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CHAPITRE XVII

ACTINOMYCOSE

L’ actinomycose est due à l’envahissement des tissus par un parasite appartenant au genre Streplothrix ; elle est caractérisée par la présence de suppurations et de néoformations inflammatoires en divers milieux.

L’affection est observée chez diverses espèces animales et chez l’homme ; elle atteint de préférence les bovidés, sous une forme sporadique ou sous celle d’enzoolies peu étendues.

Historique. — Depuis longtemps, les vétérinaires ont observé et décrit chez les bêtes bovines des tumeurs d'aspect particulier, siégeant au niveau des os de la mâchoire et de la face.

En 1826, U. Leblanc (1) donne une description de ces tumeurs qu'il désigne sous le nom d’ ostéosarcome^ ; il les rapporte à l'action de traumatismes de divers ordres (coups de sabot ou d’aiguillon, coups de corne...). Celte étiologie est acceptée dans la suite par la plupart des auteurs et quelques-uns seulement invoquent les diathèses cancéreuse (Lai’osse, Zundel) ou tuberculeuse (d’Arboval, Delwart, Williams...).

En 1868, Rivolta, de l’Ecole vétérinaire de Pise, signale la présence dans les tumeurs « d’éléments en forme de bâtonnets », sans paraître attribuer à celle constatation aucune importance. Perroncito 1875), rencontre dans les mêmes tumeurs des « productions cryptogamiques, formées d’un disque proligère d’où partent des filaments courts, dont l’extrémité se renfle et devient globuleuse ». En même temps, Rivolta revient sur sa première étude et il décrit les parasites comme des « corpuscules discoïdes, composés de bâtons rameux ». Deux ans plus tard, Bollinger (2) reprend ces recherches ; il démontre la présence constante, dans les tumeurs de la mâchoire du bœuf, d’un champignon parasite que le botaniste Harz dénomme A ctinomyces bovis et la maladie reçoit le nom d'actinomycose.

Les observations d’actinomycose de la mâchoire se multiplient depuis

(1) U. Leblanc. Tumeurs des mâchoires observées dans l'espèce bovine. Journ. de méd. vêt., 182G, p. 333.

(2) Bollinger. Ueber eine neue Pilzkrankheit beim Rinde. Deutsche Zeitschr. f Thierm., t. III, 1877, p. 334.

ACTINOMYCOSE.

celte époque, et l'affection est reconnue pour la première fois en France par Nocard, en 1884. Des altérations de même origine sont rencontrées chez le bœuf dans divers tissus, notamment dans la langue, le pharynx, la parotide, le poumon,... tandis que l’actinomycose est constatée chez l’homme et chez diverses espèces domestiques.

En 1885, Thomassen, d’Utrecht, apporte une donnée nouvelle de la plus haute importance : l’iodure de potassium exerce une action spéci- (îque sur les lésions actinomycosiques ; il permet d’obtenir la guérison dans presque tous les cas.

De nombreuses recherches sont consacrées, en ces dernières années, à la biologie de Y Actinomijces et à l’étude clinique de l’actinomycose chez les différentes espèces.

Bactériologie. — L ' Actinomyces bovis de Iiarz appartient au genre Strepioihrix de Colin et il peut être dénommé Streptothrix bovis (1).

Dans les foyers de suppuration, l’actinomyces se présente sous la forme d’amas jaunâtres, d’aspect mûriforme, constitués euxmêmes par de petites touffes ayant environ 1/10° de millimètre de diamètre. Ces granulations sont formées d’une masse centrale filamenteuse et de ramifications divergentes terminées par des renflements en massue. Les Filaments centraux forment un feutrage épais ; ils sont courbés, ondulés, ramifiés et représentent un véritable mycélium. La partie périphérique est formée par des crosses, ou massues, piriformes ou sphériques, constituées par un renflement de l'extrémité libre des filaments. Dans certains tissus, les renflements font complètement défaut et le streptothrix est représenté par un amas de filaments mycéliens ramifiés. Les spores sont formées par la segmentation de filaments spéciaux, simples ou ramifiés, différents des filaments végétatifs. Les ren-

(t) Pour se conformer aux règles de la nomenclature botanique, Sauvageau et Radais remplacent le nom de Streptothrix, antérieurement appliqué à un genre de champignon hyphomycète, par celui de Oospora, employé déjà par Wallroth. Ils séparent nettement le parasite des algues pour le ranger parmi les champignons hyphomycètes.

Blanchard fait remarquer que si les streptothrix ont en effet une grande ressemblance avec les Oospora , ils s’en distinguent par leurs dimensions beaucoup plus restreintes ; il croit que Trévisan a eu raison de créer pour eux, en 1889, le genre Nocardia, lequel comprendrait les streptothrix du farcin du bœuf (N. farcinica), de l'actinomycose (iV. bovis), du Pied de Madura [N. Maduræ), d'Eppinger [N. asteroides ), de Griïber (N. Gruberi ), etc., etc...

Sauvageau et Radais. Sur les genres Cladothrix , Streptothrix, Actinomyces . Annales de l'Institut Pasteur, t. VI, 1892, p. 242. — R. Blanchard, in Traité de path. génér. de Bouchard, t. 11, 1896, p. 853.

Pour ce qui concerne la morphologie de l’actinomyces, consulter le travail de Coppen Jones. Ueber die Morphologie und systernatische Sle/lung des Tuberkelpilzes . Centralblatt fur Bakter., t. XVII, 1895, p. I et 10 (avec bibliogr.).

ÉPIDÉMIOLOGIE. 660

llements terminaux des filaments, surtout observés dans le pus, représentent des formes d évolution.

Le streptothrix se colore par les méthodes de Gram et de Weigert.

Les cultures sont obtenues en présence et en l’absence de 1 air; elles présentent, sur les différents milieux, des caractères assez variables suivant l’origine de la semence. Sur la gélose glycérinée, on obtient, en quelques jours, des colonies arrondies, un peu saillantes à la surface, qui semblent plonger dans l’épaisseur du substratum; elles sont sèches, et de couleur blanc sale. Sur le sérum, on voit également se développer des masses d’un blanc sale, qui deviennent ensuite jaunes ou rougeâtres. Sur la pomme de terre, la culture donne une couche épaisse, sèche, plissée ou verruqueuse, d’une belle couleur jaune soufre. En bouillon-peptone-glycèrine, l’actinomyces se développe en petits amas arrondis, de couleur blanc grisâtre, difficiles à dissocier, qui ne troublent jamais la limpidité du milieu.

Les inoculations ne transmettent que difficilement l'infection chez le veau, le lapin et le cobaye.

Espèces affectées. — Les bovidés adultes sont particulièrement exposés à l'infection. La maladie affecte, en général, un caractère sporadique; cependant elle apparaît aussi sous la forme d'enzooties limitées à une étable ou à une région peu étendue.

L’affection est moins commune chez le cheval et chez le porc.

La maladie est tout exceptionnelle chez le mouton. L’actinomycose du foie est signalée chez le cerf ( Schreiber) ; la localisation sur les maxillaires est rencontrée au Chili chez le lama et le guanaco (Monfallet; inéd.).

Chez l 'homme, l’actinomycose est signalée dans tous les pays. Longtemps méconnue en France, la maladie est reconnue en 1888, par Lucet, vétérinaire h Courtenay; elle est aujourd’hui bien connue des cliniciens et courammeni observée en certaines régions.

Distribution géographique. Épidémiologie. — La maladie est signalée, dès le commencement du siècle, en France et dans toute l’Europe. En 1858, le « cancer épizootique de la langue » est observé à l’état enzootique dans l’Amérique du Nord (Floride et Géorgie).

Les nombreux travaux dont l’actinomycose a été l’objet en ces dernières années établissent que la maladie est répandue sur l’ancien et le nouveau continent. La répartition est d'ailleurs irrégulière et il existe de véritables « centres d’infection ». On observe aussi une prédominance de chacune

ACTINOMYCOSE.

des localisations anatomiques habituelles (mâchoires, langue, pharynx) suivant les foyers considérés.

En France , les tumeurs des maxillaires sont surtout observées. Les statistiques recueillies au marché de la Villetle donnent une proportion globale de 0,72 pour 1000; les races mancelle (2,94 p. 1000), hollandaise (1,82 p. 1000), normande (1,52 p. 1000) fournissent les plus hauts chiffres. Les localisations sur la langue, le poumon et les viscères sont tout à fait exceptionnelles. Les documents recueillis ne permettent pas encore l'étude géographique de la maladie.

En Allemagne , les tumeurs des mâchoires sont communes en Silésie (Ponfick) ; les localisations maxillaire et linguale sont très répandues dans la Franconie, le Palatinat (Immingcr), la Bavière (Claus); les altérations pharyngiennes et parotidiennes sont rencontrées chez 5 p. 100 des bovidés dans certains districts, vers l’embouchure de l’Elbe (Carsten Harms).

La maladie est fréquente en Danemark ; elle sévit à l’état enzootique dans les environs d’Aalborg et de Limfîorden (Bang).

La Suède accuse, de 1890 à 1892, 3 500 cas d’actinomycose des bovidés, avec 626 morts (Vennerholm).

Toutes les formes cliniques sont signalées en Ilalie ; l’actinomycose delà langue est fréquente en Lombardie (Faletti).

En Angleterre , les actinomycomes des mâchoires sont trouvés par Crookshank chez 8 p. 100 des bovidés de Norfolk ; l'infection est répandue dans la plupart des comtés.

En Russie , la maladie est signalée en différentes régions. Mari et Késévitch trouvent à l'abattoir de Moscou:

Bovidés

Cas

Proportion

Années.

examinés.

d’actinomvcose.

des malades.

Par contre, 1

Ekkert, à Varsovie

, ne rencontre

qu’une proj

0,02 p. 100 chez le bétail des steppes et de 0,01 p. 100 chez les bovidés lithuaniens. L’actinomycose est regardée comme fréquente dans les gouvernements de Saratoff (Kouritsine) et de A oronège (Korsak).

L’Amérique du Nord est infectée à un haut degré. On trouve des lésions chez 2 p. 100 des animaux expédiés du Canada en Angleterre (Barrett). Sur les marchés de Chicago, des milliers d’animaux affectés sont saisis chaque année.

Au Chili , l’actinomycose des mâchoires est fréquente chez les bovidés : la localisation pulmonaire est rencontrée chez le porc (Monfallet).

SYMPTÔMES

Étude clinique.

Les signes cliniques de l’actinomycose doivent être successivement étudiés chez les diverses espèces affectées et suivant chacune des localisations observées.

§ 1. — Actinomycose chez les bovidés (1).

Les altérations siègent sur le maxillaire , sur la langue , sur le pharynx, et dans les parties molles de la région supérieure du cou. Les lésions viscérales sont exceptionnelles.

a) Actinomycose des mâchoires. — Cette localisation correspond aux tumeurs des mâchoires anciennement étudiées sous les noms d 'ostéosarcome, cancer des joues, loupe... Cette forme est la plus communément observée en France.

L’actinomycose débute par une tuméfaction inflammatoire située sur l’un des maxillaires, au niveau des racines molaires. La tumeur est dure, peu étendue, accompagnée de sensibilité de la région et d’une difficulté croissante de la mastication. Elle s’accroît lentement, pour acquérir parfois un volume considérable; en même temps, ses caractères se modifient; certains points deviennent fluctuants, les parties voisines conservant leurs caractères primitifs. Des abcès s’ouvrent à l’extérieur; ils donnent un pus liquide, sanieux, mêlé de petits grains jaunâtres. La sonde, engagée dans les orifices, pénètre dans des trajets fistuleux irréguliers, séparés par des tissus mous et par des trabécules osseux friables.

Les tumeurs persistent dans cet état; les dents sont mobiles dans les alvéoles; la mastication, unilatérale, devient de plus en plus difficile; les animaux maigrissent. Les orifices fistuleux sont comblés en partie par des bourgeons charnus saillants, noirâtres; la suppuration continue. Plus tard encore, les ganglions s’abcèdent; des œdèmes apparaissent dans les parties déclives et les malades doivent être sacrifiés.

L’évolution est lente; la tumeur n’entraîne qu’après plusieurs mois des troubles fonctionnels graves. La guérison spontanée est rare.

(1) .Ioiine. Die Actinomykose oder Slrahlenpilzerkrankhe.it. Deutsche Zeitschr. fiir Thiermed., t. \ II, 1S82, p. 141. — Jensen. Zur Kenntniss der Actinomycose . Monatshefte fur Thierheilk., t. IV, 1893, p. 16G.

ACTINOMYCOSE.

M Actinomycose de la langue (1). — Les premiers troubles consistent en une difficulté des mouvements de la langue lors de la préhension de certains aliments, bientôt suivie d’une tuméfaction de l’auge et d’une salivation de plus en plus abondante.

Après une ou deux semaines, la préhension des aliments solides devient difficile; la mastication est lente et incomplète; la déglutition est pénible; les liquides seuls sont pris sans trop de peine. Les mouvements de's mâchoires sont peu étendus; la langue ne peut sortir de la cavité pour saisir certains aliments (légumes, barbotages, grains); une salive visqueuse s’écoule abondamment hors de la bouche ; la cavité de l’auge est œdématiée et complètement effacée. A l’examen direct, on trouve la langue volumineuse, dure, rigide, hérissée sur ses parties latérales de petites nodosités tuberculiformes, d’un blanc jaunâtre, enchâssées dans la muqueuse; celle-ci est couverte d’ulcérations superficielles disséminées. L’appétit est conservé; mais l’animal est incapable d’ingérer une quantité suffisante d’aliments et il maigrit rapidement.

A la période ultime, la langue tuméfiée a doublé de volume; elle sort de la bouche toujours béante; la région de l’auge est remplie par une masse cylindrique dure. La surface de la langue est lisse, dépouillée en partie de ses papilles, parsemée de petites plaies d’apparence ulcéreuse, isolées ou conlluentes, du diamètre d’une tête d’épingle à celui d’une lentille. On voit, sur les côtés, des plaies dues au contact des dents molaires. La préhension des aliments et la déglutition sont à peu près impossibles.

La marche de la maladie est rapide. Après quelques semaines, les animaux épuisés doivent être sacrifiés ou ils succombent à l’inanition. La guérison spontanée est possible, mais tout exceptionnelle.

c) Actinomycose du pharynx. — Le développement des actinomyces dans le pharynx et dans les tissus voisins provoque des accidents variables suivant le siège et le volume des néoformations.

La localisation sur la muqueuse du pharynx et dans les parties supérieures de l’œsophage (Siedamgrotzky et Johne) est exprimée par des troubles de la déglutition et par une tuméfaction peu marquée de la région. Les tumeurs du pharynx sont reconnues

(1) Plus rarement observée en France que la l'orme précédente, l’actinomycose de la langue est connue depuis longtemps en Angleterre, en Allemagne et en Italie, sous les dénominations populaires de langue de bois (wooden-tongue, Ilolzzunge) et de mal de crapaud (mal di rospo), exprimant l’impotence fonctionnelle de l’organe. Les anciennes observations de cancer de la langue doivent être rapportées en grande partie à l’actinomycose. La maladie est déjà bien décrite par Stocktleth dans son Traité île chirurgie; elle est étudiée ensuite en Allemagne par Bollinger (1870) et en Angleterre par Wortley Axe ( 1 88*2) .

SYMPTÔMES

directement par l’exploration buccale; de consistance fibreuse, elles varient quant à leurs dimensions du volume d’un grain de mil à celui d’un œuf d’oie ( polypes , lymphomes de Garsten Ilarms).

L’envahissement des parois du pharynx, souvent accompagné de lésions analogues des ganglions et des tissus voisins, entraîne une difficulté de la respiration devenue difficile, bruyante, entrecoupée par des efforts de toux ; la déglutition est également pénible. Il existe une déformation de la région parotidienne et l’exploration permet de reconnaître les tumeurs ganglionnaires. Avec ces altérations profondes coïncident parfois des lésions superficielles plus ou moins étendues. Dans tous les cas, les animaux maigrissent rapidement et ils doivent être sacrifiés (1).

cl) Actinomycose du cou (2). — Les lésions siègent dans la région supérieure de l’encolure ; elles débutent soit dans les parties superficielles (peau, tissu conjonctif sous-cutané), soit profondément dans les parois du pharynx et de l’œsophage, dans les ganglions et dans le tissu conjonctif de la région. Les symptômes varient à la fois suivant l’étendue et le siège des altérations; d’autre part, les divers modes d’extension se trouvent différemment associés et l’on ne saurait reconnaître des types cliniques différenciés.

L’une des formes les plus simples consiste en la présence de tumeurs, intéressant la peau et le tissu conjonctif, développées en arrière du maxillaire inférieur, dans les régions de la gorge, de la parotide, sur les joues ou vers le bord supérieur de l’encolure. Au début existe une tuméfaction diffuse, qui se densifie peu à peu en une masse dure, de la grosseur d'une noix à celle d'un œuf de poule. La peau, très adhérente, s’amincit; après un long temps, un abcès s’ouvre qui donne un pus épais et crémeux, contenant de petits grains jaunes d’actinomyces. La cavité se cicatrise difficilement; des trajets fisluleux y aboutissent et pénètrent plus profondément; la suppuration persiste indéfiniment. D’autres tumeurs apparaissent dans le voisinage et des communications s’établissent entre les divers foyers.

En d’autres cas, les lésions sont étendues à la fois à la face et aux parties voisines du cou. La peau et les parties sous-jacentes

(1) Garsten IIabms. Die Ohrdrüsen-Lymphome beim Rinde. Jahresb. der Kon. Thierarzneischule zu Hannover pro 1872, p. 44. — Dupont. Induration double des parotides. Archives vétér., 1878, p. 81.

(2) Observée surtout en Danemark, cette forme y était étudiée, dès 1858, par le vétérinaire Jebsen ; elle a été décrite depuis par Bang.

Bang. Die Strahlenpilzerlcranhuny. Deutsche Zeitschr. fur Thiermed t X 188i p. 253.

ACTINOMYCOSE.

forment une masse indurée, véritable cuirasse de trois ou quatre pouces d’épaisseur, présentant çà et là des foyers de ramollissement ou des trajets fîstuleux qui pénètrent dans le tissu induré, dans la parotide, dans les ganglions... et qui donnent un pus riche en granulations spécifiques.

e) Localisations diverses. — En outre de ces manifestations habituelles, l'actinomycose est rencontrée dans presque tous les tissus.

Voies digestives. — Dans la bouche, des lésions évoluent au niveau du palais et des gencives. L’aclinomycose des lèvres est fréquemment observée à l’abattoir de Moscou; signalée pour la première fois par Klepzoff, en 1889, elle est trouvée par Mari (1) chez 76 p. 100 des bovidés infectés et chez 4,3 p. 100 des animaux abattus en 1893 et en 1894. Elle se traduit par de petites tumeurs soulevant la muqueuse, de la grosseur d’un pois à celle d’une noisette, de couleur jaune gris, avec un foyer central caséeux ou purulent, riche en actinomyces. Plus récemment, IgnatielT retrouve cette forme au marché d’approvisionnement de Saint- Pétersbourg, chez 10 p. 100 des bovidés provenant du Sud.

Développées dans Y œsophage, les tumeurs provoquent des troubles de la déglutition et du cornage; on les retrouve, plus rarement, dans les parois de la panse et du réseau (Bollinger, Liénaux et Iiamoir), de la cai 7lette (Wortley Axe), de Y intestin (Perroncito, Ciucci), dans l’épaisseur du diaphragme (Kitt, Korsak)...

Les actinomycomes du foie sont fréquents en Danemark ; Rasmussen recueille, en 1880, 22 observations à l’abattoir de Copenhague; Sanfelice découvre 8 cas, en 1884, à l’abattoir de Cagliari. Le rein (Hertwig, Jensen) et la rate (Marchand) sont exceptionnellement atteints.

Voies respiratoires. — Sur la pituitaire , les tumeurs se présentent sous la forme de petites tumeurs « ressemblant à des fraises » (Hallander, Lucet). L’envahissement des cornets (Thomassen), du larynx , de Yèpiglolte (Bollinger, Johne, Kitt, Kempen) et de la trachée (Schottler) entraîne des troubles de la respiration et de la déglutition, variables selon le siège précis et l’étendue des lésions. Ujhelyi observe des troubles chroniques de la digestion à la suite de l’altération des ganglions bronchiques.

L’actinomycose du poumon est signalée pour la première lois par Ponfick, chez le veau, puis chez la vache ; elle est retrouvée en France, par Moulé. Aujourd’hui, les observations publiées sont nombreuses et cette forme est couramment observée en Danemark. Tantôt l’évolution est celle de la tuberculose miliaire aiguë ; tantôt on ne rencontre que des lésions chroniques, sous la forme de tumeurs isolées ou de nodules tuber culeux disséminés. Les symptômes sont identiques à ceux des formes

(1) Mari. Ueber die Lippenaktinomycose. Centralbl. fur Bakter., t. XII, 1892, p. 854. Actinomycose des lèvres. Recueil pour le jubilé de Woronzoff, 1S96, p. 221 (en russe).

SYMPTÔMES. 671

correspondantes de la tuberculose bacillaire ; le jetage contient, en quelques cas, des grains jaunes caractéristiques.

Mamelle. — L’envahissement de la mamelle est signalé en Danemark par Peorsson, plus tard par Bang, Basmussen, Harms. L évolution simule la tuberculose aiguë de la glande.

Organes génitaux. — Mazarella trouve une tumeur actinomycosique volumineuse (15 kilos), de consistance fibreuse, dans le cordon testiculaire d’un bœuf récemment châtré.

Goldbeck rencontre un actinomycome du vagin ; la tumeur est située dans le voisinage du col utérin ; elle forme une masse dure, pédiculée; il existe du catarrhe vaginal.

Séreuses. — L’extension des lésions au péritoine est considérée comme fréquente par Jensen.

Os. — En dehors de la localisation sur les maxillaires, on signale des localisations sur lesnec/é6res(Berstrand, Korewaar...), 1 e sternum (Jensen), les cotes (Brouwier), le métatarse (Berg)...

Peau. — Jensen décrit de volumineux actinomycomes 2 kilos) développés au niveau du genou. Chez une vache, Lüpke constate la présence de tumeurs verruqueuses, situées primitivement au niveau de l’espace interphalangé et étendues progressivement à tout un membre postérieur. La peau, épaissie, confondue avec les tissus sous-jacents, est recouverte de croûtes et parsemée de nodules actinomycosiques formés d'un tissu mou, sans fluctuation. Nystrôm (1895) observe une enzootie d'actinomycomes, développés dans la région phalangienne, chez de jeunes bovidés entretenus dans une même prairie.

Actinomycose généralisée. — Cette forme est très rare (3 cas d’Ostertag; 1 obs. de Jensen et 1 obs. de Messner). Des foyers purulents renfermant des actinomyces sont rencontrés dans les ganglions, dans le poumon, le foie. ..les muscles. Les tumeurs du poumon atteignent jusqu’au volume de la tête d’un enfant.

§ 2. — Actinomycose chez, le cheval.

La maladie n’est observée que de loin en loin, cependant les localisations les plus diverses sont déjà mentionnées. De môme que chez les bovidés, les maxillaires et la langue sont envahis de préférence.

Mâchoires. — Les tumeurs siègent sur le maxillaire supérieur ou sur le maxillaire inférieur; il existe, comme chez les bovidés, une tumeur mal délimitée, creusée d’abcès et de trajets fistulcux persistants. Dans une observation de Bouniol (1897), la tuméfaction du maxillaire supérieur déforme la face et la voûte palatine, obstruant à peu près complètement la cavité nasale droite.

ACTINOMYCOSE.

Langue. — La langue esl hypertrophiée et douloureuse à l’exploration ; la mastication est gênée ; il existe une salivation abondante. La surface de l’organe, rouge, luisante, montre des nodules sous-muqueux gris jaunâtre, qui donnent par grattage une matière caséeuse contenant des grains jaunes.

Lèvres. — Ignatieff à Pétersbourg et Hallander en Suède signalent comme fréquente l’actinomycose des lèvres; il existe de petits nodules qui subissent la fonte purulente.

Ganglions. — Les ganglions sous-glossiens sont quelquefois atteints (Baranski, Rasmussen) ; la glande, conglomérée, dure, volumineuse, ressemble à la glande de morve. La coupe montre des foyers caséeux renfermant les actinomyces. A. Schmidt (1897) constate l’envahissement de tous les ganglions de la tête, du cou et des ganglions bronchiques; les organes sont transformés en des masses fibreuses du volume du poing.

Les lésions sont retrouvées encore sur le larynx (Rasmussen), la mamelle (Schôncck), les os (Hamburger). Chez un cheval affecté deglossile aclinomycosique, Struve (1896) trouve tous les muscles du squelette envahis par des tou Iles d’actinomyces (?).

Des localisations d’origine traumatique sont signalées au niveau du grasset(Perroncito), de la hanche (Vogel), delà pointe de l’épaule (Yenuta). Dans quelques cas, le « champignon de castration » paraît lié à la présence des parasites (Johne, Mac Fadyean).

§ 3. — Actinomycose chez le porc.

Les altérations sont localisées dans les amygdales, la langue, la mamelle, et, par exception dans les viscères (1).

Amygdales. — 11 existe une tuméfaction appréciable par la palpation extérieure ; la déglutition, d’abord gênée, devient bientôt impossible.

Langue. — Les troubles sont identiques à ceux qui sont observés chez les bovidés.

Mamelle. — On trouve de petites tumeurs dures, indolores, qui se réunissent ensuite en une masse unique, irrégulièrement mamelonnée, parfois très volumineuse (jusqu’à 10 kilos ; Lungwitz).

Des localisations exceptionnelles sont constatées sur le poumon , le

(1) L'actinomycose musculaire a été étudiée en Allemagne par Duncker, Virchow, Ilertwig ; elle est considérée comme fréquente à l’abattoir de Berlin; Brusaferro la retrouve en Italie.

La nature des parasites est cependant contestée par Zimmermann, puis par Lemcke (1S85) qui les rapporte aux sarcosporidies. D’après Oit, les prétendus actinomyces de Duncker sont en réalité des streptocoques, parfaitement reconnaissables si l’on arrive à isoler une file de cocci dans le plan de la coupe. Les cocci se logent dans les interstices des fibrilles ou des disques musculaires. Les rangées de chaîuettes se placent souvent côte à côte, formant un ruban d’où partent de frêles ramifications. Avec la coloration au carmin, on a l’illusion de filaments mycéliens.

Olt. Muskelaktinomyceten. Monatshefte fur Thierheilk., 1896, p. 20. Die Slreplokokken in den Muskeln. Archiv fur Thierheilk., t. XXIII, 1897, p. 57.

LÉSIONS

pharynx , le rein, Y épiploon (Nocard et Greffier), les os et la peau (Kitt).

Knoll (1891) rapporte un cas d 'actinomycose généralisée ; les parasites sont retrouvés dans la langue, sur les séreuses, dans le foie et dans la substance compacte des corps vertébraux. Dans une observation analogue de Cari (1898), les lésions ont envahi les parois de l’estomac et de l’intestin, les ganglions, le foie et le poumon.

§4. — Actinomycose chez le mouton.

L’infection est extrêmement rare. Hammond signale un cas d actinomycose de la langue. Grips, de Stettin, trouve toute la moitié antérieure d’un lobe pulmonaire transformée en une tumeur fibreuse; l’examen histologique montre des touffes d’actinomyces entourées de cellules rondes et épithélioïdes.

L’actinomycose musculaire est observée dans les abattoirs de Berlin et de Copenhague (?).

IL — Lésions.

a) Bovidés. — Les lésions sont presque toujours localisées; la fréquence relative des diverses déterminations varie suivant les pays considérés.

En France, les tumeurs du maxillaire sont nettement prédominantes; l’actinomycose de la langue est rare et les autres formes sont à peine signalées. En Bavière, E. Clans donne les proportions suivantes :

Mâchoires âl p. 100

Langue 2) —

Pharynx 7 —

Larynx et trachée G —

Poumon 2 p. 100

Intestin 2 —

Os il —

A Moscou, Mari constate que les lésions siègent presque toujours à la tête (99,7 p. 100); les localisations les plus ordinaires portent sur les lèvres (76,6 p. 100), les ganglions (15 p. 100) et la langue. Aux Etats-Unis, une statistique, de Barth, portant sur 660 cas, accuse une prédominance des accidents sur les maxillaires et sur le thorax. Les naseaux et les cavités nasales sont assez souvent atteints.

I. Maxillaires. — Les altérations débutent soit au niveau des alvéoles molaires, soit en un point quelconque de la surface osseuse. Dans le premier cas, le tissu spongieux est rapidement envahi ; les parois des alvéoles sont résorbées, transformées en une masse Nocard et Leclainche. — 2e édit. 43

ACTINOMYCOSE.

ramollie, bourgeonnante, d’apparence ulcéreuse(Ponfick.. . Coculet), et la suppuration gagne les parties profondes. Lors d’évolution primitive des lésions dans les parties superficielles, cet envahissement est précédé par le développement d’une tumeur cutanée ; celleci est constituée d’abord par un tissu inflammatoire riche en vaisseaux, parsemé de grains jaunes d'actinomyces ; les altérations progressent et envahissent le maxillaire, en même temps que des foyers de suppuration s’établissent et s’ouvrent à l’extérieur.

Quel que soit le mode de pénétration du parasite, sa présence dans le tissu osseux provoque une ostéite purulente, suivie d’une néoformation réactive dans le voisinage. Sur une coupe, l’os se montre creusé de cavités multiples, communiquant entre elles et avec l’extérieur par un système de trajets fistuleux, tapissés et remplis en partie par des bourgeons charnus friables, ulcérés en divers points et recouverts d’une couche épaisse de pus. Les cloisons intermédiaires sont formées par du tissu lardacé, pénétré de stalactites osseuses (< ostéosarcome ). Le pus qui remplit les foyers renferme en abondance des granulations d’un jaune-soufre, formées par des masses conglomérées d’actinomyces. Débarrassé des parties molles par la macération, l’os se montre gonflé, creusé d’un réseau de cavités irrégulières séparées par de 'minces cloisons osseuses qui lui donnent l’apparence spongieuse (ostéoporose, spina-ventosa).

IL Langue. — Au début de l’infection, l’actinomyces se montre sous une forme nettement filamenteuse dans le tissu sous-muqueux infiltré de cellules migratrices. A une période plus avancée, on trouve des formes en massue, au sein de véritables tubercules, avec foyer central de dégénérescence, cellules géantes et ceinture épithélioïde; il existe en outre une infiltration séreuse des parties voisines et un épaississement du tissu conjonctif.

Les lésions sont plus étendues lors d’actinomycose ancienne. La langue est volumineuse, dure ; tout l’organe est envahi par des nodules d’apparence caséeuse, du volume d’un grain de chènevis à celui d’une noisette ou d’une noix. Les tumeurs sont un peu en saillie à la surface de l’organe; elles ont une coloration blanchâtre; leur consistance est ferme; la muqueuse, ulcérée à leur niveau, a perdu son revêtement épidermique; en les malaxant, on fait sourdre à la surface une matière caséeuse, mélangée à de petits grains jaune pâle d’actinomyces. Le tissu conjonctif interstitiel est hypertrophié et induré (glossite interstitielle). Les fibres muscu-

LÉSIONS

laires, atrophiées par compression, prennent une teinte jaunâtre et lavée.

III. — Le développement primitif dans les téguments détermine une inflammation subaiguë du derme et du tissu conjonctif souscutané. Œdématiée au début, la région est bientôt envahie par un tissu de formation nouvelle, étendu en plaques irrégulières ou localisé sous forme d’une tumeur délimitée, entourée d’une coque (ibreuse isolante. Sur la coupe, on trouve des foyers d’actinomyces entourés de quelques cellules géantes et de cellules épithélioïdes. Les lésions progressent, pour envahir soit les os sous-jacents, soit le tissu intermusculaire et les ganglions; en même temps, des foyers de suppuration s’établissent dans le tissu inflammatoire et des abcès s’ouvrent au dehors ou se réunissent entre eux.

Les ganglions lymphatiques et les glandes salivaires renferment des tumeurs arrondies, de la grosseur d’un pois à celle d'un œul, ou de petits abcès remplis d’un pus caséeux, jaunâtre, montrant les grains d’actinomyces.

Les actinomycomes du pharynx et du larynx ont l’aspect de tumeurs tantôt molles, spongieuses, formées de tissu aréolaire, tantôt dures et constituées par du tissu fibreux (Joline, Bang). Dans un cas d’actinomycose de X œsophage, rapporté par Bollinger, il existe dans la muqueuse une centaine de petites tumeurs aplaties, de un à quatre millimètres de diamètre, recouvertes par l’épithélium et réunies en amas.

Les lésions du poumon rappellent celles de la tuberculose. On trouve soit une multitude de foyers miliaires confluents, occupant une partie ou la presque totalité du poumon, soit des tumeurs volumineuses, irrégulièrement disséminées. Le tissu interlobulaire est infiltré à la périphérie des foyers et l’aspect de la coupe est analogue à celui des foyers de péripneumonie chronique.

Sur le périloine et sur la plèvre, les actinomycomes forment de petites masses arrondies, du volume d’une lentille à celui d’une noisette, disséminées ou réunies en amas et analogues aux granulations tuberculeuses.

Dans le foie, les tumeurs, arrondies, sont formées d’une coque conjonctive épaisse et d’une masse centrale ramollie (1); l’organe peut acquérir un volume considérable (106 livres; Willach).

L’actinomycose de la mamelle se présente sous divers types. En général, on trouve des nodules du volume d’une fève à celui d’un

(I) Sanfelice. lieilriige zur Kenntniss der Actinomykose der Leber bei den Hindern . Archiv fur Thierheilk., t. XXII, 189G, p. 153 (avec 2 planches).

ACTINOMYCOSE.

œuf de poule, entourés d’une zone fibreuse et contenant des foyers purulents à leur centre. Dans trois observations recueillies par Jensen, le tissu paraît simplement hypertrophié à première vue. De petits nodules rosés, purulents à leur centre, sont disséminés en quantité innombrable dans toute la masse.

b) Porc. — ■ Les diverses localisations reproduisent exactement ce que l’on observe chez les bovidés.

Dans une observation de Greflier, les reins sont parsemés de tumeurs du volume d’une noix, développées dans la couche corticale. Sur la coupe, le tissu est granuleux, blanchâtre, et un peu ramolli par places; le parenchyme voisin reste sain. L’examen histologique montre que les néoformations sont constituées par des nodules représentant exactement le follicule de Rester et entourés par une zone de cellules fusiformes.

Sur le péritoine (Greflier), des tumeurs arrondies, résistantes ou obscurément fluctuantes, montrent sur la coupe une coque indurée, épaisse, limitant un tissu homogène, mou, grisâtre, piqueté d’actinomyces.

Les lésions des mamelles, étudiées par Poniick, Jolme, Nocard, consistent en des nodules arrondis, formés d’une épaisse coque fibreuse emprisonnant une substance molle, jaunâtre, caséeuse ou purulente, mêlée à des gazons d’actinomyces.

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