‹ Les maladies microbiennes des animaux (volume 2)Chapitre 58 sur 156 · I. — Vaccination · texte numérisé non relu

I. — Vaccination

L’injection intra-veineuse constitue un premier mode pratique de vaccination et, dès 1880, elle était employée avec succès dans le Bassigny, par MM. Arloing, Cornevin et Thomas. Cependant, les difficultés de la technique firent abandonner cette méthode dès que l’atténuation du virus fut obtenue.

En 1883, la vaccination par le virus atténué était tentée, avec un plein succès, en France et en Suisse ; à partir de l’année 1884, son emploi s’étend progressivement dans les régions infectées et, à l’heure actuelle, elle est appliquée couramment dans toute l’Europe centrale. Hess et Strebel en Suisse, Kit t en Allemagne, se sont faits les propagateurs de la méthode. En 1891, MM. Arloing, Cornevin et Thomas ont expédié du vaccin pour plus de 50000 bovidés, dont 30000 environ à l’étranger. En janvier 1893, Strebel réunissait les documents relatifs à 158579 inoculations préventives ; sur ce chiffre 107 animaux seulement ont succombé au charbon inoculé, soit une proportion très faible de 0,67 p. 1000. Quant à la valeur préventive de la méthode, elle est établie par des centaines d’observations. « La valeur de la vaccination, dit Kitt, n’est pas seulement une vérité expérimentale, mais ses résultats pratiques sont démontrés par la statistique... La mortalité, chez les animaux non inoculés, est cinq fois et demie plus grande que chez les

VACCINATION

vaccinés » (1). Encore cette appréciation est-elle des plus modérées, caria mortalité peut atteindre, chez lesnon-vaccinés, une proportion de 6 à 10 p. 100. (Strebel.)

La technique de l’inoculation est ainsi fixée par MM. Arloing, Cornevin et Thomas.

La vaccination contre le charbon symptomatique comporte deux inoculations successives, àdix jours d'intervalle. La première se lait avec un virus très atténué — premier vaccin — et la seconde avec un virus moins atténué — deuxième vaccin.

Ces deux sortes de vaccin sont envoyées à l’opérateur sous forme de poudre, par paquets de dix doses au minimum.

Manuel opératoire. — A. On dépose le contenu d’un paquet de vaccin au fond d’un mortier (verre ou porcelaine) passé préalablement à 1 eau bouillante. On laisse tomber d’abord 2 à 3 gouttes d’eau et avec le pilon on triture la poudre vaccinale jusqu’à ce qu’on ait fait une pâte homogène, puis on ajoute peu à peu l’eau nécessaire pour arriver à 10 centimètres cubes ou 10 grammes, tout en continuant à triturer et à délayer le vaccin. On obtient alors un liquide brunâtre qu’on jette sur un filtre en toile (batiste stérilisée à l’eau bouillante), afin d’arrêter les particules grossières échappées à la trituration. Le filtre ayant été mouillé à l’avance, on doit obtenir environ 10 centimètres cubes de liquide vaccinal, quantité nécessaire pour charger deux fois la seringue.

11 va de soi qu’avant de remplir cet instrument pour la première fois, on s’est assuré de sa propreté absolue et de son bon fonctionnement.

B. Quant à l’inoculation proprement dite, on peut la faire d’après plusieurs procédés :

1° Inoculation à la queue. — L’opérateur s’approche de l’animal à vacciner, lui saisit la queue de la main gauche, coupe à l’aide de ciseaux, sur une étendue de 7 à 8 centimètres, les crins qui garnissent la face inférieure de la partie terminale de l’organe, dit vulgairement toupillon, et lave avec soin la surface de la peau. Puis, enfonçant sur la ligne médiane la lige de trocart annexée à la seringue, il creuse, de bas en haut, une galerie qu’il élargit à son fond en imprimant à la lige piquante des mouvements de latéralité et de bascule. Il retire l’instrument et infléchit l’extrémité de la queue de manière à placer en haut l’orifice de la galerie sous-cutanée; alors il engage la canule mousse de la seringue dans cet orifice et pousse 1 centimètre cube (ou 20 gouttes) du liquide vaccinal, s’il s’agit d un animal de dix-huit mois etau-dessus, et seulement 10, 12 ou 15 gouttes, selon le poids des sujets, s’ils sont âgés de six à dix-huit mois. On a eu le soin de régler ces quantités à l’avance à l'aide du curseur dont est munie la tige du piston. On retire ensuite la canule et l'on exerce une légère pression sur l'orifice de la galerie pour prévenir la sortie du liquide introduit.

L inoculation du deuxième vaccin se fait huit à dix jours après celle du

(1) Kitt. — Monatshefte fur prakt. Thierheilk., 1S93, p. 314 et 332. Werth und Lnwerth der Sc/iutzimpfungen gegen Thierseuchen. Berlin, 1886.

CHARBON SYMPTOMATIQUE

premier, dans une galerie creusée à côlé de la première, et on observant les mêmes règles.

Dans ces dernières années, de nombreuses tentatives ont été faites, pour modifier le manuel opératoire et supprimer les quelques inconvénients reprochés à la méthode. Ceux-ci se rapportent : a) au choix de la région ; b) à l’énergie trop grande du second vaccin et à la nécessité d’une double intervention.

a. L’inoculation à la queue ne met pas nécessairement à l’abri de tout accident ; si les tumeurs ne se développent jamais au point d’inoculation, elles peuvent apparaître en d’autres régions, au niveau de la hanche, de la croupe, de l'épaule... Parfois aussi l’inoculation provoque des accidents locaux de suppuration et de gangrène, suivis de la chute de la queue et, en quelques cas très rares, de tétanos (Strebel). Enfin, l’épaisseur de la peau, la densité du tissu conjonctif, les mouvements brusques des animaux au moment de l’opération, les hémorragies fréquentes rendent quelquefois l’inoculation pénible et incertaine dans ses résultats.

Dès 1887, Kitt pratiquait des essais d’inoculation en arrière de l’épaule, avec un vaccin doué d’une virulence intermédiaire à celles des deux vaccins de Lyon. De 1888 à 1891, Suchanka, Palia et Schwaiger employaient, dans le duché de Salzbourg, la vaccination unique à l’épaule, à la fois avec le vaccin de Kitt et avec le deuxième vaccin de Lyon. Strebel a pratiqué, en 1892, avec un plein succès, la vaccination à l’épaule, en se servant des deux vaccins de MM. Arloing, Cornevin et Thomas. La technique de l’opération est ainsi décrite par Strebel (1).

Procédé Kilt-Strebel. — « On désinfecte les instruments, ainsi que la porcelaine, avec une dissolution d’acide phénique, chaque lois qu’on veut s’en servir. Le liquide à vacciner, obtenu par la dilution minutieuse de la poudre vaccinatrice dans de l’eau bouillie, est filtré à travers un linge propre et mince. Pour faciliter le passage du liquide, on trempe l’étoffe, avant la filtration, dans de l'eau bouillie, et on presse sur le liquide, de telle sorte qu’il n’y ait que les parties les plus grossières qui restent.

» On sait que la filtration doit être imparfaite, sans quoi le liquide perdrait une partie de sa force protectrice. Le liquide peu filtré est rapidement résorbé et l’on a chance d’éviter ainsi le développement du charbon symptomatique par inoculation à l’endroit vacciné.

» Qu’on pratique l’inoculation en avant, en arrière ou sur l’épaule, on soulève un pli de peau, et on introduit rapidement la canule, de sorte

(I) Strebel. — De L'inoculation préservative clu charbon symptomatique pratiquée à l'épaule et à la paroi thoracique. Journal de méd. vét., 1893, p. 11.

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qu’elle arrive dans le tissu conjonctif sous-cutané. Il faut éviter d’atteindre la chair.

» Les avantages de cette méthode sont considérables. En une heure, on peut vacciner 40-45 animaux. Il n’est pas nécessaire de couper les poils à l’endroit inoculé, ni de le désinfecter; on choisit une place propre, ou ou la fait brosser. La peau est plus fine et bien moins adhérente qu’au coccyx. Le trocart est inutile. »

D’autres lieuxd’élection peuvent être encorechoisis. Zimmermann, en 1891, a vacciné 3666 bovidés sur la paroi thoracique gauche, sans aucun accident. En celte même année, Guillod et Simon (1) ont commencé à pratiquer les inoculations dans la même région ; 1500 animaux ont été opérés avec un seul cas de mort. Le manuel opératoire est le suivant :

Procédé Guillod el Simon. — Los virus, préparés et dosés comme dans l’ancien procédé, sont inoculés au niveau du tiers postérieur du thorax, immédiatement au-dessous du bord inférieur de l'ilio-spinal. L’opérateur enfonce le trocart sous la peau, verticalement: il lui imprime de légers mouvements de latéralité, de manière à former une petite poche où s’étalera le liquide virulent, puis, l’aiguille étant retirée, il adapte à la canule laissée en place la seringue préalablement chargée et il injecte le virus. Il se forme ordinairement, au point de l’inoculation, une tumeur œdémateuse, du volume d’une noix, qui disparaît dans la suite sans traitement.

» L’opération ne provoque que peu de défenses; on pourrait encore atténuer la douleur en supprimant le trocart et en le remplaçant par une forte aiguille dont le biseau, bien acéré, traverserait plus aisément la peau. »

Les résultats statistiques des divers modes de l’inoculation sur le thorax ont été réunis par Strebel. « Sur un total de 13022 vaccinations, 5 seulement ont eu un résultat fâcheux, soit 0,38 p. 1000, tandis que le taux de la mortalité, avec l’autre méthode, s’élevait à près du double. Sur 8241 sujets survivants à la vaccination et dont on connaît le sort, 10 seulement ont été affectés du charbon symptomatique, soit 0,12 p. 100, tandis que, avec l’ancien procédé, la perte s’élevait à plus du triple. Il faut encore remarquer que, sur ce nombre, 6000 animaux n’avaient été soumis qu’à une seule inoculation par le vaccin de Kitt. Sur les 2241 traités avec les vaccins de Lyon, un seul a succombé au charbon spontané, soit 0,44 p. 1000 » (2).

(1) Guillod et Simon. — Du charbon symptomatique ; nouveau procédé d'inoculation. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vêt., 1892, p. 32:3 .

(2) Dans une communication récente, faite au Congrès international d'hygiene de Buda-Pest, MM. Arloing, Cornf.vin et Thomas ont donné la sanction de leur autorité aux nouveaux procédés de vaccination ; ils ont apporté des faits nombreux qui prouvent

CHARBON SYMPTOMATIQUE

b. Un second reproche adressé par Kitt à la vaccination double consiste en la virulence trop grande du second vaccin, capable, sous certaines conditions, de tuer les bovidés. C’est dans le but de remédier à cet inconvénient qu’il utilise le vaccin unique obtenu par l’action de la vapeur d’eau.

Toutefois, cette vaccination est beaucoup moins sûre dans ses effets préservatifs que les inoculations répétées, et, à diverses reprises, Kitt a déclaré que la vaccination par le procédé français agit plus sûrement que la sienne.

« Malgré cela, les succès obtenus, le plus de rapidité et de commodité de cette méthode, justifient les essais de vaccination unique. » (Strebel.)

En résumé, les indications de la vaccination préventive peuvent être ainsi formulées à l’heure actuelle : Il n’existe point de « régions défendues » pour l’inoculation; il y a de grands avantages à pratiquer celle-ci sur le thorax.

La vaccination unique ne donne pas de garanties suffisantes ; l’on doit avoir recours aux deux vaccins préparés par MM. Arloing, Cornevin et Thomas.

IL MESURES SANITAIRES

Les mesures sanitaires indiquées sont analogues à celles qui sont applicables à la fièvre charbonneuse. Les étables envahies seront aussitôt évacuées par les animaux sains; les litières et les excréments seront brûlés ou enfouis profondément, après désinfection. Toutes les parties souillées par les déjections du malade seront soumises à des lavages répétés et à. une désinfection complète avec la solution acide de sublimé, la solution aqueuse d’acide phénique à 2 p. 100 ou de sulfate de cuivre à 2 p. 100. Les animaux peuvent être réintégrés dans l’étable aussitôt après cette désinfection.

La destruction des cadavres doit être aussi complète que possible. La solubilisation par l'acide sulfurique est difficilement réalisable. Par contre, l’incinération sur un bûcher improvisé, après arrosage du cadavre avec le pétrole, sera pratiquement conseillée dans les pays boisés.

Si l’enfouissement est nécessaire, on choisira l’emplacement dans des lieux écartés, dans les forêts, et, en général, dans les endroits

non seulement que ces procédés sont tout aussi efficaces, tout aussi inofïensifs que l'ancienne méthode, mais encore qu’ils sont d’une application beaucoup plus simple et plus rapide.

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interdits au bétail. Le cadavre, arrosé de pétrole ou enduit de goudron, sera enterré à une profondeur de lm,50au moins.

L’utilisation des peaux pourrait être permise après une désinfection, même incomplète ; les manipulations industrielles sont sans danger, puisque l’homme est entièrement réfractaire au charbon bactérien.

Lorsque les animaux ont succombé dans les prairies, le sol soui*ié par le malade doit être désinfecté aussi complètement que possible, puis recouvert d’un tas de pierres pour en éviter l’accès.

Utilisation des viandes. — Les viandes provenant d’animaux abattus au cours de l’infection doivent être rejetées de la consommation. L’observation montre que, en dehors même des tumeurs spécifiques, le muscle offre un terrain favorable aux agents de diverses fermentations. Les accidents graves d’intoxication qui peuvent résulter de l’ingestion de ces viandes justifient la saisie totale dans tous les cas.

Législation. — En France et dans tous les pays, les prescriptions sanitaires applicables au charbon symptomatique sont identiques à celles qui sont prévues pour la lièvre charbonneuse (V. Fièvre charbonneuse ; Législation).

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