III. — Diagnostic
L’amaigrissement du malade, la fréquence des mictions et la douleur qui les accompagne constituent les signes initiaux les plus évidents. Les renseignements obtenus aident au diagnostic ; dans la plupart des cas, les accidents sont observés peu de temps après le part, chez des vaches qui ont présenté quelque accident consécutif (rétention du placenta, traumatismes du vagin, catarrhe utérin...).
Un peu plus tard, on note la coloration brune ou rougeûlre de l’urine et la présence de petits flocons d'un blanc sale, qui se déposent lentement au fond des vases. L’exploration par le rectum permet de constater l’hypertrophie du rein et sa sensibilité aux pressions, ainsi que les altérations, parfois considérables, de l’uretère correspondant. Lors d’envahissement du rein droit, le taxis extérieur, au niveau du flanc, provoque la voussure de la région et l’animal cherche à fuir le contact douloureux (IIcss).
La maladie ne peut être confondue qu’avec la cystite, avec les diverses formes d'hématurie et avec la tuberculose du rein. Un diagnostic précis est toujours possible par l’examen bactériologique de l’urine. Recueilli dans une éprouvette, le liquide laisse déposer un sédiment floconneux, composé presque exclusivement par des amas de bacilles, faciles à mettre en évidence et à différencier après coloration par le Gram ou le Weigert.
Étiologie. — Étude expérimentale.
Modes de l’infection. — La pénétration du bacille spécifique s’effectue par les voies urinaires externes; l’envahissement s'opère de proche en proche, par une culture dans les couches superficielles de la muqueuse de l’urètre, de la vessie, de l’uretère et du bassinet. L’infection initiale de l'urèlre est consécutive à des traumatismes des parties voisines et l'on s’explique l’apparition des accidents après la parturition. 11 résulte des observations de Hess que les plaies du vagin constituent l'une des causes prédisposantes les plus efficientes. Les catarrhes de la muqueuse, provoqués par la rétention du placenta, la présence d'abcès dans les
PYÉLONÉPHRITE BACILLAIRE DES BOVIDÉS.
parois de la vulve et du vagin ont la même influence. Les lésions locales sont plus rares de beaucoup chez le mâle ; dans un cas observé par Hess, chez un taureau de sept mois, il existait une plaie ulcéreuse sur le prépuce.
Le bacille est à coup sur un microbe banal, répandu sur les sols ou contenu dans les déjections intestinales. La contagion ne s’étend en aucun cas aux animaux voisins, bien que les bactéries soient rejetées en abondance avec l’urine ; ce fait suffirait à démontrer le rôle déterminant des lésions préexistantes de la muqueuse.
La culture gagne peu à peu sur la muqueuse urétrale, provoquant une inflammation catarrhale, peu grave chez la femelle en raison du court trajet du canal. La vessie est atteinte à son tour; une cystite évolue, exprimée par les troubles de la miction. L’extension s’opère ensuite à l’un des uretères, l’autre restant indemne pendant un temps plus ou moins long ; les parois enflammées sont transformées en un épais manchon fibreux. La muqueuse du bassinet et celle des calices subissent des modifications analogues. Des lésions congestives de retentissement sont observées dans le rein, dès que les bacilles gagnent les canaux urinaires et gênent l’excrétion de l’urine. Les altérations s’accusent de plus en plus, tandis que les bacilles pénètrent plus profondément dans le parenchyme et qu’ils obstruent les tubes ; la cirrhose s’étend peu à peu à toutes les régions. Les bacilles ne pénètrent pas dans le parenchyme ; on les trouve exclusivement à la surface et dans les couches superficielles de la muqueuse.
Une complication assez ordinaire résulte de l’obstruction de l'uretère en un point quelconque de son trajet ; l’urine, accumulée dans le tronçon central et dans le bassinet, provoque l’hydronéphrose avec ses conséquences habituelles.
En même temps que le bacille spécifique, des microbes de la suppuration pénètrent en quelques cas jusque dans le rein, en suivant les mêmes étapes ; on trouve des foyers purulents dans les calices et dans les parties voisines.
Étude expérimentale. — La transmission expérimentale aux bovidés a été réalisée par Iiôflich, par l’inoculation directe de la culture dans les voies urinaires. Iless et Guillebeau n’ont eu que des résultats négatifs en inoculant l’urine ou des cultures pures à la chèvre, au bœuf, à la vache et au cheval, dans les veines, sous la peau et dans l’urètre.
L’inoculation sous-cutanée, intra-péritonéale ou intra-veineuse, ne produit aucun effet chez la souris, le cobaye, le lapin. La pénétration dans la chambre antérieure de l’œil, chez le lapin, détermine une iritis qui disparaît après une semaine environ.
Traitement. — Prophylaxie.
La maladie n’est reconnue qu’à une période avancée, alors que le rein est envahi, et le traitement ne peut donner aucun résultat. Il est indiqué
PROPHYLAXIE
de sacrifier les animaux dès que le diagnostic est établi avec certitude.
Les indications prophylactiques sont facilement prévues d’après les circonstances étiogéniques de l’infection. Lors d’accidents consécutifs à la parturition, rétention du placenta, catarrhe utérin, traumatisme, on doit pratiquer des irrigations fréquentes de la cavité du vagin. Les plaies de la région seront lavées, plusieurs fois par jour, avec des solutions antiseptiques. Même en l’absence de lésions de la muqueuse génitale, il est indiqué de placer les animaux sur des litières propres et de tenir la région delà vulve dans un état constant de propreté.