I. — Symptômes
§ 1 . — Lymphangite chez le cheval.
La lymphangite épizootique se traduit par des accidents qui portent sur la peau et, par exception, sur les muqueuses.
a) Accidents cutanés. — Les lésions siègent de préférence sur les membres, surtout sur les membres postérieurs, aussi sur les
(1) Lindqvist. Tidsskrift for V'eterin., t. XI Y, 1 895, p. 224. Lindqvist dit avoir trouvé, dès 1871, le cryptocoque de Rivolta.
LYMPHANGITE ÉPIZOOTIQUE.
différentes parties du tronc (garrot, dos, épaule...), sur les faces de l'encolure, plus rarement sur la tête (1).
La lymphangite débute souvent au niveau d’une plaie préexistante (atteinte, blessure de harnachement, plaie opératoire...); le travail de cicatrisation est suspendu; les bourgeons charnus prennent une teinte rose pâle; ils donnent un pus séreux et mal lié ou blanchâtre et cailleboté. Les croûtes formées, soulevées parle pus, sont à peine adhérentes. La plaie s’étend peu à peu en surface, tandis que s’établit un engorgement plus ou moins étendu suivant la région envahie. Après une période qui varie de huit jours à cinq ou six mois, on voit se dessiner sous la peau un ou plusieurs reliefs sinueux, formés par des lymphatiques enflammés.
En d’autres cas, la lymphangite apparaît un certain temps après la cicatrisation de la plaie d’inoculation (jusqu’à cinq et six mois). Il se développe, au niveau de la cicatrice, une tumeur du volume d’une olive à celui d’un œuf de pigeon, indolore, dure, facile à délimiter sous la peau légèrement infiltrée. Le bouton se ramollit assez vite; il devient fluctuant et s’abcède; le pus est tantôt épais, bien lié, tantôt jaunâtre et mélangé de grumeaux de môme couleur. La cavité de l’abcès se remplit de bourgeons charnus, tandis qu’apparaît une lymphangite des vaisseaux voisins.
Quelle que soit son origine, la lymphangite suit une marche identique; les cordes allongées, sinueuses, simples ou ramifiées, deviennent douloureuses et elles gagnent vers les ganglions voisins. De petites tumeurs sphéroïdales, de la grosseur d’une noisette à celle d’une grosse noix, apparaissent sur le trajet; elles donnent à la corde l’aspect d’un chapelet à grains irrégulièrement distants. D’abord dures et indolores, les tumeurs deviennent douloureuses à l’exploration, en même temps que de la fluctuation se
(1) La topographie des lésions est fonction du mode d’inoculation, et ces indications n’ont rien d’absolu ; elles correspondent à ce que l’on observe dans les régiments, où la contagion s’opère par les selles, par les brides et par les litières. Tokishige, qui observe l'affection dans des conditions différentes, indique une répartition tout autre des localisations ; sur 97 cas, les lésions siègent :
Sur les membres antérieurs 30 fois.
Sur le poitrail 17 —
Au cou 14 —
Sur l’abdomen 11 —
Sur les membres postérieurs... 11 fois
Sur les côtés du thorax 10 —
Sur les organes génitaux 8 —
A la face G —
D'après Tokishige, la région testiculaire est un lieu d’élection habituel. Les altérations débutent sur le scrotum ou le prépuce, pour gagner la tunique vaginale, le parenchyme du testicule, l’épididyme et le cordon.il est rare que le testicule soit atteint primitivement. Le foyer développé dans le parenchyme est peu étendu; il donne l’impression d’une tumeur en formation; le centre est souvent ramolli. Tartakowsky mentionne comme fréquente la localisation sur la mamelle.
SYMPTÔMES
manifeste. Ouvert prématurément, le bouton donne un pus bien lié, épais, crémeux et jaunâtre; si on laisse l’abcédation se produire, la peau dépilée se crevasse et donne issue à un pus strié de sang. Le ramollissement des foyers s’opère irrégulièrement et suivant le degré de résistance des tissus; les boutons formés les derniers, au voisinage des ganglions, s’ouvrent souvent les premiers. Les plaies qui résultent de l’ouverture des abcès se remplissent de bourgeons exubérants, saignant au moindre contact; les bords renversés circonscrivent un orifice fistuleux central (farcin en cul-depoule) qui donne un pus d’abord crémeux et bien lié, puis jaunâtre, huileux et cailleboté.
Les ganglions voisins participent à l’inflammation. Ils se montrent, dès le début, volumineux, entourés d’une infiltration séreuse, puis bosselés et plus ou moins indurés. Au niveau des masses ganglionnaires, les tumeurs atteignent un volume considérable. Des foyers de suppuration évoluent qui aboutissent à l’abcédation; puis la cicatrisation s’opère et il persiste seulement des noyaux d’induration.
Les plaies ulcéreuses développées sur le trajet des cordes enflammées continuent à suppurer et des foyers voisins se réunissent. Des tranchées ulcéreuses s’établissent, interrompues de distance en distance par des lambeaux de peau dépitée; elles fournissent en abondance un pus jaunâtre, mêlé de caillots fibrineux. La cicatrisation est difficile; de nouveaux foyers peuvent se développer dans les parties voisines.
Cette évolution ordinaire présente quelques variantes. Le tissu conjonctif sous-cutané est parfois envahi au niveau des régions frappées et l’on voit évoluer une lymphangite réticulaire diffuse. L’engorgement est étendu à tout un membre, ou localisé à une articulation. La tuméfaction est chaude et douloureuse au début; elle transforme la région en une masse régulièrement cylindrique, dans laquelle sont noyés les cordons et les boutons spécifiques. Au sein du tissu enflammé apparaissent, soit un foyer étendu de suppuration, soit des abcès multiples, développés sur les régions plus particulièrement exposées aux traumatismes (extrémité des membres, plis articulaires). Les engorgements disparaissent peu à peu, laissant un empâtement marqué au niveau des articulations. Les accidents sont ordinairement limités à une seule région ; en quelques cas aussi, on constate l’apparition, simultanée ou successive, de plusieurs foyers développés en des points différents.
L’évolution est lente; si, dans les cas bénins, la cicatrisation est
LYMPHANGITE ÉPIZOOTIQUE.
complète en un mois environ, il faut souvent six mois et plus pour obtenir la guérison. Une récidive est longtemps à craindre; les petits abcès qui continuent à évoluer dans le tissu cicatriciel constituent les sources possibles d’une infection nouvelle.
En l’absence d’une intervention, les lésions tendent à s’étendre par continuité de tissu ou à la suite d'une auto-inoculation (1). Les animaux, épuisés, succombent cachectiques ; en d’autres cas, des lésions pulmonaires spécifiques sont la cause de la mort.
b) Accidents sur les muqueuses. — Des lésions de la pituitaire sont observées chez quelques animaux; des ulcérations isolées ou confluentes se développent qui simulent les chancres de la morve aiguë. Les lésions sont assez souvent bilatérales ; elles envahissent le pharynx, le larynx, la trachée et, par exception, les grosses bronches. Le jetage, très .rare (Tartakowsky), est d’abord muqueux, puis muco-purulent, strié de sang; il répand une odeur fétide. Les ganglions sous-glossiens sont engorgés; ils restent mous et mobiles dans la plupart des cas; l’induration est exceptionnelle; par contre, la suppuration est observée (Tokishige) (2).
La lymphangite constitue une affection grave, en raison à la fois de sa contagiosité et de ses complications possibles, mais elle
(1) Tokishige mentionne l'un des procédés de l’auto-inoculation : le prurit développé porte les malades à mordre les régions primitivement envahies et ils s’inoculent au niveau des lèvres.
(2) En outre de ces formes, Caparini décrit une localisation oculaire qui n’est pas mentionnée par les auteurs :
« Le farcin de L'œil existe seul ou associé à d’autres localisations, notamment au farcin de la face, et il est accompagné ou non d’un engorgement des ganglions sousglossiens.
« Les premières altérations qui s’établissent dans les diverses parties de l’œil sont inconnues. Un larmoiement plus ou moins abondant et le gonflement des paupières semblent être les premiers symptômes par lesquels la maladie se dénonce. La tuméfaction palpébrale augmente rapidement; l’œil est maintenu fermé et, de son angle interne, une matière muco-purulente et des larmes s’écoulent sur la face. Si l'on procède à un examen soigneux de l’œil, on trouve les paupières œdématiées, accolées à leurs bords par un muco-pus épais et desséché; dans le sac conjonctival, la même matière est accumulée; la conjonctive, fortement injectée, est couverte de petits nodules, du volume d’une tête d’épingle ou un peu plus, isolés ou confluents, d’aspect jaunâtre et plus ou moins saillants à la surface. Entre les nodules, on trouve des ulcères superficiels d’égales dimensions, ronds ou lenticulaires, à fond laudacé. Le nombre des nodules et des ulcères varie ; leur siège de prédilection paraît être la troisième paupière, qui est transformée en un véritable conglomérat de nodules et d’ulcères. En même temps, les tubercules et les ulcères ont envahi le repli conjonctival; ils forment une couronne blanche qui tranche sur la sclérotique pigmentée du cheval. Les tubercules situés profondément sur la conjonctive palpébrale suppurent, deviennent fluctuants et s’ouvrent à la face externe des paupières.
« Des cordes et des boutons, développés au niveau de l’arcade sous-orbitaire et de la crête zygomatique, coïncident ordinairement avec cette sorte de farcin. »
Ugo Caparini. La cura dcl farcino. Droch., Napoli, 1885, p. 14.
LÉSIONS
est presque toujours curable. Si l’on intervient à temps, on peut enrayer l’évolution des lésions et guérir les malades dans 90 p. 100 des cas. Le pronostic varie d’ailleurs suivant les diverses localisations. Les lymphangites des régions du rein, de la côte et de l’encolure sont relativement bénignes ; celles du garrot sont redoutées, en raison des complications de nécrose et aussi de la complexité et de la richesse de la circulation lymphatique dans la région. La localisation sur le membre postérieur, peu grave s’il existe une corde unique, est menaçante lors d’inflammation diffuse, avec engorgement volumineux et destruction étendue du tégument.
La lymphangite des membres peut laisser après elle des reliquats qui compromettent l’utilisation des animaux; telles les indurations péri-articulaires au niveau du jarret ou du boulet.
!; 2. — Lymphangite chez les bovidés.
Les tumeurs sont réparties irrégulièrement sur toute la surface du corps, et l'on ne constate point la disposition en chapelet. Elles forment des masses dures, nettement circonscrites, indolores, du volume d'une noisette ou d’une noix.
L’évolution est plus lente que chez le cheval ; ce n’est qu’après un très long temps que les tumeurs arrivent à l’abcédation et à l'ulcération (Tokishige).
IL — Lésions.
a) Peau. — Au début, la peau est hypérémiée au voisinage de la corde; plus tard, le derme et le tissu conjonctif sont infiltrés et épaissis par une néoformation cicatricielle.
Les lymphatiques enflammés ont leurs parois épaissies et confondues avec le tissu périphérique; la membrane interne est hypérémiée et granuleuse. Le vaisseau renferme, suivant le degré et l'ancienneté de l’inflammation, un liquide trouble, lactescent, avec des coagula fibrineux légèrement adhérents, ou encore du pus, liquide et cailleboté ou épais et homogène. Le pus s’accumule au niveau des valvules ; le foyer provoque une néoformation périphérique qui constitue le bouton ; la coque enveloppante est progressivement détruite et l’ulcération se produit.
Les ganglions sont friables, infiltrés, de couleur jaune rougeâtre au début de l'envahissement; plus tard, ils montrent des foyers purulents disséminés et, après la cicatrisation, des noyaux d’induration.
LYMPHANGITE ÉPIZOOTIQUE.
Lors de lymphangite diffuse, la peau et le tissu sous-cutané sont transformés en un tissu épais (jusqu’à 5-6 centim.), dense, fibreux et lardacé. Sur la coupe, on rencontre des abcès à divers degrés de leur évolution ; les vaisseaux lymphatiques sont dilatés et remplis de lymphe coagulée et purulente. Les muscles souscutanés, les tendons, les gaines articulaires ou tendineuses ne présentent d’autres altérations que celles qui résultent de la compression exercée (1). Les lymphatiques situés au delà de la région envahie sont sains. Le poumon et les autres viscères sont rarement envahis.
b) Muqueuses. — Les lésions sont analogues à celles qui siègent sur la peau; on trouve des boutons et des ulcères, isolés ou conlluents, tantôt creusés comme le chancre morveux, tantôt recouverts de granulations fongueuses. Dans les formes graves, la muqueuse est détruite sur une surface étendue ; les cartilages et les os sont nécrosés (2). Les altérations s’étendent en quelques cas au larynx, à la trachée, aux grosses bronches (3).