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III. — Diagnostic

L'ulcère de la lymphangite est souvent typique; ses bords exubérants, renversés, d’un rouge vif, l’issue d’un pus bien lié, crémeux, sont caractéristiques; l’aspect est tout différent de celui du chancre farcineux, taillé à pic et sécrétant un pus liquide et huileux.

Le diagnostic différentiel de la lymphangite épizootique et de la morve peut présenter cependant de réelles difficultés en quelques

(1) Tokishige signale, dans les formes anciennes, l'envahissement du périoste et des cartilages.

(2) Gotti et Brazzola trouvent des blastomycètes analogues à ceux de la lymphangite dans une tumeur des sinus chez le cheval. « Le sinus sphéno-palatin droit est dilaté et contient une tumeur gélatineuse; la cavité gauche renferme une tumeur volumineuse, jauuâtre, avec quelques parties grises, ecchymosée, d’aspect myxomateux, qui a atrophié à divers degrés les parties voisines. L’examen histologique fait reconnaître un myxo-sarcome, avec riche infiltration de blastomycètes. »

Gotu et Brazzola. Blaslomicosi nasale nel cavallo. Anal, in 11 nuovo Ercolani, 181)7, p. 335.

(3) Mazzanti trouve, à l'autopsie d’une jument âgée de trente mois, morte avec des symptômes d’entérite typhoïde, des lésions siégeant sur la terminaison du gros côlon. Elles consistent en des tumeurs de la grosseur d’un œuf de pigeon ; à leur niveau, la muqueuse intestinale montre une ulcération irrégulière, de douze centimètres de diamètre, à bords relevés et friables, dont le centre déprimé est recouvert d’un putrilage noir et de débris alimentaires. Sur la coupe, la paroi indurée de l’ulcère montre de nombreux foyers de suppuration. A l'examen histologique, on rencontre un grand nombre de cryptocoques, libres ou inclus dans des globules de pus.

Mazzanti. Farci no criplococchico su.la mucosa del grosso colon in un puledra. 11 moderno Zooiatro, 1892, p. 193.

ÉTIOLOGIE.

cas. Au niveau des fistules anciennes, les ulcères de la lymphangite sont moins caractéristiques ; le pus est jaunâtre et filant comme celui du farcin. Il convient de recourir aux méthodes du diagnostic expérimental toutes les fois qu’un doute subsiste. L’injection de malléine ne provoque jamais de réaction organique ou thermique (Tartakowsky). Les accidents qui appartiennent à la gourme (lymphangite gourmeuse) et au horse-pox sont aisément reconnus.

L'examen direct du pus de la lymphangite permet un diagnostic certain et immédiat. Le cryptocoque est nettement visible à un grossissement de 400 à bOO diamètres, sans coloration ; il se différencie par sa forme et par sa coque réfringente des éléments qui l’entourent. Dans les produits obtenus par grattage, sur les muqueuses ou dans les tissus envahis, les parasites sont encore faciles à retrouver.

Étiologie. — Étude expérimentale.

La lymphangite est une maladie essentiellement locale ; le virus ne cultive que rarement en dehors des milieux lymphatiques de la région affectée.

La réceptivité est étendue au cheval, au mulet, à l’âne et aux bovidés. Le mulet paraît offrir un terrain des plus favorables; il est frappé de préférence en Algérie et à la Guadeloupe. Les conditions qui augmentent l’aptitude individuelle sont insuffisamment déterminées et elles n’agissent probablement qu'en favorisant l'inoculation.

La lymphangite procède exclusivement d’une contagion immédiate, par inoculation intra-dermique. La transmission est favorisée par l’agglomération et la cohabitation des animaux ; on s’explique que la maladie soit particulièrement fréquente dans les régiments. D’autre part, les traumatismes cutanés constituent une porte d’entrée pour le virus.

Les modes de l'infection sont facilement prévus. Le pus virulent, répandu sur les litières, est porté au contact d’une plaie (trauma accidentel ou opératoire), ou bien la transmission s’effectue par l'intermédiaire des corps vulnérants eux-mêmes. Les harnais et les couvertures souillés assurent l’inoculation au niveau du garrot, du dos, de la tête...; les étrilles, également souillées, sont des agents de l’inoculation, tandis que les brosses, les éponges, les objets de pansement ensemencent les plaies. La transmission s'effectue encore par l’intermédiaire des auges, des râteliers, des bat-flancs contre lesquels les animaux se grattent et se blessent.

LYMPHANGITE ÉPIZOOTIQUE.

Les instruments de chirurgie, les matelas d’abatage ou le lit de paille qui a servi aux malades sont des intermédiaires possibles.

La transmission expérimentale a été plusieurs fois réalisée par l’inoculation sous-culanée et intra-cutanée chez le cheval, l’âne et le mulet. Les résultats négatifs de certaines tentatives (Jaubart, Debrade, Wiart) ne sauraient infirmer les résultats positifs obtenus dans d’autres ; sous certaines conditions, la lymphangite est inoculable. L’inoculation du pus au mulet (Tixier et Delamotte, Chauvrat), par piqûres ou scarifications, aboutit, après un temps variable (vingt à soixante-six jours), à l’évolution de boutons suivis d'ulcérations et de cordes plus ou moins envahissantes. Chez l’âne, les inoculations (Delamotte, Peuch) restent stériles pendant un mois et plus, puis des boutons apparaissent dans le voisinage; ceux-ci se transforment en abcès, puis en plaies ulcéreuses et ils provoquent l’apparition des cordes lymphatiques.

L'inoculation sous-cutanée (Rivolta et Micellone, Tokishige) produit, chez le cheval, de petits nodules au lieu de pénétration; après un mois environ, les tumeurs augmentent et s’abcèdent. Bassi et Venuta ont cherché à réaliser la pénétration au niveau de plaies artificielles, obtenues par le grattage de la peau, sur deux ânes, un cheval et une chèvre. Seul, le cheval présenta quelques accidents spécifiques, limités au voisinage du point d'inoculation (abcès, plaie et infiltration persistante du tissu conjonctif).

L’inoculation de cultures au cheval et au cobaye, surles muqueuses ou sur la peau, détermine une suppuration locale ou reste sans résultat. Chez le lapin, l’inoculation sous-cutanée du pus aboutit à la formation d'un abcès. Le chien, le chat, le veau, le porc sont entièrement réfractaires (Tokishige).

Deux points ressortent de ces quelques résultats expérimentaux : l’infection s'opère assez difficilement; elle n’est exprimée parfois qu’après un long temps par des lésions évidentes. Au niveau d’une plaie préexistante, la lymphangite symptomatique se développe après un délai qui varie de huit jours à cinq ou six mois (Wiart); Quiclet l’a vue apparaître après quatre-vingt-neuf jours. La culture du virus au point de pénétration est donc soumise à des conditions diverses que l’expérimentation pourrait déterminer sans doute. C’est seulement alors que les microbes ont pénétré dans le tissu conjonctif et dans les vaisseaux lymphatiques qu’ils occasionnent des accidents appréciables.

La résistance opposée par les tissus est considérable et la phagocytose s’exerce avec une extrême intensité. Les cryptocoques

qui pénètrent au delà des ganglions sont ingérés par les leucocytes et détruits presque toujours; la diffusion ne s’opère qu’au niveau des foyers et par une reptation lente. Exceptionnellement, les microbes emportés par la voie sanguine détermineront dans le poumon des lésions spécifiques. Les constatations de Baruchello(l) montrent que le cryptocoque existe seul, le plus souvent, dans les foyers purulents ; les microbes pyogènes rencontrés dans quelques formes paraissent n’exercer aucune action favorisante ; ils sont trouvés au sein de lésions à évolution lente, en même temps que des blastomvcètes atténués dans leur virulence.

Résistance du virus. — Le virus est détruit dans le pus, en quelques miaules, à une température de 80°; il résiste à l’action d’une solution d’acide pliénique à 5 p. 100 (Rivolta et Micellone).

Traitement.

Le traitement a pour objet la destruction sur place du virus. Au début, il est facile d’extirper complètement les tissus envahis ; la plaie d’inoculation est curettée à fond, cautérisée avec le fer rouge et recouverte d’un pansement antiseptique. Alors que la corde est apparue, l'intervention est déjà plus complexe. Si la tuméfaction, restreinte aux parois du canal, est bien délimitée, on aura recours à l’extirpation totale ; on sectionne le lymphatique avec le cautère cultellaire, à quelques centimètres au-dessus de la terminaison de la corde, puis l’on ouvre le vaisseau sur la partie atteinte ^t l’on enlève toute l’épaisseur des parois. Un pansement antiseptique et cicatrisant est appliqué. Dans les cas où la tuméfaction diffuse rend l’intervention chirurgicale difficile, « on peut essayer l’application d’un fort vésicatoire, qui détermine quelquefois l’cnkystement de la corde, ou, ce qui est plus rare, sa résolution ; sinon, il a toujours l’avantage de délimiter le cordon lymphatique et d’enrayer pour quelque temps sa marche progressive » (Quiclet).

Lors de lésions étendues en surface, il convient d’attaquer le foyer à la périphérie, en détruisant aussitôt les cordes qui tendent à gagner en dehors ; on agira en même temps sur les lésions développées en ponctionnant les abcès, en ouvrant largement avec le cautère les lymphatiques en voie de suppuration. Les parois des

fl) Barlciiello. Le infezioni miste nel farcino criptococclnco. Il nuovo Ercolani, 1898 p. 52 et C5.

Nocard et Leclainche. — 2e édit.

LYMPHANGITE ÉPIZOOTIQUE.

cavités mises à découvert sont remplies d’éléments virulents qu’il est indiqué d’atteindre autant que possible; on a préconisé dans ce but la teinture d’iode, les acides, le chlorure de zinc, les préparations mercurielles. L'irrigation avec l’eau très chaude (90-95°) pourrait être essayée avec avantage.

lousles praticiens sont d’accord sur ce point qu’il convient d intervenir largement avec le fer et le feu ; l’expérience montre que la cicatrisation s’opère rapidement si l’on a détruit complètement les tissus envahis, et ce mode d’intervention abrège de beaucoup la durée du traitement (1).

Prophylaxie.

Les mesures prophylactiques sont destinées à éviter les modes habituels de la contagion. Les prescriptions contenues dans l’Instruction du ministre de la guerre, en date du 11 février 1887, donnent des indications précises à cet égard.

1° Dans les corps où la lymphangite épizootique ou farcineuse viendra à apparaître, des visites de santé seront passées au moins deux fois par semaine. Elles porteront sur les diverses parties du corps et spécialement sur les régions exposées aux blessures par le harnachement, aux coups de pied, aux embarrures.

2° L’éponge sera supprimée pour le pansage des chevaux, ainsi que dans le service de l’infirmerie.

3° Les cavaliers devront signaler tout cheval atteint d’engorgements, de boutons, de blessures ou de plaies, quels qu’en soient d’ailleurs l'aspect et l’étendue.

4° Dans le traitement des accidents traumatiques, on ne perdra pas de vue que la lésion par laquelle débute, fréquemment, la lymphangite farcineuse, a des caractères semblables à ceux d’une plaie simple. Si on est obligé de faire usage de topiques liquides, on ne versera dans une sébile que la quantité nécessaire ; le pansement terminé, ce vase sera nettoyé à fond. On évitera, autant que possible, de se servir de substances spongieuses, susceptibles de s’imprégner de matières virulentes. On évitera surtout, et en toutes circonstances, d’imprégner des étoupcs de liquide

(1) Contre le « farcin de l’œil », Caparini recommande le curettage des nodules ou leur excision totale, suivis d’une cautérisation au nitrate d’argent. Dans un cas d’ulcère de la sclérotique, situé en un point inaccessible à l’intervention directe, on obtint une guérison rapide par l’emploi de la pommade suivante :

Précipité rouge 2 grammes.

Vaseline 10 —

Appliquer matin et soir dans le sac conjonctival.

PROPHYLAXIE

médicamenteux, en les appliquant sur le goulot du flacon servant de récipient. Celles qui auront servi au pansement des plaies, soit comme objets de pansement, soit pour l’application de topiques liquides, seront détruites, même lorsqu’il s’agira de plaies paraissant de bonne nature.

5° Les animaux reconnus atteints, ainsi que ceux qui seraient déclarés douteux, seront isolés des autres catégories de malades, et, si le casernement le permet, séquestrés dans des cellules individuelles.

6° Pour les chevaux malades, les effets de pansage devront être individuels.

7° Toutes les fois que les lésions seront limitées à une région, on instituera un traitement chirurgical. On recommande de traiter les abcès par la cautérisation actuelle et les cordes par l’extirpation.

8° Les plaies faisant suite à l’intervention chirurgicale seront traitées comme des plaies ordinaires, mais en prenant, comme il est dit plus haut, les précautions les plus minutieuses pour éviter le transport du virus d’un malade à un autre, par les instruments et les matières à pansement.

9° Lorsque les accidents spécifiques offriront une trop grande ténacité, et surtout lorsque, par leur extension, ils auront tendance à se généraliser, les animaux seront abattus.

10° La désinfection du harnachement, des effets de pansage et des places occupées par les malades, etc., se fera d’après les règles applicables à la morve.

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