VACCINE ET VARIOLE
elle préoccupe d’autant plus les esprits qu’elle touche à l’un des plus graves problèmes de la pathologie générale.
Vers 1825, Numan, d’Utrecht (l),publiele résultatd’expériencessur l’inoculation de la variole aux divers animaux domestiques. « Il en résulte : 1° que la vache est susceptible de contracter la variole par inoculation et peut servir pour conserver du vaccin toujours frais; 2° que le taureau est aussi susceptible de recevoir l’inoculation de la variole et du vaccin ; 3° que lûne et le mulet le sont pareillement; mais que l’elTet de leur vaccin, transporté sur l’homme, est plus tardif que celui qui est repris sur la vache inoculée. »
Ilamon t (2) tente en vain d’inoculer le virus variolique à deux chevaux et à une vache.
Ceely (1830-1840), Reiter (1839), von Thiele (1839) obtiennent la transmission de la variole à la vache en de nombreux cas, à la suite de l’inoculation, et l’identité de la variole et de la vaccine est très généralement admise.
De 1863 à 1865, à la suite de la discussion provoquée à l’Académie de médecine par l’épizootie de Rieumes, toute une série de laborieuses recherches sont poursuivies sur la question, par une commission de la Société des sciences médicales de Lyon (3). Les expériences, réalisées sous l’inspiration et sous la direction de M. Chauveau, donnent des résultats tout à fait contraires à la thèse de l’unicité des deux infections.
« Après inoculation à la vache, par piqûres sous-épidermiques, on voit, dans tous les cas. sans exception, la lymphe vaccinale produire sa pustule plate, caractéristique, avec son ombilic entouré d’une bande circulaire nacrée et sa belle aréole rouge, puis la croûte qui laisse, après sa chute, une large cicatrice blanche, plus ou moins durable.
» On voit, d’autre part, la lymphe variolique faire naître, dans tous les cas, sans exception également, une papule hémisphérique ou conique, plus ou moins large, plus ou moins en relief, plus ou moins rouge, dont le centre est toujours la partie la plus saillante et ne présente jamais, comme concrétion, qu’un petit grain brunâtre insignifiant, répondant à la pustule d’inoculation : papule enfin évoluant avec plus de rapidité que la pustule vaccinale et disparaissant par résorption, sans avoir formé de croûte. Impos-
(1) Numan. — Cité in Journal pratique (le Méd. vét., 1826, p. 48.
(‘2) Il amont. — Inoculation cle lamatière provenant de boutons d'enfants atteints de petite vérole. Journal pratique de méd. vét., 1827, p. 132.
(3) Chauveau, Viennois et P. Meynet. — Vaccine et variole. Rapport d'une commission de la Soc. des sc. méd. de Lyon. Recueil de méd. vét., 1865, p. 417 et 513.
Nocard et Leclainche. 23
VACCINE
HORSE-POX
COW-POX
sible de confondre deux lésions aussi différentes. « (Chauveau.)
De plus, la lymphe variolique ayant passé par l’organisme du bœuf ou du cheval, inoculée à l’homme, transmet non la vaccine, mais la variole, et celle-ci peut évoluer sous une forme grave et devenir mortelle. (Chauveau).
Ainsi, les virus de la variole et la vaccine restent toujours distincts ; ils ne peuvent être transformés l’un en l’autre.
Les conclusions de la Commission lyonnaise furent très généralement acceptées en France, tandis qu’en Angleterre et en Allemagne, un grand nombre d’auteurs persistaient à considérer le vaccin comme un virus variolique affaibli.
Abandonnée pendant quelque temps, la question est reprise vers 1880 et elle fait l'objet de nombreuses recherches expérimentales.
L. Voit, Bollinger, Pfeiffer, croient obtenir à nouveau la transformation de la variole en vaccin, après plusieurs passages sur la vache. Par contre, Warlomont ne réussit point à provoquer l’éruption variolique ou vaccinale, à la suite de la pénétration du virus varioliquepar les voies digestives, respiratoires, ouparl’inoculation intraveineuse chez le cheval. Berthet (1) provoque une éruption papuleuse, purement variolique, par l’inoculation du virus delà variole dans la jugulaire du cheval. En aucun cas, il n’obtient les éruptions pustuleuses caractéristiques du horse-pox.
En 1890, Fischer, de Karlsruhe, réalise à nouveau la transformation de la variole en vaccine (2). Inoculant à la génisse, par scarifications et par incisions cruciales, la pulpe recueillie par le grattage des pustules varioliques à la période de sécrétion, il obtient des pustules et des vésicules ombiliquées, analogues aux pustules jennériennes. Dès le troisième et le quatrième passage à travers la génisse, il inocule le virus cultivé à l’homme sans aucun inconvénient. En septembre 1892, la lymphe avait subi vingt passages de génisse à génisse, plusieurs milliers de personnes avaient été inoculées, et toujours le virus s’était comporté comme le vaccin jennérien luimème.
Presque en même temps, Eternod et Ilaccius (3) obtiennent aussi la transmission, à la suite de l’inoculation par scarifications ou par
(1) Berthet. — Variole et vaccine. Contribution à l'étude de leurs rapports. Thèse de Lyon, 1884.
(2) Fischer. — Ueber Variola and Vaccine , und Züchtung der Variota-vaccine Lymphe. jMünch. medicin. Wochenschrift, 28 octobre 1890, p. 735.
(3) Eternod. — Recherches concernant la variole vaccine. Semaine méd., 30 décembre 1390, p. 478. — Eternod et Haccius. — Contribution à l'étude de la variole vaccine. Rev, méd! de la Suisse romande. Juillet-août 1892.