III. — Diagnostic
§ 1. — Diagnostic sur l'animal vivant.
a) Bovidés. -- L’étude des symptômes de la tuberculose bovine permet de prévoir toutes les difficultés du diagnostic clinique. Si certaines formes peuvent être reconnues sûrement, beaucoup d’autres seront soupçonnées seulement ou resteront méconnues. Par contre, d’autres méthodes de diagnostic sont actuellement connues qui permettront de suppléer aux incertitudes des données cliniques ; l’examen microbiologique et l’inoculation des produits pathologiques, l’utilisation des propriétés révélatrices de la tuberculine constituent des modes à la fois pratiques et sûrs du diagnostic expérimental.
I. Diagnostic clinique. — Dans les nombreuses régions où la tuberculose est enzootique, et surtout dans les étables infectées, la maladie devra être systématiquement recherchée alors que des accidents chroniques sont observés dont la nature n’apparaît pas évidente. Même en l’absence de troubles nettement définis, la suspicion sera légitime à l’égard des adultes qui maigrissentsans cause appréciable ou qui se montrent « durs à l’engraissement » ; l’infection sera plus probable encore chez les jeunes animaux qui restent maigres, avec « un mauvaispoil », et dontla croissance est retardée. Dans les mêmes conditions, les premiers signes seront facilement interprétés ; la toux, la nymphomanie chez les vaches, le mauvais état des poils, l’essoufflement pendant le travail... sont autant d'indications précieuses.
La présence de tuméfactions des ganglions rétro-pharyngiens, parotidiens, préscapulaires, précruraux, possède une signification plus précise encore, qui devient presque absolue alors qu elle coïncide avec un mauvais état général (1).
Le diagnostic des diverses localisations comporte des indications spéciales à chacune d’elles.
1. Tuberculose thoracique. — La toux persistante, quinteuse, sifflante, constitue l’un des premiers signes. Dès que les lésions pulmonaires et pleurales sont étendues, l’auscultation donne quelques indications ; la constatation du frottement pleural, la rudesse du murmure respiratoire, la présence de râles sibilants tendent à préciser le diagnostic. A une période plus avancée encore,
(I) Voy. Godbille. Tuberculose ganglionnaire des bovidés. Recueil de médecine vétér.
TUBERCULOSE
les signes locaux, comme la toux, le jetage, la submatité à la percussion, les râles bronchiques à l'auscultation, fournissent des indications suffisantes.
Il n’est cependant aucun de ces symptômes qui possède une valeur diagnostique absolue et le diagnostic différentiel présente de réelles difficultés. Parmi les altérations qui simulent de plus près la tuberculose thoracique figurent la péripneumonie, la bronchite vermineuse, l’échinococcose pulmonaire, les tumeurs du médiastin ou du poumon...
La péripneumonie est différenciée, dans les formes aiguë ou subaiguë, par l’hyperthermie constante, la faiblesse de la toux, retenue et douloureuse, la sensibilité des parois costales, la répartition ordinairement régulière de la zone de matité. La différenciation est plus difficile ou impossible lors de la présence de séquestres dans la péripneumonie chronique, et l’on retrouve dans ce cas tous les signes stéthoscopiques de la tuberculose. Alors que les renseignements obtenus légitiment la suspicion de péripneumonie ancienne, il importe de réserver le diagnostic et de recourir à l’expérimentation. Encore convient-il de rappeler que les deux affections peuvent coexister et que la constatation certaine de l’une n’implique nullement l’absence de l’autre.
La bronchite vermineuse frappe surtout les veaux, tandis qu’elle n'atteint qu’exceptionnellement les adultes; de plus, elle apparaît toujours sous une forme nettement enzootique. La toux est forte, sonore, quinteuse, avec, parfois, des accès passagers de suffocation; elle est accompagnée d’expectoration, suivie delà déglutition des crachats arrivés dans l’arrière-bouche, et d’un jetage mucopurulent qui renferme des strongles adultes et des embryons. L’état général n’est pas altéré et il n’y a pas de réaction fébrile.
La présence â'échinocoques dans le poumon (1) provoque des troubles alarmants; la respiration est pénible, accélérée ; la toux, faible au début, devient forte, quinteuse et très fréquente. On perçoit, à l’auscultation, des râles bronchiques et, à certains moments, un bruit de gargouillement intense. Le diagnostic différentiel est facile presque toujours ; l’échinococcose est spéciale à certaines régions; elle sévit sur tous les animaux placés dans certains herbages (toux de pâture), quelque temps après la mise en pâture; les symptômes apparaissent vers le mois de juin; ils s’aggravent pen-
(1) Hartenstein. La tuberculose bovine et la pseudo-tuberculose. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vétéi’., 1888, p. 323. — Carsten Harms. Erfahrungen übèr limderkrankheiten , p. 129.
DIAGNOSTIC
dani un ou deux mois, pour s’atténuer pendant les mois d’hiver et disparaître au printemps.
Le diagnostic de la tuberculose thoracique est impossible cliniquement en nombre de circonstances. Des lésions étendues de la plèvre, du péricarde, du médiastin, des ganglions, restent absolument muettes ; dans le poumon, les foyers peu étendus, les localisations dans les régions antérieures... demeurent méconnus ou sont soupçonnés seulement.
2. Tuberculose abdominale. — Les troubles constatés n’ont pas de signification précise ; on ne peut avoir que des probabilités quant à l’existence de la tuberculose. Le météorisme fréquent, alors qu’il n’est pas provoqué par une altération évidente des organes digestifs, est lié presque toujours à la présence des masses tuberculeuses. Alors que la tuberculose du médiastin détermine à la fois un météorisme intense et un retard de la rumination, la tuberculose abdominale ne produit que du météorisme peu accusé et elle n’empêche pas la rumination. (Guittard.)
La palpation de l’abdomen, au niveau du bord libre des fausses côtes, permet, en quelques cas, de percevoir les végétations péritonéales; l’exploration rectale rend appréciables les altérations des ganglions sous-lombaires, du péritoine et de toute la région abdominale postérieure.
3. Tuberculose ganglionnaire. — L'extension des lésions aux ganglions périphériques est reconnue par l'exploration directe. La lymphaclénie vraie est tout exceptionnelle ; dans ce cas, les ganglions restent mous et ne s’abcèdent jamais, alors que les ganglions tuberculeux deviennent durs, fibreux, et qu’ils renferment des foyers suppurés ou caséeux. L'envahissement des ganglions intracavitaires est indiqué par des troubles fonctionnels ; les arrêts fréquents de la rumination, accompagnés de météorisme, le gonflement des jugulaires feront soupçonner une compression de l’œsophage ou des oreillettes par les ganglions médiastinaux et bronchiques ; les indigestions intermittentes, accompagnées de diarrhée et d'amaigrissement, portent à rechercher la tuberculose des ganglions mésentériques. Le diagnostic sera rendu plus probable si les ganglions superficiels sont eux-mêmes envahis ; d’autre part, le toucher rectal permettra d’explorer la voûte sous-lombaire.
Les adénites tuberculeuses externes sont décelées par des tumeurs arrondies, élastiques ou uniformément résistantes, sans bosselures, rarement fluctuantes, mobiles sous la peau. L 'actinomycose de la région de la gorge est exprimée par des tumeurs mal délimitées,
TUBERCULOSE
adhérentes à la peau et aux tissus sous-jacents, souvent abcédées et envahies par des trajets fistuleux. Au niveau des membres, dans la région du canon, on rencontre chez les bœufs engraissés à l’herbage une lymphangite chronique moniliforme, désignée par les éleveurs sous le nom de varices ; les ganglions sont régulièrement sphériques ; ils renferment un pus onctueux, sans trace de grains calcaires ; les lésions sont différentes à la fois de la tuberculose et du farcin du bœuf.
Dans tous les cas, l’extirpation d’un ganglion superficiel hypertrophié peut assurer le diagnostic ; on trouve, sur la coupe, de petits foyers caséeux renfermant les bacilles ; le suc recueilli par grattage sert à des inoculations intra-péritonéales au cobaye.
4. Tuberculose génitale. — La tuberculose de l’utérus sera recherchée lors de catarrhe persistant. L’exploration vcginale permet de constater souvent l’induration des parois du col ; l’exploration rectale renseigne sur l’état des cornes, des trompes et de l’ovaire. L’examen bactériologique du pus sécrété est toujours indiqué.
5. Tuberculose de la mamelle. — La tuberculose de la mamelle est probable quand l’inflammation débute par des foyers multiples, ou encore, et quelle que soit la répartition des lésions, si le lait du quartier atteint reste incoagulé et d’apparence normale (1). Alors que la sécrétion cesse, on doit considérer comme très suspectes toutes les indurations hypertrophiques d’un ou de plusieurs quartiers.
6. Tuberculose des centres nerveux. — La présence de foyers tuberculeux dans les méninges sera soupçonnée lors d'accidents impliquant la compression ou l’inflammation chronique du cerveau ou de la moelle. Les abcès ou les tumeurs, capables de provoquer les mêmes phénomènes, sont de beaucoup plus rares que la tuberculose.
7. Tuberculose aiguë. — La tuberculose aiguë est reconnue d’après la coexistence de symptômes généraux graves et de lésions pulmonaires évidentes. La congestion pulmonaire a une évolution plus rapide; de plus, l’hyperthermie est à peine marquée. La péripneumonie à évolution suraiguë simule de plus près l’affection, alors qu'il n’existe qu’un épanchement peu abondant; toutefois, l'hépatisation péripneumonique est complète, tandis que le
(1) Dans les diverses formes de mammite, les microbes qui ont pénétré par le canal excréteur provoquent, dès le début, la coagulation du lait dans le quartier enflammé.
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poumon tuberculeux reste en partie perméable à toutes les périodes.
11. Recherche du bacille et inoculation. — La tuberculose est décelée à la fois parla constatation directe du bacille de Koch et par les résultats de l'inoculation expérimentale. Les matières d’épreuve varient suivant la forme clinique observée; on utilise principalement le jetage, les produits des suppurations diverses (abcès, catarrhe vaginal...), les pulpes ganglionnaires, le lait.
Le jetage nasal est constaté seulement dans les dernières phases de révolution; pendant les premières périodes, les mucosités bronchiques sont projetées dans l’arrière-bouche, lors des efforts de toux, et aussitôt dégluties. La récolte de ces mucosités est opérée suivant divers procédés. On peut tenter d’immobiliser la langue, en la maintenant en dehors de là cavité buccale, en même temps que l’on provoque la toux par la pression du larynx. En quelques cas, on obtient la projection des crachats hors de la bouche; souvent, par contre, la toux ne peut être obtenue, ou bien encore l’accès est trop faible pour déterminer le rejet des mucosités. Une seconde méthode, conseillée par Poels, consiste à pratiquer, à la partie inférieure de la trachée, une légère incision permettant l’introduction d’un fragment d’éponge solidement fixé à l’extrémité d’un long fil d’archal; l’éponge est dirigée vers l’origine des bronches; elle s’imprègne de mucosités qui sont recueillies par un lavage de l’éponge dans l’eau bouillie. L’opération est simple et sans danger ; toutefois il est difficile de faire admettre aux propriétaires la nécessité d’une intervention chirurgicale, grave en apparence, dans le seul but d'assurer un diagnostic. Le procédé suivant, employé par Greffier (1), est presque aussi sûr dans ses résultats et beaucoup plus simple dans son emploi. A l’aide d’une éponge fixée à l’extrémité d’une baguette flexible ou d’une longue pince, on recueille les mucosités adhérentes aux parois du pharynx ; l’éponge est ensuite comprimée dans un peu d’eau et le liquide obtenu est soumis à l’examen ou inoculé. Sur douze bovidés tuberculeux soumis à celte épreuve, on obtint huit fois un résultat positif.
Dans tous les cas, on peut recourir, au préalable, à l’injection sous-cutanée de 25 à 30 centigrammes d’un sel de pilocarpine, dans le but de provoquer l’exagération tics sécrétions.
La virulence du lait est éprouvée par la méthode suivante : le liquide est recueilli dans un grand verre à réactif de forme conique ; on laisse reposer, dans un endroit frais, pendant vingt-quatre heures. Les bacilles se déposent au fond du vase; à l’aide d’une pipette, on aspire quelques centimètres cubes pour l’examen direct ou pour l’inoculation. — L’emploi de la turbine rend l'opérai ion plus rapide et plus sûre.
Lors de tuméfaction suspecte des ganglions superficiels, on peut re-
(i) Greffier. Diagnostic de la tuberculose bovine par l'inoculation du mucus pharyngien . Bulletin de la Soc. centr. de méd. vêt., 1890, p. 445.
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courir à l’extirpation ou au harponnage de l’organe. La pulpe, recueillie par le grattage de la surface de coupe ou par la trituration du tissu, est soumise aux diverses épreuves. Le harponnage de l’induration mammaire rend de grands services.
La recherche du bacille de Koch par l’examen direct a cet avantage de permettre un diagnostic certain, en quelques minutes, lors de la constatation du microbe ; il est presque toujours indiqué de la tenter. Par contre, l’absence du bacille dans des produits suspects n’autorise aucune conclusion, soit que les microbes fassent totalement défaut, soit qu’ils se trouvent à un état de dilution tel qu’ils ne peuvent être rencontrés.
L’inoculation constitue une méthode plus parfaite en ce qu’elle permet de déceler la présence d’un petit nombre de bacilles qui auraient échappé à l’examen. Le cobaye est le réactif de choix, il est à la tuberculose ce que l’àne est à la morve. Le choix du procédé d’inoculation est déterminé par l’origine des produits à éprouver. Si la matière est impure, comme le jetage ou le pus, on aura recours à l’inoculation sous-cutanée; si la matière est pure ou à peu près pure, comme le suc ganglionnaire ou le lait, on emploiera de préférence l’injection intra-péritonéale. Dans tous les cas, on doit inoculer en même temps plusieurs animaux, en raison d’une infection accidentelle possible ; le nombre sera de deux au moins pour l’épreuve des produits purs; de trois ou quatre au moins s’il s’agit de produits souillés.
L 'inoculation sous-cutanée est pratiquée avec la seringue de Pravaz ; on injecte un quart, un demi, ou un centimètre cube de liquide. L’évolution de l’infection est régulière ; l’inoculation étant pratiquée à la face interne de la cuisse, un abcès s’ouvre au point de pénétration, laissant une plaie ulcéreuse, réfractaire à la cicatrisation; il survient en même temps un engorgement des ganglions de l’aine et du pli du flanc, suivi de la suppuration dans les parties centrales. La fluctuation est perçue vers le dixième ou le douzième jour qui suit l’inoculation ; l’on obtient par la ponction un pus caséeux qui renferme les bacilles spécifiques; alors que le pus est peu abondant, on a recours à l’extirpation du ganglion (pli du flanc), puis à l’examen de la pulpe obtenue par le raclage d'une coupe. Par cette méthode mixte de l’inoculation et de l’examen bactériologique, on assure le diagnostic en moins de deux semaines dans nombre de cas. Si l’examen direct n’est pas pratiqué ou s’il reste négatif, on sacrifie les animaux inoculés après vingt-cinq à trente jours. La tuberculose est alors décelée par la présence de nodules tuberculeux confluents dans les ganglions, l’épiploon, le poumon, le foie, et surtout dans la rate, toujours volumineuse et envahie en totalité.
L 'injection intra-péritonéale est surtout précieuse alors qu’il s’agit d’éprouver des produits d’une faible virulence. Le péritoine est d'une sensibilité extrême à l’infection ; d’autre part, la méthode permet d’utiliser des quantités relativement considérables de liquide. On peut inoculer ainsi cinq et même dix centimètres cubes d’un lait suspect. L’inoculation est
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pratiquée avec la seringue de Pravaz ; tandis que la paroi abdominale inférieure est soulevée par le pincement, on enfonce l’aiguille obliquement à la base du pli formé. Les animaux inoculés succombent en 25-40 jours; ils présentent une tuberculose évidente, étendue à tous les viscères; sacrifiés après 15-20 jours, les sujets montrent déjà des lésions de la rate, des ganglions et de l’épiploon.
L’inoculation constitue une méthode beaucoup plus sûre que l’examen direct ; mais ses résultats ne sont pas toujours certains. La pénétration sous la peau d’un produit peu riche en bacilles peut ne déterminer que des accidents locaux sans signification; d’autre part, les résultats négatifs n’impliquent que la non-virulence de la matière inoculée et ils ne permettent jamais d’affirmer que l’animal n'est pas affecté. Enfin, certaines localisations sont seules justiciables de cette épreuve, et encore n'est-elle possible, le plus souvent, qu’à une période avancée de l’évolution.
111. Emploi de la tuberculine (1). — La tuberculine de Koch est un extrait stérile des cultures du bacille tuberculeux en milieux glycérinés. D’abord tenu secret, le procédé de préparation de la tuberculine fut bientôt deviné ; Houx et Metchnikoff, à l’Institut Pasteur de Paris, Budjwid, à Varsovie, Hueppe, à Prague, arrivèrent isolément à cette même conclusion qu’il s’agissait à coup sûr d’un extrait de cultures glycérinées et, très vite, Houx prépara, avec les divers spécimens de bacilles que l’on possédait alors (homme, cheval, porc, faisan, poule, pigeon), des tuberculines d’une activité au moins égale à celle de la « lymphe de Koch » (2).
La tuberculine est un liquide brun, sirupeux, limpide, qui possède, mais très affaiblie, l’odeur de fleurs particulière aux cultures du bacille de Koch. Administrée par les voies digestives, elle reste sans effet; injectée dans les veines et sous la peau, son action est des plus remarquables. Le cobaye sain en reçoit jusqu’à deux centimètres cubes et plus sans inconvénients ; chez le cobaye tuberculeux, au
(1) Cette question a fait, en quelques années, l’objet de très nombreux travaux. On trouvera un résumé des principaux documents dans les « revues » suivantes : Nocard. Application de la tuberculine au diagnostic de la tuberculose bovine. Annales de l’Institut Pasteur, t. VI, 1892, p. 44. — Eber. Zusammenstellung der mit Tuberculinum Kochii bei Rindern zu diagnostischen Zwecken angesletlten Impfversuche. Deutsche Zeitschr. fur Thiermed., t. XVIII, 1892, p. 321. — Kitt. Neueres iiber Tuberculinproben... Monatshefte fur Thierheilk., t. VII, 1890, p. 21(1.
(2) Le mode de préparation est le suivant : Une culture en bouillon glycériné, laissée six semaines à l’étuve à 37-38°, est stérilisée à l’autoclave à 110°; on la concentre ensuite dans le vide, en présence de l’acide sulfurique, ou plus simplement au bain-marie, jusqu’à ce que le liquide soit réduit au dixième de son volume primitif ; on filtre et l’on conserve en vase clos, à l’abri de la chaleur et de la lumière. Le bouillon de culture renfermant 5 p. 100 de glycérine, le produit évaporé en conserve 50 p. 100 environ, ce qui explique pourquoi il se conserve si longtemps avec toute son activité.
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contraire, un demi-centimètre cube suffit pour amener la mort; mais, si l’on n’injecte que de petites doses, graduellement croissantes, on peut obtenir la cicatrisation de l’ulcère tuberculeux du point d’inoculation et un retard notable dans l’évolution des lésions viscérales ; c’est ce qui avait fait croire à la possibilité de la guérison.
Le cobaye, dont l’organisme est si favorable à la culture du bacille tuberculeux, supporte des doses considérables des produits que ce bacille sécrète. Il en est de même pour les bovidés tuberculeux; il est extrêmement rare d’observer chez eux, à la suite d’injections réitérées de hautes doses de tuberculine, une aggravation notable des lésions dont ils sont porteurs. Au contraire l’homme, qui constitue un assez mauvais milieu de culture pour le bacille, présente une extrême sensibilité à ses produits de sécrétion. Tandis que le cobaye sain résiste bien à la dose de deux centimètres cubes, 1/20° de centimètre cube provoque déjà chez l'homme sain des troubles sérieux; chez l’homme tuberculeux, il suffit de quelques milligrammes pour donner naissance à une hyperthermie constante, accompagnée d’accidents inquiétants et parfois mortels.
La tuberculine exerce une action spéciale sur les lésions tuberculeuses ; il survient, au voisinage immédiat de la lésion, une inflammation intense, avec exsudation, puis infiltration leucocytaire abondante; le foyer tuberculeux peut être ainsi isolé, délimité, et comme expulsé du tissu où il s’était développé. Pour les lésions cutanées, cette action est parfois avantageuse; elle est plutôt fâcheuse pour les lésions viscérales, dont l’élimination n’est pas possible et qui deviennent le centre de nouvelles productions tuberculeuses ou le point de départ d’une généralisation prompte-
ment mortelle.
Les nombreuses recherches faites en vue d’appliquer les injections de tuberculine au diagnostic de la tuberculose des bovidés, en France par Nocard, à l’étranger par Bang, Lydtin, Schuetz, Johne et Siedamgrotzky,... permettent de formuler les propositions suivantes :
1. La tuberculine possède , à i égard des bovidés tuberculeux , une action spécifique incontestable , se traduisant surtout par une notable élévation de la température ;
2. L injection d'une forte dose (30 à 40 centigrammes , suivant la taille des sujets) provoque ordinairement , chez les tuberculeux.
3. La même dose, injectée à des bovidés non tuberculeux, ne provoque aucune réaction fébrile appréciable ;
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4. La réaction fébrile apparaît le plus souvent entre la douzième et la quinzième heure après 1 injection, quelquefois dès la neuvième heure, très rarement après la dix-h ailième ; elle dure toujours plusieurs heures;
5. La durée et l'intensité de la réaction ne sont nullement en rapport avec le nombre et la gravité des lésions ; il semble même que la réaction soit plus nette dans les cas où, la lésion étant très limitée, l'animal a conservé les apparences delà santé ;
6. Chez les sujets 1res tuberculeux, phtisiques au sens propre du mot, chez ceux surtout qui sont fiévreux, la réaction peut être faible ou même absolument nulle.
11 est prudent de prendre la température des animaux, matin et soir, pendant plusieurs jours avant l’injection. Sous 1 influence d’un malaise passager, d’un état pathologique peu grave (troubles de la digestion ou de la gestation, chaleurs, etc.), quelques animaux présentent des oscillations étendues de la température exposant à une erreur; dans ce cas, il convient d’ajourner l’opération. On doit éviter de pratiquer l’inoculation chez les animaux entretenus dans les pâturages : les variations atmosphériques (pluie, vent, brouillard, soleil) provoquent encore des variations thermiques ; les sujets éprouvés devront être rentrés à l'étable 24 heures au moins avant l’injection.
Chez quelques tuberculeux, non fiévreux, la réaction consécutive à l’injection de la tuberculine ne dépasse guère 1° ; néanmoins, l’expérience démontrant que, chez les animaux parfaitement sains, la température peut subir des variations atteignant 1° et plus, on devra ne considérer comme ayant une valeur diagnostique réelle que les réactions supérieures à 1°,4 ; l’élévation de température inférieure à 8 dixièmes de degré n’a aucune signification ; toute béte dont la température subit une élévation comprise entre 0°,8 et 1°,4 sera considérée comme suspecte et devra être soumise, après un délai d’un mois environ, à une nouvelle injection d’une dose plus forte de tuberculine.
Technique de V inoculation. — La tuberculine est fournie, diluée et prête à être employée, par l’Institut Pasteur de Paris. L’inoculation est faite avec une seringue de Pravaz stérilisable, à piston gradué par centimètres cubes, contenant 5, 10 ou 20 c. c. de liquide. L’injection est pratiquée dans le tissu conjonctif sous-cutané, vers la partie moyenne de l’encolure ou en arrière de l’épaule. La dose est, pour les bovidés adultes, de trois à cinq centimètres cubes de tuberculine diluée, suivant la taille. Pour les veaux, la dose varie entre un et deux centimètres cubes.
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En règle générale, il convient de pratiquer l’inoculation le soir, vers six heures ; on dispose de toute la journée du lendemain pour observer l’animal. Le mieux serait de prendre la température toutes les 2 heures, depuis la dixième jusqu’à la vingtième heure après l’injection; mais on peut se contenter de la prendre quatre fois : à 6 heures et à 9 heures du matin, à midi et à 3 heures du soir, — c’est-à-dire, 12, 15, 18 et 21 heures après l’injection.
La réaction diagnostique esl mesurée par la différence qui existe entre la température initiale et la plus haute température qui a été relevée le lendemain de l’injection. Si cette différence atteint ou dépasse 1°,5, l’animal est certainement tuberculeux. On peut encore conclure à la tuberculose, même si l'hyperthermie est inférieure à 1°,5, quand, à deux prises successives, la température s’est maintenue à 40° ou au-dessus, pour les animaux adultes, — à 40°, 5 ou au-dessus, pour les animaux jeunes.
Si les deux premières températures relevées, ou la 2° et la 3e, accusent une hyperthermie suffisante pour conclure, il est inutile de continuer l’épreuve.
On doit éviter de faire boire les animaux éprouvés dans l’heure qui précède chaque prise de température ; l’ingestion d’une grande quantité d’eau froide peut abaisser, d’une façon notable, la température centrale.
Des expériences directes et des faits d’observation recueillis par milliers montrent que les injections de tuberculine n’ont aucune influence fâcheuse. La lactation et la gestation ne sont nullement troublées. Chez les animaux sains, l’inoculation laisse l'organisme indifférent; elle ne provoque chez les tuberculeux que des accidents sans gravité (V. Prophylaxie).
Le degré de certitude des indications fournies peut être nettement précisé. La constatation d'une réaction nette à la tuberculine est univoque ; l'animal est tuberculeux.. Les prétendues erreurs imputées à la méthode sont expliquées par l’extrême sensibilité du réactif, capable de dénoncer la lésion la plus minime. Il faut souvent des recherches prolongées et minutieuses, dans la profondeur de tous les tissus, pour découvrir les quelques foyers miliaires dont la présence a été décelée. La réaction est absolument spécifique ; alors qu’elle est constatée chez des animaux porteurs de lésions d’un autre ordre (actinomycose, échinococcose, bronchite vermineuse, distomatose...), on peut affirmer qu’il existe, en outre de ces altérations bruyantes, un foyer tuberculeux qui, seul, a provoqué la réaction.
Le défaut de réaction n implique pas nécessairement l'absence de la tuberculose. Les défaillances de la tuberculine sont tout à fait exceptionnelles ; elles sont relevées, le plus souvent, chez des
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malades affectés d'une tuberculose très avancée, accusée par des signes extérieurs manifestes. Parfois aussi on trouve, à l’autopsie d’animaux qui n’ont pas réagi, des lésions minimes, fibreuses ou calcifiées au point que l’on est tenté de les croire guéries ; stériles ou non, ces lésions n’ont aucune tendance à s’accroître et elles sont peu dangereuses au point de vue de la contagion.
Il arrive qu’une première injection de tuberculine confère, à certains bovidés tuberculeux, une véritable accoutumance, en sorte qu’ils ne réagissent plus à une nouvelle épreuve. Cette accoutumance n’est pas durable ; après un mois, il est rare que ces animaux ne réagissent pas à nouveau; les exceptions ne s’appliquent qu'à des bôtes légèrement atteintes, dont les lésions peu étendues et déjà enkystées sont en voie de guérison, sinon complètement guéries.
b) Mouton et chèvre. — En raison de son extrême rareté, la tuberculose n’est jamais soupçonnée. Les accidents dominants, toux et cachexie, sont rapportés systématiquement à la bronchopneumonie vermineuse.
L’examen microbiologique du jetage permettrait souvent un diagnostic précis. La tuberculine peut être employée, à la dose de 5-10 centigrammes (1/2 à 1 c. c. de la dilution au dixième).
c) Cheval. — I. Diagnostic clinique. — La tuberculose sera soupçonnée lors d’affaiblissement persistant et progressif, coïncidant avec la polyurie. Le diagnostic clinique sera précisé par la constatation de troubles d’origine respiratoire, comme l'essoufflement, la toux, le jetage,... et par les résultats de l'exploration du poumon. Lors de tuberculose abdominale, l’exploration rectale donnera d’utiles indications ; la constatation d’une tumeur ganglionnaire sous-lombaire limite étroitement le diagnostic.
Quelques affections seulement simulent la tuberculose. La polyurie simple est accompagnée d’anémie, d'amaigrissement et d’essoufflement; mais ces symptômes persistent pendant quinze jours ou un mois au plus et la guérison est complète en quelques semaines. La pneumonie interstitielle, accompagnée de bronchite chronique et d’emphysème, a une évolution lente; les symptômes généraux sont peu marqués ou nuis. Les tumeurs malignes simulent de plus près la tuberculose ; lors d’évolution rapide, la différenciation clinique est incertaine.
II. Diagnostic expérimental. — La récolte de produits virulents, pour X examen direct ou X inoculation, est rarement possible ; le jetage, nul ou peu abondant, ne se montre virulent que par intermit-
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tences. L’extirpation des ganglions superficiels est parfois indiquée; lors d’épanchement pleurétique, la thoracentèse fournit un liquide dont la virulence est décelée par l’inoculation dans le péritoine du cobaye (4-6 c. c.).
La tuberculine donne des indications précises. On injecte, sous la peau de l’encolure, 3 à 4 centimètres cubes de tuberculine diluée.
d) Porc. — La tuberculose du porc est exceptionnellement soupçonnée ; les accidents constatés sont rapportés au rachitisme ou à des formes chroniques du rouget et de la pneumo-enièrite. Dans les élevages industriels, plus particulièrement exposés, la maladie serait plus facilement reconnue. La tuberculose ganglionnaire seule est exprimée par des signes diagnostiques évidents.
L’examen direct de certains produits (jetage, pulpe d’un ganglion extirpé, suppurations diverses) donne des indications immédiates; l’inoculation des mêmes produits au cobaye est utilisable en diverses circonstances. Enfin, l’injection de un à deux centimètres cubes de tuberculine diluée provoque, comme chez les autres espèces, une réaction caractéristique.
e) Chien et chat. — I. Diagnostic clinique. — L’état cachectique et l’émaciation musculaire donnent au malade un aspect misérable et un faciès spécial qui font soupçonner aussitôt, chez les adultes, la présence de tumeurs malignes. Certaines tumeurs généralisées (carcinome, sarcome, épithéliome...) simulent les formes habituelles de la tuberculose. Chez les jeunes chiens, les bronchopneumonies consécutives à la maladie du jeune âge provoquent des symptômes analogues à ceux de la localisation pulmonaire.
La tuberculose cérébrale au début peut faire soupçonner la rage ou, chez les jeunes sujets, une localisation cérébrale de la maladie. La différenciation est assurée, en ce qui concerne la rage, après quelques jours d’observation.
IL Diagnostic expérimental. — On a recours à l'examen direct du jetage ou de certains produits (pus, exsudais des séreuses) ou à l’inoculation des mêmes matières.
La tuberculine, sans donner des indications certaines, fournit souvent des renseignements suffisants pour confirmer la suspicion. On injecte, suivant la taille des sujets, 1/2 à 1 centimètre cube de la tuberculine diluée. La réaction obtenue est de 1-2 degrés.
f) Oiseaux. — Le diagnostic est facilité par le caractère épizootique des accidents. L’amaigrissement, la pâleur des muqueuses, la diarrhée permettent de reconnaître à peu près sûrement l’in-
DIAGNOSTIC
feclion. La boiterie, qui se montre assez souvent dès les premières périodes, confirme le diagnostic.
La tuberculose est différenciée des formes abdominales de la diphtérie par la présence, dans cette dernière affection, d’altérations spécifiques des muqueuses apparentes (V. Diphtérie aviaire). Les formes chroniques du choléra des poules provoquent encore des symptômes comparables et la différenciation clinique est difficile (V. Choléra des poules). Les entérites diarrhéiques ont une évolution habituellement plus rapide que la tuberculose; l’autopsie de quelques animaux permet de préciser la nature des accidents.
§ '2. — Diagnostic sut* le cadavre.
a) Bovidés. — I. Diagnostic clinique. — Dans la plupart des cas, la nature des lésions est reconnue avec certitude après un rapide examen. 11 en est ainsi lors de tuberculose pulmonaire avancée ou de tuberculose étendue des séreuses. La coexistence des altérations sur les parenchymes et sur les séreuses facilite encore le diagnostic.
Habituellement très lente dans son évolution, l’infection tuberculeuse est indiquée, chez nombre de sujets, par des lésions difficiles à déceler pendant les premières périodes. Des animaux de boucherie, sacrifiés en bon état d’engraissement, ne présenteront que quelques petits foyers caséeux, du diamètre d’une tête d’épingle ou d une lentille, dans les ganglions bronchiques ou mésentériques. Ostertag a montré combien ces tuberculoses muettes sont fréquentes. En d’autres cas, les lésions ganglionnaires initiales seront cicatrisées ou méconnaissables et quelque localisation erratique sera seule appréciable, enfouie profondément dans une région éloignée. La moelle des os, le canal rachidien, les ganglions périphériques, le tissu conjonctif sous-cutané, les centres nerveux,... sont le siège possible de localisations insoupçonnées.
Il est donc difficile, d’une façon générale, d’affirmer l inexislence de la tuberculose sur un cadavre ; en tous cas, cette affirmation n’est possible qu’après une dissection minutieuse de toutes les régions. Le simple examen des viscères et des surfaces explorables, tel qu’il est possible sur les animaux « habillés » pour la boucherie, même alors que des coupes supplémentaires ont été pratiquées, ne donne jamais que des probabilités.
Les indications du diagnostic différentiel varient suivant les tissus considérés. Un caractère commun à presque toutes les localisations consiste en une infiltration rapide de sels calcaires.
Nocard et Leclainche. — 2e édit. 39
TUBERCULOSE
Poumon. — La tuberculose du poumon n’est simulée que d'assez loin par quelques affections. Les èchinocoques anciens se présentent sous la forme de masses arrondies, d’apparence kystique, renfermant une matière épaisse, jaunâtre, dans laquelle on distingue, pendant quelque temps, des débris membraneux que l’on met en évidence en délayant le contenu du kyste dans un peu d’eau. L'absence de tubercules vrais dans le voisinage et de lésions ganglionnaires, la présence d’hydatides ayant conservé leurs caractères assurent la distinction. Les kystes à distonies sont facilement reconnus ; toujours en petit nombre (un à dix), ils renferment un liquide sirupeux, de teinte foncée, ou une substance caséeuse de couleur jaunâtre. L 'actinomycose du poumon se présente parfois sous la forme de tumeurs délimitées, constituées par une néoformation fibreuse abondante, creusée de petits foyers renfermant une matière épaisse, mêlée de grains jaunâtres. La pneumonie aspergillaire est reconnue, sur les coupes, par la présence de cavités tapissées d’un gazon mycélien de teinte verdâtre.
En la plupart des cas, on rencontre en quelques points de l’organe une éruption de tubercules jeunes, avec leurs caractères classiques; sous cette forme, la lésion ne peut être confondue avec aucune autre (1).
Séreuses. — La tuberculose des séreuses ne peut être confondue qu’avec des tumeurs , notamment avec les épithéliomes ; il est à noter que ceux-ci restent aplatis et adhérents par toute leur surface, au contraire des masses tuberculeuses qui se pédiculisent; d’autre part, les tumeurs ne subissent jamais la calcification.
Viscères abdominaux . — La coexistence d’ulcérations intestinales et de lésions caséeuses des ganglions du bord concave ou mésentériques est pathognomonique. Dans le foie, les èchinocoques sont dénoncés par leur aspect kystique et, plus tard, par la persistance de débris membraneux provenant des hydatides. Les tubercules de la rate sont reconnus sans difficulté.
L’envahissement de la cavité abdominale par certaines tumeurs (carcinome, sarcome, épithéliome) est différencié de l’infection tuberculeuse par l’aspect homogène des surfaces de coupe et par l’absence de calcification.
(1) Nuvoletti, de Parme, trouve dans les poumons des veaux de lait des nodules de dimensions diverses, pourvus d’un centre caséeux; il existe en outre des foyers disséminés d’hépatisation, avec infiltration périlobulaire. On rencontre une bactérie considérée comme spécifique (?).
Nuvoletti. Pseudo-tubercolosi microbica nei vilelli latlanti. Gioru.dimed. veter. pratica, 181)4, p. 101.
DIAGNOSTIC
Mamelle. — Lors d’envahissement récent, la présence des granulations miliaires, appréciables sur la coupe de 1 organe, assure un diagnostic immédiat. Dans les vieilles lésions, la constatation de foyers caséeux ou calcaires au sein de tissu fibreux néoformé ne peut être rapportée qu’à la tuberculose ou à l’actinomycose. La coexistence de localisations viscérales, habituelle dans la tuberculose, facilite la distinction.
IL Diagnostic bactériologique. — En nombre de circonstances, le diagnostic clinique peut être contrôlé par un examen bactériologique extemporané. On doit être prévenu cependant qu au niveau des lésions anciennes, dans les foyers caséeux ou calcaires, les bacilles sont rares et difficiles à mettre en évidence. Si 1 on examine des produits de raclage, ceux-ci doivent être triturés longuement avant que d’être examinés.
L’inoculation donne des indications beaucoup plus certaines. Il est possible de recueillir des produits purs qui sont inoculés dans le péritoine du cobaye.
b) Mouton et chèvre. — La tuberculose est souvent méconnue chez les petits ruminants. Les lésions du poumon sont rattachées, après un examen sommaire, à la broncho-pneumonie vermineuse . Le diagnostic serait assuré par l’examen du produit de raclage, à un faible grossissement. Certaines tumeurs, développées dans le poumon et dans les viscères abdominaux, ressemblent encore à la tuberculose; toutefois la dégénérescence caséeuse fait ici défaut et la forme des foyers est irrégulière (1).
Le diagnostic doit être contrôlé par l'examen bactériologique; les bacilles sont faciles à mettre en évidence.
c) Cheval. — Les altérations pulmonaires sont parfois difliciles à classer sûrement. On trouve ainsi de petits nodules disséminés qui ressemblent beaucoup au tubercule de la morve ; cependant, la coupe est généralement homogène et l’on ne constate pas de détritus caséeux central. Sous la forme de noyaux volumineux (tubercules fibreux) ou d’infiltration diffuse, la tuberculose rappelle
(1) Preisz et Guinard, Morey ont étudié une pseudo-tuberculose du mouton; les lésions siègent dans les gauglions (prépectoraux, précruraux...), dans le rein, le foie, le poumon, sur les séreuses... Elles sont constituées par des masses fibreuses, arrondies, isolées ou confluentes, renfermant une substance caséeuse. L’infection est due à un bacille très court, polymorphe, colorable par la méthode de Gram et non par celle d'Ehrlich, pathogène pour le lapin et pour le cobaye. Turski retrouve les lésions chez quatorze brebis provenant d’un même troupeau.
Preisz et Goinard. P seudo- tuberculose chez le mouton. Journal de méd. vét. 1891, p. 5G3. — Goinard et Morey. Id. Société de biologie, 1893, p. 893. — Turski. Ein Fa/l seuchenhaften Auftretens von Pseudotuberkulosc hei Schafen. Zeitschr. fur Fleisch-und Milchhygiene, t. VII, 1897, p. 178.
TUBERCULOSE
l’aspect de certaines tumeurs (fibromes, sarcomes). L’envahissement des organes abdominaux (ganglions, rate, intestin...) ne peut être confondu qu’avec la lymphadènie ; la constatation de foyers caséeux sur les coupes suffit pour éliminer celle-ci.
Le diagnostic bactériologique n’est pas assuré avec certitude, certaines lésions se montrant pauvres en bacilles. L’inoculation des produits de raclage dans le péritoine du cobaye donne des résultats plus probants.
cl) Porc. — Les lésions tuberculeuses doivent être différenciées surtout des accidents chroniques de la pneumo-entèrite. Lors d’éruption aiguë ou subaiguë sur le poumon, les tubercules sont reconnus d’emblée ; il existe d’ailleurs des altérations de même ordre en d’autres régions. Les accidents chroniques du poumon diffèrent par quelques points de ceux de la pneumo-entérite (1) ; dans celle-ci, les foyers restent caséeux et ils sont entourés d’une capsule résistante, formée de tissu fibreux; la plèvre est épaissie; on ne trouve pas de foyers caséeux dans les ganglions bronchiques. D’autre part, les conglomérats tuberculeux subissent assez vite la calcification et l’on voit presque toujours des tubercules jeunes dans le voisinage. Les altérations de l’intestin ont un aspect assez différent de celles de la pneumo-entérite ; elles coexistent toujours avec des localisations sur d’autres viscères. Galli-Valerio, Terni... (2) ont observé des pseudo-tuberculoses microbiennes, caractérisées par la présence de nodules calcifiés sur le péritoine et dans le mésentère ou dans les poumons et dans le foie.
L’épreuve bactériologique ou l’inoculation assurent le diagnostic dans les cas douteux.
e) Chien et chat. — Les tuberculoses étendues ne pourront être confondues qu’avec les tumeurs généralisées; les formations tuberculeuses ont un aspect particulier et elles envahissent en même temps des tissus différents. La localisation pulmonaire diffère de la broncho-pneumonie par la présence ordinaire de tubercules isolés ou de conglomérats peu étendus et par la présence de nodosités sur les plèvres. La strongylose du poumon simule de plus près la tuberculose; toutefois les tubercules évoluent isolément; l’on ne constate pas de foyers de dégénérescence étendus et les ganglions restent indemnes.
(1) OsTEnTAG. Handbuch der Fleischbeschau , p. 458. — Olt. Tuberkulose und Schweineseuche. Zeitschr. fur Fleisch-und Milchhyg., t. V, 1894, p. 6.
(2) Galli-Valekio. Pseudotubercolon del maiale. Giorn. délia R. Soc. ed Accad. veterin. italiana, 1896, p. 86. — Terni. Id. L’ufficiale sanitario, 1896, p. 159. — Deleidi. Nota intorno ad una forma di pseudo-iubercolosi in un fegato di maiale. Clinica veterin., 1896, p. 555.
ÉTIOLOGIE.
Dans presque tous les cas, il est facile de retrouver le bacille de Koch dans les produits obtenus par le raclage des lésions. Au niveau des accidents chroniques et très limités, il est cependant difficile de rencontrer les rares microbes autrement que sur les coupes des tissus.
f) Oiseaux. — Les lésions viscérales ont étélongtemps coniondues avec celles de la diphtérie ; l’envahissement du foie et de la rate est dû toujours à la tuberculose; les accidents diphtéritiques de l’intestin, constitués par des fausses membranes stratifiées, diffèrent complètement des ulcérations dues au bacille de Koch. Dans le foie, des foyers caséeux sont rencontrés dans le choléra des poules à évolution aiguë ou subaiguë; le diagnostic, soupçonné d’après la localisation exclusive, n’est assuré que par la recherche des microbes. L’envahissement des parties terminales de l’intestin grêle par le Tænia bothrioplitis (Piana) provoque, chez la poule, la formation de boutons arrondis, de couleur jaune ; les vers, aplatis, sont fixés au niveau de petites dépressions ulcéreuses ; les gros nodules renferment une masse nécrosée homogène, de teinte gris jaune; les plus petits contiennent une gouttelette d’apparence purulente. Les vers sont reconnus directement, après dilution du mucus dans l’eau ; il n’existe pas de lésions du foie et de la rate (1).
Les néoformations cutanées appartiennent presque toujours à la tuberculose ; elles seront distinguées des tumeurs diphtériques , développées sur les muqueuses (bouche, conjonctive) et constituées, par un exsudât fibrineux friable. (V. Diphtérie aviaire.)
Étiologie et Pathogénie.
Matières virulentes. — Dans la très grande majorité des cas, la tuberculose reste, jusque dans ses dernières périodes, une maladie locale.
La virulence du sang des tuberculeux est constatée seulement à certains moments et chez quelques malades; il est certain que le virus ne cultive pas dans ce milieu et que la voie sanguine ne sert qu’à transporter momentanément les bacilles (V. Pathogénie). L'infection du sang est rendue facile, lors de tuberculose généralisée, alors qu’il existe des foyers ramollis en divers points. On s’explique que la virulence soit plutôt constatée chez certaines espèces que chez d’autres, en raison de la constitution anatomique
(1) V. A. Moore. .4 nodular Teniasis in fowls. The veterinary Magazine, 1895, p. 549.
TUBERCULOSE
différente des lésions. Chez les bovidés, le sang renferme exceptionnellement les bacilles (1). Galtier obtient deux résultats positifs et neuf négatifs par l’inoculation. Bang expérimente avec le sang de vingt vaches « extrêmement tuberculeuses », dont plusieurs affectées de tuberculose miliaire aiguë ; deux fois seulement le résultat est positif (dans un cas, l’animal était affecté de tuberculose aiguë ; dans les deux, la virulence était peu marquée, car l’un seulement des deux lapins inoculés était contaminé). Mac Fadyean ne peut réaliser l’infection dans deux cas de tuberculose généralisée ; Bollinger et Hagemann ont un résultat positif sur dix tentatives ; Nocard n’a que des résultats négatifs. Chez le lapin, affecté de tuberculose expérimentale généralisée, Leclainche ne constate jamais la virulence en injectant, dans le péritoine du cobaye, la presque totalité du sang; le liquide est recueilli purement dans le cœur, sur l’animal encore vivant. La virulence paraît être moins rare chez l’homme; cependant nombre d’expérimentateurs n’ont eu que des résultats négatifs.
La virulence du sang est donc exceptionnelle; on ne saurait en déterminer exactement la fréquence et les conditions.
Toutes les lésions spécifiques renferment le bacille de Koch, toutes sont virulentes pendant un temps plus ou moins long. En nombre de foyers enkystés et dégénérés, les bacilles perdent peu à peu leur vitalité ; ils deviennent granuleux, prennent difficilement les colorants et leur inoculation reste parfois stérile.
Les produits souillés par l’ouverture des foyers tuberculeux ou par le simple contact de surfaces infectées sont plus ou moins virulents, suivant le nombre des bacilles déversés et le degré de la dilution. Les suppurations tuberculeuses (catarrhe de l’utérus, fistules, abcès...) sont ordinairement riches en microbes. Le jetage est souillé par l’ouverture de cavernes dans les bronches, par la communication des canaux avec des foyers de suppuration, par les exsudats des ulcérations de la trachée et du larynx; toutefois sa virulence est loin d’être constante, même à une période avancée. Le mucus pharyngien est virulent dans les deux tiers des cas (Greffier) chez les bovidés affectés de tuberculose du poumon. La salive n’est rendue virulente que par son mélange, dans l’arrière-bouche, avec des mucosités provenant du larynx ou du pharynx. Le contenu intestinal des bovidés renferme presque toujours des bacilles que l'on retrouve assez facilement dans
(1) Leclainche. La virulence des viandes tuberculeuses. Revue de la tuberculose, 1890, p. 133 (avec bibliographie).
ÉTIOLOGIE.
les déjections (Gafïky). L urine est trouvée virulente, chez toutes les espèces, à la suite de lésions tuberculeuses ramollies dans le rein ou dans la vessie.
Le lait des vaches tuberculeuses est parfois virulent et de nombreux résultats expérimentaux établissent sa nocuité. Gerlach (1869), Ivlebs (1873), Bollinger (1879) démontrent les premiers l’infectiosité du lait, à la suite de l’ingestion ou de l’inoculation. Les récentes recherches de Peuch, Bang, Nocard, Galtier, Hirschberger, Ernst,., permettent de préciser les conditions delà virulence; c’est seulement alors qu’il existe des lésions spécifiques de la mamelle que le lait renferme des bacilles ; toutefois, lors d’envahissement rapide de la glande, les microbes sont abondants dans le liquide alors qu’il n’existe encore que des altérations limitées, difficilement appréciables par l’examen direct. Pour celte raison, le lait des femelles tuberculeuses, non virulent dans la très grande majorité des cas, est toujours suspect. (V. Transmission à l'homme.)
Le sperme est contaminé par des foyers ramollis du testicule, par des ulcérations de la prostate ou des vésicules séminales. Chez le cobaye inoculé dans le testicule, Gaertner trouve le sperme virulent dans la moitié des cas ; la présence des bacilles est constatée dans cinq cas, sur trente-deux observations, chez des cobayes affectés de tuberculose généralisée (1).
Les divers parenchymes ne possèdent que momentanément la virulence, alors que des bacilles ont été déversés dans la grande circulation ; dans les points où ils ne provoquent pas une édifica tion tuberculeuse, ils sont détruits plus ou moins rapidement, au niveau des endothéliums capillaires. (V. Pathogènie .) Les mnscles ne sont presque jamais virulents; quelle que soit la forme de l’évolution, les bacilles sont toujours assez rares pour que leur présence ne puisse être décelée par les modes les plus sévères de l'inoculation aux réactifs animaux les plus sensibles. (V. Transmission à l'homme.) Les œufs provenant de poules tuberculeuses pourraient renfermer des bacilles. Artault, de Vevey (2), a obtenu deux fois l’infection du lapin par l'inoculation du contenu d’œufs « louches et hémorragiques », d’origine inconnue.
(1) Chez l'homme, Jiick (Archiv fur path. Anat., t. CXLII, 1895) trouve le sperme virulent trois fois, sur cinq cas de tuberculose généralisée. Dans deux cas, le sperme est virulent alors que le suc testiculaire ne renferme aucun bacille.
Voir sur ce sujet la revue de Haiin : Tuberculose congénitale et tuberculose hércditah'e. Revue de la tuberculose, 1895, p. 41.
(2) Artault, de Vevey. Tuberculose provoquée par les injections de contenu d’œufs de poule. C. II. Soc. de biologie, 1895, p. 683.
TUBERCULOSE
Réceptivité. — Il existe des différences considérables dans la susceptibilité des organismes, suivant les espèces et les individus considérés, et la notion de la réceptivité domine toute l’étiologie de la tuberculose.
a) L’aptitude des organismes est fonction à la fois de la résistance des tissus à l’envahissementet delà qualité du parasite envahisseur. Cette dernière considération intervient puissamment lors de transmission d'une espèce à une autre et la question de la réceptivité d’une espèce donnée doit être examinée à l’égard des bacilles de diverses provenances. (V. Unicité ou multiplicité des types.)
Les bovidés sont facilement infectés; si l’évolution est lente généralement, la contamination naturelle s’exerce avec une certitude presque absolue lors de cohabitation prolongée; l’infection expérimentale est sûrement réalisée par divers procédés, avec les bacilles provenant des bovidés ou de l’homme. Le cheval est beaucoup moins apte à l’évolution tuberculeuse; la contagion naturelle est exceptionnelle ; l’animal résiste à divers modes de l’inoculation et il cicatrise des lésions étendues. L’observation et l’expérimentation montrent que le cheval est également sensible à l’action des bacilles d'origine bovine, humaine ou aviaire. La tuberculose n'est pas signalée chez le mulet-, on n’en a observé qu’un seul cas chez Y âne (Blanc) ces animaux ne possèdent donc pas l’immunité et la contamination expérimentale (Chauveau, Kitt, Johne) peut être obtenue.
Le porc possède une aptitude spécifique considérable. Il est plus facilement infecté que les herbivores par les divers modes de la transmission et il présente souvent des lésions généralisées. L’observation démontre la certitude de l’infection par les microbes provenant du porc ou des bovidés.
Le chien et le chat viennent à peu près sur la même ligne que le cheval, quant à leur réceptivité. L’infection est observée chez eux à la suite d’une inoculation à dose massive ou sous l'influence de causes prédisposantes individuelles. De nombreux faits démontrent la facilité de la transmission de l’homme au chien ; de même le chien est tué par les inoculations intra-veineuses ou intra-péritonéales du bacille d’origine humaine. 11 résiste au contraire, dans les mêmes conditions, au bacille aviaire.
Le mouton et la chèvre sont rarement affectés et l’infection expérimentale est difficilement réalisée. Des faits d’observation montrent cependant que la contagion accidentelle s’opère des bovidés à la chèvre (Nocard) et qu elle s’exerce volontiers de la chèvre à la chèvre (Moussu).
ÉTIOLOGIE.
Le singe est extrêmement sensible au bacille humain. Exposés à de nombreuses chances de contamination, les singes conservés en captivité dans les jardins zoologiques sont fréquemment tuberculeux (Dieulafoy et Krishaber). Par contre, ces animaux résistent à des inoculations répétées du bacille aviaire (Ch. Richet).
Nombre de petites espèces sont facilement infectées par le bacille de Koch. Le cobaye est des plus sensibles à l’action du virus provenant des mammifères, introduit par quelque voie que ce soit; il succombe en 30-60 jours en moyenne, avec des lésions généralisées. Le cobaye est bien plus résistant à l'inoculation du bacille d’origine aviaire. Chez le lapin, la réceptivité à l’égard du virus humain est variable, mais toujours très inférieure à celle du cobaye. Au contraire, le lapin succombe rapidement à l’inoculation de la tuberculose aviaire. Le rat et la souris sont facilement infectés par inoculation; les rats sont contaminés accidentellement par l’ingestion de matières virulentes provenant des personnes (hôpitaux) ou des animaux (abattoirs, clos d’équarrissage) tuberculeux. Chez le spermophile (Spermophilus guttatus), l’inoculation sous-cutanée ou intra-péritonéale ne tue qu’après plusieurs semaines ou plusieurs mois; les animaux présentent dans les divers organes des tubercules visibles seulement au microscope (Metchnikoff).
Toutes les espèces d’oiseaux paraissent aptes à l’évolution de la tuberculose. Parmi les espècesde basse-cour, les poulese lies faisans sont surtout affectés; viennent ensuite les pigeons, les pintades, les oies , les canards, les cygnes... Les oiseaux de volière sont aussi frappés; les canaris sont extrêmement sensibles; tout un élevage est décimé ou détruit en quelques semaines. D’une façon générale, les oiseaux se montrent résistants à l'infection par les bacilles provenant des mammifères; toutefois leur immunité est loin d’être absolue et les conditions, mal déterminées, de la réceptivité sont accidentellement réalisées en nombre de circonstances. L'aptitude des oiseaux à l'infection par le bacille des mammifères est d’ailleurs variable suivant l’espèce considérée; le perroquet prend facilement la tuberculose d’origine humaine, à la suite d’une contamination expérimentale ou accidentelle (Cadiot, Gilbert et Roger).
La culture du bacille de Koch est possible chez quelques animaux à sang froid. On trouve des lésions tuberculeuses sur la couleuvre à collier (Sibley), le python et le boa (Gibbes et Schurlv). La grenouille et le triton cultivent le microbe (Despeignes) et notamment le bacille aviaire (Dubar, Rataillon et Terre). La carpe
TUBERCULOSE
serait infectée par l’ingestion des viscères provenant de cobayes tuberculeux (?) (Dubar, Bataillon et Terre).
6) La considération de la race des animaux, qui semble importante à première vue, est difficile à discerner en raison des conditions diverses qui interviennent simultanément. Pour les bovidés, les conditions d’entretien des sujets et le croisement avec des races améliorées a surtout pour effet de multiplier les chances de la contagion. (V. Modes de la contagion.)
c) Parmi les circonstances individuelles qui influent sur la réceptivité, celle de Y âge est assez nette. D’une façon générale, les animaux jeunes sont plus sensibles que les adultes à l’action d’un même virus. Toutes les causes capables de diminuer la résistance de l’organisme favorisent encore la pullulation du bacille; tels, le travail excessif, une alimentation insuffisante, la lactation prolongée... Une maladie coexistante agit dans le même sens, soit en permettant l’infection d’espèces très résistantes, soit en déterminant la généralisation de lésions discrètes et en voie de cicatrisation. Nocard rapporte l’histoire d’une chèvre inoculée dans les veines sans présenter aucun symptôme ultérieur ; après deux années, elle est atteinte d’une gale généralisée qui cause une débilitation profonde; la tuberculose se réveille sous cette influence et des lésions viscérales formidables évoluent.
Des conditions tout accidentelles et passagères facilitent la contamination. Les catarrhes des voies respiratoires, peut-être aussi les inflammations chroniques de l’intestin, favorisent la pénétration des bacilles. Johne, Pfeifer,... ont montré que les bovidés entretenus dans le voisinage des hauts fourneaux, exposés à l'inhalation de fumées et de particules minérales qui irritent la muqueuse respiratoire, sont fréquemment infectés par la tuberculose.
d) Le rôle de Y hérédité a été surtout étudié chez les bovidés. Des constatations nombreuses montrent que le passage du bacille de la mère au fœtus est possible, mais qu’il s’opère exceptionnellement. La tuberculose des fœtus n’a jamais été signalée chez les autres espèces. (V. Pathogénie.) Les recherches de Nocard et de Bang établissent que les veaux nés de parents tuberculeux sont reconnus sains, par l’épreuve de la tuberculine, dans au moins 95 p. 100 des cas; elles montrent que les jeunes restent sûrement indemnes s’ils sont placés en dehors des milieux infectés. Il semble que la mère tuberculeuse transmette à ses produits une prédisposition, une aptitude plus grande à contracter la maladie. « La tuberculose héréditaire, dit B. Koch, trouve son explication la plus
ÉTIOLOGIE.
naturelle si l’on admet que ce n'est pas le germe infectieux qui se transmet, mais certaines particularités qui favorisent le développement du germe mis plustard au contact du corps. » La transmission héréditaire, en dehors des quelques rares exemples d’infection intrautérine, n’a donc rien de fatal et l’on peut toujours neutraliser les effets de l’influence fâcheuse des géniteurs.
Modes de la contagion. — La transmission de la tuberculose ne s’effectue pas avec une telle facilité qu’il y ait à redouter les modes éloignés de l’infection observés pour certaines maladies virulentes. Dans l’immense majorité des cas, et pour toutes les espèces, la contagion s’opère par une cohabitation intime et prolongée des sujets sains avec des sujets infectés.
I. Bovidés. — Ce mode apparaît évident pour la tuberculose des bovidés, et l’on conçoit que la stabulation facilite de beaucoup l’infection, par la promiscuité permanente et par la multiplicité des contacts. C’est presque toujours par l'introduction d’un animal malade que la tuberculose est importée dans une étable. Dans ce cas encore, les conditions de la contagion ne sont pas sûrement réalisées ; des animaux tuberculeux resteront peu ou pas dangereux pendant un long temps ou indéfiniment; un sujet affecté de tuberculose des séreuses sera tout à fait inoffensif ; de même des altérations viscérales étendues pourront ne provoquer aucune excrétion virulente. Les recherches de Cadéac et Bournay (1) montrent qu’à la suite d’une ingestion de matière tuberculeuse les bacilles ne sontpas tous absorbés et que les déjections intestinales sont virulentes; les bacilles renfermés dans les crachats déglutis parles bovidés tuberculeux se retrouvent dans les excréments et contribuent à assurer la transmission.
La contagion est à craindre dès que le virus est répandu dans les milieux habités ; le jetage ou les déjections souillent les aliments, les auges, les abreuvoirs, les litières... ; ils sont ingérés par les animaux voisins, tandis que des poussières virulentes sont soulevées dans l'atmosphère. La rapidité et la certitude de la diffusion dépendent de nombreuses conditions accessoires. L’abondance des produits virulents répandu*, l’usage d’auges et d'abreuvoirs communs, le séjour prolongé des litières,... favorisent la contagion; celle-ci est retardée alors que les bovidés sont partiellement isolés (bat-flancs...), qu’ils possèdent des mangeoires individuelles,
(1) Cadéac et BochiNay. Sur la propagation de la tuberculose du bœuf... C. R. de la Soc. de biologie, 1895, p. 795.
TUBERCULOSE
que les fumiers sont fréquemment enlevés... Dans une étable, la transmission s’opère souvent par contagion directe, d’un animal affecté à ses voisins, et la contagion s’étend régulièrement et successivement à tous les sujets exposés. Les chances de l’infection augmentent avec le nombre des animaux entretenus dans un même local et avec la fréquence de l’introduction d’animaux étrangers. Les statistiques de Bang montrent que la tuberculose est d’autant plus fréquente dans les troupeaux que leur effectif est plus considérable. Dans 107 grandes exploitations (plus de 50 bovidés), la proportion des tuberculeux est de 59,8 p. 100; dans 1283 petites exploitations (moins de 50 bovidés), la proportion tombe à 32,2 p. 100. Sur un total de 309 exploitations indemnes de tuberculose, on en compte 306 petites et 3 grandes.
Les organismes exposés à la contagion semblent se défendre victorieusement, pendant un temps plus ou moins long, contre l’envahissement des bacilles. Des animaux adultes et vigoureux, introduits dans des étables gravement infectées, sont trouvés indemnes, par l’épreuve de la tuberculine, après trois et dix mois. On s’explique ainsi que la tuberculose soit d’autant plus fréquente que les animaux sont plus ûgés et les chiffres rapportés par Bang sont encore démonstratifs à cet égard. La statistique porte sur un total de 158991 bovidés éprouvés par la tuberculine; les sujets sains et malades se répartissent ainsi :
BOVIDÉS.
au - dessous de 6 mois.
de 6 mois à 18 mois.
de 18 mois à 30 mois.
au-dessus de 30 mois.
Sains
Tuberculeux
Pourcentage des f.uber-
culeux.
Les statistiques recueillies en Norvège donnent des indications semblables ; les résultats au 31 décembre 1896 sont résumés ciaprès :
BOVIDÉS.
au - dessous de 6 mois .
de 6 mois à 1 an.
de 1 an à 5 ans.
au-dessus de 5 ans.
Éprouvés
Tuberculeux
Pourcentage des tuber-
culeux
ÉTIOLOGIE.
La contagion est peu à craindre dans les pâturages ; les produits virulents répandus ne sont repris qu’en petites quantités et de loin en loin par des animaux; de plus, le virus est placé dans de mauvaises conditions de conservation. La fréquence extrême de la tuberculose chez certaines races de montagne s’explique par l’entassement des bovidés, pendant les mois d’hiver, dans des abris étroits, où ils vivent, sans air et sans lumière, dans des conditions de promiscuité absolue.
Les modes indirects de la contagion interviennent exceptionnellement, en raison de cette condition nécessaire à l’infection; la répétition des contacts virulents. L’introduction et le séjour d animaux sains dans des locaux précédemment habités par des malades et gravement souillés par eux peut être cependant une condition suffisante. Les bacilles se conservent dans certains milieux, à l’abri de la lumière ; quelques sujets trouveront dans leur voisinage, notamment dans les couches superficielles du sol, une source de virus capable de provoquer l’infection.
En quelques cas exceptionnels, la tuberculose est apportée aux étables par l’homme tuberculeux. Cozette (1) a relaté un curieux exemple d’infection par un vacher phtisique qui habitait constam- •ment l’étable.
L’alimentation des veaux par du lait virulent provoque l’évolution de la maladie ; l’envahissement de la mamelle est heureusement exceptionnel et la statistique montre que la tuberculose du veau de lait est très rare.
Le passage de la maladie d’une étable à une autre est assuré à peu près exclusivement par les transactions commerciales ; en bien des cas, un animal affecté passe dans dix ou quinze étables avant que d’être abattu et partout il sème la contagion. La diffusion à de grandes distances est réalisée par le même mode; des régions indemnes sont envahies à la suite de l’importation d’animaux affectés, destinés au croisement. Le bétail de Durham, infecté depuis près d’un siècle, a porté la maladie dans le Nivernais, en Danemark, en Suède, aux Etats-Unis, au Chili, au Japon...
Mouton et Chèvre. — La tuberculose est observée sur des animaux qui ont séjourné pendant un long temps dans des étables renfermant des vaches tuberculeuses et qui recevaient des débris alimentaires souillés par le virus. La contagion s’exerce de la même façon de la chèvre à la chèvre (Moussu).
(1) Cozette. Contribution à l'ctude de la tuberculose. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1894, p. 451.
TUBERCULOSE
Cheval. — L’infection est réalisée par des modes analogues aux précédents. Dans plusieurs observations, l'histoire des malades montre qu'ils cohabitaient avec des vaches tuberculeuses et dans un voisinage immédiat (Robert, Roder...). La transmission du cheval au cheval n’est pas mentionnée; elle doit être considérée comme possible dans certaines formes.
Mac Fadyean signale l’infection du cheval par le lait de vache, souvent employé en Angleterre dans la thérapeutique; il attribue à cette particularité la fréquence relative de la tuberculose du cheval dans la Grande-Bretagne. Bang rapporte le même fait en Danemark, où les jeunes chevaux reçoivent du lait de vache pendant la période de préparation à la vente.
Porc. — La tuberculose du porc procède à la fois de la contagion et de l’alimentation par des matières virulentes. La diffusion s'opère avec facilité, dans une porcherie envahie, par l’intermédiaire des litières et des aliments.
L’alimentation par du lait ou des résidus de laiterie est l’occasion habituelle de l’infection. La tuberculose du porc, d’une fréquence extrême dans les pays de grande industrie laitière (Danemark, Prusse, Saxe), est à peu près inconnue dans ceux où les porcs reçoivent exclusivement des grains 1). (V( Prophylaxie.) L’alimentation des porcs avec les débris d’abattoirs et d’ateliers d’équarrissage est également une occasion de contamination.
Chien et Chat. — En certains cas, la tuberculose est d’origine alimentaire ; un seul repas infectant peut provoquer l’inoculation si le virus est ingéré à dose massive (lait, viscères tuberculeux...). Souvent aussi, les animaux sont contaminés parl'homme; plusieurs observations démontrent la contagion au chien et au chat, commensaux de personnes phtisiques. L’inoculation par la voie génitale est admise par Jensen qui observe des tuberculoses primitives de l'utérus et du testicule consécutives à un coït infectant (?).
Oiseaux. — La contagion est facilitée par le mode d'alimentation des sujets. Importée dans une basse-cour par un animal affecté, la tuberculose envahit en peu de temps tout l'élevage. Les déjections intestinales, riches en bacilles, sont répandues sur les sols, dans les eaux, et reprises à chaque instant par les volailles saines. La
(1) En Danemark, on compte jusqu'à 15 p. 100 de porcs tuberculeux; à Danzig, les porcs élevés dans les laiteries fournissent 60 et 70 p. 100 de tuberculeux. Dans l'ouest des États-Uuis, où les porcs reçoivent exclusivement des grains, on trouve, en 1894-95, 570 tuberculeux sur 13 616 539 porcs examinés, soit une proportion insignifiante de 0,0004 p. 1000.
contagion s’opère avec la même certitude chez les oiseaux de volière.
La transmission de l'homme aux oiseaux est établie par de nombreux faits d’observation. La contagion s’exerce avec facilité à certains oiseaux, comme le perroquet ; elle s’opère plus difficilement aux gallinacés. On peut admettre que l'infection des poules par l’ingestion des crachats tuberculeux est possible sous certaines conditions de virulence ou de réceptivité individuelle que l’expérimentation ne sait pas encore discerner ; après un ou plusieurs passages à travers l’organisme des oiseaux, le bacille humain acclimaté passerait facilement d’un animal à un autre.
Modes de la pénétration du virus. — La peau intacte ne se prête pas à l’absorption du virus; celui-ci pénètre même difficilement à la suite d’une inoculation dans les couches superficielles du derme. Chauveau n’a jamais pu infecter le veau par ce procédé; les petites nodosités qui se forment parfois au niveau des piqûres disparaissent promptement, sans laisser de trace.
L’inoculation dans le tissu conjonctif sous-cutané a des effets différents suivant la réceptivité du réactif et la qualité du virus. Chez les bovidés (l), on voit se développer au point d’inoculation une tumeur inflammatoire qui se ramollit et s’ouvre après quinze à vingt jours ; la plaie ulcéreuse consécutive s’étend pendant quelque temps. L’infection progresse lentement par la voie lymphatique et les ganglions situés sur le trajet sont successivement envahis. En d’autres cas, les lésions restent localisées au point de l’inoculation ; le foyer primitif se cicatrise et la guérison est complète. Chez les solipèdes, le porc, le mouton et la chèvre, l’inoculation sous-cutanée reste ordinairement sans effet; il se produit une nodosité cutanée, qui se résorbe peu à peu ou qui s’abcède, et aucune lésion viscérale n’est produite. Ces résultats ne sont pas absolus ; Piitz a obtenu par ce mode l'infection du cheval et du porc. L'inoculation sous-cutanée au lapin donne des résultats variables suivant la provenance et la quantité du virus; on provoque soit une simple tumeur locale qui s’abcède et se transforme en une plaie ulcéreuse, soit une infection généralisée qui tue en 30-G0 jours. Le cobaye est beaucoup plus sensible à l’inoculation de la tuberculose des mammifères ; au point d’inoculation se développe un petit noyau inflammatoire, si le virus est pur, ou un abcès si (les germes
(0 G. Cou.v. Sur la, transmission de la tuberculose aux grands ntminanls. Vcad. do méd., 15 décembre 1884.
TUBERCULOSE
étrangers pénètrent avec les bacilles. Après dix ou quinze jours, les ganglions voisins sont tuméfiés et indurés ; parfois, ils sont le siège d’une suppuration appréciable du huitième au douzième jour. La généralisation de l’infection est rapide; sacrifiés vers le trentième jour, les animaux présentent une tuberculisation intense des ganglions, de l’épiploon, de la rate et, à un moindre degré, du foie et du poumon. La mort arrive après trente ou soixante jours en moyenne.
L’infection accidentelle consécutive à une inoculation sur les téguments extérieurs est plusieurs fois signalée. Chez les bovidés, des lymphangites tuberculeuses périphériques ont été rapportées à une inoculation locale. Mischkine (1) attribue à une infection par effraction cutanée le développement d’un foyer unique de tuberculose dans un ganglion de l’épaule. Lydtin mentionne l’envahissement des tissus à la suite de l’inoculation à la queue d'une lymphe péripneumonique recueillie dans un poumon tuberculeux. Chez le cheval, Johne (2) observe une tuberculose primitive des ganglions préthoraciques; l’animal, logé dans une étable, présentait une tumeur d’inoculation au niveau de la pointe de l’épaule. Chez les oiseaux, certaines déterminations externes paraissent liées à une infection locale. La pénétration au niveau des muqueuses extérieures ne s’opère sans doute qu’à la suite d’un traumatisme superficiel ou d’un catarrhe ayant déterminé une desquamation épithéliale. Cornil et Dobroklonsky (3) provoquent la tuberculisation de l’utérus, chez le cobaye, par l’injection dans le vagin intact de cultures du bacille. L’inoculation directe, pendant le coït, est rendue probable par les quelques faits signalés de tuberculose primitive des organes génitaux. Eber décrit, chezle taureau, un cas de tuberculose du pénis qui ne peut être rapporté qu’à une inoculation coïtale ; Frank constate, chez plusieurs vaches, une tuberculose du vagin consécutive à une infection directe par un taureau affecté de tuberculose du pénis... Des constatations analogues sont plusieurs fois relevées chez le chien. Les quelques exemples de tuberculose primitive de la mamelle rapportés par Bang semblent liés à une pénétration directe du bacille dans la glande, à travers la muqueuse ; Carsten
(1) Mischkine. Un cas de tuberculose primaire du tissu sous-cutané chez une vache. Archives des sciences vétér., 1896, p. 519 (en russe).
(2) Johne. Primüre Tuberculose der Bugdrüsen,... Sachs. Bericht pro 1893, p. 6G.
(3) Cornil et Dobroklonsky. Sur la tuberculose des muqueuses . .. Premier Congrès de la tuberculose, 1888. Comptes rendus, p. 259 et 265. — Dobroklonsky. L'infection tuberculeuse peut-elle pénétrer dans l'organisme par les organes sexuels? Revue de la tuberculose, 1895, p. 195.
ÉTIOLOGIE.
Harms, Ehrhardt (1) signalent des exemples d'infection probable par la muqueuse du canal galactophore ou des réservoirs. La tuberculose de la langue est peut-être aussi le résultat d’une inoculation locale, au niveau de plaies préexistantes.
L’infection par les voies digestives joue un rôle considérable dans l’étiologie des tuberculoses animales; elle est réalisée expérimentalement chez la plupart des espèces. Chez les bovidés jeunes, l’ingestion de matières virulentes provoque à coup sûr l’infection (Chauveau, Gerlach...); de nombreux faits d’observation montrent que les veaux sont contaminés par l’ingestion du lait virulent. Chez le cheval, l’infection expérimentale est difficile à réaliser; cependant l’envahissement primitif des ganglions mésentériques et rétro-pharyngiens, la fréquence des localisations abdominales démontrent le rôle de l’inoculation intestinale. L’infection du porc (Gerlach...) est obtenue par l’ingestion de matières virulentes; chez lui, la tuberculose accidentelle est presque toujours d’origine alimentaire. Chez le chien et chez le chat, l’infection par les voies digestives joue encore un rôle prépondérant; Viseur (1874) infecte quatre chats en les nourrissant de viscères tuberculeux provenant de bovidés abattus ; Nocard montre que l’on obtient à coup sûr la tuberculisation des chats jeunes par l’ingestion de lait virulent; de nombreux faits d’observation démontrent le rôle de l’ingestion lors d’infection accidentelle. Enfin les oiseaux de bassecour sont contaminés presque exclusivement par les voies digestives.
La transmission par ingestion virulente n’est nullement certaine. Les tentatives restent sans résultat si l’on opère sur des espèces douées d’une réceptivité relativement faible, comme le mouton, le cheval, le chien, les bovidés adultes; les animaux résistent à l’ingestion de masses considérables de virus. Chez des sujets plus sensibles, comme le porc, il faut encore une dose massive pour provoquer la maladie; Peucli voit le porcelet consommer impunément quatre litres et demi d’un lait tuberculeux qui, injecté dans le péritoine du lapin, tue à la dose de quelques centimètres cubes. Les réactifs les plus sûrs, comme le lapin et le cobaye, échappent aux effets d’un virus affaibli ou ingéré en faible quantité. Bang montre qu’un lait tuberculeux chauffé à 70 degrés pendant cinq minutes est ingéré sans danger, en quantité considérable, par le lapin et le cobaye, alors qu’il tue les mêmes animaux s’il est injecté sous la
(1) Cabsten Harms. Ein Fall von Eutertuberculose beim Rinde. Berl. thier. Wochenschr., 1892, p. 229. — Ehrhardt. Tnberkulose. Schweizer Archiv, 1890, p. 74.
Nocard et Leclainche. — 2e édit.
TUBERCULOSE
peau ou dans le péritoine. Il résulte des recherches de Bollinger et de Gebhardt (1) que le cobaye, le lapin, le chat, résistent pendant plusieurs semaines à l’ingestion d’une dilution à 1 : 50 ou 1 : 100 d’un laitvirulent qui tue les animaux qui l’ingèrent sans mélange. De môme, le cobaye résiste parfois à l’ingestion de 2 c.c. de crachats tuberculeux dilués dans dix volumes d’eau. D’après Gadéac (2), l’infection du cobaye est certaine quand il ingère un gramme au minimum de produits tuberculeux moyennement riches en bacilles (poumon de bœuf) ; dans ces conditions, l’ingestion est un moyen aussi sûr que l’inoculation. « L’infection est incertaine, latente, c’est une tuberculose incomplète qui se développe, quand la dose ingérée ne dépasse pas trente centigrammes. »
La pénétration du virus s’opère en divers points de la muqueuse digestive. D’après Gadéac, la muqueuse bucco-pharyngienne est, chez le cobaye, la principale voie d’infection dans la tuberculose par ingestion; les bacilles pénètrent au niveau du pharynx, où l’on rencontre des ulcérations spécifiques; ils envahissent ensuite les ganglions voisins. Des lésions des ganglions cervicaux sont signalées dans les mêmes conditions chez le veau (Chauveau), chez le lapin (Orth), chez le chat(Viseur) et chez le porc (Toussaint). Chez les porcs tuberculeux, l’envahissement des amygdales et des ganglions sous-glossiens ou pharyngiens est à peu près constant (3).
L’estomac est peu favorable à la pénétration des bacilles; toutefois le suc gastrique ne détruit pas le virus. Straus et Wurtz (4) montrent que les bacilles ne sont nullement altérés après un contact in vitro de six heures avec du suc gastrique provenant du chien. Cadéac et Bournay (5) retrouvent les bacilles virulents, dans l’estomac du chien, douze heures après l’ingestion de fragments de poumons tuberculeux. Chez les bovidés, la pénétration ne s’opère pas au niveau de la panse ; Colin n’obtient pas l’infection en faisant ingérer au taureau des fragments volumineux de tissus virulents ; par contre, Johne constate une inoculation primitive au niveau du feuillet.
L’intestin constitue la voie principale de la pénétration ; les
(1) Gebhardt. Exp. Untersuchungcn über den Einfluss der Verdünnung auf die Wirksamkeit des tuberculosen Gifles. Virchow’s Archiv, t. GXIX, 1889, p. 127.
(2) Cadéac. Transmission de la tuberculose par les voies digestives. Journal de méd. vét., 1894, p. 723.
(3) Strôse. Beobachtungen über die Infectionspforten and die Verbreitungswege der Tuberculose beim Schweine. Deutsche thierârztl. Wochenschr., 1897, p. 239.
(4) Straus et Wurtz. De l'action du suc gastrique sur le bacille de la tuberculose. Premier Congrès de la tuberculose, 1888. Comptes rendus, p. 330.
(5) Cadéac et Bournay. Rôle microbicide des sucs digestifs sur le bacille de Koch. Soc. de biologie, 10 juin 1893.
ETIOLOGIE.
bacilles s’introduisent au niveau des organes lymphoïdes de 1 intestin grêle, même en l’absence d’une lésion épithéliale. Les altérations primitives du gros intestin sont exceptionnelles. Cadéac réalise l’infection, chez trois lapins, par l’injection d’un liquide (?) virulent dans le rectum.
Les voies respiratoires constituent une autre porte d’entrée pour le bacille de Koch. Villemin, Tappeiner, Thaon, Weichselbaum... obtiennent des tuberculoses du poumon chez le chien, la chèvre, le lapin, le cobaye, par l’inhalation de poussières virulentes ou de pulvérisations liquides. Le rôle de ce mode de pénétration dans la contagion naturelle est variable à la fois suivant les espèces considérées et suivant le genre de vie des individus. Dans les locaux habités par des personnes phtisiques, les poussières de l’air peuvent renfermer des bacilles virulents (Cornet, Cadéac et Malet...); Straus (1) retrouve les microbes sur la pituitaire des individus sains qui séjournent longuement dans les milieux infectés. Il est probable que les bacilles seraient rencontrés dans l’atmosphère des étables gravement souillées ; cependant l’état d’humidité constante des sols est peu favorable à la dessiccation des matières répandues. Chez les bovidés, l’existence d’une tuberculose primitive du poumon n’est pas douteuse, mais sa fréquence relative ne saurait être prévue. Chez le cheval, l’infection directe par le poumon est démontrée par des observations précises (Johne, Schindelka, Schortmann...). Le chien est souvent inoculé par le poumon ; les expériences de Tappeiner et de Weichselbaum montrent que, chez lui, l’inhalation de poussières virulentes (crachats desséchés) détermine presque sûrement la contagion. La contamination par les voies respiratoires paraît intervenir dans plus de la moitié des cas d’infection accidentelle.
Les bacilles inhalés avec les poussières sont arrêtés en grande partie avant que d’arriver dans les bronches ; ils restent accolés sur la pituitaire ou sur la muqueuse du larynx, pour être rejetés avec le mucus sécrété. D’après Cadéac et Malet (2), les poussières tuberculeuses un peu volumineuses ne déterminent que très rarement l’infection chez le lapin (deux fois sur 46 expériences); au contraire, la pulvérisation de liquides virulents dans l’air inhalé donne des résultats positifs constants. La pénétration des bacilles s’opère au niveau de la muqueuse des culs-de-sac alvéolaires; elle
(1) Straus. Sur la présence du bacille de la tuberculose dans les cavités nasales de l'homme sain. Archives de méd. expérim., t. VI, 1 804, p. G33.
(2) Cadéac et Malet. Recherches expérimentales sur la transmission de la tuberculose par les voies respiratoires. C. R. Acad, des sciences, t. CV, 1887, p. 1190.
TUBERCULOSE
est favorisée par toutes les conditions qui altèrent l’intégrité anatomique ou fonctionnelle de la membrane; les inflammations aiguës ou chroniques (bronchites et broncho-pneumonie) constituent une cause nettement prédisposante.
L’inoculation directe du virus tuberculeux dans le poumon provoque sûrement l’infection. Piitz obtient, chez un poulain d’un an, une évolution tuberculeuse et la mort en six semaines par l’injection de 4 c. c. d’une émulsion de matière tuberculeuse d’origine humaine.
L 'injection intra-veineuse constitue le mode le plus sûr de l’infection. Chez les solipèdes, l’inoculation à dose massive, dans la jugulaire, provoque le plus souvent une tuberculose miliaire du poumon, à évolution subaiguë. Parfois aussi, les lésions se cicatrisent en grande partie et l’on rencontre seulement des amas tuberculeux, de consistance fibreuse, disséminés dans les deux lobes. Le cheval se montre au moins aussi sensible au bacille d’origine aviaire qu’à celui qui provient des mammifères. Chez le mouton, chez la chèvre, chez le chien, on obtient des tuberculoses à évolution plus ou moins rapide, suivant la résistance des individus, la quantité et la qualité du virus inoculé. Chez le lapin et chez le cobaye, l’injection intra-veineuse provoque, dans presque tous les milieux, poumon, foie, rate, moelle osseuse..., une éruption de fines granulations, parfois si confluentes que la mort survient avant que les tubercules aient eu le temps de se constituer anatomiquement. La rate, le foie, la moelle des os sont farcis de follicules tuberculeux embryonnaires, extrêmement riches en bacilles. A l’œil nu, les organes semblent simplement hypertrophiés, gorgés de sang, très friables ; l’examen le plus attentif n’y montre pas trace de tubercules. Après quelques passages, les animaux succombent, en quinze à vingt jours, à une véritable septicémie tuberculeuse, après avoir perdu le tiers ou la moitié de leur poids. Chez les oiseaux, l'inoculation du bacille aviaire, dans les veines, provoque également une tuberculose généralisée à évolution rapide.
L 'injection intra-péritonéale est encore un procédé très sûr de la transmission. Kitt obtient, chez un veau, une tuberculose aiguë et la mort en quarante-six jours, par l’inoculation de 20 grammes de suc provenant de ganglions scrofuleux de l’homme. Cadiot, Gilbert et Roger réalisent par ce mode l’infection de la chèvre. L’évolution est rapide chez le lapin et chez le cobaye; quinze à vingt jours après l’inoculation, les ganglions, la rate, l’épiploon sont remplis de tubercules; la mort arrive après 25-30 jours. La rate est démesuré-
PATHOGÉNIE
ment hypertrophiée ; au début, on la trouve infiltrée par un nombre considérable de fines granulations tuberculeuses; plus tard, sa surface est marbrée de veines jaunâtres qui forment des dessins irréguliers ; à leur niveau, le tissu subit la dégénérescence vitreuse, puis la caséification. Si la mort est tardive, le foie présente des altérations analogues, mais moins accusées ; sa suriace est bosselée, parsemée de veines jaunâtres constituées par du tissu cirrhosé.
Les effets de l inoculation dans la chambre antérieure de l œil ont été plusieurs fois étudiés depuis Cohnheim. Baumgarten a montré que l’on obtient, chez le lapin, à la suite de l’inoculation du virus puisé sur l’homme ou sur les bovidés, une tuberculose typique de l'iris , qui évolue en 25 jours en moyenne et, secondairement, une tuberculose miliaire aiguë généralisée.
D’après Daremberg, le virus tuberculeux déposé en très petite quantité dans les méninges cérébrales du lapin ou du cobaye, ne provoque aucune évolution; les animaux maigrissent un peu, puis ils recouvrent une santé parfaite. Martin (1) produit par le même procédé des méningites tuberculeuses qui tuent rapidement le cobaye et le lapin. Le virus est injecté directement, à travers le trou occipital; le cobaye meurt après 9-15 jours et le lapin en 35-60 jours.
Pathogénie. — Arrivé par une effraction tégumentaire dans le tissu lymphatique sous-cutané ou sous-muqueux, le bacille provoque une réaction locale. Chez un individu très résistant, les microbes importés en petit nombre sont englobés par les phagocytes et entraînés avant qu’ils aient provoqué des modifications anatomiques appréciables (Zagari). Ils sont ensuite digérés au niveau des ganglions voisins ou dans les autres parenchymes. Dans un organisme plus sensible, des lésions locales apparaissent. A la suite de l’inoculation intra-cutanée, une néoformation inflammatoire se développe au point d’inoculation. L’inoculation intra-oculaire provoque une tuberculisation primitive de l’iris . Inoculés dans l’articulation du genou (2), les bacilles envahissent en douze heures l’endothélium, les fentes lymphatiques et le tissu conjonctif; ils provoquent ensuite une éruption dans le tissu conjonctif péri-articulaire. Au niveau de l’intestin grêle, « dix jours après l’ingestion de
(1) Martin. Méningite tuberculeuse expérimentale. G. R. de la Soc. de biologie, 1898, p. 273.
(2) Pawlowsky. Sur l' histoire du développement et du mode de propagation de la tuberculose des articulations. Annales de l’Institut Pasteur, t. VI, 1892, p. 116.
TUBERCULOSE
quelques gouttes d’une culture virulente par le cobaye, on trouve les follicules clos et les plaques de Peyer tuméfiés. Les tubercules bien développés dans les parois de l’intestin se rencontrent à partir du vingtième jour seulement après l’inoculation. Ces tubercules se trouvent principalement au niveau des plaques de Peyer, directement sous la couche épithéliale; plus rarement ils se trouvent autour des glandes de Lieberkiihn, et plus rarement encore sur les villosités » (Dobroklonsky).
Les conséquences de l’infection locale diffèrent suivant de nombreuses conditions. Inoculé dans un tissu peu apte a la pullulation et chez un organisme résistant, le virus pourra cultiver sur place sans qu’une généralisation ultérieure s’opère ; tantôt le foyer primitif sera isolé par un tissu néoformé imperméable, tantôt les lésions s’étendront lentement, dans un voisinage immédiat. Chez les bovidés, chez le porc, chez l’homme, celte évolution est observée dans certains cas d’inoculation sous-cutanée. Même dans ces formes très simples, il est probable que quelques bacilles sont entraînés hors du foyer de culture et qu’ils gagnent les voies lymphatiques, mais ils sont détruits sans qu’ils aient provoqué aucun accident.
Cette progression dans les voies lymphatiques s’effectue rapidement chez des organismes plus sensibles ; l’infection est étendue ou généralisée. Chez le lapin, à la suite de l’inoculation souscutanée à l’extrémité de l’oreille, les bacilles ont gagné en moins de vingt-quatre heures la base de l’organe et l’amputation reste sans effet préservatif (Jeannel). En de nombreux cas, les accidents locaux sont insignifiants ou inappréciables et le virus absorbé cultive en des points éloignés. L’inoculation par la muqueuse pulmonaire déterminera par exemple une tuberculisation des ganglions bronchiques ou de la plèvre, le poumon restant indemne; une invasion par la muqueuse intestinale aura pour conséquence une tuberculose primitive du poumon ou de la rate.,
La circulation lymphatique joue un rôle prédominant et souvent exclusif dans l’extension des lésions tuberculeuses. Les bacilles rencontrés dans le voisinage des lésions initiales sont entraînés par les courants lymphatiques; ils arrivent, libres ou englobés dans les leucocytes, jusque dans les ganglions voisins. En ce point, la marche envahissante du virus subit uu temps d’arrêt; la défense tente un nouvel effort, parfois victorieux. Chez toutes les espèces, on rencontre des tuberculoses étroitement localisées à un viscère et aux voies lymphatiques efférentes ; telles les tuberculoses de l’intestin et des ganglions mésentériques, du poumon et des ganglions
PATHOGÉNIE
médiastinaux et bronchiques. Sans doute le ganglion n’est pas un filtre parfait, quelques bacilles le franchiront toujours ; mais, peu nombreux et isolés, ils seront facilement détruits dans le reste du système ou dans les capillaires sanguins s’ils sont déversés dans la grande circulation.
En d’autres cas, la barrière est franchie par de nombreux bacilles, et de nouveaux groupes ganglionnaires, successivement atteints, jalonnent la route parcourue. Ici encore tous les degrés sont rencontrés quant à la rapidité de l’extension ; tantôt c’est par étapes successives que le virus progresse et il est arrêté momentanément par chacun des ganglions qu’il doit franchir ; tantôt, au contraire, il traverse sans s’y arrêter les filtres ganglionnaires pour être déversé dans la grande circulation.
Chez les bovidés jeunes, « le tubercule inséré au flanc va envahir successivement le ganglion précrural, les prépelviens, les lombaires, la chaîne satellite de l’aorte postérieure, jusqu’à l’abouchement du canal thoracique ou du tronc lymphatique droit. A partir de ce moment seulement, les éléments tuberculeux arrivent dans le sang et se disséminent partout. » (G. Colin.) Chez le cobaye (1) inoculé à la cuisse, les ganglions inguinaux commencent à se tuméfier vers le quinzième jour. « Vers le vingtième jour, les ganglions sous-lombaires du même côté se prennent à leur tour, tout le système lymphatique du côté opposé restant absolument sain. Entre le vingt-deuxième et le vingt-cinquième jour, les tubercules apparaissent dans la rate, en même temps que le ganglion rétro-hépatique s’engorgea son tour. A partir de celle période, le virus traverse le diaphragme et sa dissémination ne conserve plus son caractère unilatéral; les deux poumons et les ganglions bronchiques se tuberculisent indistinctement ; en deux mois environ, la tuberculisation est générale; elle apparaît aussi, à la longue, dans les ganglions sous-lombaires et inguinaux du côté opposé à l’inoculation. Si le cobaye est inoculé à la base de l’oreille, l’envahissement est descendant au lieu d’être ascendant, mais il conserve ses mêmes caractères de régularité. Le ganglion préauriculaire du côté inoculé se prend d'abord, puis le préscapulaire correspondant; -enfin les poumons et les ganglions bronchiques. Tout le système lymphatique inférieur et le supérieur du côté opposé sont intacts. »
(1) Abloixo. Sur la différenciation expérimentale de la scrofule et de la tuberculose humaine. Revue de médecine, 1888, p. 07. Divers modes d'évolution de la tuberculose expérimentale. Premier Congrès de la tuberculose, 1888, Comptes rendus, p. 321.
TUBERCULOSE
Celte régularité dans l’envahissement du système lymphatique n’est pas exprimée aussi nettement dans tous les cas. Chez le lapin inoculé à la cuisse avec du virus provenant de l’homme, la progression s'opère sans que le système lymphatique paraisse altéré ; lorsque l’animal meurt, après deux ou trois mois, les ganglions abdominaux et ceux qui sont voisins du point d’inoculation sont indemnes; la rate n’est pas envahie ou elle l’est beaucoup moins que le poumon et la plèvre. Dans ce cas, le virus est transporté sans provoquer de réaction appréciable dans les organes lymphatiques, peu sensibles à son action (1). En d’autres circonstances, l’invasion du système lymphatique s’opère bruyamment et avec une extrême rapidité; les bacilles introduits en masse considérable dans le péritoine pénètrent en tous les points de la séreuse, pour cultiver sur place et pour envahir presque aussitôt les ganglions et la rate.
Le rôle de la circulation sanguine dans la dissémination des lésions ne peut être qu’incomplètement prévu d’après les résultats expérimentaux acquis. A la suite de l’insertion sous-cutanée de fragments de poumons tuberculeux à l’oreille du lapin, Jeannel (2) constate la virulence du sang de seize heures à huit jours après l’inoculation. Ces résultats sont restés isolés jusqu’ici ; les conclusions qu’ils permettent ne sauraient être généralisées.
Une immigration des bacilles dans le sang se produit à coup sur pendant l’évolution de certaines lésions tuberculeuses. 11 en est ainsi au niveau des dégénérescences qui atteignent les parois des vaisseaux (ulcérations, cavernes du poumon...) ; il est probable aussi qu’un envahissement des capillaires est possible sous certaines conditions, notamment au niveau des foyers congestifs provoqués par la tuberculine. Des expériences précises montrent que les bacilles introduits dans les veines ne séjournent pas dans le sang de la grande circulation. Nocard établit que, chez le lapin, la virulence du sang a disparu en moins de quatre heures à la suite de l’injection de 1 c. c. de culture virulente dans les veines. Mac Fadyean (3) constate l’innocuité du sang, chez le cheval, vingt-quatre, vingt-neuf et quarante-huit heures après l’injection d’une culture virulente dans
(1) L'absence d'altération des voies lymphatiques est insuffisante pour couclure à un transport du virus par la voie sanguine.
(2) M. Jrannel. Recherches sur la généralisation de la tuberculose expérimentale. Premier Congrès de la tuberculose, 1888. Comptes rendus, p. 351.
(3) Mac Fadyean. The virulence of the blood and muscles in luberculosis. The Journal of comp. Pathol, and Therap., t. V, 1892, p. 22.
PATHOGÉNIE
la jugulaire. Leclainche trouve le sang virulent pendant sept heures, après l’injection dans la jugulaire du cheval de 22 c. c. d’une culture très riche de tuberculose humaine; la virulence disparaît définitivement à partir de la vingt-quatrième heure.
Les voies sanguines jouent certainement un rôle dans l’extension des tuberculoses accidentelles; à certains moments, les bacilles déversés dans les vaisseaux sont lancés dans un terrain propice et ils deviennent l'origine de foyers nouveaux. Mac Fadyean pense que l’infection de la mamelle s’effectue par cette voie dans presque tous les cas. Les poussées aiguës (granulie) observées au cours de l’évolution tuberculeuse sont liées à coup sûr à un transport des bacilles par les vaisseaux et à une abdication des tissus, incapables de résister à la pullulation.
Transporté dans tout l’organisme par les voies lymphatiques et sanguines, le bacille passe en quelques cas de la mère au fœtus. Chez les animaux domestiques, la tuberculose fœtale est observée chez la vache seulement (1) ; les exemples rapportés sont aujourd’hui nombreux; Bang recueille à lui seul 31 cas; Ivlepp, à l’abattoir de Kiel, relève 26 observations en moins de cinq mois. Les lésions sont localisées de préférence au foie et aux ganglions, sous la forme de foyers caséeux ou calcifiés. La tuberculose du placenta, déjà signalée par Siegen (1893), est bien étudiée par Kockel et Lungwitz, dans deux observations (1895).
La fréquence de la tuberculose congénitale du veau peut être assez exactement prévue. Les statistiques recueillies dans les abattoirs, portant sur des centaines de milliers d'animaux, montrent que la tuberculose du veau de boucherie est tout exceptionnelle (1 à 5 p. 1000) ; or celui-ci est gravement exposé à l'infection pendant les deux ou trois mois de sa vie économique, et, dans presque tous les cas, la répartition des lésions indique leur origine alimentaire. On peut objecter, il est vrai, que la tuberculose congénitale
(1) La question de l’infection fœtale chez la femme est bien traitée dans le livre de Straus : La tuberculose et son bacille, 1895. Nous signalons seulement les observations récentes : Bar et lténon trouvent le bacille de Koch dans le sang de la veine ombilicale, chez deux, fœtus issus de mères tuberculeuses ; la recherche reste sans résultat dans trois autres cas. Sur cinq fœtus d’origine tuberculeuse examinés, Bugge constate dans un cas les bacilles dans le sang de la veine ombilicale, dans le poumon et dans le foie. Honl décrit un cas de tuberculose généralisée chez un enfant de 15 jours ; toutefois la certitude d’une infection placentaire n’est pas complète.
Bah et Rénon. Présence du bacille de Koch dans le sang de fœtus humains... Société de biologie, 29 juin 1895. — Bugge. Om medfodt Tuberkulose. Refer. in Centralbl. fur Bakter., t. XVIII, 1895, p. 453. — Honl. Uebcr kongenita/e Tuberkulose. Refer. in Centralbl. fur Bakter., id., id., p. 721. - IIenke. lleitrag zur Frage der intrauterinen lnfek-
iion der Frucht mit Tuberkelbacillen. Arbeiten aus dem pathol.-anat. lnstitute zu Tübingen, t. II, 189G, p. 268.
TUBERCULOSE
reste muette et limitée en d’étroits foyers qui passent inaperçus (1). Les constatations de Bang et de Nocard permettent de répondre que les veaux nés de mères tuberculeuses, éprouvés par la tuberculine, sont trouvés sains presque toujours. D’autre part, la tuberculose du foetus reste une trouvaille d’autopsie et les observateurs les plus consciencieux ne la signalent que cfe loin en loin ou la recherchent vainement. La statistique de Klepp, si alarmante en apparence, montre la rareté relative de l’infection tœtale ; les 26 observations sont relevées sur un total de 4068 sujets examinés (soit une proportion de 0,64 p. 100), dans un abattoir où plus de la moitié des vaches sont trouvées tuberculeuses. On peut admettre que, dans les conditions les plus défavorables, le taux de 1 inlection, chez les veaux nés de vaches tuberculeuses, ne dépasse pas 1 p. 100.
Les résultats expérimentaux acquis confirment les données de 1 observation. Koch, Leyden, Grancher, Nocard, Straus, Sanchezloledo, Vignal, Salvaneschi... n’ont jamais observé le passage au fœtus chez le cobaye. Galtier ne réussit que « dans un très petit nombre de cas » à déceler la virulence chez les « fœtus issus de tuberculeux ». Gaertner (2) obtient quelques résultats positifs; l’infection du fœtus est constatée dans deux portées sur dix-huit, à la suite de l’inoculation intra-péritonéale à la souris ; après l’injection intra-veineuse à la lapine, l’infection est obtenue chez 5 à 10 p. 100 des jeunes; on ne trouve jamais que un ou deux tuberculeux dans une portée ; chez des souris infectées par la voie trachéale et affectées secondairement de tuberculose généralisée, l’infection de un ou plusieurs fœtus est reconnue dans neuf portées sur dix-huit. Des expériences entreprises sur des canaris donnent des résultats analogues. L’infection par le mâle n’est constatée en aucun cas; l’infection de la mère est possible alors que les bacilles sont nombreux dans le sperme, mais celle du fœtus ne se produit pas. L'auteur conclut, tout à fait a priori , que, chez l’homme, le bacille tuberculeux passe souvent de la mère au fœtus.
La possibilité d’une infection directe de l’œuf par le mâle tuberculeux est des plus douteuses, encore que Johne, Bang, Siedamgrotzky,... aient cité des exemples de veaux nés tuberculeux de
(1) Klepp recommande de pratiquer des coupes des ganglions rétro-hépatiques, souvent tuberculeux en l’absence de toute autre altération. 11 découvre par cette méthode 26 cas en cinq mois, alors qu’il n’avait, trouvé, avant d’employer ce procédé, que 9 cas de tuberculose congénitale du veau en huit années.
(2) Gaertner. Ueber die Erblichkeit der Tuberculose. Zeitschrift fur Ilygiene, t. XIII, 1892, p. 101.
PATHOGÉNIE
vàches saines et de taureaux affectés. Il est au moins certain que l’intervention du père dans l’infection fœtale est tout exceptionnelle et que, dans la presque totalité des cas, le bacille provient directement de la mère.
Le passage du bacille s’effectue suivant des modes incomplètement déterminés à l’heure actuelle (1). Dans deux cas de tuberculose fœtale, minutieusement étudiés chez la vache par Ivockel et Lungwitz (2), l’infection procède de la muqueuse utérine, farcie de foyers tuberculeux ; elle gagne les cotylédons dans le voisinage des membranes. En ce point les bacilles infiltrent et détruisent le placenta maternel, pour atteindre les villosités fœtales envahies à leur tour. Les grosses cellules qui revêtent les villosités constituent pour les bacilles une barrière difficile à franchir ; on les trouve remplies de microbes, alors que les villosités n’en renferment que quelques-uns ou qu’elles sont complètement libres. Chez les ruminants, le placenta maternel et le placenta fœtal sont unis par un tissu lâche, peu perméable, et le passage est rendu difficile; aussi la tuberculose placentaire n’implique-t-elle nullement l’infection du fœtus. En outre de ce mode d’invasion, d’autres procédés interviennent sans doute ; la tuberculose placenlaire peut être le résultat d’un apport des bacilles par le sang et ce mode de l’infection a été démontré chez la femme (Schmorl et Ivockel) dans deux cas de tuberculose miliaire aiguë. Il est vraisemblable aussi que les bacilles peuvent arriver dans l’utérus par les trompes, lors de tuberculose péritonéale, pour ensemencer le placenta ou pénétrer dans le liquide de l’amnios (3).
En résumé : on peut admettre que le passage des bacilles ne s'opère que dans les cas tout exceptionnels d’une tuberculisation placentaire ou d’altérations mécaniques locales, telles que la déchirure des villosités du chorion ou les ruptures vasculaires du placenta maternel. Le fœtus est admirablement protégé contre
(1) Voy. IIaiim. Tuberculose congénitale et tuberculose héréditaire (Revue générale et bibliogr.). Revue de la tuberculose, 1895, p. 41.
(2) Kockel et Lungwitz. Ueber Plucentarluberculose beiw Rincl und ihre Beziehmig zur fotalen Tuberculose des Kalbes. Beilr. zur pathol. Anat. und allg. Pathol., t. XVI, 1894, p. 294.
(3) Dans l'un des deux cas observés par Kockel et Lungwitz, le liquide de l’amnios renfermait les bacilles. Klcpp admet que les microbes pénètrent dans les voies digestives du fœtus avec le liquide bacillifère de l’amnios et que l’on constate en réalité une tuberculose par ingestion. Ainsi s’expliquerait la localisation des lésions sur le système porte. D’autre part, la pénétration du liquide péritonéal virulent par les trompes serait l’origine habituelle des tuberculoses localisées de l'utérus et des trompes.
Ki.bpp. Ueber angeborene Tuberkulose bei Külbern. Zeitschr. fur Fleisch- und Milchhyg., t. VI, 1896, p. 189.
TUBERCULOSE
1 infection et 1 envahissement n’est possible que sous un ensemble de conditions difficilement réalisées (1).
La présence du bacille de Koch dans un tissu ne constitue pas une condition suffisante de l’évolution tuberculeuse; en nombre de cas, les microbes seront détruits sur place avant qu’ils aient provoqué des troubles appréciables ou des modifications durables. La résistance est telle, en la plupart des tissus, que l’invasion par une faible quantité de bacilles est insuffisante pour déterminer 1 infection, et 1 on s’explique la rareté relative des lésions généralisées chez certaines espèces. L’irruption dans la grande circulation d une quantité considérable de bacilles ne provoque même pas des lésions véritablement généralisées; certains tissus résistent à 1 infection, d’autres ne sont qu’exceptionnellement atteints; pour une même espèce, tous les milieux organiques pourraient être classés quant à leur degré de résistance. Les recherches de Nocard (2) montrent que, chez le lapin, la virulence des muscles a disparu en moins de six jours après l’inoculation intra-veineuse d un centimètre cube d’une culture virulente ; celles de Mac Fadyean établissent que, dans les mêmes conditions, les muscles du cheval sont débarrassés du virus en moins de dix jours. D’autres parenchymes offrent un terrain favorable à la culture du bacille, mais la résistance opposée par les milieux est encore appréciable chez certains animaux; le cheval inoculé à dose massive dans les veines montre souvent une éruption limitée au poumon; tous les autres organes restent indemnes, bien que la généralisation de l’ensemencement soit directement constatée. Chez des réactifs plus sensibles, comme le cobaye et le lapin, l’infection est extrêmement étendue ; quelques tissus, comme les muscles, les testicules, le cerveau et la moelle,... restent seuls indemnes.
Des milieux habituellement réfractaires deviennent le siège de localisations tuberculeuses sous certaines conditions. Courmont et Dor obtiennent, chez le lapin, des arthrites tuberculeuses primitives, sans tuberculose viscérale, par l’injection intra-veineuse de bacilles aviaires fortement atténués. Max Schüller provoque une détermination articulaire tuberculeuse, en pratiquant un traumatisme local chez le lapin affecté ; Cornil et Babès arrivent au même résultat par la section du sciatique.
(I) Charrin et Duclei't ont montré que le passage des bacilles est facilité chez des femelles intoxiquées par la tuberculine. 11 est probable qu’une action déprimante est exercée sur les cellules organiques, qui diminue leur résistance à l’égard du bacille.
V(2) Nocaud. Dangers provenant des animaux tuberculeux. Premier Congrès de la tuberculose, 1888. Comptes rendus, p. 55.
PATHOGÉNIE
Les seuls faits d’observation démontrent clairement le rôle de la résistance des milieux dans l’imminence de l’infection ou dans la rapidité de l’extension des lésions. On constate des différences parfois considérables dans l’évolution chez des animaux inoculés avec un même virus et par un même mode. Les variations évolutives sont encore plus évidentes lors de contamination accidentelle ; quelques sujets présentent des lésions très limitées, qui se cicatrisent peu à peu ou qui ne s’étendent que très peu, dans un voisinage immédiat; chez d’autres, l’envahissement s’opère lentement, par une diffusion continue et régulière ou par des poussées irrégulières; chez d’autres enfin, une évolution aiguë éclate et la plupart des parenchymes sont atteints.
Le bacille de Koch exerce sur les tissus une action spéciale qui aboutit à l’édification du tubercule (1). Entraînés dans un milieu favorable par les cellules migratrices, les bacilles vont provoquer des accidents quelque peu variables suivant le mode de la pénétration et suivant le tissu considéré.
Borrel a étudié la genèse du tubercule pulmonaire. Chez le lapin inoculé dans les veines, on constate quelques minutes seulement après la pénétration une leucocytose polynucléaire intense, au niveau des capillaires et des vaisseaux du poumon. Les bacilles sont inclus pour la plupart dans les leucocytes; ceux-ci sont libres dans les capillaires ou accumulés en foyers. Les leucocytes polynucléaires restent en partie contenus dans les vaisseaux, tandis que d’autres passent dans les alvéoles. En tous les points, ils sont tués par les bacilles qu’ils renferment et ils subissent une dégénérescence rapide; ils ont totalement disparu à partir du cinquième jour. Les bacilles libres vont provoquer la néoformation tuberculeuse, à la fois dans les vaisseaux et dans les alvéoles. Dans les vaisseaux, on constate, quarante-huit heures après l'inoculation, l’arrivée de grands leucocytes mononucléaires; ceux-ci entourent les bacilles et les leucocytes polynucléaires en voie de désintégration; certains se fusionnent pour constituer des cellules géantes qui englobent à leur tour les bacilles. La granulation tuberculeuse est constituée au sein d’un capillaire dilaté; elle comprend dans
(1) Metchnikoff. Leçons sur la pathologie comparée de l’inflammation, 1892. — Straus. Sur t’ histogenèse du tubercule. Revue de la tuberculose, t. I, 1893, p. 1 (avec bibliogr.). — Cornil. Sur les phénomènes de kanjokin'ese observés dans la tuberculose. Études sur la tuberculose, t. I, 1877, p. 1. — Yersin. Élude sur le développement du tubercule expérimental. Annales de l’Institut Pasteur, t. II, 1888, p. 245. — Borrel. Tuberculose pulmonaire expérimentale. Id . , t. VII, 1893, p. 593. — Kookel. Beitrag zur Histogenèse des miliaren Tuberkels. Archiv fur path. Anat., t. G X L 1 1 1 , 1896, p. 574.
TUBERCULOSE
son centre une ou plusieurs cellules géantes et, à la périphérie, une accumulation de leucocytes mononucléaires, qui se transformeront en cellules épithélioïdes. Dans les alvéoles, le processus est comparable; mais ce sont les cellules à poussière (Staubzellen) qui jouent le rôle dévolu dans les capillaires aux leucocytes mononucléaires. Dès le cinquième jour, les tubercules embryonnaires sont visibles dans le poumon; ils forment un semis très fin de granulations, qui s’étendent progressivement en restant isolées. Peu à peu, les contours des capillaires compris dans les tubercules s'atténuent et disparaissent, tandis que le nombre des cellules épithélioïdes augmente. Les granulations s’accroissent du douzième au vingtième jour, puis apparaît la caséification des parties centrales qui marque le début de la généralisation des lésions.
L’évolution est analogue dans le foie ou dans la rate (Yersin). Les bacilles s’arrêtent dans les capillaires; ils se multiplient sur place, déterminant un afflux de leucocytes qui dilatent les vaisseaux. A aucun moment, on ne reconnaît une multiplication karyokinétique ou une dégénérescence des cellules hépatiques. Vers la fin de la deuxième semaine, on rencontre des cellules géantes et une ceinture épithélioïde. Les animaux succombent avant que la caséification se soit produite.
Il résulte de ces constatations, que les cellules fixes des tissus ne jouent qu’un rôle de support passif, sans participer en rien à la néoformation tuberculeuse; suivant l’expression de Metchnikoff, « le tubercule est composé d'une réunion de phagocytes d’origine mésodermique, qui aflluent vers les endroits où se trouvent les bacilles, et les englobent (1) ».
L’extension des lésions tuberculeuses s'opère principalement par la voie lymphatique. Dans le poumon envahi (Borrel), la réaction secondaire est indiquée, dès que commence la caséification des granulations primitives, par un énorme développement des voies
(1) Cette théorie phagocytaire du tubercule est repoussée par un grand nombre d'histologistes. Ceux-ci admettent, avec Baumgarten, que l’édification première du tubercule s’effectue aux dépens et par la prolifération des éléments fixes des tissus. Les lymphocytes mobiles n’infiltrent le nodule tuberculeux que tardivement, et leur immigration ne constitue qu’un phénomène d’importance secondaire. Dans le poumon et dans le rein, ce sont les épithéliums et les endothéliums qui prolifèrent, par voie de karyokinèse ; dans la rate et dans les ganglions, ce sont les cellules aplaties des cloisons qui se multiplient; dans le foie, ce sont les cellules hépatiques et, accessoirement, celles de l’endothélium des capillaires.
Kockel formule la conclusion suivante, à la suite de ses recherches récentes sur l’histogenèse du tubercule dans le foie : « Aile tuberkulôsen Produkte in der Leber entstehen ausschliesslich durch Wucherung der Endothel- und Bindegewebszellen ; eine Beteiligung der Leberepithelien und Leukocyten am Aufbau der tuberkulôsen Gewebc ist unwahrscheinlich. »
RÉSISTANCE DU VIRUS
lymphatiques péribronchiques, périvasculaires et sous-pleurales. On rencontre, sur le trajet des vaisseaux, des granulations tuberculeuses greffées sur la paroi et développées dans les espaces lymphatiques. Les mômes accidents sont constatés autour des bronches. Les alvéoles participent au processus; les cellules lymphatiques épanchées dans les cavités deviennent l’origine des pneumonies alvéolaires tuberculeuses.
Les bacilles exercent leur action sur les tissus par l'intermédiaire de poisons très résistants, intimement liés à la substance de la cellule bactérienne. L’injection de bacilles tuberculeux tués par un chauffage prolongé à 130°, dans les veines du lapin, provoque des lésions identiques à celles qui sont déterminées par les cultures vivantes, la dégénérescence caséeuse y comprise; injectés dans le péritoine du lapin, du cobaye, du chien, les bacilles morts déterminent une péritonite tuberculeuse typique (1).
Certaines matières sont encore produites qui sont diffusées dans les organismes infectés; la nature de ces toxines et leur rôle dans la pathogénie sont à peine connus.
Résistance du virus (2). — Le bacille de Koch résiste énergiquement à la plupart des causes de destruction ; toutefois la résistance varie suivant l’origine des microbes et suivant les matières auxquelles ils sont associés.
La dessiccation ne détruit que lentement la virulence; des produits tuberculeux desséchés ou pulvérisés sont trouvés virulents pendant cent deux (Cadéac et Malet) et cent quatre-vingts jours (Schill et Fischer). Les crachats desséchés conservent leurs propriétés pendant neuf à dix mois à 25°, pendant deux mois à 30-35° (Pietro). La lumière solaire a une action plus marquée; le virus exposé en couche mince est rapidement détruit (Koch); des linges de toile et des étoffes imprégnés de crachats tuberculeux, exposés à l’action directe du soleil ont perdu leur virulence en 10-15 heuresetles bacilles sont tuésaprès 24-30 heures (Migneco).
Dans les sols, le bacille persiste pendant un long temps dans les matières en putréfaction; Cadéac et Malet constatent la virulence dans des poumons enfouis depuis cent soixante-sept jours.
(1) Straus et Gamaleia. Contribution à l’élude du poison tuberculeux. Archives de méd. expérim., 1801, p. 705.
(2) Yersin. Action de quelques antiseptiques et de la chaleur sur le bacille de la tuberculose. Annales de l'Institut Pasteur, t. II, 1888, p. 00. — Cadéac et Mai.et. Recherches expérimentales sur la virulence des matières tuberculeuses desséchées, putréfiées et congelées. Revue vétér., 1880, p. 1. — Recherches de Koch, Kôrster, Galtier, Vallin, Grancher et Ledoijx-Leiurd, Thoinot, Arloino, Bonhoff, Pietro, Migneco, Perrando...'
TUBERCULOSE
Le virus n’est détruit dans Veau que lentement; des cultures de tuberculose aviaire, mélangées à de l’eau de Seine stérilisée, sont encore virulentes après cinquante-deux jours à 8-12° et après soixante-dix jours à 15-20° (Chantemesse et Widal) ; de petits fragments de rate, immergés dans un bocal à une température de 3-8°, conservent leurs propriétés pendant dix-sept jours (Galtier) ; des fragments de poumon, également immergés, sont encore virulents après cent vingt jours (Cadéac et Malet).
La résistance à la chaleur est moins considérable. Le bacille aviaire est tué en vingt minutes à 60°, en cinq à dix minutes à 70°; il n’est pas modifié après douze heures de chauffage à 50° (Bonhoff). Le bacille d’origine humaine est tué par la chaleur humide à 100° en une demi-minute; la virulence est atténuée après un chauffage à 60° pendant cinq minutes. Les cultures desséchées soumises à la chaleur sèche sont plus résistantes; leurs propriétés persistent, bien qu’affaiblies, après un chauffage à 100° pendant deux et trois heures (Grancher et Ledoux-Lebard).
Dans les matières animales virulentes, fragments d’organes ou crachats, la destruction est facilitée ou retardée par diverses conditions, notamment par le degré d’acidité ou d’alcalinité des produits. Les expériences de Forster et de Man montrent que dans les pulpes d’organes, les crachats, le lait, la virulence est détruite :
A 55° en 4 heures.
— 65° — 20 minutes.
À 80° en 5 minutes.
Le froid n’a aucune action ; des fragments de tissus congelés à 2-12° sont encore virulents après vingt à trente jours (Galtier); dans l’eau, le virus résiste à cent vingt jours de congélation (Cadéac et Malet). Les antiseptiques ont des effets différents suivant qu’ils agissent sur le bacille isolé ou sur diverses substances virulentes. Dans les expériences de Yersin, l’antiseptique agit directement sur le bacille aviaire; les résultats sont les suivants :
Bacilles encore vivants
Antiseptiques. après :
Acide phénique à 5 p. 100 —
Alcool absolu —
Éther iodoformé à 1 p. 100 —
Éther S minutes.
Bichlorure de mercure à 1 p. 1000.. 5 —
Thymol à 3 p. 1000 2 minutes.
Eau saturée de créosote 1 heure.
— de naphtol p 1 —
Acide salicylique à 2,5 p. 1000 1 —
Acide borique à 4 p. 100 12 —
Bacilles tués après :
30 secondes.
1 minute.
5 minutes.
2 heures.
6 heures.
IMMUNISATION.
La destruction du bacille est plus difficilement obtenue dans les matières animales virulentes. Le « suc tuberculeux humain » est encore virulent après vingt heures de mélange (à parties égales) avec les solutions suivantes : sublimé corrosif à 1 p. 10 000, chlorure de sodium à saturation, acide phénique à 1 p. 10, acide salicylique à 1 p. 1000, iodure de potassium à 1 p. 4, permanganate de potasse à 1 p. 50 (Arloing).
En local clos, les cultures et les crachats sont stérilisés après vingt-quatre heures d’exposition à l’acide sulfureux produit par la combustion de 60 grammes de soufre par mètre cube. (Thoinot.)
Modifications de la virulence. Immunisation. — Une atténuation dans la virulence du bacille est observée dans diverses conditions ; elle se produit par le simple vieillissement des cultures.
Les tentatives d’atténuation expérimentale n’ont donné jusqu’ici aucun résultat (1).
Les nombreux essais d’immunisation à l’égard de la tuberculose peuvent être groupés dans les paragraphes suivants : 1° inoculations de virus affaiblis ou non pathogènes par leur origine ; 2° injection des toxines; 3° injection des sérums antiloxiques.
I. Virus affaiblis ou non pathogènes. — Les résultats de l’inoculation des produits scrofuleux (Arloing, Nocard) et les résultats obtenus par Gebhardt et Vyssokowick, à la suite de l’inoculation d’un petit nombre de bacilles, permettaient d’espérer une accoutumance des organismes par la pénétration de doses croissantes de virus. Les recherches de Grancher et Ledoux-Lebard et celles de S traus m ontrenl que le procédé est inefficace .
D’après Grancher et H. Martin, les inoculations successives au lapin de cultures aviaires vieillies, de virulence progressivement croissante, permettent de conférer une immunité partielle accusée par une longue survie de la plupart des animaux traités (un an et plus).
L’inoculation aux mammifères du bacille aviaire ou, réciproquement, du bacille des mammifères aux oiseaux ne confère pas l’immunité (Héricourtet Richet, chez le chien,... Auclair, chez la poule...).
IL Toxines. — L’inoculation des produits solubles fournis par le bacille est également impuissante à assurer l’immunisation. Daremberg (1889), Héricourt et Richet (1890) confèrent une certaine résistance au lapin par les injections sous-cutanées ou intra-veineuses de cultures stérilisées par le chauffage. Courmont et Dor (1890) obtiennent un résultat analogue par les inoculations au lapin de cultures dans l’eau glycérinée
(1) De Schweinitz et Schrœder (189G) obtiennent, « par une méthode spéciale de culture », un bacille qui ne tue pas le singe, le cobaye, la vache et le veau, bien qu’il cultive facilement et qu’il donne une tuberculine active.
Nocard et Leclainche. — 2e édit.
TUBERCULOSE
filtrées sur le Ghamberland. Ces résultats sont toutefois incomplets et incertains. Mafucci et Hammerschlag ne produisent aucun effet vaccinal avec des cultures stérilisées par le chauffage ou par le vieillissement. Enfin la tuberculine est également impuissante à procurer l’immunisation des organismes, dans quelque condition que ce soit.
III. Sérothérapie. — Depuis les premiers essais de Héricourt et Richet (1890), des dizaines de tentatives ont été faites dans le but d’obtenir l’immunisation à l’aide du sérum d’animaux traités par des inoculations virulentes (bacille aviaire pour les mammifères et réciproquement) ou par des injections de toxines. Aucun résultat certain n’a été obtenu jusqu’ici; quelques séries d’expériences donnent des espérances (survie des traités) qui s’évanouissent devant des tentatives nouvelles.
Il n'y a pas lieu de discuter les effets de l’inoculation du sérum d'animaux prétendus réfractaires, comme l’àne, la chèvre ou le mouton. Ces procédés sont inefficaces et peut-être dangereux; il est regrettable que les lois actuelles ne puissent atteindre les individus qui les exploitent.
La tuberculose des animaux a été considérée jusqu’ici comme une maladie incurable, et, en fait, les nombreuses médications préconisées se sont toujours montrées impuissantes. On peut prévoir cependant que des lésions récentes, telles qu’elles peuvent être décelées par la tuberculine, pourraient être guéries ou enrayées dans leur marche par un traitement approprié.
Les inoculations de tuberculine entreront probablement un jour dans la thérapeutique. Cette substance pourra être utilisée sous certaines conditions (tuberculose récente, tuberculoses locales), alors que ses effets sur l’organisme infecté seront plus complètement connus. L’action si remarquable qu’elle détermine au niveau des lésions spécifiques permet de prévoir sa puissante efficacité contre certaines d’entre elles.
Prophylaxie.
Les règles d’une prophylaxie certainement efficace des tuberculoses animales sont faciles à préciser à l’heure actuelle. La maladie peut être prévenue, chez toutes les espèces, par l’emploi de mesures sanitaires exactement déterminées.
Les modes de l’intervention sont discutés en ce qui concerne les bovidés seulement; pour les autres espèces les indications préventives se réduisent à quelques précautions très simples.
a) Bovidés. — La prophylaxie vise un double but : chasser la
PROPHYLAXIE
tuberculose des étables envahies; l’empêcher de pénétrer dans les étables saines ou assainies.
L’emploi systématique de la tuberculine permet d atteindre ce résultat à coup sûr. Des expériences directes et des milliers d observations montrent que les inoculations sont absolument inoffensives pour les animaux et qu’elles ne troublent en rien la lactation, la gestation et l’engraissement (1). Il est indiqué de soumettre à la tuberculine tous les bovidés, quels que soient leur mode d’utilisation et leur état apparent de santé. Des exemples nombreux montrent que des étables considérées comme indemnes par les observateurs les plus attentifs renferment en réalité jusqu’à 20 et 50 p. 100 de tuberculeux.
Les animaux reconnus sains sont isolés des malades ; on leur affecte une étable spéciale, neuve ou soigneusement désinfectée. A défaut, on peut diviser l’étable commune en deux compartiments, par une cloison pleine occupant toute la hauteur du bâtiment; chaque section doit avoir une entrée spéciale et posséder des ustensiles et un personnel distincts. Les veaux, nés de vaches tuberculeuses, peuvent être placés dans l’étable des animaux sains, à la condition d’être séparés des mères aussitôt après la naissance et d’être nourris avec du Jait bouilli. Jusqu’à complète disparition de la tuberculose, les sujets indemnes, les veaux y compris, seront soumis, chaque année, à l’épreuve de la tuberculine. Il est possible en effet que quelques sujets, contaminés peu avant la première épreuve, n’aient pas réagi à celle-ci en raison de l’absence des lésions. La seconde épreuve les dénoncera avant qu’ils soient devenus dangereux.
Les animaux condamnés par la tuberculine sont soumis à un examen clinique minutieux et divisés en deux lots : a) Ceux qui présentent un symptôme quelconque pouvant être rattaché à la tuberculose toux fréquente, jetage ou expectoration, engorgement ou induration des ganglions ou des mamelles, signes stéthoscopiques, etc.) seront préparés pour la boucherie, de façon à s’en débarrasser au meilleur compte, le plus tôt possible. — b) Ceux qui ne présentent aucun symptôme extérieur peuvent être conservés ; ces animaux n’ont pour la plupart que des lésions peu accusées,
(1) Nocard. Sur ta tuberculine. Comptes rendus du 111° Congrès pour l’étude de la tuberculose, 1893, p. 145. — J. Law. ëx périment s wit/i tuberculin on non-tuberculous cows. The veterin. Magazine, t. II, 1895, p. G7. — A. de Schweinitz. The effecl of tuberculin injections upon the milk ofhealthp and diseased cow. U. S. Departm. of agric., Bulletin n» 13 1896, p. 15. — E. Zsciiokke. Zur Tuberkulosebekümpfung. Archiv fur Thierheilk. 189<;' p. 97. — Muller. Einfluss der Tuberc.ulinimpfunçj auf die llilchmenqe der Kühe. Deutsche thierârztl. Wochenschr., 1896, p. 415.
TUBERCULOSE
parfois insignifiantes ; ils pourront continuer à être utilisés, sans gros danger, pour la production du travail ou du lait; on pourra même conserver les vaches pleines et garder leurs veaux en toute sécurité, à la condition de les isoler des mères dès leur naissance, de leur donner une nourrice saine ou de les nourrir au seau ou au biberon, avec du lait bouilli.
On procède à une désinfection complète dès que les malades ont quitté l’étable. Celle-ci comprend le nettoyage des sols et des parois, complété par un lavage à l’eau bouillante, à la brosse et au balai dur, de toutes les surfaces accessibles, puis l’irrigation avec des solutions antiseptiques. L’acide phénique, la créoline et le lysol en solution à 4 p. 100 sont de bons désinfectants ; leur action est considérablement accrue si l’on chauffe les solutions au moment de leur emploi. La désinfection est complétée parle dégagement de vapeurs sulfureuses dans les locaux hermétiquement clos (40 à 60 grammes de soufre par mètre cube). 11 est bon deprocéder à la réfection des sols en terre battue ; les anfractuosités des parois, des murs de face ou de soutènement sont comblées avec le ciment.
La tuberculose étant chassée de l’étable, on devra l’empêcher d’y rentrer et la tuberculine permettra d’éviter une infection nouvelle. Ici encore il faut considérer systématiquement comme suspect tout animal nouvcauqui doit être introduit dans l’élevage, en dépit de sa provenance et de son état de santé apparente. La porte de l’étable ne doit lui être ouverte que lorsqu’il a subi l’épreuve critère de la tuberculine.
Les autres modes d’introduction de la tuberculose seront facilement prévenus; ils sont spéciaux pour la plupart à certaines conditions de l’exploitation. La contagion d’une étable à une autre, voisine ou attenante, est empêchée par des mesures sanitaires fort simples (apport du virus par les eaux, les personnes...). Le séjour des animaux dans des cours contaminées ou renfermant des fumiers infectés, l’usage d’abreuvoirs communs seront interdits. Le séjour prolongé des animaux dans les troupeaux renfermant des malades (troupeaux communaux) est encore une cause possible, mais peu efficiente de la contagion. Enfin l’accès habituel des étables sera défendu aux personnes tuberculeuses, capables de répandre des crachats virulents.
L’épreuve par la tuberculine devra être renouvelée de temps à autre dans les étables. Alors que l’effectif est nombreux, il est prudent de pratiquer chaque année les inoculations; une nouvelle
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épreuve s’impose si les conditions de l’exploitation sont telles que des modes de contagion indirecte puissent être redoutés (pâturages communs, etc...).
Ces règles prophylactiques si simples suffiraient, si elles pouvaient être partout appliquées, à faire disparaître en quelques années la tuberculose des bovidés. L’on ne peut malheureusement espérer un pareil résultat. La nécessité d’une intervention des pouvoirs publics est reconnue par tous et les modes pratiques de cette intervention sont en ce moment discutés.
Deux systèmes sanitaires sont actuellement en vigueur dans différents Etats. Dans l’un, la prévention obligatoire est assurée par des mesures sanitaires applicables aux animaux malades et contaminés ; dans l’autre, la prévention libre est assurée par les propriétaires eux-mêmes et l’État n’intervient qu’en aidant ceux-ci par ses conseils et par ses subventions (1).
Le système de la prévention obligatoire a été ou est expérimenté aux Etats-Unis et en Belgique (2). Le Massachusetts ordonne dès 1892 la création d’inspecteurs locaux et l’abatage des animaux tuberculeux, avec une indemnisation fixée à la moitié de la valeur parlaloide 1894 (maximum 500 francs). A partir du 4 octobre 1894, l’épreuve par la tuberculine est appliquée à tous les cas de suspicion signalés par les inspecteurs locaux et à tous les animaux importés ; les animaux qui ne réagissent pas sont marqués ; ceux qui réagissent sont abattus. La loi portait que tout le bétail de l'État serait progressivement éprouvé ; cependant les opérations de la commission ont été suspendues en 1897 à la suite de divers conflits. Les résultats obtenus ne sauraient être appréciés.
En Belgique, un arrêté du 30 octobre 1895 prévoit l’abatage immédiat des animaux « cliniquement tuberculeux » et celui des « cliniquement suspects » qui réagissent à la tuberculine (art. 12 et 13); les animaux simplement dénoncés par la tuberculine doivent être abattus dans le délai d’un an (art. 20). Ces mesures trop
(1) Voir sur ce sujet : Bang. La lutte contre la tuberculose en Danemark (trad. française). Genève, 1895. — Zürn. Die Tuberculose der Ilausthieren und deren Vorbeuge, Leipzig, 1895. — Bang. Die Verwendung des Tuberculins... Deutsche Zeitschr. fur Thiermed.,t. XXII, 1895, p. 1. — lu. Rapport au Congrès de Berne, 1 89G. — Voges. Der Kampf gegen die Tuberkulose des Rindviehs, lena, 1897. — Mouton. De waarde van het tubcrculinum als diagnosticum. Leyde, 1897. — Van der Hagen et Van Herwerden. Rapport over de inspuiting van tuberculine bij het rundvee,... Tijdschrift voor Veeartsenijk., t. XXIV, 1897, p. 383. — Siedamgrotzky. Die hygienische und veteriniirpolizeiliche Bekümpfung der Tuberculose... Berliner thierarztl. Wochenschr., 1897, p. 582.
(2) Il est impossible de tenir compte des mesures sanitaires appliquées en France, le décret du 28 juillet 1888 ne visant que les animaux cliniquement tuberculeux’ (V. Législation. Circulaire ministérielle du 4 août 1897.)
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sévères ne purent être longtemps appliquées ; un nouveau règlement est promulgué, le 10 août 1897, qui atténue notablement les rigueurs anciennes. Désormais l’épreuve par la tuberculine des animaux cliniquement suspects ou simplement contaminés n’est pratiquée que sur le consentement clu propriétaire ; l’abatage de ceux qui réagissent n’est soumis à aucune condition de délai, « aussi longtemps qu’ils ne présentent pas de signes cliniques de la tuberculose ». Une excellente disposition consiste en l’interdiction de la vente des animaux atteints ou suspects. Il n’est pas douteux que l’application de ces mesures donne d’excellents résultats et la campagne vaillamment entreprise par la Belgique constitue une expérience du plus haut intérêt.
La plupart des Etats ont reculé devant une intervention active qui exige des sacrifices considérables. L’Allemagne, malgré sa puissante organisation sanitaire, n’a pas jugé possible d’entreprendre la lutte contre une affection qui ruine cependant son élevage ; le ministère prussien s’est contenté de répandre une instruction populaire destinée à éclairer les agriculteurs sur les modes de la prophylaxie et sur son importance économique (1). D’autres pays, comme la Suède, le Danemark, la Norvège et la Suisse, encouragent la prévention en prenant à leur charge les frais de l’épreuve des animaux par la tuberculine. Grâce aux efforts du professeur Bang, l’emploi de la tuberculine a pris en Danemark une extension considérable; en juin 1897, 160000 bovidés avaient été soumis à l’épreuve. En Norvège, on éprouve en 1895-1896 un total de 30787 animaux, répartis dans 2195 étables. En Suisse, le système n’est appliqué qu’en juillet 1896; quelques centaines de bovidés seulement ont été éprouvés jusqu’ici.
Les expériences réalisées montrent déjà que l’intervention de l’État est nécessaire. La prévention libre, par les soins des propriétaires, est théoriquement possible, mais elle exige tant de discernement, de volonté et de sacrifices qu’il est chimérique d'en escompter les effets. Les résultats obtenus dans un pays de grande industrie laitière, comme le Danemark, ne sauraient être espérés ailleurs. Il faut prévoir au contraire l’inertie, la résistance et l’hostilité du plus grand nombre.
L’action sanitaire doit être engagée suivant un plan nettement arrêté et avec une extrême prudence. En France, des mesures préparatoires sont seules immédiatement applicables. Une première
(1) La Chambre d’agriculture du Schleswig-Holstein, le gouvernement canadien et le Conseil de santé de New-York ont publié des brochures semblables.
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mesure s’impose: l’interdiction du commerce des animaux affectés. Les animaux reconnus tuberculeux par la tuberculine ou par un autre mode doivent être recensés et marqués; ils doivent rester chez leur propriétaire jusqu'à leur utilisation pour la boucherie. Il est h remarquer que la vente des animaux tuberculeux n’est permise en droit que grâce à une série de dispositions légales incoordonnées qui aboutissent à la protection de la contagion et à la validation de contrats parfaitement iniques. La loi spéciale du 2 août 1884 permet aux vendeurs d’échapper aux dispositions de l’article 1641 du Code civil, bien que la tuberculose, « vice caché et grave », possède au plus haut degré le caractère rédhibitoire; d’autre part, la loi du 31 juillet 1895 place la tuberculose sous un régime tel qu’en fait la vente d’un bovidé affecté de tuberculose, maladie réputée contagieuse, est cependant inattaquable dans l’immense majorité des cas. L’interdiction de la vente, sauf pour la boucherie, ne constituerait donc qu’un retour au droit commun; elle satisferait à la fois l’équité et les intérêts delà police sanitaire.
Il serait utile aussi d’encourager la prophylaxie libre de la tuberculose en accordant aux propriétaires qui désirent assainir leurs étables une indemnité partielle, en raison des dommages éprouvés par la mévente ou la perte des animaux affectés, sacrifiés pour la boucherie. L’indemnité doit nécessairement n’être accordée qu’une fois pour toutes et pour l’effectif existant au moment de l’intervention ; le propriétaire peut éviter l’introduction de nouveaux malades dans l’étable; on ne saurait l’encourager à entretenir la maladie. Ces mesures très simples présenteront déjà de graves difficultés d’application, résultant de l’anarchie des services sanitaires français ; les suivantes seraient encore plus difficilement applicables dans l’état actuel.
La recherche systématique et l’assainissement obligatoire des étables infectées marquent la phase décisive de l’action sanitaire. L’inspection obligatoire des abattoirs, des tueries particulières, des foires et marchés permettra de découvrir par milliers les exploitations infectées. Les modes de l’intervention ne sauraient être prévus en détail ; sans doute cette lutte offensive contre la contagion nécessitera l’emploi de la tuberculine dans tous les milieux infectés, l’abatage immédiat ou différé des malades cliniquement tuberculeux, la séquestration des malades et l’indemnisation conditionnelle. La France pourra profiler des expériences qui se poursuivent chez des nations voisines ; il faut espérer qu’elle rachètera ses hésitations actuelles par la sûreté de ses décisions le
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jour où elle devra entreprendre cette lourde et inévitable tâche.
En outre de ces indications prophylactiques générales, d’autres mesures d’application facile donneront des résultats immédiats. La surveillance sanitaire des vacheries destinées à la production du lait consommé en nature peut être assurée parles maires, dans les villes et dans les banlieues. L’accès des pâturages communaux et l’admission dans le troupeau commun peuvent être refusés aux animaux provenant des étables contaminées. Il serait utile aussi d’imposer l’épreuve de la tuberculine aux taureaux livrés à la monte publique (1) et à tous les reproducteurs concourant pour l’obtention des primes accordées par l’Etat ou par les départements. L’épreuve imposée aux frontières pour les animaux d’élevage importés est parfaitement justifiée et elle est prescrite à l’heure actuelle par la plupart des Etats (2).
b) Porc. — La tuberculose procède à peu près exclusivement de l’ingestion de matières virulentes. La maladie est d’une fréquence extrême dans les pays de grande industrie laitière; malgré la pasteurisation, le lait servant à la fabrication du beurre est souvent chauffé à une température inférieure à 85°, minimum nécessaire pour tueries bacilles. Le mélange des laits provenant de toutes les exploitations syndiquées entraîne la contamination en masse du résidu (lait de beurre) distribué aux éleveurs. Le chauffage du « lait de beurre » à 85-100° suffirait pour éviter l’infection (3).
La nourriture des porcs avec des débris d’abattoirs ou de clos d’équarrissage comporte les mêmes dangers. Dans ce cas encore la stérilisation desalimentsparle chauffage estpratiquement réalisable.
Dans une porcherie infectée, l’abatage des sujets exposés et la désinfection des locaux sont indiqués. Les reproducteurs pourrontêtre conservés s’ils résistent à l’épreuve de la tuberculine.
c) Cheval. Mouton. Chèvre. — L’infection résulte d’un séjour prolongé à proximité de bovidés atteints ou d’une alimentation habituelle par des matières souillées. La transmission est prévenue par des mesures élémentaires d’isolement.
(1) Un certain nombre de taureaux reproducteurs ont été éprouvés par la tuberculine dans les provinces de Posen et de Silésie : 38 Simmenthal donnent 12, G p. 100 de tuberculeux ; la proportion est de 24,1 p. 100 pour 9G taureaux de la race rouge et de 52,03 p. 100 pour 23 taureaux hollandais (Marks).
(2) Des mesures très simples pourraieut sauver les quelques populations qui ont échappé jusqu’ici au fléau. Ortolani (1897) demande avec raison qu’on protège la Sardaigne et la Sicile, presque totalement indemnes, en soumettant à la tuberculine les reproducteurs importés. En France, on eût pu sauver de la contagion quelques races, les Salers notamment.
(3) Henriques et Stribolt. Appareil à pasteuriser automatique. Anal, in Revue de la tuberculose, 1897, p. 172.
d) Carnassiers. — Chez le chien et chez le chat, la tuberculose procède d’une infection par les aliments ou par l’homme. On évitera de donner aux animaux du lait cru et surtout des viscères provenant de bovidés (poumon, foie, rate). La contamination par l’homme se produit dans des conditions telles qu’elle ne comporte aucune indication préventive.
e ) Oiseaux. — La maladie est importée dans l’élevage par un sujet affecté; il est indiqué de faire subir toujours aux animaux introduits une quarantaine d’observations d'un mois au moins. Il est prudent de considérer comme possible l’infection par les crachats ou les déjections de personnes tuberculeuses; on étendra la même suspicion aux débris animaux qui entrent dans l’alimentation.
Dès que la maladie apparaît dans une basse-cour, il convient de sacrifier tous les animaux et de désinfecter les locaux. 11 est dangereux de conserver les animaux contaminés ; sains en apparence, ils présentent en réalité des lésions limitées qui suffisent pour entretenir la contagion.
Transmission à, l’homme.
La transmissibilité de la tuberculose des animaux à l’homme est surabondamment démontrée par les faits d’observation ; mais l’importance des rapports étiogéniques qui existent entre la tuberculose humaine et les tuberculoses des mammifères est difficile à préciser. Il résulte de quelques études statistiques qu’il existe, en diverses régions, une relation très nette entre la fréquence de la tuberculose humaine et celle de la tuberculose des bovidés. Bayard (1), qui a réuni sur ce sujet de nombreux documents, a montré que, dans le duché de Bade et en Bavière, les courbes qui expriment la fréquence des tuberculoses humaine et bovine dans les divers cantons se superposent exactement. Alors même qu’elle serait constante, cette relation est loin d’être univoque ; elle peut être interprétée dans le sens d’une transmission de l’homme aux animaux ou des animaux à l’homme ; elle peut être aussi rapportée à l’influence de causes locales favorisant à la fois l’infection chez toutes les espèces.
L’analyse des divers modes de la transmission des animaux à l’homme permettra de mieux apprécier l’importance de leur rôle. La contagion à l’homme résulte soit d’une inoculation accidentelle de
(I) Bayard. Ueber die localen Beziehungen zwischen der Perlsucht und des Tuberculose des Menschen. Archiv fur Thierheilk., t. XV, 1889, p. 1.
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matières virulentes, soitde la cohabitalion avec des animaux malades, soit de Y ingestion de produits animaux virulents, comme le lait ou la viande.
a) Inoculation. — Quelques faits précis démontrent l’inoculabilité de la tuberculose des bovidés par effraction tégumentaire. Pfeiffer, puis Tscherning ont constaté, chez des vétérinaires, une évolution tuberculeuse locale, consécutive à une inoculation accidentelle pendant l’autopsie de bovidés tuberculeux (1). Les bouchers, les équarrisseurs sont exposés à des inoculations semblables et il est certain que de nombreux exemples d’une transmission par ce mode restent méconnus. Il faut remarquer cependant que le virus tuberculeux se développe difficilement dans le tégument cutané et que les blessures superficielles restent stériles. Les inoculations profondes (piqûres, coupures graves) sont seules dangereuses ; elles aboutissent à une évolution localisée (obs. de Tscherning) ou à la généralisation des lésions (obs. de Pfeiffer).
b) Cohabitation. — Tout ce que l’on sait quant à l’étiologie de la tuberculose montre que la cohabitation habituelle et prolongée avec des malades constitue le mode ordinaire de la contagion. La transmission s’effectue entre animaux de même espèce ou d’espèces différentes (bovidés au cheval, au mouton,...) ; elle s’effectue aussi de l’homme aux animaux (homme aux bovidés, au chien...). La possibilité d’une contamination de l’homme par les animaux est rendue par là même évidente, mais l’étendue de son rôle est indéterminée.
Une contagion des bovidés à l’homme est à craindre dans les étables gravement envahies, abondamment souillées de virus, alors que les individus passent un long temps dans les locaux infectés et que ceux-ci sont mal entretenus, obscurs et insuffisamment aérés. C’est donc seulement dans certaines conditions d’entretien des animaux que la transmission esta redouter. Dans les régions où le bétail vit pendant presque toute l’année dans les pâturages, dans celles où les habitudes sont telles que les personnes ne séjournent pas dans les étables, une infection est peu à redouter. On s’explique que Bollinger n’ait pas constaté une fréquence anormale de la tuberculose dans les familles des herbagers bavarois qui entretiennent un bétail contaminé. En d’autres pays, au contraire, la stabulation est permanente, certaines personnes restent constamment dans l’étable et elles y couchent souvent; les individus sont exposés
(1) Nocard. Les tuberculoses animales , p. 121.