II. — Inoculation
Pratiquée pour la première fois en 1810, par Buniva, l’inoculation de la fièvre aphteuse n’acessé d’être employée depuis, sans toutefois que son usage se soit généralisé (1). On a employé, pour l’insertion du virus, le frottement sur la muqueuse buccale ou sur le mufle, les sétons au fanon (E. Gavalli), aux oreilles, à la queue, les incisions cutanées (Clerc), les piqûres aux oreilles (Lehwess, Brandes).
Les divers procédés de l’inoculation cutanée, très infidèles dans leurs résultats, sont peu employés à l’heure actuelle; l’on a plutôt recours à l’inoculation sur le mutle ou sur les muqueuses. La technique de l’opération est très simple; il suffit de frotter la muqueuse, à la face interne des lèvres par exemple avec un linge imprégné de la bave virulente ou du liquide aphteux. L’infection est obtenue chez les trois quarts environ des bovidés ainsi traités.
L’éruption se produitau point de la pénétration du virus et souvent sur toute la muqueuse buccale, mais rarement l’on observe l’infection secondaire des onglons.
L’inoculation transmet la maladie sans aucune atténuation, avec toutes ses conséquences, aussi doit-on y recourir seulement alors que l’étable est envahie et que la contamination de tous les animaux est certaine ( inoculation de nécessité ). L'inoculation préventive, qui créerait un nouveau foyer de contagion, ne peut être autorisée en aucun cas; ses graves inconvénients ne seraient compensés d’ailleurs par aucun avantage. L’immunité conférée, moins solide que celle qui résulte de la maladie naturelle, persiste pendant un an en moyenne.
Transmission à l'homme.
La contagiosité de la fièvre aphteuse des animaux à l’homme, affirmée pour la première fois par Michel Sagar, en 1765, est aujourd’hui complètement démontrée.
A diverses reprises, les médecins et les vétérinaires ont observé
(1) L histoire de l'inoculation aphteuse dans la première moitié de ce siècle est résumée dans les travaux suivants : Hertwio. — Impfung (1er Maul-und K/auenseuche Mag. fur rhierh., t. VIII, 1 8 4 *2 , p. 389. — Ercolani. — Sur L’inoculation des aphtes. Irad. in Recueil de méd. vêt., 1858, p. 473.
fièvre aphteuse.
et signalé la coexistence d’épizooties et d’épidémies aphteuses; si ces constatations n’ont qu’une valeur probante relative, elles constituent une présomption en faveur de la contagiosité. De plus, des observations nombreuses ont été recueillies, et beaucoup d’entre elles sont d’une précision telle qu’elles possèdent la valeur d’une démonstration expérimentale. L’homme peut être contaminé, soit à la suite d’inoculation directe du virus pur, soit par l’ingestion de matières rendues virulentes, notamment par le lait des animaux atteints.
En 1834, trois vétérinaires prussiens, Ilertwig, Mann et Villain expérimentent sur eux-mêmes l’action du lait provenant de vaches atteintes de fièvre aphteuse grave; pendant quatre jours, chacun ingère un quart de litre de lait. Tous trois présentent des éruptions aphteuses, localisées à la bouche ou étendues aux mains et aux doigts. En 1840, Hildebrandt (1) signale, dans un intéressant mémoire, de nombreux exemples de transmission à 1 ’liomme et surtout aux enfants, à la suite de l’ingestion de lait et de beurre provenant de vaches affectées ou d’inoculation directe sur les téguments ; il établit en outre que la viande peut être consommée sans danger.
Depuis cette époque, de nombreuses observations ont été publiées, qui démontrent la possibilité de la transmission par l’ingestion ou l’inoculation (2). En quelques cas, la maladie a revêtu un caractère épidémique. Chauveau a observé une épidémie aphteuse, dans un pensionnat de Lyon, où l'on consommait du lait provenant de vaches affectées de fièvre aphteuse. En 1874, Hulin, de Louvain, étudie une épidémie étendue à toute une commune. En Angleterre, plusieurs épidémies sont signalées, qui coïncident avec l’ingestion de lait cru provenant d’animaux atteints ; à Beecles, cent personnes présentent une éruption vésiculeuse de la bouche; à Douvres, en 1884, deux cent cinq personnes sont affectées d’aphtes dans la bouche et dans la gorge ; l’enquête démontre que toutes consommaient le lait d’une ferme dont les vaches étaient atteintes de fièvre aphteuse.
Certains vétérinaires français, M. Viseur, d’Arras, et M. Boulay, d’Avesnes, notamment, considèrent la transmission comme un fait
(I) IIildebhandt. — Ueber Muul-und lilauenseuche. Magazin fur Thierheilk., t. VI, 1840.
1 Le mémoire de Hildebrandt, beaucoup plus riche en documents que tous les travaux parus depuis, est resté ignoré de tous ceux qui ont traité spécialement la question.
>, maladie a été plusieurs fois signalée chez des vétérinaires inoculés aux lèvres, i La suite d’attouchements avec les doigts chargés de virus (Hildebrandt, Collin) ou par l’intermédiaire d’un mouchoir souillé (Esser).
TRANSMISSION A l’iIOMME.
très commun dans leur région. Pendant la dernière épizootie allemande, de nombreux faits de transmission à l'homme ont été rapportés.
Si la contagion à l’homme est démontrée à l’évidence, les nombreux faits négatifs accumulés conservent toute leur valeur, dès qu’il s’agit d’apprécier l’étendue du danger. Jusqu’en ces dernières années, la grande majorité des médecins et des vétérinaires croyaient à la non-contagion ; tous avaient vu les personnes les plus exposées échapper à l’infection, alors que la conviction de 1 innocuité faisait négliger touteprécaution.
En 1876, à la suite de l’épidémie anglaise d’Eagley, le ministère de l’agriculture adressait aux vétérinaires français un questionnaire très précis, relatif à la contagion de la fièvre aphteuse à 1 homme. A la première question : « La fièvre aphteuse est-elle susceptible de se transmettre à l’espèce humaine ; connaissez-vous des exemples de transmission accidentelle? » presque tous répondirent parla négative.
L’enquête faite en Suisse, en 1876, par le professeur Pütz, a donné des résultatsà peu près semblables. A Paris, la fièvre aphteuse sévit fréquemment sur les animaux amenés aux concours généraux; une grande partie du lait est consommée sur place, sans que jamais des accidents aient été signalés. Enfin un fait reste acquis : la fièvre aphteuse frappe, en certaines années, plusieurs centaines de mille tètes de bétail, en rapports constants avec des milliers d’individus et la maladie est exceptionnelle chez l’homme.
Toujours à craindre, la contamination est donc loin d’être imminente ; il est certain que l’organisme humain constitue un terrain peu favorable à l’évolution du virus aphteux et que celui-ci ne peut s’y cultiver que sous certaines conditions.
Bien que tous les procédés de la contamination puissent être rapportés à l’inoculation du virus, on peut distinguer deux modes de transmission de la maladie à l’homme : l’un, dû à une pénétration directe du contage, par effraction ou par des surfaces absorbantes, l’autre, consécutif à l’ingestion de lait virulent.
L’ inoculation directe, spéciale déjà aux personnes qui sont en contact avec les animaux, doit être assez rare; malgré la fréquence de la maladie chez les bêtes bovines, on ne signale que peu d’exemples de contagion. Le virus pénètre par des plaies, des éraillures cutanées, des crevasses; .... l’inoculation s’opère pendant la traite, lors d’éruptions sur les trayons, pendant l’examen de la bouche, ou par l’intermédiaire de matières souillées par des produits virulents.
FIÈVRE APHTEUSE.
La contamination par le lait est de beaucoup la plus fréquente. Toujours, le lait provenant d’animaux aphteux est dangereux, non qu il soit virulent par lui-même, mais parce qu’il est presque inévitablement souillé par des matières virulentes. Recueilli purement, ou pris directement dans la mamelle, le lait n’est pas virulent; il le devient si, pendant la traite, il est mélangé au contenu des aphtes qui, presque toujours, évoluent sur les trayons des bêtes laitières, souvent au niveau de l’extrémité du canal. Il est au moins probable, — car des expériences précises manquent encore sur ce point, — qu’une faible partie du contenu des aphtes suffit à rendre virulente une grande quantité de liquide. Le lait de tous les animaux d’une même étable, et parfois d’un même village, se trouvant mélangé, on prévoit quelle peut être la diffusion de l’infection.
Plusieurs observations montrent encore que le beurre et le fromage frais conservent la virulence et transmettent la maladie à l’homme.
La prophylaxie de la contamination de l’homme par le virus aphteux est des plus simples. On devra recommander toutes les mesures propres à éviter l’inoculation directe, par souillure des plaies et des muqueuses, conseiller le lavage des mains avec des solutions antiseptiques. Le lait des animaux aphteux ne sera consommé qu’après ébullition ; cette dernière précaution sera étendue au lait de toute provenance, lors d’épizootie dans une région.
Un moyen de prévention indirect serait l’interdiction légale de la mise en vente du lait cru provenant d’animaux infectés ; l’utilisation n’étant permise qu’après la stérilisation.
La viande des animaux aphteux n’est jamais insalubre.
Législation. — France. — La constatation de la fièvre aphteuse entraîne la déclaration d'infection des locaux contaminés, avec séquestration et surveillance des animaux atteints et contaminés. Le Préfet peut ordonner la suppression momentanée des foires et marchés. La déclaration d’infection est levée quinze jours après la constatation du dernier cas et après désinfection. (Art. 29 à 32 du Décret de 1882.)
A la frontière de terre, les animaux malades et contaminés sont marqués et repoussés. Dans les arrivages par mer, les animaux sont abattus et mis en quarantaine. (Art. 70, Décret de 1882.)
En Algérie, les mesures applicables sont identiques aux précédentes. (Décret du 12 novembre 1887.)
Allemagne. — Séquestration et mesures générales.
En Prusse, un ordre du 30 mai 1891 ne permet l’utilisation du lait qu’après ébullition.
Autriche. — Isolement des malades et des suspects. Interdiction de sa
LEGISLATION
crificr les malades pour la boucherie. (Loi du 29 février 1880 et Arrêté du 8 décembre 1880.)
Belgique. — Isolement. Surveillance des suspects pendant quinze jours. (Loi du 15 septembre 1883.)
Grande-Bretagne. — Isolement des malades. L'autorité locale peut faire abattre les bovidés, les moutons, les chèvres et les porcs atteints ou contaminés. Le propriétaire peut s’opposer à l’abatage, à moins que celui-ci ne soit ordonné par le conseil privé. 11 est accordé dans Ions les cas une indemnité égale à la valeur totale des animaux. (Act de 1886, art. 17 et 18.)
Danemark . — Séquestration des malades et des contaminés. Le ministre peut ordonner l’abatage; il est accordé, dans ce cas, une indemnité égale aux quatre cinquièmes de la valeur. (Loi du 14 avril 1893.)
Hollande. — Séquestration et surveillance. (Loi du 20 mai 1890.)
Roumanie . — Isolement et surveillance. Si la maladie s’étend, la commission sanitaire pourra ordonner l’inoculation des animaux sains dans les localités infectées. 11 est interdit d’utiliser et de vendre le lait non bouilli provenant des malades. (Loi du 27 mai 1882.)
Suède. — Séquestration et surveillance. Le lait doit être bouilli avant que d’être utilisé ; pour la fabrication du beurre et du fromage, le lait est chauffé à 70°. (Loi du 23 septembre 1887.)
Suisse. — « Lorsqu’il se présente un ou plusieurs cas de fièvre aphteuse dans un cercle d’inspection, il ne sera pas délivré de certificats de santé dans cette circonscription, même pour le bétail des étables saines, sans que l’inspecteur, sous sa propre responsabilité, ne se soit convaincu personnellement de l’état de santé de l’animal pour lequel on réclame un certificat, ainsi que de tout le troupeau auquel il appartient, à moins que l’état de santé ne soit certifié par une déclaration vétérinaire.
» Les animaux malades, suspects ou contaminés de fièvre aphteuse seront isolés, et les étables, enclos et pâturages qui les renferment seront
mis sous séquestre ou à ban L’autorité sanitaire fixera en outre une
zone de sûreté, suffisamment étendue.
» Si la maladie prend un caractère menaçant, le ban sera mis sur tous les animaux des espèces bovine, ovine, caprine et porcine d’une contrée; si celle mesure atteint un ou plusieurs cantons, les autorités sanitaires fixeront, chacune sur son territoire, le périmètre comprenant les fermes et localités qui doivent être séquestrées et mises à ban. » (Loi de 1872 et Règlement de 1880.)