‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 131 sur 169 · I. — Symptômes · texte numérisé non relu

I. — Symptômes

Les accidents sont observés presque exclusivement chez les femelles adultes; il est très rare de les rencontrer chez le mâle. On peut distinguer, suivant les modes de l’évolution, une forme chronique et une forme aiguë.

a) Forme chronique. — Les premiers troubles consistent en une diminution de l’appétit, avec irrégularité de la rumination ; chez certains malades, on constate de l’amaigrissement ; la peau est sèche, adhérente aux côtes ; le poil est terne, sec et piqué. La température reste normale ; la sécrétion du lait n’est diminuée qu’en quelques cas seulement.

Cet état persiste pendant plusieurs semaines, puis des signes plus précis apparaissent. On note des coliques, accompagnées d’efforts de défécation et du rejet de matières excrémentitielles durcies. Le malade urine fréquemment; il rejette une faible quantité d’un liquide épais, trouble, de couleur brune ou rouge brique, renfermant de petites masses blanchâtres qui se déposent en une couche sédimenteuse, plus ou moins épaisse, de couleur gris jaune ou brune. Les reins sont sensibles à la pression ; l’exploration par le flanc de la région sous-lombaire est également douloureuse.

L’examen des organes génito-urinaires permet diverses constatations ; souvent, on rencontre dans le vagin des plaies anciennes, des cicatrices, des abcès sous-muqueux; l’orifice urétral est enflammé, rouge, turgescent ; la vessie est vide et rétractée, moins facilement dépressible qu’à l’état normal. On décèle, par l’exploration rectale, des lésions significatives des uretères et des reins. L’un des uretères est, en quelques cas, transformé en un cordon fibreux, dur, qui acquiert jusqu’au volume du bras d’un enfant. Les altérations du rein sont constantes; l’un des organes a

(1) Graf trouve un microbe probablement identique dans un cas de pyélo-néphrite chez l’homme.

Graf. Bakterienbefunde bei primàrer Pyelonephrilis. Ile!', in Centralbl. fur Bakter., t. XX, 1896, p. 923-.

ÉTUDE CLINIQUE. 801

doublé ou triplé de volume ; il est entouré d’un tissu œdématié; la palpation des lobules provoque une douleur manifeste. Le rein du côté opposé est normal ou un peu augmenté de volume.

La réaction de l’urine est fortement alcaline ; le poids spécifique est élevé d'un tiers; le liquide contient de l’albumine et une notable proportion d’ammoniaque (phosphate ammoniaco-magnésien). L’examen microscopique montre quelques globules de pus, des hématies, des cylindres provenant des tubes urinifères et des cellules épithéliales du bassinet et de la vessie. Le dépôt sédimenteux est constitué, en grande partie, par des amas de la bactérie spécifique.

Tous les symptômes s’aggravent en quelques semaines. Les coliques sont fréquentes ; l’appétit est irrégulier; des troubles digestifs surviennent ; les mictions, répétées, aboutissent chaque fois au rejet de 10 à 30 grammes d’une urine brune, épaisse et sédimenteuse. L’amaigrissement fait des progrès rapides, le poil est sec et terne; le malade, affaibli, est incapable de tout travail; la sécrétion du lait diminue. Les animaux sont sacrifiés ou ils meurent épuisés et cachectiques.

b) Forme aiguë. — La maladie est annoncée par des symptômes généraux d’intensité variable; la température s’élève vers 39°, 5-40°; l’animal est triste; l’appétit est diminué; on compte 90 à 110 pulsations et 20 respirations par minute. Le poil est terne et piqué ; les yeux sont enfoncés et sans expression ; le mufle est sec et chaud ; la rumination est rare et peu prolongée. L’abdomen est volumineux ; les pressions exercées au niveau des flancs occasionnent de la douleur. Les mictions sont fréquentes; l’urine, peu abondante, a une apparence normale. La sécrétion du lait est diminuée.

Après quatre à huit jours en moyenne, l’urine rejetée présente une coloration foncée, rouge brun ; elle renferme une forte proportion d’albumine et des globules rouges. L’état général reste stationnaire ou s’aggrave. La rumination est irrégulière; on constate du météorisme permanent. L’exploration par le rectum décèle l’augmentation de volume d’un rein; l’organe est peu ou pas douloureux à la pression. En quelques cas, l’urine reprend son apparence normale, tandis que les autres phénomènes persistent ou s'exagèrent ; en d’autres, le liquide reste altéré, il fournit un dépôt de plus en plus abondant et la maladie passe à l’état chronique. En aucun cas, la guérison n’est obtenue ; les rémissions sont suivies d’une rechute prochaine et l’animal doit être sacrifié. Il est à remarquer que la disparition brusque des caractères anormaux de l’urine, parfois observée au cours de l’évolution, n’implique nullement la guérison ; elle est due à l’obstruction de l'uretère affecté et les autres symptômes persistent en s’aggravant.

IL — Lésions.

Les altérations sont étendues à toutes les parties de la muqueuse urinaire, depuis l’orifice urétral jusqu’au bassinet. En outre, il existe Noca.rd et Lkclainche. — 2e édit, 51

PYÉLO-NÉPIIRITE BACILLAIRE DES BOVIDÉS.

presque toujours des lésions, contemporaines ou préexistantes, des voies génitales : traumatismes du vagin ou du pénis, vaginite ou métrite catarrhales, abcès dans les parois de la vulve, du vagin ou dans le tissu conjonctif de la région.

La muqueuse de l’urètre est œdématiée, épaissie, couverte de taches ecchymotiques ; l'orifice vaginal est turgescent, recouvert d’un exsudât muqueux. La vessie, rétractée, renferme un peu d'urine épaisse et un sédiment granuleux ; sa muqueuse est congestionnée, épaissie, ponctuée d’ecchymoses d'un rouge brun et recouverte parfois de coagula fibrineux adhérents, d’apparence croûteuse.

L’extension à l’uretère et au rein s’opère presque toujours d’un seul côté. L’uretère envahi forme un cordon volumineux, à parois fibreuses et épaisses ; le canal, rétréci par places, est obstrué par des bouchons fibrineux de couleur grise, imprégnés d’urine; la muqueuse, épaissie, ecchymosée, montre des desquamations superficielles recouvertes d’un exsudât croûteux solidifié. L’uretère est parfois complètement obstrué, dans le voisinage du rein, par l’accolement et la soudure des parois enflammées; l’iirine accumulée distend la partie supérieure, confondue avec le bassinet en une cavité d’apparence kystique qui refoule et atrophie le parenchyme rénal comprimé.

Le rein est volumineux (1500-2000 grammes) ; il revêt une teinte gris jaune; sa surface présente des taches ecchymotiques, disséminées ou confluentes, et des zones irrégulièrement étendues, de teinte jaune. La capsule infiltrée est séparée de l’organe par un exsudât séro-fibrineux. Le tissu du rein, congestionné et mou pendant les premières périodes, devient ensuite ferme et de consistance fibreuse ; les deux substances sont nettement distinctes; la zone corticale, de teinte pâle, est parcourue par des stries de couleur plus foncée ; la zone médullaire est hypérémiée et ecchymosée. Le bassinet et les calices sont dilatés ; la substance propre du rein est souvent comprimée et amincie, dans toute la masse ou seulement au niveau de quelques lobules. Les réservoirs renferment des coagula fibrineux, imprégnés d’urine, mélangés à un sédiment pâteux et à du pus; la muqueuse qui les tapisse est épaissie; elle montre des ecchymoses et des foyers irréguliers de nécrose.

Les lésions du rein sont localisées, au début, à la muqueuse du bassinet et des calices : l’épithélium est desquamé ; le derme muqueux est congestionné; on trouve une infiltration abondante de cellules rondes dans le tissu sous-muqueux. Les tubes urinifères se montrent bientôt altérés au sommet des pyramides de Malpighi ; ils sont obstrués par des bouchons muqueux; leurs parois sont épaissies et œdématiées. On note en même temps de la congestion généralisée du rein ; les vaisseaux veineux sont ectasiés ; les gaines périvasculaires, les capsules glomérulaires, le tissu conjonctif interstitiel renferment de nombreuses cellules rondes. Il existe, à une période plus avancée, une néphrite interstitielle diffuse, avec prédominance des troubles sur certains lobules. Les néoformations con-

ÉTIOLOGIE.

jonctives sont surtout abondantes dans le voisinage du bassinet et des calices, au pourtour des tubes et des vaisseaux, au niveau des glomérules dont les capsules sont fortement épaissies. Les microbes spécifiques sont rencontrés en abondance dans les exsudais et dans les couches superficielles de la muqueuse; à un faible grossissement, après double coloration des coupes par le Gram et le picro-carmin, on les rencontre en amas ieulrés dans le derme muqueux; ils forment, dans les tubes, des bouchons qui obstruent en totalité la lumière des conduits. A une période très avancée seulement, ils gagnent de proche en proche pour atteindre les tubes contournés et les capsules de Bowman.

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