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III. — Diagnostic

a) Bovidés. — Les tumeurs du maxillaire sont dues presque toujours à l’actinomycose. La constatation de foyers ramollis ou, à une période plus avancée, la présence de fistules multiples, l’écoulement d’un pus sanieux, mêlé de petits grains jaune-soufre, d’apparence calcaire, constituent des signes évidents. Au début seulement, et lors d’envahissement au niveau des gencives, l’actinomycose pourrait être confondue avec la carie dentaire. L’examen microscopique du pus donne une certitude absolue.

L 'actinomycose de la langue est facilement reconnue; le ptyalisme est un signe précurseur qui peut suffire au diagnostic dans les milieux envahis (Buti) ; celte localisation ne peut être confondue qu’avec les tumeurs (sarcome, épilhéliome) ou avec la tuberculose. Les caractères cliniques de la tuberculose de la langue, d’ailleurs insuffisamment déterminés, se rapprochent beaucoup de ceux de l’actinomycose, et l’examen bactériologique des produits de raclage, au niveau des ulcérations, permettra seul la différenciation.

ÉTIOLOGIE.

D’après Pflug et Imminger (1), il existe une langue cle bois qui n’est ni tuberculeuse, ni actinomycosique ; la différenciation clinique est difficile; il se produit des plaies ulcéreuses à la suite des traumatismes subis au niveau des molaires. Le traitement ioduré est impuissant contre celte forme.

Les actinomycomes du cou sont différenciés assez facilement s’ils siègent dans les parties superficielles; la présence de foyers multiples de suppuration au sein de tissus indurés, la persistance et les tendances envahissantes des lésions mettront sur la voie du diagnostic. Les tumeurs de la muqueuse du pharynx, exprimées d’abord parles troubles de la déglutition, pourront être reconnues par l’exploration buccale et par l’examen direct, après l'arrachement de quelques fragments (Meyer). Les localisations profondes (parois du pharynx, ganglions rétro-pharyngiens, œsophage) seront soupçonnées d’après les troubles fonctionnels observés et lors de la coexistence d’accidents apparents de même nature.

L’actinomycose des différents viscères est presque toujours méconnue; les accidents sont rapportés systématiquement à la tuberculose. La constatation des actinomyces dans certains produits d’excrétion (jetage, pus...) permettrait un diagnostic certain. Il est d’autant plus utile de reconnaître la maladie que toutes les formes paraissent être curables en un temps très court.

b) Cheval. — L’actinomycose des os maxillaires ou de la langue est soupçonnée d’après l’analogie des accidents avec ceux qui sont constatés chez les bovidés. Les autres localisations ne sont reconnues que par l’examen direct et après la constatation du parasite.

c ) Porc. — Sur l’animal vivant, les lésions sont rapportées généralement à la tuberculose ; seul, l’examen direct des suppurations ou des tumeurs extirpées permet le diagnostic. Sur le cadavre, la présence des grains jaunes d’actinomyces dans les néoplasies est constatée sur les coupes.

Étiologie. — Étude expérimentale.

Modes de l’infection. — L’observation démontre que la contagion ne joue qu’un rôle restreint dans la genèse de l’actinomycose, et les quelques faits acquis sur la biologie du parasite expliquent cette particularité.

(1) Pflug. Die nicht actinomykolische Ilolzzunge des IUnd.es. Deutsche Zeitschrift für Thiermed., t. XVII, 1801, p. 101 . — Imminger. Einiges über die sogennnnte Holzzunge drs. Rindes. Thierârztl. Centralblatt, 1894, p. 321 et 338.

ACTINOMYCOSE.

L’actinomyces est essentiellement un parasite des végétaux; il perd en grande partie ses propriétés infectantes par son passage dans les tissus animaux. Les matières organiques souillées par le parasite, le pus des abcès et des fistules, le jetage, la salive, provoquent difficilement la transmission par les modes les plus variés de l’inoculation. Joline a obtenu cependant l’infection chez la génisse et l’on a réussi depuis à produire expérimentalement, chez le lapin et le cobaye, une maladie à marche lente, caractérisée par la présence de foyers dans le péritoine, le mésentère et l’épiploon (Max WollT et J. Israël).

L’infection par l’intermédiaire des plantes est établie par de nombreuses constatations. Les graminées sont surtout dangereuses, en raison de la facilité de pénétration des épillets dans les orifices naturels (canaux salivaires), dans des plaies accidentelles ou à la suite de l'effraction sur des muqueuses intactes. L 'IIorclcLim murinam est considéré comme un véhicule fréquent du parasite (Brazzola). Des observations de R. Jensen montrent qu’en divers points du Seeland (Danemark) l'actinomycose est apparue à la suite de la substitution aux prairies de la culture des céréales et de l’orge notamment. Une observation de Neuwirth établit l'influence des pailles (orge et blé) dans l’infection.

Il est hors de doute que l’actinomyces se trouve communément répandu sur les végétaux, en certaines régions, sous un état qui est encore indéterminé (1).

L’infection est facilitée par la résistance des germes. D’après Liebman, les spores produites dans les cultures en milieux liquides résistent pendant quatorze minutes à l’ébullition et elles supportent une température sèche de 145° pendant trois heures (?). L’acide phénique à 5 p. 100 est sans action sur elles, et la solution de sublimé à 1 p. 1000 ne les détruit qu’après un contact de cinq minutes.

La pénétration du parasite s’effectue ordinairement dans les premières voies digestives ; les épillets porte-germes s’implantent dans la langue, dans l’arrière-bouche, le pharynx, ou bien ils

(1) Terni trouve les actinomyces dons des nodules du foie chez les lézards ( Lacei'la agilis et viri/iis ); il décrit une forme spéciale du parasite (Actinomyces lacectae). L’inoculation des cultures à L. ugi/is, viridis, muralis et à Coluber viridiflavus reproduit les lésions. Les lézards pourraient être une cause de diffusion de l’actinomyces dans les pâturages. Galli-Valerio retrouve deux lois les parasites dans le foie du lézard.

Terni. Actinomicosi délia lucertola. L'ufliciale sanitario, 18%, p. ltiO. — Galh-Valerio. Il moderno Zooiatro, 1897, p. 7.

ÉTIOLOGIE.

séjournent entre les molaires et pénètrent dans l’alvéole. Ivrantz et Tribout (1) étudient chez les bœufs africains une actinomycose miliaire de la langue, simulant la ladrerie; les nodosités, enchâssées sous la muqueuse, occupent l’acinus d'une glandule salivaire; au centre d’un noyau jaunâtre, purulent, on voit un petit corps étranger, épine ou poil végétal, d’où partent les touffes d’actinomyces. Chez le porc, Johne trouve les parasites à la surface déballés d orge fixées entre les piliers du voile du palais ; Korsak rencontre souvent, dans les amygdales du porc, des barbes aiguës de graminées revêtues d’actinomyces. Chez la vache, Piana, Kouritsine, Neuwirth voient les parasites végéter sur des fragments de graminées implantés à la surface de la langue, puis pénétrer de là dans la profondeur des tissus. Diverses circonstances favorisent le séjour et la pénétration des parcelles alimentaires; la carie dentaire, l’éruption des molaires de remplacement sont les causes prédisposantes les mieux établies. Faletti signale la fréquence de l’infection à la suite de l’éruption aphteuse des bovidés et il la rapporte à une inoculation plus facile au niveau des érosions de la muqueuse.

La pénétration dans les parois des estomacs ou de l’intestin est plus difficile, en raison du ramollissement des fragments ligneux, devenus peu aptes à pénétrer dans les tissus, et peut-être aussi par une altération du parasite lui-même. L’infection directe par les voies respiratoires paraît possible, soit par inhalation de poussières chargées de spores (Pflug, Buzzi et Conti), soit par la chute dans la trachée de parcelles alimentaires portant les parasites. L’envahissement de la mamelle est sans doute le résultat d’une contamination directe, les champignons, répandus sur le sol ou dans les litières, pénétrant et végétant dans les canaux galactophores (Johne).

L’inoculation par effraction à travers la peau, soupçonnée pour les formes cutanées primitives, est rendue probable par certains résultats expérimentaux obtenus avec des parasites voisins (V. Botryomycose). Le frottement des harnais, des colliers ou des chaînes d’attache expliquerait la fréquence des localisations sur l’encolure.

Certaines opérations chirurgicales favorisent l’infection; la castration chez le cheval, chez le taureau, chez le porc et chez la truie est l'origine d’accidents localisés ou étendus. Les parasites apportés

(1) Krantz et Tribout. Sur une forme d'invasion de l’actinonujcose... Recueil de méd. vétér., 1895, p. 4G5.

ACTINOMYCOSE.

au contact des plaies opératoires proviennent sans doute des lits de paille sur lesquels sont couchés les animaux, et cette infection serait facilement évitée (1).

Pathogénie. — Arrivé dans les tissus par une voie quelconque, l’actinomyccs provoque un afflux de cellules migratrices ; celles-ci subissent ensuite, en môme temps que les cellules fixes du tissu voisin, la transformation épithélioïde (2). Les lésions s’étendent de proche en proche; les filaments englobés par les cellules, entraînés dans le voisinage, deviennent l’origine d'un nouveau foyer.

En quelques cas, la généralisation de l’infection semble s’opérer par la voie sanguine; on peut rapporter à ce mode la présence des lésions dans les séreuses, dans les épiploons et dans les tissus musculaire et osseux.

Dans quelques milieux seulement, et alors que la résistance est peu marquée, l’actinomyces donne des filaments mycéliens ramifiés ; partout où la défense est active, on observe des formes dévolution, et le parasite peut être détruit sur place.

L'actinomycose présente cette curieuse particularité d’être justiciable d’un traitement spécifique (3).

Thomassen montre, dès 1885, que la médication iodurée permet d’obtenir la guérison complète dans tous les cas d’actinomycose récente. Employée avec un succès à peu près constant par quelques vétérinaires hollandais et allemands, la méthode nouvelle ne se répand que très lentement. L’attention est appelée sur la question, en 1892, par une communication de Nocard, relatant les merveilleux effets de l’ioduresur la « langue de bois » des bovidés. Presque aussitôt, le traitement est employé contre l’actinomycose de l’homme et des animaux en Hollande, en Allemagne, en Italie et en France. Aux Etats-Unis, une commission officielle est chargée de recherches sur le même sujet. Sur un total de 185 animaux affectés de tumeurs volumineuses des mâchoires ou de la région

(1) Gooch (1894) observe le développement des lésions sur le trajet de sétons appliqués à plusieurs bovidés d’un même troupeau.

(2) Paulowsky et Maksutoff. Sur la phagocytose dans l’actinomycose. Annales de l'Institut Pasteur, t. Vil, 1893, p. 544.

(3) Thomassen. L’actinomycose au point de vue de sa thérapeutique. Écho vétérinaire belge, t. XV, 1885, p. 409. — Nocard. Notes sur l’actinomycose des animaux. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1892, p. 167. — Id., ibid., 1893, p. 73. — Saumon. Report iipon investigations relating lo the treatment of lumpy jaw, Broeh., Washington, 1893

PROPHYLAXIE

parotidienne, 131, soit 71 pour 100, sont complètement guéris; chez les autres, on note une amélioration sensible; 53 animaux, affectés à un moindre degré et traités par les propriétaires, guéris-

sent complètement.

L’iodure de potassium est administré par les voies digestives, à la dose de 6 à 12 grammes par jour. La médication est prolongée pendant quinze jours en moyenne; elle est reprise, après un repos de quelques jours, si quelque lésion persiste. Les accidents d’iodisme sont peu à craindre; ils ne justifient l’interruption du traitement que s’ils deviennent très alarmants.

Les constatations de Moussu et de Frick (1) montrent que le traitement est d’autant plus efficace que les régions envahies sont plus vascularisées. Les localisations sur la langue sont plus facilement curables que les lésions osseuses; les actinomycoses anciennes des mâchoires, formées par une abondante néoformation fibreuse résistent à la médication iodurée. Dans ce cas, l’intervention chirurgicale (curetage des foyers) est indiquée; combinée avec le traitement interne, elle peut assurer la guérison en quelques semaines (2).

Les applications extérieures sur les tumeurs (teinture d iode, pommade iodo-indurée) et les injections intra-parenchymateuses {teinture d’iode, solution de Lugol) sont d’une efficacité douteuse ; elles ne réussissent que dans les formes curables par la seule médication interne.

Prophylaxie.

Les connaissances acquises sur la biologie de l’actinomyces et sur les modes de l’infection sont trop incomplètes pour servir de base à une prophylaxie efficace. Dans les étables habituellement envahies, on évitera autant que possible l’alimentation des bovidés par les pailles de céréales. Bien que la contagion soit des plus douteuses, il est prudent d’isoler les animaux affectés jusqu’à leur complète guérison.

(1) Moussu. Pronostic et traitement de l'actinomycose maxillaire. Recueil de méd. vét., 1896, p. 465. — Frick. Die Hehandlung der Aclinomykose and ihre Erfolge. Deutsche thierârztl. Wochenschrift, 1896, p. 407.

(2) Le mode d’action de l'iodure de potassium est difficile à préciser. Dans l'actinomycose linguale, les nodules disparaissenl très vite et une amélioration est évidente dès les premiers jours ; les tumeurs du maxillaire fondent avec une rapidité surprenante, en même temps que la suppuration cesse. L’action spécifique ne parait pas s’exercer sur le champignon, car celui-ci cultive dans des milieux additionnés de 1 p. 100 d'iodure de potassium (Nocard) ; elle porterait donc sur les éléments anatomiques, dont les propriétés sont subitement et profondément modifiées.

FARCIN DU BOEUF

Transmission à l’homme. — La transmission de l’actinomycose des animaux à l’homme est rendue improbable par tous les faits d’observation. Les statistiques ne démontrent nullement la fréquence plus grande de la maladie chez les personnes qui ont des rapports habituels avec les animaux; d’autre part, des observations précises quant à l'étiogénie établissent que l’infection s’opère par l’intermédiaire des végétaux, comme pour les animaux, et suivant des procédés identiques.

La contagion des animaux à l’homme est donc douteuse, mais l’on ne saurait aflirmcr qu elle ne peut exceptionnellement s’exercer, et quelques précautions hygiéniques doivent être conseillées aux personnes chargées de soigner les animaux affectés de suppurations actinomycosiques. Le simple lavage des régions exposées suffit à écarter tout danger d’infection cutanée; les plaies seront mises à l'abri des souillures par une membrane isolante (taffetas, caoutchouc, collodion); on évitera le transport des matières infectantes ou des corps souillés (pailles, fourrages...) au contact des muqueuses.

Les viandes renfermant des parasites doivent être rejetées de la consommation, saisies et dénaturées, encore que leur nocivité n’ait pas été démontrée jusqu’ici. A l’abattoir de Berlin, la présence des actinomvces (?) dans les muscles du porc ou du mouton entraîne la saisie totale des animaux ; la graisse seule peut être utilisée, après avoir été fondue à une haute température. A Zürich, un ordre du 14 juillet 1882 interdit également la mise en vente des viandes infectées. Dans l’Illinois, les bovidés atteints sont saisis sur les marchés, abattus et enfouis. Ces mesures sont complètement injustifiées ; seule, la saisie des régions envahies est indiquée chez les animaux abattus pour la boucherie.

§ 2. — FARCIN DU BŒUF

On désigne sous le nom de farcin du bœuf une maladie chronique caractérisée par une inflammation suppurative des vaisseaux et des ganglions lymphatiques superficiels, due à la présence d’un parasite du genre « streptothrix ».

Historique. — La maladie est constatée dès 1829, par Sorillon (1), dans la Charente. En 1837, Maillet (2) l’observe dans le bas Anjou, où elle est connue sous le nom d 'arboulels, eL il en donne une bonne description.

(1) Sorillon. Exemples de farcin dans le bœuf. Recueil de méd. vét., 1829, p. 631.

(2) Maillet. Du farcin considéré dans l’espèce du bœuf. Ibid., 1837, p. 57.

FAIICIN DU BOEUF.

La môme année, Mousis (1) décrit sous le nom de larcin une affection qui paraît plutôt correspondre à la maladie, très peu connue, qui est désignée, aujourd’hui encore, sous le nom d' « éléphantiasis » ; il tente sainement l’inoculation au bœuf, au cheval, à la brebis et au chien. On trouve encore le larcin mentionné dans un travail de Festalf^j (de la Gironde); l’auteur insiste, après Maillet, sur « les progrès très lents des accidents; les boutons, dit-il, ne percent qu’au bout d’une et môme de deux années et l’animal peut faire son service ». Une bonne observation est consignée par Lafosse (3) dans le compte rendu de la clinique de l’Ecole de Toulouse en 184(J ; l’inoculation au bœuf et au cheval ne donne pas de résultat. C’est peut-être encore le farcin que Lalosse a étudié en 1853, sous le nom de « gourme des hôtes bovines », mais la description, toute systématique, ne permet point de reconnaître sûrement 1 affection. Cruzel (4) décrit le farcin comme une maladie à évolution J^n te, qui reste compatible avec l'utilisation des animaux pendant un long temps.

En 1888, Nocard (5) entreprend l’étude expérimentale de l’infeotion, sur des pièces fournies par Couzin, vétérinaire à la Guadeloupe. Il montre qu’elle est liée à la présence dans les tissus d’un Streptot/irix voisin de l’actinomyces.

Bactériologie. — Le Streptothrix du farcin du bœuf (6) se présente, dans le pus ou dans les tissus, sous la forme de filaments rameux enchevêtrés. Il se colore bien par le Gram-Weigert, par le Gram phéniqué de Nicolle, et mieux encore parle Ziehl (fuchsine phéniquée), avec décoloration du fond par l’aniline chlorhydrique.

Le microbe est exclusivement aérobie ; il cultive, dans les milieux liquides ou solides, à des températures comprises entre 30 et 40°.

Dans les bouillons , on voit se développer des amas blanchâtres, dont la plupart tombent an fond du ballon, dont quelques-uns restent flottants à la surface, où ils. s’étalent en une sorte de pellicule arrondie, lenticulaire, de couleur gris sale, avec un reflet verdâtre, d’aspect poussiéreux, <pii ne se laisse pas mouiller par le liquide. C’est surtout dans les bouillonsadditionnés de glycérine et de peptone que la culture revêt cet aspect ; on dirait alors des feuilles de nénuphar s’étalant à la surface d’un étang, ou mieux encore du bouillon gras dont les « yeux » se seraient figés par le refroidissement. La culture réussit encore, moins abondante et moins rapide, dans les milieux dont la réaction est légèrement acide ; elle ne paraît pas modifier la réaction des bouillons neutres ou alca-

li) Mousis. Mémoire sur le farcin. Id., ibul ., p. 113.

(2) Rapport de Barthélemy à la Soc. royale d' Agriculture. Ibid., 1844, p. 170.

(3) Lakosse. Farcin du bœuf. Joum. des vét. du Midi, 184!), p. 432. Lie la gourme des bêtes bovines. Ibul., 1853, p. 481.

(4) Cru/.ei,. Truité des malades de l’espèce bovine, lr<> éd., 1869 .

(5) Nocard, Note sur la maladie des bœufs connue à la Guadeloupe sous le nom de farcin. Annales de l'Institut Pasteur, t. Il, 1888, p. 203.

(6) Sauvageau et Radais considèrent le parasite comme un champignon hyphomycète, auquel ils donnent le nom de Oospora farcinica.

FARCI N DU BOEUF

lins, alors même qu’on y a ajouté du sucre. Sur la gélose , le microbe se développe en petits amas irrégulièrement arrondis, saillants, opaques, plus épais sur les bords, d’une teinte blanc jaunâtre, à surface mamelonnée, terne et comme poussiéreuse ; à la longue, ces plaques, d’aspect lichénoïde, se réunissent et se confondent, donnant à l'ensemble de la culture l’apparence d’une membrane épaisse et grossièrement plissée. Sur le sérum gélatinisé, la culture est moins rapide ; mais elle a le même aspect que sur la gélose, à cela près qu’elle est plus humide. Sur la pomme de terre, la culture se fait rapidement, sous forme de petites plaques écailleuses, saillantes, sèches, de couleur jaune pâle, dont les bords, sont en relief et taillés à pic. Dans le lait, la culture s’opère sans provoquer la coagulation.

L’inoculation est pathogène pour le bœuf , le mouton ci le cobaye.

Distribution géographique. Fréquence. — Les quelques documents que l’on possède sur l’histoire du larcin du bœuf montrent que la maladie, autrefois répandue en France en nombre de régions, est devenue extrêmement rare et qu’elle aura bientôt disparu ; Mauri l’a rencontrée de loin en loin dans la Haute-Garonne. Elle n’est pas signalée dans le reste de l’Europe.

Au contraire, le larcin sévit à la Guadeloupe sous une forme très grave; il est également constaté à l’île Maurice, où il affecte un caractère enzoolique dans quelques troupeaux.

Étude clinique.

Symptômes. — La description la plus complète du farcin de France est celle qui a été donnée par Maillet :

« La maladie affecte indistinctement les jeunes animaux, les adultes et les vieux ; le type chronique est le seul sous lequel elle se montre. Presque toujours borné aux membres, le farcin paraît se montrer exclusivement sous les formes de tumeurs circonscrites et de cordes; celte dernière forme est même beaucoup plus commune que l’autre.

« Les cordes, toujours indolores, insensibles et peu dures, suivent le trajet des veines superficielles des membres ; elles existent surtout à la face interne des canons, des avant bras et des jambes, et elles se font beaucoup plus rarement remarquer à l'encolure. Elles se rendent aux ganglions lymphatiques voisins, qui, assez souvent, sont plus ou moins engorgés, mais non douloureux. Il est assez rare que, sur le trajet de ces cordes, dont la grosseur égale celle du doigt, il se forme des abcès circonscrits; mais très fréquemment on remarque qu’elles deviennent ellesmêmes empâtées et comme fluctuantes sur une certaine partie de leur longueur ; quelquefois cet empâtement a cinq à six pouces d’étendue. Néanmoins il est rare que l’humeur qu’elles contiennent alors ulcère la peau, de dedans en dehors, et se fasse jour à la manière de celle des abcès

FÀRCIN DU BOEUF.

farcineux du cheval ; mais si l’on incise sur les points où ces cordes présentent de la mollesse, on fait sortir par la pression une matière blanchâtre, inodore, athéromateuse et quelquefois de la consistance du fromage mou. La suppuration qui suit cette opération est presque nulle, et la plaie se ferme dans l’espace de cinq ou six jours. Mais il ne tarde pas à se former une nouvelle matière, qui finit par être résorbée en partie. Dans d’autres cas, cette matière se réunit en petits abcès enkystés. Le plus souvent, il est vrai, l’induration des cordes survient sans qu’il se soit manifesté de fluctuation ; de sorte qu’en incisant sur le trajet des cordes on ne trouve qu’un tissu lardacé, très adhérent à la peau ou confondu avec elle, et on ne fait sortir que quelques gouttes de sang.

« Les tumeurs circonscrites, beaucoup moins fréquentes que les cordes, se font remarquer autour du genou, aux faces externes des avant-bras et des jambes, à l’encolure, etc. De même que les cordes, elles se développent lentement et insensiblement, persistent longtemps sans changer de forme et s’abcèdent rarement. Si on les incise, on ne rencontre le plus ordinairement qu’un tissu lardacé, blanchâtre ou grisâtre et rarement homogène. Très souvent, autour d’une tumeur de cette nature, existent une ou plusieurs cordes dont une des extrémités se perd dans la masse de la tumeur. Alors les tumeurs contiennent un ou plusieurs petits foyers purulents enkystés.

« La marche du farcin du bœuf est très lente. Cette maladie peut exister pendant un an, dix-huit mois et même plus sans que la santé des animaux en soit fortement altérée. La présence de cordes et d’engorgements aux membres ne détermine pas nécessairement la claudication, seulement les animaux qui travaillent se fatiguent vite. Les vaches conservent pendant longtemps leur lait. L’engraissement des animaux est néanmoins très difficile ; aussi les métayers qui possèdent de tels animaux finissent-ils par s’en défaire lorsqu'ils s’aperçoivent d’une maigreur persistante. Je n'ai jamais vu de bœuf ni de vache mourir par suite du farcin, mais beaucoup de ces animaux, bien que dans un état d’embonpoint peu prononcé, finissent par être vendus pour la boucherie. »

Le farcin de la Guadeloupe , décrit par Couzin, se présente sous un type plus grave :

L’affection semble débuter par l’inflammation d’un ganglion lymphatique ; les ganglions brachiaux, pré-scapulaires, pré-pectoraux sont les premiers atteints ; le ganglion tuméfié, chaud, douloureux, œdémateux, augmente lentement de volume et finit par offrir les caractères d’un abcès froid induré ; la ponction donne issue à un pus épais, crémeux, parfois caséeux et grumeleux. La paroi de l’abcès est extrêmement épaisse (S. 10, 12 centimètres), indurée, lardacée, criant sous le tranchant du bistouri ; sa face interne est tomenteuse, douce au toucher, bourgeonneuse. Après la ponction, le sujet semble revenir à la santé; mais, à une échéance plus ou moins éloignée, parfois six mois, d’autres tumeurs apparaissent, par-

FARCIN DU BOEUF

courant les mêmes phases que la première. L’animal meurt dans le marasme.

Lésions. — Les altérations sont insuffisamment décrites. Lafosse extirpe « une corde noueuse, étendue du genou à l’entrée du thorax et présentant des renflements successifs de son trajet. Une dissection minutieuse montre que la corde est formée d’un tissu squirrheux, au sein duquel sont disséminés de petits tubercules ».

Couzin rencontre, dans tous les cas, des collections purulentes dans les ganglions des membres et du tronc; en outre, chez certains animaux, les poumons, le ioie, la rate et les ganglions sont farcis de pseudo-tubercules, dont la partie centrale a subi la transformation caséeuse ou purulente, suivant le volume de la tumeur.

Les ganglions atteints renferment, dans le voisinage des foyers caséeux, un nombre considérable de follicules nodulaires, tuberculiformes, au centre desquels on trouve des touffes épaisses du streptothrix. Il existe parfois dans les poumons de gros tubercules ramollis.

Diagnostic. — Les accidents ne peuvent guère être confondus qu’avec la tuberculose cutanée et avec les lymphangites et adénites tuberculeuses. Le diagnostic est assuré par l’examen bactériologique du pus. Sur le cadavre, la coexistence de lésions viscérales, chez certains animaux, portera encore à soupçonner la tuberculose.

Étiologie. — Étude expérimentale.

On ne possède aucun document sur l’étiogénie de la maladie. La virulence est localisée à coup sûr au niveau des altérations spécifiques et la transmission esta craindre lors d’abcédation des tumeurs. D’après Maillet,

« le farcin ne fournit que rarement des matières suppurées de nature à être en contact avec la peau d’animaux non affectés et personne ne le considère comme apte à se communiquer ». La maladie procède sans doute d’une infection directe par des germes répandus dans les litières ou dans les sols, la pénétration s’opérant à travers le tégument, au niveau d’une solution de continuité.

L’infection expérimentale est obtenue chez le cobaye , chez le bœu/ et chez le mouton. Le lapin , le chien , le chat , le cheval et Yàne sont réfractaires.

Chez le cobaye, l’inoculation hypodermique détermine la production d’un abcès volumineux; l’animal maigrit et semble devoir bientôt succomber, puis il revient peu à peu à son état normal. L’inoculation intrapéritonéale et l’injection intra-veineuse tuent en neuf à vingt jours, avec des lésions de tuberculose miliaire aiguë. A l’ouverture des cobayes inoculés dans le péritoine, la séreuse se montre farcie de nodules tuberculiformes, au centre desquels a pullulé le microbe, qui se présente sous l’aspect d’amas bacillaires irréguliers. Les viscères de la cavité abdominale (foie, rate, reins, intestins), paraissent également farcis de pseudo-tubercules ;

FARCIN DU BOEUF

mais un examen attentif permet de s’assurer que leur enveloppe péritonéale, est seule atteinte, leur parenchyme restant intact. Les organes de la cavité thoracique ne sont jamais envahis. Les lésions consécutives à l’injection intra-veineuse simulent mieux encore la tuberculose miliaire généralisée; tous les viscères, mais surtout le poumon, le foie et la rate, sont infiltrés d'un nombre considérable de petits nodules tuberculiformes, au centre desquels l’examen microscopique, après coloration par la méthode de Gram-Weigert, montre une ou plusieurs touffes de bacilles.

Chez la vache et chez le mouton, l’injection intra-veineuse provoque des lésions analogues, également généralisées à tous les parenchymes, mais les animaux résistent plus longtemps. Vingt à vingt-cinq jours après l’inoculation intra-veineuse de pus virulent, on trouve dans les poumons un nombre considérable de granulations miliaires, grisâtres, semi-transparentes, abondantes surtout dans les couches superficielles, dont chacune a pour centre une grosse touffe de bacilles enchevêtrés. Le foie et la rate présentent une éruption discrète des mêmes lésions.

Les résultats expérimentaux montrent que le bacille, inoculé sous la peau, reste confiné pendant plusieurs mois dans les vaisseaux ou les ganglions lymphatiques du voisinage, sans modifier l’état général. On comprend que les bœufs farcineux puissent continuer leurs services, aussi longtemps que le bacille n’a pas franchi les ganglions et pullulé dans les viscères. Inoculé chez le bœuf par une effraction tégumenlaire périphérique, au niveau des membres le plus souvent, le parasite envahit de proche en proche, par une progression très lente, les voies lymphatiques dans lesquelles il reste généralement cantonné. Alors que toutes les barrières ganglionnaires sont franchies, les microbes déversés dans le sang sont lancés dans tous les tissus et ils cultivent en certains parenchymes, dans les poumons notamment.

Résistance du virus. — Les cultures conservent longtemps leur virulence et leur végélabilité ; elles tuent le cobaye après quatre mois de séjour à l’étuve, à 38°. Le parasite est tué en quinze minutes à 65° et en dix minutes à 70° (Nocard). Dans un espace clos, l’acide sulfureux, à la dose de 00 grammes de soufre par mètre cube, lue sûrement après un contact de 24 heures (Thoinot).

Traitement. — Prophylaxie.

L’intervention chirurgicale est indiquée alors que les lésions sont encore limitées; on doit enlever tous les lymphatiques envahis et cautériser profondément les tissus voisins. L’administration de l’iodure de potassium n’a aucun effet sur la marche de l’infection (Nocard .

Les animaux atteints seront isolés jusqu’à leur complète guérison ; on évitera les inoculations possibles par l'intermédiaire des jougs ou des harnais.

BURSATTEE.

£ 3. — BURSATTEE. — LEECHES

On désigne dans l’Inde sous le nom de « Bursallee » (T) el dans les Etats-Unis sous celui de « Leeches »une affection de la peau el du tissu sous-cutané, observée chez le cheval et due à la présence dans les tissus d’une forme mycélienne non classée.

La même maladie est étudiée en France, par Drouin et Rénon, comme une « mycose innomée du cheval ».

Historique (2). — La maladie est étudiée dans l’Inde, à de nombreuses reprises, par les vétérinaires militaires anglais. En 1829, James Kerr signale dans les régions de l’est une maladie du cheval, caractérisée par la présence de petites tumeurs ulcéréesàla commissure des paupières, sur la face, sur le scrotum ; les indigènes croient à la transmission par l'intermédiaire des mouches. John Tombs (1831), Jackson (1842 ), Hodgson 1 1853), James Western (1853) émettent des opinions diverses sur la nature des lésions.

Spooner Hart (1872-1873) donne une description de la maladie qu’il rapproche des chéloïdes, de l’épilhélioma et de l’ulcère rond ; les tentatives d'inoculation au cheval ne donnent aucun résultat.

Les recherches de F. Smith (1879) apportent d’intéressants documents. On trouve enchâssées dans les plaies des concrétions dures, de couleur grise, qui atteignent jusqu’au volume d’un œuf. Les inoculations du pus au cheval restent stériles; dix domestiques indigènes, inoculés au bras avec la même matière, ne présentent aucun accident ; un chien reste également indemne. Les tumeurs renferment des champignons « qui ont une tendance à se développer en longueur et à se combiner en masses; on trouve aussi des cellules spéciales, d’apparence épithélioïde, brillantes et de couleur jaune ».

John Steel (1881) retrouve « le parasite et les cellules brunes de Smith » dans des lésions du foie; il étudie le mode de développement du mycélium et des spores et il conclut nettement au rôle pathogène des éléments (3). Smith revient en 1884 sur le champignon du bursattee, dont il donne une figure et une courte description.

La maladie est signalée pour la première fois aux Etats-Unis par Lyford, en, 1886; elle sévit dans les environs de Minneapolis et de Saint- Paul (Minnesota), à la fois sur le cheval et le mulet. Des lésions sont plusieurs fois adressées au« Bureau de l’industrie animale» de Washington;

(1) L’expression de «bursattee » dérive de l’hindou burus (pluie) buruscina (pluvieux); elle correspondrait à celle de « maladie de la pluie ». L’affection est observée en effet dans les localités humides et pendant la saison des pluies.

(2) Pierre Fish. Leeches. 12th and 13th annual Reports of the Bureau of animal indus , try. Washington, 1897, p. 229 (avec bibliographie).

(3) « Thus bursattee takcs its place among parasitic disorders of fungal origin. lt is hard to find a parallel to it. Closely ressembling certain vegetable parasitic diseases of the skin, it somcwliat approaches the cancer in its power of invading internai organs as wells the surface of the body. »

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en 1894, Théobald Smith examine des pièces conservées dans 1 alcool et il reconnaît la présence d’un champignon semblable à celui de 1 actinomyces ou du « pied de Madura »; « le mycélium se développe dans les tissus, qui s’incrustent de sels de chaux ». Bitting (1894) étudie le « leeches » dans la Floride; il donne des indications précises sur les caractères histologiques des tumeurs et sur l’aspect du parasite dans les tissus.

En 1896, Drouin et Rénon (1) observent, à Alfort, un cheval aflecté de tumeurs cutanées de forme insolite ; ils trouvent dans les tissus un « mycélium ramifié » et ils concluent à l’existence d’une maladie nouvelle. La description et la représentation des lésions montrent à 1 évidence qu elles correspondent au « bursattee » de l’Inde et au « leeches » d’Amérique.

Pierre Fish publie, en 1897, une bonne monographie de l’affection; il apporte des précisions nouvelles sur l'anatomie pathologique des lésions et sur les caractères du champignon parasite.

Nature de la maladie. Bactériologie. — Le bursattee est fonction de l’envahissement des tissus par un mycélium qui se rapproche, quant à ses caractères morphologiques, des streptothrix parasites. Toutefois, les tentatives de culture n’ont donné jusqu’ici aucun résultat et les végétations étudiées au sein des lissus ne sont connues que d’une façon très incomplète.

Espèces affectées. — La maladie est constatée chez le cheval et chez le mulet. Les bovidés sont rarement affectés et dans certaines régions seulement. Toutes les autres espèces, l’homme y compris, sont entièrement réfractaires.

Distribution géographique. — Le bursattee est observé dans le Burmah et dans l’Hindoustan ; il est localisé aux vallées basses des grands fleuves; les hauts plateaux et les localités montagneuses sont indemnes.

Aux États-Unis, l’affection est signalée dans le Minnesota Lyford), le Kansas et l’Alabama (Anderson), la Floride (Neal et Bitting); d’après les renseignements obtenus par le gouvernement fédéral, elle est connue dans toute la région de l’est ; la partie comprise entre les monts Alleghany à l’est et la rivière Potomac au nord parait seule indemne 2).

Étude clinique.

Symptômes (3). — La maladie débute par le développement, dans le derme cutané ou dans le tissu conjonctif, de petites tumeurs dures, con-

(1) Drouin et Rénon. Note sur une mycose sous-cutanée innomée du cheval. C. R. Société de biologie, I8‘.)G, p. 425. — Drouin. Sur une nouvelle mycose du cheval. Recueil de îuéd. vétér., 1896, p. 337.

(2) L’unique cas constaté en France n’implique nullement la présence de l’infection dans notre pays. Il serait intéressant de rechercher si le cheval atteint n'est pas d’origine américaine.

(3) La description donnée est très incomplète. Les vétérinaires anglais, qui ont écrit des centaines de pages sur le bursattee, ne fournissent que des indications sommaires et peu précises.

Nocard et Leclainche. — 2° édit.

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lluentes en certaines régions. L’éruption s’opère de préférence sur la face, les lèvres, les paupières, le corps clignotant, au niveau du cou, du garrot, de l’épaule, des parties génitales... La région envahie est parfois le siège d’un prurit intense.

Les tumeurs s’étendent rapidement et de nouveaux boutons apparaissent dans leur voisinage. Au niveau des foyers anciens, le poil se hérisse ; on perçoit de la fluctuation; la peau, amincie et nécrosée, laisse échapper un contenu purulent. La plaie résultant dé l’ouverture du foyer est rebelle à la cicatrisation ; elle conserve un caractère ulcéreux ou bien des bourgeons se développent qui prennent un aspect papillomateux ; ils forment une masse dure, exubérante, en forme de chou-fleur. En certaines régions, les plaies se recouvrent d’une pellicule croûteuse de couleur foncée, tandis que la suppuration continue dans les parties profondes; l’aspect des surfaces affectées rappelle celui des brûlures anciennes.

La peau est épaissie, adhérente aux parties profondes; des trajets fistuleux multiples pénètrent dans les tissus profonds; ils laissent écouler un pus de caractères variables. Les ganglions lymphatiques ne sont pas envahis; on constate seulement, dans quelques cas à évolution aiguë, un œdème inflammatoire et de la douleur au niveau des ganglions de la région.

Les animaux sont d’une maigreur extrême; les muqueuses sont pâles et infiltrées. L’appétit est faible, capricieux; on observe des alternatives de diarrhée et de constipation.

Lésions. — Elles consistent dans le développement de tumeurs fibreuses, isolées ou confluentes, renfermant des concrétions de forme particulière. On rencontre, sur la coupe des nodules isolés, une coque fibreuse épaisse limitant une cavité centrale remplie par une masse dure, de teinte jaunâtre, de forme irrégulière, mamelonnée à la surface, du volume d’une lentille ou d’un pois à celui d’une noix ou d’un œuf. Les concrétions enchâssées dans les tissus sont facilement énucléées; elles sont assez friables; leur consistance est celle d’un mortier de chaux.

Sur la coupe, les concrétions se montrent formées, à la périphérie, par une végétation mycélienne feutrée, dense, qui apparaît après traitement par la potasse caustique à 10 p. 100. Les filaments figurent une arborisation irrégulière; ils paraissent constitués par un axe central, qui fixe la matière colorante (Gram-éosine), entouré par une gaine hyaline ou transparente. Dans certaines préparations, colorées par la méthode de Biondi- Ehrlich, la paroi des filaments paraît irrégulière et couverte de petites spiculés. On trouve à la périphérie de la concrétion, au milieu de nombreux leucocytes à divers degrés de dégénérescence, des terminaisons mycéliennes renflées (massues), dont certaines paraissent renfermer des corps particuliers (spores?) ; de la surface de la masse partent de petites houppes mycéliennes ramifiées qui tendent à envahir les tissus voisins. Des formes d’involution sont constatées, indiquées par la présence de vacuoles ou par la constitution hétérogène des filaments. On rencontre

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encore, dans les amas mycéliens, des « corps sphériques », de forme irrégulière, fixant fortement la couleur, dont la nature est insuffisamment déterminée. La masse feutrée constituée par le mycélium subit assez vite l’infiltration calcaire et elle prend les caractères signalés par tous les observateurs.

La confluence des altérations en certains points aboutit à la formation de cuirasses fibreuses étendues, soudées aux tissus sous-jacents par des prolongements indurés qui envahissent le tissu conjonctif sous-cutané et inter-musculaire. Le tissu néoformé est constitué par une trame conjonctive dense, infiltrée d'un grand nombre de cellules épithélioïdes. En quelques points, celles-ci constituent des amas, et l'aspect de la coupe simule le cancer. On rencontre également des leucocytes, dont certains renferment des formes semblables à celles qui sont trouvées à l’état libre dans les amas mycéliens (corps sphériques) ; ils prennent une teinte orange après coloration par la méthode de Biondi-Ehrlich. D’autres leucocytes sont creusés de vacuoles, et leur noyau est en voie de division.

Des formes microbiennes diverses sont rencontrées dans les parois des ulcères et dans les foyers ouverts ; au contraire, les lésions protégées contre les souillures extérieures renferment exclusivement le mycélium.

La présence de lésions osseuses est plusieurs fois signalée aux Etats- Unis; on mentionne aussi l’envahissement de la langue (Lyford), des poumons (Meyrick) et du foie (John Burke).

Diagnostic. — La présence de tumeurs cutanées multiples, indurées, creusées de trajets fistuleux persistants, limite étroitement le diagnostic différentiel. Les lésions de la morve cutanée , plus discrètes, affectent des caractères tout autres; la lymphangite épizootique et la lymphangite ulcéreuse sont encore mieux différenciées. Les tumeurs cutanées n’aboutissent que par exception à la suppuration. La botryomycose se rapproche davantage du bursattee ; le diagnostic clinique serait assuré par la présence, au sein des tumeurs ou dans les trajets fistuleux, des concrétions pierreuses signalées; d’autre part, les botryomycomes n’ont qu’une faible tendance à l’extension.

Étiologie. — Étude expérimentale.

On ne sait rien jusqu’ici quant à l’origine des parasites et aux modes de l’infection; aux Etats-Unis, la maladie est observée surtout sur les « chevaux de sang »; les poneys de Cuba et du Texas sont à peu près indemnes. Les mulets sont plus rarement affectés que les chevaux; l'affection est encore plus rare chez les vaches. Les chiens, les chats, les porcs, les poulets sont complètement réfractaires.

La maladie est spéciale à certaines régions ; elle sévit de préférence dans les localités humides, sur le cours des grands fleuves. Les accidents apparaissent pendant la saison chaude, peu après le début de la période des

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pluies; aux États-Unis, la maladie est surtout fréquente pendant les mois de juillet et août.

Les éleveurs ne croient pas à la contagion. Les germes seraient inoculés directement avec les aliments (lèvres...) ou, dans les prairies, au niveau d’excoriations cutanées. Le rôle des mouches, depuis longtemps soupçonné, n’est nullement établi.

Les tentatives d’inoculation n’ont donné aucun résultat (1). Les quelques données acquises permettent de penser que le parasite, inoculé en un point des téguments, le plus souvent au niveau de la bouche et des lèvres, cultive sur place et donne des spores qui sont transportées par les leucocytes. Des foyers de culture s’opèrent ensuite dans diverses régions, grâce à des circonstances occasionnelles diverses. La prédilection des parasites pour le tissu cutané est manifeste; les altérations viscérales sont rares et peu étendues.

Traitement.

La destruction complète des foyers est considérée par tous les praticiens comme l’intervention la plus sûre; elle est obtenue par l’excision des tumeurs ou parla cautérisation profonde. 11 convient d’intervenir aussitôt que possible, pour éviter des traumatismes étendus; la guérison est rapide si tous les foyers ont été enlevés. Par contre, la récidive est certaine alors que les parasites n’ont pas été détruits en totalité (Drouin).

L’extension des lésions ou leur localisation en des points difficilement accessibles rendent l’intervention chirurgicale difficile ou impossible en quelques cas. Certaines médications ont été conseillées. S. Smith (1889) a recours aux pulvérisations d'acide arsénieux sur les tumeurs; on obtient la destruction des tissus et la cicatrisation; Bitting (1877) dit avoir obtenu des résultats favorables par l’emploi de l'iodure de potassium.

(1) Pierre Fish annonce la publication ultérieure des recherches qu’il a entreprises sur ce sujet.

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