III. — Diagnostic
La maladie des chiens sera très généralement reconnue sans difficulté. Au début, l’apparition de symptômes généraux graves, survenant chez des animaux jeunes, en l’absence d’une cause évidente, peut être rapportée huit fois sur dix à la maladie. A une période plus avancée, les localisations observées seront sûrement rattachées à leur véritable cause, si l’on rencontre des accidents cutanés éruptifs ; en leur absence, la gravité de l’état général et la constatation des accidents oculaires suffiront pour le diagnostic.
Chez les sujets âgés seulement, les localisations pourront être confondues avec des accidents d’un autre ordre. La forme respiratoire simule ainsi la broncho-pneumonie ou la plearo-pnetimonie simple ou tuberculeuse; la forme intestinale se traduit par des signes analogues à ceux des entérites graves et des intoxications. Les accidents nerveux de la maladie peuvent être facilement
(1) Mazoulevitch. — Altérations de la moelle dans la maladie des chiens. Archives russes des sciences vétérinaires, 188i.
ÉTIOLOGIE.
■confondus avec la rage ; le diagnostic différentiel, assuré si l’animal survit pendant plus de six à huit jours, restera incertain si la mort est prématurée et en l’absence de signes évidents, tels que l’éruption cutanée (1).
Étiologie. — Étude expérimentale.
Matières virulentes. — La virulence existe dans les produits de sécrétion des muqueuses enflammées, notamment dans le jetage (Renner et Karle), les larmes (Kraiewsky) et dans le contenu des vésicules cutanées (Trasbot). La virulence du sang, théoriquement probable à un moment de l’infection, aurait été constatée par Konnliiiuser (?).
Réceptivité. — Les chiens de toute race et de tout âge sont aptes à l’infection. Cependant l’évolution est beaucoup plus grave chez les sujets appartenant à certaines races; les petits chiens d’appartement (levrettes, king-Charles, carlins), et, parmi les grands animaux, les terre-neuve et surtout les danois, sont particulièrement éprouvés. L’âge a aussi une influence marquée; sur un animal adulte, vierge de contamination antérieure, l’affection est très généralement bénigne. On observe d’ailleurs des variations individuelles très nettes, indépendantes de toute cause déterminée; parmi les chiens d’une môme portée, élevés dans des conditions identiques, les uns contracteront une maladie grave et mortelle, les autres ne présenteront que des accidents sans gravité.
L’évolution de la maladie procure une immunité solide, qui persiste probablement pendant toute la vie; on s’explique qu’en raison des chances très nombreuses de contamination peu d’animaux échappent à une infection prématurée, et que la maladie ait pu être considérée comme propre aux jeunes sujets.
Parmi les animaux des autres espèces, le chat est seul apte à l’infection ; Laosson a obtenu la transmission par l’inoculation intra-cutanée du jetage virulent.
Modes de la contagion. — L’observation tend à démontrer que la maladie procède exclusivement de la contagion, et, dans la
(1) Encore convient-il de se montrer extrêmement prudent si une personne a été mordue, la rage pouvant coexister avec la maladie.
La tendance agressive, signalée partout comme un signe différentiel, n'a en réalité aucune valeur. Si le chien affecté de la maladie n’attaque pas les personnes, il se montre très irritable et il mord souvent à la suite d’un simple attouchement; or, dans la très grande majorité des cas, c’est dans les mêmes conditions que le chien enragé inflige des morsures.
MALADIE DES CHIENS
très grande majorité des cas, de contacts immédiats. La cohabitation avec un malade constitue un mode certain de la contagion, pour tous les animaux non immunisés par une atteinte antérieure.
Le contage paraît se conserver, sous certaines conditions, dans les locaux infectés. En nombre de chenils, la maladie frappe à coup sûr tous les jeunes, dès les premières semaines de la vie, alors qu’aucune importation ne peut être soupçonnée.
11 est certain que des modes plus indirects de la contagion interviennent fréquemment, mais ceux-ci ne sauraient être actuellement précisés.
Les modes de la pénétration du virus sont incomplètement déterminés. L 'inoculation cutanée, souvent réalisée expérimentalement, provoque sûrement l’infection chez le chien et chez le chat; les premiers symptômes consistent en un état fébrile initial, suivi généralement d’une éruption confluente dans le voisinage du point de pénétration.
Le rôle respectif des voies digestives et des voies respiratoires dans la pénétration du contage est indéterminé. Il est probable que le virus pénètre en divers points de la muqueuse digestive; d’autre part, l’infection par la muqueuse respiratoire, par l'intermédiaire de poussières virulentes inhalées, est certainement possible. (Venuta, Frohner...).
Pathogénie. — Les modes de l’évolution du virus dans l'organisme infecté sont indéterminés ; les premiers symptômes apparaissent, lors de l’inoculation cutanée, quatre à six jours en moyenne après l’infection. Les procédés de l’infection varient sans doute, à la fois, suivant les qualités du virus, le mode d'introduction et la •ésistance de l’organisme. L’analyse des lésions permet de prévoir que le contage pénètre dans le sang au début de la maladie (lésions cutanées), la culture s’opérant ensuite dans quelques terrains d’élection.
L’action sur l’organisme s’exerce certainement aussi par l’intermédiaire de produits solubles (toxines), auxquels doivent être rapportés l’état général d’intoxication grave, les troubles locaux de la circulation capillaire et surtout les accidents nerveux observés.
Résistance du virus. — Le virus résiste bien à la dessiccation ; ses propriétés ne s’atténuent graduellement qu’après plusieurs semaines. La congélation est sans effet sur la virulence (Kraiewsky).
TRAITEMENT
Immunisation. — L’immunisation n’est obtenue que par l’inoculation du virus lui-même. L’inoculation cutanée confère l’immunité ; elle n’est suivie, dans certains cas, que d’une éruption locale peu grave ; cependant des accidents viscéraux sont également possibles et la méthode n’est susceptible d’aucune application prophylactique.
La thérapeutique doit tendre, d’une part, à soutenir les forces du malade et à combattre les phénomènes d’intoxication, de 1 autre à remplir diverses indications symptomatiques, variables suivant les modes de l’évolution.
a. — Le traitement général est surtout diététique; le malade est placé dans un local parfaitement abrité, à température constante; il reçoit une alimentation choisie, du lait, delà viande crue hachée, du bouillon de viande ou des soupes. Si la fièvre est intense, on doit recourir aux antithermiques; l’antipyrine est donnée en solution aqueuse, à la dose de 25 centigrammes à 1 gramme par heure, jusqu’à ce que l’hypothermie soit obtenue ; l’eau d’amandes amères (1 à 2 grammes toutes les deux heures) peut être aussi conseillée. Les toniques et les excitants diffusibles sont indiqués; on prescrit, suivant les indications secondaires, l’extrait de viande, le vin de gentiane, le camphre, l’éther... La digitale, les injections souscutanées de caféine, d’éther, d’alcool camphré, sont indiquées lors d’affaiblissement extrême, avec intermittences cardiaques. Le traitement systématique par les mercuriaux (frictions de pommade mercurielle à 1 : 4 et calomel) ne donne pas de résultats supérieurs à ceux des autres médications. (Frôhner.)
b. — Les formes éruptives simples ne comportent aucune médication spéciale.
Dans le cas de localisation thoracique, on prescrit les applications révulsives sur les parois de la poitrine (frictions de pommade stibiée ou applications répétées de teinture d’iode). La toux fréquente et convulsive est atténuée par l’emploi des sirops d’éther ou de codéine; le jetage abondant est combattu par l’essence de térébenthine(l-2grammes dansl’huile), les inhalations d’eau phéniquée ou de crésyl. Dans la broncho-pneumonie, on prescrit l’émétique,
(1) l’ RÔH.NKR. — Ueber die Quecksilberbehandlung der Hundeslaupe. Archiv fin' ’l liierheilk., t. XV, 1889, p. 1 00. — Fiuedbekgeu. — Staupe der Hundeutid Katzen. Münchener Jahresb., 1890, p. 47.
MALADIE DES CIIIENS.
1 ipéca ou le sulfure d'antimoine, à faibles doses. Plosza recommande, dans les formes catarrhales, l’emploi des injections souscutanées d’une solution d’antipyrine, à la dose de un à deux grammes par jour, en une ou deux fois.
Les accidents intestinaux sont combattus, au début, par les purgatifs doux (huile de ricin), ou par le calomel donné à petites doses (5 à 20 centigrammes) jusqu’à effet purgatif. Les vomissements sont combattus par les opiacés (laudanum, teinture d’opium); contre la diarrhée, on prescrit également les opiacés, le camphre, le tannin, le salicylate de bismuth, associés à l'eau de riz ou à la décoction de graine de lin. En l’absence d’indications spéciales, on ordonne :
Bicarbonate de soude 2 grammes.
Salol ô0 centigrammes.
Salicylate de bismuth U) —
Une à cinq doses par jour suivant la taille.
Les antiseptiques, employés seuls (naphtaline, salol), pourraient donner aussi de bons résultats.
Les complications diverses, qui surviennent au cours de la maladie, nécessitent l’emploi de médications appropriées.
Pendant la convalescence, souvent longue et pénible, le malade doit être entouré de soins constants. Les promenades fréquentes, le séjour en liberté dans des cours assez vastes seront recommandés. L’anémie, qui persiste en nombre de cas, est traitée par les toniques amers, la liqueur de Fowler et par les ferrugineux; contre la toux chronique, on emploie l’iodure de potassium à doses massives, l’ipéca ou l’apomorphine; dans le cas de diarrhée persistante, on prescrit le camphre, le tannin, l’opium..., associés aux solutions gommeuses ou aux mucilages.
Prophylaxie.
Toutes les indications se réduisent en une courte formule : éviter la contagion. Si, en fait, le mode d’entretien et le genre de vie des animaux rendent difficile ou impossible la prophylaxie, il est possible au moins de retarder l’infection en nombre de circonstances, et c’est là déjà un résultat considérable, Les chiens qui sont parvenus à l’âge de dix ou douze mois résistent beaucoup mieux que les chiots à l’infection.
Dans un chenil d’élevage suffisamment isolé, il est possible d’éviter la contamination des jeunes. On doit interdire l’accès des
PROPHYLAXIE
locaux à tous les chiens, de quelque provenance que ce soit, et aussi aux personnes étrangères. Aucun animal n’est introduit dans l’élevage sans avoir subi une quarantaine suffisante; s’il s’agit d un animal jeune, il est prudent de lui faire prendre un bain antiseptique.
Les locaux infectés sont assez facilement assainis. La désinlection des cages et des habitations se montre insuffisante; elle doit porter également sur le sol des parcours, sur les gamelles, les colliers, les chaînes d’attache et généralement sur tous les objets à l’usage des chiens ou des personnes chargées de leur donner des soins (1).
(1) Nocaiid, Saint-Yves" Ménard, Weber, Chauveau, etc. — Bulletin de la Soc. cent, de tnéd. vétérinaire, 1887, p. 113.