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CHAPITRE XX

LYMPHANGITE ULCÉREUSE

Celle forme de lymphangite est caractérisée par la présence d'abcès et de plaies ulcéreuses siégeant dans la peau et sur le trajet des lymphatiques superficiels ; elle est duc à la présence dans les tissus d’un bacille spécifique isolé par Nocard.

La maladie est surtout intéressante en ce qu’elle simule la morve cutanée par ses caractères cliniques et par les effets de l’inoculation du virus à certains réactifs.

Historique. — Dès 1892, Nocard (1) constate que des chevaux suspects de « farcin » ne réagissent point à la malléine, tandis que l'inoculation du pus, dans le péritoine du cobaye, donne une orchite d'apparence morveuse (réaction de Straus). Sur un total de G7 chevaux examinés de 1892 à 1896, 59 fournissent un pus capable de provoquer l'orchite, tandis que 43 seulement sont déclarés morveux par la malléine. L’étude bactériologique des lésions montre que celles des 16 animaux qui n’ont pas réagi ne sont pas de nature morveuse; la suppuration lymphatique est due à un bacille spécial, facile à distinguer du bacille morveux en ce qu’il prend très bien le Gram ; le microbe est retrouvé à l'état de pureté dans les exsudats de la gaine vaginale des cobayes inoculés. En 1896, Nocard (2) donne une étude clinique et expérimentale de la « lymphangite ulcéreuse » (3).

Bactériologie. — Dans le pus recueilli au niveau des ulcères, les microbes se montrent libres ou inclus dans les cellules; la plupart sont nettement bacillaires, assez épais, courts, à extrémités arrondies; ils sont souvent disposés parallèlement, en forme de peigne à dents courtes et serrées ; parfois, au contraire, ils sont en séries linéaires, formées d’articles très courts, dont l’épaisseur va augmentant jusqu a l’article terminal qui se renfle en forme de crosse. Quelques bacilles, légèrement effilés aux

(1) Nocard. Sur la valeur diagnostique de la malléine. Bulletin de la Société ceutr. de méd. vét., 1893, p. 11(5. — Sur la malléine. Id., 1894, p. 92. — Trois cas intéressants de Lgmphangite pseudo-farcineuse. Id., 1897, p. 420.

(2) Nocard. Sur une lymphangite ulcéreuse simulant le farcin morveux chez le cheval. Annales de l’Institut Pasteur, t. X, 1896, p. 609, et Recueil de méd. vétér., 1897, p. 1 et 99.

(3) Moore observe, dans l’Inde anglaise, une lymphangite non morveuse qui présente avec cette maladie certaines analogies. Les renseignements fournis sont insuffisants pour permettre l’assimilation et l’auteur tend à identifier l’affection avec le « bursattee ».

Moore. Suppurative lymphangitis. The Veterinarian. Report of Societieg, 1897, p. 162.

ÉTUDE CLINIQUE. ^

extrémités, ont leur partie centrale renflée; d’autres sont arrondis ou légèrement ovoïdes.

Le microbe est aérobie; il se colore très bien par le procédé de Gram.

La culture est obtenue sur tous les milieux. Dans le bouillon de viande peptonisé et dans la solution de peptone à 2 p. 100, le liquide reste clair et l’on trouve, dès le troisième jour, un dépôt de grains blanchâtres, formés par des amas de bacilles, de formes variables suivant l'âge de la culture. Dans le bouillon glycérine , le dépôt qui s'opère est amorphe et se dissout par la moindre agitation ; on n’y trouve pas les formes bacillaires, qui sont la règle dans le bouillon non glycériné, mais des cocco-bactéries. Cette influence de la glycérine sur la morphologie du bacille se retrouve pour les autres milieux. Sur gélatine-peptone, la culture n’est pas obtenue à la température de la chambre; mis à l’étuve, à 37°, les tubes montrent de petits grains blanchâtres. Sur gélose, les colonies, d’abord blanches, opaques, arrondies ou crénelées sur les bords, saillantes dans la partie centrale, s’étalent ensuite sous forme d’une membrane mince, humide, opaque, finement plissée, non adhérente au milieu. Sur sérum gélahnisé, ensemencé avec une trace de matière virulente, on obtient, après 36-48 heures, des colonies isolées dont l’aspect est caractéristique ; elles débutent sous la forme d’une petite tache arrondie, luisante, à bords nettement délimités ; peu à peu, la colonie envoie dans la profondeur du milieu des racines innombrables, dont l’ensemble forme une houppe villeuse, hémisphérique; les cultures ont une coloration blanche sur le sérum de cheval ; elles sont d’un jaune plus ou moins foncé sur le sérum de bœuf. Le lait est un milieu peu favorable; il n’y a pas de coagulation. Sur pomme de terre , le développement donne une couche sèche, pulvérulente, d’un blanc sale, festonnée sur les bords; l’addition de glycérine favorise la culture qui forme un enduit humide et incolore.

Le bacille est pathogène pour le cheval, le cobaye, le lapin, la souris, le pigeon...

Épidémiologie. — La maladie est relativement fréquente en certaines régions; Nocard observe 26 cas du 1er octobre 1892 au 8 juillet 1897. Sur 67 chevaux entrés au lazaret d’Alfort comme cliniquement suspects de larcin morveux, 16 — près du quart des suspects — étaient atteints de lymphangite ulcéreuse; 43 seulement étaient réellement farcineux.

Étude clinique.

Symptômes. — La lymphangite ulcéreuse est exprimée, comme le larcin morveux, par des engorgements, des ulcères cutanés et des cordes lymphatiques.

Les accidents débutent généralement vers les parties inférieures des membres postérieurs; la région est engorgée; de petits boutons se développent dans le derme cutané; ils grossissent et s’abcèdent, donnant un

LYMPHANGITE ULCEREUSE.

pus d’abord épais, blanc, grumeleux, puis liquide, huileux, jaunâtre ou sanguinolent. Les plaies résultant de l’ouverture des boutons sont arrondies, profondes, anfractueuses ; les bords sont bourgeonncux, saillants,, friables; l’aspect est identique à celui du chancre farcineux. Toutefois, la cicatrisation des plaies s’opère facilement ; elle est complète après quelques jours, sous l’influence de simples lavages antiseptiques. Tandis que les boutons primitivement ouverts se cicatrisent, d’autres apparaissent dans le voisinage et ces éruptions successives se continuent indéfiniment.

Les lésions restent rarement localisées à la peau; presque toujours, les lymphatiques de la région sont envahis; une traînée sinueuse, chaude, un peu tendue, part de l’engorgement et s'élève, à la face interne de la jambe, vers la région inguinale. Après un temps variable, la corde devient noueuse ; des foyers purulents s’ouvrent à leur tour et évoluent comme les boutons primitifs. Les ganglions lymphatiques sont engorgés et infiltrés; ils ne présentent ni foyers purulents, ni induration.

Les modes de l’évolution sont variables; parfois, les accidents restent localisés à une région peu étendue ; des abcès évoluent pendant l’hiver seulement et l’utilisation du malade reste possible; en quelques cas, au contrairê, l’éruption gagne en quelques semaines toute la hauteur d’un membre ; elle envahit les membres antérieurs, le tronc, l’encolure, la face, et l’animal succombe après quelques mois. Entre ces types extrêmes, tous les degrés intermédiaires sont rencontrés quant à la gravité et à la rapidité de l’infection.

Lésions. — Lors de généralisation des lésions, la suppuration s’étend aux troncs lymphatiques prépelviens et aux reins. La couche corticale du rein est farcie d’abcès, du volume d’un pois à celui d’un œuf de poule; leur paroi est constituée par une couche mince de tissu fibreux ; le parenchyme voisin n’est pas altéré. Le pus renferme les bacilles en abondance. Les poumons présentent parfois des foyers de broncho-pneumonie hémorragique, consécutifs à une embolie artérielle provoquée par les microbes.

Diagnostic. — Les plaies cutanées et les cordes lymphatiques simulent l’ulcère et la corde de la morve cutanée ; toutefois l’absence d’induration des ganglions de la région envahie fournit un premier élément de différenciation clinique; d’autre part, les plaies de la lymphangite se cicatrisent rapidement sous l'influence de simples lavages. Une erreur serait surtout à craindre si l’on demandait une indication diagnostique à l'inoculation intra-péritonéale du pus au cobaye; dans ce cas, l'orchite symptomatique est constatée (Y . Morve; Diagnostic ) et un diagnostic erroné pourrait être affirmé si l'on n’était prévenu de la signification équivoque de la réaction. L’examen bactériologique permet de contrôler les indications fournies et de déceler, par la coloration de Gram, le bacille de la lymphangite. La substitution courante de l’épreuve par la malléine aux autres modes du diagnostic expérimental rend ces confusions peu à craindre aujourd’hui; la malléine ne provoque pas trace

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