‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 102 sur 169 · III. — Diagnostic · texte numérisé non relu

III. — Diagnostic

La maladie des chiens est généralement reconnue sans difficulté. L'apparition de symptômes généraux graves, survenant chez des animaux jeunes, en l’absence d’une cause évidente, peut être rapportée huit fois sur dix à la maladie. A une période plus avancée, les localisations sont sûrement rattachées à leur véritable cause si l’on rencontre des accidents cutanés éruptifs ; en leur absence, la gravité de l’état général et la constatation des accidents oculaires suffisent pour établir le diagnostic.

Chez les sujets âgés seulement, les localisations pourront être confondues avec des accidents d’un autre ordre. La forme respiratoire simule la broncho-pneumonie ou la pleur o-pneumonie, simple ou tuberculeuse ; la forme intestinale se traduit par des signes analogues à ceux des entérites graves et des intoxications. Les accidents nerveux de la maladie peuvent être confondus avec la rage; le diagnostic différentiel, assuré si l’animal survit pendant plus de six à huit jours, reste incertain si la mort est prématurée et en l'absence de signes évidents, tels que l’éruption cutanée (2).

(1) Galli-Valerio, La meningo-mielite da cimurro. 11 moderno Zooiatro, 1893, p. 224 (avec bibliogr.).

(2) Encore convient-il de se montrer extrêmement prudent si une personne a été mordue, la rage pouvant coexister avec la maladie. La tendance agressive, signalée partout comme un signe différentiel, n’a en réalité aucune valeur. Si le chien aflecté de la maladie n’attaque pas les personnes, il se montre très irritable et il mord à la suite d’un simple attouchement ; or, dans la très grande majorité des cas, c’est dans les mêmes conditions que le chien enragé inflige des morsures.

ÉTIOLOGIE.

Étiologie. — Étude expérimentale.

Matières virulentes. — La virulence existe dans les produits de sécrétion des muqueuses enflammées, dans le jetage (Renner et Karle), les larmes (Kraiewsky) et dans le contenu des vésicules cutanées (Trasbot). La virulence du sang, théoriquement probable à un moment de l’infection, aurait été constatée par Konnhâuser (?).

Réceptivité. — Les chiens de toute race et de tout âge sont aptes à l’infection. Cependant l’évolution est plus grave chez les sujets appartenant à certaines races; les petits chiens d’appartement (levrettes, king-Charles, carlins), et, parmi les grands animaux, les terre-neuve et les danois sont surtout éprouvés. L’âge a une influence marquée; sur un animal adulte, vierge de contamination antérieure, l’affection est généralement bénigne. On observe d’ailleurs des prédispositions individuelles indépendantes de toute cause déterminée; parmi les chiens d’une même portée, élevés dans des conditions identiques, les uns contracteront une maladie grave et mortelle, les autres ne présenteront que des accidents sans gravité.

L'évolution de la maladie procure une immunité solide, qui persiste pendant toute la vie; on s’explique qu’en raison des chances nombreuses de contamination, peu de chiens échappent à une infection prématurée et que la maladie ait pu être considérée comme propre aux jeunes sujets.

Parmi les animaux des autres espèces, le chat est seul apte à l’infection; Laosson a obtenu la transmission au chat par l’inoculation intra-cutanée du jetage virulent.

Modes de la contagion. — L’observation tend à démontrer que la maladie procède exclusivement de la contagion, et, dans la grande majorité des cas, de contacts immédiats. La cohabitation avec un malade constitue un mode certain de la transmission pour tous les animaux non immunisés par une atteinte antérieure.

Le contage paraît se conserver dans les locaux infectés, sous certaines conditions. En nombre de chenils, la maladie frappe à coup sûr tous les jeunes, dès les premières semaines de la vie, alors qu’aucune importation ne peut être soupçonnée.

Les modes de la pénétration du virus sont peu connus. L inoculation cutanée provoque l’infection à coup sûr chez le chien et chez le chat ; les premiers symptômes consistent en un état

MALADIE DES CIIIENS.

fébrile initial, suivi d’une éruption confluente dans le voisinage du point de pénétration.

Le rôle respectif des voies digestives et des voies respiratoires dans la contagion accidentelle est indéterminé. Il est probable que le virus pénètre en divers points de la muqueuse digestive; d’autre part, l’infection par la muqueuse respiratoire est certainement possible, par l’intermédiaire de poussières virulentes inhalées (Venuta, Frôhner...).

Pathogénie. — Les premiers symptômes apparaissent, lors de 1 inoculation cutanée, quatre à six jours en moyenne après la pénétration. Les modes de l’infection varient sans doute, à la fois, suivant les qualités du virus, le mode d’introduction et la résistance de l’organisme. L’analyse des lésions permet de prévoir que le contage pénètre dans le sang au début de la maladie (lésions cutanées), la culture s’opérant ensuite dans quelques terrains d’élection.

L’action sur l’organisme s'exerce par l’intermédiaire de produits solubles auxquels doivent être rapportés l’état général d’intoxication grave, les troubles locaux de la circulation capillaire et certains d’entre les accidents nerveux observés.

Résistance du virus. • — Le virus résiste à la dessiccation ; ses propriétés ne s’atténuent graduellement qu’après plusieurs semaines. La congélation est sans effet sur la virulence (Kraiewsky).

Immunisation. — L'immunisation n’est obtenue que par l’inoculation du virus lui-même. L’inoculation cutanée confère l’immunité ; elle n’est suivie, dans la plupart des cas, que d’une éruption locale peu grave; cependant des accidents viscéraux sont à redouter et la méthode n’est susceptible d’aucune application prophylactique.

Traitement (1).

La thérapeutique doit tendre, d’une part, à soutenir les forces du malade et à combattre les phénomènes d’intoxication, de l’autre à remplir diverses indications symptomatiques, variables suivant les modes de l'évolution.

I. — Le traitement général est surtout diététique; le malade est

(I) Frôhner. JJeber die Quecksilberbehandlung dev Hundestaupe. Archiv fur ïhierheilk., t. XV, 1889, p. 100. — Fkieoberüer. Staupe der Ilunde und Katzen. Münchener Jahresb., 1890, p. 47.

TRAITEMENT

placé dans un local parfaitement abrité, à température constante; il reçoit une alimentation choisie, du lait, de la viande crue hachée, du bouillon de viande ou des soupes. Si la fièvre est intense, on doit recourir aux antithermiques; l’antipyrine est donnée en solution aqueuse, à la dose de 25 centigrammes à 1 gramme par heure, jusqu’à ce que l’hypothermie soit obtenue; l’eau d’amandes amères (1 à 2 grammes toutes les deux heures) peut être aussi conseillée. Les toniques et les excitants diffusibles sont indiqués; on prescrit, suivant les indications spéciales, l’extrait de viande, le vin de gentiane, le camphre, l’éther... La digitale, les injections souscutanées de caféine, d’éther, d'alcool camphré... sont prescrites lors d’affaiblissement extrême, avec intermittences cardiaques. Le traitement systématique par les mercuriaux (frictions de pommade mercurielle à 1 : 4 et calomel) ne donne pas de résultats supérieurs à ceux des autres médications (Frôhner). De Bruyn conseille l’emploi du trichlorure d’iode en solution à 1 p. 2000; on injecte sous la peau 5-15 grammes de la solution suivant la taille des animaux.

IL — Les formes éruptives simples ne comportent aucune indication spéciale.

Dans le cas de localisation thoracique, on prescrit les applications révulsives sur les parois de la poitrine (frictions de pommade stibiée ou applications répétées de teinture d'iode. La toux fréquente et convulsive est atténuée par l’emploi des sirops d’éther ou de codéine ; le jetage abondant est combattu par l’essence de térébenthine (1-2 grammes dans l’huile), les inhalations d’eau phéniquée ou de crésyl. Dans la broncho-pneumonie, on prescrit l’émétique, l'ipéca ou le sulfure d’antimoine, à faibles doses. Plôsza recommande, dans les formes catarrhales, l’emploi des injections souscutanées d’une solution d’antipyrine, à la dose de 1 à 2 grammes par jour, en une ou deux fois.

Les accidents intestinaux sont combattus, au début, par les purgatifs doux (huile de ricin) ou parle calomel donné à petites doses (5 à 20 centigrammes) jusqu’à effet purgatif. Les vomissements sont traités par les opiacés (laudanum, teinture d’opium) ; contre la diarrhée, on prescrit également les opiacés, le camphre, le tannin, le salicylate de bismuth, associés à l’eau de riz ou à la décoction de graine de lin. En l’absence d’indications spéciales, on ordonne :

2 grammes.

50 centigrammes.

Bicarbonate de soude

Salol

Salicylate de bismuth

Une à cinq doses par jour, suivant la taille.

MALADIE DES CHIENS

Les antiseptiques, employés seuls (naphtaline, salol), pourraient donner de bons résultats.

Les complications diverses qui surviennent au cours de la maladie nécessitent l’emploi de médications appropriées.

Pendant la convalescence, souvent longue et pénible, le malade doit être entouré de soins constants. Les promenades, le séjour en liberté dans des cours assez vastes seront recommandés. L’anémie persistante est traitée par les toniques amers, la liqueur de Fowler et par les ferrugineux ; on emploie, contre la toux chronique, 1 iodure de potassium à doses massives, l’ipéca, la terpine ou l’apomorphine; dans le cas de diarrhée rebelle, on prescrit le camphre, le tannin, l’opium,... associés aux solutions gommeuses ou aux mucilages.

Prophylaxie.

Toutes les indications se réduisent en une courte formule : éviter la contagion. Si, en fait, le mode d’entretien et le genre de vie des animaux rendent difficile ou impossible la prophylaxie, il est possible au moins de retarder l’infection en nombre de circonstances, et c’est là un résultat considérable. Les chiens qui sont parvenus à l’âge de dix ou douze mois résistent beaucoup mieux que les chiots à l’infection.

Dans un chenil d’élevage suffisamment isolé, il est possible d’éviter la contamination des jeunes. On doit interdire l'accès des locaux à tous les chiens, de quelque provenance que ce soit, ainsi qu’aux personnes étrangères. Aucun animal n’est introduit dans l’élevage sans avoir subi une quarantaine suffisante; s’il s'agit d’un animal jeune, il est prudent de lui faire prendre un bain antiseptique.

La désinfection des locaux infectés doit porter non seulement sur les cages et les habitations, mais aussi sur le sol des parcours, sur les gamelles, les colliers, les chaînes d’attache et généralement sur tous les objets à l’usage des chiens ou des personnes chargées de leur donner des soins (1).

(1) Nocard, Saint-Yves Ménard, Weber, Chauveau, etc. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vétérinaire, 1887, p. 113.

Page 1