III. — Diagnostic
L'analyse des signes cliniques de la morve permet de reconnaître certaines formes seulement. Une description pathologique est d’ailleurs schématique, et ce que l’on a pu prévoir des difficultés inhérentes au diagnostic de certaines localisations morveuses ne donne qu’une idée éloignée de sa complexité réelle.
La morve doit être discernée soit sur l'animal vivant, soit sur le cadavre et le chapitre se trouve ainsi naturellement divisé.
§ 1 . — Diagnostic sur l’animal vivant.
Le diagnostic est porté d’après la seule appréciation des symptômes ou à l’aide de diverses méthodes expérimentales qui comprennent : la recherche du bacille, l’inoculation et l’emploi de la malléine.
a) Examen clinique. — Le diagnostic clinique est basé sur la constatation des symptômes essentiels propres à chacune des localisations. Les signes contingents fournissent aussi de précieuses indications; les lymphangites, les engorgements articulaires, les inflammations testiculaires, les épistaxis, survenant en l’absence de toute cause appréciable, constituent des éléments du diagnostic et des motifs de suspicion légitime. Alors que l’infection est soupçonnée déjà, les troubles généraux les plus communs acquièrent une signification. L’amaigrissement, l’étatdes téguments, la résistance moindre au travail, les variations de la température constituent des indices.
Les indications relatives au diagnostic varient suivant les diverses formes cliniques considérées.
I. Morve aiguë. — L'intensité des symptômes généraux du début limite le diagnostic différentiel; la fièvre charbonneuse, la fièvre typhoïde suraiguë, la gourme septicémique sont seules exprimées par des phénomènes aussi graves. L’apparition des engorgements cutanés et des lésions de la pituitaire assure pratiquement la différenciation.
L’éruption confluente du horse-pox sur la muqueuse respiratoire ne provoque qu’une réaction générale légère ; de plus, les pustules sont facilement reconnues. Dans Y érysipèle yourmeux (Voy. Gourme; Symptômes), l’engorgement est limité à la tête, et la pituitaire est simplement congestionnée. Certaines formes d'anasarque simulent, d’assez près, la morve aiguë; on retrouve la gravité
DIAGNOSTIC
de 1 état général, la présence d’engorgements et de crevasses de mauvais aspect au niveau des membres, un jetage gangreneux et des nécroses étendues de la pituitaire. L’examen des malades pendant quelques jours permet de reconnaître la nature des accidents.
II. Farcin chronique. — Si la morve cutanée est exprimée d emblée par des signes objectifs, la signification de ceux-ci reste parfois incertaine. Les engorgements des membres, locaux ouétendus, à début brusque, peuvent être confondus avec les lymphangites réticulaires simples, qui se présentent avec les mêmes caractères. L éruption confluente de horse-pox est précédée, comme le farcin, par des tuméfactions inflammatoires et elle est suivie, en certains points, d’une éruption avec évolution de plaies suppurantes. Les caractères des pustules, la qualité du pus... suffisent généralement à la différenciation (Voy. Horse-pox). Les plaies siégeant à l’extrémité des membres (traumas, éruptions...) se montrent parfois rebelles à la cicatrisation, elles simulent volontiers l’ulcère alors que la peau est épaisse et indurée. Les abcès superficiels qui évoluent dans les mêmes points donnent un pus de mauvais aspect, mêlé à la lymphe épanchée, et ils laissent après eux une plaie persistante. Ces lésions sont d’autant plus suspectes que l’on constate la même infiltration diffuse de la région dans certaines formes de farcin à évolution lente et que les caractères de la suppuration ne fournissent que des indications incertaines. Les plaies d'été diffèrent des plaies farcineuses par leur bourgeonnement exubérant et par la présence de granulations calcaires dans leurs parois. Les suppurations multiples qui accompagnent la gourme (abcès ganglionnaires ou sous-cutanés) sont facilement reconnues (Voy. Gourme). Parmi les affections cutanées, Y exanthème pustuleux (Dieckerhofî) simule seul le farcin. Il se traduit par des éruptions successives de boutons indurés qui donnent un pus parfois liquide et jaunâtre et par un léger empâtement des ganglions voisins. Jamais l’on n’observe les cordes ni les indurations ganglionnaires.
La lymphangite épizootique est différenciée par la présence de plaies bourgeonneuses, donnant un pus crémeux; toutefois ces caractères sont inconstants et le diagnostic présente en quelques cas de réelles difficultés; la présence de lésions ulcéreuses de la pituitaire dans la lymphangite facilite la confusion (Voy. Lymphangite, épizootique).
La lymphangite ulcéreuse simule le farcin morveux de plus près encore. L’aspect des ulcères et des cordes est identique dans les deux affections; le diagnostic clinique serait basé sur une seule
MORVE
indication : l’absence d’induration ganglionnaire (Voy. Lymphangite ulcéreuse).
III. Mor\ ?e nasale. — L’évolution des lésions dans les cavités nasales se traduit souvent par un ensemble de signes diagnostiques suffisamment précis. Cependant la lésion essentielle, le chancre, n’est directement appréciable que sur une faible étendue de la pituitaire; dans les cas de localisation dans les régions supérieures, sur la muqueuse des cornets et sur celle des sinus, la glande et le jetage seront seuls appréciables. Or les caractères de ces manifestations ne sont pas tellement tranchés qu’on puisse leur accorder une valeur absolue. La présence de la glande et du jetage et même la constatation du chancre ne permettent d’affirmer la morve que dans le cas de suspicion légitimée par les commémoratifs recueillis.
La morve nasale est simulée par des altérations nombreuses. La collection purulente clés sinus est accompagnée, comme la morve, d’un jetage ordinairement unilatéral, d’un engorgement ganglionnaire et, parfois, d’érosions inflammatoires de la pituitaire. Toutefois, la matière rejetée est nettement purulente et mêlée de caillots fibrineux; la glande n’est pas conglomérée; il semble que chaque ganglion se soit enflammé isolément, le stroma conservant une certaine élasticité. Les signes locaux de la réplétion des sinus facilitent la différenciation ; mais il faut se rappeler toujours que la collection constatée peut être de nature morveuse et il importe d’assurer expérimentalement le diagnostic dans les cas douteux.
Dans la collection clés poches gutturales, le jetage est rémittent, surtout abondant au moment de la déglutition des liquides ; la glande n’est pas bosselée ni profondément attachée comme dans la morve. Les signes diagnostiques propres ont ici une valeur presque absolue, en raison de la rareté des localisations morveuses en cette région.
Des inflammations de la pituitaire, accompagnées de jetage et d’engorgement ganglionnaire, sont entretenues par des causes multiples. Les inhalations répétées de poussières irritantes, de la chaux notamment, déterminent une congestion de la muqueuse, des épistaxis, une inflammation catarrhale et des érosions épithéliales, toujours différentes d’ailleurs de l’ulcère (1). Des abcès se développent dans l’épaisseur de la cloison cartilagineuse; ils évo-
(1) Mauhy. De l'épistaxis des chevaux des chaufourniers. Répertoire de police sanitaire, 1886, p. 447.
Dieckemioff ( Pathologie , t. I, p. 161) signale des catarrhes de la pituitaire, avec desquamations épithéliales en plaques, chez des chevaux employés à herser des champs amendés avec de la chaux.
DIAGNOSTIC
luent lentement ; quelques-uns aboutissent à la perforation du cartilage (Montané). Les blessures profondes des parois des cavités nasales, suivies de carie ou de nécrose des os ou des cartilages, provoquent un jetage suspect et un engorgement ganglionnaire unilatéral. Le séjour des corps vulnérants dans les tissus occasionne les mêmes symptômes alarmants (1). La carie dentaire , accompagnée de périostite alvéolaire, et, au niveau des premières molaires, de fistules s’ouvrant dans les cavités nasales, se traduit par des accidents analogues. La déformation de la région, la douleur locale et l’odeur pénétrante perçue à l’ouverture de la bouche suffisent à lixer le diagnostic. Le développement d’une septième molaire sur le maxillaire inférieur, ou la présence d’un prolongement de la sixième molaire, ont pour conséquence une irritation permanente du voile du palais, avec formation de foyers de suppuration, jetage unilatéral et tuméfaction des ganglions du même côté (Dieckerhoff ). Schwammel rapporte un cas de catarrhe chronique bilatéral dû à la présence, dans les replis de la volute ethmoïdale, de plusieurs parasites ( Gaslrophilas nasalis et lingual nies).
Certaines altérations simulent la morve de plus près encore. Nocard (2) constate la présence de plaies ulcéreuses superficielles et de cicatrices linéaires ou arrondies, blanches, saillantes, sur la pituitaire de huit chevaux, sur quatorze composant l’effectif d’une même écurie. 11 n'existe ni jetage, ni glande. La nature des accidents resle indéterminée. Le horse-pox est plus facilement reconnu ; l’évolution rapide des accidents, les caractères delà glande, la présence habituelle de pustules typiques sur la muqueuse des lèvres ou sur la peau sont suffisamment expressifs; en quelques cas seulement, des pustules persistent, au pourtour des naseaux ou sur la muqueuse, sous la forme de plaies profondes qui se cicatrisent difficilement. Certaines tumeurs , développées sur la muqueuse ou dans les parois des cavités nasales, déterminent à la fois du jetage et un engorgement ganglionnaire. Dans ce cas, la glande n'est pas conglomérée comme dans la morve; les lobules envahis, volumineux et durs, restent réunis par un tissu assez lôche. L'exploration directe (trépanation, éclairage...) assure le diagnostic.
Des tumeurs envahissent aussi les ganglions sous-glossiens ; les
(1) Gips ( Preuss . Mittheil., 1879) constate, à l'autopsie d’un cheval qui présentait •depuis quatre mois du jetage et une glande, une perforation de la voûte palatine par un morceau de bois engagé au niveau de la troisième molaire ; le corps étranger pénétrait dans la cavité nasale correspondante.
(2) Nocahd. Lésions ulcéreuses de la pituitaire. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1893, p. 301.
MORVE
plus fréquentes sont les fibromes mélaniques, qui forment une masse indolore, mobile et très dure. Ces caractères et la présence de tumeurs cutanées en d’autres points permettent la différenciation. La Igmphadènie s’accompagne d’une tuméfaction ganglionnaire molle, toujours double et symétrique ; d’autres ganglions explorables présentent la même altération.
Différents modes d’exploration ont été préconisés dans le but d assurer le diagnostic de la morve dans les cas douteux. Lé éclairage des parties profondes des cavités nasales est obtenu avec un simple miroir, en utilisant la lumière solaire ou un foyer artiliciel, ou à l’aide d’explorateurs particuliers et de la lumière électrique. La trépanation, au niveau du sinus maxillaire supérieur, est conseillée par Hertwig, dès 1845, puis par Iiaubner, Bouley, Leisering... Ainsi que Gerlach l’a établi, ce moyen n’a qu'une valeur restreinte ; la présence de boutons sur la muqueuse n’est observée que dans moins de la moitié des cas et presque toujours lors de morve ancienne et confirmée. L'extirpation des ganglions de l’auge (Bollinger), pratiquée dans le but de rechercher la présence sur la coupe des foyers caséeux propres à la morve, constitue un procédé imparfait, alors même qu’il est complété par l’examen bactériologique, la culture et l’inoculation des produits recueillis (Voy. Inoculation).
IV. Morve laryngo-trachéale. — La toux, suivie du mâchonnement et de la déglutition des mucosités, associée à la sensibilité du larynx et de la trachée, met sur la voie du diagnostic. Pour préciser celui-ci, on provoque la toux par la pression de la trachée, en même temps que l’on attire la langue au dehors. Après quelques tentatives, on obtient le rejet par la bouche de mucosités filantes et sanguinolentes. De nombreuses observations ont démontré la valeur du « procédé d’Abadie » (Pourquier, Mauri... Ouétin, Delamotte) ; toutefois ces constatations n’ont pas une valeur absolue. Nocard (1) retrouve les mêmes symptômes dans un cas d’épithéliome à cellules cylindriques du poumon. Il convient de recourir, dans tous les cas, au diagnostic expérimental.
V. Morve pulmonaire. — La morve chronique localisée au poumon reste méconnue le plus souvent. Ce sont des faits d infection persistante dans certaines écuries qui autorisent la suspicion. La plupart du temps, la maladie est entretenue par un animal qui ne présente aucun symptôme alarmant.
(1) Nocard. Sur la morve trachéale. Archives vétérinaires, 1877, p. 841.
DIAGNOSTIC
La simple constatation de signes d’affection chronique du poumon ou les oscillations périodiques de la température suffisaient autrefois pour légitimer la séquestration ou l’abatage de vieux animaux, désignés par l’enquête comme la source possible de la contagion. Aujourd hui, les ressources du diagnostic expérimental sont telles que l’on peut acquérir, en quelques heures, une certitude sur 1 état des suspects.
b) Culture et recherche du bacille. — La simplicité technique de ces méthodes rend leur utilisation possible dans les conditions de la pratique (1).
I. — La culture du bacille de la morve s’opère très bien sur la pomme de terre; en quelques jours, la surface ensemencée revêt une coloration fauve, qui se fonce de plus en plus jusqu’à la teinte chocolat clair. Parmi les bacilles qui peuvent se . trouver dans les. produits éprouvés (jetage, pus...), il n’en est pas qui prennent celte colora lion spéciale, et l’examen des microbes pris sur les colonies colorées précise le diagnostic.
IL — La constatation du bacille, dans le jetage ou dans le pus, donne des indications assez nettes dans les formes aiguës ou subaiguës; lors d’évolution chronique, les bacilles, très rares, granuleux, difficiles à colorer, échappent parfois à la recherche (2).
c ) Inoculation. — Il importe avant tout d’expérimenter avec une matière de virulence aussi constante que possible.
Le pus recueilli dans les boutons farcineux ramollis, celui qui s’écoule des plaies ulcéreuses, les parcelles obtenues parle raclage des chancres... sont constamment virulents. Le jetage renferme presque toujours des éléments virulents, mais leur dilution peut être telle, à certains moments et dans certaines formes, qu'une seule inoculation ne suffise pas à les déceler. D’autre part, les produits de sécrétion, souillés par différents germes, ne conviennent que pour certaines inoculations, et l'on doit employer de préférence des produits virulents purs.
L’inoculation est pratiquée soit sur le malade lui-même (autoinoculation), soit à divers réactifs animaux, comme le cobaye, le chien, le chat et l’âne. Le choix de chacun de ces modes répond à des indications spéciales.
(1) Voy. Thoi.not et Masselw. Précis de Microbie, 2° éd., p. 248.
(2) On a conseillé l’extirpation des ganglions de l’auge, dans le but de se procurer des produits virulents purs, pour la culture ou l’examen bactériologique (Rieck, Degive, Rudenko...). On utilise les matières caséeuses recueillies dans la glande. Ce procédé, complexe et d’ailleurs incertain, n’a de valeur diagnostique qu’autaut que les résultats sont positifs.
MORVE
I. Auto-inoculation. — L inoculation du virus morveux au cheval, par piqûre de la peau, est souvent suivie, après trois-six jours, du développement d’une plaie ulcéreuse au point d’inoculation ; celte lésion apparaît à la fois chez l’animal sain et chez celui qui est infecté déjà ; on peut donc employer l’auto-inoculation pour s’assurer de la virulence des produits suspects ; malheureusement, les indications fournies sont loin d’ètre constantes. « Parfois les ulcérations vont sans cesse en augmentant en surface et en profondeur, revêtant alors tous les caractères des chancres larcineux ; parfois, au contraire, après s’être entourées d’une induration assez considérable, dans laquelle elles ont creusé en tous sens, elles prennent tout à coup une marche régressive et finissent par se cicatriser, ne laissant qu’une faible trace de leur existence ; souvent enfin, les piqûres de la lancette se cicatrisent par première intention, comme si le liquide dont elle était chargée ne possédait aucune virulence. » (Nocard.)
II. Inoculation au cobaye. — L’inoculation est laite par piqûres et scarifications, sur la région du dos, ou, de préférence, par injection souscutanée avec la seringue de Pravaz (1). Dans le premier cas, on constate, après quatre-huit jours, l’apparition de plaies ulcéreuses au niveau des effractions cutanées; dans le second, il se produit en outre des abcès dans les ganglions voisins. Le cobaye étant sacrifié vingt-cinq-trente jours après l’inoculation, on trouve la rate et souvent aussi le foie et le poumon farcis de petits abcès miliaires, formant un piqueté blanc grisâtre à la surface des organes.
Cette méthode simple a de graves inconvénients ; parfois, les cobayes succombent en quelques jours, à une infection septique ou purulente ; d’autre part, des inoculations virulentes restent sans effet. De plus, à moins d’un examen microbiologique du pus des ganglions, on doit attendre pendant plusieurs semaines le résultat de l’opération.
L’inoculation intra-péritonéale, préconisée par Straus (2 , donne rapidement des résultats probants ; mais il faut la réserver pour l’épreuve des produits purs , tels que le liquide recueilli dans les boutons larcineux ramollis ou la pulpe ganglionnaire ; l’inoculation de produits impurs, comme le pus ou le jetage, provoque souvent une péritonite purulente qui tue les sujets bien avant qu’ils aient répondu (Nocard . Chez le cobaye mâle, l’inoculation est suivie, dès le deuxièmeou le troisième jour, d’une tuméfaction des testicules, qui font saillie à l’extérieur ; la région est douloureuse ; la peau du scrotum devient rouge, puis violacée,
(1) Technique de T inoculation au cobaye. — Lors d 'inoculation sous-cutanée, le jetage est dilué dans un peu d’eau filtrée ou bouillie ; on passe à travers un linge et l’on injecte 2 à 3 centimètres cubes à la face interne de la cuisse. On doit inoculer deux animaux au moins, dans la crainte d’une infection accidentelle.
L 'inoculation intra-péritonéale est faite en même temps chez deux cobayes mâles. On pénètre lentement dans le péritoine, en soulevant la peau et la paroi abdominale entre deux doigts de la main gauche, tandis qu’on imprime à l’aiguille un léger mouvement de rotation. On injecte 1 ou 2 centimètres cubes du liquide suspect.
(2) Straus. Sur un moyen de diagnostic rapide de la morve. Archiv. de méd. expér., 1886, et Recueil de méd. vét., 1889, p. 644.
DIAGNOSTIC
adhérente aux parties profondes; vers le huitième ou le dixième jour, les lésions acquièrent une intensité extrême. L’animal succombe généralement en douze-quinze jours, parfois en quatre-huit jours. « Les lésions consistent à peu près exclusivement en une inflammation spécifique très accusée de la tunique vaginale; la séreuse est recouverte de granulations blanc jaunâtre, de la grosseur d’une tête d’épingle ; les deux feuillets sont étroitement soudés par un exsudât purulent, épais, riche en bacilles. » Le testicule, non plus que l’épididyme, ne sont altérés que par exception. (Straus.)
Les indications fournies par celte épreuve ne sont pas absolument sûres. Nocard a montré que certaines lymphangites des membres, simulant de très près la morve, sont dues à un microbe capable de provoquer ries accidents testiculaires analogues aux précédents s’il est inoculé dans le péritoine du cobaye (Voy. Lymphangite ulcéreuse). Rabe, puis Kutscher, ont rencontré dans le jetage de chevaux morveux un bacille doué des mêmes propriétés. Le résultat de l’inoculation devra donc être contrôlé par la recherche du bacille morveux dans l’exsudât de la gaine vaginale ou par la culture sur pomme de terre, et l’on retombe dans les difficultés pratiques inhérentes à un diagnostic bactériologique (1).
III. Inoculation au ciiien (2). — Ainsi que (laitier l’a pour la première fois démontré, l’inoculation de la morve au chien, par piqûres ou par scarifications, constitue un moyen de diagnostic des plus précieux. Après trois ou quatre jours, les plaies d’inoculation, déjà cicatrisées, s'ouvrent et laissent exsuder un pus liquide et grisâtre ; un engorgement œdémaleux, chaud, douloureux, envahit la région, puis des ulcérations apparaissent qui s’étendent et se réunissent.
La suppuration, l’œdème et l’apparence ulcéreuse des sillons permettent parfois d’affirmer le diagnostic quarante-huil heures après l'inoculation. Toutefois le réactif n'est pas absolument sûr ; l'inoculation virulente reste sans effet en certains cas et les résultats positifs possèdent seuls une valeur absolue.
IV. Inoculation au ciiat. — Le chat a été employé souvent en Russie,
(1) Les bacilles de Nocard et de Kutscher se colorent très bien par le procédé de Grain, et cette réaction fournit un moyen de diagnostic, rapide. Le bacille de la lymphangite ulcéreuse donne sur pomme de terre un enduit d’un blanc sale, dont l’aspect diffère de la culture morveuse (Voy. Lymphangite ulcéreuse ; Bactériologie et Diagnostic) . Le bacille de Kutscher donne sur la pomme de terre, en trois-quatre jours, des colonies fines, sèches, d’un blanc pur. Il ressemble au bacille du rouget par sa forme et par ses dimensions.
Nocard. Sur la valeur diagnostique de la malléine. Bulletin de la Soc. centr. de méd. •vét., 1893, p. 116, et 1894, p. 92. Sur une lymphangite ulcéreuse.... Recueil de méd. vétér., 1S97, p. 1 et 99. — Kutscher. Z ur Rot zdia gnose . Zeitschr. fur Hygiene, t. XXI,
(2) Technique de l'inoculation au chien. — L’inoculation est faite de préférence sur la région du crâne. La surface étant rasée, on fait, avec la lancette ou le bistouri, une série d’incisions superficielles entrecroisées. On essuie les quelques gouttelettes de sang épanché et l’on dépose la matière à inoculer; pour assurer la pénétration, on étale celle-ci en frottant légèrement et en maintenant les incisions béantes par la tension de la peau.
MORVE
en ces dernières années, comme réactif de la morve. L'inoculation du jetage ou des produits suspects est pratiquée comme chez le chien. Il se produit un ulcère au niveau des plaies d’inoculation, et l’infection générale s’établit rapidement. Les animaux succombent, du quinzième au trentième jour, avec des lésions viscérales généralisées.
\. Inoculation a l’âne (1). — L’âne est extrêmement sensible à la morve ; chez lui, la maladie revêt toujours une forme suraiguë. Dès le deuxième ou le troisième jour après l’inoculation, alors qu'il n’existe encore aucune lésion locale, la température monte brusquement au-dessus de 40° ; peu après, un vaste foyer d’ulcération évolue au niveau de la région inoculée et l’animal meurt, en cinq-vingt jours, avec les lésions de
la morve aiguë.
L’âne ne résiste pas à une inoculation virulente, mais certains produits, comme le jetage, peuvent n’être point virulents bien que provenant de sujets morveux. Aussi, et malgré toute la sensibilité du réactif, un résultat négatif ne peut-il donner qu’une forte probabilité.
d) Séro-diagnostic (2). — L’application à la morve de la méthode du séro-diagnostic, réalisée d’abord par Mac Fadyean, est étudiéedepuis par Wladimiroff, puis par Bourges et Méry. Le sérum des chevaux morveux possède un pouvoir agglutinatif marqué; l’addition de l/1000e à 1 /2000e de sérum à une dilution de bacilles mor-» veux, dans du bouillon ou dans une solution de chlorure de sodium, provoque l’agglutination des bacilles. Un second procédé consiste dans l’addition de sérum stérile dans une culture pure du bacille de morve; l’agglutination, qui ne s’opère qu’après plusieurs jours, détermine des modifications dans l’aspect de la culture ; au lieu du trouble uniforme habituel, on constate la présence de petits flocons en suspension ; ceux-ci se déposent au fond du vase, en même temps que le liquide s’éclaircit en partie. (Wladimiroff.)
Le sérum des chevaux sains jouit du même pouvoir agglutinatif,. mais à un degré beaucoup moindre ; il faut ajouter 1/300° au moins de sérum pour constater le phénomène.
Le sérum de cobaye morveux donne la réaction après trois heures de conlact, à la température de 37°; il faut ajouter 1/10* de sérum à la dilution de bacdles. Le sérum des cobayes sains ne donne aucune agglutination (Bourges et Méry). Le lapin morveux
(1) Technique de l'inoculation à l'âne. — L’inoculation se pratique par scarifications, sur la région du front. La technique est identique à celle qui est suivie pour le chien.
(2) Mac Faoyean. Preliminary note on the sero-diagnosis of glanders. The Journ. of comp. Pathol, and Therap., t. IX, 1 806, p. 322. — Wladimiroff. Sur le phénomène d'agglutination dans la morve. Recueil de méd. vétér., 1807, p. G18. — Bourges et Méry.. Sur le séro-diagnostic de la morve. C. R. de la Soc. de biologie, 5 février 1898.
DIAGNOSTIC. 749
fournit encore un sérum agglutinant, tandis que le sérum du lapin sain n’a aucune action.
Le procédé ne paraît pas susceptible d’une application pratique ; il constitue une recherche de laboratoire et, d’autre part, les indications fournies n’ont pas toute la netteté désirable.
e) Emploi de la malléine. — La malléine est un extrait stérile des cultures du bacille de la morve sur dilférents milieux. Préparée et utilisée pour la première fois par le vétérinaire militaire russe Ilelman, dès la fin de 1888, la malléine est étudiée en même temps par Ivalning, qui donne, en 1891, une démonstration complète de la valeur diagnostique du produit. Peu après, la malléine est préparée en Allemagne par Preusse, en France par E. Roux, et de nombreuses expériences sont réalisées. On peul citer parmi les principaux travaux consacrés à l’utilisation de la malléine ceux de Dieckerhofî et Lotlies, de Preusse, de Peters et de Foth en Allemagne, ceux de Nocard en France, de Schindelka en Autriche, de Semmer et de la Commission de Charkoff en Russie (1).
La malléine de Roux est obtenue par la stérilisation à 110°, l’évaporation et la filtration de cultures en bouillons glycérinés (2); elle se présente sous l’aspect d’un liquide sirupeux, de couleur brun foncé, d’une odeur un peu vireuse ( malléine brûle). La malléine est employée après dilution au dixième dans l’eau phéniquée à 5 p. 1000; le mélange donne un liquide jaune, qui, placé à l’abri de la lumière et de la chaleur, conserve pendant plusieurs mois ses propriétés. Semmer et Kresling à Pétersbourg, Preusse à Danzig emploient des modes de préparation analogues. D’autre part, A. Rabes, Foth préparent une malléine sèche, qui est employée en Allemagne et en Autriche (3), landis que l’Institut vétérinaire de Charkoff et Preisz,
(1) Voy., pour l’étude générale de la question, les revues de Kitt : Die Rotzdiagnostik mittelst Malleïn. Monatshefte fur Thierheilk., t. IV, 189:5. Neueres über Rotz und Malleïnproben. Ibid., t. VI, 1895, p. 307, et la bibliographie donnée dans notre ire édition p. G82.
(2) Le mode de préparation est le suivant : Des cultures sont faites, en bouillon glycériné, avec un bacille dont la virulence maxima est entretenue par des inoculations intraveineuses chez le lapin. Des ballons ensemencés, contenant 230 centimètres cubes de bouillon, sont laissés un mois à l’étuve; les cultures sont ensuite stérilisées à l'autoclave, par un chauffage h 100° pendant trente minutes. La culture stérile est concentrée par évaporation au bain-marie, jusqu'au dixième de son volume primitif, et le résidu est filtré sur papier Chardin. On a ainsi la malléine brûle.
(3) La malléine de Foth est obtenue avec une malléine brute, préparée comme dans le procédé de Roux. Le liquide est mélangé à vingt-cinq à trente fois son volume d’alcool absolu, puis jeté sur un filtre; le filtrat est soumis à l'exsiccation dans le vide pendant deux à trois jours. Le résidu desséché donne une poudre blanche (malléine sèche ,
MORVE
à Buda-Pesth, extraient une malléine liquide des cultures sur pomme de terre (1).
L’inoculation sous-cutanée d’un demi-centimètre cube de In malléine brute de Roux ou de cinq centimètres cubes de malléine diluée ne produit, chez les chevaux sains, aucun effet appréciable; on trouve au point d’inoculation un très léger œdème, peu sensible; l’état général et la température ne sont pas modifiés. Il en est de même chez les sujets affectés d’une maladie apyrétique, infectieuse ou non, autre que la morve.
Chez les chevaux morveux, à quelque degré que ce soit, l'inoculation sous-cutanée de la malléine provoque une élévation de la température ( réaction thermique ), des symptômes généraux {réaction organique) et une tuméfaction au point de l’inoculation ( réaction locale).
La réaction thermique consiste en une élévation de la température centrale qui atteint l°,5-2°,5 et plus au-dessus de la normale. Déjà notable vers la huitième heure après l’injection, l’hyperthermie atteint sa limite maximaversla douzième heure, exceptionnellement vers la quinzième ou la dix-huitième heure. Il est important de retenir que l’hyperthermie ainsi provoquée persiste pendant vingt-quatre heures au moins, la température s’abaissant ensuite, lentement et régulièrement, jusqu'à la normale.
La réaction organique est indiquée, quelques heures après l’injection, par de la tristesse, de l’abattement, des frissons ou des tremblements musculaires. Après dix-douze heures, l’animal est dans un état dé prostration intense; il reste immobile, la tête basse, l’un des membres soustrait à l’appui ; la face est grippée ; les muqueuses sont infiltrées. L’appétit est supprimé ou très diminué; le liane est retroussé ; la respiration est précipitée. On constate parfois des coliques légères, ou encore un engorgement diffus d'un membre. La marche est pénible, hésitante; les membres sont soulevés avec peine. La prostration est complète; le cheval le plus excitable est
très légère, non hygroscopique et parfaitement soluble dans l'eau. On l’emploie, après solution dans l’eau distillée, à la dose de 5 centigrammes.
Foth. Ueber Mallèin. Zeitschr. für Veterinarkunde, 1892, p. 169 et 435. Ueber diepraklische Bedeutung des Irockenen Malteins. Deutsche Zeitschr. für Thiermed., t. XIX, 1894, p. 437 et t. XX, 1894, p. 223. Ueber die Gewinnung eines feslen Malleïns und ilber seine Bedeutung für die biagnose der Rotzkrankheit. Broch., Berlin, 1896.
(1) La malléine de Charkoiï est obtenue par l’immersion, prolongée pendant quatre jours, de cultures sur pomme de terre dans un mélange d’eau glycérinée (2 : 1) ; le liquide est stérilisé par un chauffage de trente minutes à 120° et filtré sur Chamberland.
Preisz obtient une malléine crue en additionnant l’extrait de sublimé; la malléine ainsi préparée reste indéfiniment stérile dans des flacons ouverts et elle conserve ses propriétés pendant plus de six mois.
DIAGNOSTIC. 7 51
devenu mou, indifférent à ce qui l’entoure. Les signes observés rappellent l’état typhoïde.
La réaction locale consiste dans le développement d une tumeur œdémateuse, siégeant au niveau du point d’inoculation. La tuméfaction apparaît quelques heures après l’injection; chaude, tendue, douloureuse, elle présente les caractères de l’œdème inflammatoire. Elle est irrégulièrement arrondie ; son étendue varie entre le diamètre de la paume de la main et celui d’un pain de munition. Parfois, des traînées lymphatiques sinueuses partent de la tumeur pour gagner les ganglions voisins. La tuméfaction augmente pendant douze-vingt-quatre heures ; elle reste stationnaire pendant deux ou trois jours, pour se résorber lentement en cinq-huit jours.
L’épreuve de la malléine ne peut donner des indications précises que si l’on se met à l’abri des causes d’erreur que l’expérience a signalées. Chez les animaux déjà fébricitants, les indications thermométriques sont faussées et sans signification. Il importe aussi de soustraire les animaux mis en expérience aux variations atmosphériques (soleil, pluie, vent...), capables de modifier la température centrale; si la plupart des chevaux sont peu sensibles à ces influences, on observe chez d’autres des oscillations thermiques de 1-2°. D’autre part, certaines affections, la gourme par exemple, provoquent des mouvements étendus dans la température.
Les animaux soumis à l'épreuve de la malléine doivent être laissés au repos pendant les quarante-huit heures qui précèdent l’inoculation ; la température est prise, autant que possible, le matin, à midi et le soir, pendant le même temps. Si l'on constate des variations étendues (plus d'un degré), l’opération sera différée ; il en sera de même si la température reste constamment au-dessus de la normale, vers 39° et au-dessus.
Technique de l'inoculation. — La malléine, diluée et prête à être employée, est fournie par l’Institut Pasteur de Paris; l'inoculation est faite avec la seringue de Pravaz; on injecte deux centimètres cubes et demi delà dilution au dixième, sous la peau de l’encolure, à égale distance du bord supérieur et de la gouttière jugulaire. En règle générale, il est indiqué de pratiquer l'inoculation de 8 à 10 heures du soir; on dispose ainsi de toute la journée du lendemain pour suivre la marche de la température. Celle-ci doit être prise régulièrement, à partir de la neuvième jusqu'à la vingtième heure après l’injection; les observations sont faites à des intervalles de deux à trois heures.
La coïncidence d'une hyperthermie persistante de 1°,5 et plus avec une réaction organique complète et également durable constitue un syndrome
MOIWE.
univoque. La signification de la réaction locale est moins absolue ; si elle ne fait jamais complètement défaut chez les morveux, son étendue et son évolution sont assez variables ; d’autre part, les animaux sains montrent, dans la région inoculée, un œdème qui, ordinairement insignifiant, acquiert chez certains un développement égal à celui qui est constaté chez quelques morveux.
Dans l’immense majorité des cas, les indications fournies par la malléine sont d’une netteté parfaite. Le cheval n’est nullement affecté, il a conservé sa gaîté et son extérieur habituels, ou bien il offre des manifestations tellement évidentes que, huit à dix heures après l’injection, le diagnostic peut être porté à distance, par un simple coup d’œil jeté sur l'animal.
Chez quelques animaux seulement, la réaction est douteuse, ébauchée, insuffisante pour permettre un diagnostic. L’hyperlhermie est comprise entre 1° et 1°,5; les signes qui expriment la réaction organique se retrouvent avec tous les degrés d’atténuation. Les sujets qui présentent cette réaction incomplète ne sauraient être condamnés d’emblée; mais ils doivent être au moins soupçonnés, et la malléine rend cet éminent service de désigner comme suspects des animaux que rien ne vient dénoncer d’autre part.
Les milliers d’observations recueillies en France seulement prouvent que la constatation d'une réaction complète à la malléine est univoque ; l'animal qui réagit est morveux. Comme pour la tuberculine, les prétendues erreurs imputées à la méthode sont expliquées par la sensibilité du réactif, qui dénonce bruyamment des lésions initiales assez limitées pour n’être que difficilement retrouvées à l'autopsie. Quelques observations montrent que l'on constate parfois, chez des chevaux affectés de mélanose, de gourme, de pneumonie chronique, d’emphysème pulmonaire..., une hyperthermie qui dépasse 1°,5 et 2°, à la suite d’une injection de malléine. L'analyse des mêmes faits montre aussi que les phénomènes ont une physionomie particulière, toute différente de la réaction complète des morveux. L’hyperthermie s’établit rapidement ; elle persiste quelques heures seulement; la réaction organique est peu marquée ou nulle. Dans ces conditions, une erreur pourra toujours être évitée; la simple suspicion ne sera même justifiée qu’exceptionnellement.
Une seconde conclusion peut être affirmée: Un animal qui ne réagit pas à une injection de malléine n'est pas morveux, quelle que soit l apparence des symptômes observés. La malléine permet de différencier la morve d’infections cliniquement semblables (lymphangite ulcéreuse) avec une sécurité et une précision absolues.
DIAGNOSTIC
En résumé: les animaux qui présentent, à la suite de 1 injection de malléine, une réaction complète — hyperthermie de 1°, 5 au moins et réaction organique manifeste — doivent être réputés morveux ;
Les animaux qui présentent une réaction incomplète doivent être léputés suspects ;
Les animaux qui ne présentent aucune réaction doivent être réputés non morveux (1).
Les conditions du diagnostic de la morve sont différentes suivant les formes cliniques considérées et l’utilisation des diverses méthodes répond à des indications spéciales. En certains cas, la maladie peut être affirmée d’après les seuls caractères cliniques ; la coexistence des signes essentiels de l’affection ou la constatation de quelques-uns d’entre eux sur des animaux provenant de milieux infectés suffisent, dans la pratique, pour assurer le diagnostic. Toutefois, l’examen reste assez souvent impuissant et il expose des praticiens expérimentés aux erreurs les plus graves. Les indications relatives au. diagnostic différentiel de la morve montrent assez l’insuffisance et les incertitudes de l'examen clinique.
Les méthodes du diagnostic expérimental ont rendu et rendront encore de signalés services dans certaines circonstances ; elles sont insuffisantes ou inapplicables dans d’autres. L’inoculation aux divers réactifs animaux nécessite une matière d’épreuve qu’il est parfois difficile d’obtenir et dont la virulence n’est pas constante. Le jetage, ordinairement employé, donne des indications faussées par la présence de microbes étrangers, capables de produire des suppurations douteuses ou de tuer les sujets ; de plus, sa virulence est variable et incertaine. Chacun des réactifs animaux employés présente quelque inconvénient : l’êne coûte un prix assez élevé ; le chien ne cultive pas à coup sûr; le chat est peu maniable; le cobaye peut succomber prématurément. Des erreurs sont toujours possibles; tous ceux qui ont quelque expérience des inoculations ont vu les réactifs de choix, l’âne et le cobaye, résister à l’inoculation de jetage provenant d’un morveux; par contre, des réactions réputées caractéristiques, comme celle qui suit l’inoculation intrapéritonéale au
(1) Toutes ces conclusions s’appliquent exclusivement à la malléine française de Roux. Il nous est impossible d’apprécier les résultats obtenus avec les malléines d’autre •origine. Eu Allemagne, la malléine sèche de Foth paraît donner d’excellentes indications ; par contre, Schuetz, Tiede et Oit dénient toute valeur à la malléine de Preusse.
Nous constaterons encore que les vétérinaires russes emploient avec un plein succès les malléines de Pétersbourg et de Charkoff.
Nocard et Leclainche. — 2e édit.
MORVE
cobaye (méthode de Straus), sont obtenues avec des produits non morveux (Nocard, Kutscher). Ainsi l’inoculation ne donne pas dans tous les cas des indications certaines; elle expose à libérer des morveux et à condamner des animaux indemnes.
La recherche directe du bacille et la culture présentent, avec des avantages indéniables, des inconvénients évidents; ces méthodes ne sont jamais entrées dans la pratique courante.
La malléine ne se montre pas seulement égale ou supérieure aux autres méthodes de diagnostic chez les cliniquement suspects; elle possède encore cette merveilleuse propriété de dénoncer la maladie en l’absence de tout symptôme. Les formes occultes de la morve, que tous les observateurs considèrent à bon droit comme l’invincible obstacle à la prophylaxie efficace de la contagion, sont reconnues avec une sûreté absolue. Les lésions viscérales initiales, les altérations anciennes limitées sont décelées en l’absence de toute manifestation appréciable, alors que tous les autres modes du diagnostic sont radicalement impuissants.
On pourrait distinguer, quant à l’utilisation de la malléine, une inoculation de choix et une inoculation de nécessité.
La première peut être employée chez les animaux cliniquement suspects, dans le but de préciser le diagnostic. Eminemment simple et économique, elle se recommande suffisamment au praticien par la sûreté et la rapidité de ses indications.
La seconde doit être nécessairement employée chez tous les animaux suspects de contamination; cette épreuve constitue la base d’une prophylaxie rationnelle de la morve.
§ 2. — Diagnostic sur le cadavre.
a) Diagnostic clinique. — Le diagnostic est basé sur la constatation des lésions spécifiques, sur les muqueuses ou dans les parenchymes.
I. Morve aiguë. — Les lésions ont une signification évidente presque toujours. La coexistence des foyers de pneumonie purulente et des lésions ulcéreuses sur les muqueuses et sur la peau est suffisamment caractéristique.
Souvent aussi l’on rencontrera, chez le cheval et chez le mulet, des altérations anciennes, tubercules pulmonaires ou cicatrices sur les muqueuses.
IL Morve chronique. — Les lésions spécifiques de la muqueuse respiratoire sont facilement différenciées ; on rencontre en quelque
DIAGNOSTIC
point des ulcérations ou des cicatrices dont la nature ne peut être méconnue.
Les lésions pulmonaires sont également significatives dans la plupart des cas. La présence d’une éruption de tubercules de différents âges, offrant la série des aspects décrits, depuis l’ecchymose initiale jusqu’au tubercule fibreux à contenu caséeux, est pathognomonique de la morve.
Il est à remarquer que souvent, en raison même de la puissance des moyens actuels du diagnostic, on ne rencontrera que des lésions fort peu étendues. A l’autopsie de chevaux dénoncés par la malléine en l’absence de tout symptôme, on trouvera les muqueuses intactes et seulement quelques tubercules gris. Les néoformations sous-pleurales sont seules reconnues par l’examen direct ; celles qui sont noyées dans le parenchyme échappent pour la plupartà des recherches minutieuses; une éruption récente, étendue en réalité, ne sera indiquée que par quelques foyers superficiels.
Dans la bronchite chronique , fréquente chez le cheval, on observe, au niveau des petits canaux, des renflements dus à la rétention de produits de sécrétion isolés par l’affaissement des parois à leur voisinage. Tantôt les bronchioles et les vésicules sont obstruées dans une certaine étendue et la lésion affecte la forme d’une petite grappe ; tantôt il existe un renflement unique (bronchiectasie), rempli de pus ou de détritus caséeux ou calcaires. Certains de ces foyers atteignent au volume d’une noix ou d’un œuf et ils se différencient nettement par leur volume des lésions morveuses, mais d’autres ont les dimensions d’une lentille ou d’un pois. La pèribronchite noduleuse multiple (Dieckerhoff) se traduit par des nodules disséminés dans toute l’étendue des poumons et constitués par une obstruction des bronchioles, avec rétention de l’exsudât et épaississement du tissu péribronchique. L'atrophie du parenchyme à la périphérie, la non-délimitation des parois, l’absence d’altérations ganglionnaires constituent les principaux éléments de la différenciation (Nocard).
En outre de ces altérations, on rencontre, dans le poumon du cheval, des pseudo-tubercules d’origine parasitaire qui simulent plus ou moins le tubercule morveux (1). Le plus souvent ce sont
(1) La présence dans le poumon de nodules simulant les lésions morveuses est depuis longtemps connue. Czokor (1880), Kitt étudient des pseudo-tubercules d’origine embolique. Gratia(1883) donne une description remarquable par sa précision des « granulations tuberculiformes » et il formule d’excellentes indications quant au diagnostic différentiel pratique. Willach (1892) trouve dans les nodules des larves de distomes • Galli-Valerio (1894) y reconnaît « un embryon de nématode d’espèce non encore déter-
MORVE
des noyaux arrondis, durs, donnant à la palpation la sensation d'un grain de plomb enchâssé dans le tissu pulmonaire ; ils sont difficiles à couper ; ils fuient sous l’instrument tranchant; on trouve sur la coupe une coque fibreuse et un contenu calcifié qui se détache facilement des parois. Ces nodules diffèrent nettement du tubercule morveux ancien ; leur capsule est distincte du parenchyme souple et perméable, alors que la coque fibreuse du tubercule morveux se confond insensiblement avec le tissu voisin, disséqué par des prolongements sclérosés ; d’autre part, le contenu du tubercule morveux reste caséeux pendant un très long temps ou indéfiniment. Signalés à diverses reprises par les vétérinaires, les nodules calcaires du poumon n’ont jamais été confondus avec les néoformations morveuses.
Les formes jeunes des tubercules parasitaires, récemment décrites par Oit et par Schuetz, simuleraient complètement au contraire le tubercule gris de la morve; cette intéressante constatation complique à coup sûr le diagnostic, mais les difficultés soulevées sont plus théoriques que réelles; elles sont écartées, en France, par la procédure actuellement applicable aux suspects. La morve récente, exclusivement pulmonaire, est indiquée le plus souvent par une éruption tuberculeuse reproduisant tous les stades de l’évolution, depuis l’ecchymose jusqu'au tubercule adulte à contenu caséeux; cette constatation des tubercules de différents âges, avec leurs caractères précédemment décrits, reste univoque de la morve. En quelques
minée ». Il s’agit jusqu’ici de nodules durs, constitués par une coque fibreuse et un contenu calcifié; ainsi que le remarque Kitt (1895), les caractères des premières phases de la lésion sont peu connus.
Oit et Schuetz (1895-1898) étudient à nouveau les tubercules parasitaires qu’ils rapportent, comme Galli, à un embryon de strongle, mais ils font connaître les formes jeunes des néoformations. Celles-ci débutent par un petit nodule, gris et translucide, du volume d’une tête d’épingle environ ; plus tard, dès que la crétification se produit, un point blanc apparaît, qui s’agrandit peu à peu; les nodosités deviennent bien visibles et appréciables à la palpation. Ces pseudo-tubercules sont liés à une embolie capillaire ; la lésion consiste essentiellement en un foyer d’apoplexie leucocytaire.
11 est parfaitement admissible que ces nodules jeunes simulent le tubercule gris de la morve ; Leclainche et Montané ont montré que l’aspect de « granulation grise » correspond précisément à l’envahissement du foyer primitif de pneumonie fibrineuse hémorragique par les cellules rondes. Bien que très différentes dans leur évolution histologique, les néoformations parasitaires et morveuses sont constituées, à un moment donné, par les mêmes éléments.
Voir pour l’étude des tubercules parasitaires : Gratia. Des pseuclo-tubercules chez les animaux domestiques . Annales de méd. vétér., 1883, p. 4G5. — Kitt. Lehrbuch der pathologiscli-anatomisclien Diagnostik , t. II, 1895, p. 294. — Olt. Die kalkig-fibrosen Knotchen in den Lungen und der Leber. Archiv fur Thierheilk., t. XXI, 1895, p. 352. — Schuetz. Die grauen durscheinenden Knotchen in den Pferdelungen , id., id., p. 382. — Galli-Valerio. Le neoformazioni nodulari... e la loro cliagnosi differenziale . .., 1 vol., 1897, p- 130. — Schuetz. Zur Lehre vom Rotze. Archiv fur Thierheilk., t. XXIV, 1898,
DIAGNOSTIC
cas seulement, on trouvera dans le poumon un petit nombre de foyers gris ou gris blanc, arrivés à des degrés semblables ou voisins d’évolution, et le diagnostic pourra rester douteux. A plus forte raison, il sera impossible d’affirmer l’existence de la morve d après l’examen d’un fragment de poumon renfermant un ou quelques foyers, en dehors d’une analyse histologique et microbiologique des lésions. Ces incertitudes seront évitées, dans la pratique, par les dispositions de l’Instruction de 1894 (V. Législation), restreignant l’abatage des animaux condamnés par la malléine au cas où quelque signe clinique vient à être observé ; la constatation/ de celui-ci implique — presque toujours — la présence d’une localisation bruyante qui assure à elle seule le diagnostic (1).
La tuberculose du poumon se présente chez le cheval sous les types les plus divers, mais les formes miliaires sont exceptionnelles. On trouve des foyers confluenis irréguliers, d’apparence sarcomateuse, ou des blocs de pneumonie caséeuse (V. Tuberculose). Les doutes sur la nature des lésions seraient levés par l’examen bactériologique.
Les diverses tumeurs du poumon simulent rarement la morve. Elles affectent la forme d’infiltration diffuse, étendue à toute une région, ou celle de masses irrégulières, de grosseur variable, homogènes ou ramollies en certains points. Le carcinome revêt cependant, au début de l’infection métastatique, l’aspect de foyers disséminés rappelant les agglomérats de tubercules adultes. L’enchondrome forme également de petits nodules, de la grosseur d’une lentille ou d’un pois, épars ou réunis en amas ; les noyaux sont constitués par du tissu cartilagineux; les plus gros possèdent un centre calcilié (2).
(1) Les déclarations de Schuetz n'atteignent en rien les constatations expérimentales faites en France, relativement à la malléine (expériences de JMontoire) ou aux modes de l’infection morveuse (expériences de Nocard sur l’ingestion de cultures virulentes). La querelle soulevée par le savant allemand repose sur de simples malentendus, provoqués par une terminologie défectueuse. L’expression de « tubercule translucide » est devenue en France — comme en Allemagne du reste — équivalente à celle de « tubercule gris morveux ». Les auteurs français connaissent parfaitement l’évolution du tubercule morveux ; Schuetz n’a fait que reproduire la description donnée par Leclainche et Montané. En insistant sur l’invasion leucocytaire du foyer, Nocard rappelle seulement un épisode d’un intérêt particulier au point de vue de la pathogénie. Les tubercules pulmonaires développés à la suite de l’ingestion de matières virulentes sont « histologiquement morveux ».
Nocard. Sur les tubercules translucides du poumrm chez les chevaux morveux. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 189G, p. 1!)G. — Schuetz. Zur Lehre voin Rotze. Archiv fur Thierheilk., t. XXIV, 1898, p. 12. — Nocard. Contribution à l'étude de la morve (Revue critique). Recueil de méd. vétér., 1898, p. 18G.
(2) Willach. Knbtchenbildung in den Lungen des P fer des. Deutsche thierârztl. Wochenschr., 1896, p. 105.
b) Recherche du bacille et inoculation. — Le bacille est décelé clans les lésions par Y examen direct, par la culture ou par Y inoculation.
Ces méthodes donnent des résultats d’autant plus assurés qu’il est possible, dans la plupart des cas, de choisir pour l’épreuve des matières de virulence certaine. Les parois des ulcères et les exsudats recueillis à leur niveau montrent des bacilles en abondance; la pulpe obtenue par le grattage des ganglions altérés ou par celui des foyers du poumon fournit des produits purs pour l'inoculation intrapéritonéale au cobaye; toutes ces matières, ensemencées sur gélose et sur pomme de terre, cultiveront sûrement.
Pour certaines formes cependant, et pour celles-là mômes qui soulèvent de légitimes hésitations, le contrôle expérimental est difficile ou insuffisant. Dans les vieilles lésions pulmonaires, seules rencontrées parfois, les bacilles sont réduits à l’état de granulations qui prennent à peine les colorants et qui sont impossibles à différencier ; la culture, l’inoculation au cobaye ou à l’âne peuvent rester sans résultat. De môme les tubercules gris ne renferment pendant les premières phases que de rares bacilles ; ceux-ci ne pullulent que dans les lésions caséeuses récentes; l’inoculation du raclage des tubercules gris homogènes ne donne que des résultats incertains et la culture môme ne révèle pas sûrement la présence des bacilles.
Étiologie. — Étude expérimentale.
Matières virulentes. — Les propriétés virulentes des divers milieux organiques sont différentes suivant le mode d’évolution de la maladie et il est nécessaire de conserver, à ce point de vue, la distinction en morve aiguë et en morve chronique.
Dans la morve aiguë, la virulence est disséminée dans tout l’organisme et toutes les régions peuvent recéler le virus. Chez le cheval, le sang recueilli dans la grande circulation n’est virulent que par exception (Nocard) ; dans tous les cas, le bacille morveux est assez peu abondant pour que sa présence ne puisse être révélée que par la culture et par l’inoculation de grandes quantités du liquide (Lœffler, Cadéac et Malet, Lissitzine, Preusse...). La virulence du sang est au contraire la règle chez d’autres espèces ; Malzeff, Waganoff, Nonievitch. .. y rencontrent les bacilles, chez le chat, pendant toute la durée de l’évolution morveuse. Il en est
ÉTIOLOGIE.
de même, dans certains cas, chez le cobaye, chez le chien et chez l'homme (1).
Dans la morve chronique, la dissémination du contage est assez exactement indiquée par l’étendue des lésions spécifiques. Les boutons, les cordes, les tubercules, les ganglions qui reçoivent les lymphatiques des régions envahies... sont virulents dans tous les cas. Les produits de sécrétion ou d’excrétion souillés au contact des lésions spécifiques sont rendus virulents et il est facile de prévoir l’imminence de ces souillures (2) .
Le jetage, directement provoqué par l’évolution des ulcérations delà pituitaire, est presque toujours infectant. La salive, recueillie dans la bouche, peut être trouvée virulente en raison de son mélange avec des mucosités provenant de l’arrière-bouche ou des cavités nasales, mais elle ne renferme jamais le contage alors qu elle est recueillie purement. Le lait, la bile, le sperme ne se montrent jamais virulents, en dehors d’une souillure directe au contact de lésions spécifiques. Le mucus intestinal est parfois virulent (Cadéac et Malet) ; les bacilles sont déversés directement par des lésions intestinales ou, plus généralement sans doute, ils sont apportés par des mucosités bronchiques dégluties. L'urine renferme parfois les bacilles.
Dans certains tissus, les microbes, isolés au sein de masses cicatricielles et emprisonnés dans les éléments cellulaires, dégénèrent, deviennent granuleux et perdent peu à peu leurs propriétés pathogènes. Cette disparition de la virulence est assez rapide, dans les ganglions et dans le poumon, pour que l’on n’accorde qu’une confiance relative aux résultats obtenus par l’inoculation de produits recueillis au niveau de lésions anciennes.
Réceptivité. — Il existe des différences marquées quant à l’aptitude des diverses espèces domestiques à contracter la morve.
Les solipèdes sont particulièrement exposés ; parmi eux, Y âne vient en première ligne, et après lui, par ordre d’aptitude décroissante, le mulet et le cheval. Ces variations sont indiquées par le mode d’évolution de la maladie, plutôt que par des degrés dans l’imminence de la contagion. Ordinairement, la morve affecte le type aigu chez l’ane, le type subaigu chez le mulet et le type
(IJ Chez l’homme, Lœfller trouve de nombreux bacilles dans le sang; ceux-ci forment un volumineux thrombus dans une grosse veine du cerveau.
(2) Cadéac et .Malet. Étude des liquides virulents de la morve. Revue vétér., 188G, p. 4Gi et 50d.
MORVE
chronique chez le cheval. Cette règle est presque absolue en ce qui concerne l’âne et l’on ne signale que quelques cas de morve chronique chez cet animal ; mais elle comporte de nombreuses exceptions pour le mulet et pour le cheval, qui présentent à la fois les types aigu et chronique.
Les bovidés sont réfractaires à la morve ; ils résistent à la contagion et à tous les modes de la transmission ; pourtant l’inoculation sous-cutanée provoque une élévation de la température et un abcès local dont le pus reste longtemps virulent. La transmission expérimentale au mouton est facilement obtenue. Peuch (1) réalise une série d’inoculations du mouton au mouton ; les ulcères se cicatrisent après deux mois environ ; le pus est virulent pendant toute l’évolution. La chèvre est infectée aussi sûrement. L’infection accidentelle, à la suite de la cohabitation avec des chevaux morveux, est observée par Ercolani, Trasbot, Mesnard.
Le porc présente une résistance presque absolue ; Spinola obtient une fois la transmission, alors que Bouley et Gerlach échouent constamment. Les expériences de Cadéac et Malet (2) donnent une intéressante explication de ces dissidences. « Le porc vigoureux et bien portant ne contracte pas la morve ou ne présente, à la suite de l’inoculation de cette maladie, que des symptômes passagers et insignifiants; mais dès que son organisme est affaibli par une maladie locale ou par une maladie générale, telle que la tuberculose, c’est-à-dire sous l’influencedes conditions qui déterminent la misère physiologique, il acquiert une très grande réceptivité pour cette affection. » D’après Sacharoff, l’inoculation au porcelet, dans la chambre antérieure de l’œil, détermine une infection à marche rapide. Il serait intéressant de rechercher si la réceptivité est fonction de l’âge des sujets ou du mode de la pénétration du virus.
La morve est inoculable aux carnassiers et elle affecte chez eux des caractères particuliers. Chez le chien (3), l’inoculation par piqûres ou par scarifications ( Renault et Bouley, Decroix, Saint- Cyr...), ou encore les applications de sétons imprégnés de matière virulente (Reul, Neumann) occasionnent des lésions ulcéreuses locales et parfois des lésions viscérales et la mort. La contamination accidentelle est possible, à la suite de l’ingestion de matières virulentes (viandes, os) ou d’un simple contact de surfaces absorbantes
(1) Peucii. Sur la morve du mouton. Soc. de biologie, 23 mars 1889.
(2) Cadéac et Malet. Morve du porc. Revue vétér., 188G, p. 40G et 456.
(3) Reul. L'inoculation de la morve au chien... Annales de méd. vét., 1882, p. Gilet G74.
ÉTIOLOGIE.
avec des corps souillés par le virus (litières, objets de pansement...). La transmission par cohabitation, du chien au chien, est également possible (Pütz). Le chien adulte et vigoureux succombe exceptionnellement à la morve; à la suite de l’inoculation, une plaie ulcéreuse apparaît qui se cicatrise peu à peu. Les animaux jeunes ou affaiblis par la maladie résistent moins facilement et ils succombent souvent à la généralisation de l’infection. A la suite de la contamination accidentelle, on observe ordinairement du jetage, dû à des ulcérations sur la pituitaire, des ulcérations cutanées et des tuméfactions ganglionnaires. On rencontre «à l’autopsie une tuberculisation miliaire du foie et de la rate; les lésions du poumon sont rares et toujours discrètes (1).
Le chat est très sensible à la morve inoculée ; on observe, après trois jours au plus, une tuméfaction au niveau de l’inoculation cutanée; après cinq à sept jours, un ulcère apparaît qui est suivi d’accidents métastatiques sur les articulations et sur les viscères. Les animaux meurent en deux à quatre semaines environ. La transmission du chat au chat est réalisée. Trois à six jours après l’inoculation, le sang renferme des bacilles et la température s’élève vers 42° et au delà. Ces constatations pourraient être utilisées pour le diagnostic rapide de la morve si le chat n’était pas aussi peu maniable.
Les carnassiers sauvages, entretenus dans les ménageries, contractent volontiers la morve. L’infection s’opère par l’ingestion de viandes provenant de solipèdes morveux ; la réceptivité est expliquée sans doute par l’état de débilité des animaux, plutôt que par une aptitude spécifique. La morve est observée sur le lion, le tigre , la panthère...
Parmi les petits animaux, le cobaye est un réactif des plus sûrs; il succombe presque toujours à la suite de l’inoculation souscutanée et l’inoculation intrapéritonéale est plus certaine encore dans ses effets (Y. Diagnostic).
Chez le lapin, la morve évolue de la même façon que chez le cobaye, mais l’infection s’opère plus difficilement (2). Il existe quelques exemples de transmission accidentelle (Rivolta, Perroncito, Mesnard) à des animaux nourris avec des débris de fourrages souillés par des chevaux morveux.
(1) D'après Balizky, la maladie ne reste jamais locale ; les parenchymes sont envahis dix heures après l'inoculation et ils restent virulents pendant six ou huit mois. Toutefois il ne s’opère pas de culture sur place et la virulence est graduellement atténuée.
(2) G. Colin. Sur la transmission de la morve des solipèdes au lapin. Bulletin de l’Acad. de méd., 30 nov. 1880.
MORVE
La réceptivité de la souris est variable suivant l’espèce considérée. Alors que la souris des champs (campagnol) est extrêmement sensible, la souris blanche possède une immunité complète. Le mulot [Mus syluaticus) présente une réceptivité intermédiaire à celle des espèces précédentes; il succombe à la morve inoculée en huit à trente-trois jours (1).
Parmi les mammifères qui sont le plus sensibles à la morve expérimentale ligurent encore le spermophile et le hérisson...
Les oiseaux possèdent une immunité à peu près absolue; seul, le pigeon pourrait être infecté expérimentalement (?).
La grenouille est infectée si l’on élève sa température, par une immersion préalable de deux heures dans l’eau à 30°. Inoculée dans la cavité abdominale, avec des cultures en bouillon, la grenouille ne meurt pas ; mais, si on la tue après un temps variable (2-55 jours), on trouve dans le sang et dans tous les organes, sains en apparence, une culture pure du bacille. Sacharoff (2) estime que la grenouille pourrait être utilisée dans le diagnostic expérimental de la morve du cheval.
L homme contracte la morve; on observe chez lui, comme chez les solipèdes, le farcin et la morve proprement dite, chacune de ces formes pouvant revêtir le type aigu ou le type chronique.
Modes de la contagion. — Chez les solipèdes , la contagion s’effectue presque toujours par l’intermédiaire d’objets souillés par des matières virulentes. Le jetage est le véhicule ordinaire du contage; répandu sur les fourrages et les litières, à la surface des auges..., mélangé aux boissons dans les seaux et les abreuvoirs communs, il est amené au contact des animaux sains par les modes les plus divers.
La cohabitation favorise l’infection, en multipliant les chances de la transmission ; la morve n’est évitée dans les agglomérations d’animaux (entreprises industrielles, régiments...) que par une surveillance sanitaire constante. La contagion s’opère d’autant plus sûrement que les animaux vivent dans une promiscuité plus complète ; chez les chevaux qui séjournent en liberté dans des prairies ou des parcours, chez ceux qui font usage d’auges et d’abreuvoirs communs, la maladie est rapidement transmise. Au contraire, dans les écuries complètement aménagées, alors que les animaux
(1) Kitt. Impfrotz bel Waldm&usen. Centralbl. für Bakt., t. II, 1887, p. 241.
(2) Sacharoff. Etude sur l'évolution de la morve chez diverses espèces animales. Archives russes de inéd. vét., t. II, 1893, p. 2G9.
ÉTIOLOGIE.
sont suffisamment séparés les uns des autres pour qu’ils ne puissent prendre leurs aliments en commun, la contagion est retardée de beaucoup. Les aliments et les litières souillés, les harnais, les couvertures, les brosses, les étrilles, les éponges..., constituent les véhicules les plus ordinaires du virus.
Le simple séjour d’animaux sains dans un milieu récemment souillé est une cause possible de contagion. Ainsi s’explique la fréquence de la morve chez les chevaux qui font de fréquents séjours dans les écuries d’auberge (chevaux de voyageurs, de forains, de haleurs...), chez ceux qui prennent l’avoine dans des auges ou des musettes d’usage commun...
La morve est entretenue et répandue par l’introduction dans les écuries d’animaux affectés. Les formes muettes de la maladie, la localisation pulmonaire notamment, sont surtout dangereuses. Depuis Viborg, on a cité par dizaines des observations de morve introduite et entretenue dans certaines écuries par un cheval qui, ne présentant aucun symptôme suspect, n’était soupçonné qu’après un long temps, alors que l’effectif avait été plusieurs fois renouvelé.
La diffusion de la morve est surtout la conséquence des transactions commerciales ; des centres nouveaux sont créés par l’importation de sujets affectés, porteurs de lésions discrètes, méconnues ou insoupçonnées. Les animaux soumis à des déplacements fréquents, exposés à de nombreuses chances de contamination, deviennent extrêmement dangereux dès qu’ils sont atteints; les chevaux des marchands ambulants, des voyageurs de commerce, des haleurs... sèment la morve dans toute une région, en infectant les écuries des auberges ou les abris publics.
Les petits ruminants, rarement affectés, sont victimes d’une cohabitation longtemps prolongée avec des solipèdes morveux ou de l’ingestion de débris souillés par le virus.
Les carnassiers sont infectés par l’ingestion de viandes provenant d’animaux morveux (animaux des ménageries); chez le chien, l’ingestion de produits virulents ou le contact d’objets souillés (litières, objets de pansement...) constituent des modes possibles de la transmission.
Modes de la pénétration du virus. — Ii est évident que le virus doit pénétrer dans l’organisme par effraction à travers la peau ou les muqueuses, mais les modes habituels de l’infection ne sont pas complètement déterminés.
MORVE
La peau intacte permet difficilement l’absorption. Nocard (1) n’a pas vu l’infection se produire chez trois ûnes soumis à des frictions prolongées de cultures virulentes associées à la vaseline ; sur quinze cobayes soumis au même traitement, deux seulement ont succombé. Il est vraisemblable que les résultats positifs obtenus sont dus à une effraction du tégument, avant ou après le dépôt du virus. Le séjour de matières virulentes sur la peau est toujours dangereux, le moindre traumatisme devenant une cause de pénétration.
Chez tous les animaux en état de réceptivité, l'infection est réalisée par 1 inoculation inlracutanèe ou sous-cutanée; le point de l’effraction est. indiqué par le développement primitif d’un foyer d’ulcération, suivi ou non d’une généralisation de l’infection. Chez l’ûne, on obtient, en quatre à huit jours, le développement d’ulcères étendus et une morve aiguë rapidement mortelle. Chez le cheval, on provoque une ulcération locale, suivie d’une extension plus ou moins rapide par les voies lymphatiques et d’une évolution subaiguë ou chronique. Le chien adulte présente des ulcères au niveau des points de pénétration ; une généralisation des lésions n’est observée que par exception. Chez le cobaye, il survient en quelques jours, à la suite de l’inoculation sous-cutanée, un engorgement de la région, avec tuméfaction considérable et abcédation des ganglions voisins ; l’animal maigrit et il meurt après trente à quarante jours. L’insertion par piqûres ou scarifications cutanées provoque les mêmes accidents; en outre, des plaies ulcéreuses évoluent aux points d’inoculation. A l’autopsie, on rencontre une tuberculisation miliaire généralisée, surtout appréciable dans la rate et dans le foie, criblés de points gris blanc. Cette évolution n’est pas constante; alors qu’un virus peu actif est inoculé en petite quantité, les lésions restent pendant longtemps localisées dans les ganglions; la tuberculisation viscérale ne s’opère que lentement et elle ne tue qu’après plusieurs mois; en quelques cas les lésions disparaissent sans affecter gravement l’état des sujets.
La pénétration par les muqueuses est d’autant plus facile que la membrane est plus délicate. La simple desquamation épithéliale produite sur la pituitaire par un léger frottement avec un linge imprégné de matière virulente détermine sûrement l'infection. L’inoculation accidentelle doit s’opérer parfois en ce point ; les brins de paille ou de fourrages chargés de virus éraillent directement la muqueuse vers l’orifice des cavités nasales, tandis que des parcelles
(1) Nocard. La morve peut-elle s'inoculer par la peau intacte? Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1890, p. 322.
ÉTIOLOGIE.
virulentes (débris végétaux) ou des liquides souillés (seaux et abreuvoirs) sont apportés au contact de la muqueuse. La conjonctive intacte absorbe difficilement le virus; Conte a montré que la dilution d’une culture sur pomme de terre, instillée dans
I œil du cobaye, ne provoque l'infection, après trente minutes de contact, que chez un animal sur trois ; la pénétration est assurée après deux à quatre heures seulement. La muqueuse des voies génitales constitue une porte d’entrée possible; la pénétration est facilitée par les éraillures ou les desquamations dues au coït. En fait, la transmission par ce mode est très rare, puisqu’elle suppose la présence de lésions spécifiques sur la muqueuse du pénis ou du vagin.
Dans la grande majorité des cas, c’est par les voies digestives que pénètre le contage. E. Renault (1) affirmait, dès 1851, la réalité de ce mode ; mais les expériences qu’il se bornait à signaler paraissaient peu probantes. Ce que l’on sait du bacille morveux, si fragile à toutes les causes naturelles de destruction, rendait improbable sa résistance à l’action des sucs digestifs ; d’autre part, la morve du cheval était commune à l’époque où Renault expérimentait; les hôpitaux de l’Ecole d’Alfort renfermaient constamment des morveux, en traitement ou en observation ; on n’avait aucun moyen de s’assurer que les animaux mis en expérience étaient réellement indemnes et l’on pouvait croire à une contamination antérieure ou postérieure à l’expérience. Cette opinion était si généralement admise que, en 1886, Lœffler considérait l’infection par les voies digestives, consécutive à l’alimentation, comme « une chose admissible, mais non démontrée ».
Les expériences de Nocard (2) établissent que, chez des chevaux sains, ne réagissant pas à la malléine, l’ingestion d'une petite quantité de virus (culture, jetage ou pus) suffit pour provoquer, en huit à quinze jours, le développement de lésions morveuses pulmonaires, accusées par la réaction à la malléine ; chez quelques-uns, des signes cliniques de la maladie apparaissent ensuite; l’expérience, répétée sur 35 chevaux, ânes ou mulets, donne des résultats constants.
II n’est pas douteux que la pénétration du virus s’opère au niveau
(1) « De neuf chevaux auxquels j'ai fait avaler du jetage de morve aiguë, dit Renault six sont devenus morveux. »
E. Renault. Sur l’absorption des virus par les voies digestives. Recueil de mcd. vêt. 1851, p. 873.
(2) Nocard. Sur la pathogénie de la morve. Rulletin de la Soc. centr. de méd. vétcr. 1894, p. 225. — Transmission de la morve par les voies digestives, idem, 1894, p. 3G7. Ideuq 1897, p. 781.
MORVE
de la muqueuse intestinale; ce mode seul permet d’interpréter la formation des tubercules miliaires du poumon, qui constituent la lésion la plus constante et la plus caractéristique de la morve du cheval. Les observations de lésions morveuses du cæcum viennent à l’appui de cette manière de voir.
De leur côté, Gadéac et Malet (1) montrent que l’entrée du virus à travers la muqueuse des premières voies digestives, difficile ou impossible alors que la muqueuse est saine, est facilitée par la présence de plaies superficielles, fréquentes chez les vieux chevaux au niveau des aspérités dentaires ; les éraillures de la membrane par des fourrages durs assurent aussi la pénétration. Chez les carnassiers, les traumatismes d’inoculation sont déterminés par les esquilles osseuses chargées de virus. Les amygdales constituent, chez toutes les espèces, une porte d’entrée habituelle; les matières souillées séjournent à leur contact et infectent les cryptes.
Les recherches récentes de Schuetz ne font que confirmer les résultats précédents; elles montrent que, sous certaines conditions, l'infection par la voie intestinale provoque des lésions locales au point de pénétration.
L’infection par les voies respiratoires profondes est rendue douteuse par les données expérimentales. L’air expiré ne renferme jamais les agents de la contagion; de plus, le bacille morveux ne résiste pas à la dessiccation. Les cultures virulentes, même en milieux albumineux, desséchées à froid et réduites en poussière, peuvent être injectées dans le péritoine du cobaye ou insufflées dans les cavités nasales et dans la trachée de l’àne sans déterminer le moindre accident (Nocard). Les expériences de Cadéac et Malet (2) témoignent que la muqueuse pulmonaire saine est peu favorable à l’absorption; les inhalations virulentes restent sans effet; l'injection directe dans la trachée de l’âne de 10-20 centimètres cubes de liquide virulent reste sans effet dans la moitié des cas; la muqueuse traumatisée ou irritée permet au contraire la pénétration. Enfin l’étude anatomo-pathologique de la morve pulmonaire rend encore improbable l’hypothèse d’une infection directe du parenchyme (Y. Patiiogénie).
L 'inoculation intraveineuse ou intrapéritonéale entraîne rapidement la mort chez les animaux à forte réceptivité (âne, cobaye...).
(1) Cadéac et Malet. Sur la transmission de la morve par les voies digestives. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vétér., 1894, p. 555.
(2) Cadéac et Malet. Élude expérimentale de la transmission de la morve. Revue vétér. 1888, p. 581
PATHOGENIE.
Chez le chien, qui oppose une résistance considérable à 1 inlection, on doit injecter dans les veines de fortes doses de virus pur pour provoquer la mort; si la quantité est insuffisante, l’animal résiste et — particularité des plus intéressantes — il a acquis une immunité absolue contre la morve (Straus). Chez le lapin, l’inoculation intraveineuse amène rapidement la mort quand le produit injecté est très virulent. On trouve des lésions miliaires dans la plupart des parenchymes, notamment dans le foie, dans la rate et dans la moelle des os.
L’inoculation directe dans les centres nerveux constitue, d’après Tedeschi (1), l’un des modes les plus sûrs de l’infection. L’évolution de la morve est plus rapide que par les autres voies et elle est certaine chez des animaux réfractaires ou doués d’une faible réceptivité, comme le rat blanc et le chien.
Patliogénie. — Chez les solipèdes, l’infection accidentelle s’opère par effraction tégumen taire, au niveau de la peau et des muqueuses extérieures, ou par les voies digestives profondes,
La pénétration dans le derme cutané provoque le plus souvent une évolution ulcéreuse, due à une culture locale des bacilles. Le virus est vite entraîné au delà du point d’inoculation ; d’après Renault, la cautérisation reste ineflicace une heure après l’insertion virulente. Les microbes pénètrent dans la circulation lymphatique lacunaire ; ils déterminent un œdème abondant et un afflux de leucocytes, puis ils gagnent les vaisseaux lymphatiques. Au niveau de la pituitaire ou des autres muqueuses extérieures, ainsi que dans les voies digestives profondes, l’entrée du virus s’opère encore dans les milieux lymphatiques et suivant un mode analogue. Les accidents primitifs, au point d’inoculation et sur les voies lymphatiques qui charrient les bacilles, sont différents suivant l'énergie du virus et le mode de réaction de l’organisme. Tantôt les lésions initiales sont à peine appréciables, tantôt au contraire des lésions bruyantes évoluent, suivant un type aigu ou chronique (2).
Les bacilles morveux cultivent dans les milieux lymphatiques ; les ganglions n’opposent à leur marche envahissante qu’une résistance insignifiante on nulle et ils sont bientôt déversés dans le
(1) Tedeschi. Ueber die Wirkungen der Inokulation des Rolzes in die Nervencentra. Centralbl. fur Bakter., t. XII, 1892, p. 127.
(2) Nous n’avons rien à changer à l’esquisse des premiers stades de l'infection morveuse, telle que nous l'exposions dans notre première édition. En ce qui concerne la pénétration par la voie intestinale, les récents travaux de Nocard (1896) et de Schuetz (1898) montrent que des altérations locales persistantes sont constatées ou font défaut suivant les conditions expérimentales.
MORVE
sang. Les microbes ne font que passer dans ce milieu peu favorable ; lancés par le cœur droit dans la circulation pulmonaire, ils sont retenus en partie dans les capillaires. Cet envahissement du poumon par la voie sanguine apparaît évident dans la morve aiguë ; il est certain qu’il s’opère de la môme façon lors d’éruption discrète à évolution chronique. La forme de l’évolution est déterminée par les puissances relatives des bacilles et de la défense, au niveau des capillaires du poumon. L’inoculation intraveineuse de grandes quantités de virus permet d’obtenir chez des organismes résistants, comme le chien, une évolution suraiguë. D’autre part, une inoculation périphérique suffit pour provoquer les mômes accidents chez un animal très susceptible, comme l’ône.
La pathogénie de l’évolution aiguë est des plus simples ; elle éclaire vivement le mode delà formation des lésions dans l’infection chronique. Les bacilles, apportés dans le système veineux, envahissent la circulation pulmonaire ; les lésions immédiates du parenchyme sont telles que de nombreux microbes sont restitués à la grande circulation et lancés dans tous les territoires organiques. Certains tissus, comme les muscles, la muqueuse digestive... se défendent victorieusement contre l’invasion et détruisent rapidement les bacilles ; d’autres, comme le rein, le foie..., opposent une résistance parfois insuffisante ; d’autres enfin, comme le poumon, la muqueuse respiratoire, la peau... constituent des milieux favorables pour la culture.
Le processus est identique en toutes les régions ; les accidents ne diffèrent dans leur forme qu’en raison de la constitution des tissus envahis. Le bacille morveux agit sur les capillaires en provoquant la paralysie et la leucocytose, puis la rupture des parois en certains points et l’irruption des leucocytes dans les tissus voisins. Dans le poumon, on trouve à la fois une congestion généralisée, des hémorragies interstitielles et de l’œdème, enfin une réplétion des gaines périvasculaires et péribronchiques, des parois alvéolaires et des acini par les leucocytes immigrés. Dans le foie, on rencontre également de la congestion, des hémorragies et une leucocytose interstitielle. Au niveau de la peau et des muqueuses, la thrombose initiale favorise l’action nécrosante exercée sur les tissus par les bacilles infiltrés avec les cellules lymphatiques et des phénomènes de gangrène sont observés.
Les mômes faits essentiels sont retrouvés lors d’évolution lente ; il est d’ailleurs entre les formes les plus éloignées de nombreux intermédiaires. Les altérations locales de la peau et des muqueuses
PATHOGÉNIE
extérieures peuvent être primitives et procéder de l’extension du foyer d’inoculation. La pénétration du virus au niveau de 1 extrémité d’un membre sera suivie d’une éruption farcineuse envahissante; de même, les lésions de la morve nasale pourront être rapportées à une invasion virulente au niveau de la pituitaire ou de l’arrière-bouche. Le danger des auto-inoculations accidentelles explique la succession de localisations diverses.
L’hypothèse d’une infection primitive du poumon est rendue douteuse par les constatations anatomo-pathologiques (Virchow et Schuetz) et par tout ce que l’on sait de la pathogénie de la morve (V. Modes de la pénétration du virus). La présence exclusive des lésions pulmonaires n’implique nullement qu’elles procèdent d’une inoculation directe. Les altérations initiales, développées au point de pénétration, ont pu être cicatrisées complètement alors que l'invasion continue dansles voies lymphatiques etque lesbacillesdéversés dans la petite circulation ensemençent le poumon. Les recherches de Nocard montrent que les voies digestives profondes, aisément pénétrées par les bacilles, ne présentent point nécessairement de lésions locales appréciables et que l’on constate, quinze jours après l’ingestion de produits virulents, un envahissement du poumon par des tubercules jeunes, gris ou déjà caséeux (1).
Le mécanisme de l’infection est facile à prévoir. Apportés dans le sang par la circulation lymphatique, les bacilles sont lancés encore dans le poumon ; mais, soit à cause de leur petit nombre ou de leur activité moindre, soit plutôt en raison de la résistance du milieu, ils ne provoquent que des lésions discrètes et limitées. Arrêtés dans les capillaires et emprisonnés par les leucocytes, ils sont détruits sans doute en grand nombre sans provoquer de troubles persistants; en quelques points seulement, ils déterminent de la thrombose et une hémorragie locale suivie d’un aftlux
(1) Dans un récent travail, Schuetz nie l’existence d’une morve primitive du poumon consécutive à l’inoculation par la voie intestinale. « Der primâre Lungenrotz entsteht durch eine vom Digestionsapparate ausgegangene Infektion mit Rotzbacillen nicht. Das Vorkommen des primàren Lungenrotzes ist überhaupt noch nicht dargethan. » On comprend difficilement la portée de ces réserves. 11 n’est pas contestable que, maintes fois, des lésions pulmonaires sont exclusivement rencontrées dans la morve. L’hypothèse d’une infection directe du poumon étant repoussée, avec raison, par Schuetz il faut bien admettre que la pénétration initiale n’a point provoqué de lésions ou que celles-ci ont été complètement cicatrisées. La morve pulmonaire provoquée expérimentalement par l'ingestion est bien une morve secondaire, mais l’inoculation intestinale n’a provoqué que des lésions inappréciables ou toutes passagères. 11 faut réserver le nom de morve pulmonaire primitive (primare Lungenrotz) à celle qui résulterait d’une inoculation directe par le poumon ; or la notion de l'improbabilité de cette forme est classique en France ; elle y a été établie directement et par les recherches de Cadéac et Malet et parcelles de Nocard; les déductions philosophiques de Schuetz n’y ont rien ajouté.
Nocard et Lecdainche — 2° édit. 49
MORVE
leucocytaire. Alors que la thrombose porte sur un pinceau artériel terminal, on voit évoluer un foyer de pneumonie alvéolaire, identique quant à ses caractères histologiques à ce que l’on observe dans la morve aiguë. Si l’altération vasculaire initiale porte sur un capillaire, un foyer tuberculeux évolue au niveau du vaisseau ou dans son voisinage immédiat.
La circulation lymphatique joue un rôle considérable dans l’infection pulmonaire ; autour des foyers tuberculeux, les cloisons interlobulaires, les gaines vasculaires et bronchiques sont œdématiées, remplies de cellules rondes et de bacilles. Dans ce milieu, le microbe ne rencontre dans sa marche envahissante qu’une résistance insuffisante ; malgré l’abondance des leucocytes, la phagocytose ne semble pas s’exercer activement et les bacilles restent libres au milieu des cellules très vivantes qui les entourent.
L'édification tuberculeuse constitue un procédé actif de la défense. Les tubercules gris initiaux ne renferment qu’un très petit nombre de bacilles; la pullulation microbienne s’opère péniblement; elle a pour conséquence la dégénérescence des cellules et la formation d'un détritus caséeux. Si l’on considère à la fois la multitude des tubercules gris dans nombre de poumons et le nombre habituellement restreint des tubercules adultes et fibreux, on est porté à penser que la plupart des foyers initiaux ne parcourent point toutes les phases de l’évolution et que les lésions avortent et disparaissent entièrement en la plupart des cas. On s’explique que certains tubercules gris se montrent dépourvus de virulence et que les sujets porteurs de lésions appréciables, mais stériles, ne réagissent point à la malléine.
Les microbes occasionnent des altérations importantes du côté des vaisseaux et des bronches. L’observation directe montre que les cellules rondes et les bacilles, accumulés dans les gaines, pénètrent dans l’intérieur des canaux. Dans les bronches, les microbes se retrouvent en grand nombre à la surface de la muqueuse enflammée, au sein d’un exsudât abondant qui est éliminé sous forme de jetage. C’est ainsi que s’explique la virulence à peu près constante du jetage des animaux morveux, et non par l’ouverture de foyers tuberculeux dans les bronchioles.
Les altérations des parenchymes autres que le poumon sont contemporaines de l’infection pulmonaire ou secondaires à celle-ci. Les bacilles qui ont traversé la circulation pulmonaire, lancés dans tous les milieux, pourront rencontrer en quelques points un terrain favorable; ils provoquent soit une évolution tuberculeuse, soit des
PATHOGÉNIE
phénomènes aigus locaux (lymphangites diffuses, accidents testiculaires). En d’autres cas, ils sont partout détruits et l’infection reste localisée au poumon pendant un certain temps. 11 est probable que la plupart des lésions morveuses sont dues à des ensemencements successifs du sang par des bacilles provenant du système lymphatique pulmonaire. L’analyse des lésions rencontrées dans le foie, dans la peau, dans les muqueuses..., montre qu’elles débutent par des troubles vasculaires; d’autre part, on s’explique facilement l’apparition des lésions en des territoires étendus ou très limités. Tous les troubles mécaniques et toutes les influences capables de modifier la résistance locale des tissus interviendront pour favoriser telle ou telle détermination. La similitude des accidents secondaires observés sur les diverses muqueuses et sur la peau indique assez qu’ils procèdent d’une même origine. Liés à une infection par les capillaires, ils affectent des types variés suivant que le foyer initial évolue dans les couches superficielles ou profondes du derme ou dans le tissu sous-cutané. L’envahissement des réseaux lymphatiques, suivant des modes qui ne sauraient être déterminés à l’heure actuelle, aboutit à l’évolution des lymphangites réticulaires diffuses de la peau ou des plaques infiltrées des muqueuses.
Malgré la présence du bacille dans le sang, à certains moments de l’évolution, le passage de la mère au fœtus est tout à fait exceptionnel. Lœfller l’observe une fois seulement au cours de ses expériences; Gadéac et Malet (1) obtiennent quatre fois le passage au fœtus dans treize expériences. Chez le cheval, la transmission n’a pu être réalisée expérimentalement et les faits précis d’observation qui tendent à faire admettre l’infection du fœtus sont peu nombreux (2). Chez le chien, Cadéac et Malet ont un résultat négatif dans une expérience. Bonome admet que « le bacille de la morve peut passer de l’organisme maternel à celui de l'embryon ou du fœtus, non seulement lorsque le placenta présente des foyers hémorragiques, mais encore en des points où le placenta est entière-
(1) Cadéac et Malet. De l’hérédité de la morve. Revue vétér., 1886, p. 57..., 302.
(2) Valentini constate l’infection chez un fœtus de neuf mois, provenant d'une jument affectée d'ulcères des muqueuses et de lésions telles du poumon que « le tissu pulmonaire semblait complètement remplacé par les nodules morveux ». Le fœtus montre des ulcères sur la muqueuse respiratoire et une quantité de nodules miliaires dans les poumons, les ganglions médiastinaux, le foie, la rate et les ganglions mésentériques. L’auteur ne dit point avoir contrôlé la nature des lésions par l’examen bactériologique ou par l’inoculation, et c’est là une regrettable lacune.
Valentini. Trasmissione dell’ infezione morvosa dalla madré al feto. Il nuovo Ercolani, 1896, p. 313.
MORVE
ment intact. » Les résultats négatifs obtenus chez les solipèdes peuvent être attribués au nombre restreint des expériences tentées et ils ne sauraient être considérés comme définitifs; cependant il est probable que, pour la morve comme pour les autres maladies virulentes, la considération de l’espèce intervient puissamment quant à l’imminence de l’infection fœtale et que les dangers de la transmission utérine sont à peu près nuis chez le cheval.
Le bacille morveux exerce son action sur l’organisme par l’intermédiaire de toxines dont la nature et les propriétés sont à peine étudiées. Dans les tissus, ces produits exercent une action vasoparalysante, suivie de l’œdème lymphatique et de la leucocytose; au niveau des foyers de culture, des nécroses cellulaires de type spécial sont partout constatées. La résorption des toxines provoque des effets généraux, partiellement connus. Le sang est modifié dans sa composition; il existe, dans toutes les formes de l’évolution, une leucocytose intense avec diminution du nombre des hématies (1). On constate en outre une augmentation de la quantité de fibrine et une légère diminution dans la proportion d’hémoglobine (Ekkert). La raréfaction des hématies est appréciable dès les premiers jours de l’infection, chez le cheval et chez le chat; elle s’accentue graduellement, pour arriver au tiers du chiffre normal vers la fin de la maladie ; les globules sont altérés ; leur volume diminue et leur coloration pâlit (2). C’est encore à une intoxication générale, par résorption des produits solubles, que doivent être rapportés certains des symptômes généraux observés, notamment l’hyperthermie constante (morve aiguë) ou intermittente (morve chronique). Il semble que les toxines comprennent une substance pyrétogène (pyrotoxine), capable d’exercer une action directe sur les centres thermogènes de la substance grise (3).
Les faits d’observations et les résultats expérimentaux acquis en ces dernières années apportent des précisions nouvelles quant à la marche de l’infection morveuse. Les solipèdes exposés à la conta-
(1) Dans la morve chronique, Malassez constate chez le cheval les modifications sui-
vantes :
Globules blancs 13500 (au lieu de 4 500, chiffre normal).
Globules rouges 2 800 000 (au lieu de 4 080 000, chiffre normal).
(2) Mikroukoff. Sur les modifications subies par les globules rouges pendant l infection morveuse. Comptes rendus de l'Inst. vétér. de Charkoff, 1801.
(3) La malléine exerce, sur les animaux sains, une action variable suivant l’espèce considérée et le mode de la pénétration. De nombreux travaux ont été consacrés à cette étude (Prus, Mansvetoff, Gadiot et Roger, Guinard, Tessier et Guinard, Wladimiroff...).
PATHOGÉNIE
gion sont infectés par les voies digestives avec une extrême iacilité ; chez ceux qui vivent dans une promiscuité complète (parcours des annexes de remonte), la contamination est presque certaine après quelques mois de vie commune. Cependant des signes cliniques apparaissent chez un petit nombre seulement des contaminés; la plupart restent indemnes en apparence, pendant un long temps ou définitivement. Les expériences de Montoire montrent que certains chevaux provenant de milieux infectés réagissent à une ou plusieurs inoculations de malléine, pratiquées à un mois d’intervalle, puis qu’ils cessent à un moment donné de réagir et qu'ils paraissent définitivement guéris. Les recherches de la commission de Charkoff aboutissent aux mêmes conclusions (1).
Les observations et les recherches de Nocard (2) prouvent que les lésions morveuses initiales guérissent spontanément en de nombreux cas ; elles permettent d’interpréter les faits précédents. Dans une expérience, douze chevaux sont soumis à l’ingestion d’une culture morveuse; après quinze jours, tous réagissent nettement à la malléine. Six des animaux présentent par la suite des signes cliniques de morve et ils sont abattus; les six autres cessent de réagir à la malléine après quelques mois. Quatre d’entre eux, sacrifiés six mois après l’ingestion virulente, présentent des tubercules fibreux, caséeux ou demi-transparents du poumon, mais ces lésions sont absolument stériles ; les matières recueillies à leur niveau, inoculées à l’ûne et dans le péritoine du cobaye, ne provoquent aucun accident. Les deux chevaux survivants, soumis à un travail pénible pendant plusieurs semaines, résistent parfaitement • sacrifiés ensuite, ils sont trouvés porteurs de lésions pulmonaires destituées de toute virulence et en voie de régression. Ces expériences confirment de nombreux faits d’observation qui, recueillis avec rigueur, possédaient déjà une force probante absolue ; la guérison complète des lésions morveuses initiales du poumon est définitivement démontrée.
Non seulement les apparentes contradictions des résultats de
(1) A Montoire, sur 77 chevaux certainement affectés, aucun ne devient cliniquement morveux ; dans les expériences russes, 230 chevaux dénoncés une première fois paraissent sains ensuite.
Nocard. Sur la malléine. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vétér., 1893, p. 110; 1894 p. 79, 181 et 446. — Rapport sur tes expériences faites à Montoire... Revue vétér., 1894,' p. 110. — YVoronzoff, Ekkert.... Rapport sur l'emploi de la malléine dans l'armée russe. Broch., Pétersbourg, 1894.
(2) Nocard. Sur les tubercules translucides du poumon chez les chevaux morveux. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vétér., 189G, p. 196. — La prophylaxie de la morve du chevai. Recueil de méd. vétér., 1897, p. 673.
MORVE
Montoire et deCharkoff sont expliquées, mais l’étiologie delà morve est éclairée tout entière. Les animaux exposés à la contagion résistent plus ou moins à l’envahissement, suivant des circonstances multiples et en partie prévues. Les bacilles introduits dans les voies lymphatiques, puis déversés dans le sang, sont arrêtés dans les capillaires du poumon ; il est probable que beaucoup d’entre eux sont détruits sur place par une action phagocytaire; en certains points aussi ils provoquent une réaction des tissus exprimée par l’édification tuberculeuse. L’énergie delà résistance organique est fonction de circonstances multiples et l’on s’explique le rôle indirect de tous les agents capables de modifier les conditions de la défense (fatigue, alimentation insuffisante, maladie coexistante, lésions locales du poumon...); d’autre part, la quantité et le degré de virulence des bacilles ingérés, la répétition des infections jouent certainement un rôle (1).
Les faits démontrent que, contrairement aux convictions acquises, la pénétration accidentelle du bacille morveux est loin d’être fatale chez le cheval. Les animaux résistent dans la grande majorité des cas à une première invasion et ils guérissent s’ils sont soustraits à des infections nouvelles. Une méthode prophylactique efficace et économique peut être basée sur ces données certaines (V. Prophylaxie).
L’apparition des signes cliniques implique presque toujours une généralisation de l’infection; l’organisme vaincu, au début de la lutte, est placé dans des conditions de plus en plus défavorables; la guérison, possible encore, est incertaine et difficilement obtenue (V. Traitement); de plus, les malades sont dangereux au point de vue de la contagion et leur sacrifice s’impose.
Résistance du virus (2). — Le bacille morveux ne jouit que d’une résistance peu considérable à l’égard des agents extérieurs.
L'influence de la dessiccation , déjà signalée par Viborg, est confirmée par tous les expérimentateurs, mais elle n'est efficace qu’à
(T) Voir sur ce sujet : Semmek. Ueber gutartige heilbare Formen des Rotzes. Deutsche Zeitschr. fur Thiermed., t. XX, 1894, p. 59. — Prieur. De la morve chez le cheval et chez l’homme et de sa curabilité. Thèse de Paris, 1898.
(2) Loeffleh. Die Aeliologie der Rolzkrankheit. Arb. aus dem K. Gesundh., t. I, 188G, p. 141. — Cadéac et Malet. Résistance du virus morveux. Revue vétér., 1S8G et 1887. — Galtiek. Traité des maladies contagieuses , t. I, 1891, p. 835. — Bonome. Alcune pro prietà biotogiclie del bacillo délia merva. La Riforma medica, juillet 1894. — Novikoff. Sur la résistance du bacille morveux à quelques désinfectants. Archives des sciences vétér. (russe), 1895. — Plemper van Balen. Eenige proven.... om de tenuciteit von den Kwaden-droesbacil te bepalen. Veeartsenijk.-bladen v. Nederl.-Indië, 1897, t. X, p. 276.
RÉSISTANCE DU VIRUS
la condition d’être complète (Nocard et Roux). Peucli constate la disparition de la virulence après deux mois et Gallier après quinze jours; Cadéac et Malet démontrent l’innocuité du jetage après neuf jours, lors de dessiccation rapide, et après trois jours, lors de dessiccation lente; Lœftler voit la virulence persister pendant trois mois dans un endroit sec ; mais « le virus est détruit en quelques semaines dans la plupart des cas. Le terme de trois à quatre mois doit être considéré comme un maximum absolu. » Les recherches de Bonome permettent d’interpréter en partie ces dissidences; alors que la dessiccation s’opère entre 25° et 30°, dans un milieu privé de substances organiques, la stérilisation est complète en quelques jours; si la dessiccation est incomplète (vieilles cultures sur agar), les bacilles sont encore vivants après un mois et demi et ils restent pathogènes pendant vingt-trois à vingt-cinq jours.
Le virus conserve ses propriétés pendant quinze à trente jours dans un milieu humide (Galtier, Cadéac et Malet) ; immergé dans l’eau, il garde son activité pendant treize à dix-huit jours.
L’influence de la lumière est mise en évidence par les recherches de Novikofï. Le jetage nasal, déposé sur du papier à filtrer, résiste pendant douze jours dans une chambre obscure et pendant huit jours à la lumière ; la même matière, adhérente à des fils desoie, est stérilisée en vingt-huit jours à l’obscurité et en quatorze jours à la lumière. Le bouillon virulent conserve son action, dans les conditions précédentes, pendant vingt-deux et trente-six jours dans l’obscurité, pendant quatorze et vingt-sixjours à la lumière.
La putréfaction détruit également la virulence (Renault, Galtier), mais son rôle est difficile à apprécier exactement, la dessiccation et la simple exposition à l’air et à la lumière suffisantà tuer le contage.
L’action de la chaleur est plus nettement établie. Les cultures sont détruites par une température de 55° prolongée pendant dix minutes ou de 61° pendant une minute.
La stérilisation par les antiseptiques a fait l’objet de nombreuses recherches. D’après Lœffler, l’acide phénique à 3,5 p. 100 détruit le virus en cinq minutes; le permanganate de potasse à 1 p. 100, l’eau chlorée à 23 p. 100 et le sublimé à 1 p. 5000, en deux minutes. Le crésyl, la créoline, le lysol à 3p. 100 détruisent la virulence morveuse en quelques minutes (Nocard). Les travaux de Cadéac et Malet fournissent des indications précises et intéressai! tes sur faction de divers antiseptiques. La matière virulente éprouvée est le jetage ou une pulpe de tubercules morveux; on mélange trois parties de
MORVE
la solution antiseptique à une partie de substance virulente ; le contact est de une heure en général :
Détruisent In virulence :
Acide phénique à 2 p. 100
Acide sulfurique ;i 2 p. 100
Chlorure de zinc à 2 p. 100
Eau de chaux(solution saturée).
Eau iodée (solution saturée).
Essence de térébenthine à... 25 p. 100
Hypochlorite de chaux à 10 p. 1000
Sublimé corrosif à 1 p. 1000
et à 1 p. 10000
Sulfate de cuivre à 1 p. 20
Sulfate de fer à \ p. 5
Sulfure de carbone à 1 p. 10
Ne détruisent pas la virulence :
Acide borique à 2 p. 100
Chloral à 1 p. 5
Eau oxygénée (à 12 volumes).
Eau iodée à 1 p. 10 000
Hyposulfite de soude pur.
Nitrate d’argent à 1 p. 10000
Sulfate de zinc à 2 p. 100
Tanin à 1 p. 5
L acide sulfureux est un bon désinfectant, quand la quantité de soufre brûlé s’élève à 64 grammes par mètre cube d’air, même lorsque son action 11’a duré qu’une heure. « Les cultures sont détruites par une exposition de vingt-quatre heures à l’acide sulfureux provenant de la combustion de 60 et même de 50 et 40 grammes de soufre par mètre cube » (Thoinot).
Les recherches de Novikoff montrent que le virus desséché (?) est tué en quatre minutes par la solution alcaline de goudron de Nencki (10 p. 100) et par l’eau de chaux phéniquée de Danilewski. L’action sur la culture en bouillon est indiquée ci-après :
Solution de Nencki tue en 15 minutes.
— de Danilewski — 15 —
Acide phénique à 5 p. 100 — 12
Vinaigre de bois 5 —
Acide sulfurique — 30 secondes.
Modifications de la virulence. — Les passages successifs du bacille à travers certains organismes permettent d’obtenir une augmentation ou une atténuation de la virulence.
D’après Gamaleia (1), la virulence s'exalte par la culture chez le spermophile; après deux ou trois passages, on provoque une septicémie, avec présence de nombreux bacilles dans le sang ; le virus modifié tue le lapin en quelques jours, par l'inoculation sous-cutanée. Les inoculations intraveineuses de lapin à lapin donnent des résultats analogues ; le bacille acquiert peu à peu une telle virulence que les lapins inoculés avec une très petite dose de matière virulente succombent, en moins de quarante-huit heures,
(1) Gamaleia. Sur l’exaltation de la virulence du bacille morveux. Annales de l'Institut Pasteur, t. IV, 1890, p. 103.
TRAITEMENT
à une véritable septicémie morveuse ; les bacilles existent en abondance dans le sang et dans tous les viscères.
Par les passages successifs à travers le chat, Sacharoff (1 ) obtient une augmentation de la virulence à l’égard du chat, tandis que le virus reporté sur le cheval ne lui donne plus qu’une maladie bénigne conférant l’immunité.
Immunisation. — Les tentatives réalisées jusqu’ici n’ont donné aucun résultat; on a utilisé à la fois les inoculations virulentes , les loxines et la sérothérapie.
I. Inoculation virulente. — La méthode est applicable chez le chien, peu sensible à l'infection. Les inoculations intraveineuses répétées de petites quantités de virus donnent une immunité complète à l’égard des inoculations intraveineuses massives; par contre, les animaux restent sensibles à l'inoculation cutanée (Straus).
IL Toxines. — La malléine ne possède pas de propriétées immunisantes; de nombreuses expériences ne nous ont donné que des résultats négatifs.
Schindelka inocule un cheval, pendant deux mois, avec la malléine de Foth; l’animal reçoit au total 1 gramme de malléine sèche; inoculé ensuite sous la peau, avec une goutte de culture virulente, il succombe à la morve aiguë. Un poulain reçoit, pendant quatre semaines, huit décigrammes de malléine sèche tous les cinq ou sept jours; il succombe également à l’inoculation d’épreuve.
111. Sérothérapie. — L'immunité des bovidés à l’égard de la morve a donné l’idée d’éprouver l’action de leur sérum sur les organismes susceptibles. Malzeff (1891) dit avoir conféré à trois poulains, par l’injection de 250 centimètres cubes de sang défibriné, une immunité leur permettant de résistera une inoculation sous-cutanée virulente. Chenot et Picq (1892) croient obtenir par le même mode la guérison des cobayes inoculés avec un virus normal (?) (sept fois sur dix), ou une survie notable chez ceux qui ont reçu un virus exalté par des passages successifs; des tentatives analogues ont toujours échoué entre nos mains. D'après Bonomo,
« le sérum de bœuf filtré après avoir subi un contact prolongé avec le bacille morveux a acquis un plus grand pouvoir destructeur à l’égard du virus; il jouit de propriétés curatives contre la morve de certains animaux, comme celle du cobaye ».
Traitement.
La question du traitement de la morve n'offre plus seulement un intérêt théorique, les lois sanitaires de certains pays limitant l’obli-
(I) Sacharoff. Sur In production de l'immunité chez les chevaux contre la morve. Comptes rendus de I’Inst. vétér. de CharkotT, t. II, 1880.
MORVE
gation del’abalage à une parlie seulement des animaux atteints. De nombreuses recherches ont été entreprises sur ce sujet et des résultats importants sont acquis déjà. Peut-être les progrès considérables réalisés dans le diagnostic de la maladie permettront-ils un jour d’autoriser en quelques cas le traitement des animaux « cliniquement » morveux (1).
Un premier point est hors de doute : la morve peut guérir sous l’influence d’un traitement approprié. Parmi les médications conseillées, les injections intratrachéales de la solution iodo-iodurée, suivant la méthode de Levi, ont été surtout expérimentées (2). La solution employée est la suivante :
Iode 1 gr. ;»
lodure de potassium 7 —
Eau distillée ICO —
5 à 30 grammes par jour de la solution.
Parmi les résultats favorables obtenus, ceux de Neiman (3) sont surtout intéressants; ils montrent que des chevaux affectés de morve nasale et pulmonaire, affirmée par l’examen bactériologique et par l’inoculation, ont été complètement guéris après un traitement d’un mois en moyenne. Seize chevaux n’ont présenté ultérieurement aucun symptôme suspect pendant une surveillance de une ou deux années.
D’autres médications paraissent donner des résultats avantageux; on a conseillé l’acide phénique et l'acide thymique (Brusasco), l’acide phénique associé aux applications mercurielles (Sokoloff), l’huile créosotée en injections sous-cutanées et les lavages des naseaux avec le chlorure de zinc (Cl. Nourry et Michel).
La malléine exerce une action curative sur certaines formes de l’infection récente. Ilelman obtient la guérison d’un cheval morveux et sa complète immunisation. Semmer et Itzkovitch constatent la guérison d’une morve expérimentale chez un poulain. Pilavios, Bonome et Vivaldi, Johne, Schindelka,... observent la cicatrisation
(1) L’autorisation de traiter les animaux atteints de « farcin curable », telle qu’elle résulte des termes de l’article 8 de la loi sanitaire, ne s'applique pas au farcin morveux , mais seulement à la lymphangite épizootique.
(2) L'iode métallique est recommandé, dès 1850, par les vétérinaires hollandais. Hengeveld (1853) obtient, en 3-4 semaines, la cicatrisation des ulcères et la diminution de la glande ; il recommande de prolonger la médication un long temps après la guérison apparente. Steygerwald (1857) signale des résultats analogues.
Verzameling van Veeartsenijkunde Bijdragen. Leyde, 1853 et 1857.
(3) Neiman. Au sujet du traitement de la morve. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1890, p. 423.
PROPHYLAXIE. 779
de lésions morveuses ou la guérison complète, sous l'influence d’inoculations de malléine méthodiquement répétées (1).
Il est certain, d’autre part, que nombre d’animaux guérissent « par les seules forces de la nature », sous l'influence de conditions hygiéniques favorables. L’entretien des animaux à l’air libre, recommandé par les anciens praticiens, a une influence particulièrement heureuse. Il est des cas où, comme à Montoire, presque tous les animaux exposés à la contagion contractent des lésions morveuses; quelques-uns succombent; chez d’autres, des lésions étendues se développent; enfin beaucoup opposent au bacille une résistance considérable et souvent victorieuse. Toutes les causes capables d’augmenter la résistance de l’organisme possèdent une influence réelle et l'ancienne étiologie de la morve, dont la réaction contagionniste avait fait brutalement table rase, reprend l’importance relative qui lui revient véritablement (2).
Prophylaxie.
C’est exclusivement chez les solipèdes que la morve est entretenue; c’est chez eux que la maladie doit être systématiquement combattue. Les connaissances acquises sur les modes de l’infection et sur le diagnostic des diverses formes permettent de formuler des règles prophylactiques d'une efficacité certaine.
L'abatage immédiat des animaux affectés constitue la base indiscutée de l’intervention sanitaire ; toute la prophylaxie consiste, d’une part à découvrir tous les animaux malades ou suspects, de l’autre à enrayer la diffusion de la maladie dans les milieux infectés ou en dehors de ceux-ci.
I. La découverte des morveux est facilitée par diverses circonstances; les visites opérées pour le recensement des chevaux par les commissions militaires permettent de vérifier l’état de nombreux animaux; le contrôle exercé dans les abattoirs hippophagiques (3) en fait découvrir aussi un certain nombre; une surveillance
(1) E. Leclainche. Notes sur la malléine. Revue vét., 1894, p. 289 (Revue avec bibliogr.).
(2) Prieur. De la morve chez l'homme et chez le cheval. Thèse de Paris, 1898, p. 9G.
(3) La surveillance des abattoirs donnera des résultats complets alors seulement que les bouchers seront rigoureusement astreints à tenir un registre exact de l'origine des chevaux achetés ; à l’heure actuelle, ils allèguent presque toujours leur ignorance à cet égard et on ne découvre qu’exceptionnellement les vendeurs. Les chiffres suivants indiquent le nombre des morveux saisis aux abattoirs de Paris :
Années
(au 31 oct.)
Morveux .... 40
MORVE
effective des foires et marchés et des clos d’équarrissage dénoncerait nombre de foyers ignorés. La constatation d’un cas de morve nécessite une enquête complète, permettant d’établir les origines de l’animal et de retrouver ses traces depuis le moment du début probable delà maladie.
Une surveillance constante doit être exercée sur certaines catégories d’animaux. Les chevaux des loueurs, des voyageurs de commerce, des marchands ambulants, des forains, des bateliers,... plus particulièrement exposés, devraient être astreints à de fréquentes visites sanitaires, attestées par la délivrance d’un certificat de santé valable pour un délai déterminé.
La suspicion de morve est légitimée par l’origine des animaux ou par la présence de quelque symptôme douteux. Doivent être considérés comme suspects : 1° tout animal qui a cohabité avec un morveux ou qui a séjourné dans un milieu infecté ; 2° tout animal qui présente quelque lésion persistante pouvant être rapportée à la morve.
L’utilisation de la malléine permet d’appliquer aux suspects un régime tel qu’ils cessent de constituer un danger. Les animaux qui présentent, avec quelque signe clinique de morve, une réaction complète sont aussitôt abattus; ceux qui présentent une réaction incomplète sont maintenus isolés et soumis à une nouvelle épreuve après un mois ; le propriétaire n’en peut disposer que si, à deux épreuves successives, ils ont complètement cessé de réagir; enfin les sujets qui ne manifestent aucune réaction sont considérés comme sains et laissés à la libre disposition de leur propriétaire. L’abatage des animaux simplement suspects, admis dans presque loutes les législations étrangères, a pour corollaire inévitable l'indemnisation, celle-ci étant égale à la valeur de l’animal lorsque le diagnostic n’est pas confirmé par l’autopsie.
IL Dans un milieu infecté, tous les animaux doivent être soumis à la malléine; ceux qui manifestent la réaction complète sont déclarés suspects, rigoureusement séparés des animaux sains et soumis à la surveillance sanitaire; l’abatage immédiat n’est obligatoire que pour ceux qui, en outre de la réaction, présentent l’un quelconque des signes cliniques de la morve (glande, jetage, engorgement d’un membre, lymphangite suppurée, sarcocèle, etc...); quant aux autres, le propriétaire peut les conserver, même les utiliser, tant qu’ils ne présentent aucun symptôme clinique : mais ils doivent être soumis périodiquement, tous les deux mois par exemple, à l’épreuve de la malléine; ceux qui, à deux
PROPHYLAXIE
épreuves successives, cessent de réagir, sont remis dans le rang et rendus à la libre disposition de leur propriétaire (1).
Cette procédure, actuellement appliquée en France, a 1 avantage de limiter, autant qu’il est possible, les sacrifices imposés aux propriétaires ; elle permet de conserver une proportion notable des animaux exposés à la contagion, porteurs, au moment de la première épreuve, de lésions pulmonaires discrètes. L’expérience des dernières années établit que la plupart d’entre eux, soustraits par l’isolement à toute chance de contamination nouvelle, guérissent rapidement et qu’il serait excessif d’en imposer l’abatage.
En quelques circonstances, il est de l’intérêt du propriétaire de livrer à l’équarrisseur tous les animaux qui réagissent à la première épreuve; il s’affranchit ainsi d’un seul coup et d’une façon définitive de tout danger de réinfection des animaux reconnus sains et des préoccupations de toutes sortes qu’entraîne l’obligation d’un isolement rigoureux, dans des écuries distinctes et éloignées, nécessitant un personnel et un matériel spécialement affectés à chacune d’elles.
L’emploi systématique de la malléine a donné en ces dernières années des résultats considérables. Non seulement nombre de foyers ont été découverts et éteints, mais la morve a été définitivement chassée d'exploitations importantes, dans lesquelles elle sévissait en permanence, en dépit de tous les efforts (2). En 1892, la méthode est utilisée à Paris sur la cavalerie de la Compagnie de voilures « l’Urbaine » ; sur un total de 4348 chevaux présentant tous les signes de la santé, 502 sont dénoncés comme morveux et trouvés infectés à l’autopsie. En 1895-96, la « Compagnie générale des voitures de Paris » décide de se libérer de la morve qui décime ses effectifs. Sur un total de 10231 chevaux soumis à l’épreuve, 2037 (20 p. 100) présentent la réaction caractéristique; de juillet 1895 à juin 1897, 687 deviennent cliniquement morveux et sont abattus, tandis que 338 cessent de réagir à la malléine et rentrent dans la catégorie des sains. A Budapest, plusieurs cas de morve sont constatés, pendant l’hiver de 1894-95, dans les écuries du service des postes; sur un effectif de 317 chevaux soumis à la malléine, 230 réa-
(1) Le régime sanitaire applicable aux suspects et l'utilisation de la malléine sont réglés, en France, par une « Instruction » en date du 14 septembre 1894 (V. Législation).
En ce qui concerne les chevaux de l’armée, les mesures à prendre en cas de morve sont réglées par une Instruction du 20 septembre 1895 p Bulletin officiel du ministère de la guerre , n° 40, p. 107).
(2) Alexandre. Rapport sur les maladies contagieuses dans le département de la Seine. Paris, 1893. — Nocard. Prophylaxie de la morve. Recueil de méd. vétér., 1897, p. 673. — Kurtz. Épidémie de morve à Budapest (en hongrois). Veterinariu?, 1896.
MORVE
gissent qui sont trouves morveux. La netteté des résultats est telle que l’épreuve est ordonnée pour tous les chevaux de la ville ; du 29 avril au 4 juillet 1895, 19548 chevaux sont malléinés ; 82 animaux, répartis dans 40 écuries, sont dénoncés et abattus. Ces exemples pourraient être multipliés; des centaines d’observations démontrent à l’évidence les éminents services que peut rendre la malléine quant h l’assainissement des milieux infectés.
III. La désinfection des locaux contaminés est des plus importantes ; elle est assurée par un nettoyage complet, suivi de lavages à l’eau bouillante et d’une irrigation avec la solution acide de sublimé à 1 p. 1000. Il est bon de compléter ces opérations par le dégagement d’acide sulfureux en milieu clos; cette mesure est indiquée surtout quand les parois des habitations se prêtent mal à l’action des désinfectants liquides. 11 serait à désirer que les écuries d’auberges fussent soumises aune désinfection périodique, notamment au lendemain des foires et marchés tenus dans la localité.
La malléine permet enfin d’éviter sûrement une nouvelle apparition de la morve dans une exploitation. L’épreuve des sujets introduits est indiquée alors que la maladie règne dans une région ou que les animaux ont traversé des écuries suspectes; elle constitue une précaution excellente pour tous les chevaux introduits dans des effectifs nombreux, soumis à des renouvellements fréquents (1).
Transmission à l’homme.
L’homme est infecté presque exclusivement par les solipedes morveux, et l’imminence du danger est en raison directe de la fréquence de la morve équine. A l’heure actuelle, la morve de l'homme est rarement observée en France et dans l'Europe centrale ; par contre, elle est souvent rencontrée à Cuba et dans quelques gouvernements de la Russie.
Les individus qui ont des rapports fréquents et directs avec les animaux sont les plus exposés. Sur un total de 106 observations recueillies par Bollinger, 46 sont fournies par des palefreniers, 25 par des cultivateurs ou des charretiers et 10 par des vétérinaires.
La transmission s’opère par la souillure de surfaces absor-
(1) La Compagnie générale des voitures de Paris soumet à la malléine tous les chevaux présentés pour l’achat. En 1895, la malléine dénonce comme morveux 237 chevaux sur 5027 présentés (4,71 p. 100) ; en 1896, on trouve 381 morveux sur 5626 éprouvés (6,77, p. 100).
LÉGISLATION
bantes, muqueuses ou plaies cutanées. Le jetage et le pus des ulcères farcineux sont les agents habituels de la contagion; le virus est inoculé directement, lors du pansage des animaux, au niveau des plaies cutanées; il est porté sur les muqueuses avec les mains souillées; il est déposé sur des brins de paille ou de fourrage qui déterminent des éraillures cutanées. La morsure de chevaux morveux est capable de provoquer l’inoculation.
Il est remarquable que la transmission, toujours possible, ne s’opère que par exception. Des individus qui soignent et utilisent des animaux morveux pendant des mois résistent le plus souvent à l’infection, encore qu’ils ne prennent aucune précaution spéciale et malgré l’absence fréquente des soins de propreté les plus élémentaires.
Des modes de transmission indirecte interviennent. L’inoculation est produite pendant le nettoyage des auges ou des abreuvoirs infectés ; les bourreliers sont exposés à la contamination en réparant des harnais souillés. Gold rapporte une curieuse observation de morve inoculée par la piqûre d’une épine recouverte de jetage virulent.
La manipulation de cadavres d’animaux morveux constitue Tune des causes les plus efficientes ; les vétérinaires, les équarrisseurs, les bouchers... sont inoculés, pendant l'ouverture des cadavres, par des plaies récentes, par des coupures ou des piqûres pendant l’opération. La viande des solipèdes morveux offre elle-même quelques dangers; si le muscle n’est pas virulent, les lymphatiques, les ganglions, la moelle osseuse sont chargés du contage et les manipulations sont à redouter pour un acheteur ignorant du danger.
Des mesures prophylactiques efficaces ne sauraient être formulées; c'est par des solipèdes dont la maladie est méconnue que l’homme est contaminé le plus souvent. Une application rigoureuse des mesures de police sanitaire préviendra seule l'infection.
Législation. — h rance. — La loi de 1881 ordonne l’abatage des animaux reconnus atteints de morve. Aucune indemnité n’est accordée.
« Les animaux qui ont été exposés à la contagion restent placés sous la surveillance du vétérinaire délégué pendant un délai de deux mois » (Art. 44, Règlement de 1882). « Ceux des animaux visés par l’article 44 qui ont présenté des symptômes de maladie restent placés pendant un délai d'un an sous la surveillance du vétérinaire délégué... » (Art. 4f>, Id.)
Ces dispositions sont complétées par une instruction du Comité consultatif des épizooties, en date du 14 septembre 1894, qui règle l’emploi de la malléine. Les principales dispositions sont les suivantes :
MORVE
« .... L’injection de malléine, en désignant ceux des animaux contaminés, qui sont actuellement dangereux, ou qui peuvent le devenir, permet de parer à un danger. Il y a donc lieu de soumettre à l’épreuve delà malléine tous les compagnons d’écurie du cheval reconnu morveux :
« 1° Ceux qui manifesteront la réaction ordinaire (hyperthermie, œdème, prostration, etc..,) seront déclarés suspects ; ils seront rigoureusement isolés des autres, marqués et soumis à la surveillance du service sanitaire pendant un an, au même titre que ceux qui ont présenté quelque symptôme pouvant se rattacher à la morve (article 46 du règlement) ; au cours de cette surveillance, l’injection sera répétée tous les deux mois: ceux qui, en outre de la réaction à la malléine, viendraient à présenter l’un quelconque des signes cliniques de la morve (glande indurée, jetage, lymphangite suppurée, sarcocèle, ulcération nasale ou cutanée, etc...), seront considérés comme morveux et abattus; au contraire, ceux qui auront subi sans réaction deux injections successives de malléine seront déclarés sains ; ils pourront être remis dans le rang ; le propriétaire en disposera librement.
« En tous cas, les sujets déclarés suspects à la suite de l’injection de malléine resteront en surveillance tant qu’ils n’auront pas subi, sans réagir, deux injections de malléine ; ils pourront être utilisés tant qu’ils ne présenteront aucun symptôme clinique pouvant les faire considérer comme dangereux et seulement sous la condition de ne jamais boire aux abreuvoirs communs et de ne jamais entrer dans une écurie autre que la leur.
« 2° Quant à ceux des animaux contaminés qui n’auront pas réagi à la malléine, le propriétaire en aura le libre usage, à la condition de les maintenir isolés rigoureusement des suspects et de désinfecter, à fond, l’écurie et tous les objets à leur usage; toutefois, ces chevaux ne pourront être vendus pendant les deux mois qui suivront l’épreuve de la malléine. » (Art. 44 du Règlement.)
Aux frontières de terre et de mer, les animaux reconnus malades de la morve sont abattus; ceux qui ont été exposés à la contagion peuvent être admis en France après une période de surveillance de deux mois. (Art. 70, Id.)
Allemagne. — Les animaux atteints sont abattus, ainsi que ceux qui présentent des symptômes suspects. Il est accordé une indemnité égale aux trois quarts de la valeur. (Loi du 23 juin 1880.)
En Prusse, un Ordre du 17 octobre 1896 prescrit l’envoi des pièces provenant des animaux abattus aux Écoles de Berlin et de Hanovre, où le diagnostic est contrôlé.
Autriche. — Abatage des malades. Les suspects sont isolés et surveillés pendant six semaines ; leur abatage peut être ordonné si la surveillance est jugée insuffisante. Les animaux exposés à la contagion sont soumis à une surveillance de deux mois (Loi du 29 février 1880). Il esl accordé une indemnité dont le montant ne peut dépasser 1000 francs. (Loi du 11 avril 1891.)
LÉGISLATION
Belgique. — Les animaux atteints sont immédiatement abattus. Les suspects sont surveillés pendant soixante jours; le ministre peut ordonner leur abatage si cette mesure est jugée nécessaire. (Loi du 15 septembre 1883 et Règlement du '20 septembre 1883.)
11 est accordé pour les animaux reconnus atteints une indemnité égale au tiers de la valeur pour les solipèdes employés exclusivement à 1 agriculture, au cinquième de la valeur pour les solipèdes employés à tout autre usage. L'indemnité ne peut dépasser, dans le premier cas, 150 francs pour un cheval, 50 francs pour un âne; dans le second, 100 francs pour un cheval, 50 francs pour un âne. (Arrêté du 3 juin 1890.) Si les solipèdes abattus comme atteints sont reconnus indemnes à l’autopsie, l’indemnité est fixée à la moitié de la valeur, avec un maximum de 300 francs. (Arrêté du 6 juillet 1887.)
Danemark. — Abatage des malades. Indemnité des quatre cinquièmes delà valeur. (Loi du 14 avril 1893.)
Grande-Bretagne . — Les autorités locales doivent ordonner l’abatage des solipèdes reconnus atteints ou suspects de morve ou de farcin et de ceux qui ont été exposés à la contagion. Il est alloué une indemnité égale à la moitié de la valeur pour les animaux atteints (avec un maximum de 500 francs) et de la totalité de la valeur dans tous les autres cas. (Ordre du 20 septembre 1892.)
Hollande. — Abatage des malades. Surveillance des suspects pendant trente jours. Indemnité égale à la moitié de la valeur. (Loi du 20 mai 1890.)
Roumanie. — Abatage des malades ; séquestration ou abatage des suspects. Les contaminés sont surveillés pendant deux mois. Indemnité égale à la valeur totale pour les suspects abattus et trouvés sains (maximum 200 francs) et à la moitié de la valeur pour les animaux affectés. (Loi du 27 mai 1882.)
Suède. — Abatage des malades. Les suspects sont séquestrés pendant trois mois et abattus si la suspicion persiste. Indemnité égale à la valeur totale pour les abattus reconnus sains et de la moitié de la valeur pour les malades. (Loi du 23 septembre 1887.)
Suisse. — Abatage des malades. Les suspects sont séquestrés et soumis à la surveillance d’un vétérinaire. « Celui-ci emploiera tous les moyens scientifiques pour arriver, aussi vite que possible, à un diagnostic sûr. » ( Loi de 1872 et Règlement de 188(3.)
Nocard et Leclainche. — 2° édit.