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CHAPITRE IV

CHARBON SYMPTOMATIQUE

Le charbon symptomatique est une maladie virulente, inoculable, caractérisée cliniquement par le développement de tumeurs emphysémateuses dans les muscles de diverses régions, et due à la présence d’une bactérie spécifique {Bacterium Chauvœi).

En raison de l'existence constante des tumeurs et des caractères de celles-ci, la maladie est encore désignée sous les noms de charbon à tumeurs ou de charbon emphysémateux . Une autre expression très précise, mais que l'usage n’a pas consacrée jusqu’ici, est celle de charbon bactérien , qui s’oppose nettement à celle de « charbon bactéridien », appliquée à la fièvre charbonneuse (1).

L’affection présente de nombreuses analogies avec la septicémie gangreneuse de Pasteur ou œdème malin de Koch. Si l’assimilation, déjà proposée par Kitt (2), ne peut être complètement admise, on ne peut nier l’étroite parenté du bacterium Chauvœi et du vibrion septique, mise surtout en évidence par les travaux de Roux et de Duenschmann (V. Immunisation). Il est probable que les deux microbes procèdent d’une souche unique et que « les différences observées viennent de ce qu’ils sont habitués à vivre et qu’ils se sont spécialisés sur des espèces animales différentes. »

Historique. — Les premiers documents précis sont apportés par Chabert (3), qui distingue une « fièvre charbonneuse », sans manifestations extérieures et un « charbon à tumeurs ». Celui-ci comprend lui-même deux formes : un charbon essentiel qui débute d’emblée, sans prodromes, par des tumeurs, et un charbon

(1) Les dénominations étrangères sont également très variées. Les Allemands emploient l'expression de liauschbrand (charbon crépitant) ; en Angleterre, la maladie est désignée sous les noms de quarter-ill, black-guarter ; aux États-Unis, sous celui de blackleg ; e n Italie, sous ceux de coscia-nera, quarto-nero, acétone....

(2) Kitt. — Untersuchungen über malignes Œdem und Rauschbrand bei Hausthieren. Münchener Jahresb., 1885, p. 39.

(.3) Chabert. — Du charbon ou anthrax dans les animaux domestiques. Paris, 1790.

HISTORIQUE

symptomatique, caractérisé par un mouvement fébrile précédant l'apparition des tumeurs. Ces deux dernières formes s’appliquent à coup sûr au charbon bactérien, mais la concordance n’est point parfaite; dans le charbon essentiel de Chabert rentrent évidemment tous les cas de charbon bactéridien d’origine externe, traduits aussi par le développement d’une tumeur primitive.

Dans l’esprit de Chabert et de ses successeurs, la trinité symptomatique établie s’applique à un même état morbide, toujours identique à lui-même quant à son essence. Les connaissances acquises plus tard sur la nature de la fièvre charbonneuse n entament pas le dogme de l’unicité; on étend à priori à toutes les formes la doctrine de la virulence, et 1 on attribue le charbon à tumeurs à des localisations accidentelles du virus.

Plus tard seulement, l’étude de la fièvre charbonneuse se poursuivant, on arrive à préciser la forme et la constance de certaines lésions qui ne se retrouvent pas dans le charbon externe; on remarque encore que le charbon à tumeurs affecte principalement le bœuf et que, s’il coïncide parfois dans une même région avec le charbon interne, l'on connaît nombre de foyers qui lui sont spéciaux.

Dès 1870, le vétérinaire badois Pfisterer distingue cliniquement une forme spéciale de charbon à tumeurs et Perroncito, en 1873, signale la présence de microbes dans les tumeurs, sans toutefois se prononcer sur leur signification diagnostique. Quelques années plus tard, Bollinger (1), puis Feser (2), entreprennent l'étude de la maladie ; ils la différencient de la fièvre charbonneuse et ils signalent la présence constante, dans les muscles affectés, de microorganismes particuliers. En France, Boulet-Josse (1878) reconnaît aussi, par la seule observation clinique, la dualité des formes charbonneuses ; il insiste sur les caractères différents du sang dans chacune d’elles.

En 1879, MM. Arloing, Cornevin et Thomas (3) publient le résultat de leurs premières recherches sur le charbon symptomatique et ils démontrent nettement, par l'expérimentation, sa nonidentité avec la fièvre charbonneuse. En 1880, ils indiquent les

1) Bolungeh. — Zur henntniss des sog. Gertxûsches , einer ant/eblichen Milzbrandform. Deutsche Zeits. fur Thierrn., t. I., 1875, p. 297.

(2) Fesek. — Studien ueber den sogenannten Rausclibrand des Rindes. Zeitschrift fur prakt. \ eterinarwiss., t. IV, 187G, p. 13. — Der Slilzbrand auf den oberbayerischen Alpen. Berlin, 1879, et Deuts. Zeits. f. Thierm., t. IV, 1880, p. 371.

(3) Arloing, Cornevin et Thomas. — Rechei'ches sur la nature du charbon sg»iptomatiqne. Recueil de méd. vêt., 1879.

CHARBON SYM PTOMATlp LE.

caractères de la bactérie spécifique et ils font connaître une première méthode d’immunisation des bovidés à l'égard du virus. Jusqu’en 1884, MM. Arloing, Cornevin et Thomas poursuivent leurs recherches sur la maladie; après avoir donné une étude biologique complète du microbe, ils indiquent divers modes d’atténuation du virus et ils créent une méthode de vaccination aujourd’hui partout répandue (1).

Bactériologie. — Le charbon symptomatique est dû à la présence dans l’organisme d’une bactérie endosporée (Clostridium) qui a reçu le nom de bacterium Chauvœi.

Elle affecte essentiellement la forme d’un bâtonnet droit, court, épais, mesurant en moyenne 8-10 \x de longueur sur 3 \x de largeur ; cette forme typique est complètement modifiée dans certaines conditions, soit en raison de l’allongement du bacille, soit surtout à la suite du développement de la spore. Dans les séreuses, on rencontre, chez les animaux inoculés, des formes longues, réunies bout à bout, dont l’ensemble rappelle l’aspect du vibrion septique. Dans les muscles, le bacille, déformé par la spore en un point variable de son étendue, revêt des formes en massue, en raquette, en fuseau

La bactérie prend les solutions hydro-alcooliques des couleurs d’aniline ; elle se colore très bien par les bleus de Loffler et de Kühne. Elle prend mal le Gram et le Weigert.

Le bacterium Chauvœi est essentiellement anaérobie; il ne cultive que dans le vide ou en présence de gaz inertes. Dans le sang et dans les cultures liquides, la bactérie se montre légèrement mobile.

Les cultures sont obtenues dans les bouillons, le sérum, la gélatine, la gélose, le lait.

Dans les bouillons simples, gélatinés, glycérinés ou sucrés, on obtient, à l’abri de l’air, un développement rapide; le liquide est trouble et floconneux ; des gaz se dégagent à la surface. Dans le sérum liquide, la culture est plus facile encore. Dans la gélatine, ensemencée après liquéfaction, on voit se développer des colonies isolées, au niveau desquelles le milieu est liquéfié et rempli de bulles gazeuses. Dans la gélose, le développement est plus rapide et accompagné d’un dégagement gazeux abondant. Le lait se prête bien à la culture ; il n’est pas coagulé.

L’inoculation est pathogène pour le bœuf, le mouton, la chèvre,

I ; Arloing, Cornevin et Thomas. — Le charbon symptomatique du bœuf, 1 vol., 2e éd.,

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. . 191

le cobaye. Les autres espèces sont réfractaires ou n'ont qu’une très faible réceptivité.

Espèces affectées. — Les bovidés sont surtout exposés à contracter la maladie. Les baffles jeunes sont aussi atteints en certaines régions (Biro). Le mouton et la chèvre sont rarement affectés.

Le cheval n’est pas complètement à l'abri de l'infection accidentelle; mais celle-ci est extrêmement rare et négligeable dans la pratique. Hess (1884), Semmer (1887), Hafner (1891) ont signalé des exemples de la maladie.

Les autres espèces, X homme y compris, sont à l’abri de la contagion.

Distribution géographique. Statistique. — Le charbon symptomatique est répandu sur presque tous les points du globe. 11 sévit de temps immémorial en certaines localités et, comme pour la fièvre charbonneuse, les foyers ont peu de tendance à s’étendre et à se multiplier. Il est remarquable que l’affection est entretenue surtout dans les pays de montagne, alors que le charbon bactéridien est plutôt une « maladie de plaine ».

En France , on rencontre le charbon symptomatique sur toute la ligne des Gévennes et sur les rameaux qui s’en détachent. On le signale surtout en Auvergne, dans le Limousin, le Berry, le Bassigny, le Jura. Ün le retrouve encore dans les alpages du Dauphiné, dans les Pyrénées, et aussi en quelques régions de la Picardie et de la Normandie (Seine-Inférieure).

Il existe en Belgique dans la Flandre occidentale et dans la province de Louvain (161 cas en 1892).

En Suisse, le charbon symptomatique sévit gravement dans les cantons de Fribourg, de Berne, d’Unterwalden, d’Uri, de Schwitz.... Dans le seul canton de Berne, les pertes s’élevaient annuellement, jusqu’en ces derniers temps, au chiffre de 125000 francs. Dans certaines communes de l'Oberland bernois la maladie frappait jusqu’au tiers de l’effectif en animaux âgés de plus de six mois (Hess).

En Allemagne , la maladie est très rare ou inconnue dans les grandes vallées, qui sont au contraire gravement infectées par le charbon bactéridien. On la retrouve par contre dans les Alpes bavaroises et dans le Wurtemberg. Dans le duché de Bade, la maladie est peu fréquente (334 cas de 1886 à 1890) et elle est cantonnée presque exclusivement dans le canton de Mosbach.

En Autriche, le charbon symptomatique est fréquent dans la Galicie (Szpilmann), le Tyrol, le duché de Salzbourg.

CHARBON SYM PTOM ATLO LJ U .

Ou retrouve 1 affection en Italie , dans la Vénétie, l’Emilie, la I oscane et sur tonte la chaîne de l’Apennin. Elle sévit encore dans la (irande-Bretagne, en Écosse notamment, en Danemark , et, peu gravement semble-t-il, en Norvège et en Suède.

En Russie, le charbon symptomatique reste généralement confondu avec la fièvre charbonneuse. Romanoff, qui l’observe dans le gouvernement de Perm, estime qu’il correspond à la maladie dite « Karasan » par les Kirghises.

En A sie, le charbon symptomatique est signalé dans l lnde anglaise.

En Afrique , il sévit en Algérie et dans les colonies du sud (Cap et Natal). Dans le Transwaal, le charbon atteint en moyenne 10-25 p. 100 et jusqu’à 50 p. 100 des jeunes animaux (Theiler).

Dans Y Amérique du Nord , l’affection est connue dans le Canada et dans le Missouri; Y Amérique du Sud est envahie au Chili.

C’est à coup sûr par milliers que se comptent les bovidés atteints et c’est par millions que se chiffrent les pertes annuelles; mais les quelques renseignements statistiques obtenus sont trop incomplets pour permettre une évaluation précise.

Étude clinique.

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