VACCINE. — HORSE-POX. — COW-POX
Les noms de vaccine, horse-pox, cow-pox, désignent une môme maladie, virulente et inoculable, commune à l’homme, au cheval et à la vache, caractérisée par une éruption pustuleuse sur les téguments.
C/cst principalement sur le cheval que la maladie est naturellement entretenue ; la vache n’est infectée qu’exceptionnellement et par inoculation directe ; la transmission accidentelle du cheval et de la vache à l’homme est également exceptionnelle.
L’inoculation à l’homme du virus provenant de la vache (cowpox) ou du cheval (horse-pox) provoque une maladie bénigne similaire (man-pox, vaccine), dont l’évolution a pour effet de rendre l’organisme réfractaire aux atteintes de la variole.
Historique. — La notion des propriétés prophylactiques de la vaccine à l’égard de la variole paraît avoir été répandue, dans le monde entier, depuis un temps immémorial. Toutefois, cette croyance, entretenue par la tradition, est considérée comme un préjugé populaire ; les médecins y restent indifférents et l’on continue à pratiquer la variolisation.
Vers 1770, Jenner recueille, chez les paysans du Glocestersldre, la connaissance des propriétés préservatrices de la « maladie des vaches » à l’égard de la variole. L’observation lui démontre que la transmission accidentelle du cow-pox aux personnes détermine une éruption pustuleuse sans gravité, et il constate que les individus contaminés sont devenus réfractaires à l’inoculation variolique. Jenner comprend aussitôt la conséquence possible d’une telle découverte : la substitution d’un procédé inoffensif à la pratique meurtrière de la variolisation. Il recourt à l’inoculation expérimentale du« vaccin » de l’homme à l’homme, puis, directement, delà vache à l’homme; dans tous les cas, il confère l’immunité à l’égard de la variole. Enfin, il constate que le virus-vaccin peut être indéfini-
HISTORIQUE
ment transmis, de l’homme à l’homme ou de la vache à la vache.
C’est donc bien à Jenner que l’on doitd’avoir démontré scientiiiquement la valeur préservatrice de l’inoculation vaccinale et jd’en avoir systématisé l’emploi ; c'est à lui que revient la gloire d’avoir fait d’une tradition populaire, jusque-là stérile, une méthode prophylactique indéfiniment féconde.
L’étude du cow-pox montre en outre à Jenner que la maladie n’est pas primitive chez la vache. Une enquête lui apprend qu’il existe, chez le cheval, une maladie éruptive qui, inoculée accidentellement à l’homme, lui confère aussi l’immunité contre la variole. Les maréchaux, victimes ordinaires de la contamination, considèrent cettcaffection comme une inflammation exsudativedes talons, qu’ils désignent sous le nom de grease. Par une suite de laborieuses enquêtes, Jenner établit avec certitude l’origine équine du cow-pox : « Je crois, dit-il, qu’il ne peut exister le moindre doute relativement à l’origine du cow-pox, étant bien convaincu qu’il n’a jamais lieu parmi les vaches que lorsque les domestiques chargés de les traire prennent soin en même temps des chevaux affectés de « grease », ou à moins que la maladie n’ait été communiquée au troupeau par une vache infectée 11 peut arriver que
l’un de ces domestiques, après avoir pansé les talons d’un cheval affecté de « grease » n’ait pas pris soin de se laver les mains et se mette à traire les vaches, sur les mamelles desquelles ses doigts déposent quelques particules de la matière infectieuse qui y était adhérente. Lorsqu’il en est ainsi, une maladie se communique aux vaches, et par les vaches aux filles de ferme, laquelle maladie se propage dans toute la ferme, à tel point que le troupeau tout entier et tous les domestiques en ressentent les conséquences. » Les indications données par Jenner sur les caractères cliniques de la maladie du cheval manquent toutefois de précision. Il reconnaît bien sa nature pustuleuse et il lui donne le nom très expressif de « sore-heels » (pustules des talons), mais il tend à localiser exclusivement les lésions à l’extrémité des membres et il n’indique ni la forme, ni la marche de l’éruption.
En 1802, un compatriote de Jenner, Loy, retrouve le « grease » du cheval. Il observe à nouveau les faits de contamination accidentelle et, réalisant expérimentalement la transmission du cheval à la vache et à l’homme, il obtient des éruptions identiques à celles du cow-pox et de la vaccine. Loy constate encore que le virus du cheval, inoculé directement à l’homme, détermine une réaction plus violente que le cow-pox, tandis qu il cultive moins bien chez
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la vache. Enfin il décrit le « grease » comme une maladie générale, caractérisée par un état fébrile initial et par une éruption se produisant^ souvent aux membres, mais étendue aussi en d’autres points des téguments.
Le travail de Loy resta malheureusement ignoré ou incompris, et, pendant près d’un demi-siècle, on chercha la source du cowpox dans le javart ou dans les eaux-aux-jambes du cheval. Vingt fois des éruptions pustuleuses des muqueuses sont observées et décrites sous les noms les plus divers, sans que l’on songe à les rapprocher du « grease » vaccinogène, qu’une tradition erronée persiste à localiser exclusivement dans la région des talons.
En 1845, la maladie vaccinogène du cheval est retrouvée par un vétérinaire français, Pételard, de Tours. Par la seule observation clinique, il reconnaît la nature « variolique » d’une éruption siégant sur la face d’une jument et il en décrit minutieusement les caractères. Pételard observe en outre la transmission accidentelle à un autre cheval et à trois personnes et il comprend l’importance de sa découverte: « Ces faits, dit-il, tendraient à faire croire que la variole du cheval jouit des mêmes propriétés que la vaccine ou cow-pox de la vache. » Il est sur le point de faire des inoculations à l’homme, lorsqu’une circonstance fortuite l’en empêche.
Pour la première fois une description précise de la maladie vaccinogène du cheval était donnée. Malheureusement, Pételard avait présenté son travail à la Société vétérinaire; ainsi que parfois il arrive, le manuscrit fut oublié, pour n’être exhumé que par hasard et vingt-trois ans plus tard (1).
Le « grease » est retrouvé une fois encore en 1860. Sarrans, vétérinaire à Rieumes, observe une maladie pustuleuse du cheval affectant un caractère épizootique. Le professeur Lafosse, de l’Ecole vétérinairede Toulouse, quivisitel’un des malades, croit reconnaître les « eaux-aux-jambes aiguës », tou jours considérées comme l’origine de la vaccine; il obtient, par l’inoculation à la vache, des pustules de cow-pox et celles-ci, inoculées à l’enfant, transmettent la vaccine. Urbain Leblanc examine également les malades de Rieumes; il reconnaît immédiatement qu’il s’agit d’une affection spécifique, toute différente des eaux-aux-jambes, et Lafosse, revenant sur sa première
(I) Rapport sur un travail intitulé : De la variole spontanée du cheval, par Pételard. Bulletin de la Société centr. de méd.vét., 1868, p. 111.
11 est regrettable que le travail de Pételard ne soit encore connu que par les extraits du consciencieux rapport de M. Mathieu et qu’aucun des historiens de la vaccine n'ait cru devoir rappeler le nom de Pételard.
BACTÉRIOLOGIE
détermination, reconnaît que l’éruption peut être rencontrée sur divers points des téguments, notamment aux lèvres et autour des naseaux (1).
Les premiers résultats obtenus par la Commission de Toulouse sont pour II. Bouley un trait de lumière. Il songe aussitôt à ces éruptions pustuleuses des muqueuses, signalées par différents observateurs et décrites par lui-même dès 1843. Reprenant l'étude des textes de Jenner etdeLoy, ilmontre quela« maladie vaccinogène ducheval est bien retrouvée » ; il en décrit les multiples aspects cliniques dans une magnifique synthèse et il donne à l’affection le nom de horse-pox, aujourd’hui consacré par l’usage (2).
Pendant longtemps, l’étude expérimentale de la vaccine reste très limitée dans sonobjet. On chercheà la transmettre aux diverses espèces animales, dans un but prophylactique ou purement expérimental ; de nombreux travaux sont consacrés à l’examen des modifications imprimées à la virulence par les passages successifs du vaccin chez l’homme et chez la vache; enfin l’on tente plusieurs fois de réaliser la transformation delà variole en vaccine, par l’inoculation à la vache.
Chauveau (3), en 1866, montre qu’il est possible d’obtenir chez le cheval, par l’inoculation dans les vaisseaux lymphatiques, une éruption généralisée identique à celle qui est observée lors de l'évolution naturelle. Il précise, peu après, les modes de l’évolution du virus, dans les différents procédés de l’inoculation, ainsi que les conditions qui permettent la généralisation de l’éruption (4).
Les nombreuses études entreprises ensuite sont surtout relatives à la détermination des rapports qui existent entre la vaccine et la variole. En ces dernières années, quelques recherches sont aussi consacrées à la détermination de l’agent essentiel de la virulence.
Nature de la maladie. — Bactériologie. — Les premières recherches de Chauveau (1868) démontrent que l’agent virulent de la vaccine revêt la forme corpusculaire.
Plus récemment Colin, Weigert, Ouist, Yoigt, isolent des mi-
(1) Lakosse. — Rapport de la commission du Cow-pox. Recueil de méd. vét., 1865, p. 605.
(2) H. Bouley. — De l'origine de la vaccine sur le cheval. Discours à l’Académie de médecine, in Recueil de méd. vét., 1862, p. 735.
(3) Chauveau, — Production expérimentale de la vaccine naturelle... Recueil de méd. vét., 1866, p. 305.
(4) Chauveau. — Des conditions qui président au développement de la vaccine dite primitive. Recueil de méd. vét., 1866. p. 625.
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crobes divers, sans pouvoir démontrer leur spécificité. Van der Lœiî (1887) rencontre, dans la lymphe vaccinale et dans le pus variolique, des corps amiboïdes, doués de mouvements propres, et voisins des rhizopodes. Pfeiffer (1887) voit, dans les pustules cutanées, un parasite qui, développé d’abord dans le protoplasme des cellules épithéliales et lymphatiques, se montre plus tard libre et entouré d’une membrane capsulaire (forme spondée).
Guarnieri (1) trouve également des parasites intra-cellulaires, sous la forme de masses arrondies, situées au centre d’une vacuole protoplasmique. Les parasites sont ronds ou ovalaires; leur volume varie depuis celui d’un noyau de cellule épithéliale jusqu’à celui d’un microcoque; ils sont isolés ou réunis par deux ou trois. Ils se colorent très bien par le carmin boraté, l’hématoxyline, le rouge Magenta La multiplication s’opère par scission, et proba-
blement aussi par formation endogène de gymnospores. Le parasite provoque les lésions en exerçant une action corrosive sur le protoplasma ( ciloryctes vaccinæ). Dans la pustule variolique, on retrouve un parasite très voisin ( ciloryctes variolæ).
Buttersack (2) signale la présence dans la lymphe vaccinale ou variolique de micro-organismes qui résistent aux colorants et qui sont visibles seulement après dessiccation de la lymphe. Ils affectent la forme de baguettes et de coccus (spores?).
Tous ces résultats sont fort peu probants et le parasite de la variole-vaccine reste à déterminer.
Vaccine et Variole (3). — La constatation des propriétés immunisantes de la vaccine à l’égard de la variole, et aussi l'analogie des manifestations essentielles des deux maladies, portaient à soupçonner entre elles une étroite parenté. A priori, il était logique d’admettre une identité de nature; la vaccine n’étant qu’une variole bénigne, on s’expliquait qu’elle devînt préservatrice, au môme titre qu’une première atteinte de la variole vraie.
Cette question des rapports existant entre la vaccine et la variole, controversée depuis un siècle, est encore pendante aujourd’hui et
(1) Guarnieri. — Sulla palogenesi ecl etiologia dell' infezione vaccinica e variolosa. Archivio per le scienze mediche, t, XVI, 1892, p. 403. — Ueber die Pamsiten der Variola and der Vaccine. Central!), fur Bakt., t. XVI, 1894, p. 299.
(2) Buttersack. — Ueber ein Gebilde , welches sich in Trockenpraparaten von Vaccineund Variolalymphe sichtbar machen Icisst. Arbeiten a. d. Kaiserl. Gesund. t. IX 1894, p. 9G. — Draer. — Ueber den Vaccinemikroorganismus Buttersack's. Centralbl fur Bakt., t. XVI, 1894, p. 5G1.
(3) Duc amp et Pourquier. — Sur la question de l’identité de la vaccine et de la variole.
■ Semaine médicale, 1893, p. 476 (Revue générale).