‹ Les maladies microbiennes des animaux (volume 2)Chapitre 57 sur 156 · III. — Diagnostic · texte numérisé non relu

III. — Diagnostic

a. Diagnostic sur l’animal vivant. — Le diagnostic est possible dès les premiers instants, lors du développement primitif de la tumeur en une région explorable. Il reste incertain, au contraire, alors que celle-ci ne se développe qu après un certain temps ou qu’elle évolue profondément. A une période avancée, les caractères des tumeurs, notamment la présence des gaz dans les parties centrales ne laissent plus de doute sur la nature de l’infection.

Le charbon symptomatique ne peut guère être confondu qu'avec la fièvre charbonneuse , dans les régions où les deux maladies coexistent habituellement. La différenciation pourra être établie dans tous les cas si les tumeurs apparaissent; celles-ci sont, en effet, très rares dans le charbon bactéridien des bovidés, et jamais elles ne sont emphysémateuses. Si les tumeurs font défaut, la distinction sera encore possible; on ne retrouve pas, dans le charbon sympto-

CHARBON SYMPTOMATIQUE

matique, la violence et le timbre métallique des battements du cœur; la saignée donne un liquide rutilant, qui se coagule facilement, au lieu du sang noir et incoagulé de la fièvre charbon- .neuse.

L’évolution de la forme suraiguë chez les vaches, dans les quelques jours qui suivent la parturition, simule la fièvre vitulaire. La présence des tumeurs, ou, tout au moins, dezonesemphysémateuses, assurerait le diagnostic différentiel.

b. Diagnostic sur le cadavre. — 1. Diagnostic clinique. — La constatation des tumeurs spécifiques donnera des indications suffisantes sur la nature des lésions observées. La dégénérescence des muscles, cuits, secs, ecchymosés et noirs dans les parties centrales, l’œdème périphérique, la présence des vacuoles creusées par les gaz sont des signes évidents.

Dans les formes à évolution rapide, la tumeur pourra manquer et la rate se montrer un peu grosse, noire et diflluente, mais l’on rencontre toujours alors des lésions caractéristiques dans certaines régions, ecchymoses sous-cutanées ou altérations musculaires diffuses. Les muscles envahis sont décolorés ; ils ont une teinte lavqp, ocreuse, semée en quelques points de taches noires ; ils sont friables et paraissent cuits ; sur la coupe, on trouve les faisceaux disséqués par les gaz.

Un autre caractère, non constant, mais précieux, surtout quand le diagnostic doit être porté d’après l’examen d’yne partie du cadavre seulement, consiste en une odeur de beurre rance dégagée par les muscles dans le voisinage des lésions spécifiques. Signalée et étudiée par Nocard et Moulé (1), cette altération se retrouve assez fréquemment, semble-t-il, dans les cadavres des animaux affectés de charbon symptomatique. Bien qu elle ne soit pas absolument exclusive à cette maladie, elle constituera toujours une forte présomption qui devra être contrôlée par la recherche des lésions ou par le diagnostic expérimental.

II. Diagnostic expérimental. — En quelques cas, le diagnostic ne pourra être porté sûrement par la seule observation clinique. Il en sera ainsi notamment Jors de mort rapide, survenant à la suite de lésions intestinales ou épiploïques. D’autre part, il sera nécessaire, parfois, de déterminer la nature de l’infection d’après l’examen de quelques organes seulement, en l’absence des altérations propres. Les méthodes de diagnostic expérimental indiquées en

(I) Nocahd et Moulé. — Les viandes à odeur de beurre rance. Bulletin delà Soc. centr. de méd. vét., 1889, p. G7.

DIAGNOSTIC

ce cas comprennent l’inoculation et l’examen bactériologique.

L 'inoculation sera pratiquée avec le produit de râclage des

muscles altérés, du foie, des ganglions recueilli sur des coupes

fraîches, dans la profondeur des organes (1). L'inoculation esl pratiquée sur le cobaye, dans la profondeur des muscles de lu cuisse. S’il s’agit du charbon symptomatique, l’animal montrera, après quelques heures, une tumeur au point d’inoculation ; il mourra en vingt-quatre ou quarante-huit heures, en présentant des lésions musculaires caractéristiques dans la région inoculée.

L’inoculation permettra encore de différencier facilement le charbon symptomatique de la fièvre charbonneuse. Dans ce but, on inoculera, à la fois, les matières recueillies au cobaye et au lapin; alors que le cobaye succombera seul, lors de charbon bactérien, les deux sujets seront tués par la bactéridie et ils présenteront à l’autopsie des lésions caractéristiques.

[J examen bactériologique est également très simple. L n fragment du muscle altéré est frotté sur une lamelle qui est séchée et colorée au bleu de Loeffler. On constate, à un grossissement de 500 diamètres, des bactéries spondées de formes variées (massue, fuseau, raquette ) (2).

(1) Technique, de l'inoculation. — Les produits, recueillis avec un bistouri propre, sont broyés dans un mortier, d'abord à sec, puis après addition de quelques gouttes d’eau bouillie. La pulpe obtenue est passée à travers un linge et un demi-centimètre cube est inoculé, avec la seringue de Pravaz.

On a soin de faire bouillir, au préalable, pendant cinq minutes environ, le mortier, le linge, le verre destiné à recevoir le liquide filtré et la seringue. Celle -ci est stérilisée, immédiatement après l'opération, par une immersion de vingt minutes dans l’eau bouillante.

(2) Kerry (*) a trouvé dans le sang d’une vache considérée comme morte du charbon symptomatique, un microbe très analogue au bacterium Chauvœi et capable de tuer le cobaye en sept ou huit heures, avec développement d’une tumeur œdémateuse renfermant aussi des gaz. Le microbe se différencie surtout de celui du charbon symptomatique par ses réactions sur les animaux : il tue à la fois le cobaye, le lapin, le rat et la souris par l’inoculation sous-cutanée.

L’auteur ne peut d’ailleurs affirmer que le bacille ait été la cause de l’infection chez la vache qui l’a fourni; il signale seulement une cause possible d’erreur dans le diagnostic expérimental du charbon symptomatique. 11 semble probable que Kerry a observé un cas de septicémie gangreneuse (œdème malin).

D’autre part, Klein (’* a observé, chez le mouton, une forme particulière du charbon. Cinq animaux meurent, dans une même ferme, après 24-48 heures de maladie. A l’autopsie, on trouve une infiltration considérable du tissu conjonctif sous-cutané au niveau du cou et de l’épaule; la rate est très volumineuse. Dans la rate, existe une bactérie qui présente la forme et toutes les réactions du bacterium Chauvœi dans les cultures; l’inoculation des cultures en bouillons au cobaye, sous la peau, à la dose de 1 ce. provoque seulement une .tuméfaction locale qui disparait en quelques jours. La souris est turc dans la moitié des cas par l’inoculation sous-cutanée; on trouve les bacilles dans l’exsudât local, dans la rate et dans le sang.

L auteur croit avoir rencontré une variété non virulente du bacterium Chauvœi.

( ) Kebrw Ueber einen neuen pathoaenen anaéroben Bacillus. CKst. Zeits. f. wissens. \clerin6rk., t. \ .

(**) Ki.bw. — Ueber nicbl virulente n Rauschbraud. Cenlralb. fiir Baktcr., t. XVI, 1801, p. 950.

CHARBON SYMPTOMATIQUE

Étiologie. — Étude expérimentale.

Matières virulentes. — Localisée pendant les premières périodes de la maladie dans les tumeurs spécifiques, la virulence s’étend peu à peu et la généralisation est presque toujours complète au moment de la mort.

Toutes les parties de la tumeur charbonneuse, les œdèmes périphériques, les ganglions lymphatiques renferment le virus en abondance. Les épanchements des séreuses, la rate, le foie, les reins, le poumon se montrent également virulents. Parmi les pro-

duits de sécrétion, la hile renferme de nombreux microbes; l’urine (Kitt), le lait, l’humeur aqueuse, le sperme (Galtier) peuvent aussi renfermer le virus. Le contenu de l’intestin est presque toujours virulent.

Le sang n’est envahi par les microbes que dans les dernières périodes de la maladie; le plus souvent, ceux-ci sont en trop petit nombre pour être décelés par un examen direct immédiat. Mais si l’on recueille du sang dans une pipette effilée, et qu’on laisse celleci à une température de 37°, pendant vingt-quatre heures, on trouve la colonne sanguine brisée par le développement des gaz dus à la culture des microbes et ceux-ci se rencontrent facilement.

Réceptivité. — La réceptivité à l’égard du bacterium Chauuœi est limitée à quelques espèces domestiques.

Le bœuf et le mouton contractent la maladie, soit par infection naturelle, soit à la suite de l’inoculation (1).

La chèvre peut aussi être infectée, mais son aptitude est moindre que celle du mouton. — Le cheval et Y âne adultes sont à peu près complètement réfractaires; on n’observe, à la suite de l’inoculation dans les muscles, qu’une tuméfaction locale qui disparaît en quelques jours. Le porc, le chien, le chat possèdent une immunité absolue.

Parmi les petits animaux, le cobaye presque seul est sensible à l’action du virus ; l’inoculation dans les muscles de la cuisse le tue sûrement en vingt-quatre ou quarante-huit heures. Le rat blanc pourrait aussi être expérimentalement infecté (Rogowitsch).

Le lapin, le rat, la poule, le canard, le pigeon... sont réfractaires. — L'homme est à l’abri de l’infection.

Parmi les conditions qui sont capables de modifier la réceptive j,e mouton est le plus sensible de tous les animaux à l’action du virus inoculé:; son prix seul empêche de le substituer au cobaye comme réactif ordinaire.

ÉTIOLOGIE.

vité, Y âge possède une inlluence assez nette. Chez les bovidés, la maladie naturelle est plus rarement observée chez les animaux âgés de moins de cinq à six mois; ceux-ci résistent à des inoculations virulentes qui tuent les adultes dans la proportion de 90 p. 100.

Cependant, dans les pays où les animaux sont sevrés de bonne heure, vers l’âge de six semaines à deux mois, beaucoup meurent du charbon avant le quatrième mois (Guillod et Simon). D autre part, les observations recueillies par Detroye et Moulé, établissent que l’infection est observée chez des veaux âgés de moins de trois mois, avant qu’ils aient été sevrés (1). L’immunité inhérente a 1 âge est donc toute relative, au moins en ce qui concerne les modes de l'infection naturelle (2).

Les bovidés âgés de plus de quatre ans, entretenus dans les régions où règne la maladie, sont presque sûrement à 1 abri de la contagion. Dans le Bassigny, M. Thomas n’a jamais vu le charbon frapper un animal adulte né et élevé dans le pays. 11 est remarquable que l’immunité n’est assurée qu’aux animaux élevés dans les pays à charbon et que les bôtes âgées importées contractent facilement la maladie. Cette constatation, bien établie, démontre que la résistance de l’organisme est due, non à l’influence de l’âge, mais plutôt à une vaccination accidentelle par une infection avortée. D’après MM. Arloing, Cornevin et Thomas, il est probable « que la plupart des jeunes animaux qui vivent dans un milieu infecté s’inoculent spontanément, avec des doses très diverses de virus; ceux qui s’inoculent avec une dose forte contractent une maladie mortelle, tandis que ceux qui s’inoculent une dose minime prennent une maladie bénigne, avortée, suffisante toutefois pour leur conférer une immunité d’abord légère, mais susceptible d’ètre renforcée par des inoculations ultérieures ; si bien que lorsqu'ils sont arrivés à l’âge adulte, ils possèdent une immunité plus ou moins grande, proportionnelle à l’imprégnation virulente qu’ils auront éprouvée. » Cet état d’immunité a pu être expérimentalement constaté, sur des bovidés âgés de deux ans et demi seulement.

En dehors de cette inlluence de l’âge, il est certain a priori que

l i Detroye et Moulé. — Le charbon symptomatique chez les jeunes veaux. Bull, de la Soc. centr. de méd. vét., 1892, p. G79.

(2) MM. Arloing, Cornevin et Thomas expliquent ainsi la moindre réceptivité des jeunes sujets : « 11 est probable que le régime auquel est soumis le veau à la mamelle et pendant le sevrage, lorsqu’il se nourrit aux dépens de sa propre substance, intervient pour une large part dans ces résultats, puisque l'immunité diminue et disparaît à mesure que les jeunes bovidés deviennent franchement herbivores.

CHARBON SYMPTOMATIQUE

de nombreuses conditions individuelles modifient la réceptivité, mais celles-ci sont encore complètement indéterminées.

Modes de l’infection naturelle. — Le mécanisme de la contamination naturelle est seulement soupçonné. L'influence des localités est évidente ; l’on doit nécessairement admettre un ensemencement de certains sols par les spores du microbe. L’inlection s’opère probablement suivant des modes analogues à ceux qui appartiennent à la fièvre charbonneuse.

La résistance considérable de la spore permet de prévoir sa conservation indélinie dans les terrains, après souillure de ceuxci par les cadavres ou par les déjections virulentes. Gotti (1885) a démontré la présence de la bactérie dans un pré faisant partie d un domaine où le charbon symptomatique n’avait pas été constaté depuis plusieurs années.

L’ensemencement des sols par les cadavres s’opère sans doule comme pour la fièvre charbonneuse. Dans les couches superficielles du sol, « le virus, qui ne peut se dessécher complètement et rapidement, s’atténue, s’affaiblit assez vite, sous l'influence de l’air et de la lumière et peut être aussi attaqué par quelques-uns des microbes qui pullulent dans le sol,... puis il disparait entièrement » (Arloing, Cornevin et Thomas). Si le virus est déposé plus profondément, par suite de l’enfouissement du cadavre ou de toute autre circonstance, la conservation, à l’abri de l’air et de la lumière, sera beaucoup plus longue.

Comme pour la bactéridie, l’hypothèse d’une vie saprophytique du microbe, dans la profondeur de certains sols (vie anaérobie), est admissible. Il est possible, sinon probable, que la bactérie se trouve abondamment répandue en divers terrains, en dehors même d’une contamination antérieure par les cadavres. La localisation de l’infection à quelques localités se trouverait naturellement expliquée par la coexistence de certaines conditions de milieu, nécessaires pour la conservation et la pullulation des germes. Les observations de Strebel tendent à établir que la théorie du « Grundwasser » est applicable au charbon symptomatique.

C’est par les aliments que les bovidés sont infectés. Comme pour le charbon bactéridien, certains pâturages sont particulièrement dangereux et la contamination s’opère sur des animaux laissés à l’étable, mais nourris avec des fourrages provenant de localités contaminées (1).

(1) L’immunité — toute relative — des veaux à l’infection naturelle est suffisamment

ÉTIOLOGIE.

lvitt insiste sur le rôle des déjections virulentes; les excréments, rejetés en abondance pendant les dernières périodes de la maladie, renferment des bactéries et l’urine peut être également virulente. Les souillures, directes ou indirectes, des aliments ou des sols exposeront à de nombreuses chances d’infection (1).

L’hypothèse d’une inoculation directe à travers la peau est généralement admise (Feser, Hess ); elle serait déterminée par l’ac-

tion vulnérante de corps souillés par le virus; telles, les piqûres de l’aiguillon, les morsures des chiens qui ont ingéré des débris virulents, les blessures par les corps durs pendant le décubitus. La souillure de plaies préexistantes, par la terre ou par les poussières chargées de germes produirait les mêmes effets. — Il semble cependant que la localisation des tumeurs est déterminée le plus souvent par une action indirecte d’un traumatisme sur les tissus (V. Pathogénie), plutôt que par une pénétration directe du contage. Ainsi s’expliquerait la fréquence des tumeurs dans les points qui reposent sur le sol pendant le décubitus et dans les régions plus particulièrement exposées h des heurts de toute espèce.

Modes de la pénétration du virus. — Les effets de Y inoculation cutanée sont particulièrement intéressants. L’inoculation intra-cutanée, avec la lancette, donne des résultats peu constants sur le cobaye et le mouton; tantôt elle n'est suivie d'aucun accident, tantôt une infection générale, mortelle, se produit, sans que des lésions locales soient observées. Un mode beaucoup plus sûr consiste en l’inoculation sous-cutanée ou intra-musculaire ; toutefois, les résultats varient suivant la qualité et la quantité du virus et aussi suivant la région inoculée.

« Si l'on pousse dans le tissu cellulaire sous-cutané ou intramusculaire un peu de pulpe musculaire infectieuse (de 1 goutte à 1 ce.), on obtient des accidents formidables et toujours mortels sur les animaux doués d’une grande réceptivité.

» Les accidents ont une physionomie particulière dans les deux cas. Quand la matière infectieuse est poussée dans le tissu cellulaire sous-cutané, les accidents se déroulent surtout dans le lissu conjonctif etles ganglions lymphatiques; ils empiètent peu sur les muscles. Ils débutent par un œdème chaud qui faTUde rapides

expliquée par ce seul fait. Les animaux atteints avant le sevrage ont pu être contamines a l étable par la déglutition de quelques parcelles de fourrages souillées, au pâturage par I ingestion, directe ou indirecte, de parcelles de terre.

>1) Kitt. — Beitriige zur Kenntniss des Rauschhrandes und dessen Schulzimpfungen. Deutsche Zeits. fur Thiermed., t. XIII, 1887, p. 267.

CHARBON S YM PTO M A T I y U K .

progrès. Si l’on a choisi l’oreille comme lieu d'inoculation, cel organe devient très volumineux, pendant, douloureux; l’œdème gagne 1 espace intra-maxillaire, la gouttière de la jugulaire correspondante, la face inférieure de la poitrine et le membre. Il devient légèrement crépitant dans certains points, notamment au poitrail ■et à la pointe de l’épaule.

» Quand le virus est déposé dans le muscle, toute la région musculaire se gonfle, un œdème se montre dans les parties déclives avoisinantes, des gaz se développent en abondance, dissociant les muscles et leurs faisceaux charnus; bref, la maladie ressemble à celle que nous avons décrite dans la symptomatologie de l’infection naturelle. Quelquefois, une ou plusieurs tumeurs apparaissent dans le système musculaire, sans que l’on puisse saisir de relation entre elles et la tumeur qui s’est formée autour du point inoculé.

» Si l’inoculation est faite avec une dose moyenne (1/10 de goutte d’une pulpe musculaire très active), les accidents locaux sont nuis ou peu marqués ; mais, au moment où l’on suppose que l’animal est hors d’affaire, apparaît une tumeur plus ou moins éloignée du point d’inoculation, laquelle évolue comme la tumeur déterminée par l’inoculation d’une forte dose et, conséquemment, entraîne la mort de l’animal.

» Lorsqu’on introduit dans le tissu cellulaire une très petite

dose de virus ou du virus peu actif, tantôt on n’obtient aucun effet, tantôt on produit une maladie légère qui se borne à quelques symptômes généraux : tristesse, diminution de l’appétit, élévation de la température. » (Arloing, Cornevin et Thomas.) Dans ce dernier cas, les animaux ont été réellement infectés, car ils ont acquis désormais une immunité complète.

Si l’inoculation virulente est pratiquée dans une région où le tissu conjonctif est dense et peu abondant, la pénétration du virus ne détermine que des accidents sans gravité. L’observation montre, d’autre part, que les tumeurs ne se développent jamais, sur les membres, au-dessous du genou et du jarret, non plus qu’à la queue, bien que ces régions soient des plus exposées aux traumatismes et aux souillures virulentes. L’expérience établit encore que l’on peut inoculer impunément, à l’extrémité de la queue, des doses de virus qui tueraient à coup sûr si elles étaient introduites en d’autres régions. Cette immunité locale n’est pas complète cependant; avec de grosses doses on provoque des accidents généraux et une élévation de la température, et « au

l'ATHOGÉNIE.

fur el à mesure qu’on monte vers la hase de la queue, les chancesd'infection générale et de production de tumeurs symptomatiques augmentent. »

La muqueuse digestive est apte à la pénétration du virus et l'infection expérimentale est obtenue par ce mode, à celte condition de faire ingérer un virus fort. Il est probable que les plaies de la muqueuse, et toutes les altérations qui diminuent la résistance locale des tissus, favorisent la contamination. D’autre part, une certaine quantité de virus est nécessaire.

Les voies respiratoires sont peu favorables à l’envahissement de l’organisme. Chez le mouton, l’injection intra-trachéale d’un liquide virulent (pulpe musculaire) ne provoque qu un état de malaise très passager et elle confère l’immunité.

L inoculation intra-veineuse de doses massives de virus (jusqu à 6 cc., de suc musculaire virulent) ne provoque qu’une maladie avortée, sans tumeur. « Les inoculés présentent des frissons, de la tristesse, de l’inappétence et de la fièvre ; leur température peut monter jusqu’à 1°,9 au-dessus de la température normale. Mais ces symptômes généraux ne durent que deux ou trois jours. Après leur disparition, qui arrive plutôt chez le taurillon et le mouton que chez la chèvre, les sujets se montrent réfractaires aux effets d’inoculations ultérieures. » (Arloing, Gornevin et Thomas.) Dans tous les cas, les animaux ainsi traités possèdent une immunité des plus solides. Quelques sujets succombent cependant à l’injection intra-veineuse de grandes quantités de virus, tantôt à une forme exclusivement septicémique, tantôt avec des altérations musculaires étendues.

Pathogénie. — L’envahissement, de l’organisme s'opère d’après des procédés différents, suivant le mode de la pénétration du virus.

Si le microbe est importé directement dans le tissu conjonctif sous-cutané, à la suite d'une effraction à travers le tégument, il pourra cultiver sur place et les tumeurs précéderont l'infection générale ( charbon essentiel de Chabert). Chez les bovidés inoculés sous la peau, les premiers signes de maladie apparaissent de seize heures àcinq joursaprèsl’inoculation, en moyenne après 30-48 heu res A la suite de la pénétration par la muqueuse digestive ou respiratoire, les microbes sont entraînés plus ou moins directement dans le sang (?).

L étude des conditions dans lesquelles la sortie des vaisseaux

C 1 1 ARBON SYM PTOM ATIQUE .

et la culture clans les tissus sont rendues possibles est très complexe; les résultats expérimentaux acquis n’éclairent qu’en partie la question. On sait que les bactéries renfermées dans le sang sont rapidement englobées et détruites par les leucocytes ou par les endothéliums ; c’est seulement si leur nombre est trop considérable, ou encore s’il existe une brèche endothéliale en un point, que des germes libres pénètrent dans les tissus. Si l’on vient ainsi à déterminer, après une injection intra-veineuse chez le mouton, une hémorragie intra-musculaire ou sous-cutanée, on voit une tumeur apparaître au niveau du traumatisme. (Arloing, Cornevinet Thomas.)

Il est probable que l’infection accidentelle est provoquée par des causes occasionnelles banales, agissant sur des animaux qui hébergent momentanément les microbes dans leurs vaisseaux.

Les traumatismes favoriseront l’ensemencement des tissus, soif en déterminant des déchirures musculaires, soit simplement en provoquant une immigration tumultueuse des leucocytes et des microbes à travers les parois vasculaires.

Les bactéries issues des vaisseaux doivent encore se trouver dans un milieu favorable. Ce terrain d’élection est fourni à peu près exclusivement par le tissu musculaire.

Le bacterium Chciuvœi agit localement en provoquant une paralysie vasculaire et une désorganisation des parois, suivies d’un exsudât œdémateux et de l'issue des leucocytes et des globules rouges.

Les recherches de Rogowitsch (1), sur l’histogenèse des lésions, montrent nettement les modes de l’action locale du bacille. Trois heures après l’inoculation intra-musculaire, on constate déjà, au niveau du foyer, un afflux de leucocytes polynucléaires et un œdème périphérique. Le développement des bacilles est rapide ; après 20-30 heures, ils se montrent abondants dans le tissu cellulaire inter-musculaire et dans le périmysium. Les microbes déterminent non sculemeut des troubles vasculaires aboutissant à l’exsudation séreuse, mais aussi des hémorragies interstitielles, par rupture des parois vasculaires. Souvent l’œdème est sanguinolent et l’on rencontre les bacilles dans les gaines et dans les parois vasculaires.

La culture du bacterium Chauuœi dans les tissus détermine une fermentation véritable; anaérobie, le microbe emprunte à la substance des éléments anatomiques l'oxygène qui lui est nécessaire et il réduit les matières albuminoïdes. C’est au résidu gazeux de

1 Rogowitsch. — Zur Kenntniss der Wirkung des Rauschbrandbacillus auf die thierischen Organismus. Ziegler’s Beitrage zur path. Anat. und zur allg. Path.,t. IV, 1888.

PATHOGÉNIE

la fermentation que les tumeurs doivent leur aspect emphysémateux caractéristique. La composition du mélange gazeux produit est assez variable; Arloing l’a trouvé formé en quasi-totalité par de l’acide carbonique, associé à une très faible quantité de gaz des marais; Roux a rencontré de l’acide carbonique et de l’hydrogène en parties égales. D’après Tappeiner, la composition centésimale est la suivante : 13,15 00% 76,51 11 et 10,34 Az.

D’autre part, Nencki(l) pense que les accidents locaux sont dus, non seulement au bacterium Chaiwœi, mais encore à d autres microbes et parmi eux à un véritable ferment, le micrococcus acicli paralactici (2). La diversité des résultats fournis par 1 analyse serait expliquée par la variabilité de la llore microbienne.

Pendant que s’opère la pullulation locale au niveau des tumeurs, les bacilles diffusent dans tout l’organisme, cultivent abondamment en certains milieux et envahissent la grande circulation à la période ultime de l’évolution.

Le passage des bactéries de la mère au fœtus est la règle chez la brebis et chez le cobaye. Le fœtus présente des lésions étendues, avec infarctus musculaires et œdèmes; le sang renferme les bacilles.

La culture des bactéries dans les tissus est fonction à la fois de la virulence des microbes et de la résistance du milieu organique. Chez le cobaye, réactif très sensible, l’inoculation dans les muscles d’un virus atténué ne provoque que de l’œdème interstitiel et un afflux de cellules migratrices. Chez le lapin, animal très résistant, l’immunité naturelle est vaincue par différents procédés. Certains résultats expérimentaux permettent de préciser les conditions de l’infection.

Arloing a montré qu’un virus affaibli, incapable de tuer le cobaye, devient sûrement mortel si l'on additionne la matière virulente d’une petite quantité d’acide lactique (1/2 cc. d’une solution à 1 p. 5). Nocard et Roux (3), ont établi ensuite que l’on obtient par le même

(1) Nencki. — Untersuchungen über die Zersetzung des Eiweisses durch anacrobe Spaltpilze. Sitzungb. d. Kais. Akad. d. Wissensch. in Wien., t. XCVIII, 1889.

(2) Si l'on ensemence un sérum albumineux avec le liquide extrait directement des tumeurs, on obtient, sous une atmosphère d'acide carbonique et à la température de 1 étuve, une production abondante de scatol, alors que cette formation manque toujours si 1 on inocule la bactérie spécifique seule. Les fermentations complexes qui s’établissent produisent, aux dépens de l'albumine, des acides scatolacétique et scatolcarbonique^ du scatol, de l indol et un amide scatolacétique.

Consulter sur l’étude des fermentations dues au Racterium Chauvœi : Arloing. — C. H- Ac. des sciences, t. CI 1 1 . 188G, p. I2G8. — Bovet. — Des gaz produit y par la fermentation anaérobienne. Annales de micrographie, t. Il, 1890, p. 323.

(3) Nocard et Roux. — Sur la récupération et L’ augmentation de la virulence de la bactérie du charbon symptomatique. Annales de l'Institut Pasteur, t. I, 1887, p. 257.

CHARBON SYMPTQMATIOUE.

procédé 1 infection du lapin, animal normalement réfractaire; l’acide agit en altérant la vitalité des cellules ou, plus exactement, en modifiant les conditions de la défense locale; l’acide acétique, le lactate de potasse, le sel marin, l’alcool étendu,.... possèdent les mêmes propriétés. Le simple traumatisme produit des effets identiques, et cette importante constatation permet d’interpréter, par une moindre résistance des tissus lésés, la localisation habituelle des tumeurs du charbon accidentel dans les régions exposées aux contusions (décubitus) et aux blessures.

L’association de la bactérie spécifique à des microbes non pathogènes, comme le microbacillas prodigiosus, le proteiis vulgaris, suffit à vaincre l'immunité naturelle du lapin (Roger) ; l’infection est favorisée par l’action sidérante qu’exercent sur les phagocytes les produits de sécrétion du microbe associé.

Cette action n’a rien de spécifique ; Duenschmann a vu que le microbacillus prodigiosus, qui favorise l'infection chez le lapin, l'empêche au contraire chez le cobaye, en excitant chez lui l’action phagocytaire.

Il semble que les associations microbiennes soient fréquentes dans les tumeurs symptomatiques des bovidés. Ivitt déclare que l'on rencontre, dans les tissus envahis, non seulement la bactérie spécifique, mais encore d’autres microbes. Nocard et Moulé ont étudié l’une des symbioses les plus ordinaires.

La bactérie du charbon symptomatique sécrète elle-même des matières solubles qui favorisent l’infection, par une action générale exercée sur l’organisme. L’inoculation simultanée au lapin, dans la chambre antérieure de l’œil et dans les muscles, est suivie de l’infection. Celle-ci est due aux produits sécrétés dans l’humeur aqueuse, car l’on obtient le même résultat si l’on injecte, dans les veines du lapin inoculé dans les muscles, un à deux centimètres cubes de sérosité virulente filtrée sur porcelaine (Roger).

Cette action toxique et prédisposante exercée par les produits solubles dans le charbon symptomatique est d’ailleurs toute passagère ; après vingt-quatre heures, elle n’est plus appréciable, et c’est une action antitoxique et immunisante qui est exercée (V. Immunisation.)

Résistance du virus. — La résistance du virus du charbon symptomatique a été très complètement étudiée par MM. Arloing. Cornevin et Thomas.

La dessiccation ne modifie en rien la virulence. « Le virus exprimé

RÉSISTANCE DU VIRUS

d’une tumeur charbonneuse, desséché rapidement à la température de 32° à 35°, conserve pendant plus de deux ans une activité considérable et toujours identique à elle-même. Le microbe desséché oppose aux causes de destruction une résistance bien supérieure à celle du virus frais. »

Dans un milieu saturé d 'humidité ou dans l'eau, à la température ambiante, le virus s’atténue, « mais d’une façon extrêmement variable, qui tient peut-être en partie à la composition chimique des eaux. Il arrive que l’on n’obtient rien par des inoculations faites après cent vingt heures de séjour dans l’eau ; d autres fois, la virulence s’est prolongée trois mois et plus. »

La putréfaction ne détruit que lentement la virulence ; avec des muscles, abandonnés pendant six mois à l’air libre, on peut encore obtenir l’infection.

L’action de la chaleur a des effets différents suivant qu’elle s’exerce sur du virus frais ou sur du virus desséché. — Le virus frais n’est pas altéré sensiblement par des températures inférieures à 65° ; 5 partir de 65°, il se produit un affaiblissement proportionnel à la durée du chauffage. La virulence est complètement détruite, si l’on chauffe à 70° pendant deux heures vingt minutes, à 80° pendant deux heures, à 100° pendant vingt minutes. Dans ce cas il n’y a pas eu atténuation et transformation du virus en vaccin, car les sujets inoculés succombent lorsqu’ils reçoivent le virus fort. — La simple projection d’eau bouillante sur le virus ne suffit pas pour le détruire ; l’immersion des tubes qui le contiennent, dans l’eau bouillante, assure la stérilisation en deux minutes.

Le virus desséché résiste beaucoup mieux encore à l’influence de la chaleur. « Quand on expose dans une étuve le virus desséché, soit après l’avoir légèrement hydraté, soit après l’avoir mélangé à de l’eau, l’expérimentation montre qu’il faut maintenir l’étuve à 85°, pendant six heures, pour obtenir une diminution d’activité sensible... En chauffant pendant le même laps de temps à 90°, 95°, 100° et 105° on obtient des virus de plus en plus affaiblis. » (Arloing, Cornevin et Thomas.) Le contage n’est sûrement tué qu après un chauffage à 110°, prolonge pendant six heures. — Dans l’eau bouillante, le virus sec n’estdétruit qu’après deux heures au moins. — Dans un milieu saturé de vapeur d’eau surchauffée a 110°, la stérilisation est obtenue après quinze ou vingt minutes.

L action du froid est nulle. La congélation du suc musculaire, prolongée pendant deux jours, n’altère en rien la virulence. La Nocard et Leclainche. t*

CHARBON SYMPTOMATIQUE

même matière, soumise à des températures de — 70 à — 76° pendant quatre-vingt-huit heures et de — 120 à — 130° pendant vingt heures, a conservé toutes ses propriétés et tue le cobaye en quinze heures.

L’étude de l’action des antiseptiques sur la spore est des plus intéressantes. Les diverses substances ont des effets différents suivant qu’elles agissent sur le virus frais ou desséché. L’acide oxalique, le permanganate de potasse à 1 p. 20, le chlore, le sulfure de carbone, les vapeurs d’essence de thym et d’eucalyptus, qui tuent le virus frais après quarante-huit heures de contact, restent sans action, dans les mêmes conditions, sur le virus desséché. — La même étude montre encore que la plupart des antiseptiques n’ont de valeur qu’à l’égard de tel ou tel virus, et que, parmi les plus répandus, certains restent sans action sur le baclerium Chauvæi à l’état frais; ainsi, l’alcool phéniqué à saturation, la chaux vive et l’eau de chaux, l’iodoforme en poudre ou en solution alcoolique saturée, le chlorure de zinc, l’essence de térébenthine, l’acide sulfureux, l’hydrogène sulfuré, laissent persister la virulence après quarante-huit heures de contact. Par contre, d’autres substances se montrent très efficaces, quel que soit l’état du virus ; à leur tête se place « le sublimé corrosif dont la solution à 1 p. 5000 est encore antivirulente ; le nitrate d’argent qui, à 1 p. 2000, est sûrement dans le mêrfie cas, qui, à 1 p. 5000, a une action sur laquelle on ne peut compter avec sécurité, et qui, à 1 p. 10000 est impuissant ; l’acide salicylique, actif dans ses solutions jusqu’à 1 p. 1000, est impuissant à 1 p. 2000; le thymol et l’eucalyptol, dont les solutionsà 1 p. 800 sont très efficaces ; puis vient l’acide phéniqué qui, en solution aqueuse à 2 p. 100 est efficace et dont le bas prix doit faire un des désinfectants ordinaires (1) ». (Arloing, Cornevin et Thomas.)

Modifications expérimentales de la virulence. — L’atténuation de la virulence du charbon symptomatique a été obtenue par MM. Arloing, Cornevin et Thomas, avec divers procédés expérimentaux. Elle est réalisée par l’action des substances antiseptiques, par les cultures successives, par l’action de la chaleur sur le virus frais, par l’action de la chaleur sur le virus dessèche.

1° Action des antiseptiques. — La plupart des antiseptiques

(I) La solation alcoolique d’acide phéniqué perd, au contraire, tout pouvoir antiseptique, même lorsqu’elle est employée à saturation. « Koch a déjà constaté, pour d’autres virus à spores, un fait analogue. Par contre, l’acide salicylique et la naphtaline, dissous dans l’alcool, conservent toute leur puissance antiseptique. »

IMMUNISATION.

capables de tuer le virus n’exercent leur action que lentement, en affaiblissant progressivement le pouvoir pathogène du microbe. En graduant le temps de contact et le titre « de certaines solutions antiseptiques (acide phénique, acide salicylique, sublimé, nitrate d’argent, galactose)... on arrive à préparer des vaccins, à l’aide desquels on peut pratiquer des inoculations prophylactiques ».

2° Action des cultures successives. — « Le microbe du charbon symptomatique, comme la plupart des microbes anaérobies, perd assez rapidement son activité lorsqu’on le lait passer à travers une série de cultures. » Les cultures successives opérées à 38-40°, dans le sérum sanguin, « et principalement dans les bouillons de veau et de poulet, additionnés de sulfate de fer et de

glycérine, comme milieux, en présence de 1 acide carbonique », fournissent aussi des virus atténués qui pourraient donner des vaccins. (?)

3° Action de la chaleur sur le virus frais. — Le chauffage du virus à une température de 65°, prolongé au delà de trente et de soixante minutes, permet déjà d’obtenir un certain degré d’atté- . nuation. D’autre part, le virus frais « enfermé dans un tube de verre de la grosseur d’une plume à écrire, exposé pendant une heure quarante-cinq minutes, à l’intérieur d’une étuve réglée à 70°, prend des propriétés vaccinales ». L’expérience montre toutefois que ce procédé est d’une application assez délicate et le suivant est de beaucoup plus sùr dans ses résultats.

4° Action de la chaleur sur le virus desséché. — « Le virus desséché peut être chauffé à 85, 90", sans rien perdre de son activité. Mais si on l’humecte avant de le soumettre à l'étuve, on constate qu’une exposition de six heures à la température de 90° lui enlève une partie de son énergie. » L’atténuation est d’autant plus marquée que le temps du chauffage est plus prolongé. D’autre part, le virus supporte des températures plus élevées, et, pour un même temps de chauffage, l’atténuation sera en raison directe de cette élévation thermique. En soumettant les virus à des températures comprises entre 85° et 105°, pendant des temps variables, on obtiendra toute une échelle de virulence, dans laquelle des virusvaccins pourront être choisis.

C’est par cette méthode que sont préparés les vaccins actuellement employés.

Immunisation. — L’immunisation à l’égard du charbon symptomatique est obtenue: a) par certains modes de l’inoculation du virus

CHARBON SYMPTOMATIQUE

fort ; b) par l’inoculation de virus atténués ; c) par les produits solubles dus à la vie du microbe ; d) par le sérum des animaux rendus réfractaires.

ci. L injection intra-veineuse du virus constitue un premier mode d’immunisation. Les bovidés peuvent recevoir ainsi, sans danger, 4-6 centimètres cubes de sérosité virulente extraite d’une tumeur; le mouton supporte bien 1-2 centimètres cubes. « Les inoculations déterminent quelquefois des frissons, toujours de la tristesse, de l’inappéLence et de la fièvre ; la température s’élève de 1-2° au-dessus de la normale; mais ces troubles généraux ne durent que deux ou trois jours, et, après leur disparition, les sujets se montrent réfractaires à des inoculations ultérieures dans le tissu conjonctif. »

L’inoculation est faite dans la jugulaire, après dissection de la veine (Arloing), ou, plus simplement, par une simple ponction avec un trocart à double canule (Nocard). L’opération présente cependant de réels inconvénients ; la souillure accidentelle du tissu conjonctif de la région provoque l’évolution d’une tumeur, extrêmement grave en raison de son siège, et, d’autre part, l’inoculation est suivie, chez quelques animaux, de l’évolution complète du charbon.

LTnjection intra-trachéale a les mêmes effets que l’injection intra-veineuse, mais elle présente aussi les mêmes inconvénients et elle reste une opération de laboratoire.

La pénétration dans le tissu conjonctif sous-cutané d’une très faible quantité de virus peut encore conférer l’immunité; toutefois-, il est difficile de déterminer et de doser la matière nécessaire pour obtenir ce résultat. MM. Arloing, Gornevin et Thomas ont réalisé la vaccination par ce mode à plusieurs reprises. L'inoculation pratiquée dans une région peu apte à l'évolution du virus, diminue les chances d’accidents. M. Thomas a obtenu des résultats favorables en insérant dans le tissu conjonctif sous-cutané de l’extrémité de la queue, à la façon d’un séton, une mèche imprégnée de virus naturel.

b. L’inoculation de virus atténués permet de conférer l’immunité avec beaucoup plus de sécurité. MM. Arloing, Gornevin et Thomas préconisent l’emploi de deux vaccins, obtenus par le chauffage du virus naturel préalablement desséché.

Le virus est tiré directement des muscles envahis par le microbe; on triture un morceau de tumeur dans un mortier, en ajoutant .quelques gouttes d’eau; on filtre à travers une mousseline fine,

IMMUNISATION.

puis le liquide est étalé, en couche mince, sur une assiette ou sur une lame de verre et porté à l’étuve, à 37°. Après dessiccation, on obtient, par le raclage, une poudre brune qui conserve indéfiniment ses propriétés virulentes.

Pour préparer les vaccins, on mélange une partie de poudre à deux parties d’eau et le liquide obtenu, étalé en couche mince, est porté à l’étuve. Le premier vaccin est produit par le chauffage à une température de 100 à 104° pendant sept heures; le deuxiènle vaccin est produit par un chauffage à 90-94° pendant le même temps. Le résidu se présente sous la forme d’écailles brunes, lormées par de l’albumine cuite qui renferme les spores; ces masses doivent être finement pulvérisées et tamisées avant que de servir aux inoculations vaccinales.

Kilt (1) obtient l’immunité par le même procédé, mais avec un seul virus atténué. Si l’on maintient la poudre virulente, préparée comme dans la méthode de MM. Arloing, Cornevin et Thomas, dans la vapeur d’eau à 98-100°, pendant cinq heures et demie à six heures, on obtient un virus qui peut être inoculé au mouton et au bœuf, à la dose de 2 centigrammes à 5 décigrammes de poudre, sans déterminer la mort. Le mouton inoculé sous la peau, en arrière de l’épaule, présente le lendemain de l’inoculation un léger œdème, qui augmente un peu le deuxième et le troisième jour, pour se résorber ensuite. Chez le bœuf inoculé de la même façon, il se produit seulement une tuméfaction œdémateuse persistant pendant quelques jours.

Le vaccin ne tue même pas le cobaye ; cependant, un certain degré de virulence est conservé, car l’on obtient l’infection du cobaye si l’on ajoute au liquide inoculé quelques gouttes d’acide lactique.

L’immunité conférée aux bovidés par une seule inoculation est assez solide pour leur permettre de résister à une inoculation de virus fort.

Dans un travail plus récent, Kitt (2) émet l’avis qu’il y a intérêt à utiliser pour la préparation des vaccins les cultures pures du baclerium Chauvæi. Le suc musculaire, employé jusqu’ici, renferme des germes variés, qui peuvent résister à l’action des hautes températures employées pour l’atténuation, puis provoquer des accidents chez les inoculés ou modifier l’action des virus-vaccins. (?)

(1) Kitt. — Ueber Abschwüc/iung der Rauschbrandsvirus durck slromende Wosserdampfe. Centralbl. fur llakter., t. 111, 1*888, p. 572 et 605.

(2) Kitt. — Ueber Rauschbrandsc/iulzimpf'ung mit Reinculturen. Monatshefte fur Tlilerheilk., t. V, 1893, p. 19.

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c. E. Roux a montré que l’immunisation des cobayes à l’égard du charbon symptomatique pouvait être obtenue, comme pour la septicémie aiguë (Chamberland et Roux), en injectant des quantités suffisantes de liquides virulents (extrait des muscles et cultures) complètement dépourvus d’organismes vivants (1).

« Les cultures du charbon symptomatique dans le bouillon de veau sont chauffées, apres quinze jours de séjour à l’étuve, dans l’autoclave à 115°. Le liquide ainsi stérilisé est injecté dans la cavité péritonéale des cobayes à la dose de 40 centimètres cubes. Ces injections sont répétées trois fois, à deux jours d’intervalle. Les animaux ainsi préparés résistent, le plus souvent, à l’inoculation, faite dans les muscles de la cuisse, avec un cinquième de centimètre cube de virus du charbon symptomatique délayé dans l’acide lactique à 1 p. 5, tandis que les animaux témoins, inoculés en même temps, succombent quelquefois en moins de vingt-quatre heures.

» ... Il est encore facile de rendre les cobayes réfractaires au charbon bactérien en leur injectant chaque jour, sous la peau, un centimètre cube de sérosité filtrée (2). Au bout de dix à douze injections, l’immunité est acquise.

»... Il serait d’un très grand intérêt de répéter ces essais de vaccination, sur le mouton et sur le bœuf. Le moment de les entreprendre sera venu lorsqu’on saura préparer les matières solubles vaccinales à l’état de pureté. » (E. Roux.)

Kitasato (1889) a réalisé l’immunisation du cobaye par l’injection de cultures chauffées à 80° pendant une demi-heure, et aussi par la simple inoculation d’une culture âgée de quinze jours et déjà très affaiblie. Il rapporte deux expériences dans lesquelles des cobayes nés de mères immunisées ont résisté aux inoculations virulentes.

Les ressemblances qui existent entre le vibrion septique et le bacterium Chanuæi ont conduit E. Roux à rechercher si les cobayes qui ont l’immunité pour la septicémie font aussi pour le charbon symptomatique, et inversement. Il a vu que « les cobayes vaccinés pour la septicémie succombent au charbon symptomatique, tandis que ceux qui ont été rendus réfractaires à cette seconde maladie résistent souvent à l’inoculation du vibrion septique ».

(1) E. Roux. — Immunité contre le charbon symptomatique conférée pur des substances solubles. Annales de l’Institut Pasteur, t. II, 1888, p. 49.

(2) Cette sérosité est préparée avec les muscles envahis et le tissu cellulaire œdématié. Ces parties sont hachées, macérées dans leur poids d’eau et pressées. Le liquide qui s’écoule est filtré sur porcelaine. On obtient une sérosité rougeâtre, alcaline, albuuüugusg, qui peut se conseiver sans altération.

TRAITEMENT. 215

C’est là un exemple très rare et extrêmement intéressant d’une vaccination d'une maladie par une autre maladie.

Duenschmann (1), qui a repris récemment cette étude, a obtenu, en cultivant le microbe dans le vide, sur la viande hachée, un résidu renfermant les toxines et capable de tuer le cobaye à la dose de deux centimètres cubes. La sérosité provenant des animaux tués avec ce virus est très riche en toxine; après filtration, elle tue le cobaye à la dose de 18 centimètres cubes. Les expériences montrent que la toxine ne vaccine pas le cobaye contre le virus vivant; les animaux qui la reçoivent paraissent, au contraire, plus sensibles aux inoculations virulentes. La sérosité filtrée provenant d’animaux qui ont succombé au charbon symptomatique est vaccinante, non parce qu elle contient de la toxine, mais parce qu’elle renferme une substance préventive, qui existe également dans les humeurs des animaux immunisés.

cl. Ivitt (2) a obtenu récemment l’immunisation du mouton par l’inoculation de sérum provenant d’un autre mouton vacciné. L’animal reçut 40 centimètres cubes de sérum. Huit jours après il résistait à une inoculation de suc musculaire virulent, qui tuait un mouton témoin. Chez le cobaye, l’immunisation par le même procédé ne put être réalisée.

Duenschmann a obtenu un sérum immunisant, en renforçant l’immunité naturelle des lapins par des inoculations successives d’un virus renforcé. Les lapins ainsi traités donnent un sérum qui peut détruire la toxine in vitro ou atténuer ses effets dans un organisme. L’injection du sérum de lapin immunisé permet au cobaye de résister à une inoculation de toxine qui tue les animaux témoins.

Non seulement, comme E. Roux l'a montré, les cobayes immunisés contre le charbon symptomatique résistent à l'inoculation du vibrion septique, mais le sérum des animaux réfractaires, mélangé au virus septique, neutralise son action.

Traitement.

« L’intervention est le plus souvent sans résultat. On a conseillé les fortes saignées, les scarifications profondes suivies de la com-

(1) II. Duenschmann. — Élude expérimentale sur le charbon symptomatique et ses relations avec L œdème malin. Annales de l'Institut Pasteur, t. VIII, 1894, p. 403.

(2 ) Kitt. — beber Rauschbrandscliutzimpfuna mit Reinculturen. Monats. fur Tliierlieilk . , t. V, 1893, p. 19.

CHARBON SYMPTOMATIQUE

pression des tumeurs, les applications froides, les lavages etarrosages avec les acides dilués, le vinaigre, l’alcool et surtout avec les solutions phéniquées fortes, les cautérisations avec le cautère chauffé à blanc, les injections intra-musculaires d’acide phéniqueà 5 p. 100. A l’intérieur, on a donné sans succès les toniques, les antiseptiques, les acides (acides chlorhydrique, phénique, sulfurique) associés à des décoctions mucilagineuses, la teinture d’iode... L’excision de la tumeur provoque une vive douleur sans aucun avantage. Nous croyons que les incisions et les arrosages avec l'acide phénique à 5 p. 100 doivent être préférés.

» Walraff conseille d’appliquer une forte ligature à la base de la tumeur et de pratiquer ensuite des scarifications. » (Hess.)

Prophylaxie.

La prophylaxie comprend à la fois l’utilisation des méthodes de vaccination et l’emploi des mesures sanitaires propres à éviter l’infection.

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