I. — Mesures sanitaires
a. L’extrême facilité de la contagion rend très difficile, sinon impossible, la préservation complète d’un pays qui n’est pas pro-
MESURES SANITAIRES
tégé par des frontières naturelles. La visite sanitaire du bétail importé ne donne quelque garantie que si une quarantaine suffisante est imposée, et cette exigence équivaut à la prohibition complète. La fermeture des frontières aux animaux provenant des pays contaminés possède seule une réelle efficacité et tous les gouvernements y ont fréquemment recours. Encore cette mesure radicale ne suffit-elle point toujours pour éviter l’invasion ; si la contagion n’est plus apportée directement de foyers éloignés, elle arrive peu à peu, par extension des foyers, jusqu’aux frontières mêmes du pays considéré et elle pénètre presque inévitablement.
L’histoire de la dernière épizootie aphteuse montre bien les modes de cette pénétration. De 1888 à 1891, la maladie envahit toute l’Europe centrale; la France, bien défendue par des mesures sévères de prohibition, reste à peu près complètement indemne ; mais, en 1891, la fièvre aphteuse a gagné la Belgique, le Rhin, la Suisse, l’Italie ; elle esta nos portes sur toute notre frontière orientale. La prohibition est désormais impuissante, car l’on ne peut supprimer complètement les rapports constants qui s’établissent entre les localités voisines, des deux côtés d’une frontière ouverte; en 1892, la France est envahie une première fois et la maladie est importée dans le Pas-de-Calais, par des moutons introduits en fraude. Le foyer est éteint sur place; mais, en 1893, la fièvre aphteuse reparaît en différents points et elle s’étend dans toutes les directions.
L’exemple de la Grande-Bretagne montre, d’autre part, combien il est difficile d’éviter la contagion. Bien qu’admirablcmcnt protégée contre une contagion immédiate, par reptation, l’Angleterre, qui avait prohibé toutes les importations du continent, est néanmoins envahie à plusieurs reprises ; en 1893, deux enzooties éclatent qui sont aussitôt éteintes par d’énergiques mesures sanitaires; en 1894, la fièvre aphteuse reparaît encore sur divers points.
Les mesures sanitaires protectrices, insuffisantes pour empêcher une pénétration quasi fatale, auront au moins cet effet de retarder l’invasion et c’est là un résultat considérable. L’observation montre en effet que, au cours d’une épizootie, la fièvre aphteuse perd peu à peu une partie de sa puissance de diffusion et de sa gravité; très redoutable au début des grandes invasions, la maladie devient bénigne ensuite et, plus tard encore, elle affecte des formes avortées, a peine contagieuses. C’est ainsi que cette épizootie dernière, qui a sévi pendant six ans en Allemagne sous un type extrêmement sévère, nous est arrivée très affaiblie en 1893.
FIÈVRE APHTEUSE.
Tous les moyens possibles devront donc être employés pour retarder l’invasion, et parmi ceux-ci la fermeture rigoureuse des frontières, étendue à tous les envois de provenance suspecte.
b. L’extension de la contagion dans un pays contaminé est difficilement enrayée. Alors seulement que les foyers primitifs sont dénoncés dès leur apparition, on peut les détruire sur place par des mesures sanitaires énergiques. En 1892, la fièvre aphteuse importée dans le nord de la France fut rapidement combattue et le foyer éteint sur place. En 1893, la maladie apparaît une première fois dans une étable de la banlieue de Londres; tous les animaux contaminés sont abattus; les fourrages et les litières sont détruits; aucun autre cas n’est constaté. Quelques semaines plus tard, un nouveau foyer apparaît, dans le Sussex, dans une ferme isolée; on applique seulement des mesures sévères de séquestration et, cette fois encore, la maladie disparaît rapidement.
Dans les épizooties graves, alors que des foyers multiples apparaissent en même temps, l’extinction ne peut être espérée.
L’exemple de l’Allemagne et de la Suisse est probant à cet égard. L’Allemagne, qui dispose d’une organisation sanitaire complète et d’un personnel discipliné, n’a pu éviter l’envahissement successif de toutes les régions ; la Suisse, malgré son excellente législation sur la matière, a été aussi gravement atteinte.
L’interdiction des foires et marchés, la réglementation de la circulation du bétail, la surveillance des transports permettront
de retarder seulement la marche envahissante.
c. La préservation d’une étable, théoriquement possible, est en fait difficilement obtenue ; souvent intervient un mode de contagion indirecte que le propriétaire n’a pas su prévoir. La séquestration stricte des animaux et l’interdiction des étables constituent les principales indications préventives.
Dès que la maladie s’est montrée dans l’étable, toute mesure sanitaire est illusoire; tous les sujets en état de réceptivité seront infectés.
Chez les bovidés, les modalités mêmes de la contagion aggravent encore les conséquences de l’infection. Les animaux sont contaminés successivement et la maladie persiste pendant plusieurs mois si la population estnombreuse. De plus, certaines localisations compromettent l’utilisation ultérieure des animaux (boiteries persistantes chez les bœufs de travail, induration des mamelles chez les laitières). Pour éviter ces inconvénients, l’on a eu depuis longtemps l’idée de provoquer la maladie, par l’inoculation dans
une région déterminée, et de conférer ainsi l’immunité contre une infection naturelle.