I. — Symptômes
La morve se présente chez les solipôdes sous des expressions cliniques dissemblables, et l'on conçoit la répugnance des anciens observateurs à admettre l’identité étiogénique des diverses manifestations. L’analyse des altérations essentielles et l’observation des transformations possibles des types évolutifs avaient cependant permis d’affirmer la parenté de toutes les formes, puis de les
(1) D’après Fritsch (Drei Ja/ire in Südafrika , p. 77), la morve n'est observée que depuis 18G4.
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grouper sous la dénomination de diathèse morvo-farcineuse. L’expérimentation montra qu’il s’agissait d’une seule et même affection, fonction d’un même élément virulent.
Si les vieilles distinctions ont définitivement disparu de la nomenclature, il est néanmoins indispensable d’adopter une division qui permette d’étudier chacune des modalités de la maladie.
Un premier groupement, universellement adopté, permet de reconnaître, d’après la rapidité de l’évolution, un type aigu et un type chronique. Les multiples aspects de ce dernier sont différenciés par les localisations anatomiques des lésions.
§ 1 . — Morve aiguë.
Le début est marqué par un état fébrile intense, précédant toute manifestation locale. En quelques heures, la température atteint 41° et 42°; le malade tombe dans un état de prostration extrême; il est insensible aux excitations; la locomotion est pénible; les poils sont hérissés ; on constate des frissons; des tremblements secouent les masses musculaires de la cuisse et de l’épaule. Les muqueuses, injectées, prennent une teinte rouge foncé et un peu ictérique. Le pouls est faible, filant, à peine perceptible, alors que les battements du cœur sont violents et tumultueux; on compte 60-80 pulsations par minute ; la respiration est accélérée et entrecoupée. L’appétit a disparu ; les barbotages et les liquides froids sont seuls acceptés.
Ces signes augmentent graduellement d’intensité, puis, après un-trois jours, des symptômes locaux spécifiques apparaissent.
Les altérations de la morve aiguë siègent, comme dans la forme chronique, sur les muqueuses et sur la peau; mais la coexistence des deux ordres de lésions est ici la règle.
La pituitaire est le siège d’une congestion intense ; la muqueuse, de teinte rouge vif, est bientôt ponctuée de taches ecchymotiques plus foncées. Au niveau de celles-ci se montrent des élevures ou vésico-pustules arrondies, du diamètre d’une lentille à celui d’un pois, remplies d’un liquide séro-purulent, limitées par une mince pellicule épidermique dont la coloration jaunâtre tranche sur la teinte foncée des parties voisines. Ces vésicules, plus ou moins confluentes, s’ouvrent après quelques heures, laissant à découvert une surface ulcéreuse, tapissée de fines granulations d’un rouge vif; ces surfaces prennent très vite l'aspect d’un chancre cupuliforme, limité par un bourrelet infiltré, de coloration plus pâle. Dès
le début des altérations de la muqueuse, il s’établit un jetage, ordinairement bilatéral, d’abord séreux et citrin, puis muco-purulent, mêlé de stries sanguines et de teinte safranée ; l’écoulement devient abondant; les matières rejetées adhèrent au pourtour des naseaux et souillent la lèvre supérieure.
Les ulcérations primitives progressent dans tous les sens avec une extrême rapidité; elles dessinent, par leur confluence, des surfaces irrégulières, recouvertes de muco-pus, limitées comme le chancre isolé par un bourrelet infiltré de teinte pûle, bordé luimême par une zone congestive. On rencontre parfois des plaques œdémateuses, au niveau desquelles la destruction des éléments anatomiques semble s’opérer sans réaction immédiate; les couches superficielles sont transformées en une matière pulpeuse dont l’élimination laisse à nu une plaie ulcéreuse d’emblée. En d’autres points, l’oblitération des vaisseaux détermine l’escarrification du territoire irrigué ; la muqueuse s’élimine sous la forme de lambeaux noirs, ramollis et entraînés par le jetage. A cette période, l’écoulement nasal est abondant ; les matières rejetées renferment des coagula fibrineux et des débris de tissus mortifiés; de teinte safranée, souvent strié de sang, toujours visqueux, le jetage adhère aux ailes du nez et rétrécit les orifices.
En même temps que les lésions de la pituitaire évoluent, d’autres manifestations sont observées le plus souvent. Des engorgements volumineux, œdémateux, chauds, douloureux, apparaissent simultanément en divers points, notamment aux membres, au niveau des flancs, des épaules, à l’extrémité inférieure de la tête... En douzevingt-quatre heures, l’œdème se résorbe en partie et des boutons se développent qui se ramollissent et s’ulcèrent, laissant après eux une plaie profonde, d’un rouge sombre, dont les bords sont infiltrés et taillés à pic. Ordinairement confluents, ces chancres se réunissent et forment des plaies irrégulières, envahissantes, qui donnent un pus abondant, sanieux, de couleur lie de vin ou safranée.
Les lymphatiques de la région, d’abord noyés dans un œdème chaud diffus, se dessinent, en même temps que l’engorgement diminue, sous la forme d’un relief dur se prolongeant jusqu’aux ganglions voisins. Des nodosités se montrent surle trajet; elles se ramollissent et s’ulcèrent comme les boutons ; les plaies voisines se réunissent par extension périphérique et la corde se trouve transformée en une tranchée ulcéreuse qui fournit une abondante suppuration. Les ganglions explorables (sous-glossiens, inguinaux...) sont hypertrophiés, douloureux, entourés d’un œdème per-
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sistant ; si la suppuration s’établit, l’ouverture de l’abcès donne un pus mal lié, visqueux, de teinte lie de vin ou safranée.
Des symptômes généraux graves accompagnent l’évolution des accidents spécifiques. La température atteint 42°; l’état d’abattement est extrême et l’inappétence complète ; les boissons froides sont seules acceptées ; les muqueuses onl une teinte rouge-brique ou violacée; le pouls est faible et vite; la respiration, courte et précipitée; on perçoit un bruit de cornage ou de sifflement, dû à l’obstruction partielle des voies supérieures ou des naseaux (croûtes, œdème...). Le malade maigrit avec une rapidité surprenante; il fond à vue d’œil, perdant par jour jusqu’à 40 kilos de son poids.
La morve aiguë se termine presque toujours par la mort en huit-trente jours ; les exemples de retour à l’état chronique sont observés lors de simples poussées subaiguës, développées pendant le cours de la morve chronique. Des signes de congestion pulmonaire ou de pneumonie lobulaire à foyers multiples apparaissent dans les dernières périodes, et la mort survient, par asphyxie ou par intoxication.
En outre des manifestations essentielles de la morve aiguë, d’autres accidents compliquent en certains cas l’évolution. On observe des synovites ou des arthrites , d’apparence rhumatismale, et des inflammations testiculaires, limitées à la séreuse ou étendues en même temps au parenchyme du testicule (Voy . Morve chronique) .
§ 2. — Morve chronique.
Sous le type chronique, la morve se présente sous les deux formes classiques de morve cutanée ou farcin et de morve proprement dite, étendue aux muqueuses et aux parenchymes. Cette dernière est localisée à peu près exclusivement sur l’appareil respiratoire et l’on reconnaît diverses formes cliniques, suivant la localisation des lésions dans les cavités nasales, sur le larynx ou la trachée et dans le poumon.
On étudiera successivement les symptômes essentiels de la morve cutanée ou farcin , de la morve nasale, de la morve laryngo-trachéale et de la morve pulmonaire. Dans un autre paragraphe seront indiqués les signes contingents communs aux différentes localisations.
a) Morve cutanée ou farcin. — Les symptômes du farcin chronique évoluent seuls ou en même temps que ceux de la morve chronique. Ils consistent essentiellement en l’apparition de tumeurs
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cutanées, aboutissant à l’ulcération et suivies de l'engorgement des ganglions et des vaisseaux lymphatiques afférents.
On peut considérer successivement le bouton , ou lésion cutanée initiale, l'inflammation du vaisseau lymphatique ou la corde et la tuméfaction ganglionnaire ou la glande. Dans un dernier paragraphe seront signalés les symptômes accessoires, généraux ou locaux.
I. Bouton farcineux. — Le bouton débute par une tuméfaction inflammatoire mal délimitée, du volume d’une noisette à celui d’un œuf, intéressant les couches profondes du derme ou le tissu conjonctif sous-cutané. Les tumeurs sont œdémateuses, chaudes, douloureuses à la pression, isolées ou confluentes: elles se montrent de préférence dans les endroits où la peau est fine et le tissu conjonctif abondant, à la face interne des cuisses, sur les faces latérales de l’encolure, aux flancs... En quelques jours, les caractères de la tumeur se modifient ; la région est moins douloureuse, l’œdème se résorbe en partie et la zone centrale, densifiée, apparaît nettement sous la forme d’un nodule régulièrement arrondi, à peu près indolore. Après un temps variable suivant l’épaisseur du derme et la situation initiale du foyer, on perçoit au centre un point de fluctuation qui s’étend peu à peu. La peau qui recouvre le foyer s’amincit de plus en plus, les poils tombent à la surface et la membrane nécrosée se fend ou s’élimine en des lambeaux irréguliers. Les foyers sont ouverts prématurément en divers points par l’action des traumatismes de tout ordre.
Le contenu du bouton farcineux est un liquide visqueux, oléiforme, jaune, parfois strié de sang ( huile de favcin ) ; très pauvre en éléments figurés, il renferme quelques globules de pus, des gouttelettes graisseuses et de nombreuses granulations.
La plaie qui résulte de l’ouverture est rebelle à la cicatrisation et elle affecte le caractère ulcéreux. Ses bords, taillés à pic, sont formés par un amas de bourgeons charnus de couleur rouge foncé ou jaunâtre ; le fond de la cicatrice est tapissé par un tissu granuleux, de teinte livide ou violacée. Le chancre farcineux s’étend ordinairement en profondeur et en surface, conservant toujours les mêmes caractères ; au voisinage, la peau est épaissie et indurée ; un pus huileux continue à s’écouler de la plaie et se concrète en croûtes grisâtres ou dorées, adhérentes aux poils.
Lors d’éruption confluente, les ulcérations, qui ont évolué isolément, se réunissent pour constituer des surfaces ulcéreuses irrégulières, sillonnées d’élevures fongueuses représentant les parois
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des chancres primitifs et limitées par une bordure de bourgeons charnus de couleur terne.
Tous les modes d’apparition et de répartition des boutons farcineux sont observés. L’éruption est confluente ou discrète, localisée ou généralisée; tantôt elle se produit en une seule fois, tantôt elle procède par poussées successives. Souvent l’on ne constate pendant un long temps que quelques plaies, ou môme une seule, situées de préférence sur les membres postérieurs, à un niveau variable. Chez les animaux en bon état, bien nourris, et dans certaines formes à marche lente, les plaies se cicatrisent peu à peu ; d’autre part, dans les points où la peau est peu vivante, à l'extrémité des membres, des plaies simples persistent indéfiniment et il est souvent impossible de les différencier d’un ulcère farcineux.
II. Lymphangite farcineuse. — L’évolution des boutons et des chancres farcineux s’accompagne d’un engorgement des vaisseaux lymphatiques voisins. En rapport, d’une façon générale, avec l’étendue de l’éruption, la lymphangite farcineuse est d’autant plus marquée que les lymphatiques de la région sont plus abondants et plus superficiels. Très nette, par exemple, au niveau des lymphatiques satellites de la saphène, de la veine de l’éperon ou de la radiale, elle sera à peine perceptible là où les lymphatiques pénètrent profondément.
Le processus évolutif de la corde correspond de tous points à celui du bouton. Elle débute par un engorgement chaud, douloureux, œdémateux, situé sur le trajet du vaisseau lymphatique compris entre le siège de l’éruption et le ganglion afférent. En quelques jours, les caractères inflammatoires s’atténuent, et l’on perçoit, au centre de la masse œdématiée, un cordon volumineux, constitué parles parois épaissies du lymphatique. Plus tard encore, l’œdème a disparu et il reste une tumeur cylindrique, de diamètre variable suivant le calibre primitif du vaisseau, ordinairement peu douloureuse. •
La corde peut conserver indéfiniment ces caractères, mais souvent apparaissent, en différents points de son trajet, des renflements arrondis ou ovalaires, de la grosseur d’une noisette environ, inégalement distants les uns des autres (chapelet). Chacune de ces tumeurs évolue comme un bouton farcineux ; la partie centrale se ramollit, la peau amincie se déchire et laisse échapper un liquide lie de vin ou huileux, identique à celui qui s’écoule du bouton primitif. Les mômes modifications se produisent en divers points
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sur le trajet de la corde; celle-ci présente une série d’ulcérations, communiquant entre elles par le canal enilammé et fournissant une abondante sécrétion. Les ulcères progressent dans tous les sens ; les plus voisins se réunissent pour constituer des tranchées ulcéreuses, suivant exactement le trajet du vaisseau lymphatique, tapissées d’une couche irrégulière de bourgeons charnus livides et friables.
III. Adénite farcineuse. — Les ganglions qui collectent la lymphe des régions envahies subissent des modifications analogues à celles qu’éprouvent les vaisseaux. En même temps que la corde se dessine, un engorgement œdémateux, chaud, douloureux, apparaît à leur niveau. Après quelques jours, l’œdème disparaît et le paquet ganglionnaire densifié forme une masse unique, indolore, dure et bosselée. Ces caractères persistent indéfiniment; l’on ne constate que rarement des foyers de ramollissement et ceux-ci n’aboutissent presque jamais à l’abcédation. L’ouverture artificielle du ganglion détermine une fistule persistante et l’orifice affecte le caractère ulcéreux.
En outre de ces signes essentiels, on voit parfois survenir au cours de la maladie des accidents cutanés connus sous le nom de kystes farcineux. Observés chez quelques animaux seulement, ils se rencontrent sur les parois costales ou sur les faces latérales de l’encolure. Ils débutent soudainement, sous la forme de tumeurs dures, sans caractères inflammatoires, qui se ramollissent en quelques heures pour constituer une collection liquide. Le volume des kystes farcineux varie entre celui d’un œuf et celui du poing; ils sont froids, insensibles, également fluctuants dans toute leur étendue; la peau, distendue à leur surface, n’a subi aucune altération. Les tumeurs restent ordinairement stationnaires; elles n’ont aucune tendance à l’ulcération. Si l’on ouvre le kyste, il s’en échappe un liquide huileux, filant, de couleur jaune ; les bords de la plaie s’agglutinent, se soudent, et la collection se produit à nouveau ; en d’autres cas, l’ouverture reste béante, la sécrétion continue et l’occlusion ne s’opère que lentement, par l’accolemenl des parois du kyste.
b) Morve nasale. — L’évolution des altérations spécifiques sur la muqueuse des cavités nasales aboutit à la formation d'ulcérations ou chancres, en même temps qu’elle provoque une sécrétion pathologique, le jetage, et la tuméfaction des ganglions sous-glossiens ou la glande. Cette « trinité symptomatique » constitue le svndrome complet de la morve nasale.
Nocard et Lecxainciie. — 2e édit.
I. Chancre. — Le chancre débute, sur la pituitaire, soit par une vésicule, soit par un bouton. La vésicule évolue rapidement; au centre d'une ecchymose de la muqueuse apparaît une élevure grise ou jaunâtre, due au soulèvement de l’épiderme par une gouttelette liquide; la membrane se rompt et il reste une petite plaie superficielle, entourée d’une zone congestionnée. Au lieu de se cicatriser, cette plaie se creuse, s’étend, et prend les caractères de l’ulcère. L’évolution du boulon est analogue à celle du bouton farcineux ; l’éruption, localisée de préférence sur le repli de l’aile interne du nez, est précédée d’une ecchymose et parfois d’œdème sous-muqueux; puis un épaississement se produit, qui constitue bientôt une nodosité arrondie, dure, grise ou jaunâtre, de la grosseur d'une tète d’épingle à celle d’une lentille. Un peu plus tard, la partie centrale se ramollit, la membrane de revêtement, amincie et soulevée par l’exsudât, laisse échapper le contenu. Il reste un bourrelet saillant, limitant une dépression centrale qui devient ulcéreuse. Quelle que soit son origine, le chancre de morve se présente sous la forme d’une plaie arrondie, creusée régulièrement aux dépens de la muqueuse; ses bords, indurés, taillés à pic et un peu saillants, donnent au doigt la sensation d un tissu cartilagineux; le fond, gris ou jaunâtre, semé d’un fin piqueté rouge, est recouvert d’un enduit muco-purulent.
La destruction moléculaire continuant au niveau des ulcères, les chancres s’élargissent peu à peu ; les plus voisins se réunissent pour former des plaques à contours découpés ; parfois, les parties profondes de la muqueuse et les tissus sous-jacents sont détruits à leur tour. Chez certains animaux, au contraire, l’organisme se défend efficacement; la plaie superficielle qui suit l’éruption vésiculeuse conserve ses caractères ; son fond est rose, finement granuleux et la cicatrisation s’opère lentement. Chez d'autres, la réparation s’effectue après l’évolution complète des chancres; il se forme des plaques cicatricielles, d’apparence fibreuse, affectant une disposition rayonnée. Ces cicatrices siègent presque toujours dans les régions profondes des cavités nasales ; rarement elles constituent un symptôme de la maladie.
L’évolution des chancres sur la pituitaire a pour conséquence la dilatation, puis la thrombose des vaisseaux veineux; ceux-ci se î upturent en produisant des épistaxis dont la constatation présente une haute importance diagnostique.
II. Jetage. — Les qualités et la quantité du jetage varient à la fois en raison de l’intensité et de l’étendue des lésions. Les carac-
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tères qui lui sont assignés ne sauraient donc être considérés que comme des indications générales, soumises à de nombreuses exceptions.
L’écoulement est le plus souvent unilatéral; il est continu, mais plus abondant pendant le travail ; la matière rejetée est visqueuse, poisseuse; elle adhère au pourtour des naseaux, où elle se dessèche en croûtes d’un gris foncé. Pendant la période d’éruption des chancres, le jetage est muqueux; il devient ensuite muco-purulent, jaunâtre, parfois mêlé de grumeaux d’aspect caséeux, comme dans la collection des poches gutturales. A certains moments, le jetage est strié de sang ou accompagné, au début surtout, de véritables épistaxis.
III. Glande. — L'ulcération de la pituitaire est accompagnée d’une tuméfaction ganglionnaire de forme particulière, unilatérale ou bilatérale suivant l’extension des lésions, désignée depuis longtemps sous le nom de « glande ». Les ganglions sous-glossiens ont augmenté de volume; ils forment une masse unique, arrondie, indolore, uniformément dure en tous les points, mamelonnée à sa surface, rarement adhérente à la peau, fixée profondément dans l’auge et comme attachée à la base de la langue. Ces caractères classiques de la glande de morve ne sont rencontrés qu’à une période avancée et lors de lésions étendues. Au début et dans le cas d’altérations limitées, quelques lobules glandulaires sont seuls atteints ; ils constituent de petites masses dures, arrondies, comme isolées des autres lobules, restés normaux ou légèrement infiltrés.
La suppuration est extrêmement rare; dans ce cas, le pus, liquide, sanieux, filant, rappelle l’huile de farcin. La plaie résultant de l’abcédation ou de la ponction se cicatrise lentement, en affectant les caractères des orifices fistuleux. En même temps que les accidents spécifiques évoluent, des symptômes divers sont observés qui varient suivant l’âge, les localisations et l’étendue des
c) Morve laryngo-trachéale. — Morve d'Abaclie. — La localisation exclusive des chancres morveux sur la muqueuse du larynx ou de la trachée constitue une forme clinique particulière, étudiée pour la première fois par Abadie.
On constate une vive sensibilité du larynx et de la trachée; la plus légère compression exercée à leur niveau provoque de la toux et l'expectoration de mucosités purulentes, fortement striées de sang. Lorsque l’animal est laissé libre, ces mucosités, projetées
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dans la bouche, sont dégluties après quelques mouvements de mâchonnement; pour apprécier leurs caractères, on doit maintenir la langue au dehors de la bouche et provoquer en même temps la toux.
cl) Morve pulmonaire. — Morve interne. — La présence de lésions morveuses dans le poumon n’est décelée par aucun signe spécial et les symptômes indiqués expriment des complications qui peuvent ne se produire qu’après un long temps ou faire complètement défaut.
La toux sèche, profonde, avortée, l’essoufflement, le soubresaut du liane appartiennent à la bronchite chronique et à l’emphysème consécutif. La sensibilité des côtes, l’exsudât pleural sont la conséquence de pleurésies locales, dues à l’évolution de foyers superficiels.
e) Symptômes contingents. — En outre des signes essentiels et constants propres à chacune des localisations de la morve chronique, d’autres accidents, à la fois accessoires et contingents, peuvent être rencontrés dans toutes les formes. Les principaux sont : les collections des sinus et des poches gutturales, la lymphangite réticulaire, les inflammations testiculaires et les arthrites ou synovites. Enfin, quelques symptômes généraux accompagnent l’évolution de la maladie.
I. Collection des sinus. — La collection purulente des sinus est souvent observée; elle est due en général à une éruption ulcéreuse sur la muqueuse. Les caractères cliniques n’ont rien de particulier.
II. Collection des poches gutturales. — Signalée par les anciens auteurs, la collection morveuse des poches est rencontrée rarement aujourd’hui. Elle semble n’apparaître que chez les animaux porteurs de lésions très anciennes. Les symptômes constatés sont ceux de la collection d’origine non spécifique.
III. Lymphangite réticulaire. — Elle ^constitue parfois le premier symptôme du farcin, ou bien elle apparaît au cours de la morve et à une période quelconque. En quelques heures, sans cause appréciable, il se produit un engorgement diffus, chaud et douloureux. Le plus souvent localisé à un membre postérieur, il se présente aussi sur les membres thoraciques et, plus rarement, sous la poitrine ou l’abdomen. Lors de localisation sur les membres, la claudication est intense; la tuméfaction est étendue d’emblée à toutes les régions, ou bien elle est localisée d’abord au niveau d’une articulation et elle n’envahit que plus tard les parties voisines.
Les signes inflammatoires ne persistent que pendant quelques jours; l’engorgement devient plus dense, froid, peu douloureux ; il conserve ses
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dimensions primitives. La lymphangite persiste avec ses caractères d’inflammation obscure; le membre atteint est définitivement déformé; son volume diminue quelque peu sous l'influence de l’exercice modéré pour augmenter après le repos.
Souvent des boutons apparaissent dans la région affectée ; si l’éruption ■est confluente, les ulcérations s’étendent rapidement dans le tissu peu vivant de l’induration ; elles se réunissent et délimitent de vastes escarres cutanées. Parfois, il se produit dans la masse indurée des foyers de ramollissement qui renferment un pus huileux caractéristique. Le foyer ouvert ne tend pas à l’ulcération comme le bouton; il se comble peu à peu ou une nouvelle collection se produit, après soudure rapide des parois.
IV. Inflammations testiculaires. — Chez les chevaux entiers, la morve débute souvent par une tuméfaction inflammatoire de la région testiculaire survenant brusquement, en l’absence de toute cause appréciable. L’engorgement est chaud, douloureux, les enveloppes et le fourreau sont œdématiés, la marche est rendue pénible par les froissements exercés. En quelques jours, l’œdème se résorbe en partie et le testicule exploré se montre volumineux, dur et chaud, soit dans toute sa masse, soit seulement au niveau de l’épididyme et du cordon. La douleur est considérable lors d’inflammation étendue, en raison de la compression exercée par la tunique albuginée ; elle se traduit par un mouvement fébrile, de l’inappétence et par l’expression angoissée du malade. Les altérations s’atténuent ensuite et passent à l’état chronique.
V. Arthrites. Synovites. — Les accidents surviennent brusquement au cours de la morve. Les localisations, fixes ou ambulatoires, sont analogues dans leur évolution aux inflammations d’origine rhumatismale. Chez quelques malades, des claudications subites, continues ou intermittentes, apparaissent en l’absence de toute lésion appréciable ; elles paraissent dues à des lésions musculaires ou osseuses.
VI. Kératite morveuse. — Richter (1) rapporte une curieuse observation de localisation oculaire. On trouve, au point de jonction de la sclérotique et de la cornée, une plaque de kératite granuleuse mesurant 12 millimètres sur 5-7 millimètres; la surface est granuleuse, de couleur grise ou violacée, légèrement en saillie sur les parties voisines. Il existe à ce niveau de petits nodules gris ou gris jaune, de la grosseur d’un grain de semoule ou d’une tête d’épingle, qui s’éliminent en un-deux jours et laissent de petites érosions ulcéreuses. Douze heures après l’injection de malléine, le tissu des granulations est turgescent et d’un rouge vif; toute la moitié interne de l’œil se couvre d’une éruption granuleuse; trente-six heures après, l’œil a repris son aspect antérieur. Le diagnostic bactériologique est assuré par le professeur Schuctz.
VII. Symptômes généraux. — Les signes généraux observés au cours •de la morve expriment l’affaiblissement de l’organisme ; leur gravité est
(1) Richter. Ein Fait von Augenrotz beim Pfevde. Zeitschr. fur Veteriuiirkunde, t. YI1J, 1896, p. 62.
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fonction de l’étendue des lésions et de l'hygiène des malades. On observe de la décoloration des muqueuses ; la pituitaire est pâle, infiltrée; ses follicules distendus forment un piqueté à la surface. Le poil est terne et piqué; les malades s’amaigrissent; l’appétit devient capricieux; des œdèmes passifs se montrent aux membres et sous le tronc.
La température subit des oscillations étendues ; à certains moments,, on constate une hyperthermie de l°,5-2° qui apparaît à des intervalles irréguliers et qui persiste pendant deux à huit jours.
Marche de la maladie. — La morve chronique affecte les types évolutifs les plus divers. Alors que certaines formes restent muettes pendant plusieurs années, d’autres sont exprimées par des lésions étendues, et la marche est interrompue par des poussées subaiguës plus ou moins fréquentes.
Rien ne peut faire prévoir la rapidité de l’envahissement. L’étal général du malade et les conditions de son entretien ne fournissent que des présomptions à cet égard. En thèse générale, les animaux adultes, vigoureux et bien nourris, résistent mieux que les sujets vieux et débilités ; mais il est à cette règle de nombreuses exceptions.
Une guérison complète est certainement possible au début de l’infection. La destruction des bacilles et la cicatrisation des lésions s'opèrent chez certains animaux en l’absence de toute intervention; elles sont facilitées par diverses médications et notamment par les inoculations de malléine (Voy. Traitement).