moelle.

Le sang n’est jamais virulent, à quelque période et chez quelque animal qu’il soit recueilli ; les résultats positifs obtenus doivent être attribués soit à une contamination antérieure des sujets mis en expérience, soit à la souillure accidentelle du sang inoculé par des produits virulents.

La lymphe est également inoffensive. Helman a toujours recherché vainement la virulence des ganglions collectant la lymphe des régions inoculées.

Le mucus bronchique, considéré parP. Bert et ses élèves comme un agent possible de contamination, emprunte sans doute ses propriétés à son mélange avec la salive mixte tombée dans la trachée.

Le muscle n’est jamais virulent (Delafond, Renault... Reul, Galtier), non plus que les tissus du foie et de la rate, l'urine, 1 humeur aqueuse, le sperme.

La virulence ordinaire des glandes salivaires a donné 1 idée de rechercher si les glandes analogues au point de vue de la structure, comme le pancréas et la mamelle, peuvent devenir inoculables. Des expériences faites au laboratoire de M. Pasteur établissent que les glandes lacrymales et quelquefois le pancréas des animaux morts de la rage renferment le contage. La virulence du lait est aussi démontrée; Nocard obtient un cas de transmission sur quatre tentatives par l’inoculation du lait recueilli purement chez la chienne. Roux réussit une seule fois à transmettre la rage par inoculation de la matière obtenue, sur une lapine, en broyant dans le lait recueilli des fragments de la mamelle; l'inoculation du lait pur

a été éprouvée par l’injection sous cutanée à divers animaux, c’est-à-dire par une méthode tort défectueuse. Il y aurait lieu de renouveler ces tentatives en ayant recours à l’inoculation intra-oculaire ou intra-crânienne.

reste sans résultats. Bardach constate la virulence du lait, chez une femme enragée, la veille et l’avant-veille de la mort.

En résumé : on ne constate la virulence, en dehors du système nerveux, que dans certaines glandes et dans leurs produits de sécrétion.

Réceptivité. — Il est généralement admis que les diverses espèces possèdent des degrés différents quant à l’aptitude à contracter la rage, mais cette induction vraisemblable n a pas été jusqu’ici rigoureusement démontrée. La réceptivité devrait être étudiée pour chaque espèce à l’égard de chacune des autres et il faudrait tenir compte des degrés possibles de la virulence de la salive suivant les espèces.

Tous les mammifères domestiques contractent la rage; ils sont infectés avec une égale certitude si l’on recourt à certains modes d’inoculation. La fréquence de la maladie chez les carnassiers s’explique facilement par un genre de vie qui multiplie les occasions de la contamination et par les chances plus grandes de morsures. Le chien parmi les carnassiers domestiques, le loup parmi les carnassiers sauvages sont principalement exposés. Le chat est atteint assez souvent mais proportionnellement beaucoup moins que le chien, en raison de ses habitudes solitaires. La rage du loup se montre ordinairement à l’état enzootique ; lagravitéde la contagion est due plutôt à la multiplicité et à l’étendue des morsures qu’à une virulence plus grande de la salive. Il en est de même pour la rage du renard, qui a sévi à diverses reprises sous forme d’épizooties en Autriche, en Allemagne et en Suisse.

Parmi les herbivores domestiques, il n’en est aucun qui présente une résistance marquée. Chez le bœuf, le cheval, le mouton, la chèvre..., l’imminence de la contagion est déterminée seulement par des conditions individuelles et accessoires.

L’influence de la race sur la réceptivité n’est nullement établie ; toutes les statistiques publiées à ce sujet sont sans valeur. Jamais l’on n’a observé des faits d’immunité naturelle comparables à celle que l’on constate, dans certaines populations animales, pour le charbon et la clavelée.

Par contre il existe des variations étendues dans la réceptivité individuelle, celles-ci pouvant être assez puissantes pour doter de l’immunité les espèces les plus exposées. On a vu des chiens résister à des morsures multiples, répétées expérimentalement un grand nombre de fois; en quelques cas, d’ailleurs extrê-

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mement rares, l'inoculation du virus dans l’œil du chien reste inefficace. Toutefois, cette immunité individuelle n’est pas absolue, puisque certains de ces animaux ne résistent pas à l’inoculation intra-crânienne.

Parmi les petits animaux, le lapin et le cobaye sont facilement contaminés.

Seuls, les oiseaux sont à peu près réfractaires.

Modes de la contagion. — Chez les animaux et chez l’homme, la rage est presque toujours transmise par inoculation : le plus souvent par morsures, quelquefois par imprégnation d’une surface absorbante par la matière virulente.

Les dangers de l’inoculation par morsures dépendent à la fois de la forme et du siège de celles-ci, de la qualité et de la quantité de la matière déposée. Les morsures des carnassiers sont incomparablement plus à craindre que celles des herbivores, en raison de la forme des plaies qu’elles déterminent. Les dents du chien, celles du chat, plus facilement encore, pénètrent dans les tissus et déposent profondément le virus ; les herbivores, au contraire, solipèdes ou ruminants, ne produisent généralement que des plaies contuses rendant l’absorption difficile. Le siège de la morsure a une influence bien établie et peut-être complexe sur les suites de l’inoculation. On a remarqué depuis longtemps que les morsures sur des surfaces dépourvues de poils étaient de beaucoup les plus dangereuses ; en effet, si l’effraction porte sur une région couverte de fourrure, la dent se trouve essuyée, comme elle l’est chez l’homme lors de morsure à travers les vêtements. L'observation démontre que les chiens à longs poils (caniches, épagneuls) sont contaminés dans une proportion moindre que les animaux à poil ras; les moutons en laine échappent assez bien à la contagion, alors qu’ils sont tous contaminés après la tonte. Les morsures à la face, aux lèvres ou aux naseaux, chez le cheval et chez le bœuf notamment, sont particulièrement dangereuses; la facilité de l’inoculation est due à la dénudation et à la finesse des tissus, sans doute aussi à une absorption plus rapide et plus complète.

La contagion d’herbivore à herbivore est rendue possible par le dépôt de bave virulente sur des plaies résultant d’attaques préalables avec les cornes. Les morsures sont également capables de déterminer des plaies contuses propres à l’absorption. Gope a vu un daim, mordu aux oreilles et au cou par son compagnon enragé, présenter après dix-neuf jours les symptômes de la rage. La mor-

ETIOLOGIE.

sure du cheval est plus dangereuse que celle des ruminants; elle aboutit à des plaies compliquées, par arrachement, favorables à linoculation.

Modes de la pénétration du virus. — L’effraction cutanée, mode ordinaire de la pénétration du virus dans l’organisme, est loin d’assurer dans tous les cas la transmission de la rage. Chez le chien et chez le lapin, l’inoculation intra-cutanée, par piqûres, scarifications ou grattages, reste sans effet dans près de la moitié des cas. Il existe des différences considérables dans l’imminence de l’infection suivant la quantité de la matière virulente et suivant la région inoculée.

D’ap rès Helman (1), le virus rabique introduit uniquement dans le tissu conjonctif sous-cutané ne produit pas la maladie; il confère l’immunité s il est injecté en quantité suffisante. Par contre, l’injection dans les muscles d’une forte dose de virus fait très souvent naître la rage. L’inoculation sous-cutanée de matière nerveuse, telle qu’elle est couramment pratiquée, provoque l’infection, chez le lapin, dans 75 p. 100 des cas, en raison des lésions accidentelles de tissus aptes à l’absorption.

La pénétration est possible sur certaines muqueuses par simple contact. Galtier a vu la rage évoluer, chez le lapin, onze fois sur quinze, après le dépôt sur la pituitaire de « matière virulente ». La pénétration ne s’opère cependant qu’avec difficulté sur une membrane intacte; chez le lapin, le dépôt sur la conjonctive d’une dilution épaisse de bulbe virulent reste sans effet après une heure de contact ; après quatre heures, huit heures et dix heures, la moitié seulement des animaux sont infectés (Conte). La muqueuse génitourinaire absorbe difficilement le virus; Galtier n’a eu que trois résultats positifs sur vingt et une expériences, en introduisant le « virus » dans le vagin, par injection ou à l’aide d’une éponge.

Les voies digestives ne se prêtent que très exceptionnellement à la contamination. Les premiers résultats de Gohier, transmettant la rage à deux chiens sur trois par l’ingestion de la viande de chevaux et de brebis enragés, doivent être attribués certainement à une faute d’expérimentation. Les recherches entreprises depuis, dans les conditions les plus certaines et les plus variées, n’ont donné que des résultats négatifs ; Delafond, Renault, Reynal, Bourrcl ont fait ingérer sans succès à des chiens, à des moutons, à des chevaux, la viande

(1) Helman. — Action du virus rabique . ... Annales de l’Institut Pasteur, t. III, 1889, p. 15.

RAGE

et la bave d animaux enragés ; Decroix a répété sur lui-même des expériences analogues; Nocard a pu faire ingérer à un renard le cerveau et la moelle de six autres renards et de plusieurs chiens morts de rage lurieuse, sans que l’animal en fût incommodé. Seul, Galtier obtient la transmission au lapin trois fois sur trente, par l’ingestion d’émulsions de moelles virulentes; de plus il transmet la rage quatre fois sur trente au lapin, à la suite du badigeonnage de la muqueuse buccale avec la même matière. La pénétration s’opérerait dès les premières voies, au niveau d’une solution de continuité de la muqueuse; les éraillures, les piqûres de la bouche ou du pharynx expliquent les quelques résultats positifs obtenus.

Une inoculation par les muqueuses de l’estomac ou de l’intestin est sans doute impossible. Le suc gastrique détruit assez vite la virulence; Yirschikowski (1 ) constate que les émulsions de moelles virulentes sont stérilisées en trois heures, à des températures de 16-36°, par le mélange d’une dilution d’acide chlorhydrique à 3 p. 1000 avec un extrait glycériné des glandes à pepsine de l’estomac du lapin, du bœuf, du cheval, du mouton et du rat. La virulence est éprouvée par l’inoculation intra-crânienne au lapin (2).

L'injection du virus dans les séreuses ne constitue pas une voie favorable à l’absorption; ses conséquences sont analogues à celles de l’inoculation sous-cutanée. Cependant la transmission a été réalisée chez les petits ruminants et chez le chien (Galtier), puis chez le lapin et le cobaye (Di Vestea et Zagari), à la suite de l’injection dans le péritoine d’une grande quantité de moelle virulente.

L’inoculation dans la chambre antérieure de l'œil constitue l’un des modes les plus sûrs de la transmission de la rage à toutes les espèces.

L’injection directe du virus dans les méninges cérébrales , suivant la méthode indiquée en 1881 par Pasteur et Roux, est un moyen de contamination d’une certitude absolue. La dilution de moelle virulente est introduite sous la dure-mère, après trépanation du crâne.

L’inoculation dans les nerfs est beaucoup moins sûre dans ses

(1) Yirschikowski. — Action du suc gastrique sur l; virus rabique. Archives de méd. vét. russes, 1891.

(2) Le contenu de l’estomac peut être néanmoins virulent alors que de la salive a été déglutie depuis peu; cette virulence est constante chez les animaux abattus pendant les premières périodes de la maladie, alors que la déglutition s’opère encore avec facilité. Des vétérinaires ont contracté la rage à la suite d’une inoculation par le contenu stomacal pendant l’autopsie.

PATHOGÉNIE

résultats. Alors que Di Vestea et Zagari ont obtenu toujours l’infection, chez le lapin et chez le chien, par l’inoculation du sciatique et du médian, Nocard et Roux n’ont pu réaliser la transmission par l’inoculation du nerf plantaire chez l’âne et chez le mouton.

Les suites de Y injection intra-veineuse du virus sont des plus intéressantes. Chez les ruminants et chez le cheval, l’injection de salive rabique(Galtier) ou d’une dilution bulbaire virulente(Nocard et Roux) ne donne jamais la rage, et de plus elle confère l’immunité aux animaux inoculés. Chez le lapin et chez le chien, les résultats sont tout différents; l’inoculation détermine parfois la rage, et ceux des animaux qui résistent n’ont acquis aucune immunité. Sur ces propriétés immunisantes de l'injection intra-veineuse chez certains herbivores est basée une méthode de traitement de la rage après morsure. (V. Traitement.)

Patliogénie. — Encore que très incomplète, l’étude de la pathogénie de la rage est assez avancée déjà pour permettre d’esquisser les modes de l’infection.

Déposé après effraction en un point quelconque des téguments, dans un milieu favorable, le virus peut être rapidement absorbé; en de nombreuses circonstances, on a vu la rage survenir alors que la plaie d’inoculation avait été profondément cautérisée au fer rouge. Les expériences de Renault montrent que l’absorption s’effectue généralement en cinq à dix minutes; Galtier a vu la rage se déclarer chez des lapins inoculés à la pointe de l’oreille, la région étant amputée une demi-heure ou vingt minutes après l’insertion. D’après Bombicci, le virus inoculé dans riiumeur aqueuse a diffusé au delà du bulbe oculaire en vingt-quatre à trente heures. En d’autres cas, il s’opère une destruction sur place du virus, à la suite d’une pullulation de microbes étrangers, ou peut-être d’une action toxique du milieu, et l’inoculation reste sans effet.

Ainsi tjue l’avait théoriquement affirmé Duboué (de Pau), dès 1879 (1), c’est par les nerfs que s’opère ordinairement le transport du virus, de la périphérie aux centres nerveux. D’après Di Vestea et Zagari, le virus de la rage, déposé dans les nerfs, atteint les centres nerveux en se cultivant le long de la substance propre du nerf. Arrivé au cerveau ou à la moelle, après avoir suivi le nerf jusqu’à ses racines, le virus progresse en cultivant de proche en proche. Si le point d’arrivée dans les centres est situé dans les

(1) Duboué. — Physiologie pathologique et traitement rationnel de la rage. Paris, 1879.

RAGE

parties postérieures de la moelle, comme dans le cas d’une inoculation par le sciatique, la section de la moelle en avant empêchera 1 envahissement du cerveau et du bulbe; réciproquement, lors de pénétration par les nerfs crâniens, la section limitera la virulence aux parties antérieures (1). Les modes de la progression du virus dans les cordons nerveux sont encore incomplètement connus; la virulence des nerfs provenant de la région mordue peut être rapportée en certains cas à un envahissement centrifuge, consécutif à l’infection des centres. Cette virulence est d’ailleurs inconstante, soit que le virus ait disparu après son passage, soit qu’il ait pris une autre voie pour gagner le cerveau et la moelle.

La propagation de l’infection par la voie nerveuse n’est pas exclusive. La rapidité de l’absorption dans certaines circonstances montre que le transport peut s’opérer par la circulation sanguine. Pasteur a vu la rage se déclarer constamment, chez le lapin, lors de l’inoculation d’une grande quantité de virus dans une veine de l’oreille, malgré l’amputation immédiate. La voie lymphatique paraît jouer aussi un rôle dans le transport du virus, à la suite de l’inoculation intra-péritonéale notamment (de Blasi et Russo Travali). Dans ce cas, comme lors de pénétration par les veines, l’infection des centres nerveux s’opère irrégulièrement, souvent par plusieurs points à la fois.

Arrivé dans les centres par quelque mode que ce soit, le virus cultive de proche en proche; il envahit rapidement tous les territoires cérébraux et médullaires. Il est établi que le virus cultive dans les centres pendant un certain temps sans provoquer de troubles évidents. Roux a montré que l’on peut retrouver le virus fixe, dans le bulbe et la moelle allongée du lapin, quatre jours après l’inoculation intra-crânienne, alors que l’animal paraît en parfaite santé. Cette période de « rage latente » se traduit chez l’homme par des malaises d’ordres différents, qui précèdent parfois de très loin l’apparition des symptômes bruyants caractéristiques. Nocard et Roux ont établi que, chez le chien, le virus pouvait non seulement envahir les centres, mais encore diffuser jusque dans les glandes salivaires plusieurs jours avant l’apparition des premiers symptômes.

Ces constatations permettent de prévoir que l’agent virulent exerce son action sur la cellule nerveuse par l’intermédiaire de « toxines »,qui doivent être produites en assez grande quantité ou

(1) Di Vestea et Zagari. — Sur la transmission de la rage par voie nerveuse. Annales de l’Institut Pasteur, t. 111, 1889, p. 237. — Roux. — Sur la présence du virus rabique dans les nerfs, Id . , t. H, 1883, p. 1*, et t. III, 1889, p. G9.

PATHOGÉNIE

exercer une action prolongée avant que de provoquer une réaction symptomatique (1). Les accidents seront différents suivant que la culture et l’intoxication consécutive s’exerceront en tel ou tel territoire cérébral ou médullaire ; ils varieront suivant les modes de l’ensemencement initial et de la diffusion dans les centres.

L’action exercée par les toxines sur les éléments nerveux ne saurait être exactement analysée avant que l’agent de la virulence soit connu dans sa forme et dans ses propriétés. Ilôgyes (2) conclut de ses observations sur la rage du lapin que « l’agent infectieux porte d’abord son action sur les parties du système nerveux central (moelle allongée) qui dirigent la régulation de la température. Celte action peut être comparée à celle de certains alcaloïdes toxiques ; elle amène d’abord de la surexcitation (fièvre), puis un épuisement (abaissement de la température). On peut regarder aussi la polyurie comme un signe constant de l’affection de la moelle allongée, vraisemblablement comme un trouble des centres du système vaso-moteur. » Les troubles des autres centres nerveux sont consécutifs ; ils comprennent deux phases, l’une de surexcitation, parfois à peine perceptible, l’autre de paralysie. Chez le lapin, « ce sont les paralysies qui prévalent dès le début, comme dans les effets de certains alcaloïdes où une faible dose produit d’abord une exaltation, puis une paralysie des fonctions des centres nerveux affectés, tandis qu’une forte dose amène d’emblée la paralysie ». La période qui s’écoule entre le moment de la pénétration du virus et l’apparition des premiers accidents varie d’après le mode et le lieu de la pénétration. Si l’on supprime, par l'inoculation directe dans les méninges, le transport du virus par les nerfs, on obtient une évolution certaine, après un délai minimum représentant le temps nécessaire à l’envahissement des centres et à la production des toxines. Pour un même virus et pour un même réactif, la période d’incubation est absolument fixe. A la suite de l’inoculation intra-oculaire, la durée de l’incubation est déjà variable, en raison des conditions différentes de l’absorption et du transport. Enfin la pénétration par effraction tégumentaire, alors qu’elle ne reste pas stérile, ne produit scs effets qu’après un temps indéterminé, en fonction à la fois de la longueur du trajet à parcourir et de la rapidité de la progression.

(1) De Blasi et Russo Travali ont déterminé, chez le lapin, des paralysies et la mort, en injectant des émulsions de moelle virulente stérilisées par la filtration ou par la chaleur.

(2) A. Hügyes. — Le virus rabique des chiens des rues dans ses passages de lapin à lapin. Annales de l’Institut Pasteur, t. II, 1888, p. 133.

Nocahd et Leclainche.

RAGE

Lors de contamination accidentelle, la durée de la période d'incubation varie dans des limites étendues.

Chez le chien et chez le chat, la période moyenne est de quinze à soixante jours, les extrêmes étant de huit jours et d’un an. Dans plus de la moitié des cas, la rage apparaît moins de un mois après la morsure; dans les quatre cinquièmes environ, l’incubation ne dépasse pas soixante jours. Il est extrêmement rare que la maladie survienne après cent ou cent vingt jours.

Chez le cheval, la durée de l’incubation, très irrégulière, est en moyenne, comme chez le chien, de quinze à soixante jours; dans 15 p. 100 des cas seulement elle excède trois mois (Haubner). Dans quelques observations, l’incubation aurait atteint dix mois (Piètrement), quatorze mois (Boudin) et vingt mois (Gotteswinter).

Chez les bovidés , la rage se déclare le plus souvent de un à trois mois après la morsure. Rarement, elle se montre du quatorzième au trentième jour ; chez 10 p. 100 des animaux seulement, elle dépasse le centièmejour. La période maxima paraît être plus longue que poulies autres espèces; on aurait vu la rage apparaître après vingt mois (Leipert.) et vingt-trois mois (Ivalt) (1).

Chez le mouton et la chèvre, l’incubation moyenne est de quinze à trente jours. Dans un dixième des cas seulement, elle dépasse ce terme pour atteindre soixante ou soixante-dix jours.

Chez le porc, la période habituelle est aussi de quinze à trente jours. Les chiffres extrêmes signalés sont de six jours et de six mois.

En résumé : c’est du quinzième au soixantième jour que la rage accidentelle apparaît chez toutes les espèces domestiques ; pour toutes, le maximum d’incubation peut être fixé à dix ou douze mois, les périodes plus longues ne constituant que de rares exceptions.

En même temps qu’il cultive dans les centres nerveux, le virus diffuse au niveau des points envahis, en suivant le trajet des nerfs. Certains nerfs périphériques sont trouvés virulents dans une partie plus ou moins considérable de leur trajet, à partir de l’origine centrale. C’est grâce à cette diffusion centrifuge que le virus est apporté dans les parenchymes qui lui offrent un terrain de culture favorable. (Nocard et Roux.)

Les glandes salivaires, voisines des centres, sont envahies dès

(1) Morro (Archiv fur Thierheilk., 1885, p. 91) rapporte l’histoire d'une enzootie de rage dans un troupeau de vingt -six têtes; seize animaux furent pris du vingt-deuxième au cent quarante-quatrième jour, tandis qu’une génisse, âgée d’un an et demi, ne présenta les signes de la rage que deux ans et quatre mois plus tard (?).

RÉSISTANCE DU VIRUS

le début, avant même que les désordres cérébraux se traduisent par des signes appréciables. (Nocard et Roux.) Les autres glandes, telles que le pancréas et la mamelle ne sont qu’exceptionnellement atteintes, la mort survenant avant que le virus soit parvenu en ces points éloignés. En tous les autres milieux, le virus amené par les nerfs est sans doute détruit rapidement sur place, par une action bactéricide des tissus ou des humeurs.

La diffusion de la virulence par la voie sanguine est fort douteuse ; elle n’est appuyée que parles exemples de transmission de la mère au fœtus. Or, en dehors de quelques faits d’observation d une valeur contestable, la transmission n’a été constatée qu’une seule fois, chez un fœtus de lapin (Perroncito et Carita) ; les nombreuses recherches faites depuis sur le même sujet ont toujours donné un résultat négatif.

Résistance du virus. — La dessiccation a une action puissante sur le virus de la rage. Dans les moelles de lapin placées dans l’air sec, à l’abri de la putréfaction, lavirulence diminue graduellement, pour disparaître totalement en quatorze ou quinze jours (Pasteur) ; elle est détruite en quatre ou cinq jours si la pulpe nerveuse est exposée en couche mince, par l’imprégnation de papier à filtrer par exemple (Galtier). Dans un milieu humide ou dans l 'eau, la virulence se conserve pendant vingt à quarante jours.

Le contage résiste mal à l’élévation de la température ; le chauffage du virus rabique à 47-48° lui fait perdre toute activité en dix et même en cinq minutes (Galtier) ; une émulsion de moelle perd sa virulence en vingt-quatre heures à 45° et en moins d’une heure à 50° (Celli). Le froid reste sans action sur la virulence rabique ; une température de — 60°, prolongée pendant plusieurs heures, la laisse intacte. (Roux.)

La lumière est un puissant neutralisant ; à la lumière solaire, la virulence disparaît en quatorze heures, alors que la température ne dépasse pas 30° (Celli). L’influence des hautes pressions est peu marquée; le virus est encore intact après soixante heures de séjour dans l’air comprimé à sept ou huit atmosphères (Celli) et après vingt-quatre heures dans l’acide carbonique comprimé à soixante atmosphères. (Nocard et Roux.)

La putréfaction des matières virulentes à l’abri de l’air ne détruit que lentement leurs propriétés. Galtier a obtenu la transmission par l’inoculation des centres nerveux provenant de cadavres entiers enfouis depuis vingt-trois jours pour le lapin, trente et un jours

RAGE

pour la brebis, quarante-quatre jours pour le chien. Chez le loup, Mergel a trouvé la matière cérébrale virulente quatorze jours après l’enfouissement.

Lors de simple conservation de produits virulents à l’air et à la température extérieure, la plupart des causesdedestructionprécitées interviennent à la fois, suivant les modes les plus variables, et les résultats obtenus ne fournissent que des indications approximatives. Il résulte des recherches de Galtier que les centres nerveux d’animaux enragés, abandonnés à l’air libre, entiers ou par Iragments, à des températures variant de — 8° à -j- 8°, conservent leur virulence pendant plus d’un mois.

L’action des antiseptiques est assez bien étudiée. De Blasi et fravali ont recherché l’action de diverses substances sur l’émulsion de bulbe virulent; on mélange un centimètre cube de moelle à deux centimètres cube du liquide; l’inoculation est pratiquée dans le péritoine du cobaye.

Détruisent la virulence :

Créoline et jus de citron, en 3 minutes.

Acide chlorhydrique à 5 p. 100; acide salicylique à 5 p. 100; sulfate de cuivre à 10 p. 100; nitrate d’argent à 50 p. 100, en 5 minutes.

Sulfate de zinc à 1 p. 100 ; ammoniaque ; nitrate d’ar-

gent a 25 p. 100; acide sulfurique en

Acide borique à 4 p. 100

Permanganate de potasse à 1 p. 100, en

Acide phénique à 5 p. 100 en

Acide phénique à 3 p. 100 en

Acide phénique à 2 p. 100 en

II résulte de ces constatations que l’acide phénique et le nitrate d’argent sont de mauvais antiseptiques pour le virus rabique ; le jus de citron constitue au contraire un puissant neutralisant.

D’après Celli, la virulence est immédiatementdétruite dans l’émulsion de substance nerveuse pratiquée dans la solution de sublimé à 1 p. 1000 ; elle a disparu après vingt-quatre heures dans la solution d’hypermanganate de potasse à 2,5 p. 1000 et dans l’alcool à 50° et à 90°, après cinq jours seulement dans l’alcool à 25°. L’alcool à 15° n’altère pas la virulence après un contact de sept jours.

L’eau saturée d’iode, la solution d’acide citrique à 6 p. 100 stérilisent en dix minutes. (Galtier.) L'essence de térébenthine aurait aussi une action puissante, même en dilution étendue. (H. Fol.)

Variations expérimentales de la virulence. — La virulence est modifiée par les passages successifs à travers certains organismes ou par l’action de la dessiccation.

VARIATIONS DE LA VIRULENCE

I. Action des passages successifs. — En 1884, Pasteur, Chamberland et Roux montrent que la virulence rabique est atténuée parles passages chez le singe. « Si l’on passe du chien au singe, et ultérieurement de singe à singe, la virulence du virus rabique s’affaiblit à chaque passage. Lorsque la virulence a été diminuée par ces passages de singe à singe, si le virus est ensuite reporté sur le chien, sur le lapin, sur le cohaye, il reste encore atténué. En d’autres termes, la virulence ne revient pas de prime-saut à la virulence du chien à rage des rues. L’atténuation, dans ces conditions, peut être amenée facilement, par un petit nombre de passages de singea singe, jusqu’au point de ne jamais donner la rage au chien par des inoculations hypodermiques. L’inoculation par la trépanation, méthode si infaillible pour la communication de la rage, peut même ne produire aucun résultat, en créant néanmoins, pour l’animal, un état réfractaire h la rage. » Alors qu’après un premier passage sur le singe, le virus tue encore le lapin en quinze jours, environ, le sixième singe donne un virus qui tue le lapin en trente jours seulement.

« La virulence s’exalte quand on passe de lapin à lapin ou de cobaye à cobaye. Lorsque la virulence est exaltée et fixée au maximum sur le lapin, elle passe exaltée sur le chien et elle s’y montre beaucoup plus intense que la virulence du virus rabique du chien à rage des rues. » (Pasteur, Chambcrland et Roux.) Ces passages successifs de lapin à lapin, par inoculations intra-crâniennes, ont poureffet de diminuer graduellement la période de l’incubation. Après une centaine de passages, la durée de l’incubation, qui était primitivement de treize à seize jours, est tombée à 6-7 jours; à partir de ce moment, on n’observe plus de variation; le virus est dit fixe ; il conserve indéfiniment les mêmes propriétés.

D’autres organismes permettent encore de réaliser l’exaltation de la virulence. Après sept ou huit passages successifs du renard au renard, on obtient un virus qui tue régulièrement en six jours. (Nocard.) Le passage à travers l’organisme du chat (de Rlasi et Russo Travali) produit aussi une exaltation de la virulence. Le virus des rues, qui tue le chat en 7-12 jours, par inoculation intracrânienne, se renforce après un premier passage ; il tue régulièrement ensuite en cinq à six jours, quel que soit le nombre des passages. Reporté chez le lapin et chez le chien, il détermine la mort en six jours également (1).

(1)De Blasi et Russo Tua vau. — La rage expérimentale chez le chat. Annales de l’Institut Pasteur, t. VIII. 1894, p. 3:58.

RAGE

II. Action de la dessiccation. — La dessiccation exerce sur le virus rabique une action atténuatrice, démontrée, en 1885, par Pasteur, Chamberland et Roux.

Des moelles de lapin tués par le virus fixe sont suspendues, avec des précautions d’asepsie parfaite, dans des flacons contenant de la potasse, maintenus à la température de 23°. Dans ces conditions, la virulence des moelles diminue graduellement; après cinq ou six jours, elles ne donnent plus la rage aux animaux, même si on les inocule sous la dure-mère. Il est possible d’obtenir une série de virus d’énergie décroissante, depuis le virus fixe, de beaucoup plus actif que celui de la rage des rues, jusqu’à la virulence moindre, incapable de tuer dans quelque condition que ce soit.

Le mécanisme complexe de l’atténuation est lié à l’action combinée de la dessiccation, de l’oxygène de l’air et de la chaleur. Dans le vide, dans l’hydrogène et dans l'acide carbonique, à 23°, les moelles restent virulentes pendant 28-30 jours. Si l’on augmente la température du milieu, la virulence disparaît rapidement (en 48 heures à 35°); au contraire, elle persiste un long temps si la température est abaissée (1).

11 est à remarquer que la dessiccation ne produit pas un virus « atténué » dans le sens restreint aujourd’hui adopté, puisque ses propriétés ne sont nullement transmissibles par passages successifs. Les animaux qui succombent à l'inoculation intra-crânienne d’un virus insuffisamment modifié meurent avec la plus courte période d’incubation et les centres nerveux possèdent la virulence maxima.

Immunisation. — L’immunisation des organismes à l’égard de la rage est obtenue par des méthodes diverses, les unes applicables à toutes les espèces, les autres, spéciales à quelques-unes seulement. Elles comportent surtout l’emploi des inoculations de virus modifiés ou des injections intra-veineuses de virus fort.

I. Inoculations de virus modifiés. — a. L'atténuation, par l’organisme du singe, du virus des rues préalablement exalté par des passages chez le lapin permettait déjà d’obtenir une « échelle de virulence » étendue. Le 19 mai 1884, Pasteur annonçait que les inoculations successives, sous la peau du chien, de virus d’activité croissante, ne déterminent aucun accident et qu’elles confèrent l’immunité contre l'inoculation de la rage la plus virulente.

(1) Viala. — Sur les causes de l' atténuation des moelles rabiques. Annales de l’Institut Pasteur, t. V, 1891, p. 695.

IMMUNISATION.

Les chiens vaccinés par ce procédé restent réfractaires aux différents modes de la contagion, naturelle ou expérimentale.

b. Cette méthode de vaccination présente cependant certains inconvénients et sa complexité même eût été un obstacle à son utilisation immédiate. En 1885, Pasteur, Chamberland et Roux font connaître les effets de la dessiccation sur les moelles virulentes; ils annoncent en même temps que les inoculations successives d’émulsions de moelles rabiques desséchées, en commençant par les plus atténuées, confèrent l’immunité. Cinquante chiens, immunisés par ce procédé, se montrent réfractaires à tous les modes de l’infection, l’inoculation intra-crânienne y comprise.

D’une efficacité certaine et d’une sécurité absolue en tant que procédé d’immunisation préventive, la méthode se trouve être applicable, en presque tous les cas, un certain temps après l'inoculation virulente, l'immunité étant acquise avant la fin de la période d’incubation. Appliquée pour la première fois à l’homme dès le mois de juillet 1885, le traitement de la rage après morsure a subi victorieusement les épreuves de dix années d’une pratique quotidienne.

L’immunité n’est assurée cependant, comme dans les autres modes de vaccination, qu’un certain temps après l’application du traitement; d’autre part, la durée de celui-ci est de dix jours au moins, et l'on conçoit qu’en quelques cas la maladie apparaisse avant que l’organisme ait été rendu réfractaire. Ces courtes périodes d’incubation sont observées notamment lors de blessures multiples, ou encore de morsures à la face, c’est-à-dire à proximité des centres nerveux, alors que le virus, rapidement absorbé, n’a qu’un court trajet à parcourir. Pour les mêmes raisons, l’efficacité du traitement se trouvera compromise lors d’un retard dans l’application et il importe de ne jamais différer celui-ci, sous quelque prétexte que ce soit.

La durée de l’immunité conférée par la vaccination pasteurienne est assez variable suivant les individus. Chez le chien, elle paraît avoir disparu au bout d’un an chez 21 p. 100 des traités et chez 33 p. 100 après deux ans ; chez d’autres, elle persiste pendant cinq ans au moins. (Pasteur, Hôgyes.)

Le mécanisme de l’immunité conférée est incomplètement connu. Pasteur a émis l’opinion qu’il existe dans les moelles virulentes une substance vaccinante, moins altérable par la dessiccation que le virus lui-même. On peut dès lors penser que l'immunité pourra être assurée par l’injection de matières dépourvues de toute

RAGE

virulence; on réaliserait ainsi « un fait scientifique de premier ordre et un progrès inappréciable dans la méthode de la prophylaxie de la rage » (Pasteur). Les tentatives faites jusqu’ici n'ont donné que des résultats incomplets.

c. Une atténuation de la virulence peut être obtenue par d’autres procédés que la dessiccation.

Ilôgyes (1) est parvenu à immuniser le chien par des injections successives de moelles virulentes de lapin, traitées par l’eau salée et employées en dilutions de plus en plus concentrées.

Babès observe que le sang du chien vacciné atténue et détruit graduellement les propriétés du virus fixe; il obtient, en graduant cette action, toute une série de virus-vaccins.

II. V accination chimique et sérumtiiérapie (2). — Les tentatives d’immunisation par les produits solubles contenus dans les centres nerveux virulents sont restées sans résultat. Les émulsions de moelle stérilisées par le chauffage ou filtrées sur Chamberland (Peuch) ne confèrent aucune immunité.

D’après Babès et Lepp, l’inoculation du sang d’un chien vacciné empêche ou retarde, chez le chien, l’évolution de la rage inoculée; elle reste sans effet sur le lapin.

Tizzoni et Schwarz annoncent des résultats plus complets en opérant avec le sérum du lapin, du mouton ou du chien vaccinés; il serait possible d’obtenir, par les injections sous-cutanées de sérum, l’immunisation à titre prophylactique et curatif. La substance vaccinante se comporte comme une globuline et elle appartient probablement à la classe des enzymes. Tizzoni et Centanni auraient pu arrêter l’infection, chez le lapin, par des injections de sérum pratiquées alors que les premiers symptômes de la rage étaient constatés; le traitement serait toujours efficace, chez le lapin, sept jours après l’inoculation du virus de la rage des rues dans le nerf sciatique. D’après ces auteurs, l’immunité du père vacciné sérail transmise aux descendants.

Toutes nos tentatives de vérification des faits annoncés par Tizzoni et Schwarz ont échoué; le sérum des animaux immunisés dé-

(1) Hôgyes. — Vaccination contre la rage avant et apres l'infection. Annales de l’Institut Pasteur, t. 111, 1889, p. 449.

(2) Babès et Cekchez. — Expériences sur l'atténuation du virus rabique fixe. Annales de l’Institut Pasteur, 1891, p. G25. — Tizzoni et Schwarz. — La prophylaxie et la guérison de la rage par le sang des animaux vaccinés. Annales de micrographie, 1892, p. 1G9.

Tizzoni et Centanni. — Sur le mode de guérir , chez les animaux , la rage développée.

Archives italiennes de biologie, 1893, p. 41. — Die Vererbung der Immunitiit gegen Rabies von déni Voter aufdas Kind. Centralbl. fur Bakter., t. XI II , 1893, p. 81. — Siero antirubbico ad alto potere immunizzante , applicabile all’uomo. Riforma medica, 27 déc. 1893.

IMMUNISATION.

truit le virus rabique dès qu’il est mis à son contact, mais il ne réussit pas à empêcher son évolution, quelle que soit la quantité de sérum injecté et si fortement immunisé que soit [l’animal dont il provient.

III. I no cul ati on intra-veineuse. — L’injection intra-veineuse de virus rabique constitue, à l’égard de certaines espèces, un mode d’immunisation. Les premières recherches sur ce sujet sont dues à Galticr et datent de 1881 (1). Dans une première note, Galtier annonce avoir injecté sept fois de la salive rabique dans la jugulaire du mouton, sans jamais avoir obtenu la rage; un des moutons, inoculé ensuite avec de la bave de chien enragé, reste bien portant; il semblait avoir l’immunité. Dans une seconde note, le même expérimentateur relate sept expériences analogues, portant sur neuf moutons et un cheval, toutes ayant donné le même résultat; il conclut que les injections de virus rabique dans les veines du mouton ne font pas apparaître la rage et qu’elles paraissent conférer l’immunité.

En 1884, Nocard et Houx entreprennent des expériences sur le même sujet, en se servant comme source de virus rabique de la matière du bulbe, et en pratiquant l’inoculation d’épreuve avec le même produit, dans la chambre antérieure de l’œil. Ils évitent ainsi les incertitudes que cause l’emploi de la salive et celles qui sont inhérentes ù l’inoculation sous-cutanée. Les résultats acquis confirment ceux obtenus par Galtier; ils permettent même d’instituer un traitement simple et efficace des animaux mordus (2).

L’injection intra-veineuse pratiquée chez le cheval, le bœuf, le mouton confère une immunité assez solide pour que les animaux résistent ensuite à l'inoculation intra-oculaire de la moelle rabique, et par conséquent aux morsures les plus graves. La méthode empêche 1’évolution de la rage alors que la vaccination est pratiquée vingt-quatre heures après l’inoculation dans la chambre antérieure de l'œil. La sévérité de cette dernière épreuve permet de prévoir que les suites d’une inoculation par morsure seront sûrement prévenues, alors que le traitement est appliqué deux ou trois jours après la morsure.

Chez le chien, l’immunité est parfois conférée par les injections intra-veineuses de moelles rabiques de virulence graduée (Protopopoff) ou même par une seule injection d’un virus affaibli (Roux).

(1) Galtier. — C. R. Ac. des sciences, 1er août 1881.

(*2) Nocahd et Roux. — Vaccination des neminants contre ta rage. Annales de l'Institut Pasteur, t. Il, 1888, p. 311.

RAGE

Malheureusement, les résultats ne sont pas assez constants pour que la méthode puisse être utilisée.

Helman attribue les variations spécifiques, quant aux suites de 1 injection intra-veineuse, aux différences de structure des capillaires cérébraux et médullaires, ceux-ci permettant ou non l’irruption du virus dans la substance nerveuse. Le mécanisme de l'immunisation est incomplètement déterminé. Nocard a constaté que l'injection pratiquée dans la carotide est toujours suivie de l’évolution de la rage; d’ autre part, l’injection dans l’artère crurale a les mêmes effets que l’inoculation dans la jugulaire. 11 est probable que l’immunité est due à l’extrême dilution du virus, retenu en partie et peut être modifié par son passage sur le filtre pulmonaire et lancé dans les centres nerveux en très faible quantité.

Traitement.

Un traitement n’est applicable qu’aux herbivores victimes de la contagion ; en ce qui concerne les chiens ou les chats exposés, les lois sanitaires de tous les pays exigent avec raison l’abatage immédiat.

Au contraire il est important de prémunir les herbivores exposés à une contamination ; dans un troupeau de bœufs, de moutons ou de chèvres victimes des morsures d’un chien enragé, la proportion des animaux qui succombent à la rage est toujours considérable (elle atteint souvent 80 p. 100 de l’effectif) et les conséquences économiques de cette contamination sont d’autant plus graves que la loi interdit la vente pour la boucherie des animaux mordus, même dans les quelques jours qui suivent l’accident. Les modes de l’intervention comprennent à la fois un traitement local immédiat, destiné à diminuer les chances de l’inoculation, et l’immunisation par les inoculations intra-veineuses du virus.

I. Traitement local. — Il est indiqué de cautériser et de désinfecter les plaies aussitôt que possible après la morsure. Si l’application des antiseptiques et des caustiques ne peut être pratiquée, on débride et on irrigue largement les plaies. La cautérisation au fer rouge, avec destruction totale des parois de la plaie, constitue le meilleur mode d’intervention. Les caustiques chimiques, acide nitrique, acide sulfurique, pourraient être employés ; l’essence de térébenthine paraît également indiquée.

Une cautérisation profonde et immédiate donne seule quelque garantie; il est rare que celle-ci puisse être pratiquée et il convient presque toujours d'assurer l’immunisation des inoculés.

PROPHYLAXIE

II. I inoculation intra-veineuse. — La découverte de Galtier sur les effets de l'inoculation virulente intra-veineuse permet de réaliser la vaccination, après morsure, chez le cheval et chez les ruminants. Le mode de l’intervention est déterminé par les travaux de Nocard et Roux.

Pratiquée chez le mouton vingt-quatre heures après l’inoculation virulente dans l’œil, l’injection intra-veineuse préserve encore les animaux. En tenant compte de la durée plus longue de l’incubation et de la gravité moindre de l inoculation par morsures, on peut espérer que le traitement des animaux mordus réussira lorsqu’il est entrepris trois à quatre jours après la morsure.

La technique de l’inoculation intra-veineuse est simple; il laut injecter dans les veines du virus rabique pur, c’est-à-dire que l’on doit rejeter la salive rabique et prendre le virus dans le bulbe d’un animal mort de la rage. L’émulsion de la matière nerveuse est préparée en broyant des fragments du bulbe, dans un mortier ou dans un verre, avec de l’eau, de façon à obtenir un liquide laiteux, facile à aspirer dans la seringue. Pour éviter l’introduction dans les veines de grumeaux de matière nerveuse, qui produiraient des embolies et la mort, on passe l’émulsion à travers une toile de batiste très fine. Toutes ces opérations sont faites avec pureté, c’est-à-dire que les ciseaux qui servent à prélever les fragments du bulbe, le verre ou le mortier, la toile et la seringue sont stérilisés dans l'eau bouillante. Pour faire l’émulsion, on emploie de l’eau bouillie, puis refroidie.

Il est facile de faire pénétrer la canule de la seringue à travers la peau, dans la veine jugulaire, si l'on a soin de faire gonfler celleci en la comprimant à la base du cou. Pour plus de sécurité, on peut employer une canule double. On injecte lentement, en deux fois, 10 à 15 c. c. du liquide chez le cheval et chez le bœuf, 4 à Oc. c. chez la chèvre et chez le mouton ; il n’arrive jamais d’accident si l’émulsion est bien tamisée, alors même que l’on en fait pénétrer de plus grandes quantités.

S’il s’agit de chevaux ou de bœufs de travail, il est indispensable de les laisser au repos absolu, pendant au moins un mois après l’injection vaccinale.

Prophylaxie.

Deux ordres de mesures prophylactiques sont théoriquement applicables à la rage : les unes ont pour objet la prévention de

RAGE

la maladie chez les animaux aptes à l’infection ; les autres tendent a combattre la dissémination de la contagion.

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