Symptômes
a. Forme aiguë. — « La maladie débute toujours soudainement, mais de deux manières différentes : tantôt son existence sc révèle brusquement par l’apparition d’une tumeur(c/m/*èo/i essentiel de Chabert), tantôt celle-ci est précédée de symptômes généraux plus ou moins graves (charbon symptomatique du même) : fièvre, raideur générale, arrêt de la digestion et de la rumination, tremblements partiels aux fesses et aux épaules, frissons, sécheresse du mufle, tristesse, inappétence, refroidissement des extrémités, accompagnés d’une boiterie dont la cause échappe tout d’abord, mais que l’on ne tarde pas à pouvoir attribuer au développement d’une tumeur sur l’un ou l’autre membre. Il y a souvent une détente après son apparition, les animaux cherchent à manger et même ruminent un peu, mais c’est un symptôme fallacieux qui a fréquemment égaré les jeunes praticiens et les propriétaires, en les portant les uns et les autres à croire à une guérison qui ne se produit pas.
(1 Ari.oi.ng, Cornevin et riio.UA s. — Loc. cil., p. 51. — Hess. — Uebev Rauschbrand. Thiermedizinische Vortrage, t. I, 1888.
» La tumeur peut siéger sur les parties les plus diverses du corps, être très apparente ou cachée et impossible à découvrir du vivant du malade. Habituellement, elle se développe dans les parties les plus riches en masses musculaires.
» Le plus souvent elle apparaît sur les rayons supérieurs des membres et dans les muscles avoisinants, autour de l’épaule ou du bras [mal d'épaule , avant-cœur , anlicœur ) de la croupe, de la cuisse [mal de cuisse), de la jambe [mal de jambe), des parties génitales [trousse-galant). Dans quelques cas, c’est sur la tête, 1 encolure et le tronc qu'on la constate, par exemple sur les masseters, dans l’auge [estranguillon), à la gorge [esquinancie gang relieuse), le long de la gouttière de la jugulaire, aux pectoraux, sur les côtés de la poitrine, à la région lombaire ou enfin à la mamelle » (Arloing, Corne vin et Thomas).
Les statistiques de Hess montrent « que les tumeurs n apparaissent point dans les parties où le tissu conjonctif est très dense et les muscles fort rares et représentés en partie par des terminaisons tendineuses, telles que la partie libre de la queue et l’extrémité inférieure des membres (1). »
« Quel que soit son siège, cette tumeur est irrégulière, mal circonscrite et progresse dans tous les sens avec une rapidité étonnante; en huit ou dix heures, elle a acquis un énorme développement. D’abord homogène et extrêmement douloureuse dans tous les points, elle devient peu à peu insensible dans le centre, crépitante et sonore comme une vessie remplie d’air. » La peau qui recouvre la tumeur est sèche et prend la consistance du parchemin.
« Tous les tissus qui la forment sont noirs, friables, faciles à écraser. Incisés, ils laissent écouler, au début de la maladie, du sangru tilant, puis, plus tard, un liquide semblable au sang veineux et, dans les derniers moments, une sérosité spumeuse. Cependant, lorsqu’elle intéresse une région très riche en tissu conjonctif, elle se traduit par un œdème volumineux dont le liquide est citrin, ou peu coloré en rouge dans les points éloignés du tissu musculaire.
» Si, dans la grande majorité des cas, les symptômes se déroulent dans l’ordre qui vient d’être indiqué, il n’en est pourtant pas toujours ainsi. Il est des circonstances où la tristesse, la sécheresse du mufle, l’inappétence, quelques frissons, de légères coliques et un
I) D'après Hess, les tumeurs se montrent plus fréquemment sur la moitié droite du corps que sur la moitié gauche. 11 a compté ainsi 209 tumeurs sur le membre postérieur droit, contre 143 sur le membre postérieur gauche ; 108 sur le membre antérieur droit et 98 sur le gauche. — D’après d’autres observateurs, le membre postérieur gauche serait plus souvent affecté que le droit. (Lonhienne, Rapport sanitaire betqe pour 189 C.
Nocard et Leclaikche. 13
CHARBON SYMPTOMATIQUE
peu de météorisation sont les seuls signes objectifs; le diagnostic est difficile dans ces circonstances et une confusion avec une simple affection de l’appareil digestif est possible. La tumeur peu développée et qui peut facilement échapper, même à l’autopsie, parcourt ses phases dans la profondeur des masses musculaires sans atteindre les couches superficielles. Nous l'avons trouvée quelquefois sur des parties où, d’habitude, on ne s’attend pas à la rencontrer, telles que le diaphragme et les cornets ethmoïdaux. Dans les cas où rien ne décelait une tumeur à l’extérieur, on devra toujours, à l’autopsie, chercher avec le plus grand soin dans la profondeur des muscles thoraciques et pelviens, soulever l’épaule et examiner attentivement les muscles quelle cache, particulièrement l'extrémité du grand dentelé. On est à peu près sûr d’y trouver quelques infarctus, une coloration lie de vin ou noire d’un ou de plusieurs faisceaux de fibres musculaires, en un mot quelques lésions qui eussent pu passer facilement inaperçues si l'on n’eût pas été averti à l’avance de diriger ses investigations de ce côté. » (Arloing, Cornevin et Thomas.)
« Pendant que la tumeur poursuit son évolution, les symptômes généraux s’aggravent; le malade est faible, indifférent à ce qui l’entoure; sa démarche est pénible, incertaine. Les muqueuses sont fortement injectées. Les taureaux et les bœufs mugissent et salivent abondamment. La peau est alternativement chaude et froide.
Pendant le décubitus, le malade replie la tète sur l’épaule et rapproche les membres. La respiration est plaintive, accélérée (30-40 respirations par minute'). Le pouls est dur; on compte 90 à 120 pulsations par minute. Parfois, plusieurs tumeurs, développées dans des régions voisines, se réunissent pour couvrir le cinquième ou le quart de la surface du corps » (Hess).
Dans une dernière période, l’état adynamique se prononce de plus en plus : les pulsations deviennent moins fréquentes; le pouls est insensible, l’animal se couche et demeure étendu sur le sol ; la peau se refroidit et la mort arrive, généralement de la douzième à la cinquante-cinquième heure après l’apparition des premiers symptômes
En général, l’évolution est d’autant plus rapide que les tumeurs sont plus rapprochées du cœur (Hess).
« Les oscillations de la température, sous l'influence de cette maladie sont très remarquables. » On observe « des températures maxima de 42°, 5 et même 42°, 8, qui se maintiennent pendant quinze à vingt’heures, puis le thermomètre baisse rapidement, pour tomber vers 37° au moment de l’agonie.
LÉSIONS
» Si l'on ouvre la jugulaire dans le cours de la maladie, on constate que la saignée n’est pas baveuse ; le sang qui s’en écoule forme une belle veine fluide, se coagule rapidement et n’abandonne pas plus tôt son sérum que le sang qui proviendrait d’un animal sain.
» Le plus souvent, la terminaison du charbon symptomatique est fatale, en France tout au moins, car beaucoup de vétérinaires n’ont, jamais vu un seul cas de guérison. » Celle-ci est cependant possible; « l'on voit ainsi la maladie expérimentale s’amender quelquefois, au bout de deux ou trois jours, et se terminer heureusement. La guérison est précédée d’œdème très persistant autour du siège de la tumeur. Parfois, au bout d’un mois ou deux, les sujets succombent à une pleurésie métastatique. » (Arloing, Cornevin et Thomas.)
b. Forme ébauchée. — En outre de la forme aiguë habituelle, l’infection se présente aussi sous une autre forme, ébauchée, qui n’est exprimée que par quelques symptômes équivoques.
On constate du malaise général, de la tristesse, la diminution ou la disparition de l’appétit pendant un ou deux jours; la température s’élève de 1° à 1°5. Il existe parfois de légères coliques et des tuméfactions musculaires diffuses, peu étendues. (Feser, Arloing, Cornevin et Thomas.)
La guérison est complète en trois ou six jours ; les animaux ont acquis désormais l’immunité.
c. Forme suraiguë. — - Dans quelques cas, l’évolution est au contraire très rapide.
L’animal donne des signes de malaise subit; il cesse de manger, se couche et se relève plusieurs fois; on constate du ballonnement, la défécation est fréquente. En quelques heures, l’état général est considérablement aggravé; la température est voisine de 41°; le malade reste immobile, insensible aux excitations; parfois il se couche, la tête étendue sur la crèche, pour ne plus quitter cette position. Il n’existe pas de tumeur appréciable; dans les derniers instants de la vie seulement, la peau se montre tendue et froide en diverses régions (face interne des cuisses, épaule...). La mort arrive en huit ou douze heures, dans le coma le plus complet.
IL — Lésions (1).
« Le cadavre se ballonne rapidement. Outre les gaz qui se développent dans les viscères abdominaux, d’autres s’accumulent dans
(1) Arloing, Cornevin et Thomas. — Loc. cit., p. 62.
CHARBON SYMPTOMATIQUE
le tissu conjonctif sous-cutané et intra-musculaire de la région envahie par une tumeur. Parfois ils s’étendent à une grande distance de la lésion locale ; ils peuvent même se montrer dans les vaisseaux sanguins et dans le cœur. Les régions infiltrées par ces gaz sont distendues et sonores comme un tambour. Les inliltrations gazeuses se développent le plus communément à la face externe et à la face interne de l’épaule, sous la peau du dos, des fesses et sous les aponévroses de la face interne de la cuisse...
» Les masses musculaires présentent une ou plusieurs tumeurs caractéristiques. Les muscles qui constituent le centre de ces tumeurs ont une teinte noire très foncée... Si l'on incise une tumeur, on s’aperçoit que la coloration noire s’atténue au fur et à mesure que l’on se porte du centre à la périphérie. Elle passe successivement de la couleur lie-de-vin foncé, au rouge, au rose, au jaunâtre. Des stries noirâtres parcourent les portions les moins foncées.
» Autour de la tumeur, surtout si elle siège dans une région
riche en tissu conjonctif lâche, existe un œdème considérable. Près des muscles malades, cet épanchement a les caractères de l’œdème inflammatoire ; il est rouge et parsemé de grains ou de filaments
jaunâtres, fibrineux Lorsque l’œdème est abondant, l’infdtration
gazeuse est modérée, et inversement » Chez les animaux qui
meurent rapidement, l’œdème peut faire complètement défaut, comme chez les cobayes inoculés. (Hess.)
La diffusion des gaz dans les muscles rend les organes crépitants, élastiques, et elle dissocie le tissu conjonctif inter-fasciculaire; les gaz développés donnent à la masse un poids spécifique plus léger que celui de l’eau.
« L’examen microscopique montre que les fibres musculaires sont noyées dans un amas de globules sanguins et de cellules lymphatiques. Les fibres, étouffées par le sang épanché, par les cellules lymphatiques et par la fibrine, privées du contact de l'oxygène, ont subi pour la plupart la dégénérescence graisseuse et la dégénérescence cireuse de Zenker Les microbes caractéristiques sont
nombreux autour des faisceaux et dans les espaces lymphatiques du tissu conjonctif intra-musculaire. On les voit à l’intérieur même des fibres, dans les points qui répondent aux cassures de la substance contractile et où la continuité est établie seulement par le sarcolemme »
Les ganglions lymphatiques se montren! volumineux, hyperémiés, infiltrés, dans le voisinage des tumeurs.
Du côté de l’appareil digestif, on rencontre parfois des altérations
DIAGNOSTIC
portant sur les parois du pharynx et de l’œsophage, devenues noires et friables, et aussi sur les muscles de la base de la langue et sur le voile du palais. L’intestin présente, en certains cas, des altérations de même ordre, limitées à quelques parties.
Le grand épiploon montre fréquemment des foyers hémorragiques, sous forme de taches ecchymotiques ou de nappes étendues; le mésentère et le péritoine présentent des ecchymoses. Ces lésions existent parfois alors qu’aucune altération musculaire n est observée (Delamotte). Le foie et la rate ne sont pas modifiés; la bile renferme de très nombreux bacilles ; les reins ne sont pas altérés; burine paraît normale; elle renferme exceptionnellement quelques bacilles.
Les organes respiratoires sont peu altérés ; on signale seulement, ■en quelques cas, la congestion intense et la coloration noire de la pituitaire. Le poumon est engoué à la base, lors de 1 évolution d’une tumeur pré-thoraciquei Les ganglions du médiastin sont volumineux ; le thymus est parfois ramolli et sa substance est très virulente. (Hess.)
Le péricarde renferme un peu de sérosité. Le myocarde, mou et friable, est parsemé de quelques taches hémorragiques. Le sang contenu dans le cœur et dans les gros vaisseaux est coagulé ; il n’a subi aucune altération.
Chez les vaches, on trouve parfois la muqueuse de l’utérus tuméfiée et infiltrée de bacilles.