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I. — Symptômes

On peut distinguer trois formes cliniques, suivant que les altérations prédominent sur la peau, sur Y appareil respiratoire ou sur Y appareil digestif. Ces diverses formes pourront d’ailleurs se trouver diversement associées sur un même malade ; les accidents cutanés coexistent souvent avec l'une des autres localisations.

En outre de ces formes, on observe des complications qui portent sur divers appareils, et principalement sur le système nerveux.

a) Forme éruptive. — Des accidents cutanés sont observés dans plus de la moitié des cas ; ils consistent en une éruption vésicopustuleuse localisée en certaines régions.

Les vésico-pustules se montrent dans les endroits où la peau est fine, à la face interne des cuisses, sous le ventre, aux ars... ; elles débutent par des taches ecchymotiques rosées, au centre desquelles apparaît un soulèvemen t épidermique gris rosé, puis blanc jaunâtre. L’éruption est discrète ou confluente, plusieurs vésico-pustules se trouvant réunies en plaques irrégulières. Lesvésicules développées sont de teinte jaunâtre, irrégulièrement arrondies; leur base est

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entourée d’une auréole rosée, trace de l’ecchymose primitive ; il n’existe qu’une légère infiltration du derme. La vésicule ponctionnée donne, au début, un liquide clair et incolore ; plus tard, elle fournit une gouttelette d’un pus liquide, très virulent. Ouvertes spontanément, les bulles laissent à nu de petites plaies ; celles-ci persistent et suppurent, ou bien elles se recouvrent d’une croûte, qui s’élimine après trois ou quatre jours.

On observe chez certains malades, en même temps que l’éruption vésiculeuse ou isolément, un exanthème étendu à diverses régions, notamment à la tète, au cou, aux épaules... Le poil est agglutiné par un exsudât visqueux; plus tard, la région est sèche, rugueuse, couverte de petites croûtes adhérentes, puis de pellicules grisâtres.

Les éruptions pustuleuses s’opèrent, en quelques cas, par poussées successives, des vésicules nouvelles se montrent, à des intervalles irréguliers, pendant deux ou trois semaines.

Ces accidents cutanés existent seuls ou associés à l'une des autres localisations. Dans le premier cas, les accidents généraux sont peu graves ; on observe de la tristesse, de la dépression des forces et de l’hyperthermie pendant deux ou trois jours.

b) Forme thoracique. — On constate au début les symptômes généraux communs à toutes les formes ; le malade est triste ; l’appétit est en partie supprimé; la température est élevée, vers 41° et au-dessus. L’animal éternue fréquemment; il passe les pattes sur son nez et frotte les narines sur les objets qui l’entourent; les muqueuses apparentes sont sèches et rouges; l’air expiré paraît chaud à l'orifice des naseaux. Les signes généraux s’accentuent. L’eau pure est seule acceptée. Après deux ou trois jours, le jetage apparaît, d’abord séreux, incolore ou citrin, puis muco-purulent, de couleur grisâtre, strié de sang. Le jetage reste adhérent au pourtour des narines; la respiration est sifflante, notablement accélérée. La toux se produit sous la moindre impression; elle est quinteuse, accompagnée du rejet de muco-pus par la bouche et par les naseaux. L’état général reste stationnaire; l’appétit est faible et capricieux ; le malade reste couché ; la démarche est hésitante : les paupières sont salies par une chassie jaunâtre. On constate en même temps quelques troubles digestifs, du vomissement et de la diarrhée.

Ces symptômes sont seuls observés dans les formes légères: le jetage et la toux persistent pendant deux à trois semaines et tous les accidents disparaissent. Dans les formes graves, lors de l’envahissement des bronches et du poumon, l’état général s’aggrave ; l’affaiblissement devient extrême; il existe du souffle labial per-

Nocard et Leclainche. — 2° édit.

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manent; la conjonctive est recouverte d’un muco-pus abondant; parfois, la cornée prend subitement une teinte laiteuse; la température atteint 42°, avec des oscillations de 1 à 2°. Le jetage est abondant, gris ou jaunâtre; la toux est faible, douloureuse, fréquente; la respiration est courte et accélérée. La percussion ne fournit aucun signe précis. On perçoit à l’auscultation des râles sibilants humides et du gargouillement bronchique.

Dans une dernière période, l’animal, épuisé, est incapable de se soulever ; le souffle labial est permanent ; la cornée s’ulcère en un point ; la toux est faible, à peine perceptible ; la température baisse. La mort arrive, par asphyxie, sans période agonique.

c) Forme abdominale. — La localisation gastro-intestinale est annoncée par de la tristesse, de l’inappétence, une soif vive et un état fébrile ou subfébrile permanent. Les muqueuses sont injectées; la bouche, sèche, répand une odeur fétide. L’animal reste couché ; obligé à se déplacer, il marche lentement, le dos fortement voussé; l’abdomen est rétracté, douloureux à l’exploration.

Ces symptômes augmentent d’intensité pendant quelques jours. L’animal rejette des excréments durs, recouverts de mucosités sanguinolentes, puis la diarrhée s’établit. La faiblesse augmente, le malade est abattu, somnolent. La conjonctive se recouvre d’un exsudât muco-purulent; la cornée se trouble et s’ulcère; la bouche exhale une odeur repoussante ; la muqueuse est ulcérée au niveau des gencives, de teinte plombée, recouverte d’un enduit pultacé de couleur grise. Parfois de l'ictère apparaît et la mort arrive rapidement.

Dans une dernière période, l’état général est encore aggravé. L’animal est considérablement amaigri; le ventre est rétracté; les muqueuses sont anémiées. Les battements du cœur sont fréquents, à peine perceptibles. Des épreintes provoquent le renversement et l’issue du rectum. La mort, par épuisement, est la terminaison constante.

Complications. — Les complications portent de préférence sur le système nerveux central. Les accidents sont observés au cours de l une des formes précédentes, à une période quelconque de l’évolution ; ils sont d’ordre cérébral ou médullaire.

Les troubles consistent en un état de dépression intense ; les sujets sont hébétés, insensibles aux excitations ; la station est impossible; l’animal reste immobile, les membres écartés; forcé à

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se déplacer, il chancelle et tombe dès les premiers pas. Souvent, le coma est permanent; la respiration est courte et ralentie; les battements du cœur sont faibles et peu fréquents; la température descend au-dessous de la normale et la mort arrive rapidement.

En d’autres cas, on observe des périodes d’excitation ; les malades s’agitent, grattent la paille de leur niche; certains se montrent irritables; ils cherchent à mordre sous la moindre provocation. 1 antôt ces accidents durent pendant quelques heures à peine et le malade retombe dans le coma, tantôt au contraire ils persistent pendant plusieurs jours et ils s’accompagnent de troubles divers. Les muqueuses sont injectées ; la pupille est dilatée ; les battements du cœur sont irréguliers et accélérés (120-150 par minute) ; la respiration est vite et courte (50 et plus par minute); la température monte à 41°,2-42°. Une complication fréquente est la chorée, à début brusque ou progressif, limitée à un groupe musculaire ou étendue d’emblée à la plupart des régions. Des accidents médullaires apparaissent ; l’animal se soulève avec peine et la marche est vacillante. Les symptômes s’aggravent ; l’animal ne reconnaît plus les personnes et il ne distingue plus les objets ; les périodes d’excitation ne sont plus qu’ébauchées et décelées par des mouvements de balancement de la tète et des soubresauts des membres. La faiblesse est extrême; le coma devient de plus en plus profond ; la paralysie envahit tout le tronc, la température descend jusque vers 35°-32° et le malade succombe.

Les accidents affectent encore le type épileptiforme, dès le début de la maladie. Les crises sont annoncées par une période d’inquiétude et d’agitation; les contractures musculaires portent sur les masséterset les muscles de la nuque, parfois sur lesmuscles du dos et des membres. Le malade s’agite sur le sol, grince des dents, mâchonne et salive abondamment. Les crises ont d’abord une durée de 20-6y secondes; elles deviennent de plus en plus fréquentes et elles se prolongent pendant un temps plus long. La mort survient presque inévitablement, à la suite d’un accès ou pendant une période de coma. Alors que les animaux survivent, il est rare que la guérison soit complète ; il reste de la chorée ou de la paralysie plus ou moins complète du train postérieur.

Les accidents oculaires sont fréquents au cours de la maladie. L’œdème primitif de la cornée se complique d’ulcération de la vitre, suivie de perforation et d’ophtalmie interne purulente, ou de taches cicatricielles si la cicatrisation est obtenue.

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Marche. — Les nombreux aspects de la maladie sont fonction à la fois de la gravité de l’infection et de la coexistence des diverses localisations étudiées.

Parfois, les accidents sont très légers; on constate une éruption cutanée exanthémateuse ou des vésico- pustules, quelques troubles digestifs, de l’inappétence, un œdème passager de la cornée et tout disparaît en une semaine environ. En d’autres cas, l’infection se présente d’emblée sous une forme grave; le malade succombe en quelques jours, avec des symptômes d’intoxication générale, avant que les accidents locaux aient été observés.

Des accidents chroniques sont rencontrés. 11 persiste de la toux, de l’essoufflement dans la forme thoracique (bronchite chronique), de la dyspepsie, du catarrhe intestinal, dans la forme abdominale, de l’amaurose, de la surdité, des paralysies locales et de la parésie du train postérieur (myélite chronique) dans les formes cérébrospinales. Chez de nombreux malades, un état de faiblesse générale persiste, avec maigreur, anémie, inappétence ; les troubles ne peuvent être rattachés à aucune lésion locale appréciable.

Pronostic. — Le pronostic varie suivant la localisation observée et suivant l’intensité des accidents. Si l’éruption cutanée est seule constatée dès le début, on peut espérer une évolution bénigne ; toutefois, des complications sont possibles ; des signes de bronchopneumonie ou d’entérite apparaissent en certains cas, tandis qu’en d’autres des troubles nerveux surviennent vers la fin de la convalescence. La forme thoracique est toujours grave ; les animaux appartenant aux races importées (lévriers, danois, terre-neuve...) et les petits chiens d’appartement (skye, king-Charles, toy...) succombent dans la proportion de 60 à 80 p. 100; les chiens de rue résistent beaucoup mieux et ils guérissent dans la moitié des cas au moins. La forme intestinale est presque aussi grave que la précédente ; dès que la dysenterie apparaît, la guérison n’est plus obtenue que chez la moitié des malades; la convalescence est longue et pénible.

En outre de la mortalité considérable qu’elle entraîne, la maladie des chiens est grave par les troubles persistants qui en sont la conséquence ; la chorée, localisée ou étendue, la parésie de l’arrière-train, les monoplégies avec atrophie musculaire sont des complications habituelles.

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