II. — Lésions
§ 1. — Morve aiguë
Les altérations sont étendues principalement à la peau et aux voies lymphatiques périphériques, à la muqueuse respiratoire et au poumon.
Les engorgements œdémateux du début sont constitués par une infiltration du derme et du tissu conjonctif sous-cutané, dont les aréoles sont distendues par une lymphe abondante, de teinte rosée. Les vaisseaux lymphatiques ont leurs parois épaissies ; toute la région est le siège d’une congestion intense. A une période plus avancée, une densification conjonctive s’opère dans le derme et dans les tissus sous-jacents (boutons), ainsi qu'au niveau des lymphatiques (cordes). L’évolution des accidents est identique à celle qui est observée lors d’évolution chronique, mais elle s'effectuer ici avec une extrême rapidité.
Sur la muqueuse respiratoire, on constate, dès les premières phases, une congestion surtout intense au niveau de la cloison et des cornets. La membrane a une teinte rouge foncé ; les vaisseaux dessinent une riche arborisation de couleur brune. L’éruption vésiculeuse s’opère ensuite, ordinairement étendue à toute la muqueuse, avec contluence marquée sur certains points. Les ulcérations consécutives provoquent l’élimination de plaques sphacélées. La muqueuse qui tapisse les sinus et l’intérieur des cornets estinfiltrée et enflammée; on neconstate pas d’ulcérations ; les cavités sont remplies d’un pus huileux, de teinte safranée.
L'ulcération des muqueuses est précédée d’une congestion intense des vaisseaux superficiels, avec thromboses librino-leucocytaires. Le derme et le tissu conjonctif sous-muqueux renferment des amas de leucocytes qui subissent une désintégration rapide. Les bacilles apparaissent, innombrables, entre les noyaux cellulaires fragmentés ; quelques-uns sont encore renfermés dans des cellules rondes peu altérées.
Dans le poumon, une congestion intense s’étend à la totalité des deux lobes. On rencontre sous la plèvre des masses densifiées, limitées sous forme de granulations de dimensions variables ou étendues en vastes surfaces irrégulières. Une coupe pratiquée au niveau des petits foyers, perpendiculairement à la surface pleurale, montre qu'ils sont constitués par un tissu compact, hépatisé, de teinte blanchâtre; les nodules isolés présentent une forme pyramidale à base périphérique (infarctus). Les lésions confluentes affectent la forme de pneumonies lobulaires ou lobaires plus ou moins étendues. Les blocs hépatisés sont formés par un tissu homogène, renfermant de petites masses caséeuses que l'on fait sourdre sur la coupe par une faible pression. La plèvre épaissie est couverte de taches ecchymotiques, isolées ou réunies en plaques à contours irréguliers. Les bronches renferment un exsudât abondant, muco-purulent, coloré par le sang épanché; la muqueuse, enflammée, épaissie, revêt une teinte rouge brun.
L'analyse histologique des lésions pulmonaires montre qu’elles sont constituées, au début, par des thromboses artérielles, suivies d’hémorragies interstitielles et d’une abondante leucocytose. Au niveau des foyers hépatisés, les alvéoles sont remplis de globules bla ncs; ceux-ci infiltrent également les parois alvéolaires, amincies et exsangues; partout on rencontre en même temps des bacilles en quantité considérable. Les cloisons interlobulaires sont épaissies, œdématiées, infiltrées par des cellules lymphatiques et des bacilles;
MORVE
on trouve en divers points des foyers hémorragiques ; des altérations semblables sont constatées dans les gaines lymphatiques péribronchiques et périvasculaires. En toutes les régions, les cellules migratrices subissent une dégénérescence immédiate ; les noyaux fragmentés disparaissent, laissant un résidu granuleux inclus dans une masse fibrineuse.
Les ganglions lymphatiques , tuméfiés et infiltrés au niveau des lésions spéciliques, sont partout volumineux et ramollis. Ils montrent sur la coupe des cavités étendues, renfermant un pus huileux de teinte safranée ou, à une période moins avancée, des foyers multiples contenant de petites masses glutineuses. Les ganglions qui reçoivent la lymphe des régions superficielles atteintes (ganglions de laine, de l’auge...) et les ganglions médiastinaux et bronchiques sont surtout altérés. L’étude histologique dénonce une thrombose généralisée des vaisseaux sanguins, avec afflux de globules blancs en voie de dégénérescence. « Du tissu ganglionnaire, il ne reste plus de traces. En dehors des travées folliculaires, où l’on voit parfois des leucocytes normaux, on peut dire qu’il n’y a pas dans le ganglion une cellule conservée dans sa forme et son noyau. On ne voit plus qu’un nombre immense de granulations nucléaires de toutes formes, semées sur un fond caséeux, d’origine protoplasmique, avec des bacilles » (Leredde).
Le foie est volumineux, engoué de sang. Les capillaires intralobulaires et les veines des espaces portes sont bourrés de leucocytes ; il existe de nombreux foyers hémorragiques. Des granulations morveuses, d’origine vasculaire, se développent dans le centre du lobule; elles sont constituées par des amas de leucocytes auxquels sont mêlées quelques cellules endothéliales (Leredde). La raie est tuméfiée, de consistance pâteuse ; elle renferme de nombreuses granulations. Dans le rein, on note seulement la réplétion des capillaires et, en quelques cas, des dégénérescences épithéliales.
Les accidents testiculaires sont constitués par des lésions manifestement aiguës. Le tissu conjonctif sous-dartosien est infiltré ; ses mailles sont distendues par une gelée de teinte citrine; la gaine vaginale renferme un liquide clair, rosé, et parfois un dépôt fibrineux au niveau de l’épididyme. Le testicule est volumineux; sur une coupe, les trabécules conjonctives, distendues, limitent des aréoles remplies d’une sérosité albumineuse abondante, jaunâtre et visqueuse; le tissu propre est refoulé et en partie atrophié. Les lésions sont étendues à tout l’organe ou localisées au niveau de l’épididyme. L’évolution morveuse est identique à celle qui se développe
LÉSIONS
dans les autres parenchymes ; on y retrouve des thromboses étendues et des granulations miliaires périvasculaires.
§ 2 — Morve chronique (1).
Les lésions portent sur la peau, sur les muqueuses, sur les voies lymphatiques et sur différents parenchymes.
a) Peau et tissu conjonctif sous-cutané. — Dans la peau, les altérations évoluent dans les couches superficielles ou dans l’épaisseur du derme. Dans le premier cas, les troubles débutent par une congestion intense des vaisseaux du corps papillaire, suivie d’une légère exsudation sous-épidermique; les lésions se montrent isolées ou confluentes; les foyers ont le diamètre d’une lentille ou d’une pièce de vingt centimes. A leur niveau, les poils se redressent, puis tombent; l’épiderme soulevé forme une tache de coloration grisperle, puis il se détache, laissant le derme à nu. Le derme, infiltré, renferme en abondance des cellules migratrices qui s’accumulent dans les gaines vasculaires, dans le voisinage des glandes et des bulbes pileux. Les éléments fixes du derme et les cellules immigrées subissent une dégénérescence rapide; la petite plaie initiale se creuse et s’étend, prenant les caractères de l’ulcère (2).
Les lésions débutent plus ordinairement dans la profondeur du derme; les foyers sont annoncés par une congestion diffuse, intense, accompagnée de thrombose, d’hémorragies interstitielles et d’exsudation fibrineuse. Une quantité énorme de cellules rondes s’accumule au sein de la masse œdématiée, tandis qu'à la périphérie le tissu conjonctif prolifère et se densifie pour constituer une coque enveloppante. On voit, sur une coupe, des îlots jaunâtres, friables, entourés d’une zone rosée et translucide constituée par du tissu néoformé. Dans la partie centrale du nodule, un foyer de dégénérescence est bientôt apparent, sous la forme d’un point jaunâtre caséeux; la désintégration s’opère surtout vers les parties superficielles, moins vivantes de beaucoup ; dès que le corps papillaire est détruit, l’abcès s'ouvre à l’extérieur. La cavité produite reste béante; les cellules rondes qui infiltrent les parois sont altérées;
(1) Consulter, pour l'étude histologique : Renaut. Art. Morve. Dict. des Sciences médicales, t. X, 187G, p. 148. — Rabe. Zur pathologischen Anatomie nnil Histologie der Rotzkvankheit. Rroch., 1881. — Behezine. Documents sur l'anatomie pathologique de la morve. Archives vétérin. russes, 1881. — Leredde. Étude sur l'anatomie pathologique de la morve. Thèse de Paris, 1893.
(2) Cette forme évolutive coirespond, anatomiquement, à l'éruption vcsiculeuse des muqueuses. Elle est bien étudiée par Rabe ( loc . cit., p. 50).
MORVE
leur noyau est fragmenté ou granuleux. Le pus qui s’écoule est constitué par une lymphe épaisse (huile de farcin), renfermant quelques rares cellules entières et des résidus cellulaires granuleux. En quelques cas, le bouton farcineux n’arrive pas à l’abcédation; la paroi fibreuse résiste à la destruction et l’on trouve un noyau fibreux, épais, limitant un centre caséeux qui disparaît graduellement; en d’autres, la cicatrisation s’opère et une plaque irrégulière de tissu fibreux occupe la région primitivement envahie.
Dans le tissu sous-culanè, les lésions sont limitées en foyers nodulaires (boutons et abcès) ou étendues à toute une région (lymphangiectasie).
Les nodules sous-cutanés, du volume d'une fève à celui d'un œuf de pigeon, se développent dans le voisinage immédiat du derme ou, plus profondément, sous les aponévroses superficielles. Ils siègent souvent sur le trajet des vaisseaux, dans les gaines lymphatiques périphériques. Ils forment une masse arrondie ou ovoïde, comprenant une coque de tissu fibreux jeune et un contenu purulent, ordinairement liquide, huileux, de couleur jaune. Dans le voisinage des tumeurs, les lymphatiques sont volumineux et remplis de lymphe. Parfois, les boutons cutanés persistent indéfiniment sans s’ouvrir ; leurs parois s’épaississent peu à peu et elles se confondent avec les tissus voisins, tandis que le contenu subit une résorption partielle. En d’autres cas, le foyer gagne vers l’extérieur; le derme est progressivement détruit et l’abcédation s’opère, suivie d’une évolution ulcéreuse.
Les inflammations diffuses du tissu cellulaire sont fréquentes au niveau des membres (lymphangiectasie, éléphantiasis). On trouve les tissus infiltrés par une lymphe épaisse qui distend les aréoles conjonctives et les vaisseaux ; les petits ganglions, répartis dans les interstices musculaires et dans les gouttières vasculaires, sont hypertrophiés et gorgés de lymphe. Les accidents débutent, au niveau des gaines périvasculaires (1), par une accumulation de cellules rondes en amas; l’infiltration cellulaire gagne ensuite, de proche en proche, dans les espaces lymphatiques. Les aréoles conjonctives, disséquées par l’œdème, renferment de nombreuses cellules rondes, isolées ou réunies en blocs ; les petits vaisseaux lymphatiques se montrent variqueux et gorgés de liquide. Une néoformation conjonctive s’opère ensuite, qui a pour conséquence l’épaississement de la peau et sa soudure intime avec le tissu con-
(1) Voy. Rabe. Loc. cit., p. 80.
LÉSIONS
jonctif également épaissi et densifié (éléphanliasis) ; la coupe montre une masse dure, homogène, jaunâtre, renfermant quelques vaisseaux peu volumineux et de vastes lacunes lymphatiques.
b) Muqueuses. — Les lésions correspondent de tous points à celles qui sont observées sur la peau; on rencontre des foyers superficiels (vésicules) ou profonds (boutons) et des infiltrations lymphatiques diffuses (morve infiltrée).
Sur la pituitaire, l’éruption morveuse débute souvent par le développement de fines vésicules, précédées ou non par une tache ecchymotique. L’épithélium, soulevé par une gouttelette purulente, est rapidement détruit; il reste une plaie superficielle, entourée d’une aréole rosée. Les vésicules apparaissent par poussées successives: isolées ou confluentes, elles siègent de préférence sur la cloison médiane. On constate à leur niveau une thrombose des capillaires, de l’hémorragie et une accumulation de leucocytes et de bacilles dans le derme muqueux. Les éléments infiltrés subissent une dégénérescence granuleuse qui explique la formation de l’ulcère.
Le bouton est constitué, dès les premières périodes, par un agglomérat de cellules lymphatiques dans les couches profondes du derme, principalement dans le voisinage des culs-de-sac glandulaires ; les vaisseaux sont dilatés et thrombosés; il existe des foyers hémorragiques diffus. La dégénérescence atteint d’abord les cellules rondes accumulées dans la partie centrale du foyer; elle gagne ensuite vers les parties superlicielles infiltrées; l’épithélium se détache et le petit abcès formé s’ouvre à l’extérieur; parfois aussi toute la zone superficielle nécrosée s’élimine en bloc. Les parois de l'ulcère sont formées par le derme muqueux, infiltré d’éléments ronds et de bacilles ; les noyaux des cellules sont fragmentés ou granuleux; les tissus, insuffisamment irrigués en raison des thromboses capillaires, subissent une lente désintégration. La cicatrisation est possible alors que les parties pénétrées par les bacilles ont été éliminées par l’ulcération et que les tissus périphériques résistent à l’envahissement. Les bourgeons charnus développés comblent les brèches et forment des cicatrices irrégulières, constituées par une couche de tissu fibreux qui est peu à peu recouverte par un nouvel épithélium.
Des lésions d'un autre ordre sont constituées par des zones d’œdème lymphatique (morve infiltrée). Elles se rencontrent habituellement sur la pituitaire, vers la partie inférieure de la cloison cartilagineuse. Sur une surface d’étendue variable, la muqueuse est
épaissie, molle, de teinte jaunâtre, comme spongieuse et imprégnée de liquide; les vaisseaux lymphatiques qui partent de cette région sont énormément dilatés; on suit leur trajet sur la cloison en chassant par la pression le liquide qu’ils renferment. Les caractères des altérations se modifient peu à peu; souvent, la zone infiltrée devient le siège d’une induration progressive; on trouve un tissu terme, d’un blanc mat, légèrement bosselé à sa surface, différent dans son aspect des plaques cicatricielles consécutives à l’évolution des ulcères; en quelques cas, un travail d’ulcération s’opère qui aboutit à la nécrose et à l’élimination du tissu œdématié.
Ces diverses lésions siègent presque exclusivement sur la muqueuse respiratoire. La cloison cartilagineuse présente des ulcérations isolées ou confluentes, superficielles ou profondes; la muqueuse est détruite dans toute son épaisseur; parfois le cartilage est atteint et la cloison se montre amincie ou complètement perforée. On voit aussi, chez certains malades, des plaques cicatricielles irrégulières, en saillie sur les parties voisines de la muqueuse, affectant une disposition étoilée ou rayonnée. Dans les parties supérieures de la cloison, les veines distendues forment une riche arborisation qui vient se terminer brusquement au bord des plaques fibreuses ou cicatricielles. Sur la muqueuse qui tapisse le repli interne de l’aile du nez et sur la muqueuse des cornets, on découvre des nodules morveux en voie d’évolution lente, ou encore des chancres typiques résultant de l’ulcération des boutons.
On trouve parfois dans les cornets des boutons et des ulcères, disséminés sur la muqueuse ; les cavités sont remplies par une collection purulente de consistance mucilagineuse, de teinte gris jaunâtre, striée de sang, constituée par une sécrétion inflammatoire de la muqueuse. Les sinus sont envahis dans quelques cas ; tantôt une seule cavité est atteinte, le sinus maxillaire supérieur de préférence, tantôt les altérations sont étendues à plusieurs. La muqueuse, rouge et tuméfiée, est parsemée de boutons jaunâtres, durs, qui persistent indéfiniment sous cette forme; il existe un exsudât muqueux, peu abondant, ou un contenu purulent, strié de sang et remplissant tout le sinus.
La muqueuse du larynx est moins souvent atteinte que la pituitaire ; les lésions siègent de préférence à la base des cordes vocales •et à la face supérieure de l’épiglotte ; on peut trouver les cordes détruites par l’ulcération, ainsi qu’une nécrose partielle du cartilage épiglottique. Sur la trachée , des ulcères, isolés ou confluents, oouvrent le segment inférieur du canal, sur le trajet suivi par le#
LESIONS.
exsudats bronchiques. Il existe parfois des boutons, de la grosseur d’une lentille à celle d’un pois, analogues à ceux qui évoluent sur la muqueuse des sinus (1). La cicatrisation des ulcères trachéaux s'opère plus volontiers qu’en d’autres points ; les plaques cicatricielles prennent un aspect rayonné, à la suite de la rétraction du tissu (2).
Les grosses bronches présentent, comme la trachée, des boulons et des ulcérations, isolés ou confluents.
La muqueuse du pharynx est altérée, par continuité de tissu, dans quelques cas à évolution subaiguë. La muqueuse montre des plaques ulcéreuses irrégulières, identiques à celles qui siègent sur la pituitaire ou sur le larynx. Sur Y intestin , on rencontre des lésions localisées vers la pointe du cæcum (Boschetti, 1892) ; elles consistent en la présence d’ulcérations ou de nodules, isolés ou confluents, de dimensions variables, dans lesquels on retrouve les bacilles spécifiques (3).
L’envahissement de la muqueuse génitale est extrêmement rare. Colin (4) rapporte un curieux exemple de morve du vagin chez la jument. « Les lésions consistent en deux grandes ulcérations circulaires, de un centimètre de diamètre, à bords festonnés et taillés à pic, comme elles le sont dans les autres régions. La première est à la face interne de la lèvre gauche, près de la commissure inférieure; la seconde est située plus profondément dans le vagin, en bas et près du méat urinaire. »
c) Vaisseaux lymphatiques. — Les vaisseaux lymphatiques situés dans les régions envahies par les néoformations morveuses ou dans leur voisinage présentent diverses altérations.
Pendant l’évolution des boutons cutanés, les lymphatiques voisins renferment un liquide trouble, blanc jaunâtre; leurs parois sont épaissies; le tissu conjonctif périphérique est infiltré par un exsudât de teinte citrine. Plus tard, la lymphe est coagulée; le vaisseau est entouré d'un manchon fibreux qui se confond avec lui.
Dans les lymphatiques qui fournissent un long trajet superficiel,
(1) Nocard rapporte deux observations de lymphangite farcineuse de la trachée. Les cordes, du volume du pouce, ont leurs parois indurées; elles longent, dans presque toute sa hauteur, la face postérieure de conduit. Elles s’ouvrent largement dans la trachée par plusieurs perforations.
Nocard. Farcin de la trachée. Bulletin de la Soc. Centr. de méd. vétér., 1897, p. G2G.
(2) Rabe compare l’aspect des cicatrices morveuses trachéales à celui des « Heurs de glace » que l’on observe, pendant l’hiver, sur les carreaux gelés.
(3) Vecciiia. Sulla morva délia punta del ceco. Giorn. délia R. Soc. ed Accad. veter. ital., 189G, p. 2G0.
(4) G. Colin. Morve latente avec lésion des organes génitaux. Archives vétérinaires, 1877, p. 385.
MORVE
comme ceux des membres, les lésions sont plus compliquées encore ; la lumière du canal est complètement effacée au niveau des valvules ; des boutons farcineux se développent dans la paroi du vaisseau. Les foyers s’abcèdent en divers points; les tissus superficiels sont détruits par la suppuration ou par la nécrose et le lymphatique ouvert est transformé en une tranchée ulcéreuse.
La genèse des accidents est différente dans la morve sous-cutanée; le tissu conjonctif qui entoure le canal est atteint tout d’abord ; les leucocytes et les bacilles envahissent la gaine périphérique, où ils provoquent de l’œdème et une néoformation cellulaire (péri-lymphangite). On voit les lymphatiques entourés d’un manchon fibreux et saillants sous la peau, alors que leurs parois sont encore à peu près intactes et qu’ils renferment une lymphe claire et normale. Plus tard seulement, la paroi est atteinte à son tour (lymphangite fibreuse) ; les bacilles pénètrent dans le canal, où ils provoquent la desquamation épithéliale et la coagulation de la lymphe (endolymphangite).
cl) Ganglions. — Il existe au début une simple hypertrophie, due à l’afflux de nombreuses cellules lymphatiques mononucléaires et à l’infiltration du tissu. Plus tard, on rencontre des foyers caséeux, développés isolément dans les follicules et limités par une coque fibreuse.
Les centres caséeux sont constitués par la dégénérescence des éléments fixes et des cellules lymphatiques ; ils contiennent des bacilles et quelques cellules géantes épithélioïdes. La sclérose porte primitivement sur les travées du réticulum lymphatique ; elle atteint ensuite le tissu interfolliculaire et les gaines périvasculaires. C’est à la présence de ces coques fibreuses que la « glande de morve » doit ses caractères particuliers.
e) Poumon (1). — Les altérations essentielles se présentent sous la forme de tubercules miliaires, isolés et disséminés dans le parenchyme. On rencontre en outre de petits foyers de pneumonie lobulaire et des lésions spéciales portant sur le tissu conjonctif interlobulaire, sur les vaisseaux et sur les bronches.
I. Tubercule. — Les tubercules se développent isolément dans toute la masse des deux lobes; ils sont plus abondants sous la
(1) Schuetz. Zur palhologischen Anatomie des Rotzes. Archiv fur Thierheilk., t. XX, 1889, p. 425. — Leclainche et Montané. Étude sur l'anatomie pathologique de la morve pulmonaire. Annales de l’Institut Pasteur, t. VII, 1893, p. 481. — Altouchoff. Recherches sur la structure et la formation du tubercule morveux. Archives de méd. vét., 1894, p. 32 (en russe). — Mac Fadyean. The pulmonary lésions of glanders. The Journal of cotnp. Path. and Ther., t. VIII, 1895, p. 50.
LÉSIONS
plèvre, où leurs caractères sont mieux appréciés par la vue et par le toucher. Dans la plupart des cas, on rencontre, dans un même poumon, des lésions de différents âges qui permettent de suivre toutes les phases de l’évolution.
Le tubercule est annoncé par une ecchymose arrondie, rouge foncé, du diamètre d’un grain de mil à celui d’une pièce d un centime. Bientôt apparaît, au niveau de la tache hémorragique, un petit foyer gris, demi-transparent, homogène, de la grosseur d une tête d’épingle environ, formé d’un tissu élastique, de consistance charnue; parfois persiste à la périphérie une aréole rosée, reliquat de l’ecchymose primitive. On distingue ensuite, au centre de la tache grise superficielle, un foyer opaque, d’un blanc sale; celui-ci s’étend peu à peu sur la zone grise ( zone diaphane de Pllug), qui linit par disparaître entièrement. En même temps que son aspect se modifie, le nodule acquiert une consistance plus ferme ; les tubercules adultes se présentent sous la forme de noyaux arrondis, du volume d’un grain de mil à celui d’un pois, irrégulièrement disséminés; les plus superficiels soulèvent légèrement la plèvre; explorés avec le doigt, ils donnent la sensation d’un corps fibreux, dur, enchâssé dans le tissu élastique de l’organe; sur la coupe, le tubercule montre une coque fibreuse épaisse, intimement confondue avec le parenchyme voisin, et un contenu caséeux d’un blanc sale, détaché facilement par le grattage. Quelques foyers anciens acquièrent jusqu’au volume d’une noisette ; par la suite, leur paroi épaissie envoie des prolongements fibreux dans le tissu perméable qui les entoure.
L'analyse histologique permet de suivre pas à pas l’évolution des lésions. Le tubercule évolue dans le voisinage d’une bronche ou d’une artère, sous la plèvre ou en plein parenchyme. Il débute par une hémorragie, liée vraisemblablement à une thrombose vasculaire intéressant un groupe alvéolaire.
« Les voies lymphatiques voisines sont profondément altérées; au niveau des foyers superficiels, les espaces lymphatiques pleuraux et sous-pleuraux se montrent pour la plupart dilatés et gorgés de cellules rondes; les vaisseaux lymphatiques sont également distendus dans le tissu conjonctif interlobulaire ; on rencontre, en quelques points, des dilatations remplies de leucocytes et simulant un follicule clos minuscule. Les gaines vasculaires sont infdtrées ; les vaisseaux dilatés sont entourés par une couronne de cellules rondes. Le tissu conjonctif sous-pleural et celui des travées interlobulaires est œdématié et infiltré de cellules migratrices isolées ou réunies en amas. Les alvéoles compris dans le foyer montrent des lésions très nettes de pneumonie fibrineuse. Dans toute l’étendue du
territoire envahi, on rencontre des bacilles morveux, libres entre les cellules et régulièrement disséminés en tous les points.
« Les globules rouges sont rapidement détruits dans la zone hémorragique primitive ; il reste dans les alvéoles de la fibrine finement granuleuse, quelques leucocytes et des bacilles libres. Dans une seconde période, la partie centrale du foyer est envahie par une immigration active de leucocytes qui remplissent les alvéoles. Le tissu pulmonaire voisin éprouve en même temps des modifications réactionnelles, indiquées par l'évolution d’une pneumonie épithéliale plus ou moins étendue. C’est à ce moment que le tubercule revêt l’aspect d’une granulation grise et semi-transparente.
« Le foyer central subit rapidement une dégénérescence spéciale (1) qui frappe à la fois les parois alvéolaires et les leucocytes immigrés. Les bacilles, plus nombreux, sont rencontrés dans toute l’étendue du foyer. En même temps, la couche réactionnelle de pneumonie interstitielle s’étend, par la multiplication des cellules conjonctives et des leucocytes; les cavités alvéolaires, progressivement effacées, ne sont plus figurées que par des fentes étoilées. On distingue alors dans le tubercule: un centre dégénéré, granuleux et coloré, formé par des détri lus cellulaires; une couche moyenne, à contours festonnés, de pneumonie fibrineuse en voie de disparition graduelle ; une couche externe de pneumonie interstitielle. La présence du foyer de dégénérescence est indiquée, à la surface du poumon, par l’apparition d’une tache blanche, opaque, au centre de la granulation grise de la précédente période.
« Dans un quatrième stade, la zone de pneumonie interstitielle s’étend et limite immédiatement le foyer caséeux central ; elle comprend deux couches distinctes : l’une, interne, est formée de grosses cellules jaunâtres, parmi lesquelles on rencontre des cellules géantes (zone épithélioïde) ; l’autre, externe, composée de faisceaux conjonctifs délicats, séparés par des cellules rondes à gros noyaux, de nature embryonnaire, représente l'ébauche de la coque fibreuse. La dégénérescence du foyer central est complète ; les bacilles, granuleux, à peine colorés, sont difficiles à mettre en évidence.
« Dès que l’achèvement des ceintures fibreuse et épithélioïde est opéré, le tubercule adulte présente les caractères classiques partout décrits. Il existe un foyer central caséeux; une zone moyenne, composée de cellules épithélioïdes et montrant quelques fentes étroites, traces des alvéoles disparus; une zone externe, fibro-embryonnaire, qui gagne sur la zone épithélioïde et qui tend vers la forme fibreuse. Les bacilles ont complètement disparu, ou du moins ils ne peuvent être mis en évidence. A la périphérie du nodule, le parenchyme pulmonaire est perméable;
(1) Unna et Schuetz ont montré que les cellules subissent la dégénérescence « chromatexique ». La chromatine des noyaux persiste à l’état de granulations agglomérées qui rappellent la forme des noyaux disparus et qui fixent les colorants. A une péi'iode plus avancée, alors que le protoplasme est complètement résorbé, la chromatine forme un bloc unique au centre de la nodosité. C’est à tort, selon nous, que Schuetz considère cette forme de dégénérescence comme spécifique et particulière à la morve ; on la retrouve dans les infarctus pulmonaires de la clavelée du mouton.
LÉSIONS
toutefois les parois des vésicules sont épaissies et elles se confondent avec la couche fibreuse extérieure. La prolifération conjonctive continue autour de certains tubercules ; elle a pour résultat l’épaississement de la coque, par adjonction de nouvelles couches. La zone épithélioïde disparaît peu à peu et la capsule fibreuse limite un magma caséeux, mélangé à des grains calcaires. » (Leclainche et Montané.)
IL Pneumonie lobulaire. — Le tubercule ne constitue pas la seule expression anatomique de la morve pulmonaire chronique; on rencontre parfois des foyers de pneumonie lobulaire morveuse. Ces lésions ■se traduisent, à la surface du poumon, sous la forme de foyers disséminés, de dimensions variables, de couleur jaunâtre, entourés, lors- •qu’ils sont récents, d'une zone de congestion intense. Leur coupe montre une surface d'un blanc sale, uniforme et granuleuse, à contours irréguliers, limitée par un tissu hépatisé de couleur rouge foncé. Le foyer dessine un cône à base sous-pleurale ; son aspect rappelle l’infarctus de l'infection purulente. La plèvre, les travées et les parois alvéolaires sont épaissies, œdématiées et infiltrées par des leucocytes. Les alvéoles sont remplis par un exsudât fibrineux et par une accumulation intense de •cellules rondes en voie de dégénérescence. Quelques éléments ont conservé leur aspect normal et la netteté de leurs contours; les autres sont indiqués seulement par des granulations irrégulières, représentant des noyaux détruits pendant leur segmentation. L’épithélium alvéolaire a disparu. On rencontre, dans toute l'étendue du foyer, un nombre considérable de bacilles grêles, allongés, à espaces clairs évidents; très abondants dans le contenu alvéolaire, ils se retrouvent dans les parois, disséminés parmi les éléments cellulaires dégénérés.
Des foyers caséeux sont bientôt apparents; ils sont limités par du tissu conjonctif néoformé. Les capillaires comprimés disparaissent peu à peu et toute la région est envahie par un lissu scléreux dur, limitant quelques centres caséeux. Parfois aussi, le lobule envahi est atteint par la gangrène ou par la suppuration ; le lissu ramolli est éliminé par une bronche et une caverne persiste.
III. Voies lymphatiques. — Des altérations lymphatiques sont développées au voisinage des tubercules en voie de formation, dans les travées interlobulaires et dans les gaines péribronchiques et périvasculaires. Elles consistent en une distension du réticulum par un œdème abondant, avec infiltration de leucocytes et de bacilles. En certains cas, l'œdème est appréciable dès le premier examen ; la plèvre et les travées sont imprégnées de liquide; les espaces lymphatiques sous-pleuraux, remplis de lymphe, dessinent des vésicules allongées qui laissent échapper leur contenu par la ponction. Si la stase lymphatique persiste, une néoformation conjonctive s’opère; les travées épaissies et fibreuses refoulent les lobules et affaissent les alvéoles, tandis que des lésions analogues évoluent autour des vaisseaux (périangiolite) et des bronches (péribronchile). Ces accidents sont limités en quelques régions (lobule antérieur, bord inférieur ou Nocard et Leclainche. — 2e édit. 47
MORVE
disséminés irrégulièrement dans les zones superficielles des deux lobes.
On trouve parfois, sous la plèvre, quelques nodules régulièrement arrondis, nettement délimités, translucides et de teinte jaune clair ou opaques et de couleur rosée; ils ont l’aspect d’une goutte d’huile déposée sur le poumon, ou d'une petite masse charnue, de coloration pâle, enchâssée superficiellement. Ces pseudo-tubercules lymphoïdes sont constitués par des amas de cellules rondes, réunies en îlots au sein d’un tissu adénoïde ; ils représentent de petits ganglions lymphatiques gorgés de cellules; on ne trouve dans la masse que de très rares bacilles et il semble qu’on n’y constate pas de dégénérescence caséeuse (1).
IV. Vaisseaux et bronches. — Dans les territoires envahis, on note autour des gros vaisseaux, dès les premières périodes, une accumulation de leucocytes qui distendent la tunique adventice et la transforment en une large gaine lymphatique annulaire. Un peu plus tard, les parois du vaisseau subissent des altérations marquées ; des cellules rondes pénètrent dans la tunique moyenne, tandis que l’endothélium se gonlle, prolifère et se détache. Les leucocytes infiltrent la paroi et font irruption dans l’intérieur du vaisseau. Avec eux, pénètrent de nombreux bacilles, les uns libres, les autres renfermés dans les cellules. Les leucocytes importés ont subi pour la plupart un commencement d’altération ; leurs noyaux sont en voie de segmentation. Les troubles inflammatoires aboutissent à la destruction totale des parois et à la réplétion du vaisseau par un bourgeon de tissu embryonnaire.
Des lésions de même ordre sont rencontrées au niveau des bronches. Le derme de la muqueuse, infiltré par des cellules migratrices, s'épaissit et bourgeonne dans l’intérieur du canal, en même temps que l’épithélium se multiplie et se desquame. Les leucocytes traversent les parois ; ils forment, en quelques points, des bourgeons saillants qui obstruent en partie la lumière du canal. Des bacilles pénètrent avec eux dans la bronche; on les rencontre, parfois en très grand nombre, englobés, avec les éléments cellulaires immigrés et l’épithélium détaché, dans un exsudât muqueux qui remplit les culs-de-sac bronchiques. Le bourgeonnement des parois continuant, la cavité est progressivement effacée, puis oblitérée par un bourgeon inflammatoire.
f) Rate. Foie. Rein. Cœur. — La rate montre assez souvent des tubercules, tantôt isolés et peu nombreux, tantôt confluents et abondants. Ils débutent par de petits foyers hémorragiques, suivis,
(1) Les nodules lymphatiques sous-pleuraux, décrits pour la première fois par Knauff, ont été retrouvés par J. Arnold chez l'homme et chez les animaux. Kitt signale la réplétion de ces petits ganglions lors d’inhalation dépoussiérés (pneumonoconiose). « Ausser in den sog. Bronchial-und Mediastinallymphknoten, welche ihrer Grosse wegen makroskopisch zu durchmustern sind, wird der Staub auch abgelagert in den mikroskopisch kleinen Lymphknoten, welche peribronchial und subpleural sich vorfinden. » Ici. les bacilles morveux et les toxines jouent le rôle de corps irritant et provoquent l’afflux des leucocytes.
LÉSIONS
comme dans le poumon, de l’apparition d’un nodule gris blanc qui subit la caséification centrale et l’induration périphérique. Alors que les tubercules récents ont, en moyenne, les dimensions d un grain dechènevis, quelques vieux noyaux dépassent le volume d une noisette.
Les foyers sont tous d origine embolique; ils se développent dans les artères ou dans leur voisinage immédiat.
Les tubercules sont plus rares dans le foie ; du diamètre d’un pois en moyenne, ils sont disséminés sous la séreuse. Il existe parfois des lésions de cirrhose péri- et intralobulaire riche en néocanalicules biliaires, pauvre en vaisseaux sanguins (1).
Le rein n’est presque jamais atteint; Nocard (2) rapporte cependant une observation d’abcès morveux du rein; dans un autre cas., le parenchyme renferme cinq gros infarctus, de forme pyramidale., contenant un pus épais et visqueux.
Le myocarde présente parfois de petits foyers, peu nombreux et localisés de préférence sur l’endocarde ventriculaire, dans le voisinage des piliers.
g) Centres nerveux. — Boschetti (3) décrit des localisations au niveau des plexus choroïdes, sous la forme de tumeurs d’apparence myxomateuse, du volume d’un pois à celui d’une noix; les bacilles abondent dans l’exsudât intra-ventriculaire.
h) Muscles. Os. — Les muscles striés sont exceptionnellement atteints (4). Les lésions, localisées à quelque groupe musculaire ou généralisées, évoluent comme dans les autres tissus. On rencontre successivement des foyers hémorragiques, des tubercules gris rouge ou gris jaune, de la grosseur d’un grain de chènevis à celle d’un pois, et des masses fibreuses avec un contenu caséeux ou liquide.
Quelques cas de morve des os sont rapportés ; des foyers limités de carie ont été rencontrés au niveau d’une côte (Werner, Grebe), dans la deuxième vertèbre cervicale (Eggeling), dans l'humérus (Nocard).
(1) Cadiot et Gilbert. Sur la cirrhose morveuse du foie chez le cheval. C. R. de la Soc. de biologie, 1895, p. 598.
(2) Nocard. Sur la malléine. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vêt., 1894, p. 89. Morve avec lésion du rein... Ibid., 1897, p. G28.
(3) Boschetti. Di alcuni casi cli morva equina con localizzazione cerebrale. Il moderno Zooiatro, 1892, p. 124.
(4) Rabe. Rotz der Muskeln. Loc. cit., p. 84 (quatre observations et une bonne étude histologique).
MORVE