III. — Diagnostic
La forme suraiguë du choléra est suffisamment caractérisée par la rapidité de l’évolution et par la marche de la contagion. Un empoisonnement par un toxique très actif pourrait seul expliquer les phénomènes observés.
Sous le type aigu, et alors que les troubles intestinaux sont prédominants, le choléra peut être confondu, à un premier examen, avec diverses affections. L’autopsie de quelques sujets et la coexistence des lésions intestinales et de l’exsudât du péricarde fournissent des renseignements précieux. — La tuberculose et la diphtérie évoluent parfois, dans leur période ultime, avec une rapidité telle que l’on peut songer au choléra; on constate encore la diarrhée et l’abattement des malades, mais la crête et les muqueuses prennent une teinte pâle, pour ne devenir asphyxiques que dans les derniers instants et chez quelques sujets seulement. (V. Tuberculose.) — La dysenterie épizootique simule également le choléra ; cependant la contagion s’exerce beaucoup plus lentement et les malades ne succombent qu’en 9-13 jours, avec un abaissement graduel de la température. Lignières (2) a étudié, chez la poule, une septicémie due à l’envahissement du sang et des tissus par le coli-bacille ; les animaux meurent sans présenter d’autre symptôme évident que la
(1) Sticker. — Küsige Processe bei der Geflügelcholera , Archiv fur Thierheilk., t. X,
(2) Lignières. — Septicémie à coli-bacille chez la poule. Soc. de Biologie, Ier février 1894.
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diarrhée ; la contagion s’exerce beaucoup moins rapidement que dans le choléra.
Les formes chroniques sont plus difficiles à déterminer; les symptômes simulent de très près ceux de la tuberculose ; d’autre part, la présence d’un piqueté blanchâtre sur le foie ou sur le poumon sera très généralement considérée comme une confirmation suffisante du diagnostic. 11 est à remarquer cependant que ces lésions du choléra chronique restent discrètes; les foyers sont limités et isolés; on n’observe pas, semble-t-il, ces lésions formidables qui sont fréquentes dans la tuberculose ou dans la diphtérie.
Dans tous les cas, le diagnostic sera facilement assuré par l’examen direct du sang frais, lors d’évolution aiguë, et par celui des foyers caséeux, dans les accidents chroniques. L'inoculation à la poule, au pigeon, au moineau, au lapin... permettrait encore de se prononcer rapidement.
Étiologie. — Étude expérimentale
Matières virulentes. — Le sang et toutes les parties de l’organisme se montrent virulents. Les exsudats des muqueuses et des séreuses, les matières excrémentitielles, les mucosités des premières voies digestives, le jetage nasal... sont également virulents. Les œufs pourraient aussi renfermer l’agent de la contagion, d'après Barthélemy et Kitt.
Réceptivité. — Tous les oiseaux de basse-cour sont extrêmement sensibles à la contagion. Cependant il semble que l’infection naturelle par un virus affaibli s’étende de préférence à la poule, au pigeon, puis, à un moindre degré, au canard, à l’oie, au dindon. Les petits oiseaux de volière sont tous tués avec la plus grande facilité.
Chez toutes ces espèces, l’inoculation d’une trace de virus, sous la peau ou dans le muscle pectoral, détermine la mort à coup sûr. L’évolution est d’autant plus rapide que le virus est plus actif et que la dose inoculée est plus forte; très généralement, les animaux succombent en moins de vingt-quatre heures. L’ingestion réussit presqu’aussi sûrement à provoquer la maladie.
Le lapin est aussi très sensible au virus du choléra des poules, et il peut être contaminé accidentellement (1). La souris possède une égale réceptivité.
(1) Il est possible d’utiliser le virus du choléra des poules pour la destruction des lapins sauvages. En Champagne, des milliers de lapins, dont les galeries souterraines
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« Chez les cobcujes, d’un certain âge surtout, on n’observe souvent qu’une lésion locale au point d’inoculation, qui se termine par un abcès plus ou moins volumineux. Après s’être ouvert spontanément, l’abcès se referme et guérit sans que l’animal ait cessé de mander et d’avoir toutes les apparences de la santé. » (Pasteur.) Pour tuer le cobaye ainsi infecté localement, il suffit de gratter les parois de la membrane qui tapisse la cavité de l’abcès ; le microbe passe dans le sang et détermine une septicémie mortelle. L’inoculation intra-péritonéale tue aussi le cobaye.
Par contre, le chat, le chien, le cheval, les ruminants et 1 homme sont complètement à l’abri de l’infection spontanée et l’inoculation détermine, chez quelques-uns seulement, des lésions locales. Chez le cheval et chez le mouton, des abcès évoluent au point d’inoculation; injecté dans les sinus galactophores de la vaclie, le microbe cultive localement et provoque une mammite catarrhale persistante. (Kitt.)
Modes de Pinfection. — I. La contagion s’effectue avec une extrême facilité, en raison même du genre de vie et du mode d’entretien des espèces atteintes. Dans une basse-cour infectée, les déjections virulentes, répandues sur le sol, souillent les aliments et les eaux et pénètrent avec eux dans le tube digestif. La transmission, d’un élevage à un autre voisin, est inévitable quand les volailles sont laissées en liberté. L’extension aux parquets clos reste possible par divers modes ; le transport s’effectue par l'intermédiaire d’oiseaux infectés et surtout par les pigeons, aussi par les eaux souillées au contact de déjections ou de cadavres, par les poussières, et encore à la suite d’un transport du virus par de petits animaux (chiens, chats, souris) ou par l’homme. La diffusion, d’une région à une autre, est ordinairement la conséquence des transactions commerciales et de l'introduction dans une basse-cour d’animaux contaminés.
La contagion s’exerce indirectement par le transport des oiseaux dans des cages ou dans des véhicules infectés. D'autre part, le virus peut se conserver pendant un certain temps dans le sol, et, en
compromettaient la solidité des caves, ont été détruits en quelques jours. En Russie, le même procédé a été appliqué avec succès à la destruction des spermophiles, dans la province de Cherson et en Bessarabie. La méthode faillit être appliquée en Australie, où les lapins constituent, d’après le gouvernement local, un véritable danger national; mais les rongeurs trouvèrent, au dernier moment, des défenseurs intéressés qui les sauvèrent dune extermination certaine. Voy. Loin. La Microbiologie en Australie, thèse, Paris, 1892.
Le virus de la septicémie des souris a été récemment utilisé en Thessalie, sur les conseils de Lôfiler, pour la destruction des campagnols.
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l’absence d’une désinfection suffisante, la contagion persistera après l’évacuation complète des contaminés.
II- — La contagion joue, à coup sûr, un rôle très prépondérant dans la genèse de la maladie et, dans la pratique, il convient de le considérer comme exclusif. Toutefois, si les faits d’observation tendant à démontrer la genèse du choléra en dehors de la contagion n’ont qu’une valeur relative, en raison des modes très indirects de la transmission, ils sont appuyés par quelques résultats expérimentaux et par certaines constatations étiogéniques.
Marchiafava et Celli croient avoir provoqué plusieurs fois le choléra, chez la poule, par l’ingestion de matières putrides.. Gamaléia (1) a rencontré deux fois la bactérie du choléra dans l'intestin de pigeons sains ; les inoculations faites en série et les cultures permirent de démontrer rigoureusement l’identité du microbe.
D’après ces résultats, la bactérie pourrait habiter le tube digestif des oiseaux sans provoquer aucun accident, et elle ne deviendrait pathogène que sous certaines conditions. Le microbe se trouverait répandu dans certains sols, vivant à l’état de saprophyte dans des milieux favorables, et la vie parasitaire ne constituerait plus qu’une phase accidentelle de son évolution.
Cette hypothèse est rendue plus probable par l’étude étiologique des septicémies de même type que le choléra des poules. Elle est d’autant plus intéressante que la doctrine de la contagion exclusive laisse inexpliquées diverses particularités étiogéniques. L’apparition subite et simultanée des épizooties sur divers points, en certaines années, la persistance de la contagion en foyers très limités laissent entrevoir l’intervention de l'influence des milieux. Le rôle des sols, qui apparaîtra plus évident de beaucoup pour d’autres affections du même type, doit donc être mentionné, ainsi que la possibilité d’une vie saprophytique de la bactérie.
Dans les eaux, la culture paraît réalisable sous diverses conditions; cependant Schônwerth n’a pas réussi à obtenir la pullulation dans des réservoirs, renfermant 200-900 litres d’eau, ensemencés avec deux à trois litres de cultures virulentes. En dehors des nombreuses causes d’atténuation qui interviennent dans ces conditions, la dilution extrême des bactéries est éminemment défavorable à l’infection. La culture dans certaines eaux, théoriquement possible, permettrait seule l’infection naturelle.
(J) Gamaleia. — Zur Aeliologic der Hilhnercholera. Centrall). fur Bakter., t. IV 1888
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Modes de la pénétration du virus. — Le virus pénètre par toutes les voies avec une extrême facilité. L’inoculation par effraction cutanée, rarement réalisée lors de contagion naturelle, tue à coup sûr tous les animaux aptes à l'infection. Les muqueuses intactes se prêtent à l’absorption du microbe dans les cultures en bouillon ; sur la conjonctive, la pénétration est assurée après une minute de contact (Conte).
Les voies digestives sont également perméables ; l’ingestion de matières animales (Renault) ou de cultures virulentes (Perroncito, Pasteur) détermine la maladie chez les oiseaux adultes et chez les lapins. C’est presque exclusivement par l’ingestion d’aliments souillés de virus que s’opère la transmission accidentelle.
Les voies respiratoires permettent aussi la pénétration. Chez le lapin et chez la souris, les inhalations de matières virulentes, desséchées ou en suspension dans un liquide, entraînent l’infection, à la suite du passage des microbes à travers la muqueuse, des vésicules pulmonaires (Büchner). L’inoculation directe dans le poumon assure également un envahissement rapide de l’organisme (Perroncito).
L inoculation intra-veineuse lue plus vite que tous les autres modes; un virus affaibli, inoculé ainsi à dose massive, à des animaux très susceptibles, récupère graduellement sa virulence.
Pathogénie. — L’envahissement des organismes s’opère d’après des modes différents suivant la puissance du virus, la réceptivité du sujet et le mode de la pénétration.
Très généralement, il se produit au point d’inoculation une culture locale, décelée par un œdème inflammatoire avec leucocytose abondante. Très apparents lors d'inoculation sous-cutanée, ces accidents se montrent aussi dans les autres tissus ; ils se traduisent au niveau de l'intestin par des ulcérations et un œdème sous-muqueux, dans le poumon par de la pneumonie fibrineuse et de l’œdème interstitiel (Perroncito). Chez les organismes très susceptibles et lors de l’inoculation d’un virus fort, les bactéries envahissent rapidement le système lymphatique ; elles pénètrent dans le sang et cultivent abondamment dans la plupart des parenchymes ensemencés. Si l’organisme est plus résistant et le virus relativement faible, l’infection s’opère lentement et la culture reste limitée en quelques points, déterminant des accidents locaux de nécrose cellulaire, exprimés par des foyers de caséification. Enfin si la résistance du milieu ensemencé est plus considérable
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encore, ou si le virus est très affaibli, des phénomènes locaux sont seuls observés au point de l’inoculation; tels, les abcès constatés chez le cobaye ou les nécroses musculaires consécutives, chez les oiseaux, à l’inoculation d’un virus atténué.
Dans les formes aiguës, la virulence s’étend à toutes les parties de l’organisme. Chez la lapine pleine, le passage de la bactérie au fœtus est constamment observé (Chambrelent, Malvoz); d’après Barthélemy (1), l’infection de l’œuf serait possible chez les poules atteintes et elle aurait pour conséquence l’infection de l’embryon. D’autre part, Maffucci a montré que les œufs inoculés avec le microbe du choléra donnent, dans la moitié des cas, des poussins infectés, qui succombent peu de temps après l’éclosion.
Le microbe agit sur l’organisme par l’intermédiaire de produits solubles. Pasteur a établi que l'inoculation du bouillon de culture filtré sur porcelaine détermine, chez la poule, des phénomènes d’intoxication analogues à ceux qui expriment la maladie ellemême; les animaux ainsi traités sont abattus, somnolents, pendant quatre heures environ, puis ils reprennent leur attitude normale.
Résistance du virus. — Le microbe du choléra des poules résiste fort mal aux diverses causes de destruction. Les cultures exposées à l’air s’atténuent et perdent rapidement la virulence. La dessiccation tue vite le microbe. La chaleur a une action très marquée et le virus est détruit, en quelques minutes, à une température de 58°; sous l’action combinée de la chaleur solaire et de la lumière, la vitalité est détruite en 45 minutes à une température de 45 à 50° (Kitt). Par contre, le microbe résiste bien au froid et il supporte les températures les plus basses de l’hiver (2).
A l’abri de l’air, le microbe ne se développe pas, mais il conserve longtemps sa virulence; dans le sol humide, le contage peut ainsi se conserver pendant plusieurs mois dans des parcelles non aérées, ou encore grâce à une enveloppe protectrice de microbes aérobies.
La virulence est conservée pendant huit jours dans l’eau distillée; pendant trente jours dans l’eau ordinaire (Straus et Dubarry). Dans l’eau des réservoirs, le bacille se conserve, sans cultiver,
(1) Barthélémy. — De V incubation des œufs d'une poule atteinte de choléra. C. R. Ac. des Sciences, t. CXIV, 1882, p. 1322.
(2) Kitt. — Beilrüge zur Kenntniss der Geflügelcholera und deren Schutzimpfung. D. Zeits. f. Thierm., t. XIII, 1888, p. 1.
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pendant deux mois, à une température de 4 à 5°; la virulence est conservée pendant plusieurs semaines (Schônwerth).
L’action des antiseptiques a été plusieurs fois étudiée. Déjà Pasteur avait établi que la virulence est rapidement détruite par l’acide sulfurique en dilution à 5 p. 1000. Salmon (1) a obtenu les résultats suivants :
Détruisent la virulence :
Acide salicylique à 1 p. 100.
— benzoïque à 1 p. 100.
— phénique à 1 p. 100.
— sulfurique à 5 p. 1000.
Ne détruisent pas la virulence :
Alcool à 20 p. 100.
Acide borique à 2 p. 100.
Sulfate de potasse à 2 p. 100.
Iode à 1 p. 1000.
Perroncito est arrivé à des résultats analogues.
G. Colin (2) a étudié l’action des antiseptiques sur les débris d’animaux virulents. Le sulfate de cuivre et le chlorure de zinc à 5 p. 100 détruisent la virulence du sang et des déjections, mais il faut un mélange très intime. Ainsi des fragments de rate de poule, immergés dans ces solutions, ne perdent totalement leur virulence qu’après 24 à 48 heures. Le chlorure de chaux, qui pénètre difficilement les matières, et le borate de soude ont une action presque nulle sur la virulence.
La glycérine conserve pendant un long temps la virulence et peut être employée pour le transport et l’expédition de produits suspects. Une rate immergée dans la glycérine donne, après soixante-quatorze jours, des bactéries qui tuent rapidement le lapin ; après quatre mois seulement, la virulence a disparu totalement à l’égard du même animal (Sclavo).
Modifications de la virulence. — La bactérie du choléra est douée de propriétés virulentes très différentes suivant sa provenance ; son énergie est modifiée encore par le passage à travers les organismes ou les milieux de culture.
Les passages successifs chez des sujets très susceptibles, comme les petits oiseaux, augmentent rapidement la virulence. Un virus affaibli et incapable de tuer la poule, tuera le moineau et. après cinq ou six passages sur celui-ci, il sera suffisamment renforcé pour être inoculé avec succès à la poule la plus résistante.
Dans les cultures, en présence de l’oxygène de l’air, la virulence s’affaiblit graduellement ; au bout de soixante jours, les cultures en
(|) Salmon. — Investigations of fowl-cholera. Report of the connu, of agric. 1882.
(î) G. Colin. — Expériences sur la valeur des agents désinfectants dans le choléra des poules. C. R. Ac. des Sciences, t. IC, 1884, p. 934.
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bouillon sont complètement inoffensives pour les animaux inoculés (Pasteur). Au contraire, si les cultures sont conservées dans des tubes scellés et à l’abri de l’air, la virulence persiste pendant un temps beaucoup plus long.
L’influence combinée de l’air et de la lumière, agissant sur des cultures en milieux solides faiblement alcalins (bouillon-peptonegélatine), détermine une atténuation rapide. Dans ces conditions, Wertheim (1) a vu qu’un virus qui tue le pigeon en vingt-quatre heures ne provoque plus, après quelques semaines, chez le môme animal, que des accidents pyémiques disséminés à évolution lente.
Ces modifications de la virulence se produisent évidemment dans les sols infectés, sous des conditions de milieu indéterminées; elles sont exprimées par la diversité des modes de l’évolution lors de contagion naturelle, chez des individus placés dans des conditions semblables quant à leur réceptivité.
L’atténuation systématique de la bactérie du choléra était obtenue par Pasteur dès 1880. La diminution de la virulence dans les cultures en bouillon s’établit graduellement, de telle sorte que l’on peut obtenir, avec un même virus, tous les degrés d’atténuation, jusqu’à la perte complète de son action sur les réactifs animaux les plus sensibles.
La modification éprouvée par la bactérie dans une culture d’âge déterminé est transmissible par hérédité. Reportée dans un bouillon neuf et réensemencée ainsi chaque jour, elle conservera ses propriétés nouvelles, elle restera indéfiniment atténuée.
L’inoculation de ces virus atténués, devenus incapables de provoquer la maladie, ne laissent pas cependant l’organisme indifférent. Au point de pénétration, des accidents locaux sont observés et les sujets ainsi traités acquièrent désormais l’immunité à l’égard d’un virus plus énergique.
Immunisation. — L’immunisation est expérimentalement obtenue par l’inoculation d’un viras atténué, ou par l’injection de produits solubles élaborés dans l’organisme des animaux vaccinés.
I. — Pasteur a pour la première fois montré que l’inoculation d’un virus atténué était capable de conférer l'immunité à l’égard de la contagion naturelle ou des modes les plus sévères de l’infection expérimentale. Si l’on choisit, dans 1’ « échelle de virulence » obtenue, un virus faible, et qu’on l'inocule à la poule, on détermi-
(1) Wertheim. — Bacteriologische Untersuchungen über die choiera gallinarum. Archiv fur experim. Pathol., t. XXVI, 1889, p. 61.
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nera des accidents sans gravité et l’on conférera à l’organisme un degré de résistance tel qu’il supportera facilement, après dix ou douze jours, l’inoculation d’un virus fort ou légèrement affaibli. Cette seconde inoculation achèvera l’immunisation; désormais l’animal résistera à tous les procédés de l’infection.
« Lorsque l’immunité complète est atteinte, on peut inoculer le microbe le plus virulent sans produire le moindre effet ; toute' culture est devenue impossible dans l’organisme » (Pasteur).
Le virus atténué, introduit dans l’organisme, produit des accidents locaux de dégénérescence étudiés par Corail dans les muscles pectoraux de la poule (1). Les altérations débutent par une infiltration œdémateuse du tissu conjonctif interstitiel, avec afflux de cellules lymphatiques. Les bactéries cultivent abondamment dans les interstices musculaires et provoquent la nécrose des fibres comprises dans le foyer. Il résulte de cette action un séquestre d’étendue variable, lequel tend à s’isoler des parties voisines qui ont résisté victorieusement à l’envahissement. Après une quinzaine de jours, la délimitation s’établit; la partie mortifiée se rétracte et se dessèche, tandis que les parties vivantes se tapissent d’une membrane mince vascularisée. Le séquestre ainsi formé s’élimine spontanément, par une fissure de la peau ; en d’autres cas, il se résorbe lentement, après avoir subi une transformation caséeuse.
Le degré de l’immunité conférée varie suivant l’énergie du virusvaccin inoculé ; une seule inoculation d’un virus très faible diminuera de beaucoup la réceptivité, mais pourra être insuffisante pour permettre à l’organisme de résister à un mode sévère de l’inoculation d’un virus fort. Le sujet ainsi éprouvé succombera à une forme lente de l’infection, ou bien encore il présentera des accidents chroniques dans les viscères ou des suppurations locales dans les muscles sous-cutanés.
Une méthode d’immunisation par le virus-vaccin doit donc à la fois : comporter seulement l’utilisation de virus assez faible pour ne point déterminer d’accidents immédiats ; assurer une immunité assez solide pour être à l’épreuve des infections accidentelles les plus graves. Cette double indication est réalisée par l’emploi des inoculations successives; une première vaccination, avec un virus très atténué, conférera une résistance déjà marquée, qui permettra de pratiquer peu après une seconde vaccination avec un virus plus fort, et celui-ci achèvera de rendre l’organisme totalement réfractaire.
(1) Cornil. — Observations histologiques sur les lésions des muscles déterminées par l injection du microbe du choléra des poules. Archives de physiologie, t. X, 1882, p. 615.
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II. — Kitt (1) a obtenu l’immunisation par des injections de sérum provenant de poules vaccinées, mais les résultats ne sont pas constants. D’autre part, les œufs des poules immunisées renferment les matières vaccinantes ; deux injections sous-cutanées de 5 à 10 cc. du contenu de l’œuf, blanc et jaune mêlés, faites à dix jours d’intervalle, confèrent l’immunité. Chez le pigeon et chez le lapin, l’immunité peut être également obtenue par l’injection du contenu d’œuf, provenant de poules immunisées, et aussi avec le sérum ou le suc musculaire des mêmes animaux.
Les poussins nés des œufs provenant de poules immunisées ne possèdent l’immunité que dans un cinquième des cas environ.
Traitement.
Les médications conseillées jusqu’ici n’ont qu’une influence peu appréciable sur l’évolution de la maladie. Les formes à évolution sub-aiguë comportent seules une intervention; les dilutions acides, qui ont une action très marquée sur la bactérie, semblent devoir être surtout recommandées ; on prescrira ainsi l’emploi d’une eau de boisson additionnée d’acide phénique ou d’acide sulfurique (2 gr. par litre d’eau). Nocard a montré la complète inefficacité des injections sous-cutanées d’eau phéniquée à 5 p. 100. Les sels de fer, fréquemment conseillés, n’ont qu’une action insignifiante sur la vitalité du microbe.
Prophylaxie.
La prophylaxie du choléra des poules comporte l'immunisation des animaux exposés à la contagion et l’emploi de mesures sanitaires propres à éviter la transmission.