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CHAPITRE VIII

FIEVRE APHTEUSE

La fièvre aphteuse est une maladie virulente, contagieuse et inoculable, caractérisée cliniquement par un état fébrile initial, suivi d’une éruption vésiculeuse en certains points des téguments.

L’éruption se fait sur les muqueuses apparentes, à la bouche principalement, et dans les endroits où la peau est peu épaisse et vasculaire, entre les onglons, à la mamelle. Les deux premières de ceslocalisalions se retrouvent indiquées dans la plupartdesancienncs dénominations, et actuellement encore dans les expressions anglaise et allemande: fool and mouth disease , — Maul-und Klauenseuche.

Historique. — L’affection sévit toujours sous une forme épizootique et elle affecte particulièrement les bovidés.

Dès 1764, Michel Sagar, qui l’observe en Moravie, constate sa contagiosité aux bovidés, au mouton, à la chèvre, au porc, à divers animaux sauvages et à l’homme; mais il attribue l'origine de la maladie à l’ingestion de certains fourrages et notamment de la nielle. Cette idée de la contagion de la fièvre aphteuse continue à être admise jusqu’au commencement du dix-neuvième siècle; Tscheulin (1811) et Waldinger (1813) en Allemagne, Tamberlicchi en Italie croient à l’existence d’un contage, la transmission ne s'effectuant que sous certaines conditions occasionnelles.

En France, la doctrine de la non-contagiosité est défendue par Iluzard père et Girard (1827), en Allemagne, par Brosche, de Dresde (1820), puis par Sauter (1822) qui compare la maladie au choléra et à la grippe et l’attribue ù des influences atmosphériques inconnues. Suivant les diverses localisations des lésions, la fièvre aphteuse est décrite sous des noms différents: stomatite, glos-

santhrax, exanthème inter-phalangé et l’identité de ces formes

n est soupçonnée que par quelques-uns.

A partir de 1830 seulement, la doctrine de la contagiosité s affirme de plus en plus. Levrat signale des faits précis de transmission et Nocakd et Leci.ainchk. -■

FIÈVRE APHTEUSE.

avaient déjà pratiquée avec succès. II. Bouley, Magne, Levigney

en France, Franque et Hildebrandt en Allemagne, Ankeren Suisse, citent aussi de nombreux exemples de contagion. A la meme époque, l’identité étiogénique des diverses localisations est enfin reconnue.

Les nombreux travaux publiés en ces derniers temps sur la fièvre aphteuse sont consacrés principalement à l’étude des modes divers de la contagion, à la transmission des animaux à l’homme et à l’étude de la virulence.

Bactériologie (1). — Malgré les nombreuses recherches bactériologiques dont la lièvre aphteuse a été l’objet, l’élément de la virulence n’a pas été sûrement déterminé jusqu’ici.

Ivitt, Bivolta, Nosotti, Klein ont isolé des microcoques et

Klein a pu reproduire la maladie, chez le mouton, par l’ingestion des cultures. Siegel (1891) isole une bactérie qui produit, chez le porc, par ingestion, des altérations analogues à celles de la fièvre aphteuse, alors que le lapin et le cobaye restent indemnes. Behla rencontre, dans le sang et dans le contenu des vésicules, des éléments ronds de diverses formes, libres ou inclus dans les globules rouges, non cultivables dans les milieux artificiels.

Kurth et Schottelius(1893) trouvent, dans les vésicules aphteuses, diverses formes de microcoques et de streptocoques, dont une est constamment présente dans les produits virulents. Cultivé sur le sérum de veau et de bœuf, le streptocoque donne, en vingt-quatre heures, une couche superficielle de trois millimètres d’épaisseur, alors que le liquide reste clair; l’examen montre que les coccus sont entourés d’une épaisse coque réfringente. Sur agar, on obtient à 37°, en vingt-quatre heures, des colonies constituées par des formes analogues. L’inoculation des cultures, au veau et au mouton, reste sans résultat. Kurth estime que le streptocoque donne, dans les cultures, des formes d’involution (Streptococcns involutus) qui ont perdu toute propriété virulente.

Plus récemment encore, Piana et Fiorentini (2) signalent la présence dans les exsudats, au niveau des vésicules cutanées, de corpuscules nucléés, intermédiaires, d’après leurs diverses réactions, entre les schizomycètes et les parasites de la malaria (?).

(1) Johne. — Arbeiten über Mikrooganismen a/s Erreger d<r Maul-un,'/ Klauenseuche Sainmelreferat). Deutsche Zeits. f. Thierm., t. XIX, 1893, p. 4ôO (avec bibliographie).

(2) Piana et Fiorentini. — Suit’ cliologia delï af/a epizootica. Il moderno Zooiatro, 1894, p. 83.

EPIZOOTIES. — STATISTIQUE.

Espèces affectées. — La fièvre aphteuse se transmet avec une extrême facilite aux bovidés et au porc. Le mouton et la chèvre viennent presque sur la môme ligne, quant à leur prédisposition spécifique.

Beaucoup d’autres espèces herbivores sont encore aptes à être infectées; parmi elles le bufjle , le chameau, le cerf , 1 e chevreuil, le

chamois, le lama, la girafe, Y antilope, Yauroch Il n existe

pour toutes ces espèces que des différences peu marquées dans la réceptivité.

La transmission au cheval reste douteuse, malgré la précision de quelques observations rapportées (Braiier, Wœstendieck, Lorenz) et l’on n’a pas à en tenir compte dans la pratique.

La contamination du chien (Schafer) etduchat (Lehnert) est encore insuffisamment démontrée; cependant Wachenfeld a signalé 1 infection du chat, à la suite de l’injection de lait virulent ; Uhlich et Esser rapportent des faits semblables. La maladie a été signalée chez le chien, à la suite de l’injection de lait, par Steffêns et Schneider et aussi par Adam et Lukas.

L’infection de Yhomme n’est pas douteuse et les nombreuses observations recueillies permettent d’en préciser les divers modes.

Épizooties. — Statistiques. — Les épizooties de fièvre aphteuse affectent un caractère extrêmement grave, quant à la rapidité et à l’étendue de la contagion. Ainsi que l'ont remarqué tous les observateurs, la maladie nous arrive toujours de l'Orient pour atteindre, par rapides étapes, l’Europe centrale et occidentale. Peu de régions échappent à l’infection; dans les points envahis, la presque totalité des animaux sont frappés. L’éclosion des grandes épizooties est périodique et il semble que leur apparition soit réglée par quelque loi mystérieuse.

Dans la seconde moitié de ce siècle, toute l'Europe continentale est infectée dans les années 1845-46, 1855-57, 1862, 1869, 1871-74, 1875-77, 1883-84, 1890-94.

C’est par centaines de mille que se comptent les animaux atteints.

En 1871, 700000 têtes de bétail sont contaminées en France; 700000 en Angleterre; en 1872, 200000 sont atteintes dans le duché de Bade et le Wurtemberg; en 1883, on compte 100000 malades en Bavière, 60000 en Prusse et autant en Autriche; en 1884, tous les départements français sont envahis.

La récente épizootie de fièvre aphteuse a été particulièrement

FIÈVRE aphteuse.

désastreuse pour l’Europe centrale et les chiffres officiels suivants donneront une idée de la gravité de la contagion. En Allemagne, la fièvre aphteuse apparaît dans l’automne de 1887 ; l’on compte successivement :

Années. Bovidés. Moutons et chèvres. Porcs.

A la fin de l’année 1892, les pertes subies étaient évaluées à cent vingt-cinq millions de francs au minimum.

En Autriche, la maladie est à son apogée dès 1889; on compte 418 G93 bovidés atteints et 156 320 en 1890. En Hongrie, on compte successivement :

Années. Bovidés. Moutons. Porcs.

La Suisse compte, en 1891 et 1892, une moyenne de 39 000 malades ; la Belgique a, en 1893, 38230 bovidés atteints.

En France, la fièvre aphteuse ne pénètre qu’en 1892; elle sévit sous une forme généralement peu grave, mais presque toutes les provinces sont successivement envahies et, en 1895, elle est encore signalée sur tous les points.

La marche des épizooties aphteuses est intéressante à divers titres. La maladie arrive de l’Extrême-Orient, où elle paraît être entretenue en permanence, sous une forme très grave. Dans certaines provinces de la Russie, la fièvre aphteuse est des plus meurtrières; Mari (1) signale, chez les bovidés, des pertes s’élevant jusqu'à 70 p. 100 des effectifs, dans les gouvernements de Ivieff, de Ivasan et de Saratoff.

L’Europe centrale est toujours envahie rapidement et l’affection y sévit sous une forme relativement grave. En Allemagne, les cas de fièvre aphteuse maligne sont fréquents et l’extension s’opère inévitablement à toutes les régions, en dépit de toutes les mesures sanitaires. La marche de l’épizootie se ralentit considérablement pendant cette longue traversée. Si la contagion n’est pas

(H Mari. — Aphte épizootique malin. Archives vét. de Charkoff, 1886. Référât in aliresb, von Ellenberger und Schuetz, t. VI, 1887, p. 53.

SYMPTÔMES

directement apportée dans l’ouest, par quelque circonstance accidentelle, elle arrive très affaiblie sur nos frontières. En France, la maladie est généralement bénigne et sa puissance de diffusion est fortement amoindrie.

L’épizootie récente fournit une démonstration proban te de la marche

habituelle de la contagion. Signalée en Russie dès 1887, la fièvre aphteuse gagne, en 1888, la Prusse orientale; pendant quatre années

elle s’étend en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Hollande ,

pour arriver seulement vers 1891 sur la frontière française. A ce moment la maladie n’a plus qu’une faible tendance a la dillusion; les premiers foyers créés sont éteints par une intervention sanitaire appropriée ; pendantdeuxou troisannées, la fièvre aphteuse se répand irrégulièrement; les centres créés ne s’étendent que lentement; de plus, l’affection évolue sous une forme régulière, bénigne.

Au point de vue économique, la fièvre aphteuse est toujours désastreuse. Alors même que la mortalité est faible ou nulle, des pertes considérables résultent, pour les animaux soumis à l’engraissement, du retard apporté à l’accroissement, de l’amaigrissement subi; pour les animaux de travail, du repos forcé pendant quelque temps; pour les bêtes laitières, de la perte ou de l’utilisation restreinte du lait. En outre, il faut tenir compte des complications, parfois irrémédiables, qui sont la conséquence d’une atteinte légère en apparence.

En Angleterre, on estime à cinquante francs par tête la dépréciation moyenne causée par la fièvre aphteuse, et les pouvoirs publics considèrent que la maladie est aussi redoutable que la peste bovine. En évaluant à trente francs par tête seulement la moinsvalue causée, pour les seuls bovidés, on voit que chaque épizootie coûte, à un grand pays comme la France, plusieurs dizaines de millions.

Étude clinique.

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