‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 136 sur 169 · M AM MITE STREPTOCOCCIQUE DES VACHES · texte numérisé non relu

M AM MITE STREPTOCOCCIQUE DES VACHES

dentelés; le milieu 11’esl jamais liquéfié. Sur gélose , les caractères sont identiques aux précédents, mais la culture est encore moins abondante. Dans le lail , le développement est rapide ; en 24-48 heures, parfois plus tôt, le lait est transformé en un bloc compact, résistant, d où exsude, les jours suivants, un sérum incolore, limpide, très acide.

Le microcoque se reproduit par division ; 1 article s’allonge, puis il subit en son milieu un étranglement graduel, les deux articles nouveaux restant liés entre eux par un fil muqueux qui maintient faiblement adhérents tous les grains de la chaîne.

Le microbe est pathogène pour la vache et pour la chèvre, s’il est introduit directement dans la mamelle en lactation. Son inoculation dans toute autre condition ne produit aucun effet, chez quelque espèce que ce soit.

Distribution géographique. Fréquence. — Étudiée dans la banlieue de Dans par Nocard et Mollereau, la mammite streptocoecique est signalée à l'état épizootique dans l’Oise (Gagny), en Brie (Remy, Mollard) et sur divers autres points.

En Suisse, le « gelber Galt » est connu des éleveurs depuis plus d’un demi-siècle ; en outre de la forme enzootique ordinaire, la maladie se montre sous un type sporadique en presque toutes les régions (1).

En Allemagne, l’affection est signalée à la fois en Bavière, en Prusse, en Saxe; elle sévit également en Italie (Ealetti), en Danemark (Chrislensenl, en Norvège (Axel Iiolst)...

Étude clinique.

Symptômes. — L’infection est indiquée simplement, à son début, par une diminution de la quantité du lait fourni par un quartier; le liquide conserve son apparence normale, mais il « tourne » avec une grande rapidité ; mélangé avec le lait fourni par les autres quartiers, il provoque la coagulation de la masse tout entière.

Le premier symptôme local consiste dans le développement d’un noyau induré vers la base du trayon; la mamelle « se noue », suivant l’expression populaire. Ordinairement, le tissu s’indure d’emblée, sans présenter, à aucun moment, aucun signe d'inflammation aiguë. En quelques cas seulement, on constate un peu d’œdème, de chaleur et de sensibilité à la base du trayon, dans les quelques jours qui précèdent la formation du noyau induré. Le foyer sclérosé, de forme arrondie ou ovoïde, a les dimensions d'un œuf de pigeon ou du poing d'un enfant; il est mal délimité et sa périphérie se confond avec le tissu sain du voisinage. Jamais l’on n'observe d’altération des lymphatiques ou des ganglions voisins. A aucun moment il n’existe de modification dans l’état général. Le lait est aqueux, bleuâtre ; la quantité fournie est diminuée de moitié. Examiné

(1) Sur un total de 444 laits altérés, examinés en 1896-1897, Zschokke rencontre 297 fois le streptocoque (70 p. 100 des cas).

MÀMMITES.

au microscope, le liquide montre de nombreux leucocytes et des enchevêtrements de streptocoques qui emprisonnent dans leurs réseaux les éléments cellulaires.

L’accroissement des lésions est très lent; ce n’est qu’après plusieurs mois que l’induration a envahi le tiers ou la moitié de la glande. Le lait devient visqueux; il prend une teinte jaunâtre ou brun rosé; il renferme de nombreux coagula de caséine ; sa saveur est salée ; la réaction est nettement acide. Recueilli purement dans un tube à essai et laissé au repos pendant vingt-quatre heures, le liquide forme un dépôt de couleur blanc sale, homogène ou grumeleux, occupant la moitié ou le tiers de la colonne liquide; la partie supérieure est constituée par un sérum opalescent, blanc jaunâtre ou roussâtre, qui est recouvert par la matière grasse (1).

Les lésions sont d’abord localisées à un seul quartier. Après quelques semaines, un autre est envahi, et toute la glande finit par être atteinte. La sécrétion diminue d’autant plus vile que l’extension aux divers quartiers s’opère plus rapidement; souvent, une vache qui donnait 20 à 30 litres de lait, ne fournit plus, après deux mois, qu’un litre ou un demilitre de liquide et la sécrétion est complètement tarie après quatre ou cinq mois.

Lésions. — Les lésions consistent essentiellement en une inflammation catarrhale de la muqueuse des sinus et des canaux galactophores, suivie d’une néoformalion conjonctive interstitielle qui comprime et atrophie les éléments glandulaires.

Le tissu de la glande malade crie sous l’instrument tranchant; il est ferme, dense, compact, en saillie sur les parties restées saines à son voisinage, d’une couleur blanc sale, qui contraste avec la teinte gris rosé du tissu normal ; l'organe a conservé sa disposition lobulaire, mais chaque lobule semble s’être hypertrophié isolément et a perdu l’apparence spongieuse des lobules normaux. La partie malade est mal délimitée; le tissu glandulaire qui l’environne présente çà et là des îlots blanchâtres, denses, fermes, accusant l’envahissement progressif de la sclérose.

L’examen histologique dénote une sclérose consécutive à l’inflammation catarrhale des canaux excréteurs. Les éléments conjonctifs de l’organe sont hypertrophiés; les cellules épithéliales des acini glandulaires et des canaux excréteurs sont gonflées et desquamées. Les parois infiltrées des canaux se confondent avec le tissu fibreux périphérique. Les coupes minces traitées par le bleu de méthylène, soit en solution aqueuse, soit en suivant les procédés de Lôffler, de Malassez ou de Roux, permettent de constater, avec les lésions histologiques décrites, la présence des streptocoques au sein des masses cellulaires qui résultent de la desquamation épithéliale des canaux excréteurs. Le microbe acquiert une longueur considérable et il forme des pelotons inextricables.

(I) E. Zschokke donne comme constante la présence de globules de pus dans le lait.

MAMMITE STREPTOCOCCIOUE DES VACHES.

Diagnostic. — La mammite streptococcique ne peut être confondue avec les mammites parenchymateuses, accompagnées de signes évidents d’inflammation locale et d’une altération initiale de la sécrétion. Seule, la mammite tuberculeuse pourrait être soupçonnée en quelques cas ; il est à remarquer que le « nœud de la mamelle » débute toujours en un même point, à l’origine du trayon, alors que l’induration tuberculeuse siège ordinairement dans la profondeur de la glande; le caractère enzootique de la mammite ne laisse d’ailleurs aucun doute sur sa nature ; enfin, il est toujours facile d'assurer le diagnostic par l’examen bactériologique (1).

Étiologie. — Étude expérimentale.

La virulence est limitée à la mamelle atteinte et à son contenu.

La contagion constitue la cause presque exclusive de la maladie. Dans une étable infectée, la transmission s’opère d’une vache à une autre par l’intermédiaire des trayeurs. Non seulement ceux-ci négligent de se laver les mains après chaque mulsion, mais c’est une habitude, en nombre de régions, de malaxer le trayon, au début de la traite, avec le lait qu’on vient de recueillir. On s’explique que dans les pays d’élevage, alors que les veaux tettent directement les mères, « l’induration de la mamelle » se montre à l'état sporadique, alors qu’au contraire la marche est nettement épizootique dans les vacheries industrielles.

La transmission indirecte, par l’intermédiaire des litières souillées, paraît ne jouer qu’un rôle insignifiant.

La diffusion de la maladie est assurée par l’introduction d’une vache atteinte dans une étable. En quelques circonstances, les vachers desétables envahies portent l’infection dans une étable voisine en y pratiquant la mulsion des vaches saines.

L’observation démontre que la maladie procède presque toujours d'une contagion évidente; on peut admettre cependant que le streptocoque est capable d’une vie saprophytique sous certaines comblions et qu’il provoque une infection directe en quelques cas exceptionnels.

La mammite est reproduite expérimentalement, chez la chèvre en lactation, par l’inoculation dans la mamelle d’une culture virulente ; après quinze jours environ, la glande inoculée montre un noyau induré et le lait présente les altérations habituelles. L'inoculation sous-cutanée des cultures ou du lait à la vache, au porc, au lapin, au cobaye, à la souris blanche ne produit aucun effet. L’inoculation intra-péritonéale au chien, au chat, au chevreau, au cobaye, au lapin, est également inoffensive.

La pathogénie est facilement prévue. Le microbe pénètre dans la

(1) Le lait est recueilli dans un verre à réactif et laissé au repos. On prélève ensuite, avec une pipette, quelques gouttes du dépôt formé. Les nombreux essais de Zschokkè montrent qu'il suffit de deux préparations pour déceler sûrement la présence du streptocoque.

MAMMITES.

glande par le canal du trayon, il atteint le sinus galactophore et il cultive dans le liquide accumulé pour gagner ensuite les gros canaux glandulaires. Le streptocoque provoque une inflammation catarrhale de la muqueuse et une induration du tissu cellulaire interstitiel qui aboutit à l’atrophie du parenchyme. D'après Zschokke, la phagocytose s’exerce activement dans la glande et nombre de leucocytes renferment des chaînettes enroulées.

Traitement.

Une guérison complète est possible alors que l’on intervient dans les premières périodes. Les injections pratiquées dans le trayon avec une solution à 4 p. 100 d’acide borique donnent des résultats excellents (Nocard et Mollereau). On injecte, aussitôt après la traite, 100 à 150 grammes de fa solution tiède; l’opération est pratiquée deux ou trois fois, à cinq ou six jours d’intervalle. Le noyau induré disparaît peu à peu et le lait reprend ses caractères normaux. Les solutions de sublimé (Eggeling) ou d’acide phénique (Eber) ont été employées dans le même but (1).

On ne peut espérer une guérison complète si les lésions sont anciennes et l’induration considérable; le mieux est de renouveler l’injection d’acide borique quatre ou cinq fois, à douze heures d’intervalle ; on provoque par là la suppression complète de la sécrétion et l’animal cesse d’être dangereux au point de vue de la contagion.

Prophylaxie.

Les connaissances acquises sur les modes de l’infection permettent de formuler des règles prophylactiques efficaces.

Avant la mulsion, le trayeur devra se laver les mains et laver le pis de la vache avec une solution d’acide phénique à 2 p. 100. Ce double lavage sera répété après la traite de chaque animal. Les vaches malades seront traites en dernier lieu, en commençant par les quartiers sains.

On peut isoler les vaches atteintes, ou tout au moins les réunir à une extrémité de l’étable, en les séparant des animaux sains par une cloison étanche. On évitera de répandre le lait virulent sur les litières et dans l’étable. Après le traitement des malades, on enlèvera les fumiers et on désinfectera les locaux.

Il convient d’examiner soigneusement les mamelles des vaches laitières introduites dans les vacheries industrielles, et il est bon de soumettre les animaux à une quarantaine de quelques jours.

L’ingestion du lait infecté paraît être sans danger’, toutefois, son

(1) Zschokke a essayé sans succès les injections du sérum antistreptococcique de Marinorek (200 gr. en six jours).

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