CHAPITRE XVI
TUBERCULOSE
La tuberculose est une maladie contagieuse, inoculable, commune à 1 homme et à toutes les espèces domestiques, due à la présence dans les tissus du bacille de Ivocli.
11 n’est pas de maladie qui frappe un aussi grand nombre d’espèces animales; il n’en est pas qui présente une pareille gravité économique. En ce qui concerne seulement les bovidés, c’est par millions que se chiffrent actuellement les malades; toutes les régions du globe sont envahies et presque partout 1 infection suit une effrayante progression.
Les dangers de la transmission des animaux à l'homme rendent plus redoutable encore cette « panzootie universelle ».
Historique 1). — La tuberculose des bovidés, seule connue des vétérinaires jusqu'en cesderniers temps, est depuis longtemps mentionnée. La localisation pleurale est signalée en Allemagne, depuis le xve siècle, sous le nom de « maladie des Français » ; on lui attribue une origine syphilitique et cette opinion sur la nature de la maladie provoque divers règlements prohibant plus ou moins complètement la consommation des viandes provenant d’animaux affectés.
Au commencement du xix° siècle, la tuberculose est confondue encore avec la péripneumonie et avec les hydatides du poumon Yvart ; Dupuy voit dans les altérations parasitaires des diverses espèces animales l'origine des « dépôts tuberculeux ». Les quelques descriptions données s'appliquent d'ailleurs soit aux lésions pleurales, soit aux lésions pulmonaires et aucune analogie de nature n’est soupçonnée entre ces deux localisations.
En 1811, Laënnec proclame, au nom de l’anatomie pathologique, l'unité des formes diverses de la phtisie pulmonaire et il trouve sa caractéristique dans l’évolution du tubercule. « Les progrès de l'anatomie pathologique, dit-il, ont démontré jusqu’à l'évidence cpic la phtisie pulmonaire est due au développement, dans le poumon, d'une espèce particulière de produc-
(1) Jomxe. Die Geschichte fier Tuberculose. . . Deutsche Zeitschr. fur Thiermed. t. IX 1883, p. 1.
TUBERCULOSE
lion accidentelle à laquelle on a appliqué spécialement le nom de tubercule... La matière tuberculeuse peut se développer dans le poumon et dans les autres organes sous deux formes principales : celles de corps isolés cl d’infiltrations ; chacune de ces formes, ou sortes, présente plusieurs variétés, qui tiennent principalement à leurs divers degrés de développement.
« Les tubercules isolés présentent quatre variétés principales, que nous désignerons sous les noms de tubercules miliaires, tubercules crus , granulations tuberculeuses et tubercules enkystés. L’infiltration tuberculeuse présente également trois variétés, que nous désignerons sous les noms à' infiltration tuberculeuse informe, d 'infiltration tuberculeuse grise et d’ infiltration tuberculeuse jaune. Quelle que soit la forme sous laquelle se développe la matière tuberculeuse, elle présente, dans l’origine, l’aspect d’une matière grise et demi-transparente qui peu à peu devient jaune, opaque et très dense, fille se ramollit ensuite, acquiert peu à peu une liquidité presque égale à celle du pus, et, expulsée par les bronches, laisse à la place des cavités connues vulgairement sous le nom d’ulcères du poumon, et que nous désignerons sous le nom d’excavations tuberculeuses. '>
Laënnec reconnaît la nature spécifique de ces lésions. « On ne peut, dit-il, sans donner la torture aux résultats de l’observation et faire un étrange abus du raisonnement, regarderies tubercules comme le produit de l’inflammation de quelqu’une des parties constituantes du poumon. Si l’inflammation a quelque influence sur l’apparition ou sur le développement des tubercules, ce n’est qu’en préparant le terrain et en le rendant favorable à leur germination. De même la terre, fortement labourée après un long repos, ou abandonnée à elle-même après plusieurs années de labourage, fait germer une multitude de graines qu’elle renfermait dans son sein depuis plusieurs années. »
La diagnose anatomique et la nature spécifique de la tuberculose sont ainsi formulées en des termes d’une précision quasi prophétique. En dépit des violentes attaques de Broussais et de son Ecole, la doctrine de Laënnec impressionne vivement les esprits, et c’est à partir de ce moment que l’on rencontre les premières tentatives de rapprochement entre la phtisie humaine et la pommelière des bovidés. Gurlt (1) reconnaît la nature tuberculeuse de la phtisie des vaches. Les nodules développés dans le parenchyme sain, dit-il, sont identiques à ceux qui sont décrits par Bayle dans le poumon de l’homme; seuls, ceux qui se développent dans les parties enflammées subissent une fonte régressive qui les rend méconnaissables.
Vers 1850, les études des histologistes allemands remettent en question l’œuvre de Laënnec, en même temps qu’elles repoussent toute analogie entre la tuberculose humaine et la tuberculose des bovidés. Reinhard,
(1) Gurlt. Lehrbuch der pathologischen Anatomie , t. I, 1831, p. 283.
HISTORIQUE
Virchow, Niemeyer reconnaissent à la fois une tuberculose vraie, caractérisée par la présence de la « granulation grise », et une pneumonie caséeuse, résultant d’une dégénérescence post-inflammatoire. La phtisie pulmonaire n’est donc, dans la très grande majorité des cas, qu’une pneumonie chronique, catarrhale ou interstitielle, et la tuberculose vraie est de beaucoup plus rare. On sait ce qu’il est advenu de cette conception et comment la doctrine de 1’ « unicité de la tuberculose », que les histologistes allemands croyaient avoir à jamais renversée, a triomphé plus tard, grâce aux beaux travaux histologiques de Grancher, de Thaon et de Charcot, et surtout grâce à la découverte du bacille spécifique.
En même temps qu’il repousse la synthèse de Laënnec, N irchow dénie aux néoformations noduleuses trouvées sur les séreuses (maladie des Français, Perlsucht) on dans les viscères (poumons, ganglions, foie, utérus) des animaux le caractère tuberculeux et il les rapproche du lympho-sarcome de l’homme. Celle opinion est acceptée par Gurlt, puis par Roell, tandis que Gerlach, Spinola, Fuchs, Forster soutiennent l'identité. « Il est constant, dit Gerlach (l), qu’en dehors des nodules des séreuses, il se produit toujours des dégénérescences tuberculeuses dans les ganglions, et que l’on rencontre des tubercules et de la caséification dans les poumons et souvent dans un ou plusieurs autres organes ; qu'au niveau d’un foyer de tuberculose du poumon il n'est pas rare de rencontrer une éruption des tubercules et des grappes de la Perlsucht ; que la Perlsucht se transmet comme la tuberculose du poumon; que la tuberculose du poumon est suivie de la tuberculose de la plèvre et réciproquement. »
Leisering (2) soutient une opinion analogue et il apporte de nouveaux documents sur certaines formes anatomiques jusque-là peu connues. La tuberculose des séreuses, du poumon, du foie, de l’ulérus et de la peau est constituée par un même processus anatomique. Les divers aspects sont dus aux modes de la conglomération des tubercules et à la forme des dégénérescences subies. Les parties centrales des néoformalions éprouvent rapidement une fonte graisseuse, suivie de l’infiltration calcaire; un ramollissement total est observé au niveau des muqueuses respiratoire, digestive, utérine, et les lésions prennent un aspect ulcéreux; dans le poumon, des altérations identiques sont parfois rencontrées. En général, les conglomérats volumineux subissent la dégénérescence caséeuse et les petits la dégénérescence calcaire. C'est un processus tuberculeux qui se développe dans les muscles et dans le tissu sous-cutané et qui correspond à la « gourme » de Lafosse et à la « tuberculose cutanée » de Haubner. Après avoir établi l’unicité des diverses manifestations tuberculeuses, Leisering donne une satisfaction aux idées régnantes; il reconnaît que les néoformations affectent, chez les bovidés, une forme particulière qui les rapproche du sarcome, mais il leur conserve malgré tout le nom de tubercules.
(1) Gerlach. Gerichlliche T hierheilkunde , p. 173.
(2) Leisering. Mericht iiber das Veteriniirwesen im K. Sachsen, 1802.
TUBERCULOSE
L’étude de la tuberculose entre d’ailleurs en ce moment dans une phase nouvelle. En 1865-1866, Yillemin (1) démontre l’inoculabilité de la tuberculose. L'inoculation sous la peau du lapin d’une parcelle de matière tuberculeuse, <* prise sur l’homme, sur une vache ou sur un lapin déjà rendu tuberculeux », produit une évolution tuberculeuse. Au bout de quinze, vingt, trente jours, les animaux maigrissent,... puis ils succombent dans un état de cachexie extrême. L’autopsie montre une tuberculisation des ganglions lymphatiques voisins du point de l’inoculation et une éruption tuberculeuse sur la plupart des viscères et sur les séreuses. L’année suivante, \ illemin (2) s’efforce de différencier la tuberculose vraie des pseudo-tuberculoses observées chez diverses espèces domestiques; de ses recherches bibliographiques et de ses observations, il conclut que: « en dehors de l’homme, quia malheureusement une aptitude spéciale pour la phtisie, il n’y a guère que le singe, la vache, et peut-être le lapin et quelques rongeurs analogues, qui soient réellement reconnus susceptibles de devenir tuberculeux. Pour tout le reste, il n’y a qu’incertitude, confusion, allégations controversables. »
La découverte de Yillemin soulève aussitôt d’ardentes discussions. En outre d’objections négligeables inspirées par des considérations purement dogmatiques, des réserves plus graves sont formulées au nom de l’expérimentation même. Alors que certains reproduisent à coup sûr les résultats annoncés par Yillemin, d’autres échouent dans leurs tentatives de transmission, d’autres enfin croient obtenir la tuberculisation des sujets d’expérience avec des matières non tuberculeuses. Des centaines de travaux sont consacrés à la recherche de la virulence tuberculeuse; tous les modes de l’inoculation et tous les réactifs animaux sont utilisés. Parmi les faits publiés, quelques-uns ont une influence décisive. IL Martin (3 montre que le tubercule vrai est seul inoculable en série et qu’on peut le différencier sûrement des fausses granulations ; Baumgarten (4) établit l’action spécifique du virus tuberculeux inoculé dans la chambre antérieure de l’œil chez le lapin; IL Martin (5) et Laulanié (6) démontrent l’édification de tubercules dans différents tissus sous l’action d’une irritation locale et par suite l'insuffisance de la diagnose anatomique dans la différenciation du tubercule.
Des résultats expérimentaux d’un autre ordre avaient puissamment contribué à la démonstration de la virulence tuberculeuse et au triomphe
(1) Yillemin. Causes et nature de la tuberculose . Bulletin de l’Acad. de niéd., t. XXXII, 1866, p. 152. Études sur la tuberculose , 1 vol., 1868.
(2) Yillemin. De la phtisie et des maladies qui la simulent dans la série zoologiquc. Recueil de méd. vêt., 1867, p. 5 et 74.
(3) II. Martin. Recherches anatomo-pathologiques et expérimentales sur le tubercule Thèse, 1879.
(4) Baumgarten. Ueber das Verhaltniss von Perlsucht und Tuberculose. Berl. klinische YVochenschr., 1880, p. 698.
(5) H. Martin. Tuberculose des séreuses et du poumon. Archives de physiologie, 1880.
(6) Laulanié. Sur quelques affections parasitaires des poumons et leur rapport avec la tuberculose. Id . , 1884, p. 587.
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de la doctrine de Villemin. En 1868, Chauveau (1) obtient 1 infection de trois génisses par l'ingestion de matière tuberculeuse provenant d’une vache phtisique. Les conclusions formulées sont les suivantes : « Ces expériences mettent hors de doute la virulence et la propriété contagieuse de la tuberculose et montrent que les travaux de M. ’Yillemm n’ont pas été récompensés comme ils le méritent. Le tube digestif constitue,, chez l'homme, comme dans l’espèce bovine, une voie de contagion qui est des mieux disposées pour la propagation de la tuberculose, et qui peut être bien plus souvent en jeu que la voie pulmonaire. Si la tuberculose bovine appartient à la même espèce que la tuberculose humaine, il y a, dans l’alimentation avec la viande de boucherie provenant des animaux phtisiques, un danger permanent pour la santé publique... »
En 1869, Gerlach (2) publie les premiers résultats d’expériences analogues entreprises dès 1866 à l’Ecole de Hanovre; il obtient la transmission à diverses espèces à la suite de l’ingestion de tubercules des séreuses et du lait provenant des vaches affectées.
Les nouvelles recherches de Chauveau, Gunther et Hanns, Gerlach, Parrot, Viseur,... apportent de nouveaux documents sur la question ; elles montrent que les bovidés, le porc, le lapin, le cobaye, le chat... sont infectés avec facilité par la voie intestinale; qu’en outre, des lésions semblables sont observées, chez une espèce donnée, quelle que soit l'origine de la matière tuberculeuse ingérée.
L’identité de la tuberculose de l’homme et des mammifères domestiques semblait implicitement démontrée par les résultats expérimentaux obtenus. Inoculées à un même réactif, les matières tuberculeuses de provenance humaine ou animale produisent des lésions toujours analogues et souvent identiques. Alors qu’en France l’unicité des diverses formes tuberculeuses est très généralement admise, Virchow (3) soutient encore les vieilles distinctions et il oppose la Perlsucht des bovidés, type des tuberculoses animales, à la tuberculose caséeuse de l’homme. En 1880, il insiste longuement sur les ditîérences anatomo-pathologiques essentielles qui séparent les tubercules perlés des ruminants de ceux de la phtisie humaine; les premiers ne subissent jamais la transformation caséeuse, ni le ramollissement, ni l’ulcération ; ils s’étendent de proche en proche et s’infiltrent de sels calcaires. Anatomiquement, ils correspondent au lymphosarcome. Quant aux lésions caséeuses et molles du poumon du bœuf, elles n’appartiennent pas en réalité à la tuberculose. Virchow estime que les résultats expérimentaux signalés ne sont pas pro-
(1) Chauveau. Application de la connaissance des conditions de l’infection à l’étude de la contagion de la phtisie pulmonaire. Bulletin de l’Ae. de méd., t. XXXIII, I8G8. p. 1007, et Recueil de méd. vét., 1860, p. *202.
(2) Gerlach. Jahresb. der Thierarzneischule zu Hannover, t. I, 1860, p. 6.
C’est à tort que Johne réclame pour Gerlach la priorité de la démonstration de l’infection tuberculeuse par ingestion.
(3) Virchow. Ueber die Perlsucht der Hauslliiere... Berliner klin. Wochenschr., 1880, n° 14. .
TUBERCULOSE
bants el que l’existence d'un virus de la Perlsucht n’est pas démontrée.
Sur ce même terrain de l’histologie pathologique, la conception uniciste trouve cependant des défenseurs. Baumgarten (1) reconnaît .l’identité, en se basant sur les effets semblables produits par l’inoculation des virus de diverses provenances dans l'œil du lapin ; il reconnaît de plus que la caséification, déjà observée par Bollinger, puis niée par Virchow et Schüppel, existe en réalité dans la Perlsucht , mais qu’elle est rapidement masquée par la calcification. Lwow (2) donne peu après une bonne étude anatomo-pathologique des lésions chez les bovidés; il conclul que « les masses perlées sont constituées par un agglomérat de tubercules, individuellement identiques à ceux de la tuberculose miliaire ».
A ce moment encore, les querelles des histologistes sont interrompues par un événement décisif. En 1882, Robert Koch (3) annonce qu’il a isolé et cultivé le bacille de la tuberculose ; le microbe est rencontré au niveau de toutes les lésions spécifiques ; il se retrouve, avec des caractères identiques, chez l’homme, chez la vache, chez le coq. Avec les cultures sur sérum gélatinisé, l’on obtient, par l’inoculation, des résultats constamment positifs chez diverses espèces. La même année, Ehrlich fait connaître un procédé de coloration qui, spécial au bacille de Koch, permet de le déceler et de le différencier sûrement.
En 1884, Koch (4) étudie l’étiologie de la tuberculose dans un mémoire d’une importance capitale. Après un court préambule, dans lequel il rappelle la démonstration de la virulence tuberculeuse, « due au génie de Villemin », l’auteur étudie les caractères biologiques du bacille isolé. Le microbe agit sur les tissus en provoquant d’abord un aftlux des cellules lymphatiques puis, secondairement, et sans doute, par l’intermédiaire de substances chimiques élaborées, leur transformation en cellules épithélioïdes et géantes, et enfin des dégénérescences (nécrose de coagulation et caséification).
Le bacille est constamment rencontré, chez l'homme, au niveau de toutes les lésions tuberculeuses (19 cas de tuberculose miliaire aiguë, 29 cas de tuberculose pulmonaire) ; il existe seul ou associé à divers autres microbes. L’infection s’opère principalement par le poumon, à la suite de l’inhalation de poussières virulentes; la généralisation est due à l’ouverture d’un foyer dans les voies sanguines ou lymphatiques. Les bacilles sont rencontrés constamment dans les crachats, lors de tuberculose pulmonaire, et dans les déjections lors de tuberculose intestinale. On trouve égalementles bacilles au niveau des foyers de tuberculose locale (langue,
(1) Baumgarten. Ueber das Verhallniss von Perlsucht und Tuberculose. Berliner klin. Wochenschr., 1880, p. 17 4.
(2) Lwow. Ueber den Bau der Neubildungen bei der Perlsucht des Hornviehes. Deutsche Zeitschr. fur Thierm., t. VII, 1882, p. 874 (avec bibliogr.).
(3) R. Koch. Die Aetioto'gie der Tuberculose . Berliner klin. Wochenschr., 10 avril 1882,
(4) R. Koch. Die Aetiologie der Tuberculose. Mittheilungen aus déni kaiserl. Gesuhdheitsamte, t. II, 1884, p. 1-88.
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rein, vessie, os...); ceux-ci sont présents encore, mais dii licites à rencontrer, dans la scrofule et le lupus.
Koch étudie en môme temps les tuberculoses animales; dans dix-sept cas de tuberculose des bovidés , dont treize de tuberculose des séreuses, les bacilles sont toujours présents, mais en nombre parfois très faible. Dans quatre cas de tuberculose du cheval , dont un de tuberculose miliaire généralisée, les bacilles existent en abondance. Les memes constatations sont faites dans la tuberculose du porc , du mouton et de la chèvre. Chez les poules (4 cas), les bacilles sont extraordinairement abondants dans les tumeurs de l’intestin et du foie; ils se retrouvent en grand nombre dans le contenu de l’intestin. Chez le singe (8 cas), les tubercules renferment une matière purulente liquide, peu riche en bacilles. La tuberculose spontanée est observée encore chez le lapin et chez le cobaye , à la suite d’une cohabitation avec des animaux infectés par l’inoculation.
Après avoir indiqué les modes d’isolement et de culture du bacille, Koch mentionne les résultats des inoculations pratiquées. 17lJ cobayes, 35 lapins et 4 chats sont inoculés avec des matières tuberculeuses provenant de l’homme, du bœuf, du porc, du lapin et du singe; dans tous les cas, on obtient une tuberculose bacillaire typique; les inoculations pratiquées avec des cultures de diverses générations (5e à 24°), chez 217 animaux (cobayes, lapins, chats, chiens, rats, poules...), par les modes les plus variés (peau, œil, péritoine, veines, inhalations), donnent toujours la tuberculose. Les animaux moins prédisposés, comme le chien, le rat et la souris blanche, ne résistent pas aux inoculations de fortes doses de cultures pures. Koch conclut à bon droit à la spécificité du bacille « qui est la cause unique de la tuberculose, comme la bactéridie est la cause unique du charbon ».
Relativement à l’étiologie de la maladie, le mémoire renferme encore des données du plus haut intérêt. Le bacille tuberculeux est un parasite vrai, incapable de se multiplier en dehors des organismes, et non plus, comme la bactéridie, un parasite facultatif , accomplissant toutes les phases de sou existence à l’état libre. La source unique des bacilles tuberculeux réside donc dans les organismes humains ou animaux infectés et une prophylaxie rationnelle peut être établie. A cet égard, l'homme est surtout dangereux, en raison des crachats virulents qu’il répand; les animaux sont moins à craindre parce qu’ils ne répandent aucun crachat 1) et l'infection parle lait provenant d’une mamelle tuberculeuse est presque seule à redouter. L'infection tuberculeuse n’a d'ailleurs rien de fatal; alors que la pénétration des bacilles par inhalation est fréquente, la tuberculisation ne s’opère qu’exceptionnellement, sous certaines conditions de moment, de lieu et de qualité du virus.
La découverte de Koch marque le début d’une phase nouvelle dans
(I) Il y a dans cette affirmation une erreur qu’il est à peine besoin de signaler.
Nocard et Leclainche. — 2e édit. 35
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l' histoire de la tuberculose. Eu 1885, Nocard (1) montre que la culture est de beaucoup plus facile si l'on additionne le sérum de petites quantités de peptone, de sucre et de sel; il obtient ainsi, pour la première fois, des cultures avec des lésions tuberculeuses d’origine aviaire. En 1887, Nocard et Houx (2) indiquent une méthode nouvelle, qui permet une culture rapide dans les divers milieux ; la simple addition d’une faible quantité de glycérine au sérum gélatinisé de Koch, à la gélose nutritive, aux bouillons de viande, en fait des milieux très favorables à la culture du bacille tuberculeux.
De nombreux travaux sont consacrés à l’élude expérimentale des divers modes île la contagion, des procédés de la diffusion du virus et de sa répartition dans les organismes. L’anatomie pathologique des diverses lésions est étudiée à nouveau; des formes restées jusque-là méconnues sont définitivement classées.
La clinique bénéficie largement de la découverte du bacille; des méthodes nouvelles sont couramment utilisées, qui permettent de reconnaître sûrement et parfois de déceler prématurément certaines localisations.
L’année 1890 marque encore une date mémorable dans l'histoire de la tuberculose. Koch (3) croit obtenir, avec les produits solubles résultant de la culture du bacille dans les bouillons glycérinés, suivant la méthode de Nocard et Doux, une action immunisante analogue à celle qui avait été signalée déjà par Roux et Chamberland pour la septicémie expérimentale, pour la fièvre charbonneuse et pour le charbon symptomatique. Le 13 novembre, il annonce qu’il a réussi à rendre les animaux réfractaires à l’inoculation du bacille et à arrêter l’évolution de la maladie chez les animaux inoculés. Aussitôt appliquée au traitement de la tuberculose de l’homme, la méthode ne donne malheureusement pas les succès que des disciples enthousiastes avaient bruyamment escomptés. La découverte de la tuberculine n’en constitue pas moins un fait scientifique d’une importance considérable, et l’on peut lui appliquer le jugement que Koch lui môme formulait, si injustement, sur les vaccinations pasteuriennes:
« La méthode ne saurait être considérée comme utilisable dans la pratique, à cause de l’immunité insuffisante qu’elle confère et des dangers qu’elle fait naître. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n'ait aucun avenir devant elle. Des méthodes perfectionnées feront peut-être plus tard ce que l'on avait attendu prématurément de procédés imparfaits. »
Insuffisante et presque unanimement condamnée dans la thérapeutique de la tuberculose humaine, la tuberculine allait rendre des services inappréciables dans le diagnostic et dans la prophylaxie de la tuberculose animale. En 1891, Gultmann, de Dorpat, montre que, chez les bovidés
(1) Nogaiü). Recherches expérimentales sur La tuberculose des oiseaux; culture du bacille. Soc. de biologie, 17 octobre 1885.
(2) NocAnn et Roux. Sur la culture du bacille de la tuberculose. Annales de l'Institut Pasteur, t. 1, 1887, p. 19.
(3) Kocu. Nouvelle communication sur un traitement de la tuberculose. Semaine médicale, 1 890,. p. 417.
BACTÉRIOLOGIE
comme chez l'homme, la tuberculine provoque, chez les sujets inlccles, une réaction nettement révélatrice. Les observations publiées depuis par milliers établissent jusqu’à l’évidence la haute valeur diagnostique de la tuberculine dans toutes les formes de la tuberculose. Sûrement décelée dès son début, la maladie peut être systématiquement combattue par des mesures sanitaires d’une efficacité certaine.
Une dernière page, la plus glorieuse peut-être, reste à écrire dans l’histoire de la tuberculose; une place reste libre aux côtés de Villemin et de Koch. Mais l’on ne peut douter qu’un jour, qu’il faut espérer prochain, la plus redoutable d’entre les contagions ne soit définitivement vaincue par des méthodes sûres d’immunisation et de traitement.
Bactériologie. — Le bacille de Koch se présente, dans les tissus ou dans les cultures, sous la forme d’un fin bâtonnet mesurant en moyenne 3 à 6 \j. de longueur sur 0,3 à 0,5 y. de largeur. Les bacilles sont droits ou légèrement incurvés ; développés dans certains milieux, ils se présentent, après coloration, sous l’aspect d’une série de grains arrondis ou ovoïdes (1).
La coloration est obtenue par toutes les couleurs d’aniline; les bacilles prennent le Gram et diverses colorations spéciales (Ehrlich, Kühne, Ziehl...).
Le microbe est aérobie; il cultive de préférence à des températures comprises entre 37° et 40°. Les cultures, assez difficiles à obtenir quand la semence est empruntée aux lésions tuberculeuses, deviennent faciles et abondantes quand le bacille s’est accoutumé, par des passages successifs, aux milieux artificiels sur lesquels on l’ensemence.
L’aspect des cultures et les suites de l’inoculation aux réactifs animaux sont variables suivant que le bacille provient des mammifères ou des oiseaux.
I. Tuberculose des mammifères. — Dans les bouillons de viande, additionnés de peptone et de glycérine, la culture est rapide si la matière ensemencée Hotte à la surface du liquide ; il se forme une pellicule blanche, sèche et verruqueuse, qui recouvre toute la
(1) La question récemment soulevée de la classification du bacille ne peut qu’être indiquée ici. D’après Fischel (1893) et Goppen Jones (1895), le bacille de la tuberculose n’est pas une bactérie, mais un champignon capable de donner des filaments ramifiés, des crosses et des corpuscules inétachromatiques. Les recherches de Babes et Levatidi et celles de Marpmann confirment cette opinion: le bacille devrait être classé dans le même groupe que l’actinomyces, c'est-à-dire dans une famille intermédiaire entre les bactériacées et les ascomycètes.
Yoy. Babes et Levatidi. Sur la forme aclinomycosique du bacille de la tuberculose. Archives de méd. expérim., 1897, p. 1041. — Marpmann. Zur Morphologie und Biologie des Tuberkelbacillus. Cenlralbl. fur Bakter., t. XXII, 1897, p. 582.
TUBERCULOSE
surface et qui s’étend un peu sur les parois du vase. Après immersion, le développement est plus lent; on voit de petites masses blanches, mùriformes, déposées au fond du ballon; le • bouillon reste clair. Sur gélose glycérinée, on obtient une couche épaisse, sèche, écailleuse, blanc jaunAtre. Sur le sérum gélatinisé, additionné de glycose, la culture donne des grains arrondis, grisâtres, secs, ternes, écailleux, puis, par leur réunion, une couche sèche, parsemée de saillies verruqueuses. Sur pomme de terre glycérinée, il se produit une couche sèche, écailleuse, épaisse, de couleur blanche.
Le bacille provenant des mammifères tue facilement le cobaye, moins aisément le lapin, et, sous des conditions plus ou moins expresses, toutes les espèces de mammifères; la transmission expérimentale aux oiseaux est difficile à réaliser.
11. Tuberculose des oiseaux. — Dans les bouillons, le développement est rapide ; on voit, au fond du vase, des flocons ténus, qui se désagrègent facilement si l’on agite le liquide ; un voile épais, blanc sale, plissé et verruqueux, se forme à la surface. Sur gélose, on obtient une couche uniforme, blanc jaunâtre, semitransparente, grasse et humide à la surface, qui devient plissée après un certain temps. Sur sérum, la culture forme, après quelques jours seulement, une couche épaisse, saillante, mamelonnée, d’un blanc mat, grasse et molle. Sur pomme de terre glycérinée, la culture présente des caractères analogues.
Le bacille d’origine aviaire tue les oiseaux et le lapin ; plus difficilement, le cobaye. Le chien est réfractaire.
Origine spécifique des tuberculoses : unicité ou dualité. —
L’identité des tuberculoses observées chez les diverses espèces de mammifères était expérimentalement démontrée bien avant la découverte du bacille.
Chez les animaux inoculés avec des matières tuberculeuses provenant de l'homme ou des bovidés, Villemin et de nombreux expérimentateurs constatent une infection de même type et des lésions identiques. La transmission est réalisée de l’homme aux bovidés (Chauveau, Klebs, Bollinger, Kitt, Crookshank,...), au cheval (Pütz, Chauveau), au bouc (Bollinger), au porc (Gerlach), au chien (Gerlach,...). La maladie des bovidés est transmise, par inoculation ou par ingestion, au cheval, au porc, au mouton, à la chèvre... Des faits d’observation démontrent la fréquence de la transmission entre les diverses espèces animales; d’autres établissent la possibilité d’une infection réciproque entre l’homme et les animaux. La découverte du bacille de Koch, sa présence constante dans les lésions
BACTÉRIOLOGIE
spécifiques, chez toutes lès espèces, consacrent la doctrine de l’unicilé de la tuberculose et triomphent des dernières résistances des anatomopathologistes (1).
L’identité de la tuberculose des oiseaux avec celle des mammifères est admise par tous; elle semble démontrée indirectement par des résultats expérimentaux (Gerlach, Koch, Nocard,...) et par de nombreux faits d’observation. En 1889 cependant, Rivolta annonce qu’il existe des différences marquées entre la tuberculose humaine et celle des gallinacés, quant aux effets de leurs virus respectifs sur le cobaye, le lapin et les oiseaux. Maffucçi (1890), qui reprend ces expériences, est plus affirmatif encore, et Koch reconnaît qu’une assimilation complète n'est plus possible entre toutes les tuberculoses. Straus et Gamaleia insistent sur les caractères différents des cultures; le bacille aviaire ne peut être acclimaté chez le cobaye; le bacille humain chez la poule et le bacille aviaire chez le lapin conservent leurs caractères respectifs; enfin le chien est totalement réfractaire aux inoculations du bacille aviaire. « Les différences qui séparent les deux tuberculoses sont non seulement considérables et profondes, mais encore permanentes... Tant que la transformation de l’un de ces bacilles dans l’autre n’aura pas été réalisée et qu’elle ne sera pas établie par des faits indiscutables, on sera obligé de regarder les deux bacilles comme étant des espèces différentes. «
Les éludes ultérieures prouvent qu’en réalité ces différences sont compensées par d’étroites analogies et il importe de tenir compte des unes et des autres. Cadiot, Gilbert et Roger, Courmont et Dor, Nocard montrent que l’inoculation de la Lnberculose des mammifères aux poules réussit parfois à les tuberculiser et que cette tuberculose peut être inoculable en série. D’autre part, s’il est vrai que les lésions consécutives chez le cobaye, à l’inoculation de la tuberculose aviaire, sont très différentes, objeciivement, de celles qu’on observe après l’inoculation de la tuberculose humaine, il suffit parfois d’un petit nombre de passages successifs, de cobaye à cobaye, pour que ces lésions reproduisent exactement le type si bien décrit par Yillemin. Si certains mammifères, comme le singe (Ch. Richet), sont très résistants à la tuberculose aviaire, d’autres, comme le lapin et le cheval, ont une réceptivité sensiblement égale pour les deux tuberculoses; d’autre part, le perroquet est facilement infecté par le bacille d’origine humaine (Cadiot, Gilbert et Roger, Straus). On arrive à celle conclusion que les bacilles d’origine humaine et aviaire représentent des variétés d’une même espèce et que les divers types sont expérimentalement modifiables.
Une question toute corrélative se pose aussitôt : Dans quelles limites les formes différenciées par leur culture chez une espèce déterminée sonl-
(1) Chauveau. Identité de la tubercul"se de l'homme et de la tuberculose des bovidés, des gallinacés et autres animaux. 2e Congrès de la tuberculose, 1891. Comptes rendus, p. 51.— Nocard. Sur l'identité des tuberculoses de l'homme , du cheval et- du porc. 2e Congrès de la tuberculose, 1891 ; Comptes rendus, p. 137.
TUBERCULOSE
elles susceptibles de passer accidentellement à une autre espèce? La réponse n'est pas douteuse en ce qui concerne les mammifères ; il est certain que les bacilles sont capables de passer d’un habitat à un autre : les bovidés, le porc et l’homme cultivent des formes voisines échangeables. Les relations existant entre la tuberculose des mammifères et la tuberculose aviaire sont éclairées par diverses observations 1). En 1893, Ivruse constate la présence du bacille aviaire chez l’homme et chez le bœuf; l’année suivante, Pansini retrouve le même bacille dans un cas de tuberculose humaine et chez un bœuf affecté de tuberculose des séreuses ; il conclut de ses recherches que « les tuberculoses des mammifères et des oiseaux ne constituent pas des espèces distinctes et qu’il existe entre elles des formes de passage ». Johne et Frothingham (1895) retrouvent le bacille aviaire dans une « infiltration tuberculeuse » de l'intestin chez la vache. Nocard isole de crachats tuberculeux d'origine humaine un bacille identique au bacille aviaire quant à son aspect dans les cultures; le microbe tue rapidement le lapin, difficilement le cobaye et la poule. En 1896, Nocard (2) montre que la forme abdominale de la tuberculose du cheval est due à un bacille qui se rapproche beaucoup plus de la forme aviaire que de la forme d'origine humaine.
Les types extrêmes et différenciés considérés jusqu’ici comme spéciaux aux mammifères et aux oiseaux sont donc reliés entre eux par une série de formes de passage. Les caractères du bacille, moins modifiables à coup sur que ceux de beaucoup d’espèces microbiennes, subissent néanmoins l’influence du milieu vivant de culture et le nombre est illimité des variétés qui pourront être observées ou créées. Autrement dit : la question de l’unicité et de la dualité des formes bacillaires doit faire place à la notion de la multiplicité et de la variabilité des types.
L’autonomie de la tuberculose n’est point menacée par ces constatations. Le bacille tuberculeux reste l’une des formes microbiennes les plus fixes et les mieux différenciées; les connaissances récemment acquises n’ont fait que confirmer la conclusion que nous avons formulée déjà : le bacille de Koch se présente, chez toutes les espèces, avec des caractères essentiels communs; l’infection est transmissible, d’une espèce à toutes les autres, sous des conditions plus ou moins expresses pour chacune d'elles.
Espèces affectées. — La tuberculose atteint tous les mammifères domestiques, mais elle frappe inégalement les diverses espèces.
Les bovidés tiennent le premier rang parmi les victimes de la maladie et, pendant longtemps, ils ont été considérés comme seuls
(1) V. Leclainche. Tuberculose des mammifères et tuberculose aviaire (Revue avec bibliogr.t. Revue de la tuberculose, 180(i, p. 329.
(2) Nocard. Le type abdominal de la tuberculose du cheval est d'origine aviaire. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vétér., 1 89G, p. 248.
STATISTIQUE
aptes à la contracter. Chez eux, la répandue.
Le porc vient immédiatement après q fection.
maladie est extrêmement uant à la fréquence de l’in-
Cliez le singe, entretenu en captivité dans les jardins zoologiques, la tuberculose est souvent signalée.
Le cheval est exceptionnellement affecté. En aucun cas, la maladie n’est rencontrée à l’état enzootique.
Chez le mouton et chez la chèvre , la tuberculose est observée plus rarement encore que chez le cheval. En outre des quelques observations cliniques publiées, la tuberculose des petits ruminants est reconnue de temps à autre dans certains abattoirs.
Chez le chameau , la tuberculose est signalée en Egypte (Piot) et dans les steppes kirghises (Vedernikoff). Le zèbre (Bang), la girafe (Meyers), le daim, le lama (Monfallet; inéd.), Yalpaca (Semmer), le cerf axis (Lothes) ont été trouvés affectés.
Parmi les carnassiers, le chien et le chat sont exposés, mais la maladie est chez eux assez rare. Les carnivores sauvages, entretenus dans les établissements zoologiques, sont également aptes à l'évolution; la tuberculose a été constatée chez le lion , le tigre , la panthère, le jaguar, le chacal, le léopard, le renard polaire, le coati...
Les oiseaux de basse-cour constituent un terrain favorable pour la tuberculose. Les poules, les faisans, les canards sont le plus souvent frappés. L 'autruche peut être également atteinte (llobday). Les oiseaux de volière présentent une réceptivité considérable, à quelque espèce qu’ils appartiennent; chez les oiseaux d’appartement (perroquet), la proportion des tuberculeux est encore plus •élevée.
Distribution géographique. Statistique. — I. — La tuberculose est répandue à l’heure actuelle sur presque tous les points du globe; mais, s’il est peu de régions qui soient indemnes, l’infection est irrégulièrement répartie. Comme pour la péripneumonie, on retrouve des « foyers permanents », tantôt très étendus, tantôt étroitement localisés, les uns anciens, les autres récemment créés. En l’absence de toute action sanitaire, ces centres de contagion se
sont multipliés à l’extrême, tandis que, dans leur voisinage, la maladie diffusait peu à peu dans les régions indemnes.
a) Bovidés. — Les statistiques publiées ne sauraient donner qu’une idée imparfaite de la gravité économique réelle de la
TUBERCULOSE
tuberculose; les chiffres recueillis, presque tous empruntés aux statistiques des abattoirs, n’ont qu’une valeur relative. Même dans les pays où l’inspection des viandes est élendue et réglementée, comme dans le duché de Bade et la Saxe, un grand nombre d’animaux, et ceux-là même qui paraissent le plus suspects, sont soustraits par les intéressés au contrôle menaçant des abattoirs surveillés. L’utilisation systématique des propriétés révélatrices de la tuberculine en quelques pays permet d’apprécier l’extrême fréquence de la maladie, comme aussi la rapidité de ses progrès.
France. — 11 n’existe aucun document officie] précisant la gravité de l’infection. On sait au moins que la tuberculose sévit sur tous les points du territoire. La Champagne, la Lorraine, la Brie sont infectées à un haut degré; en quelques régions, le nombre des vaches tuberculeuses atteint 15 à 20 p. 100; en Beauce, les pertes éprouvées sont considérables et les vétérinaires estiment que la proportion des tuberculeux dépasse 25 p. 100. Dans la Bretagne, le Nivernais, la tuberculose fait d’effrayants progrès. Dans les Hautes Vosges, les vaches laitières fournissent 30 à 40 p. 100 de tuberculeuses (Spillmann). La proportion est plus considérable encore dans le sud-est; plus de la moitié des étables sont envahies en nombre de régions; la proportion des malades dépasse 50 p. 100 des adultes dans certaines vallées des Pyrénées.
Nombre de foyers insoupçonnés ont été révélés depuis que la tuberculine est couramment employée comme moyen de diagnostic. Les constatations de Nocard montrent que des étables considérées comme indemnes renferment en réalité 50 et 80 p. 100 de tuberculeux; Labully trouve, à Saint-Étienne, un taux de 33 p. 100 ; Bonniaud, à Montbrison, constate que 60p. 100 des vaches sont tuberculeuses ; à Marseille, les vaches laitières sont affectées dans la proportion de plus d'un tiers (Boinet et Iluon).
Tous les faits acquis tendent à prouver que la France est aussi gravement envahie que certaines nations voisines, l’Allemagne notamment, et les nombreux documents concernant cette dernière permettent de prévoir le nombre réel des bovidés tuberculeux dans notre pays. On peut admettre que la proportion atteint certainement 10 p. 100 de l'effectif total et qu’elle est vraisemblablement comprise entre 10 et 20 p. 100. Les considérations suivantes montreront que cette évaluation n’a rien d’excessif.
Belgique. — La maladie est très répandue; 60 p. 100 des animaux soumis à la tuberculine, en vertu du règlement de 1895, ont été trouvés tuberculeux. Les abattoirs fournissent les chiffres suivants, pour l’année 1896 : Anderlecht-Cureghem, 0,84 p. 100, Gand, 1,15 p. 100, Namur, 2,55 p. 100, Saint-Nicolas, 3,11 p. 100, Liège, 6,57 p. 100.
Suisse. — La maladie est irrégulièrement répartie. On ne constate dans le canton de Fribourg, sur un total de 20 209 bovidés assurés de 1880 à 1890, que 94 cas d’abatage pour tuberculose, soit une proportion
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deO,46 p. 100. Dans le canlon de Berne, la tuberculose est sensiblement plus fréquente. Dans les environs de Genève, la proportion atteint 50 p. 100 des vaches en certaines localités. Dans le canton de Zurich, Zschokke et Ilübscher trouvent, dans certaines étables, de 30 à 99 p. 100 de vaches tuberculeuses. A l'abattoir de Zurich, la proportion des tuberculeux est de 3,14p. 100 pour les bovidés en généraletde 12,46 p. 100 pour les vaches (1893). A. Winterthur, on trouve, en 1891, une moyenne générale de 4,98 p. 100 et de 16,5 p. 100 pour les vaches ; en 1892, les chiffres s’élèvent respectivement à 5,76 et 19,06p. 100 (Rolli). Berdez admet, pour toute la Suisse, une moyenne, certainement trop faible, de 5 p. 100 de la population bovine.
Allemagne. — Une enquête poursuivie du lfir octobre 1888 au 30 septembre 1889, par les soins de l’Office sanitaire impérial, établit que le nombre des bovidés reconnus tuberculeux atteint en Prusse 5 p. 100 de l’effectif général ; la moyenne descend à 1,72 p. 100 dans le duché de Bade, pour remonter à 7,9 p. 100 en Bavière et à 8 p. 100 en Saxe. Le rapporteur, M. le conseiller Rœckl, reconnaît que ces chiffres reposent sur des documents incomplets et qu’ils doivent être considérés comme fort au-dessous de la vérité.
Les statistiques des abattoirs donnent un taux beaucoup plus élevé. Pour l'année 1896, la proportion générale des tuberculeux est de 13,2 p. 100 en Prusse (812 731 bovidés abattus), de 26,7 p. 100 en Saxe (85 016 bovidés abattus) de 3 p. 100 en Bavière (212 277 abattus). Les documents suivants, concernant divers abattoirs, donneront une idée plus précise de la répartition de la maladie :
Tuberculose chez les bovidés abattus (1).
Aix-la-Chapelle
* Kiel
* Berlin